Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Publications en exclusivité (3146)

Trier par

12273369485?profile=original
À défaut de pouvoir présenter au public une pièce prête à être jouée, Le Rideau de Bruxelles a permis à un public restreint de découvrir la dernière mise en scène de Robert Bouvier.

Fruit de la collaboration entre la Compagnie du passage et le Rideau, « Kvetch » de l’auteur britannique Steven Berkoff est une fresque jubilatoire de nos frustrations les plus animales. Elle est servie par une palette de comédiens à la hauteur du défi.

Robert Bouvier ne s’est pas trompé en choisissant cette pièce de Berkoff car les « kvetches » en yiddish, ce sont ces moments de rupture, de doutes générateurs d’angoisse qui nous font perdent les pédales et passer à côté des choses authentiques de la vie, ce que Berkoff appelle « le dialogue à l’arrière de nos têtes ».

Qui n’a pas été submergé par des pensées parasites lors d’un diner, d’un entretien ou d’une rencontre, qui n’a pas éprouvé cette sensation traumatisante d’avoir été nul, ridicule au regard de l’autre, d’avoir mis les pieds dans le plat, d’avoir manqué de répartie.
Ce sont ces failles où l’éprit s’emballe et déforme la réalité que Robert Bouvier choisit d’explorer avec cinq comédiens rigoureusement sélectionnés pour nous offrir un spectacle où les émotions les plus inavouables se chevauchent, filent en montagnes russes prenant le pas sur la bienséance et la retenue. Cinq comédiens qui nous livrent ici une performance où le mental s’empare du physique pour délivrer ces démons qui naissent de l’angoisse. Car ils sont mis à rude épreuve ces interprètes de nos fantasmes intimes. Si les pensées se bousculent dans la tête, les acteurs en épousent le tempo dans une course effrénée à la recherche de soi.

On est de suite emporté dans les délires de ce monde petit-bourgeois où les convenances annihilent les vraies rencontres. Entre l’épouse frustrée voulant se montrer parfaite, le mari fier de l’ascendant qu’il a toujours eu sur sa femme mais envieux d’un collègue qui de son côté n’assume pas sa virilité, et la belle-mère pétomane, l’hystérie retombe comme un soufflé sous un choc thermique et on se retrouve prisonnier de la fragilité, de la vérité de ces êtres qui s’effritent à force de vouloir se dépasser.
Une pièce qui touche au plus profond de notre essence et de la conscience de soi, un voyage dans l’univers de nos peurs où désir de plaire et libération des tabous s’affrontent de façon abrupte. Une occasion de rire de nous-mêmes car il s’agit bien d’une comédie avec toutes les ficelles du genre. Et Robert Bouvier réussit son pari de nous attendrir des faiblesses et des incohérences de ces personnes trop ordinaires prisonnières de leur quotidien. Il est d’ailleurs familier de mises en scène où le dialogue intérieur s’exprime sur scène, n’oubliant pas que le mot « théâtre » vient du grec « theatron », le lieu où l’on voit. C‘est donc naturellement qu’il aime à explorer les pensées intimes d’un personnage pour les intégrer dans l’espce scénique, jouant sur les métaphores, les transformations de lieux, les rythmes et les variations de tonalités, alternant scènes burlesques et moments de sincérité et de mises à nu.

De ce cocktail nait un spectacle subtil entre tragédie et comédie qui nous tient en haleine de bout en bout.

À savourer dans un proche avenir. On l’espère tous...

Palmina Di Meo
12273370089?profile=original

UNE INTERVIEW DE ROBERT BOUVIER

12273370294?profile=original

Rencontre avec Robert Bouvier metteur en scène, comédien, à l’occasion de la présentation par Le Rideau de « Kvetch », la pièce que Steven Berkoff a dédiée à tous ceux et celles qui ont peur.

Robert Bouvier, qu’est-ce qui vous a séduit dans la pièce de Steven Berkoff et vous a donné envie de la monter avec la Compagnie du Passage ?

Robert : Étant comédien, j’ai trouvé que c’est une pièce cadeau pour des comédiens. Les personnages sont comme des comédiens ayant toujours ce besoin de répondre au désir de l’autre, c’est maladif chez Berkoff ! On devient des personnages pour un metteur en scène et peut-être les choisit-on parce que ces personnages nous attirent ou nous touchent. Personnellement, j’ai toujours une part de projection dans les personnages quand j’ai envie de jouer. Dans cette pièce les personnages se sentent toujours observés comme des acteurs obsédés par le regard du metteur en scène et qui se répètent : « Je n’aurais pas dû faire ça comme cela »... Ils se contrôlent, ils ont l’impression de ne pas être à leur place, de ne pas correspondre au désir de l’autre. Cela m’émeut parce que ces personnages deviennent inconsistants à force d’espérer être autrement. Cela requière un travail profond d’apprendre à devenir soi-même et plus peut-être pour un comédien de s’accepter, d’accepter sa singularité, sa différence, sa folie car ces personnages ne cessent de se censurer, ils ont des lapsus, ils font des gaffes tout simplement parce qu’ils ont peur. Moi, cela m’arrive souvent de dire un mot pour un autre, de faire des gaffes et plus je le redoute, plus cela devient un cercle vicieux.
Mais il s’agit aussi d’une réflexion sur les rapports entre les êtres. Dans la vie sociale, par exemple. Au cours d’un repas, on aimerait être drôle, avoir davantage les projecteurs braqués sur soi, on aimerait avoir dit ce que l’autre a dit... Au lieu d’écouter l’autre, on pense à ce qu’on voudrait dire et donc on oublie d’être dans le rapport avec l’autre. Dans la vie intime, la scène de ce couple qui fait l’amour mais où chacun fantasme sur quelqu’un d’autre est terrible. Dans la vie professionnelle, le protagoniste doit plaire à la personne à qui il doit vendre un produit et s’il est humilié, il n’ose pas réagir parce que cela ne se fait pas mais aussi parce qu’il y a des enjeux économiques. On ne se permet pas de dire à l’autre ce qu’on pense.

Vit-on dans une société autocensurée selon vous ?

Robert : Je pense que le problème vient du rapport de soi à soi, de nos éducations. Quand j’étais petit, j’entendais comme recommandations d’être « doux », « poli », « modeste », « charmant ». On est pris dans des sortes de carcans. Comme si la vie se joue en trois étapes : d’abord découvrir qui on est, puis accepter qui on est et enfin faire accepter qui on est. Pour certains, cela se résout très vite, d’autres vont mettre un temps fou à s'accepter eux-mêmes. Dans cette pièce, il est question de psychanalyse, Berkoff se moque beaucoup de lui-même et de ses proches. Mais je n’ai pas voulu m’axer sur les juifs new-yorkais, même s’il fait une sorte de portrait à la Woody Allen de ces gens qui sont tout le temps en analyse avec des questionnements récurrents sur l’argent, le sexe. Ce qui me touche beaucoup plus, c’est leur vulnérabilité car ils sont tous très touchants. Que peut-on dire d’une femme qui se sent obligée d’être toujours parfaite. Il y a des traits misogynes chez ces hommes assez lourds et la femme se croit obligée d’obéir à certains stéréotypes. Il y a hélas encore beaucoup de femmes dont l’univers se réduit parce qu’elles sont obsédées par l’idée de la ménagère idéale, par la perfection du repas à préparer, etc. Ces personnages m’attendrissent parce que même imbuvables parfois, on a envie de les prendre par la main, de leur dire : « Calme toi, tout va bien ! ».

La mise en scène expressionniste, c’est un choix personnel ?

Robert : J’aime beaucoup ces cinq comédiens parce qu’ils sont très vrais et simples. Contrairement à vous, je trouve qu’il y a plein de moments chez eux de jeu très cinéma. Je les trouve d’une justesse énorme. Or la vis comica exige d’aller à fond dans la peinture de ces diables qui sont en nous, de ces fantasmes qui nous habitent. Le comique vient des contrastes, des ruptures, de ces moments qu’on appelle « kvetch ». Ainsi quand Frank a envie de tuer sa belle-mère, il s’agit de vraiment montrer qu’il va lui arracher son cœur, le bouffer et le déchirer et devenir monstrueux et ridicule. A un autre moment, Hal dans son rêve se met à sauter, il devient un enfant, il est comme un chien qu’on libère. Donc oui, il y a de l’expressionisme contrastant avec plein de moments de grande vérité. Une scène comme celle de la femme qui, avant de se mettre au lit, demande à son mari : « Embrasse-moi, j’ai l’impression que je n’existe pas »... Je la trouve hyper touchante.

Les comédiens viennent d’univers, de pays différents. Comment les avez-vous choisis et avez-vous travaillé notamment avec les deux comédiennes qui sont belges ?

Robert : J’ai eu la chance de rencontrer une quarantaine de comédiennes en Belgique. D’ailleurs j’ai trouvé que le niveau ici est excellent. On a fait un gros travail sur l’intériorité, la sincérité. J’ai eu envie lors de ces auditions de faire des improvisations. Je voulais être très ému, découvrir chez les comédiennes un univers et aussi une réelle disponibilité, une humilité à accepter de se montrer tel qu’on est. Par exemple, dans la pièce, il y a une belle-mère qui doit roter et péter. Pour moi c’était un traitement difficile parce que je trouvais vulgaire de simplement montrer cela alors on a ajouté quelqu’un avec un micro qui amplifiait le son des rots et des pets (et vous avez raison il s’agit alors là d’un geste expressionniste) parce que si à table quelqu’un malencontreusement fait un rot, on a l’impression de l’entendre à travers un haut-parleur, de n’entendre plus que cela. C’est cette théâtralité-là que je cherchais mais en même temps la comédienne doit oser jouer ce personnage, être là et dire : « J’ai besoin de faire caca ». Quand je parle d’humilité, il s’agit de cette simplicité de dire : « Je joue quelqu’un qui est parfois grotesque et parfois touchant ». Quand Donna dit qu’elle n’a plus qu’un seul sein et qu’elle a peur de ne plus être aimée, quand elle se met à fantasmer sur la manière dont elle voudrait qu’on embrasse son sein, c’est presque un moment d’onanisme. Il faut que la comédienne soit à la hauteur d’elle-même. Il était essentiel d’être ludiques, joueurs, complices. C’est de la dentelle. Chaque regard est important. Il n’y a pas de décor, on doit tout suggérer avec les mots. Il y a aussi un travail d’éclairage à souligner, c’est un artiste belge qui l’a réalisé, Benoît Théron, il a aussi conçu la scénographie. Le travail sur l’écoute a été important. Il faut inventer les mots au moment où on les dit, imaginer ce qui peut amener des lapsus, il faut qu’on sente qu’ils ont des révélations où moment où ils parlent, quand les mots leur échappent Dès que nous avons trouvé une grande vérité entre nous, nous avons pu chercher une dimension théâtrale, aller vers l’excès, la folie, la démesure.

Ce sont les exercices d’improvisation qui ont permis d’arriver à ce résultat ?

Robert : On a fait quelques impros lors des auditions pour imaginer par exemple le quotidien de Donna, que fait-elle si son mari s’endort sans la regarder et puis on a improvisé pendant les répétitions pour la scène qu’on appelle « le chœur des peurs » où tous les personnages disent leur peur en même temps. On est parti du principe qu’on peut avoir peur quand on est dans une fête où tout le monde doit danser, où on est dans la joie et où paradoxalement on se dit : « Je me sens mal », on a envie d’éclater en sanglots, de ne pas être là, on se sent à côté. On a donc cherché comment cette peur se traduit. Un rideau qui se lève devient une toile d’araignée, quelqu’un qui monte sur une chaise se voit sauter du 17ème étage...
La scène du restaurant avec l’univers du match de foot qu’on entend à la radio dans la cuisine, c’est notre invention. Une trouvaille que j’aime, c’est l’idée de la vie professionnelle qui envahit le lit du protagoniste. On a cherché d’abord à montrer un couple dans un lit en les montrant debout derrière un drap qui se transforme ensuite en tissu de gabardine que le protagoniste doit vendre. En l’absence de décor, tout devient virtuel, mental. On peut être en train de s’endormir et déjà se projeter dans l’angoisse de la vente du lendemain alors que cela naît de votre lit. J’aime ces glissements où sans cesse on a l’impression que l’imaginaire génère l’après.

En quoi cette pièce d’actualité selon vous ?

Robert : Pour moi, ce qui est important c’est d’être dans un rapport vrai, authentique, mais il y a parfois des vérités cruelles à dire à l’autre. Ce couple en train de se déliter aurait pu aller mieux s’il y avait eu de la communication. S’ils avaient essayé de retrouver le contact avec l’autre et d’être à l’endroit juste. Souvent, on cherche à correspondre à l’image qu’on imagine que l’autre se fait de nous. On se dit que face à l’autre il faut être comme ci ou comme ça alors que ce n’est que projection. Très souvent notre esprit divague, l’objectif c’est aussi de rire de notre esprit qui va à cent à l’heure.

La pièce est effectivement drôle. Avez-vous pousser la mise en scène en ce sens ?

Robert : J’ai essayé que ce soit une tragi-comédie. Que l’on puisse rire et en même temps qu’on ait envie de protéger ces personnages, qu’on ait envie de les prendre par la main car ils sont pathétiques. Cela fait rire bien sûr de voir les autre souffrir. Le type qui est invité et qui se dit qu’à son tour il doit rendre la pareille... Mais s’il invite, où manger ? À la cuisine ou au salon ? Il se fait une montagne au point de vouloir en finir avec la vie alors qu’il pourrait simplement jouir du moment. Comment jouer cette liberté sinon comme un enfant avec un côté histrion ?

