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“Mais où allons-nous ? ” entendais-je ma mère qui me paraissait s’inquiéter. La camionnette s’était en effet engagée sur un chemin de terre et avait brusquement quitté la grand-route. Les phares balayaient une nature qui n’avait pas l’air de recevoir souvent de visites. Les arbres sous les lumières saccadées paraissaient des géants de carnaval. Dans la nuit noire ils me prenaient dans leurs bras ou je leur prenais la main et nous partions en courant en faisant des bonds jusque dans les nuages. Ils étaient joyeux, c’étaient de bons camarades. Ils le resteraient toujours, j’en étais sûr. Le chemin semblait interminable. La camionnette plongeait dans les ornières ou partait à gauche ou à droite quand les trous étaient trop profonds ce qui nous secouait sacrement ! Voilà le bout du chemin : une maisonnette de garde forestier à belle allure de petit château transformé pour la fonction.Ce qui me frappait en premier c’étaient les fenêtres : rondes dont une croix divisait en quatre leurs vitres. Perdue au milieu de la forêt, de la nuit noire, cette résurgence de l’histoire au silence assommant baignait sous la lumière de la pleine lune. La lune serait désormais le réverbère naturel de ce petit château ! Ma mère s’est effondrée. Peut-être qu’elle regrettait d’avoir choisi ici sa nouvelle vie. Je comprenais à cinq ans qu’il ne fallait pas se tromper, que si l’on se trompait on aurait du chagrin. Moi je n’étais pas sur le coup d’une erreur puisque mes parents décidaient pour moi. J’étais heureux. Je les trouvais originaux. Nous étions seuls ici, personne autour et je me sentais riche de cette solitude. Les gens riches, je le saurai plus tard, sont des gens seuls. Cet endroit avait un nom : La baronnie d’ Emblise, près de la frontière franco-belge. Ce nom signifie ” bois du château ” ou ” bois de la forteresse entourés de marais ” ou ” hameau entouré d’eau “. Il n’y avait plus de marais. Nous étions sur les terres ancestrales des seigneurs d’ Emblise, de Gobert prince de ligne et du Saint Empire, foulées par Julienne de Looz, Gauthier II, Godefroid III d’ Aspremont. J’en inspirai leur mémoire mais je me faufilerai surtout dans les buissons et guetterai en silence la vie secrète des oiseaux et des lièvres qui avaient survécu à leurs flèches !

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Commentaire de Gohy Adyne le 28 mai 2017 à 15:39

Paragraphe après paragraphe, je me rend compte que nous entrons dans votre passé ! Un endroit tellement bien décrit que l'on est à vos côtés.

Merci pour ce partage.

Amitiés.

Adyne

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