Le jeu est aussi physique car on passe par plusieurs genres : pantomime, comédie musicale...

Robert : J’avais envie de quelque chose de moderne dans le jeu. La grande tentation, c’était la vidéo. Montrer que quand on parle, dans notre tête, il y a d’autres images, Mais c’était trop simple. Donc je demandais par exemple tantôt à un des comédiens d’évoquer par sa position tel tableau de Egon Schiele. Et cela peut illustrer une projection mentale. Dans la scène du restaurant, on est dans un registre proche de la commedia dell’arte. Il fallait un jeu très physique chez le garçon. Pour signifier les moments de pensées intérieures, on n’a jamais été systématique, on ne s’est pas contenté d’une bascule de lumière. Pour raconter chaque « kvetch » et pour chaque situation, il fallait trouver une solution spécifique, c’est précis, nerveux, et il faut être attentif. Que font les acteurs pendant que s’exprime la pensée intérieure d’un personnage ? Les autres doivent rester vivants. J’ai vu une mise en scène où les comédiens étaient paralysés, gelés pendant que l’un d’eux parlait en pensée intérieure, puis ils reprenaient vie quand ils parlaient à leur tour. Je voulais quelque chose de plus fluide. Je voulais créer des vertiges chez les spectateurs. Au début de la pièce, on joue avec l’ambigüité, on ne sait pas si un personnage parle aux autres ou si c’est intérieur.

Avez-vous d’autres projets, dans cette veine peut-être ?

Robert : Je vais retravailler sur ce thème avec une pièce comprenant une dizaine de personnages, de la musique de la danse... L’idée de départ s’interroge sur ce qui est se passe dans la tête d’un comédien avant son entrée en scène. Nous sommes dans une écriture de plateau mais j’ai déjà bien travaillé le scénario. Il y a des scènes de Ruy Blas, une fanfare, c’est un projet farfelu...
Je joue aussi dans un spectacle qui s’appelle « Nous l’Europe, banquet des peuples » qu’on a joué dans le IN d’Avignon et qui va être repris.
Et en Suisse, je répète actuellement une pièce de Dürrenmatt pour les cent ans de sa naissance, « Nous roulons sur des rails donc ce tunnel doit conduire quelque part » où un train fonce à vive allure sans conducteur. C’est une métaphore de notre société qui va allègrement droit dans le mur.

Propos recueillis par Palmina Di Meo

Lire la suite...
administrateur partenariats

12273377487?profile=original

"Normandie"

Le vent porte la musique de l’orgue à plusieurs kilomètres à la ronde. Les arômes de barbe à papa, de croustillons, de pommes d’amour se mélangent et font saliver les papilles.
Les chevaux de bois montent et descendent au rythme du manège.

« Approchez, approchez, messieurs dames ! » s’écrie le propriétaire du carrousel.
Manon a tout juste seize ans. Les mille lumières de la fête foraine scintillent dans ses yeux  menthe à l’eau. Un jeune homme soigné, au sourire de prince charmant, se penche vers elle :

« Un petit tour de manège, mademoiselle ? »


La belle met le pied gauche dans l’étrier et lance la jambe droite par dessus l’animal. Aussitôt, la
quarantaine de chevaux sculptés et les deux chariots dorés s’ébranlent ; le plateau circulaire
commence sa rotation. L’orgue limonaire entame une valse de Strauss. Au plafond du manège, des angelots folâtrent parmi les fleurs et les oiseaux ; ces peintures masquent la mécanique qui actionne la machine. Le jeune-homme constate qu’il est difficile de voler un baiser à la jeune-fille quand l’un des chevaux de bois monte alors que l’autre descend ! Au tour suivant, il la guide dans un chariot, à l’abri des regards... 

Manon a compris son manège, mais elle a hâte de voir s’il en vaut le coup !
Aujourd’hui, cela fait quarante ans...Avant de lui donner un baiser doux et chaud, au goût de
chausson aux pommes, il lui a murmuré en se penchant vers elle : « Je t’aime, toi ! »
Trois mots et le trouble de toute une vie...         

Aujourd’hui, les chevaux de bois sont abîmés et fatigués.
Mais, même si certains sont remisés dans un vieux hangar, attendant une réparation pour une mise aux enchères, ils la font toujours rêver...Elle ferme les yeux, pour voir si leur amour tourne et tourne encore ; ça lui met le cœur à l’envers et la tête dans les nuages...Tournez, tournez, beaux chevaux de bois...Tournez, tournez; dans ma tête et mon cœur, c’est pour toujours...


Suzel Swinnen

Un partenariat

Arts

12272797098?profile=original

Lettres

Lire la suite...

QUINZE RENCONTRES ARTISTIQUES VOLUME 3


12273375270?profile=original

QUINZE RENCONTRES ARTISTIQUES - VOLUME 3

Auteur ; Daniel Bastié

Editions Ménadès - 166 pages

Quinze personnalités artistiques, toutes différentes et uniques, et un regard sur leur manière de procéder. Qu’ils soient écrivains, compositeurs ou peintres. Il s’agit de rencontres qui présentent succinctement les activités de chacun au rythme de questions-réponses conviviales et participatives. Les quinze artistes sélectionnés apparaissent par ordre alphabétique.

Bien entendu, à l’ère d’Internet, on ne peut que vous inviter à découvrir davantage de leur production par le biais d’un ordinateur. Bandes musicales, panorama de dessins et couvertures de livres foisonnent sur la toile. En quelques clics de souris, vous pouvez les atteindre via des sites personnels, Youtube, Amazon, Babelio, etc.

Voici un ouvrage sans autre prétention que celle de faire partager des coups de cœur et des élans d’amitié. Surtout, ne vous privez pas de plonger dans leur vie de plain-pied, faisant mentir le dicton qui clame que personne n’est prophète dans son pays !

Au menu de cet opus : Federico Ariu, Marie-Céline Bondue, Hamsi Boubeker, Bénédicte Chabot, Jerry Delfosse, Sophie Dubois, Nicolas Géal, Marcel Ghigny, Salvadore Gucciardo, Georges Lebouc, Jean Lhassa, Sarah Lounici, Victor Ntacorigira, Nipanki Orei et Fernando Pampliega.

Lire la suite...

ENTRE SURREALISME ET METAPHYSIQUE : L’ŒUVRE DE GHISLAINE LECHAT

Du 31 – 03 au 24 – 04 - 16, l’ESPACE ART GALLERY a le plaisir de vous proposer une exposition intitulée ETERNITY-SERENITY, consacrée à l’œuvre de l’artiste française, Madame GHISLAINE LECHAT.

Entre équilibre et déséquilibre discursif, GHISLAINE LECHAT associe symbolique chrétienne, surréalisme et métaphysique à l’intérieur d’une même interprétation plastique.

Qu’entendons-nous par « équilibre-déséquilibre » ? Il y a dans le langage de l’artiste un point de non retour entre rationalité et irrationalité, exprimé de façon savante, en associant plusieurs écritures à l’intérieur d’un même style.

L’artiste connaît sa matière ou plus exactement, l’histoire de cette matière que l’on appelle l’Art.

Dans LA CHUTE DE GABRIEL (150 x 150 cm - acrylique),

12273161057?profile=original

l’image de la rationalité est exprimée dans le thème de l’échiquier que nous retrouvons, comme un leitmotiv, dans l’ensemble de l’œuvre exposée. A cette image s’ajoute celle du cercle (compris dans un autre cercle). Le cercle englobant est de couleur rouge vif, tandis que le cercle englobé est de couleur noir intense. A y regarder de près, il s’agit en réalité, de deux demi-sphères, créant la figure du cercle complet dans l’imaginaire du visiteur. Nous nous trouvons face à une vision chaotique où tout périclite : l’échiquier sur lequel est posé l’ange effectue un mouvement incliné comme pour amorcer une descente aux enfers. L’ange, de conception néo-classique, est appuyé sur un globe terrestre en miniature. Il semble être précipité vers l’abîme par une figure surgissant du cercle noir, dont seulement le bras, issu de l’obscurité, mélange sa blancheur à celle du corps de Gabriel. Pour exprimer cette dialectique basée sur « l’équilibre-déséquilibre », l’artiste a installé un jeu de droites et de diagonales à l’intérieur de l’espace. La droite est assurée par la figure, statique, issue du cercle noir (de laquelle on ne voit que le tronc : le reste du corps est laissé à l’imaginaire du visiteur). Tandis que la diagonale prend forme à la fois dans la posture de l’ange ainsi que dans le mouvement de l’échiquier basculant dans le vide. Quelque part, cette allégorie, issue de l’imaginaire de l’artiste, pourrait s’inscrire aisément dans le prolongement de l’iconographie dantesque, car dans l’esprit, nous ne sommes dimensionnellement pas loin de la vision fantastique d’un William Blake illustrant l’Enfer de la Divine Comédie.

Le geste du  bras tendu de l’ange, l’expression torturée de son visage ainsi que le traitement de sa chevelure viennent tout droit de l’iconographie romantique tributaire du néo-classicisme : on pense à Canova.  S’il y a une expression sur le visage de l’ange, il n’y en a aucune sur celui du personnage issu de l’arrière-plan. S’il est « esprit », la seule « matérialité » révélée au visiteur se concrétise dans la présence lumineuse de son bras, dont la main se pose sur la tête de l’ange.

Concernant le décodage symbolique, le cercle noir englobé dans le rouge, participe d’un langage complexe. Il représente à la fois le temps, le trou noir et la Terre. Dans le cas de la chute de l’ange Gabriel, le globe terrestre miniaturisé repose sur l’échiquier, autrement dit, sur le terrain du rationnel. Mais celui-ci périclite dans l’abîme. Il s’agit du traitement personnel d’un thème biblique. Thème extrêmement surprenant, puisque s’il s’agit d’envisager une possible chute, celle de Lucifer sublimant sa beauté face à celle de Dieu, semblerait, à priori, plus adéquat. Mais c’est ici qu’intervient le ressenti de l’artiste. Si dans le récit vétérotestamentaire, Lucifer plonge des cieux jusqu’à l’abîme, Gabriel, lui, est chassé par l’artiste de cet amalgame symbolique, à la fois temps, trou noir et Terre, pour disparaître dans le même abîme. Cet ange est déjà plus « homme » que créature céleste par l’expression de sa peur. Observez la façon dont il prend appui de sa main gauche sur le globe terrestre en réduction. Le geste de la main droite signifie non seulement la peur de la chute mais peut-être aussi le refus de sa propre image. Car il y a un rapport symbolique entre la posture de la main droite du refus et celle de la gauche agrippée au globe terrestre, en équilibre entre la déchéance de l’ange humanisé et celle du Monde courant à sa perte. Remarquez également le traitement du bras de la créature qui le pousse. Du noir le plus intense, il passe au blanc le plus diaphane, comme pour signifier tant à l’ange qu’au visiteur que la déchéance devient l’essence même de leur identité commune. Notons la grande beauté virile dans le rendu du corps de l’ange Gabriel : une ligne droite associe le torse (de trois-quarts) à la créature maléfique. Tandis qu’à partir du bassin, les jambes prennent une position oblique. Les pieds posés sur l’échiquier, en déséquilibre, signent la diagonale annonçant la tragédie.

LE QUATRIEME JOUR (150 x 150 cm - acrylique)

12273160892?profile=original

participe d’un autre thème d’inspiration biblique traité à partir d’un ressenti personnel.

Il s’agit de l’image du Christ méditatif, penché sur le Monde et s’interrogeant sur le futur de celui-ci. Cette œuvre est un mélange de symbolisme et de surréalisme, c'est-à-dire de rationnel et d’irrationnel. Le côté rationnel est représenté par l’image du sol en damier (rappelant l’échiquier) ainsi que par le rôle tenu par l’architecture : six colonnes (trois à droite, trois à gauche) partant des bords de la toile assurent deux lignes droites jusqu’à la limite de l’arrière-plan. Les quatre dernières colonnes portent une coupole en haut de laquelle une petite ouverture inonde de lumière le personnage du Christ. La coupole est en réalité une stylisation héritée de l’architecture gothique avec une ordonnance ramassée soulignée par de petits arcs traversant la croisée des voûtes.

Le côté irrationnel est représenté par l’élément surréaliste symbolisé par la mer dont l’eau déferle jusque vers la moitié de l’espace scénique. L’eau est un symbole de pureté (l’eau baptismale) lequel renoue avec une spiritualité ante chrétienne de conception classique et proche-orientale. N’échappant pas à l’iconographie néo platonicienne, le Christ (vêtu de blanc – autre symbole de pureté) devient ici un philosophe. Mais il s’agit d’un philosophe qui n’enseigne plus comme dans l’iconographie paléo chrétienne. De même que sa personne n’est plus associée à celle du « Pantocrator » de l’Orient chrétien présidant le Jugement Dernier et qui de son air sévère demande des comptes à l’humanité. Il s’agit d’un Christ méditatif qui par son questionnement sur la portée de son sacrifice exercerait son esprit critique. Un jeu savant de perspective introduit deux trouées lumineuses (une à droite, l’autre à gauche), au fond desquelles se dessine une issue, donnant au visiteur le sentiment d’avoir deux tableaux par démultiplication de l’image. Quelle voie choisir ? se demandera le visiteur. Celle de gauche, présentant un escalier ascendant, offre une grande trouée lumineuse. Celle de droite se réduit à une fente de laquelle s’échappe de la lumière. Laquelle choisir pour accéder à la béatitude ? Celle de gauche avec sa grande trouée lumineuse est bien tentante. Quoique, sans vouloir être gidien  à outrance, celle de droite est….étroite !  De chaque côté de la composition pendent deux encensoirs, statiques, pour stabiliser l’espace.

VENUS TEMPTATOR (150 x 150 cm - acrylique)

12273161853?profile=original

est une vue de dos de la Vénus de Milo à qui l’artiste a donné un buste dénudé recouvert au niveau du coccyx par une tunique descendant jusqu’aux pieds.

Cette Vénus, dont le titre indique qu’il s’agit d’une tentatrice, campée au centre du tableau, est associée à celle de Botticelli (emprisonnée à l’intérieur d’un cadre faisant office de fenêtre, derrière qui se profile un personnage inconnu, stylistiquement fort proche de la figure située derrière l’ange Gabriel). Il s’agit de la confrontation de deux nudités procédant de la même mythologie. Dans cette œuvre très métaphysique, la symbolique des couleurs est primordiale : le blanc est associé à la peau laiteuse des deux Vénus dont la destination psychologique est tout aussi symbolique : celle campée au centre de la toile est statufiée, l’autre, à l’intérieur du tableau est portraiturée. La tentation procède de la sensualité dégagée par les œuvres. La Vénus inspirée de Botticelli, présentée au bord du tableau-fenêtre est portraiturée sans son coquillage sur un parterre en forme d’échiquier. Il s’agit d’une vision calme et heureuse de la féminité. La sensualité de la Vénus statufiée est concentrée sur les plis nerveux de sa tunique. Une fois encore, rationalité et irrationalité s’affrontent, si l’on compare les plis fébriles presque chaotiques de son vêtement avec ceux extrêmement bien ordonnés de la tunique du Christ du QUATRIEME JOUR (mentionné plus haut), conçus en forme de « M » (c'est-à-dire dans une géométrie s’appuyant sur l’image philosophique de la raison). L’élément surréaliste s’exprime dans la présence de la mer, sur la gauche de la composition ainsi que dans la conception de la lumière, conçue dans un chromatisme associant le bleu, le vert et le jaune clairs. La dimension métaphysique résulte de la conception de l’architecture, unissant colonnes antiques sur la gauche de la toile avec à l’opposé, un mur avec en hauteur sur quatorze dalles tout un panel de hiéroglyphes égyptiens accentuant l’élément mystique. La Vénus statufiée, au pinacle de sa sensualité fébrile, évolue sur l’échiquier de la rationalité. Non loin d’elle, au premier plan, le globe  miniaturisé, comme pour rappeler son essence terrestre associé à son humaine vulnérabilité. Elle semble se diriger vers une arcade surmontée par un arc en plein cintre donnant sur un fond noir. Est-ce la porte donnant sur le vide ? Est-ce la peur de l’inconnu qui se niche en nous ? Le visiteur donnera sa propre réponse.

GHISLAINE LECHAT est une autodidacte. Oui…oui, vous avez bien lu : autodidacte ! Elle peint depuis des années en répondant à l’idée de ce qu’elle perçoit. Dans son œuvre, le temps en suspension, est sublimé dans un univers où le symbole se marie aux écritures surréaliste et métaphysique. Elle affectionne particulièrement l’acrylique et l’huile. Les personnages qu’elle peint appartiennent à une mythologie bien souvent explorée par l’histoire de l’Art.

A titre d’exemple, le personnage ailé, que ce soit l’ange sous la forme de Lucifer ou d’Icare, se brûle au feu de ses propres limites. L’artiste confère au Sacré de nouveaux territoires balisés sur le terrain fertile de sa propre humanité.

François L. Speranza.

12273002454?profile=original

12273161686?profile=original


Une publication
Arts
 
12272797098?profile=original

Lettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza


12273162897?profile=original

Ghislaine Lechat et François Speranza:  interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

(30 mars 2016 - Photo Robert Paul)

                                      

12272603473?profile=original

Exposition Ghislaine Lechat à l'Espace Art Gallery en mars-avril 2016 - Photo Espace Art Gallery

Lire la suite...
administrateur partenariats

Lumière de la nuit de Bruno Lemasson

Lumière de la nuit

Bruno LEMASSON 

12273258669?profile=original

La nuit

Gilbert Czuly-Msczanowski

Pour connaître la nuit il faut avoir vu le jour et sa vie,

Et enfin le soir qui en est la porte d'entrée.

Comme tout naturellement la brillante lueur qui naît

Se voit-elle aller, paraît-il, vers un peu moins d'énergie !

Mais la nuit n'est pas un grand trou noir

Où il faudrait craindre d'y voir.

Ou encore y passer le clair de son temps à dormir,

Tirer les rideaux, fermer les volets pour ne rien voir venir.

Non, la nuit existe pour les curieux, les inquiets, les penseurs,

Voyant en le sommeil une perte de temps,

Sans oublier d'heureux" fêtards qui grillent les heures

Comme des pétards qui claquent à tout vents.

Mais ceux-là ont encore beaucoup à apprendre de la nuit,

Ils se trompent d'heure, le manteau nocturne n'est pas pour eux.

Qu'ils entendent la chouette qui hulule, voient la biche qui se hasarde sans bruit

Ou le hérisson qui ose enfin ouvrir les yeux !

Car le silence sous la voûte étoilée, l'orage, les nuages noirs

N'ont de pareils que lorsque le voile de la nuit est tiré.

Et nos sens apaisés des aléas et du temps creusé

Font de la nuit un refuge serein qui ressemble à l'espoir.

Nuit blanche.

"Nuit blanche"

Gilbert Jacqueline

Les marraines de la nuit. gouache.

"Les marraines de la nuit"

lucien georges meert 

Dans la tiédeur de la nuit

"Dans la tiédeur de la nuit"

 David VIRASSAMY 

12273260263?profile=original

"Nuit"

BEGUIN Marie-Bernadette

12273260462?profile=original

La nuit ne s’endort jamais,

elle écoute nos pensées

berce nos rêves

nous ouvre les yeux

Elle parle tout bas

dehors dans le noir

aux choses invisibles

qui lui répondent,

allume le ciel,

éveille l'eau dormante,

soulève des fantômes,

fait bouger les ombres

La nuit avance pas-à-pas,

ensommeillée,

au petit matin

ce n’est pas le jour qui vient

c’est elle qui s’en va


Martine Rouhart

CIEL COLORE DE LA NUIT

"Ciel coloré de la nuit"

Arlette A

Une ville la nuit

"Une ville la nuit"

Raymond MARTIN

12272038898?profile=original

En hommage à un poète Arts & Lettres 

ayant généreusement contribué à l'aventure "Partenariats"

12273261257?profile=original

"Quand revient la nuit"

Olivier Dumont

12273260875?profile=original

"Nuit sur la Sérénissime"

Isabelle Becker- Conraud

12273261062?profile=original

"Jour et nuit je pense à toi"

Olivier Lamboray

Lumière dans la nuit

"Lumière dans la nuit"

Michel Marechal

12271862261?profile=original

 Suzanne Walther-Siksou 

Haïkus

 

Je ne peux dormir,

Douillettement dans mon lit

Je pars en voyage.

...

Mon guide me mène,

Ouvre les portes fermées,

A toutes les clés.

...

Mon ami arrive

Il va jouer du violon.

Ma joie est immense.

...

J’écoute ravie;

Des airs de valses m'enchantent

Mon âme s’endort.

...

24 mai 2009

"Nocturne"

"Nocturne"

BOVY Bernadette

Minuit sur la Seine de Paris

"Minuit sur la Seine de Paris"

Thierry Duval

Un partenariat

Arts

12272797098?profile=original

Lettres

 

Lire la suite...

DOMINIQUE PERREARD OU L'ELOGE DU MASQUE

                                                  DOMINIQUE PERREARD OU L’ELOGE DU MASQUE

Du 03-11 au 25-11-18, l’ESPACE ART GALLERY (Rue de Laeken, 83, 1000 Bruxelles) a eu le plaisir de vous présenter l’œuvre de l’artiste français Monsieur DOMINIQUE PERREARD, intitulée : EN TETE A’ TETE.

Auréolé d’une atmosphère carnavalesque, l’univers de DOMINIQUE PERREARD arpente des dimensions rarement atteintes dans la conception du masque. En vérité, l’univers de cet artiste oscille entre la sculpture et la peinture, en ce sens que chaque masque est limité dans son espace par un cadre. A’ un point tel qu’il devient difficile pour le visiteur de définir où commence le tableau et où émerge la sculpture. L’un étant l’alter ego de l’autre. Le tableau en tant que tel est le terreau à partir duquel prend naissance le masque. Par son œuvre, l’artiste recule les frontières dans la représentation du visage humain. Il y a du burlesque qui nous replonge dans les carnavals de notre enfance, à l’instar de VISAGE 04 (109 x 90 cm - techniques mixtes, papier, pigments…).
12273327679?profile=original

Mais il y a aussi de l’« abstrait » (faute de le qualifier autrement) dans cette série de visages aux traits évanescents, baignant dans un blanc laiteux, contrastant avec un chromatisme bariolé, évoluant du jaune vif vers le rouge, alterné de touches blanches, traitées au couteau dans le bas et s’évanouissant vers le haut. Remarquez de quelle façon les visages émergent de l’espace : ils ressortent à la manière des bas-reliefs expulsés de la pierre. Ceux-ci apparaissent de façon saillante, à partir du trait noir extrêmement prononcé, amplifié par du papier chiffonné.

Le visage démultiplié régit la composition de NAISSANCE (124 x 69 cm- techniques mixtes, papier, pigments…).12273328491?profile=original

Elle se situe à un stade de son évolution où « tout peut arriver ». Le visage et ses attributs se mettent en place mais leur emplacement demeure encore anarchique : tout est imbriqué dans tout. De prime abord le visiteur se trouve face à un conglomérat, une masse informe de laquelle jaillissent les éléments constitutifs du visage, lequel trouvera son aboutissement discrètement coincé entre plusieurs éléments vers la gauche, au centre de l’œuvre. Il devient, dans l’imaginaire du visiteur, la concrétisation du « naissant », en ce sens qu’à de nombreuses reprises, l’idée embryonnaire du visage achevé se profile sur divers côtés du tableau. Même discours, en haut, sur la droite de l’œuvre : le profil exprimé par le bas se manifeste, donnant à ce dernier une allure faisant penser à un visage ornant une poterie Nazca (céramique précolombienne).

La force caractérisant l’œuvre de DOMINIQUE PERREARD est constituée à la fois par le volume et par la couleur, généralement très vive, renforçant de ce fait la puissance même du volume.

Une série de six petits formats représentant des visages, évoquant la volonté de « portrait », apparaît pour la première fois dans cette exposition. A’ l’exception d’un visage campé de profil, tous les autres fixent le visiteur. Même si ces portraits sont imaginaires ou symboliques, leur conception est une réminiscence contemporaine des masques de James Ensor, tels que la FIGURE 6, particulièrement dans l’expression et le chromatisme.

FIGURE 6 (39 x34 cm - techniques misxtes, papier, pigments...) 

12273328866?profile=original

Mais il y a également une évocation de l’expressionnisme allemand des années ’20 et ’30, notamment dans les FIGURE 2  et FIGURE 4  ainsi que de Francis Bacon.

FIGURE 2 (44 x 36 cm - techniques mixtes, papiers, pigments...)12273329661?profile=original

FIGURE 4 (40 x33 cm - techniques mixtes, papaiers, pigments...)

12273329479?profile=original

Ces petits formats exposés ne sont qu’un échantillon de sa production, comportant quelque soixante oeuvres de cette dimension. La notion du « portrait » est flagrante, à la fois dans sa présentation que dans ses références historiques. Néanmoins, rien n’a été voulu car tout est le fruit de l’inconscient. L’importance de ces petits formats réside dans le fait de nous faire comprendre que nous sommes toujours bel et bien dans le masque dans toute sa dimension mythologique. En effet, ces visages grimaçants et déformés, drôles ou tristes ne sont que l’expression de ce qui s’abrite derrière l’écran du masque, à savoir la Persona.

Le sentiment de la pierre nous est rendu par BAS-RELIEF 0 (68 x 48 cm – techniques mixtes, papier, pigments…).

12273330278?profile=original

Le côté « argileux » qui se dégage de cette pièce est dû à la magie de la technique mixte utilisée par l’artiste. Les deux visages (sculptures) ressortent au regard à partir d’un arrière-plan brun-ocre, renforçant au sein de l’inconscient l’idée tangible de la pierre sculptée.

LA DAME (94 x 74 cm – techniques mixtes, papier, pigments…) constitue l’exemple parfait du tableau sculpté.12273331070?profile=original

Des résidus de matière conçoivent et décorent la robe du personnage. Son rôle est celui d’accrocher la lumière. Des notes rouge vif affirment le corsage de sa robe.

Sa chevelure s’éparpille à l’intérieur d’un halot lumineux dominé par le jaune or, le noir le plus sombre et le rouge vif. Le visage respecte cette ligne de démarcation infime entre peinture et sculpture : jaillissant à peine de la toile, seuls le nez, les arcades sourcilières, la bouche et le menton ressortent de l’espace pictural pour trouver leur identité plastique propre, à l’intérieur de cette polysémie chromatique.

L’idée du « portrait » est à nouveau présente dans le regard de la dame fixant le visiteur. Sa particularité consiste dans le fait de s’éloigner de la toile pour que celle-ci se dévoile dans tous ses atours.

Il n’y a pas vraiment un nom pour qualifier l’art de DOMINIQUE PERREARD. « Modeleur » ferait sans doute l’affaire, puisque la construction du masque est une affaire de « modelage ». Et l’artiste s’exprime dans une discipline associant relief « sculpté » (étant donné qu’il s’agit de « bas-reliefs » en masques) et peinture, puisque l’œuvre s’enserre à l’intérieur d’une toile peinte. Il s’agit ici d’un art original puisqu’il s’écarte des sentiers battus pour avancer vers d’autres dimensions créatrices.

Avec FOULE 08, nous retournons dans l’interprétation inconsciente. En effet, parmi les visages entourant le personnage central, il y en a un dont le menton termine en pointe son faciès émacié, accusant un prognathisme prononcé. Là aussi une référence à l’histoire de l’Art proche-oriental s’affirme lorsque nous le comparons à la statuaire égyptienne de la 18ème dynastie.

FOULE 08 (118 x 75 cm - techniques mixtes, papiers, pigments...)

12273331262?profile=original

FOULE 08 (autre tableau - 102 x 67 cm – techniques mixtes, papier, pigments).

12273331683?profile=original

Seize variations sur le thème du masque-visage se déclinent en une infinité de modulations dans lesquelles la matière imprime l’idée de la forme, presque en s’effaçant, tellement elle devient fragmentaire sans que jamais celle-ci l’emporte sur le dessein à l’origine de la forme. Nous restons dans l’idée ou plutôt dans l’esthétique de l’idée car à chaque reprise, l’artiste s’arrête avant la forme « achevée ». Elle se suffit à elle-même, la matière, n’étant là que pour souligner l’idée : nez, bouche, regard…jamais la matière, finement étalée, presque poudreuse, ne rivalise avec le dessin servant de limite au champ expérimental.  

DOMINIQUE PERREARD peint depuis l’âge de dix-neuf ans. Bien qu’il soit passé maître dans l’art du modelage, il a peu pratiqué la sculpture.

Sa rencontre avec le masque s’est faite par le biais du théâtre en tant que scénographe. En effet, il a pratiqué le théâtre de marionnettes ainsi que celui de rues, dans lesquels le rôle du masque est fondamental depuis la tragédie grecque en passant par la Commedia dell’Arte dans la culture occidentale. Il a d’abord pratiqué la peinture avant de se diriger vers la scène. Il a d’ailleurs monté plusieurs compagnies. L’artiste ne fait aucune distinction entre peinture, sculpture et modelage étant donné qu’il les pratique indistinctement.

Lorsqu’on lui demande s’il a eu la volonté de « portraiturer », il répond par la négative. Le « portrait » se réalise donc de façon inconsciente par le biais de la culture emmagasinée dans le domaine artistique depuis des années. Le dénominateur commun à tout cela étant, évidemment, le théâtre. Néanmoins, il est indéniable que l’œuvre de l’artiste ait été influencée, notamment, par l’art brut. Cela se perçoit dans la conception plastique de cet ensemble que l’on pourrait qualifier de « peinture sculptée ». Sa technique est principalement basée sur le papier pour dessin. Il s’agit essentiellement d’une technique mixte, conçue à base de sable, de papier, de pigments, de poussière de bois et de liant. La matière (la conception même du papier), est réalisée sur base de feuilles encollées, malaxées en pâte.

DOMINIQUE PERREARD poursuit une tradition artistique et culturelle séculaire : celle de rendre vivante la partie enfouie en nous-mêmes que la tragédie et la Commedia dell’Arte ont offert au peuple pour qu’il y perçoive son reflet humain à l’intérieur de tous ses possibles.

François L. Speranza.

12273002454?profile=original

                                                         Une publication
                                                                Arts
 
12272797098?profile=original                                                                Lettres

12273331888?profile=original

  


Collection "Belles signatures"  ©  2020 Robert Paul 
                                                   

N.B. : Ce billet est publié à l'initiative de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis. 

Robert Paul, éditeur responsable 

 

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza                                     

12273332280?profile=original

L'artiste DOMINIQUE PERREARD et François L. Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistes et littéraires au cours des deux derniers siècles

12273332673?profile=original

12273333266?profile=original

Photos de l'exposition de DOMINIQUE PERREARD à l'ESPACE ART GALLERY 

Lire la suite...

DE LA VARIATION DES FORMES : L’ONDE MAGNÉTIQUE DE DIELLE

Du 05-03 au 28-03-21, l’ESPACE ART GALLERY a le plaisir de présenter l’œuvre du peintre belge, DIELLE dans une exposition intitulée : ONDES DE FORMES.    

Il y a des expositions dont l’intitulé épouse magiquement le but escompté par l’artiste. L’adéquation de « ondes » et « formes » illustre parfaitement l’âme de ces œuvres. 

ONDES. Il y a, effectivement, du magnétisme dans cet univers infini de volutes virevoltantes, définissant la FORME qui les assemble et leur confère le mouvement. Des ondes créant des formes entrelacées à l’origine d’un discours pictural où les corps dansent et se dilatent à l’intérieur d’une musique ondoyante de laquelle la forme, réduite à l’état de silhouette, capture l’espace en s’étirant à l’intérieur du cadre. Si nous osons le terme de « silhouette », c’est parce que les corps composant la forme, ne sont qu’esquissés. Filiformes, élancés, leur volume n’est qu’à peine perceptible, tellement la délicatesse du trait, à la fois léger et prononcé, les enserre dans une verticalité vitale. A’ l’exception d’un couple, le personnage de référence est assurément la Femme. Une « Femme-fleur » dont la sophistication s’avère être la signature de l’artiste. Cet élancement de la forme s’inscrit à la fois dans la dimension verticale même de la toile (souvent longue et rectangulaire) mais aussi dans le chromatisme de l’arrière-plan, lequel est toujours monochrome, quelle que soit l’intensité de la couleur. Ce qui assure à la forme sa mise en relief. De plus, la couleur définissant l’arrière-plan, est toujours douce, qu’elle soit claire ou sombre. Une ligne médiatrice scinde la forme en son milieu, l’isolant du reste de l’ensemble.

INNER WALTZ (80 x 30 cm-huile sur toile)

12273373473?profile=original

Perdue dans une myriade d’entrelacs, un trait, partant du haut de la tête, signifiant la chevelure (presque une tresse), tombe le long des épaules pour arriver au creux des reins. Un espace laissé vide, suggérant la forme, indique le coccyx, lequel est immédiatement réinvesti par la continuation du même trait, affirmant la jambe gauche du personnage, scindant et terminant derechef, la forme. En réalité, deux lignes esquissent l’arrière du personnage : celle que nous venons d’évoquer et une autre, prenant son point de départ à partir du bas du visage (privé d’attributs), se prolongeant sur la tête pour descendre sur le dos avant d’aboutir dans le creux des reins et reprendre da course à partir du coccyx pour descendre vers la jambe droite jusqu’à atteindre ce que le visiteur imagine être l’aboutissement de la forme car à aucun moment (et c’est là un trait de son originalité), les pieds ne sont jamais indiqués.

Signalons, au passage, que dans les mains sont également absentes du vocabulaire pictural de l’artiste. L’avant du corps est conçu de façon moins complexe : une simple ligne part du haut du bras (privé de main) lequel descend de façon abrupte pour aboutir au torse (de profil) et terminer sa course sur la jambe droite avant d’atteindre le bas. 

LA VALSE (68 x 57 cm-huile sur toile)

12273373497?profile=original

Les personnages sont, pour ainsi dire, imbriqués l’un dans l’autre. Le pas de danse devient le moteur fusionnel. L’arrière du corps de la femme « coupe » la composition en deux parties distinctes. Chaque partie répond à l’autre : la jambe droite (gauche par rapport au visiteur) de l’homme répond à la jambe gauche (droite par rapport au visiteur) de la femme. De même qu’à la jambe droite de la femme répond la jambe gauche (droite par rapport au visiteur) de l’homme. Une spirale prenant naissance au niveau du torse des personnages, englobe le couple, ce qui accentue le rythme envolé et saccadé de la valse. Symboliquement, dans bien des cultures, la spirale est l’image de l’infini. Le couple évolue dans les méandres des ondes magnétiques d’un espace se perpétuant à l’infini. La finesse du rendu plastique s’exprime dans la façon dont le couple s’enlace : le bras droit (gauche par rapport au visiteur) de l’homme enlace la femme, tandis que le bras droit (gauche par rapport au visiteur) de la femme enlace l’homme. Le bras de l’homme achevant le geste enveloppant s’affirme en une fine terminaison. Cette œuvre est issue d’un rêve, lequel s’est concrétisé dans la réalité, par une rencontre. Même éphémère, l’artiste a senti la nécessité de la retranscrire sur toile en assumant à la fois le rôle de l’homme et celui de la femme. Il s’agit de la concrétisation éveillée de l’activité onirique dans tous ses mécanismes, au cours de laquelle le rêveur s’incarne dans chacun de ses personnages.

 

MAJESTÉ (72 x 62 cm-huile sur toile)

12273374872?profile=original

Cette œuvre est une étude sur la démultiplication du visage. Un personnage féminin bicéphale, aux attributs finement esquissés, scindé en deux parties au centre de la toile est le point de départ d’une série de démultiplications sur ses deux côtés. Seule la bouche demeure le vestige d’un visage « oublié », délesté de ses attributs, au fur et à mesure qu’il se démultiplie.

La couleur blanche est le point de départ chromatique du visage originel. Progressivement, les démultiplications se fondent dans l’arrière-plan, adoptant ainsi un chromatisme sombre, conçu en violet, une couleur nocturne, accentuant l’effacement du visage, à l’instar d’une mémoire qui s’estomperait. Il ne demeure de cet être bicéphale à la sensualité crépusculaire qu’une bouche charnue et sensuelle, laquelle déjà vire au bleu à partir du rouge vif, présent sur le visage de droite, fusionnant avec l’univers nocturne de l’arrière-plan, qui se dissipe au fur et à mesure que l’onde magnétique s’élargit.

Ce qui fascine chez cette artiste, c’est la finesse déployée à l’extrême de son trait, associée à cette verticalité évoquée plus haut, donnant au visiteur l’illusion que ces personnages-silhouettes sont, au premier regard, privés de volume.

Autodidacte, DIELLE se définit comme étant née artiste. Bien qu’elle dessine depuis son enfance, beaucoup de temps s’est écoulé avant qu’elle ne se serve de l’Art comme véhicule de son humanité. Ayant réalisé des croquis de mode, elle privilégie, comme le démontre la qualité de son œuvre, la ligne. Ces croquis sont à la base de ses productions transposées sur la toile. Un autre élément discrètement présent dans son œuvre actuelle et qu’elle a l’intention de développer dans le futur est la calligraphie. En effet, son grand intérêt pour la ligne se traduit par les volutes et les entrelacs laissés par les circonvolutions du trait, à l’origine d’une calligraphie embryonnaire, laquelle ne demande qu’à éclore. Elle privilégie la peinture à l’huile. A’ la question : « avez-vous des influences? », elle répond par la négative. Il est vrai que même si tout artiste est influencé, souvent à son insu, par l’œuvre d’un autre, force est de constater l’originalité ainsi que la mise en scène spatiale de son trait.    

DIELLE trouve son alter ego dans ses personnages-silhouettes, en tant qu’expression d’une humanité tendue au fil duquel elle est issue, se répercutant en ondes sonores au regard, dans les clapotis magnétiques d’une eau cosmique.   

François L. Speranza.

12273002454?profile=original

                                                        Une publication
                                                              Arts
 
12272797098?profile=original                 Lettres

12273375278?profile=original

 Collection "Belles signatures" © 2021 Robert Paul

 

N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis. 

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

12273375869?profile=original

L'artiste DIELLE et François Speranza : interview (masquée !) et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles.

12273376092?profile=original

12273376292?profile=original

Photos de l'exposition de DIELLE à l' ESPACE ART GALLERY  

Lire la suite...


Ecorces de vie


Lande sablonneuse de mon cœur,
Une petite fille en manteau rouge
Ramasse des pommes de pin.


Lande sablonneuse de mon cœur,
Du fond de l'enfance douce,
Une aquarelle et un souvenir se peint.


Lande sablonneuse de mon cœur,
Je revois, roses aux joues,
La silhouette d'un être éteint.


Lande sablonneuse de mon cœur,
Sous tes dunes de velours,
Quelques graines germent ce matin.


Lande sablonneuse de mon cœur,
Tes racines s'ébrouent
Et un bonheur m'étreint.


Lande sablonneuse de mon cœur,
D'autres pas courent,
Sentier et trésor pour demain.

Sandra Dulier 

Dans le domaine de Lagland

Dans le Domaine de Lagland

Adyne Gohy

Aquarelle 75/50

Lire la suite...

AVEC TOI...

Avec toi j'ai le corps qui parle à cœur ouvert

Et je renonce à sentir le froid de l'hiver

Nos lèvres se retroussent ébauchant un sourire

Il est question de vivre et non plus de mourir!

La passion est une arme de construction passive

Et les regards sont purs si les poses sont lascives...

Quand la maturité se confond avec joie

Il n'est rien de plus vrai que le goût de l'émoi...

J.G.

Lire la suite...

En tant que Community manager du réseau Arts et Lettres, je vous rappelle que les billets de blogue autorisent 100 000 caractères (html), ce qui est assez considérable: vous avez donc de larges et généreuses possibilités de faire de beaux billets bien illustrés et commentés.

Ces vastes espaces d'édition vous sont offerts, servez-vous en donc.

Si vous désirez éditer des textes plus longs, vous pouvez vous adresser à Robert Paul, notre fondateur et administrateur général qui, cas par cas, examinera d'autres possibilités.

 

Arts 
12272797098?profile=originalLettres

Lire la suite...

                                        L’ÉCHO : CHRYSALIDE DE L’IDÉE. L’ŒUVRE DE JOHANN DAMOISEAU        

Du 03-05 au 26-05-1919, l’ESPACE ART GALLERY (83 Rue de Laeken, 1000 Bruxelles) a eu le plaisir d’organiser une exposition autour de l’œuvre de l’artiste belge, Monsieur JOHANN DAMOISEAU, intitulée : ECHOS FORMELS.

« Echos » et « Formels ». Voilà les tenants d’un titre extrêmement évocateur, en phase totale avec son sujet.  

« Echos ». Comme la musique d’une écriture restée à l’état de trace. D’empreinte fossilisée sur la surface d’un sédiment protecteur. On peut parler d’ « écriture » comme une suite de variations à partir de cette sémantique personnelle, à l’instar de celle proposée par Christian d’Outremont, laquelle, en son temps, fit office de « référent ». Car ces traces démultipliées matérialisent des « signes » sortis de tous les champs sémantiques possibles. Tant par la délicatesse de leur calligraphie que par leur portée symbolique. Hasardons-nous même à dire que cette écriture picturale s’avérerait être l’écriture intime que l’artiste utiliserait dans chacune de ses lettres s’il en avait la possibilité culturelle.  

Cette écriture est constituée de segments minuscules, formant un immense réseau dont la particularité réside dans le fait de tenir dans l’espace circonscrit d’un petit format. Paradoxalement, cette caractéristique procure un sentiment d’ « agrandissement », en ce sens que ce foisonnement graphique associé à un espace réduit, fait que l’imaginaire du visiteur, submergé par cette dynamique cinétique, la fasse « déborder » du cadre. Ouvrant à l’œuvre les grilles de sa prison formelle pour se perdre vers d’autres espaces.  

« Formels ». Puisque, aussi minuscule soit-elle, cette écriture participe de la forme, prise à la fois dans le sens plastique mais également dans son expression symbolique. Car le dénominateur commun à l’œuvre demeure, comme nous le verrons plus loin, une interprétation philosophique de la Nature. Par « forme », il faut entendre un univers sans volume apparent, constitué d’un « bouillon de cultures », mis à plat sur la surface de l’espace pictural. Le chromatisme est globalement monochrome, bien qu’il soit constitué non pas par une seule couleur mais bien par le rouge, le jaune et le bleu, assemblés comme notes de fond constituant la base chromatique spectrale ou pour mieux dire, la Trichromie (théorie élaborée au début du 18èmesiècle), partir de laquelle naissent les différentes couleurs. Les titres des oeuvres  évoquent d'ailleurs cette théorie par l'apparition de trois initiales : RJB (rouge-jaune-blanc). 

A’ quelques rares moments, telle couleur prend le pas sur l’autre, accentuant l’impact de l’effet visuel.

Au fur et à mesure que le regard se rapproche de l’œuvre, au plus la dynamique cinétique (évoquée plus haut) s’affirme.

Partant d’un sentiment de brouillard, la mise à feu se précise jusqu’à imprégner une véritable toile cinétique sur la rétine oculaire. De prime abord, l’on peut penser à une écriture sans évolution. Mais en y regardant de près, l’œil perçoit des variations dans la forme, l’amenant vers un univers de plus en plus « microscopique », jusqu’à atteindre le trait dans son plus total épurement : l’idée avant la forme;

RJB (rouge-jaune-bleu) (40 X 40 cm)

12273357891?profile=original

Mais l’artiste ne s’arrête pas à ce stade, il reprend le trait là où il l’avait laissé, pour le (re)conjuguer dans une dimension plus feutrée, de laquelle il point dans un dédale d’entrelacs. 

RJB (rouge-jaune-bleu) (40 x 40 cm)

12273359062?profile=original

Cette oeuvre représente un véritable tour de force, en ce sens que le trait blanc entrelacé, s’anime sur un fond également blanc. Il ne s’anime que par des stries que l’artiste apporte par sa mine de plomb sur chaque segment pour lui conférer sa propre individualité. 

RJB (rouge-jaune-bleu) 40 x 40 cm)
12273359494?profile=original

Cette oeuvre est, en quelque sorte, le véhicule esthétique de l'artiste dans l’expression de l'idée créatrice de son graphisme.    

RJB  (rouge-jaune-blanc)  (40 X 40 cm)

12273360653?profile=original

RJB (rouge-jaune-blanc) (40 x 40 cm)

12273360287?profile=original

Des compositions telles que celles-ci illustrent parfaitement le discours de l'artiste.

Pourquoi cet art participe-t-il d’une forme de « cinétisme »? Parce que le trait (par exemple de couleur noire) se trouve, pour ainsi dire, « propulsé » par la note blanche se situant dans l’espace qui le sépare d’un autre trait, accentuant ainsi une forme de perspective qui l’anime. Et ce grouillement graphique s’éparpillant sur l’ensemble de la toile fait de sorte que l’œil « court » dans l’espoir de saisir l’animation dans sa totalité. Il peut d’ailleurs se placer sur plusieurs axes de la toile, ce sentiment d’animation microscopique ne le quittera pas. L’œil devient alors le témoin d’une sorte de fermentation dans laquelle la vie essaime dans tous le sens.  

CROISE D'OGIVES (180 x 100 cm)

12273361265?profile=original

Cette pièce est, pour ainsi dire, une « sculpture picturale » laquelle reprend plastiquement dans la matière sculptée ce que le trait du pinceau a laissé sur la toile. Cet ensemble de lamelles attaquées à l’acide (faisant fonction de rouille dans le champ interprétatif), forme un ensemble harmonique, une œuvre « primitive », en ce sens où elle renoue avec le champ mythologique qui anime l’œuvre d’art dans son tréfonds originel.   

Bichromée dans son ensemble (blanc et rouille), l’œuvre est partiellement rehaussée d’une note jaune-or, dans le bas à droite.

RJB (rouge-jaune-blanc) (40 x 40 cm)  

12273362294?profile=original

Ce détail de RJB (mentionné plus haut) confirme une parenté stylistique, voire sémantique, de l'écriture picturale de l'artiste.   

 

Est-ce de l’art « brut »? Les trois sculptures filiformes, conçues à partir de fils de fer surplombées d’une petite pierre et portées par trois pierres de majeures dimensions, appartiennent au vocabulaire contemporain.Sont-ce les personnages à l’origine de l’idée? Leur conception à partir du socle basé sur trois pierres, défie l’essence de l’abstraction, lorsque, tout en tenant compte de la présence imaginaire de trois squelettes filiformes s’élançant, l’on songe aux personnages de Giacometti. Idée et concept se marient dans le traitement à la fois plastique et intellectuel de cette œuvre.12273362476?profile=original

Est-ce de l’art « minimaliste » ? Aux dires de l’artiste, elles pourraient l’être au sens « trivial » du terme, en ce sens qu’elles ne se déclinent que par le noir et le blanc. Néanmoins, le minimalisme se définit surtout par une conception travaillée de la figure géométrique, à la base. De plus, il est dépourvu de symbolique et d’émotion. Son principal attrait est qu’il joue sur les formes et les couleurs. Cela ne se retrouve aucunement dans l’œuvre de l’artiste dont la portée philosophique, symbolique et intellectuelle prime sur le reste. Force est donc de constater que son écriture n’est pas minimaliste.    

L’art de JOHANN DAMOISEAU prend naissance non pas sur le choc visuel mais bien sur la révélation à partir d’une apparition, laquelle se matérialise au fur et à mesure que le regard s’approche de la toile. Cette révélation est pareille à celle d’une existence ayant pris forme jadis, laquelle a laissé son empreinte (sa « trace » comme l’artiste aime à le préciser) dans les résidus de sa matière primale, réduits à l’état de fossile imaginaire. Car les « traces » que l’artiste a laissées sur le papier ou sur le cadre sont les empreintes cosmiques d’éléments ayant participé de la Nature, jusqu’à former une sorte de proto écriture indéchiffrable aux non initiés. Ce langage graphique inondant l’espace, pris comme microcosme, se déploie sur toute la surface jusqu’à « déborder » le regard qui le prolonge à l’infini.

La production de l’artiste se divise en deux espaces visuels sanctionnant deux techniques particulières, à savoir le cadre (pour les petits formats) mettant en exergue l’approche picturale du peintre et la mine de plomb, réservée aux formats plus grands.

A’ côté de la signature du dessinateur, figure confirmée par un chiffre, la consistance de la mine de plomb formant le relief exigé pour l’individualité de l’œuvre. Quant au cadre, il témoigne d’une dynamique gestuelle, en ce sens qu’une fois le geste posé, celui-ci ne varie pas. Le papier, lui, varie.

La démarche de l’artiste est essentiellement philosophique. Le sujet, issu de la Nature, tel que le paysage, le sable ou la roche, prend son autonomie face à sa représentation figurative, pour atteindre une Nature exclusivement humaine. Il s’agit là d’une Nature dont la représentation picturale transcende le figuratif. Cette vision humaniste trouve son origine dans les cartes géographiques du 16ème siècle, essentiellement conçues comme des représentations de sites vus d’en haut, à l’instar des courbes de niveau actuelles.   

Excluant tout sujet rhétorique, la forme est pour l’artiste une unicité plastique qui se décline tant dans la peinture que dans le dessin ou la sculpture. A’ la question de savoir s’il est un peintre qui sculpte ou un sculpteur qui peint, il précise qu’il se trouve à la charnière de ces deux disciplines. Dessinateur à l’origine, il s’est interrogé sur la fonction subjective des choses et de leur rôle dans ce que l’on nomme la « réalité » pour créer une existence faite d’ « apparitions » destinées à laisser une trace sur la surface de l’espace pictural, considéré comme le théâtre d’un imaginaire à recréer, à partir d’une apparition, prise comme l’écho d’un vécu.

La technique de prédilection de l’artiste est l’huile. L’aspect prépondérant de son œuvre est, comme nous l’avons spécifié plus haut, le monochromatisme. Néanmoins, il s’agit d’une illusion d’optique, en ce sens que trois couleurs (le rouge, le jaune et le bleu) sont usitées pour atteindre le gris. Cette technique a quelque chose qui rappelle la composition musicale car il faut très souvent l’alliance de plusieurs instruments pour créer un son. Cette teinte grise est le son sorti de ce kaléidoscope pour atteindre son individualité chromatique. A’ ce titre, l’artiste aime écouter la musique de compositeurs tels que Steve Reich ainsi que des compositions polyphoniques pendant qu’il crée. « Chercheur » devant l’Eternel, il est en totale recherche face à la création. Jamais il ne considère « avoir trouvé ». Son futur projet consiste à poursuivre son expérience créative, cette fois, sur de grands formats. 

Dessinateur de formation, il a fréquenté l’Académie des Beaux Arts de Bruxelles. Il a été l’élève du Professeur Camille Detaye avant de devenir son assistant. Il a ensuite travaillé avec Lucien Massaert pour devenir enfin professeur de dessin aux Beaux Arts. Depuis vingt ans il dispense des cours dans des ateliers ainsi que des cours privés.

L’œuvre de JOHANN DAMOISEAU est un discours phénoménologique sur la perception des choses, établie par la relation entre le trait en fusion et l’œil qui s’acharne à le cerner. Lorsqu’il appréhende la toile ou le cadre, l’œil peut se placer soit devant l’œuvre soit en biais.

La réaction physiologique s’avère immuable : tout fuit. Rien ne reste statique. La Nature demeure l’écho de la trace laissée par son passage.

François L. Speranza.

12273002454?profile=original

                                                         Une publication
                                                                Arts
 
12272797098?profile=original                                                                          Lettres     
                                                               
 

12273363458?profile=original

Collection "Belles signatures" © 2019 Robert Paul

 

N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis. 

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

12273363481?profile=original

L'artiste JOHANN DAMOISEAU et François L. Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

12273364267?profile=original

12273364454?profile=original

Photos de l'exposition de JOHANN DAMOISEAU à l'ESPACE ART GALLERY 

Lire la suite...

Peut-être la flânerie Promenant son regard

Peut-être, la flânerie.

Promenant son regard ;

Franchissant le pont, au détour d’un sentier.

Après quelques jours de marche,

Nous sommes retournés tout au début.

D’autres formes pourtant surgissent,

S’assemblent,

Au-dessus des reliefs.

Quelques pas et bien des années après,

Le même arbre, sans son rocher.

Il existe des parcours

Où le pas est lent,

D’autres sous les semelles de vent ou de pluie,

De chair ou d’os,

Sous les rondeurs des silhouettes,

Les foules des ruelles,

Dans les quartiers de ces villes

dont les ruelles en pente

mènent au port.

 

Julien Boulier

A Brest,

Le 02 mars 2021

https://soundcloud.com/julien-boulier/le-reveur-de-pierres-itineraires-ii

Lire la suite...

12273366467?profile=originalRêve d’idéal

  

      Aux « quatre tentations de l’homme », le vin, les femmes, la richesse et la colère, qui, selon la tradition chinoise, sont les vices communs des mortels qui, en outre, les empêchent de demander l’inspiration au rêve.

      A Pékin, je vous parle de l’ancien Pékin pas de la moderne Beijing, on retient toujours le chiffre quatre : les « Quatre Grands Maîtres Yuan » (les peintres Huang Gondwang, Wu Zhen, Ni Zan, Wang Meng), les « Quatre Bonheurs » en cuisine, les « Quatre Génies » d’un sanctuaire, les « Quatre Professions » pour les classes sociales (de l’aristocratie aux vils marchands, en passant par les paysans et les artisans), les « Quatre Plantes souveraines » (prunier, bambou, chrysanthème, orchidée), les « Quatre grandes inventions » (boussole, papier, imprimerie, poudre noire), les « Quatre Trésors » du lettré (pierres, encre, pinceaux, papier), les « Quatre Livres extraordinaires » (Au bord de l’eau, Les Trois Royaumes, La pérégrination vers l’Ouest, Fleur en fil d’or, ou, selon l’époque pour ce dernier, Le Rêve dans le Pavillon rouge), jusqu’aux « Quatre Livres » de l’enseignement confucéen (La Grande Etude, L’Invariable Milieu, les Entretiens de Confucius et de Mencius) ou les « Quatre Nobles Vérités » révélées par le Bouddha (la douleur ; la racine de la douleur qui est le désir ; la douleur peut être vaincue en atteignant le nirvana ; pour le gagner il faut suivre la voie de la sagesse, de l’éthique, de la méditation) en passant par les « Quatre Montagnes Sacrées » du bouddhisme  (les monts Wutai, d’or, représentant la sagesse, Putuo, d’argent, la compassion, Emei, de bronze, la pratique,  Jiuhua, de fer, le vœu)

La forme la plus pure de poésie chinoise classique est le quatrain. La part belle y est faite aux images simples et spontanées comme fleurs des champs, mais rigoureusement réglée selon quatre figures ou tons. Forme qui évoluera en huitain (qi lü).

      Et même aux temps nouveaux des lendemains qui devaient chanter, aux « Quatre Vieilleries » selon Mao (vieilles idées, cultures, coutumes, habitudes) succédèrent les « Quatre Modernisations » (agriculture, industrie, science, défense) de la Chine Populaire de Zhou Enlai et Deng Xiaoping.

Chute de la Bande des Quatre.

Quatre restera le chiffre de la prospérité. Dans le respect évidemment des « Quatre Grands Principes fondamentaux » inscrits dans le préambule de la Constitution de 1982 : le Socialisme, la Dictature démocratique populaire (admirez l’oxymore), le rôle dirigeant du PCC, le marxisme-léninisme et la Pensée du Grand Timonier.

 

      Humblement, je m’en suis donc remis à une pierre de rêve (mengshi). Celle-ci m’a suggéré quatre textes purement imaginaires que j’ai réunis ici afin substituer aux quatre funestes tentations ces Quatre visions de la porte Vénération des Lettres : Poème visuel, Abolir le temps, L’esprit est un miroir brillant et Essence de vie.

Toutes s’inspirent des Quatre Vertus, les principes fondamentaux du tch’an,  harmonie, respect, pureté, sérénité.

Se retrouvent ainsi les « trois enseignements » de Bouddha, Kongzi (Confucius) et Laozi (Lao-Tseu), piliers de culture chinoise traditionnelle. Du moins vus par un occidental réduit à interpréter des signes, un promeneur qui tente de traduire l’intime et sensible relation qui se crée entre l’homme et la nature. Un peu comme le ferait un moine errant en robe pourpre vagabondant sur le sentier de la longévité.

 

 

12273366687?profile=original

 

Les Quatre visions de la porte Vénération des Lettres (Chongwenmen*)

 

 

Poème visuel

 

Quand les mots ne suffisent plus

Quand le mystère est trop grand

Que même la pierre ne peut exprimer l’indicible

Que ma plume s’assèche en attendant le jour

Que l’hiver espère un nouveau printemps

Alors la nature toute entière se grave dans ma mémoire

Comment s’en détacher ?

Et je pleure sur le monde d’hier.

 

12273366898?profile=original 

Abolir le temps

 

Il s’assit alors sous le pin de la longévité,

dans cet entredeux, cet entrelacs,

ne servant à rien,

ne faisant rien

Sublime oisiveté

Il n’eut plus ni passé

ni présent

Il ne pâtit de rien

Suprême liberté

Tel le phénix,

oiseau de paradis,

vit au loin un rocher d’éternité

et, passant au-delà de sa psyché,

 il entra dans le domaine où il n’existe ni vie ni mort

Infinie félicité.

 

En italique : Tchouang-tseu (ou Zhuangzi, IVe s. av. J.-C.)  

 

12273367276?profile=original

L’esprit est un miroir brillant

 

Maîtrise de l’esprit sur la matière

En laissant chanter la pierre

Abolir le temps, l’espace

Se soustraire au monde.

 

Juste une sensation de fraîcheur

Un bouquet d’arbres, en fleurs

Un reflet de lune pâle

Saisie d’une caresse magique.

 

Pure jouissance esthétique

Le goût subtil de l’inutile

Du lointain éclat de l’opale

Astre d’une nuit magnétique.

 

« L’esprit est comme un miroir brillant », Shen-hsiu (ou Shénxiù, ca 607-706).

 

 

12273367901?profile=original

 

Essence de vie

 

Chef-d’œuvre non signé

Chef-d’œuvre d’humilité

Saisir la beauté et la sublimer.

 

Harmonie, respect, pureté, sérénité

 

Humanité délivrée

Simplicité inspirée

Complicité, spontanéité.

 

Transcender l’ordinaire

Creuser aux racines

Pour atteindre l’universel.

 

Conscience, essence de vie

Sincérité de cœur et d’esprit.

 

Ainsi la fleur de cerisier s’abandonne au vent

Gagne l’onde, quitte le réel pour l’éternel.

 

En italique : Sen no Rikyū (1522-1591)

 

 

Michel Lansardière

 

 

A-t-on jamais entendu pareille pierre muette parler ?

A-t-on déjà vu chose inerte ainsi inspirer ?

Une certaine sagesse immanente, sidérale peut-être…

Tout est possible, surtout si l’artiste se fait démiurge, le minéral illusionniste, le poète visionnaire.

 

 

      Voilà, j’ai ici groupé mes quatre « poèmes visuels » pour former un cinquième billet. Cinq comme le sont en Chine les cinq éléments (bois, feu, terre, métal, eau), les cinq couleurs primaires (rouge, jaune bleu, blanc, noir), les cinq saveurs (âcre, aigre, amère, douce, salée), mais aussi les Cinq Classiques (les Livres des Mutations, de l’Histoire, des Odes, des Rites, les Annales du Printemps et de l’Automne) qui forment le canon confucéen à la base de la culture chinoise, les Cinq Dynasties (907-960), les Cinq Empereurs de l’âge d’or du bon gouvernement qui honorèrent le mieux les cinq vertus confucéennes (humanité, intégrité, sagesse, justice, persévérance), les cinq bénédictions (longue vie, richesse, santé, amour, fin heureuse)… Poèmes traditionnellement composés de cinq (quatrain) à sept (huitain) caractères, musique savante.

Si pour les Chinois cinq est un chiffre parfait… pour nous cinq est un nombre premier et six un nombre parfait (c’est la somme de ses diviseurs en-dehors de lui-même).

Cela m’a semblé idéal pour fêter la fin du Nouvel an chinois et clore un mois de février « parfait » lui aussi : quatre semaines commençant par un lundi et se terminant par un dimanche.

 

 

Pour connaître le vertige de la liste (Umberto Eco), la griserie des mots d’un Li Yi-chan (ou Li Shangyin, 813-858) dans ses Notes, comme dans sa litanie des

 

Choses agaçantes :

Des arbres dont l’ombrage coupe la vue

Un mur si haut qu’il cache une montagne

Pas de vin à la saison des fleurs…

et approcher de l’ivresse d’un Li Bai (ou Li Po, 701-762)…

Trois coupes et je maîtrise le Tao

Une jarre pleine et je fais corps avec la nature

 

Quand les coupes d’or se rempliront-elles à nouveau

Sur ces routes qui mènent au Mont de la Porte des pierres ?

 

Les oiseaux s’effacent en s’envolant…

 

12273367679?profile=original

Fond opalescent, ciel bleu :

nuit après nuit, je songe

hiver, lune pâle

merles d’or qui chantez,

versez vos pleurs

abreuvez les dernières fleurs.

Michel Lansardière

(pastiche de Li Yi-chan)

 

 

* Dans le vieux Pékin, au début du XXe siècle, la porte « Vénérations des Lettres » ou « de la Culture » (Chongwenmen, ou Hademen ou Hatamen, ou Wenmingmen sous la dynastie Yuan, 1279-1368) ouvrait sur des quartiers populaires animés par de nombreux artisans.

« Le quartier était habité par des artisans, des petits commerçants,

des porteurs de palanquins, des coolies et quelques rares riches commerçants ou des prostituées. »,

Deng Youmei

Cette porte, connue pour sa tortue marine en fer (dans le temple Zhenhai) qui protégeait la ville fut démolie dans les années soixante.  C’était «  le lieu de prédilection des artistes qui travaillent le jade, l’ivoire, le feutre, le strass et autres matériaux plus humbles. » (id.)

La porte « Vénérations des Lettres » est une des trois voies d’accès internes qui faisaient communiquer la « Ville tartare » (ou « mandchoue », soutiens de la dynastie en place, dite encore, à tort, « mongole », ou « Ville intérieure ». Elle protège la « Ville impériale » - ou « Ville jaune » ou Houang-tchen - avec ses temples et pagodes, ses jardins et lacs, ses hauts dignitaires, qui elle-même enclave la « Cité interdite » - « Ville rouge », Houang-chan-ti-kong - , le Palais impérial) et la « Ville chinoise » (ou « Ville extérieure »).

C’est près de cette porte, à l’intérieur de la « Ville tartare », que s’installeront les légations étrangères à partir de 1860, chacune dans une résidence princière ou Fou (le Tsing-kong-fou, pour le palais de la légation française).

Au sud, près de Suzhou la cité des mille canaux, nous dit Yuan Hongdao (1568-1610) en adepte du bouddhisme tch’an amoureux des paysages, nuages, montagnes et pierres, « Le Kiosque de la Littérature est lui aussi admirable. »

Pour lui, comme l’eau vive « la littérature s’élabore par la concentration et s’exprime par le souffle. »

« Rien, sous le ciel, n’est plus proche de la littérature que l’eau. Elle part soudain tout droit, ou soudain change de cours. ]…[ Rapide ou lente, nonchalante ou brusque, elle jaillit sous dix mille formes. »

C’est quand même fou ce qu’une pierre a à transmettre !

M. L. (texte, notes, photos)

 

12273368677?profile=original

 

Illustration de tête : Léonard (détail ; fresque murale réalisée par Nadège Dauvergne et Fabrice Minel/Captain’Baf, Méru, Oise)

 

 

Lire la suite...

12272667900?profile=original

Collection Robert Paul Exemplaire sur papier Chine Reproduction interdite

Six chansons de pauvre homme pour célébrer la semaine de Flandre (1895)
Collection Robert Paul (exemplaire sur papier Chine)

Edition originale (rarissime)

Un pauvre homme est entré chez moi

Pour des chansons qu'il venait de vendre,

Comme Pâques chantait en Flandre

Et mille oiseaux doux à entendre,

Un pauvre homme a chanté chez moi,

Si humblement que c'était moi

Pour les refrains et les paroles

A tous et toutes bénévoles,

Si humblement que c'était moi

Selon mon coeur comme ma foi.

Or, pour ces chansons, les voici,

Comme mon âme, les voilà,

Sainte Cécile, entre vos bras;

Or, ces chansons bien les voici,

Comme voilà bien mon pays

Où les cloches chantent aussi

Entre les arbres qui s'embrassent

Devant les gens heureux qui passent,

Où les cloches chantent aussi

Des Dimanches aux Samedis;

Et c'est pour toute une semaine

Qu'ici mon coeur, sur tous les tons,

Chante les joies de la saison,

Et c'est dans toute une semaine

Où chaque jour a sa chanson.

I


CELLE DU LUNDI

Et prime en joies, et tout béni,

Gens de chez moi, voici Lundi:


Messes sonnant, cloches en tête,

Avec leurs voix qui disent fête,


Et le soleil après, et puis

Ceux des outils tout beaux d'habits.


Mais lors, chôment les établis,

Et suivant la mode d'ici,


Avec les voeux qu'on se souhaite,

Les apprentis chantez la quête;


Puis préparez, comme aux dimanches,

Pour tous les saints leurs robes blanches,


Car dès aube, tout en sueur,

Voici saint Arnold des brasseurs


Cherchant saint Jude avec ses hommes,

Pour s'aller jouer à la paume.


Or place alors, sur le marché,

Maraîchères et maraîchers,


Car aujourd'hui ceux de saint Blaise

Pour le palet veulent leurs aises,


Tandis qu'ayant perdu leur roi,

S'en vont, les bras longs, ceux d' Eloi


Montrer à tous, faute de gloire,

Comment forgerons savent boire


Et garder pour eux le bon droit

Aussi bien au jacquet qu'à l' oie.


Mais lors c'est votre heure, aubergistes,

Et que saint Riquier vous assite,


Et soif aidant lundi de mai,

S'accomplissent tous vos souhaits;


Puis mendiants que Job patronne,

Salut! et plaies pansées d' aumônes,


Quant à nous, ceux de Sébastien,

Nous partons au joyeux jardin


Tirer, puisqu'aujourd'hui c'est fête,

Le papegai à l' arbalète,


Laissant bouder à mauvais vin

Ceux de Crépin seuls en leur coin.

II


CELLE DU MARDI


Et mardi, ce sont les batistes

Et les linges dans tous les coins

Des maisons comme des jardins,

Et mardi, voici les batistes,


Et les vieilles gens égoïstes,

Faisant taire à chaque refrain

Les servantes, le coeur au loin,

Dans les chansons qui les assistent.


Mais paix et joies aux rouges mains,

C'est mardi blanc comme les anges,

Et dans les toiles et les langes

Lors paix et joies aux rouges mains,


Puis gloire à vous, sainte Blandine

Descendue chez les serviteurs,

Puis gloire à vous, sainte Blandine

En aide douce à leur labeur,


C'est mardi, c'est votre conquête,

Aux fenêtres, blancs les rideaux,

Comme aussi les armoires nettes

Et fleurant bon les draps nouveaux.

III


CELLE DU MERCREDI


Puis tout en blanc

Et tout en rose,

C'est le grand jour des jardiniers,

Mercredi ainsi qu'un bouquet

Chantant-fleurant

Lilas et rose,


Et les marchés

Pleins de pensées,

Et les carillons exaucés

En leurs voeux de voix et clarté,

Fleurs enbaumant,

Cloches sonnées.


Or Flandre alors,

C'est en décors

D'arbres au loin en draperies,

Jardinier, vos imageries,

Et Flandre, alors,

Chère à saint Maur,


Puis par vos soins

Mercredi ouint

D'un paradis tout en prairies,

Et pour la douceur de la vie

Alors sans fin,

Flandre aux jardins.

IV


CELLE DU JEUDI


Et lors, Jeudi, rendez heureux

Les cordiers et les amoureux,

Les uns seuls et les autres deux,

Mais tous experts en lacs et noeuds;


Et pour les cordiers, faites tendre

Sous les cardes virer le chanvre,

Et pour les amoureux, sans nombre

Baisers donnés, baisers à rendre.


Puis, soit de lin ou soit de chanvre,

Jeudi, sacrez tous les liens

Pour le repos et pour le bien

De notre amour quotidien;


Et Pierre, alors, des Fois jurées,

Aux mains doigts à doigts enlacées

A toujours ainsi qu'à jamais,

Prêchez et puis sanctifiez:


Des cordiers le voeu de veuvage,

Et Jeudi, des sots et des sages,

Les uns seuls et les autres deux,

Mais tous experts en lacs et en noeuds.

V


CELLE DU VENDREDI


Or, Vendredi, c'est vous alors,

Vendredi cher à ceux du Nord

En mémoire de Jésus mort,


Et puis les barques et les voiles

Rentrant de mer à pleine toile,

Chacune selon son étoile


Pauvre ou riche, mais de retour

Avec les guidons à l'entour

Des mâts qui fêtent leur grand jour.


Car Vendredi, c'est saint Christophe

Patron de l' amure et du lof

Et des drapeaux de rouge étoffe,


Et mer en fête, et terre en joie,

Et le poisson, comme au pavois,

Porté dans la clameur des voix,


Puis toutes les mains étonnées

Des mannes trop multipliées

Pour n'être point miraculées.


Mais lors c'est fête, pauvres gens,

Et dansez en rond les enfants

Au soir venu avec le vent,


Et vendredi, ardent les souches!

Car sonne enfin l'heure des bouches,

Avec le soleil qui se couche.

VI


CELLE DU SAMEDI


Et Samedi soir,

Samedi soir,

Avec votre bel habit noir,

Et les lampes que l'on allume,

Et les toits des maisons qui fument;

Et Samedi soir,

Samedi soir,

Maintenant c'est vous tout en noir,


Et puis les pies,

Et puis la lune,

Et sur leurs portes les vieillards,

Et les enfants qui chantent tard

Près des bêtes à l'abreuvoir,

Et puis les pies,

Et puis la lune,

Et les maçons qui s'en vont boire.


Or, à sa fin

C'est la semaine,

Et pour les pauvres doigts de peine

Aux écheveaux la fin des laines,

Et tout en place en les armoires;

Or, c'est la fin

De la semaine

Où chaque jour fut à la peine,


Et samedi soir,

Samedi soir,

Avec votre bel habit noir,

Maintenant de nuit douce et pleine

Faites à tous un reposoir;

Samedi soir,

Samedi soir,

Tout le monde a fait son devoir.


A présent c'est encor Dimanche,

Et le soleil, et le matin,

Et les oiseaux dans les jardins,

A présent c'est encor Dimanche,

Et les enfants en robes blanches,

Et les villes dans les lointains,

Et, sous les arbres des chemins,

Flandre et la mer entre les branches.


Or, c'est le jour de tous les anges;

Michel avec ses hirondelles

Et Gabriel tout à ses ailes,

Or, c'est le jour de tous les anges;

Puis, sur terre les gens heureux,

Les gens de mon pays, tous ceux

Allés par un, allés par deux,

Rire à la vie aux lointains bleus;


A présent c'est encor Dimanche,

-Meuniers dormants à leurs moulins,-

A présent c'est encor Dimanche,

Et ma chanson, lors à sa fin.

 

 

Tous les billets marqués "Elskamp


 

 

Lire la suite...

Un aparté...

 Un aparté, un doux moment

Celui où on oublie le temps

Quand les jours soudain deviennent longs

Chercher du sens, du beau, du bon!

Une quête qui attend un écho

Trouver alors le bon tempo

C'est une question de talent

D'envie de vivre simplement!

Faut excuser cette exigence

Ne plus parler de tempérance

Seul vaut de vivre avec passion

Ne plus brider nos émotions.

J.G.

Lire la suite...

Le "Propos sur le Bonheur" d'Alain

12272743463?profile=original"Propos sur le bonheur" est un essai d'Alain, pseudonyme d'Émile Chartier (1868-1951), publié à Nîmes dans les Cahiers du Capricorne en avril 1925, et en volume, dans une version augmentée, à Paris chez Gallimard en 1928.

Alain commença à écrire ses premiers «propos», sous le titre de «Propos du dimanche» et «Propos du lundi» dès 1903: de Paris, il envoyait un article hebdomadaire au journal la Dépêche de Rouen et de Normandie. Il traitait les sujets d'actualité avec un grand sérieux. Puis Alain «invente» le «propos»: le 16 février 1906, dans les «Propos d'un Normand», désormais quotidiens, il laisse aller sa plume au gré de ses humeurs. Alain est alors un Normand, au propre et au figuré: originaire de Normandie, il incarne l'homme de bon sens par définition. Le «propos» renvoie à la tradition de l'essai selon Montaigne, où le «sage» s'analyse et exerce sa pensée en toute lucidité. De 1906 à 1936, les «propos» s'imposeront comme une sorte de commentaire, à chaud, de l'actualité politique: les «Propos d'un Normand» (16 février 1906-1er septembre 1914) furent suivis, après la guerre et une interruption due à la «tyrannie de l'opinion», par les Propos (d'avril 1921 à février 1927), puis les Libres Propos (de mars 1927 à septembre 1935) et les Feuilles libres (1935-1936). Certains seront réunis par thème et publiés en volumes: Propos sur la littérature, Propos sur l'éducation, Propos sur l'économique, etc. Dans ses textes, Alain exprime des opinions inspirées du radicalisme et dénonce les errements extrémistes des militaires et des politiques. Il lance aussi l'anathème sur le freudisme, qui ôte à l'individu toute liberté en prétendant le réduire à ses pulsions.


Nous nous irritons, nous nous agitons: preuve que nous méconnaissons les causes de notre mal-être. Or, tout est une question de tempérament. Si notre corps souffre, la dépression nous guette. Peu importent les motifs que nous pouvons avoir d'être malheureux: adoptons une vision positive des choses. Il faut vouloir le bonheur et non pas se laisser travailler par la peur de l'avenir. Ne laissons donc pas notre imagination errer, et alimenter sans cause nos appréhensions: rien ne perturbe davantage la santé physique et morale. Ne nous complaisons pas dans la tristesse. Oublions nos angoisses en identifiant leurs facteurs physiologiques, faisons du sport et pallions l'ennui mortifère en nous distrayant. N'accusons pas le sort: soyons lucide, rien ne nous détermine sinon notre propre nature et nous pouvons la transformer. Faisons de notre inquiétude le moteur de notre progrès et ne cessons d'oeuvrer pour notre félicité. Nous trouverons alors notre bonheur non dans une satisfaction illusoire mais, à chaque instant, dans l'action. Une fois en paix avec nous-mêmes, adoptons l'art de vivre que nous dictent la politesse et le respect d'autrui, sans nous laisser influencer par la rhétorique chère aux prêtres et aux poètes. Le bonheur est un devoir social qui se cultive grâce à un art de vivre bien entendu.


Les «propos» apparaissent comme des billets d'humeur où l'auteur exprime ses partis pris sur le ton de la conversation. D'une part, le «propos» se définit donc comme un essai libre de toute contention rhétorique, un fragment d'une «imprécision calculée» (Samuel de Sacy). D'autre part, il se veut le procès-verbal d'une réflexion consciente sur son être. Cette double caractéristique en fait le moyen privilégié de traduire une morale ou, plus précisément, un art de vivre. Il ne s'agit pas, pour Alain, d'imposer une norme mais de forger un instrument menant à la connaissance de soi. Dans les Propos sur le bonheur, Alain ramène toutes les angoisses à des troubles physiologiques. Qu'est-ce que le bonheur? Impossible à définir, jamais acquis, il vient d'une disposition de l'esprit, proche de la vertu antique, de la force d'âme virile. Comment forger cette aptitude au bonheur? Pour Alain, d'abord, il convient de se connaître soi-même, puis de cultiver, envers ses semblables, la politesse consistant à bannir des conversations tout motif d'inquiétude. Alain développe donc une philosophie de l'action: le bonheur est à conquérir, ici et maintenant. Quant à l'imagination, la folle du logis, elle fait extravaguer l'homme; elle l'incite à se projeter dans le passé ou l'avenir. De l'action conjuguée de la douleur physique et des délires imaginaires naît la métaphysique, qui se complaît dans la souffrance. Or l'inquiétude ne peut constituer qu'un aiguillon dans la chasse au bonheur. Puisant ses sources chez les stoïciens, Platon, Descartes et Spinoza, Alain incite l'homme à se détacher de ses passions et à les considérer comme extérieures au moi. Thèse évidemment peu compatible avec celles, contemporaines, du docteur Freud.

Lire la suite...

                      JEAN-FRANҀOIS SCHEMBARI OU L’EFFACEMENT INELUCTABLE DU SUJET

Du 07-02 au 29-02-20, l’ART ESPACE GALLERY (Rue de Laeken 83, Bruxelles 1000) a présenté une exposition consacrée à l’artiste français JEAN-FRANҀOIS SCHEMBARI, intitulée : VOYAGE INTÉRIEUR.

Ce qui, chez JEAN-FRANҀOIS SCHEMBARI, frappe au premier regard, c’est la puissance par laquelle sa technique magnifie l’œuvre jusqu’au moindre détail. Cette puissance a pour but de la révéler dans sa matérialité « rustique », exprimée par ce côté « rugueux », brillamment mis en relief par un travail titanesque exercé, notamment, par le couteau et par les brosses. Cette même matérialité trouve son impact dans une manière de peindre comparable à une calligraphie « calquée », à l’intérieur de laquelle la forme trouve sa corporalité.

LE CIRIO (2) (100 x 81 cm- fond laque de garance)

12273344495?profile=original

Cela devient parfaitement flagrant avec LE CIRIO (2), en chaque élément le composant. Observez attentivement le garçon de café lever son bras droit qui saisit quelque chose. Le bras est compris à l’intérieur d’un sillon (conçu de façon translucide) qui l’enveloppe totalement, mettant en exergue la blancheur des chairs ainsi que la tension (même légère) musculaire, appuyant la dynamique du mouvement ascendant. Cette technique qui est en fait une écriture à part entière, laisse au regard le sentiment qu’il s’agit de formes « négatives », émanant de la surface plane. Le chromatisme est entièrement conçu dans des couleurs vives, telles que le rouge, le brun, le vert et le jaune. Le plan moyen de l’espace est dominé par le rouge et le jaune ainsi que sur la zone unissant l’avant à l’arrière-plan (concrétisée par le parquet), associé au rouge vif que l’on retrouve pour assurer la matérialité massive du comptoir. Le tout soutenu par une haute note blanche à l’arrière-plan, conférant à l’œuvre une luminosité rarement égalée dans sa dimension diaphane.

LE CIRIO (100 x 81 cm-fond laque de garance)

12273345270?profile=original

Cette composition est traitée de façon à scander progressivement tous les éléments qui la distinguent. A’ partir de l’avant-plan : la chaise annonçant la table, laquelle annonce à son tour le dossier du fauteuil (rouge en dégradés). Il est suivi par une zone de séparation dominée par le jaune, laquelle divise la scène en deux parties. Le tout aboutissant vers cette haute note blanche (évoquée plus haut), conférant à l’œuvre sa viabilité lumineuse, en permettant l’avènement des contrastes entre les couleurs.

La partie gauche est entièrement plongée dans un chromatisme sombre, lequel reprend le rouge bordeaux largement usité dans le rendu du volume du comptoir. Ce traitement offre une merveilleuse scansion de l’espace.

HOMMAGE A’ MONET (100 x 81- blanc sur blanc),

12273345294?profile=original

Majoritairement dominé par le vert et le jaune, HOMMAGE A' MONET s’inspire de l’esprit des NYMPHÉAS (1914-1926). Incontestablement, nous nous trouvons face à une splendide réalisation technique. Mais quel est son rapport avec l’ « impressionnisme »? Il est évident que l’œuvre flirte avec l’écriture impressionniste des origines. Surtout dans sa conception des couleurs. Néanmoins, le traitement apporté aux formes ainsi que le côté « fluide » créé par la brillance à outrance du vernis nous éloigne esthétiquement de Claude Monet, tout en saisissant parfaitement l’âme des NYMPHÉAS. C’est en cela qu’il s’agit bel et bien d’un « hommage ». Car pour l’artiste toute peinture est une « impression ». Le tout est de travailler vite pour capter l’irruption de la lumière en tant que couleur. Précisons que des clichés photographiques ont servi de base à la réalisation de cet excellent travail.  

LE CIRIO (100 x 81 cm - fond rouge anglais) 

Le rouge est la fabrique de la base du fond permettant l’émergence ainsi que le développement d’un blanc dont la fonction n’est plus d’être une couleur « neutre » mais bien d’être le passage vers l’accomplissement du mouvement. Le serveur apportant les tasses ainsi que la dame (avant-plan gauche) semblent statiques. Néanmoins, le traitement apporté, tant au vêtement du serveur qu’à la coiffure de la dame, conçu à base de stries se suivant en séries, dynamise l’opacité du blanc et le rend « actif » dans une forme particulière de cinétisme.

12273346073?profile=original

SCULPTURE (RUBENS) (100 x 81 cm – fond strié rouge)

12273347078?profile=original

Remarquez la posture altière de la femme statufiée dont le mouvement débute à l’avant-plan pour s’étirer de manière ascendante. Observez la folie dans les entrelacs des plis du vêtement. Ce sont, en fait des stries réalisées par des outils pointus qui créent cette agitation visuelle. Si le nom de Rubens est associé au titre c’est parce qu’il est le précurseur de cette technique appliquée sur le fond. Ces stries permettent la simplification du dessin pour obtenir le volume. Il en va de même pour le « clair-obscur » des autoportraits. L’artiste précise que ce fut le même Rubens à pratiquer cette technique bien avant Rembrandt que nous allons à présent évoquer.             

 

AUTOPORTRAIT COULEUR (17ème siècle (34 x 26 cm - clair-obscur)

12273348294?profile=original

Il s'agit manifestement d'un hommage à Rembrandt. Trois étapes chromatiques structurent le portrait.

  • Le noir, enveloppant l’arrière-plan
  • Le blanc-jaune. Blanc pour la chevelure, jaune pour le visage
  • Le rouge du vêtement

Des glacis ont été utilisés pour créer les ombres sur le visage par rapport au blanc des cheveux et au jaune soulignant les chairs du faciès. 

L’œuvre fait référence du 17ème siècle. Il s’agit d’un autoportrait. L’équation n’est guère difficile à réaliser. S’agissant d’un autoportrait se référant au 17ème siècle, l’œuvre est un hommage à Rembrandt. Comme l’écrivait fort justement Germain Bazin, l’autoportrait est, en matière de peinture, l’expression majeure de l’extériorisation de la conscience dans tous ses états. Rembrandt, en est le  meilleur théoricien. En quoi l’émergence de la conscience se dévoile-t-elle dans ce tableau? Elle se dévoile par la présence du visage de l’artiste. Mais à l’instar de Rembrandt, il ne s’agit pas d’un simple rendu physique mais bien d’un visage transcendé au niveau de l’âme. Cette dernière s’affirme dans une introspection sombre où le sourire est absent. Elle interroge le visiteur qui seul peut oser une réponse. Rembrandt est là mais Schembari aussi ! Si le maître hollandais est présent, il existe principalement dans le rendu émotionnel de la mise en scène du visage. L’expression est intense. Le personnage, campé de face, fixe le visiteur. Il semble sorti d’une sorte de « camera oscura », comme propulsé de l’arrière-plan d’un noir intense. La composition est essentiellement tricolore. Elle superpose simultanément le noir (arrière-plan), le jaune (associé au visage ainsi qu’aux cheveux) et le rouge (alterné de blanc en stries verticales du vêtement).

REMBRANDT : AUTOPORTRAIT DU KUNSTHISTORISCHES MUSEUM (1657)

12273348486?profile=original

Si dans l’autoportrait représenté, les couleurs sont franches et affirmées, l’AUTOPORTRAIT (de petites dimensions) abrité au Kunsthistorisches Museum de Vienne, peint par Rembrandt en 1657, « flotte » pour ainsi dire, dans une luminosité rendue volontairement opaque par le passage répété du pinceau de l’artiste, rendu dans les stries également verticales, effleurant à peine la surface de la toile. Il n’y a pratiquement pas d’arrière-plan, si ce n’est l’espace arrière enserrant la totalité de la composition.

La zone au chromatisme rouge, réservée à la chemise du personnage, renforce le contraste entre le blanc (en dégradés) du visage avec l’ensemble globalement monochromatique de l’ensemble de l’œuvre. Concernant la mise en scène des visages, celui de Rembrandt est campé de face, sur un buste légèrement positionné de trois-quarts. Celui de Schembari s’impose en position frontale. 

JEAN-FRANҀOIS SCHEMBARI a employé trois heures pour réaliser son autoportrait. Campé buste de face, il s’est tenu devant un miroir noir permettant de voir simultanément la lumière et l’ombre sans fatiguer l’œil. La conception de l’ensemble a été réalisée par des pigments qui sèchent très vite, tels que le jaune de Naples pour les chairs du visage. Une économie chromatique a été apportée à la composition : très peu de couleurs pour respecter la palette de l’époque.

Un dénominateur commun unit Rembrandt à Schembari, à savoir l’expression des visages, laquelle est soulignée par un même froncement des sourcils, affirmant la personnalité des sujets. La bouche, fermée, contribue à rendre hermétique l’expression faciale. Bien que, à y regarder de près, la possibilité de l’émergence d’un sourire, frôle à peine le visage de Jean-François Schembari.      

AUTOPORTRAIT (54 x 45 cm - BLANC/BLANC CADRE)

12273349078?profile=original

Cette même couleur blanche conçue de façon presque aveuglante, évoquée plus haut, servant de « négatif » à la forme émergente dans une opposition entre deux types de blanc : un blanc « cassé » donnant naissance à un autre blanc dans une note plus claire à partir de laquelle le personnage issu de cette teinte apparaît dans ce qui donne le sentiment d’être l’empreinte originelle, se retrouve dans cette œuvre.    

Le visage est campé de face, reposant sur un buste représenté de trois-quarts. Nous entrons ici dans le royaume du trait. Le visage est structuré par les principaux éléments le composant, à savoir les cheveux, ressemblant à des fils, finement ciselés posés sur le crâne. Les sourcils laissant apparaître les yeux. Le nez sur lequel reposent les lunettes. La bouche, assez charnue, c'est-à-dire matériellement plus affirmée, se signale par rapport au reste. En réalité, ce sont ces quelques éléments qui confèrent au visage son volume. Le vêtement demeure anecdotique.

Toute la composition est basée sur le rapport « blanc sur blanc », lequel insuffle l’énergie dynamique nécessaire à l’œuvre. Elle est là, présente. Néanmoins, effacée par l’extrême finesse du trait, contribuant en dernière analyse, à faire disparaître le sujet. L’œuvre devient puissamment éphémère.  Les cheveux sont réalisés en creux comme dans une gravure.

Le blanc usité est le « blanc gaufré », plus « arrondi », captant et restituant mieux la lumière. Ce procédé pictural fut adopté jusqu’au 18ème siècle.

JEAN-FRANҀOIS SCHEMBARI a ceci de particulier qu’il possède une grande érudition concernant l’histoire de la peinture, laquelle ne se limite pas à son évolution sur le plan diachronique mais également sur l’histoire des techniques picturales qu’il revisite dans chaque œuvre réalisée.     

La pose de la couleur est pour l’artiste une démarche instinctive dont le but est de capturer l’émotion et la lumière. Il instaure ainsi une dichotomie en la rendant indépendante par rapport au sujet. Cette volonté d’indépendance se retrouve à la fois dans la forme et le dessin, mettant en exergue la liberté du geste. Car la hantise de l’artiste est celle d’être prisonnier du sujet. Au point d’affirmer qu’en dernière analyse, le véritable sujet du peintre n’est autre que la peinture elle-même. Il ne peint plus au pinceau parce que les dessins sont lisses et qu’il privilégie tout ce qui est rigide et permet d’être creusé. De là la différence qu’il instaure dans son interprétation par rapport aux notions d’ « artiste » et de « plasticien ». Selon sa théorie, l’artiste oriente ses recherches sur ce que cache l’image à la différence du plasticien pour qui la peinture survole l’image sans jamais en atteindre la profondeur. La technique est là pour appuyer ses moyens d’expression.

Autodidacte, l’artiste a pratiqué le dessin dès son enfance, pour s’orienter par la suite vers la peinture à l’huile à l’âge de douze ans. Il a néanmoins fréquenté les Beaux Arts en 1975 avant de s’intéresser en 1984 à la photographie, ce qui lui sera indispensable dans sa connaissance de la peinture : la réalisation des nymphéas de L’HOMMAGE A’ MANET (cité plus haut), peint d’après un cliché photographique, témoigne de l’importance qu’il accorde à cette discipline. En fait, la découverte d’un ouvrage de Jacques Maroger (1884-1962), peintre, restaurateur et pédagogue, lui révèle qu’aux Beaux Arts, il n’avait pas reçu la formation ad hoc en tant que peintre.

D’où un divorce d’avec la peinture. Grâce à l’ouvrage de Jacques Maroger, il se réconcilie avec ce médium en travaillant sur le thème de l’invisible, tant par la peinture que par la photo. Il décrochera d’ailleurs un prix international pour un travail photographique basé sur le rapport entre l’invisible et la lumière. Si l’artiste a adopté l’huile, c’est parce qu’il recherche l’épanouissement de ce qu’il appelle « une aventure créatrice », ce que ne permet pas l’acrylique. Car cette dernière sèche trop vite et de ce fait, « termine » en quelque sorte l’acte créateur avant l’heure. L’huile, par contre, de par la lenteur de son séchage, permet à l’artiste de poursuivre cette « aventure créatrice ». Nous avons évoqué, plus haut, son immense culture concernant l’histoire de la peinture. Elle se traduit techniquement par une démarche entrée désormais au sein de l’art contemporain, appelée le fusionnisme.

Il s’agit, comme son nom le suggère, de mettre en exergue le mélange des couleurs, toujours au sein d’une perspective historique que l’on retrouve étalé sur la surface de la toile. Issu de l’esthétique contemporaine, le fusionnisme est né en France, dans les années ’90 à Fontainebleau. Associant styles et techniques en plus des encres, acryliques et outils en tous genres, il inclut dans le processus créatif, le langage gestuel de l’artiste ainsi que sa culture et son imaginaire. Sur base du fusionnisme, l’artiste axe son œuvre au centre d’une recherche picturale qui le mène au cœur de l’histoire de l’Art. Sa technique, résolument contemporaine, est basée sur une recherche oscillant entre les cultures flamande et italienne. Dès lors, le fusionnisme s’étale entre les techniques (écoles) d’Antonello de Messine (15ème siècle), de Leonardo da Vinci (16ème siècle), du Titien (école vénitienne, 16ème siècle) jusqu’aux maîtres flamands, Rubens et Rembrandt (17ème siècle), à l’intérieur de savantes fusions chimiques, telles que le médium d’Antonello de Messine, celui de Leonardo da Vinci, la gelée et le mastic en larmes de Rubens. De par son choix, l’artiste propose une œuvre-réflexion basée sur le moment où du fait de la création d’écoles et de techniques innovantes, la peinture devient, comme il l’affirme, un métier. JEAN-FRANҀOIS SCHEMBARI, nous offre une démarche cultivée et laborieuse, contribuant à restaurer la peinture en tant que « sujet », lui rendant derechef sa fonction de labeur, de culture et de connaissance originelles ainsi que ses lettres de noblesse.

 François L. Speranza.

12273002454?profile=original

                                                                                           Une publication
                                                                                 Arts
 

                          et                                                    Lettres

12273350292?profile=original

   

Collection "Belles signatures" © 2020 Robert Paul

 

N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis. 

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

12273350488?profile=original

 L'artiste JEAN-FRANCOIS SCHEMBARI et François Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles.       

12273351290?profile=original Photos de l'exposition de JEAN-FRANCOIS SCHEMBARI à l'ESPACE ART GALLERY

                                   

Lire la suite...

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles