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♦ Côté positif d'humilité partagée

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Parce que les beaux discours de certains grands seigneurs

Oui, mais, combien de menteurs de la vie en couleurs

Parce que l’utopie aussi de notre monde meilleur

Oui, mais, au reste l’impair de chaque jour en pleurs

A chacun ses erreurs, à chacun ses grands malheurs

 

Reste entière la question des temps de la traîtrise

De cette emprise du mal de vivre dans la méprise

Et de l’aile à la pierre, que reste-t-il de liberté

Combien de rêves qui se brisent, le souffrir d’aimer

Mais je parle quand même côté rouge cerise

 

Mais je parle quand même côté rouge cerise  

Côté rouge cerise poème et quoiqu’on dise

 

Parce que les grands serments que l’on croit tellement

Oui, mais, combien à tenir promesse obstinément

Parce que l’œil du grand tout, le sourire aux enfants

Oui, mais, au reste l’impair des peines et tourments

A chacun la poussière, dernier mot des testaments

 

Reste entière la question de quoi faire en faiblesse

Chaque fois l’intérieur en désarroi, en détresse

Et de l’aile à la pierre, combien on doit laisser

Combien de mal à se faire des soleils inversés

Mais je parle quand même côté mille caresses

 

Mais je parle quand même côté mille caresses

Côté mille caresses poème et qu’il ne cesse

 

Parce que l’impossible cœur à battre toujours bien

A chacun du sans voix, du sentiment de plus rien

Parce que l’infime contenu du creux des mains  

Et de l’aile à la pierre, la pesanteur du destin

La fin de toute intrigue, l’empreinte de l’incertain     

 

Reste entière la question de nos temps de solitude

Si loin de l’amplitude, si près de l’habitude

Des histoires abrégées comme vagues échouées,  

Des absences aux silences pour calendrier

Mais je parle quand même côté tendre attitude

 

Mais je parle quand même côté tendre attitude

Côté tendre attitude poème à certitude

 

Parce que la croyance en dieu ou qui n’est pas

Ne fait nulle différence à l’extinction de la voix

Parce que les convictions aussi de faire les bons choix

Oui, mais, au reste l’impair, impasses de nos droits

A chacun sa vérité, l’iniquité des joies

 

Reste entière la question de qui peut tout comprendre

Qui, il n’est pas besoin d’appeler les jours de cendres

Pour qui l’on compte en vraie misère de ce qu’on est

Qui, une main, une épaule, le geste d’aimer

Mieux que pleurer en morceaux de bonheur à rendre    

 

Et je parle poème côté gracias d’apprendre

De vous, mes chers pareils, l’encore que je peux prendre

 

 

© Gil DEF. N° 778 / 27.06.2013

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12272784263?profile=originalA vingt ans, vingt balais fleuris,

de Londres à Paris,

de la Butte au boul' Mich ... aussi,

j'étais libérée, déchainée.

Sur le pavé du Quart Much,

je ne marchais pas, nenni !

de jour et de nuit,

je sautais, je dansais, je volais.

Longs cheveux au vent défaits,

La rebelle, réconciliée.

Mon passé de pleurs, chagrin sourd,

Banni, oublié, enterré.

De mes épaules, le poids lourd,

De toute l'enfance porté,

Dégagé, enlevé !

De la Shoah, les ombres et morts

De mes os, de mon corps,

Extraits, expulsés, extirpés.

A moi la joie, la Vie, la liberté !

Tout était curiosité, découverte.

La voie m'était ouverte  :

Musique, théâtre, arts et Poésie.

Pour eux, je veillais déjà tard la nuit

Et menais double vie :

Le jour chez les Avocats, Champs Elysés

Le soir et partie de la nuit,

Croquant la vie à belle satiété,

A l'envie,

A double bouchée.

Les surréalistes, Freud, Fromm et Ubu Roi.

La bible et les prophéties.

La fraternité, la justice, l'Utopie.

Tout était bon pour moi !

Dès 18 ans déjà

Étudier de toutes les religions

La transcendante vision,

Et fidèle à mon intérieur appel,

Trouver le karma, la réincarnation,

Et l'état de consciences au delà

Du seuil de conscience, de raison

Dans le silence, la méditation.

Après visite à l'extasié  Rama Krishna

Et l'éclairé de compassion, Bouddha ...

Trouver le Moi d'Amour cosmique,

Enfin, le Messie, le Christ

Au profond de mon coeur, tapis là,

Qui ne me quittera pas.

Autant d'insouciance

Fut volée mon enfance,

Autant éternels mes Vingt ans

Ont duré, perduré très longtemps,

Inusables et d'espoir infini

Gonflés, transportés ... bénis.

Sous l'aile de l'ange consolateur,

Qui sécha mes pleurs,

J'étais guidée, nourrie,

Protégée, inspirée,

De confiance à jamais.

Tout était possible, permis

et ouvert.

Mon intérêt, mon souci

couvrait la terre entière.

Je me sentais capable de tout arranger.

Lion fort et protecteur, d'aider,

les amis qui souffraient,

par leur peine interpellée.

Tout en travaillant

à mi temps,

Je me formais

en gestuelle-eurythmie,

et me reconvertissais

dans la Waldorf pédagogie.

Pour connaître tous les courants existants,

nous battions la semelle des quartiers de Paris.

Mon appart de Montmartre servait

d'auberge à tous les amis

qui jouaient tard mais doucement

de la musique la nuit.

Et pour eux, rue Lepic, je faisais mon marché

pour les nourrir et les ravitailler,

après mon travail et ma longue journée.

Je nous revois rouler par terre de rire

quand Fabrice Lucchini,

en ce temps Le Galois Perceval,

devant notre bande de disciples orientals,

mimait, cocasse, nos Mahatmas indiens  !

Ou se faisait rabrouer par sa bonne Cathie

pour un peu se taire et devenir introverti,

voyons, tout de même, méditer enfin !

A Orsay, ou dans une cave du quartier Latin,

j'invitais mes amis Musiciens indiens

qui de voix d'or d'éternité

chantaient célestement bien

les Raggas du soir ou du matin

qui nous sortaient du temps,

nous ravissaient au loin,

puis voulaient m'initier à leur chant divin.

Jodorowsky tirait ses magiques Égyptiens tarots,

Au fond d'une cave intime  de St Germain,

toujours si  transcendant, humain,

devant un cercle de jeune badauds,

admirateurs émus, ébahis.

Et moi, je renouais dans cette vie

avec aisance avec l'astrologie.

Vingt ans, je les ai eus

et si tard, vécus avec ivresse.

Éternelle et vibrante jeunesse !

Jusqu'à ce que ....  vienne naître mon enfant

qui a son tour à belles dents

veut croquer ses propres vingt printemps.

Elle voudrait vivre mon London, mes Beatles,

nos maquillages et longs ou courts vêtements,

notre Peace and Love et la douceur d'antan,

notre innocence immense

et notre insouciante confiance ...

tout un temps de joyeuse délivrance,

d'avenir possible et d'humaine transcendance

et comme je la comprends !

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administrateur théâtres

De La Cour des Novices...au Transept au Nord de l’église, passez ensuite  après l'entracte  sous la scène et retrouvez-vous au Nord de l’église abbatiale...pour écouter, voir et frissonner devant l’histoire de Frankenstein.

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Stefano Massini, auteur florentin, né en 1975, publie « Frankenstein ou Le Prométhée moderne»,  très librement  inspiré du roman du même nom (1816-1817) de Mary Shelley, deuxième épouse et égérie du grand poète romantique anglais Percy Shelley. Et Emmanuel Dekoninck s’en saisit pour en faire un spectacle inédit dans les ruines de la somptueuse abbaye de Villers-La-Ville sous la fidèle  houlette de Patrick de Longrée, créateur de grands spectacles estivaux. La traduction du texte est signée Pietro Pizzuti, enchanté par un texte sûrement iconoclaste qui veut forcer les frontières entre la science et la nature.

 Dans cette énième version du mythe construit par la très libérale et avant-gardiste Mary, l’auteur dépouille le texte de ses nombreuses mises en abîme, de son aspect gothique et  met en avant l'humanité stupéfiante de la Créature aberrante  et sa solitude. Sa voix est l’écrin dans lequel se déroule l’histoire, celle  de son créateur Victor Frankenstein que l’on voit naître sous nos yeux à force de cris et de gémissements sous la direction de Justine, la servante. Le jeune garçon (Alain Eloy) avide de lecture  transgresse dès son jeune âge les interdits du père. On assiste à un autre accouchement barbare de sa mère adorée qui décède et le jeune homme,  fou de douleur, masse sauvagement le corps inanimé  pendant que le père prie et  jure consacrer sa vie à  réveiller la matière morte et ressusciter la Vie. Ainsi nait déjà la Créature dans l’esprit du futur savant. On le retrouve  à l’université d’Ingolstadt sous la protection d’un bienveillant Professeur Waldman (Marc De Roy) qui en appelle à Copernic, Galilée et Vésale, mais contré,  on s’en doute, par les censeurs de l’église. Tout cela a une base bien généreuse et ne rejoint pas vraiment le défaut d’hubris qui causa la perte d’Icare. On suit donc ce pétulant savant, amoureux de la science plus que de sa fiancée, avec délectation, entre rêve et réalité. On accepte la transgression, on s’associe à son impensable projet, à son désir de jouer à  « playing gods » au nom de la Vie.  So far so good !

 Le malheur, c’est que le jeune  savant devient fou, refuse d’abandonner ses recherches et de suivre Elisabeth,  sa fiancée, l’exquise Claire Tefnin. La folie serait-elle  indispensable à la création ? Il a sauté le pas et se retrouve  en rupture avec la société. Et voici la Créature, objet de deux années de recherche,  dont la flamme vitale finit par se réveiller à force  de manipulations, d’expériences alchimiques et de détours par la science du galvanisme. Hélas, cet être monstrueux et vagissant  personnifié très intelligemment par Olivier Massart terrorise l’infortuné  créateur qui a perdu tout contrôle. Celui-ci  prend la fuite, effaré par l’aberration humaine dont il est devenu le père.  Le reste est l’histoire de sa poursuite par le monstre qui veut assouvir sa haine d’avoir été créé. Il veut se venger de  celui qui l’a arraché au silence éternel pour le jeter dans l’insupportable solitude et le bruit du monde.  Il hait  celui qui l’a délibérément abandonné, une fois créé. « Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné !» résonne dans les voûtes du lieu, …et ce n’est pas un hasard ! Chants grégoriens à l’appui…

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 C’est évidemment, au-delà de la trame de l’histoire, l’occasion de  faire un peu  de théâtre de foire et de morale facile en  conspuant le curé  qui  sauvera l’ étrange Créature  de la vindicte d’une foule sanguinaire. Une action dictée  par amour du prochain  certes, mais aussi afin de servir d’exemple vivant pour ses sermons, technique de foire. Un point pour le respect de la différence mais aussi premier meurtre perpétré par l’innommable créature: celui dudit curé. Cette version de l’histoire passe sous silence les innombrables meurtres perpétrés par la Créature, y compris celui de la très attachante Justine,  servante fidèle de  la famille, interprétée par Cathy Grosjean.  Et la Créature sans nom, de s’en aller par monts et par vaux, jouant de la flûte aveugle à la recherche du père.  Seuls, les non-dupes errent !

C’est par ailleurs l’occasion de poser des questions à notre siècle sur la place de Dieu et celle de l’homme. Sur la solitude, sur l’abandon.  Sur le sens de la vie et de la mort. Sur la transgression en général, source de connaissances mais aussi  source de malheurs. Ces questions sont inextricables. On reste perplexe avec de très vivantes  interrogations. On écoute surtout l’écho du questionnement ricocher sur les ruines de cette merveilleuse abbaye où se tient le spectacle  qui rend le questionnement encore plus intense  car le lieu choisi est lui-même un acte de transgression. Une mise en scène  finalement très païenne d’un grand spectacle,  dans un ancien  lieu de culte où les pierres semblent prier encore est en soi un choix délibéré…et transgressionnel qui a le don de faire réfléchir au-delà de la brillante  théâtralité de l’action, du délassement visuel nocturne  et de l’envergure spectaculaire de la représentation.

La   Distribution :
  ALAIN ELOY – Victor Frankenstein
  OLIVIER MASSART – La Créature
  CLAIRE TEFNIN – Elisabeth
  CATHY GROSJEAN – Justine
  FREDDY SICKX – Professeur Krempe
  MARC DE ROY – Professeur Waldman
  YVES CLAESSENS – Alphonse Frankenstein
  KAREN DE PADUWA – Antoinette
  Didier Colfs – Trismégiste
  DAVID LECLERCQ – Docteur Vertrand
  MARIE VAN R – Caroline Beaufort
  GÉRALD WAUTHIA – Père Hubert
  DENIS CARPENTIER – Ferdinand
  OLIVIER FRANCART – Le Curé
  JEAN-FRANÇOIS ROSSION – Officier
  GAËL SOUDRON – Gaston

de Stefano   Massini d’après le roman de Mary Shelley

metteur en   scène : Emmanuel Dekoninck

http://www.frankenstein2013.be/Frankenstein_2013/Frankenstein_2013.html

Du 11 juillet au 10 août 2013 à 21h00

http://smilebox.com/play/4d7a637a4d6a59324e6a633d0d0a&blogview=true&campaign=blog_playback_link&partner=commissionjunction

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De l'aquarelle traditionnelle au carnet de voyage


En aquarelle et croquis-aquarelle, je vous propose de découvrir dans quelques jours (la semaine du 14 au 20 juillet exactement) comment transformer vos points faibles en atouts à l’occasion du stage "Comment réussir ses croquis et aquarelles de terrain pour le carnet de voyage", et (devrais-je ajouter), ses projets d’atelier. 
C’est dire si cette session est importante (certainement la plus intéressante aussi de l’année), en matière de compréhension et d’acquisition des astuces, procédés, petits secrets et tours de mains qui peuvent vous aider à progresser vite et dans les meilleures conditions lorsqu’on veut ramener de ses sorties picturales et voyages, le meilleur de ce qu’ils nous ont offert. 
Tout cela dans un cadre de verdure idéal, en passant une semaine de découverte autour de sa passion, où le plaisir de peindre reste le vrai moteur, et celui de partager, la garantie d’une  détente conviviale et joyeuse : la maison d’hôtes de La Fresse (l’une des 22 maisons préférées des français), un endroit aussi beau que tranquille.
Son charme ?
- Je lui ai déjà consacré beaucoup d’articles ici, et nombre de médias (radios, télés, revues d’art, de décoration, gastronomie, etc.) s’en sont faits l’écho, la beauté des sites environnants, la délicieuse cuisine de la maîtresse de maison ajoutant à ce cocktail une saveur de vacances d’exception, impossible à décrire en quelques mots.
La Fresse été

"Un cocon dans la montagne" : quel titre ne peut-il mieux évoquer la maison de Christiane COLIN, qui nous accueille pour ce stage que celui-ci, synonyme de séjours à part, loin du hourvari des plages estivales ?
Mais cette session me direz-vous, que va-t-elle m’apporter de plus par rapport à un autre stage, à mes connaissances actuelles, l’expérience déjà acquise, ou mes incertitudes de débutant (e) ?
- Ce que vous trouverez difficilement ailleurs condensé en si peu de temps, et dans un cadre aussi bien adapté à une formation utile autant qu’une semaine de vacances réussie !
Le programme d’abord, aussi bien en atelier qu’en extérieur : si le dessin n’est pas votre point fort, si dessiner un personnage ou un animal vous intimide ou pire vous effraie, si d’aller sur le terrain et saisir l’essentiel de votre motif (quel qu’il soit) en quelques coups de pinceaux et couleurs est votre objectif, alors ce stage est pour vous !
Nous verrons comment adapter au mieux les moyens techniques les plus rapides et expressifs pour traduire vos émotions et souvenirs (croquis aquarellé, aquarelle rehaussée, aquarelle pure, dessin synthétique, aquarelle de synthèse, etc.), et en retirer le meilleur au service non seulement vos carnets de voyages, mais aussi de vos esquisses d’atelier.
Différents modules pratiques d’expression et de technique de terrain (comme le croquis de personnage ou d’animaux) participent aussi à la richesse et à l’intérêt de ce stage . Cela vous permettra de réaliser un carnet original dans l’esprit des plus intéressants carnets de voyages : ceux qui ont accompagnés artistes, explorateurs et scientifiques depuis les origines de cette expression.


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Faune, flore et paysages sont à la base de carnets de voyages magnifiques, et les sujets abordés en cours de semaine vous permettront certainement de vivre une journée
d’excursion inoubliable, comme celle des tourbières, écosystèmes fragiles et rares, ou celle des adorables lacs d'origine glaciaire, grandes richesses naturelles du Jura Oriental.

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Nous dessinions ce jour-là la vie tranquille d’un adorable village de pêcheurs au bord du lac St-Point dans une ambiance de paysage nordique sous les premiers rayons du soleil d’été…
Vous découvrirez surtout comment être plus efficace sur le terrain, appliquer les bases de l’aquarelle à des sujets que vous n’auriez sans doute jamais abordés sans préparation spécifique (quelques exercices et excursions ciblés à cet effet vous permettront de comprendre comment y parvenir), et s’il reste assez de temps en fin de session je rajouterai un ou deux modules rares comme celui de la réalisation d’un petit carnet origami très original ou celui des bases relevé d’empreintes.
Enfin, outre la convivialité de cette semaine riche d’expériences picturales, la diversité thématique et technique du stage, il ne devrait plus y avoir le moindre motif qui vous fasse peur après une semaine comme celle-là, et vous devriez en repartir en connaissance des atouts le plus efficaces pour aller jusqu’au bout du monde exercer votre talent !
Alors si cette semaine vous tente (ou l’une des suivantes à La Fresse), venez vite nous rejoindre car il ne reste plus que quelques places, demandez-moi conditions et bon de réservation cliquant ici ou appelez directement Christiane COLIN (notre hôtesse pour ce séjour) pour qu’elle réserve en priorité votre place au 03 81 46 51 63.

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Propos sur l'influence

 

  Il y a tant à dire sur la nature et les effets de l'influence qu'il semble difficile d'en parler sans omettre des aspects importants de ce thème. Or chacun se fait une idée assez précise de cette énergie qui peut changer des comportements collectifs ou individuels. On doit se tenir sur ses gardes et ne se laisser ni charmer ni manipuler.

J'ai été fort surprise, quand j'ai appris que certains de mes soliloques, m'avaient valu un blog sur . Buzzing. Depuis, je surveille la courbe de mon influence qui ne cesse de varier. Il est évident que se savoir entendu cause un joyeux contentement.

La force des mots fait réfléchir et peut convaincre, tout en procurant du plaisir.

Aux mêmes mots, des centaines d'individus réagissent différemment. Certains coups de coeur ne se partagent pas.

Quand l'un de mes poèmes a procuré de la joie, ce que j'apprends par d'agréables commentaires,

J'éprouve une satisfaction légitime qui m'encourage au partage.

Ils ont un effet stimulant or les lecteurs devraient aussi s'autoriser à faire des remarques constructives. Par prudence, ils ne se le permettent pas. Un ami le ferait mais il n'est pas toujours compétent et se complaît à célébrer un talent.

Autrefois, les poètes et les artistes s'influençaient avec bonheur. Les critiques fondées ont une utilité évidente.

En août 2012, ayant rejoint Amicalien.com, une communauté de personnes d'un âge mur, j'ai su, grâce à des statistiques détaillées, qu'un nombre impensable de lecteurs avaient lu mes écrits et ce sans aucune influence étrangère. Des visiteurs anonymes attirés, je ne sais pourquoi, par un même titre ou influencés les uns par les autres.

Tentée de baisser les bras et de ne plus rien offrir, je me suis sentie dotée d'une énergie nouvelle.

Avec un tel résultat pas besoin d'un éditeur pour exercer une influence possible.

En considérant l'attrait que la poésie présente actuellement, je pense que le monde inquiet a besoin de la tendresse apaisante des poètes et de leur gracieuse influence.

Montréal 7 juillet 2013

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Lettre ouverte à une Voix orphique humaniste enchanteresse,

vibrant Passeur de sens,

Orfèvre- ciseleur de sonorités polychromes

 Deuxième Partie

 

«  La normalité est une route pavée :

On y marche aisément mais les fleurs n’y poussent pas. »

                                                                                                                                         Vincent Van Gogh

 

             Oui,  « Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord/Et, ces nuits-là, je suis dans l'ombre comme un mort. »[1]

             Seulement voilà, quitte à me répéter en dévoilant l’humeur dans laquelle je baignais, «méandres un peu lassants que la vie met sous nos pas »[2] ou pire, « Mal de vivre » barbaresque ne m’accordant que fort peu de trêve, confions que je n’étais guère disposée à prendre le risque d’assombrir davantage « l’Ombre des Jours » [3] de ma trajectoire pesante, fors quelques figures solaires, bons apôtres de l’Art d’aimer qui n’hésitèrent pas à proclamer en dépit de leurs déchirures, de leur âme en lambeaux, de leur « Nuit et Brouillard »[4], « que c’est beau, c’est beau la vie »[5], ni à déclarer leur sentiment au « deuxième sexe »[6], en s’interrogeant sur le sens de leur devenir sans lui : « Que serais-je sans toi  qui vins à ma rencontre/ Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant»[7], complétant, clairvoyant, en accord avec le « Fou d’Elsa »[8], que « la femme est l’avenir de l’homme » [9] ou plutôt, afin d’être précis en rendant à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu :

 «  [...] L'avenir de l'homme est la femme.

Elle est la couleur de son âme [...] »[10].

                Quête d’un « frémir d'aimer qui n'a pas de mots » et qui, par cette prière brûlante, contemplative, appelle à la transcendance des  simples communs des mortels imparfaits que nous ne cesserons d’être :

Donne-moi tes mains que mon cœur s'y forme

S'y taise le monde au moins un moment.

Donne-moi tes mains que mon âme y dorme

Que mon âme y dorme éternellement.[11]

                  Non, cartésienne et pragmatique, assoiffée de recouvrer, ne serait-ce qu’un millième d’une énergie ayant pris la poudre d’escampette, j’étais tout simplement encline à quelque échappatoire délectable, à cueillir de rares instants d’émotion subtilisés à l’obscure monotonie du quotidien, pour ne pas dire d’ivresse, de volupté convoitées, intellect infusant l’affect, si ce n’est point l’inverse, déterminée en cela à épouser l’esprit d’Anna de Noailles qui profère l’adage suivant : « Plaisir, vous qui toujours, remplacez le bonheur, » tandis que le Marcel Proust des « Plaisirs et des jours » [12] nous distille ce sage conseil :

                « Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur, elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries. »

                  C’est la raison pour laquelle, je décidais de manière opportune, d’aller quérir quelque réconfort thérapeutique en me tournant alors vers « un Cœur innombrable »[13] pénétré d’une hauteur d’aspiration à nulle autre pareille, regard bienveillant sublimant notre parcours de pauvre quidam, enrôlé à combler nos vœux de ferveur…

                « Visage émerveillé » d’amant épanoui, puis de père fortuné, qui, célébrant « l’accord parfait » avec l’élue de son giardino segreto [14] fleurissant son itinéraire, pourrait indéniablement épouser cette maxime du Lai du Chèvrefeuille [15] :

« Belle amie, ainsi en est-il de nous:

Ni vous sans moi, ni moi sans vous ! »

                 Mais vous inquièterez-vous : À quoi rêve t- il, ce noble « Cuer d’amour espris » [16] au souffle intarissable, à la sensibilité à fleur de peau, fine fleur de nos chansonniers ?

                 « Il rêve à une île dont le littoral/A le pur profil de l'amour total »[17] .

                Oui, il n’a cure de s’abandonner, altruiste et visionnaire en artisan de la Paix, à une bien douce et prodigue songerie, notre éternel fiancé enfiévré, en dépit de l’état fusionnel le reliant avec la bien–aimée, dépassant son bien être personnel conquis, et à conquérir sans cesse étant donné que « Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force/Ni sa faiblesse ni son coeur» [18], croyant en faveur des générations futures à une société meilleure où les dissonances s’estomperaient, où l’indignation porterait enfin ses fruits en engendrant une nouvelle civilisation plus équitable, à défaut d’intégrité pure…, un monde où les « Justes » de demain s’illustreraient à l’infini dans une saine émulation, relayant ceux de l’histoire (devoir de mémoire qui faisait soutenir à Paul Eluard la prophétie suivante: « Si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons »…) dans une recherche inlassable de sens véritable à donner à l’existence, alors que le règne des sanguinaires et des traitres, une malédiction, reculerait, réduisant à une peau de chagrin « l’orgue de nos barbaries »[19]

               En outre, l’avez-vous sans doute déjà discerné, « l'éternel bohème » rebelle au tréfonds de son âme, aux normes sclérosantes préétablies, hostile aux codes stéréotypés que notre société impose, mêlant ombre et lumière, entrelaçant les couleurs de l’existence à l’aide de tonalités empreintes d’une jubilation enracinée dans son intériorité, à l’écoute de son « Chant intime »[20], est aussi authentiquement féru d’humanisme, la marque distinctive des Seigneurs, de ces nouveaux héros des « Temps modernes » riches de convictions concrètement appliquées, actes valeureux à l’appui, et aux antipodes de « L’indifférence, cette paralysie de l’âme, cette mort prématurée » [21] .

               Humaniste prônant la fraternité, la tolérance, la compassion envers l’innocence assiégée, brisée, les opprimés et autres sacrifiés sans voix, sans logis, martyrisés à l'envi, « ces oubliés du toit du monde »[22] représentant une forme d’esclaves actuels asservis par le joug de la Tyrannie et de la Misère, souvent filles naturelles d’autocrates carnassiers (pléonasme !), avec en filigrane la constante aspiration revendiquée de tendre vers toujours plus de probité et de non violence au sein de notre Alma mater, la Terre, que nous avons confisqué aux espèces dites inférieures, nous autres arrogants « Frères humains » revendiquant leur suprématie, nous comportant parfois comme des prédateurs éhontés, comme une sorte de loups à l’égard de nos congénères (Homo homini lupus est [23]), nuisance qu’il nous faudrait désormais combattre de concert en « Hommes de bonne volonté » affectionnés de Jules Romains, si nous ne voulons pas que l’extinction de notre race en partie autodestructrice se profile avec une célérité foudroyante…irréversible, genre humain  tellement prompt à produire une cohorte de « bombes à retardement, à croiser le fer et le feu »[24], « Qui jamais n´enterre ses haches de guerre / Ou si peu si guère que c´est faire semblant » constatait « de la pointe de son accent Et du sommet de son Montblanc » [25]  l’enivré de la « Note bleue »…) !!!

               Penché sur son  Écritoire, l’un de ses plus sûrs confidents et alliés, de son encre indélébile dont la coulée n’a de cesse de croitre en qualité d’étoffe au fur et à mesure des millésimes présentés, ne pourrait-il pas faire sienne cette requête bouleversante de partage, lui, notre signataire de « Ma Terre humaine » [26] ?

              « Profondeur de chant » [27] reflet d’une destinée dont les contrastes n’ont point pour autant refroidi la pensée[28] et qui nous laisse deviner, en analogie de notre jardinier des « Heures claires » [29], une fraction de ses « Flammes hautes »[30] , tant par la force vitale, que les fêlures, remous et effervescence intérieurs, caractéristiques de la fameuse Mélancholia des poètes…et dépourvu de faux semblant, imposteur se jouant de Vérité en se faisant passer, le traitre, pour un « ami », il nous découvre un pan de sa «( Fr) agilité »[31] poignante, dénuée de mièvrerie ou de pathos, souffrant de nous livrer des éléments ouvrant un tant soit peu la clé de ses songes de « Rêveur éveillé »[32]… 

12272907099?profile=originalOrphée d'Odilon Redon

Fin de la Deuxième Partie

de la "Lettre Ouverte à une Voix Orphique"


[1] : Fragments du poème d’Albert Samain « Il est d’étranges soirs », recueil « Au jardin de l’Infante » (http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/albert_samain/il_est_d_etranges_soirs.html)

[2] : Citation extraite du titre « Il me manquait toujours », album « La Tarentelle » signé Yves Duteil, 1977

[3] : « Pillage » provenant d’un titre de recueil poétique d’Anna de Noailles.

[4] : Évocation du titre de la chanson de Jean Ferrat dont il a signé paroles et musique.

[5] : Vers issus du texte de la Chanson portant ce titre interprétée par Jean Ferrat, paroles dues à Claude Delecluse, Michelle Senlis,  J. Ferrat pour la musique.

[6] : En référence à l’essai existentialiste et féministe en deux tomes, paru en 1949 de Simone de Beauvoir.

[7] : Poème de Louis Aragon in « le Roman inachevé » mis en musique par Jean Ferrat.

[8] : Célèbre recueil poétique de Louis Aragon publié en 1963 et faisant référence à Elsa Triolet, muse éclairant cette œuvre.

[9] : Citation de Jean Ferrat provenant de son illustre chanson, inspirée d’un vers de Louis Aragon.

[10] : Deux vers extraits du « Fou d’Elsa » de Louis Aragon situé au  chapitre IV intitulé « Débat de l'Avenir » dans un passage versifié baptisé « Zadjal de l'avenir, http://lieucommun.canalblog.com/archives/2008/03/01/15840112.html

[11] : Derniers vers  du poème de Louis Aragon, « Les mains d'Elsa » issu du recueil « Le Fou d'Elsa »,

http://www.poesie-francaise.fr/louis-aragon/poeme-les-mains-d-elsa.php

[12] : Pour apprécier la citation dans son ensemble, dans sa tonalité d’origine, voir le contexte du chapitre au sein duquel elle est prélevée et qui porte le sous-titre : Éphémère Efficacité Du Chagrin… (http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre2682-chapitre6221.html)

[13] : Détournement d’un titre de corpus poétique de Madame de Noailles, tout comme l’expression « Visage émerveillé » tirée de son roman.

[14] : Jardin secret en italien

[15] : Œuvre tirée d’un manuscrit de la fin du XIIIème siècle dû à la poétesse Marie de France. (B.N)

[16] : Emprunt au roman médiéval célébrant l’amour courtois de René Ier d’Anjou dit le Bon Roi René.

[17] : Vers issus du texte de la chanson « l’Ile Hélène » de Claude Nougaro, album « Embarquement immédiat »

[18] : Premiers vers du poème de Louis Aragon « Il n'y a pas d'amour heureux », (La Diane Francaise, Seghers 1946)

[19] : Expression due à la plume d’Yves Duteil extraite d’un entretien pour « la Croix.com » titré « Au Cabaret du Bon Dieu, soit dit…en chantant » par Robert Migliorini.

[20] : En référence à un titre poétique de la « Fée d’Auxerre », Marie Noël.

[21] : Emprunt à Anton Tchekov.

[22] : Titre entre-autres du roman de Gilles Van Grasdorff publié en 2001, et expression d’Yves Duteil au sein de sa chanson extraite de l’album « Touché », 1997 (Paroles et Musique signées Yves Duteil ), « la Tibétaine », écrite en hommage à Ngawang Sangdrol, jeune moniale Bouddhiste tibétaine qui a combattu pour un Tibet libre et a été emprisonnée enfant, dès ses 11ans pour avoir osé manifesté. Incarcérée, elle fit montre de pugnacité, en enregistrant des chants de résistance avec ses compagnes de cellules, n’ayant cure des humiliations, privations et actes de tortures perpétrés à son encontre…

[23]  Locution latine signifiant : « l'Homme est un loup pour l'Homme », ce qui veut dire : “l'Homme est le pire ennemi de son semblable ».

[24] : Expression issue du texte d’Yves Duteil, « Ma Terre Humaine », album « Fra giles ».

[25] : Détournement de vers empruntés à Yves Duteil au cœur de sa chanson hommage au jongleur de mots occitan, Claude Nougaro surnommée « La Note bleue »…

[26] : Chanson d’Yves Duteil extrait de l’album de 2008 « Fra giles », Musique : Jean-Pierre et Charles Marcellesi, Yves Duteil/Paroles : Yves Duteil)

[27] : En référence au livre-biographie consacré à Yves Duteil « Profondeur de chant » (édition de l’Archipel), écrit à quatre mains, soit à deux plumes par Alain Wodrascka et Yves Duteil.

28] : Allusion à l’œuvre testamentaire d’Émile Verhaeren nommée « la Vie ardente » issue du corpus poétique « les Flammes hautes » (pour consulter la pièce, voir le lien suivant : http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/mile_verhaeren/la_vie_ardente.html).

[29] : Titre du recueil  poétique d’É. Verhaeren célébrant l’espérance retrouvée grâce à la rencontre avec sa muse éclairant son existence, ouvrage pétri d’odes à la vie sous forme de Cantiques amoureux solaires, semblables à  « Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon cœur » (http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/mile_verhaeren/comme_aux_ages_naifs_je_t_ai_donne_mon_coeur.html), « Le printemps jeune et bénévole »(http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/mile_verhaeren/le_printemps_jeune_et_benevole.html), «  Le beau jardin fleuri de flammes » (http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/mile_verhaeren/le_beau_jardin_fleuri_de_flammes.html),  et maintes autres merveilles de veine similaire composées à la gloire de Cupidon…

[30] : Œuvre poétique d’É. Verhaeren

[31] : Jeu de mots duteillien en Evocation du titre de l’album d’Yves Duteil

[32] : Emprunt au surnom du naturaliste Jean-Marie Pelt.

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Lettre ouverte à une Voix Orphique humaniste enchanteresse,

vibrant Passeur de sens,

Orfèvre- ciseleur de sonorités polychromes

 

 

«  La normalité est une route pavée :

On y marche aisément

mais les fleurs n’y poussent pas. »

                                                                                                                                          Vincent Van Gogh

                   Une sage d’entre les sages, la mystique médiévale Catherine de Sienne, n’avait-elle pas adopté pour profession de foi, ce truisme : « il faut d’abord avoir soif ?»

                   Pour ma part, je m’empresse d’embrasser volontiers un tel credo, gravant cette devise philosophique en lettres d’or au frontispice d’une idéologie forgée au gré des pages du calendrier effeuillé, accompagnée de cicérones généreux chéris officieusement, qui contribuent à construire chaque jour davantage les créatures d’argile que nous sommes, telle des Galathées modelées par leurs Pygmalions, et dont il me sied de vous faire partager un admirable modèle …

                  « Ainsi qu'une flamme entoure une flamme/Met de l'idéal sur mon idéal », adjurait le Père de la « Bonne Chanson »[1], après les affres de l’hiver traversés, aspirant au « vert retour du doux floréal » gage d’espérance, de printemps florifère infusant sa psyché.

                   Aussi, mue par je ne sais quel élan vital de protection, le divin Esculape étant selon toute vraisemblance, résolu à me retirer la sienne, puisque inconstant au demeurant en adéquation de maints fleurons du sexe soit disant « fort », fieffés gredins dépouillés de scrupules, Immortels et Casanovas associés, je me suis attachée à entrer en résistance selon le mode qui me chantait, puisque notre déité fantasque n’écoutant que son bon plaisir, avait choisi de me délaisser, n’hésitant pas à me priver d’une certaine « Panacée » de son entourage…

                   Réduite au silence contre ma volonté par ce seigneur de race antique au pouvoir absolu, décidant d’une main de maitre, de mon apathie, maniant à mon égard le chaud et le froid avec maestria, quelle autre alternative avais-je, à mon corps défendant, que d’accepter de jouer au mollusque gastéropode, ou « à la reine fainéante » me faisant servir nuit et jour jusqu'à ma litière à baldaquin, par des « captifs » eux-mêmes atones, les malheureux, où fébrile en diable ?

                 Au demeurant, j’eus le privilège de goûter au cœur de l’abyme, vagues de frissons à l’appui, à des températures tropicales avoisinant les quarante degrés à l’ombre, ou a contrario, fus sur le champ transportée sous une latitude du cercle polaire ... Oserai-je seulement vous avouer sans fausse pudeur, soit, à « masque » découvert, que j’ai alors, entre deux épisodes tumultueux de « Naufragée du fol espoir » m’accordant un répit propice à une reviviscence à ouvrager, escomptant encore, à l’acmé de la crise, rejaillir, tel le Phénix renaissant de ses cendres, éprouvé le désir irrépressible d’un ressourcement en eaux profondes et limpides, convoquant à corps perdu, une pléiade de chantres, « Fous chantants » constituant mon « Cortège d’Orphée» [2] de prédilection ?…

               En effet, relèverez-vous à bon escient, ce ne sont pas les références qui manquent en matière de complaintes poétiques, les augustes ainés ayant fait florès dans un proche passé, pour la plus grande joie de nos ouïes d’auditeurs comblés !

             Et puis, hormis invoquer à ma rescousse de vulnérable bipède éprouvé par le mal, un bon génie, celui de la convalescence nommé Télesphore, l’implorant de m’être diantrement plus favorable que son père, quelque peu hermétique en amont, à mes incantations de guérison, comment pouvais-je, je vous prie, tenter d’apaiser, si ce n’est de remédier à un vague à l’âme vivace, ce que nos amis lusophones expriment magnifiquement par la saudade languissante, la Tristeza montant de leur fado pathétique et sensuel, traduisant le« frissonnement de l'être », à moins de mander la muse  « qui sait plaire », « la toute réjouissante » Eutérpê, pendant que l’horizon s’obscurcissait de plus bel, que les bourrasques de la tempête menaçaient de redoubler d’intensité incessamment, et qu’il me faudrait livrer bataille à l’instar du fameux adage issu du « Cimetière marin » : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre »[3] , ainsi qu’en correspondance de toute forme de créature vivante peuplant cette Planète Bleue[4] luttant pour sa survie « en ce séjour sans queue ni tête », où vaille que vaille, j’émettais le souhait, ne vous en déplaise, de faire « encore un tour Sur la pomme d'amour »?

             Assurément, revenir à moi pour demeurer debout envers et contre tous afin de parvenir à me réaliser spirituellement s’entend, me libérant jour après jour de quelques entraves conjuguées au passé comme au présent, dans le dessein de me faire le témoin passeur de cette évolution, forte d’un cheminement intérieur, c'est-à-dire « m’enfanter » par le verbe, « m’incarner » dans une pleine dimension artistique, si possible polymorphe, le comble du luxe, je ne sollicitai pas d’autre grâce que cette impulsion cruciale là, à notre coquin de Sort !

            «Ô découvertes, et toujours découvertes ! Il n'y a qu'à attendre pour que tout s'éclaire. Au lieu d'aborder des îles, je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du cœur, pareil à celui du ressac ?

             Rien ne dépérit, c'est moi qui m'éloigne, rassurons-nous. Le large, mais non le désert. Découvrir qu'il n'y a pas de désert : c'est assez pour que je triomphe de ce qui m'assiège » nous lègue pour la postérité, de sa palette de peintre poétique, l’une de mes égéries, l’illustre « Faunesse de Saint Sauveur en Puisaye »[5].

             « Créer - voilà la grande délivrance de la souffrance, voilà ce qui rend la vie légère » nous avise, appuyant ces dires, un aphorisme issu du poème philosophique « Ainsi parlait Zarathoustra », création-évasion, cette émanation d’amour universel reliant à travers les âges, les descendants des Hominiens entre-eux, pansant d’un soupçon, leurs plaies, pour peu que l’on adhère à « La Volonté de puissance » nietzschéenne :

« Nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité»

renchérit de plus belle l’auteur du «Crépuscule des idoles » [6], cependant qu’un confrère s’en vient, au milieu du XXème siècle, corroborer ce « Gai Savoir », le tout relevé d’un esprit de partage, de fraternité transcendantaux :

               « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. […]

                C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel.[7]

                Oh, assurément, en tant que partisane d’un auditoire avide de purification, d’eau douce bénite…, je pouvais allégrement me tourner vers tout un pan s’échappant des cordes lyriques de la musique dite « savante », mais mon humoresque[8] du moment, m’incitait plutôt à puiser parmi cet éventail de trésors inaltérables, fruits « d’artistes mineurs de fond » pratiquant un « art mineur illustré par le beau Serge», selon une locution nougaresque,[9] du moins, parmi ceux gorgés de sève nutritive jusqu’aux extrémités de leurs radicelles, dotés d’une expressivité tempérée malgré une essence ardente, mental et état émotionnel étant trop mal en point pour lors, à supporter, confessons-le, le style spleenétique, un rien excessif d’animal blessé désabusé, rongé de doutes, sinon une once railleur et misogyne de celui qui écrivit « la vie d’Artiste » et « la Chanson du scaphandrier » (veuillez nous pardonner Monsieur Léo, Dieu sait si nous vous aimons, « Français toscan de Monaco »[10]…) même si, comment ne pas en convenir, nous savons tous que :

 « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux

Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots »[11].

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"Les Voix", aquarelle de Gustave Moreau

                Car « Il est d’étranges soirs » …

                N’est-il pas vrai, cher Albert Samain ?

             « Il est d’étranges soirs », où la lune blafarde sœur de « l’heure blême » pathétique, se drape d’étonnantes diaprures à la « triste robe de moire », en similitude de la « Solitude » revêtant le profil poignant de la « longue Dame brune »[12]

               Oui,  « Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord/Et, ces nuits-là, je suis dans l'ombre comme un mort. »[13]

              Ou bien, dans la même veine, « Il est de mornes jours las du poids de connaître/ Et, ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre » […] nous réitère notre chantre épris de symbolisme…

Fin de la Première Partie

de la "Lettre Ouverte à une Voix Orphique"

[1] : Allusion à Paul Verlaine et à son recueil poétique lumineux composé de vingt et une pièces publié en 1870 dédié à la fiancée Mathilde Mauté de Fleurville et dont les deux vers précités viennent clore le cycle.

[2] : Emprunt au sous-titre du recueil poétique de Guillaume Apollinaire, « le Bestiaire »…

[3] En référence à l’œuvre poétique de Paul Valéry.

[4] : Allusion à la chanson de Claude Nougaro dont il a signé le texte mis en musique par Maurice Vander, album « l’Enfant Phare » ;

[5] : Évocation de l’écrivain Colette ; fragment tiré de son œuvre « Le Fanal bleu ».

[6] : « Ainsi parlait Zarathoustra » poème philosophique de Friedrich Nietzsche, publié entre 1883 et 1885 tout comme « le Crépuscule des idoles » (1888)

[7] : Fragment du Discours de Suède d’Albert Camus, 1957

[8] : De l’allemand Humoreske, locution due au compositeur Robert Schumann mêlant la fois l’humour et l’humeur et guère traduisible de l'allemand au français…

[9] : Citation extraite de la Chanson de Claude Nougaro portant le titre « Art mineur» provenant de l’album « Chansongs », 1993

[10] Emprunt au titre de la chanson en l’honneur à la « graine d’ananar »  Léo Ferré, signée Romain Didier pour la musique et Frédéric Brun pour les lyrics.

[11] : Extrait provenant de La Nuit de Mai d’Alfred de Musset : « Allégorie du Pélican » : http://www.revue-texto.net/Reperes/Cours/Mezaille/pelican.html

[12] : Allusion et à la chanson de Barbara, « la Solitude » et à la dénomination de Georges Moustaki à propos de l’auteur compositeur interprète au féminin auquel il dédia texte et musique…

[13] : Fragments du poème d’Albert Samain « Il est d’étranges soirs », recueil « Au jardin de l’Infante » (http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/albert_samain/il_est_d_etranges_soirs.html)

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Ce que disent les fleurs par George Sand, Extrait de "Contes d'une grand'mère" (1875)

Billet de  Valériane d'Alizée du 1er  juillet 2013

 

Dédicacé à Valériane …

En écho à ton magnifique apport littéraire, véritable  cadeau très précieux pour entrer en communion avec les fleurs.

 

Ton apport m’éveille aussitôt mes expériences d’enfant que je souhaitais toujours contées tant elles sont belles

et transcendantes.

Comme je vous le dit de temps en temps,  si je n’ai pas eu de parents et la chaleur d’un foyer, le ciel

de biens d’autres dons et surprises m’a comblée, à commencer par la joie de vivre et danser,  

sans pourtant avoir la sécurité,  ni avoir de racine,  ni être de façon suivie protégée.

J’ai reçu comme cadeau précieux la NATURE merveilleuse et l’art et la culture ….

déjà pour commencer.

 

Imaginez la petite Lily (Rébecca)* qui vivait dans le bonheur complet quand elle entrait au paradis de Gaïa,

dans le merveilleux parc de nature du fameux Château de Combault – home d’enfants,

libre de ses mouvements, libre de communier d'emblée simplement avec Mère Nature et ses beautés,

libre de la rencontrer, elle et son Menu Peuple pour avec lui danser au pied des arbres, en paix,

sans être toujours suivie et surveillée, appelée, dérangée, donc en petite sauvage et solitaire,

comme et quand elle le voulait, pour vivre le Mystère de Déméter et recevoir les secrets révélés aux

petits enfants qui sont réceptifs et contemplatifs.

Elle ne pourra jamais oublier le monde enchanté qui lui fut donné et comme elle recevait

la grâce d'entendre le monde floral chanter :

Cela arrivait lorsque se trouvant toute seule, ses immenses yeux bleus toujours écarquillés ne se lassaient

jamais d'admirer la beauté du monde et de s'émerveiller et qu'ils détaillaient enchantés les formes tant

diversifiés du monde végétal, et recevaient avec bonheur le geste des fleurs et leurs couleurs

et,

Aussitôt, le monde s'élargissait et l'enfant était en extase transportée dans le chant des fleurs

qui s’étendait partout à la ronde et montait, s'ouvrait dans tout l'espace.

En lui, ce chant irradiait et rayonnait la Présence d'amour et de grâce céleste du Créateur.

Et petite Lily la ressentait en elle, elle était immergée dans cette présence du Verbe montant

de la terre et des fleurs, habitant tout l'espace à l'infini, le monde où partout elle régnait.

Règne merveilleux chantant et lumineux de la Divinité, du Créateur.

Tout était couleurs, formes parfaites et beauté dans la Présence veloutée d’amour,

 

"Verbe chantant d'amour et d'harmonie

irradiant la Présence

s'élevant du floral paradis ..."

Voilà comment je décrirais l'ineffable en mots brefs aujourd'hui,

alors que j'entrais dedans avec naturel, sans souci

de "l'autre côté du miroir"

dans ces jeunes âges de ma vie,

sans recul, ni concept pré-établi.

 

Or ces vécus furent si forts

que je peux les décrire encore

même s'il faut chercher les mots

et que cela demande efforts

mais dire ne sera jamais aussi beau.

Car d'une autre dimension, la magie

Il faut la vivre pleine de Vie.

Que ce fut en paix et douceur,

assise au parterre des fleurs

ou brusquement en courant,

vers un buisson d'églantines trop belles,

saisie par un choc de parfaite beauté

le souffle coupé

et qu'alors j'étais transportée haut dans le ciel

dans une extase chantante qui me paraissait éternelle.

Comment jamais oublier de telles cadeaux et grâces de l'ineffable beauté,

quand telle que Krisna, l'amoureux du divin, je m'y suis pâmée.

Mon médecin holistique me disait que je n'était pas constituée comme les autres,

vu la spéciale construction de mes corps subtils dans l'enfance et qu'en eux,

je restais à percevoir comme les enfants - que je suis un peu restée ...

Je n'ai pas tout bien compris.

Ce qui est sûr est que jusqu'à 35 ans et non 7 ans ou 9 ans, j'ai perçu encore des présences nostalgiques

dans les branches des arbres.

 

Pour ce texte ... refait et refait ...

J'ai dû tâtonner maintes fois pour décrire le ressenti de ce vécu et ce n'est même pas sûr

que j'en sois satisfaite encore aujourd'hui.

Quelle gageure de prétendre vouloir mettre en boite l'infini et l'ineffable !

(*si petite,  les adultes ne me donnaient pas encore mon premier nom de Rébecca ou Rivka

ni ma mère qui dans la Shoah avait perdu la sienne du même nom.

Et c'était heureux car dans l'inconscient je m'étais suffisamment identifiée à ma grand mère Rébekkah pour être

persuadée que je ne vivrais pas plus qu'à 40 ans et fus toute surprise de les dépasser)

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J'ai l'honneur et l'avantage de présenter un texte de George Sand d'une beauté riche de sens que je dédie à l'Oiselle-Liliacée, soit Rébecca Terniak !

Aussi, de grâce, ne nous fions pas à une pseudo légèreté qu'est censée refléter l'imagerie populaire...Les contours d'une créature vivante ou reproduite sous forme d'art sont nourris d'une intériorité à découvrir et à redécouvrir ! De grâce, ne vivons pas dans une ingrate indifférence de leur langage !!!

Quand j'étais enfant, ma chère Aurore, j'étais très tourmentée de ne pouvoir saisir ce que les fleurs se disaient entre elles. Mon professeur de botanique m'assurait qu'elles ne disaient rien ; soit qu'il fût sourd, soit qu'il ne voulût pas me dire la vérité, il jurait qu'elles ne disaient rien du tout.
Je savais bien le contraire. Je les entendais babiller confusément, surtout à la rosée du soir ; mais elles parlaient trop bas pour que je pusse distinguer leurs paroles ; et puis elles étaient méfiantes, et, quand je passais près des plates-bandes du jardin ou sur le sentier du pré, elles s'avertissaient par une espèce de psitt, qui courait de l'une à l'autre. C'était comme si l'on eût dit sur toute la ligne : «Attention, taisons-nous ! voilà l'enfant curieux qui nous écoute».

Je m'y obstinai. Je m'exerçai à marcher si doucement, sans frôler le plus petit brin d'herbe, qu'elles ne m'entendirent plus et que je pus m'avancer tout près, tout près ; alors, en me baissant sous l'ombre des arbres pour qu'elles ne vissent pas la mienne, je saisis enfin des paroles articulées.

 

Il fallait beaucoup d'attention ; c'était de si petites voix, si douces, si fines, que la moindre brise les emportait et que le bourdonnement des sphinx et des noctuelles les couvrait absolument.

Je ne sais pas quelle langue elles parlaient. Ce n'était ni le français, ni le latin qu'on m'apprenait alors ; mais il se trouva que je comprenais fort bien. Il me sembla même que je comprenais mieux ce langage que tout ce que j'avais entendu jusqu'alors.

 

Un soir, je réussis à me coucher sur le sable et à ne plus rien perdre de ce qui se disait auprès de moi dans un coin bien abrité du parterre. Comme tout le monde parlait dans tout le jardin, il ne fallait pas s'amuser à vouloir surprendre plus d'un secret en une fois. Je me tins donc là bien tranquille, et voici ce que j'entendis dans les coquelicots :

- Mesdames et messieurs, il est temps d'en finir avec cette platitude. Toutes les plantes sont également nobles ; notre famille ne le cède à aucune autre, et, accepte qui voudra la royauté de la rose, je déclare que j'en ai assez et que je ne reconnais à personne le droit de se dire mieux né et plus titré que moi.

 

A quoi les marguerites répondirent toutes ensemble que l'orateur coquelicot avait raison. Une d'elles, qui était plus grande que les autres et fort belle, demanda la parole et dit :

- Je n'ai jamais compris les grands airs que prend la famille des roses. En quoi, je vous le demande, une rose est-elle plus jolie et mieux faite que moi ? La nature et l'art se sont entendus pour multiplier le nombre de nos pétales et l'éclat de nos couleurs. Nous sommes même beaucoup plus riches, car la plus belle rose n'a guère plus de deux cents pétales et nous en avons jusqu'à cinq cents. Quant aux couleurs, nous avons le violet et presque le bleu pur que la rose ne trouvera jamais.

 

- Moi, dit un grand pied d'alouette vivace, moi le prince Delphinium, j'ai l'azur des cieux dans ma corolle, et mes nombreux parents ont toutes les nuances du rose. La prétendue reine des fleurs a donc beaucoup à nous envier, et, quant à son parfum si vanté...

 

- Ne parlez pas de cela, reprit vivement le coquelicot. Les hâbleries du parfum me portent sur les nerfs. Qu'est-ce, je vous prie, que le parfum ? Une convention établie par les jardiniers et les papillons. Moi, je trouve que la rose sent mauvais et que c'est moi qui embaume.

 

- Nous ne sentons rien, dit la marguerite, et je crois que par là nous faisons preuve de tenue et de bon goût. Les odeurs sont des indiscrétions ou des vanteries. Une plante qui se respecte ne s'annonce point par des émanations. Sa beauté doit lui suffire.

 

- Je ne suis pas de votre avis, s'écria un gros pavot qui sentait très fort. Les odeurs annoncent l'esprit et la santé.

 

Les rires couvrirent la voix du gros pavot. Les oeillets s'en tenaient les côtes et les résédas se pâmaient. Mais, au lieu de se fâcher, il se remit à critiquer la forme et la couleur de la rose qui ne pouvait répondre ; tous les rosiers venaient d'être taillés et les pousses remontantes n'avaient encore que de petits boutons bien serrés dans leurs langes verts. Une pensée fort richement vêtue critiqua amèrement les fleurs doubles, et, comme celles-ci étaient en majorité dans le parterre, on commença à se fâcher. Mais il y avait tant de jalousie contre la rose, qu'on se réconcilia pour la railler et la dénigrer.

 

La pensée eut même du succès quand elle compara la rose à un gros chou pommé, donnant la préférence à celui-ci à cause de sa taille et de son utilité. Les sottises que j'entendais m'exaspérèrent et, tout à coup, parlant leur langue :

- Taisez-vous, m'écriai-je en donnant un coup de pied à ces sottes fleurs. Vous ne dites rien qui vaille. Moi qui m'imaginais entendre ici des merveilles de poésie, quelle déception vous me causez avec vos rivalités, vos vanités et votre basse envie !

 

Il se fit un profond silence et je sortis du parterre.

- Voyons donc, me disais-je, si les plantes rustiques ont plus de bon sens que ces péronnelles cultivées, qui en recevant de nous une beauté d'emprunt, semblent avoir pris nos préjugés et nos travers.

Je me glissai dans l'ombre de la haie touffue, me dirigeant vers la prairie ; je voulais savoir si les spirées qu'on appelle reine des prés avaient aussi de l'orgueil et de l'envie. Mais je m'arrêtai auprès d'un grand églantier dont toutes les fleurs parlaient ensemble.

- Tâchons de savoir, pensai-je, si la rose sauvage dénigre la rose à cent feuilles et méprise la rose pompon.

 

Il faut vous dire que, dans mon enfance, on n'avait pas créé toutes ces variétés de roses que les jardiniers savants ont réussi à produire depuis, par la greffe et les semis. La nature n'en était pas plus pauvre pour cela. Nos buissons étaient remplis de variétés nombreuses de roses à l'état rustique : la canina, ainsi nommée parce qu'on la croyait un remède contre la morsure des chiens enragés ; la rose canelle, la musquée, la rubiginosa ou rouillée, qui est une des plus jolies ; la rose pimprenelle, la tomentosa ou cotonneuse, la rose alpine, etc., etc. Puis, dans les jardins nous avions des espèces charmantes à peu près perdues aujourd'hui, une panachée rouge et blanc qui n'était pas très fournie en pétales, mais qui montrait sa couronne d'étamines d'un beau jaune vif et qui avait le parfum de la bergamotte. Elle était rustique au possible, ne craignant ni les étés secs ni les hivers rudes ; la rose pompon, grand et petit modèle, qui est devenue excessivement rare ; la petite rose de mai, la plus précoce et peut-être la plus parfumée de toutes, qu'on demanderait en vain aujourd'hui dans le commerce, la rose de Damas ou de Provins que nous savions utiliser et qu'on est obligé, à présent, de demander au midi de la France ; enfin, la rose à cent feuilles ou, pour mieux dire, à cent pétales, dont la patrie est inconnue et que l'on attribue généralement à la culture.

 

C'est cette rose centifolia qui était alors, pour moi comme pour tout le monde, l'idéal de la rose, et je n'étais pas persuadée, comme l'était mon précepteur, qu'elle fût un monstre dû à la science des jardiniers. Je lisais dans mes poètes que la rose était de toute antiquité le type de la beauté et du parfum. A coup sûr, ils ne connaissaient pas nos roses thé qui ne sentent plus la rose, et toutes ces variétés charmantes qui, de nos jours, ont diversifié à l'infini, mais en l'altérant essentiellement, le vrai type de la rose. On m'enseignait alors la botanique. Je n'y mordais qu'à ma façon. J'avais l'odorat fin et je voulais que le parfum fût un des caractères essentiels de la plante ; mon professeur, qui prenait du tabac, ne m'accordait pas ce critérium de classification. Il ne sentait plus que le tabac, et, quand il flairait une autre plante, il lui communiquait des propriétés sternutatoires tout à fait avilissantes.

 

J'écoutai donc de toutes mes oreilles ce que disaient les églantiers au-dessus de ma tête, car, dès les premiers mots que je pus saisir, je vis qu'ils parlaient des origines de la rose.

- Reste ici, doux zéphyr, disaient-ils, nous sommes fleuris. Les belles roses du parterre dorment encore dans leurs boutons verts. Vois, nous sommes fraîches et riantes, et, si tu nous berces un peu, nous allons répandre des parfums aussi suaves que ceux de notre illustre reine.

J'entendis alors le zéphyr qui disait :

- Taisez-vous, vous n'êtes que des enfants du Nord. Je veux bien causer un instant avec vous, mais n'ayez pas l'orgueil de vous égaler à la reine des fleurs.

- Cher zéphyr, nous la respectons et nous l'adorons, répondirent les fleurs de l'églantier ; nous savons comme les autres fleurs du jardin en sont jalouses. Elles prétendent qu'elle n'est rien de plus que nous, qu'elle est fille de l'églantier et ne doit sa beauté qu'à la greffe et à la culture. Nous sommes des ignorantes et ne savons pas répondre. Dis-nous, toi qui es plus ancien que nous sur la terre, si tu connais la véritable origine de la rose.

- Je vous la dirai, car c'est ma propre histoire ; écoutez-la, et ne l'oubliez jamais.

Et le zéphyr raconta ceci :

- Au temps où les êtres et les choses de l'univers parlaient encore la langue des dieux, j'étais le fils aîné du roi des orages. Mes ailes noires touchaient les deux extrémités des plus vastes horizons, ma chevelure immense s'emmêlait aux nuages. Mon aspect était épouvantable et sublime, j'avais le pouvoir de rassembler les nuées du couchant et de les étendre comme un voile impénétrable entre la terre et le soleil.

 

» Longtemps je régnai avec mon père et mes frères sur la planète inféconde. Notre mission était de détruire et de bouleverser. Mes frères et moi, déchaînés sur tous les points de ce misérable petit monde, nous semblions ne devoir jamais permettre à la vie de paraître sur cette scorie informe que nous appelons aujourd'hui la terre des vivants. J'étais le plus robuste et le plus furieux de tous. Quand le roi mon père était las, il s'étendait sur le sommet des nuées et se reposait sur moi du soin de continuer l’œuvre de l'implacable destruction. Mais, au sein de cette terre, inerte encore, s'agitait un esprit, une divinité puissante, l'esprit de la vie, qui voulait être, et qui, brisant les montagnes, comblant les mers, entassant les poussières, se mit un jour à surgir de toutes parts.

 

Nos efforts redoublèrent et ne servirent qu'à hâter l'éclosion d'une foule d'êtres qui nous échappaient par leur petitesse ou nous résistaient par leur faiblesse même ; d'humbles plantes flexibles, de minces coquillages flottants prenaient place sur la croûte encore tiède de l'écorce terrestre, dans les limons, dans les eaux, dans les détritus de tout genre. Nous roulions en vain les flots furieux sur ces créations ébauchées. La vie naissait et apparaissait sans cesse sous des formes nouvelles, comme si le génie patient et inventif de la création eût résolu d'adapter les organes et les besoins de tous les êtres au milieu tourmenté que nous leur faisions.

 

» Nous commencions à nous lasser de cette résistance passive en apparence, irréductible en réalité. Nous détruisons des races entières d'êtres vivants, d'autres apparaissaient organisés pour nous subir sans mourir. Nous étions épuisés de rage. Nous nous retirâmes sur le sommet des nuées pour délibérer et demander à notre père des forces nouvelles.

» Pendant qu'il nous donnait de nouveaux ordres, la terre un instant délivrée de nos fureurs se couvrit de plantes innombrables où des myriades d'animaux, ingénieusement conformés dans leurs différents types, cherchèrent leur abri et leur nourriture dans d'immenses forêts ou sur les flancs de puissantes montagnes, ainsi que dans les eaux épurées de lacs immenses.

» - Allez, nous dit mon père, le roi des orages, voici la terre qui s'est parée comme une fiancée pour épouser le soleil. Mettez-vous entre eux. Entassez les nuées énormes, mugissez, et que votre souffle renverse les forêts, aplanisse les monts et déchaîne les mers. Allez, et ne revenez pas, tant qu'il y aura encore un être vivant, une plante debout sur cette arène maudite où la vie prétend s'établir en dépit de nous.

 

» Nous nous dispersâmes comme une semence de mort sur les deux hémisphères, et moi, fendant comme un aigle le rideau des nuages, je m'abattis sur les antiques contrées de l'extrême Orient, là où de profondes dépressions du haut plateau asiatique s'abaissant vers la mer sous un ciel de feu, font éclore, au sein d'une humidité énergique, les plantes gigantesques et les animaux redoutables. J'étais reposé des fatigues subies, je me sentais doué d'une force incommensurable, j'étais fier d'apporter le désordre et la mort à tous ces faibles qui semblaient me braver. D'un coup d'aile, je rasais toute une contrée ; d'un souffle, j'abattais toute une forêt, et je sentais en moi une joie aveugle, enivrée, la joie d'être plus fort que toutes les forces de la nature.

 

» Tout à coup un parfum passa en moi comme par une aspiration inconnue à mes organes, et, surpris d'une sensation si nouvelle, je m'arrêtai pour m'en rendre compte. Je vis alors pour la première fois un être qui était apparu sur la terre en mon absence, un être frais, délicat, imperceptible, la rose !

» Je fondis sur elle pour l'écraser. Elle plia, se coucha sur l'herbe et me dit :

» - Prends pitié ! je suis si belle et si douce ! respire-moi, tu m'épargneras.

» Je la respirai et une ivresse soudaine abattit ma fureur. Je me couchai sur l'herbe et je m'endormis auprès d'elle.

 

» Quand je m'éveillai, la rose s'était relevée et se balançait mollement, bercée par mon haleine apaisée.

» - Sois mon ami, me dit-elle. Ne me quitte plus. Quand tes ailes terribles sont pliées, je t'aime et te trouve beau. Sans doute tu es le roi de la forêt. Ton souffle adouci est un chant délicieux. Reste avec moi, ou prends-moi avec toi, afin que j'aille voir de plus près le soleil et les nuages.

» Je mis la rose dans mon sein et je m'envolai avec elle. Mais bientôt il me sembla qu'elle se flétrissait ; alanguie, elle ne pouvait plus me parler ; son parfum, cependant, continuait à me charmer, et moi, craignant de l'anéantir, je volais doucement, je caressais la cime des arbres, j'évitais le moindre choc. Je remontai ainsi avec précaution jusqu'au palais de nuées sombres où m'attendait mon père.

» - Que veux-tu ? me dit-il, et pourquoi as-tu laissé debout cette forêt que je vois encore sur les rivages de l'Inde ? Retourne l'exterminer au plus vite.

» - Oui, répondis-je en lui montrant la rose, mais laisse-moi te confier ce trésor que je veux sauver.

» - Sauver ! s'écria-t-il en rugissant de colère ; tu veux sauver quelque chose ?

 

» Et, d'un souffle, il arracha de ma main la rose, qui disparut dans l'espace en semant ses pétales flétries.

» Je m'élançai pour ressaisir au moins un vestige ; mais le roi, irrité et implacable, me saisit à mon tour, me coucha, la poitrine sur mon genou, et, avec violence, m'arracha mes ailes, dont les plumes allèrent dans l'espace rejoindre les feuilles dispersées de la rose.

» - Misérable enfant, me dit-il, tu as connu la pitié, tu n'es plus mon fils. Va-t'en rejoindre sur la terre le funeste esprit de la vie qui me brave, nous verrons s'il fera de toi quelque chose, à présent que, grâce à moi, tu n'es plus rien.

«Et, me lançant dans les abîmes du vide, il m'oublia à jamais.

 

» Je roulai jusqu'à la clairière et me trouvai anéanti à côté de la rose, plus riante et plus embaumée que jamais.

» - Quel est ce prodige ? Je te croyais morte et je te pleurais. As-tu le don de renaître après la mort ?

» - Oui, répondit-elle, comme toutes les créatures que l'esprit de vie féconde. Vois ces boutons qui m'environnent. Ce soir, j'aurai perdu mon éclat et je travaillerai à mon renouvellement, tandis que mes soeurs te charmeront de leur beauté et te verseront les parfums de leur journée de fête. Reste avec nous ; n'es-tu pas notre compagnon et notre ami ?

 

» J'étais si humilié de ma déchéance, que j'arrosais de mes larmes cette terre à laquelle je me sentais à jamais rivé. L'esprit de la vie sentit mes pleurs et s'en émut. Il m'apparut sous la forme d'un ange radieux et me dit :

» - Tu as connu la pitié, tu as eu pitié de la rose, je veux avoir pitié de toi. Ton père est puissant, mais je le suis plus que lui, car il peut détruire et, moi, je peux créer.

» En parlant ainsi, l'être brillant me toucha et mon corps devint celui d'un bel enfant avec un visage semblable au coloris de la rose. Des ailes de papillon sortirent de mes épaules et je me mis à voltiger avec délices.

 

» - Reste avec les fleurs, sous le frais abri des forêts, me dit la fée. A présent, ces dômes de verdure te cacheront et te protégeront. Plus tard, quand j'aurai vaincu la rage des éléments, tu pourras parcourir la terre, où tu seras béni par les hommes et chanté par les poètes. - Quant à toi, rose charmante qui, la première as su désarmer la fureur par la beauté, sois le signe de la future réconciliation des forces aujourd'hui ennemies de la nature. Tu seras aussi l'enseignement des races futures, car ces races civilisées voudront faire servir toutes choses à leurs besoins. Mes dons les plus précieux, la grâce, la douceur et la beauté risqueront de leur sembler d'une moindre valeur que la richesse et la force. Apprends-leur, aimable rose, que la plus grande et la plus légitime puissance est celle qui charme et réconcilie. Je te donne ici un titre que les siècles futurs n'oseront pas t'ôter. Je te proclame reine des fleurs ; les royautés que j'institue sont divines et n'ont qu'un moyen d'action, le charme.

» Depuis ce jour, j'ai vécu en paix avec le ciel, chéri des hommes, des animaux et des plantes ; ma libre et divine origine me laisse le choix de résider où il me plaît mais je suis trop l'ami de la terre et le serviteur de la vie à laquelle mon souffle bienfaisant contribue, pour quitter cette terre chérie où mon premier et éternel amour me retient. Oui mes chères petites, je suis le fidèle amant de la rose et par conséquent votre frère et votre ami».

 

- En ce cas, s'écrièrent toutes les petites roses de l'églantier, donne-nous le bal et réjouissons-nous en chantant les louanges de madame la reine, la rose à cent feuilles de l'Orient.

 

Le zéphyr agita ses jolies ailes et ce fut au-dessus de ma tête une danse effrénée, accompagnée de frôlements de branches et de claquement de feuilles en guise de timbales et de castagnettes : il arriva bien à quelques petites folles de déchirer leur robe de bal et de semer leurs pétales dans mes cheveux ; mais elles n'y firent pas attention et dansèrent de plus belle en chantant :

- Vive la belle rose dont la douceur a vaincu le fils des orages ! vive le bon zéphyr qui est resté l'ami des fleurs !

 

Quand je racontai à mon précepteur ce que j'avais entendu, il déclara que j'étais malade et qu'il fallait m'administrer un purgatif. Mais ma grand'mère m'en préserva en lui disant :

- Je vous plains si vous n'avez jamais entendu ce que disent les roses. Quant à moi, je regrette le temps où je l'entendais. C'est une faculté de l'enfance. Prenez garde de confondre les facultés avec les maladies !

Tableau d'Edward Atkinson Hornel (1864-1933)

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TOUTOU ! Du 18 avril au 4 mai ! A la comédie Claude Volter
Vous avez un animal domestique,
Vous l’adorez bien sûr,
Vous le cajolez,
Il est l’ami le plus fidèle de la famille,
Et s’il vous arrivait de le perdre, que se passerait-il ?

Tout, tout est parti de là : Z-avez pas vu Mirza ? Ce n’est pas Mirza, mais le chien Toutou, qui s’est volatilisé. Son maître, Alex, prof de philo, distrait par sa conversation avec la voisine n’a pas vu l’animal allergique à la laisse, se barrer en douce pendant la promenade vespérale obligatoire. Difficile de trouver un mensonge crédible pour couvrir le crime ! Au retour, le maître (Daniel Hanssens) très penaud en apparences, déclenche un tsunami qui va ravager le couple sans enfant.  Une première dispute éclate à propos de l’avis de recherche qu’ils vont afficher dans le quartier : « - Un grand chien miel, - non gris ! -  non, gris-miel ! »Toutes les suppositions les plus folles vont défiler quant à la motivation de l’animal en fugue. Effet papillon : la vie de couple d’Alex et de Zoé va s’écrouler de A à Z car les voilà subitement privés de leur tiers favori, leur catalyseur  empêcheur de disputes. Voilà la jalousie qui prend racine, les fantasmes du mari cabotin qui ravagent le cœur de l’épouse sur le qui-vive, le passé houleux qui revient !

C’est l’excellente comédienne Laurence d’Amélio qui joue Zoé, cette femme de terrain extrêmement féminine, mobile et versatile, exquise dans ses postures, ses regards assassins, ses volte-face et ses silences songeurs.  Heureusement, voici bientôt un autre tiers, leur ami commun Pavel (Pierre Pigeolet, superbe comédien) qui débarque chez eux en plein milieu de la nuit. Il est revenu de Rome où il a construit un hôpital et semble avoir paumé ses clefs d’appartement. Quiproquos savoureux, colères alternées, désespoir, reproches mutuels et surtout les frustrations d’une vie commune font alors gaiement surface. Et l’amitié dans tout cela ? Tensions, non-dits, griefs conjugaux s’accumulent. Après tout, est ce qu’Alex aime vraiment Toutou ? Tout, Tout est vraiment chargé d’histoire. Qui aime qui ? C’est le grand déballage, jusqu’à la remise en question du couple. Le linge sale que l’on ne lave, soi-disant, qu’en famille, est lavé devant l’ami Pavel totalement ahuri, pris tour à tour …à témoin et à partie.

Pavel était lui aussi en Roumanie dans leur jeunesse et va raviver ces anciens secrets si bien évacués pour la paix des ménages. Deuxième vague d’affects qui partent tous azimuts, encore plus destructrice que la première. Contraste comique : le tout se joue dans un décor très élégant d’un appartement du 16e, nul doute, dans les tons miels et bleu serein. Le panier du chien anthropomorphe reste tristement vide malgré les oraisons et litanies désespérées des propriétaires en crise existentielle majeure. On vous laisse découvrir la fin, la clé est évidemment cachée dans le trio. La pièce est, elle, du plus grand brio théâtral !

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Distribution éblouissante :
Mise en scène : Daniel Hanssens et assistanat d'Anais Tossings Otten
Avec Laurence d’Amélio, Daniel Hanssens et Pierre Pigeolet.
Décors : Francesco Deleo

www.comediedebruxelles.com

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L'Amant jaloux ou les Fausses Apparences, créé à Versailles en 1778

Un véritable bijou musical et scénique

Gee! Gluck, Gounod, Gossec … et notre compatriote liégeois André-Modeste Grétry, écrivirent tous  des opéras-comiques. Genre lyrique nouveau au 18e siècle, l’opéra-comique est issu  des vaudevilles donnés sur les tréteaux des foires parisiennes de Saint-Germain et de Saint-Laurent et influencé par la comédie-italienne. Il traite de thèmes légers,  de  la vie domestique, alterne le chant et la comédie… souvent ironico-sentimentale. Le raffinement est à son comble avec les œuvres du compositeur Grétry  qui devint rapidement le musicien le plus en vogue de la France prérévolutionnaire. Il sait capter l’atmosphère tour à tour charmante, joyeuse et désenchantée d’une époque où fermentent de grands changements. Tout comme le grand maître Antoine Watteau,  mort très jeune au début du siècle des lumières, qui laissa derrière lui de magnifiques tableaux de scènes de genre.   

12272892877?profile=originalEst-ce de Watteau que s’inspire Thierry Bosquet pour la composition des décors? Il y a beaucoup à parier que ce peintre mythique  qui croque la musique autant que la soie et les taffetas rutilants que portent les dames, les pas de  danse, les feuillages, les cascades et les bruissements de la vie a peut-être influencé notre  metteur en scène. Il a fait de ce spectacle un véritable bijou musical et scénique.   Tout séduit au premier regard  et on n’en finit pas de rêver, comme face aux toiles de Watteau. Au fond  de la composition, trône un paysage grandiose de parc fait d’arbres majestueux indiquant la toute-puissance de la nature. On entrevoit au pied de ce décor somptueux les  musiciens en habits d’époque et leur  chef d’orchestre Bernard Delire. Le gracieux quatuor à cordes Alfama, l’ensemble à vents Quartz, Natacha Save à la contrebasse et Yuko Fujikura à la mandoline sont les musiciens complices de l’action dramatique,  installés comme au salon, entre les plans mobiles du décor.  Leur jeu vif et  mélodieux fait saisir le caractère éphémère de l’amour et de la musique.  Le regard s’arrête ensuite sur les pans harmonieux d’une riche demeure  en style rococo parée d’azulejos bleu-et-blancs,  jusqu’à la moindre chaise ou tabouret.  Une impression de balcons, fontaines, colonnades, œil- de-bœuf, toitures, tout y est sans y être, car l’imagination a donné la main au   talentueux scénographe.   Et puis ces personnages de fêtes galantes d’antan débarquent, d’abord muets,  en jolis souliers orientaux, en robes de comtesses à manches bouffantes serties de rubans. Un bal sans doute, des poursuites amoureuses frivoles,  des sourcils froncés, qui sait ? Un soufflet bien appliqué?

Il suffit de retourner le mouvant décor sur roulettes pour se retrouver dans les allées du jardin fermé par une grille invisible et plonger dans l’intimité des personnages.  Le père de la jeune veuve Léonore (la basse-baryton Marco Zelaya)  est partout et tonne son autorité en chantant. Il est  jaloux de sa cassette qu’il a juré de ne point partager avec aucun nouveau prétendant. Que sa fille de 20 ans  à peine (Aurélie Moreels) végète enfermée à double tour, peu lui chaut!   Voici Isabelle (Rita matos Alves)  la piquante amie de Léonore  et son  ombrageux frère Don Alonze  (le puissant ténor Xavier Flabat),  le noble espagnol secrètement amoureux de Léonore oui, mais au caractère détestablement jaloux !  Le  brave Chevalier de Florival ( Geoffrey Degives), officier bleu-blanc-rouge qui  a sauvé Isabelle de lâches assauts le matin même… fera les frais de la susceptibilité du sieur espagnol. Ah! l’exquise et tendre sérénade  « tandis que tout sommeille… » Une voix de velours dans une lumière tamisée!

 

 Les passionnés de costumes d’époque seront charmés par l’inventivité des costumes de  Thierry Bosquet car son défilé d’habits est d’une richesse et d’une beauté captivante. La chorégraphie et la succession rapide des scènes dialoguées  est aussi  tourbillonnante et variée que la musique. Ici une mandoline, là un ensemble de vents qui surgit de l’horizon. Là un amoureux qui s’esquive dans un pavillon dérobé, là une plainte de contrebasse, ou des violons avant-coureurs du drame.  Le duo de Léonore et d’Alonze presque réconciliés, sur une couche princière est d’une harmonie palpitante  de rouges et d’or. Costumes et voix.  La robe d’une coudée plus courte de la servante avisée, Jacinte (une exquise Pauline Claes, mezzo-soprano) devient  un lieu de stupeur et tremblements pour le vieux barbon de père couvert de sequins bruissant au moindre de ses gestes! Une justesse de ton et une sublime fraîcheur de voix. Grétry, l’ami de Voltaire et  Jean-Jacques Rousseau observe avec finesse  les passions et les caractères de son temps et nous promène dans les  ravissantes mélodies des ariettes, couplets malicieux  et autre sérénades faites pour séduire l’oreille. Pour peu on se mettrait à fredonner joliment, comme sans doute nos arrière-grand-mères : « Moments plein de charmes! Après tant d’alarmes ! Mais pour les goûter d’avantage, ne soyez jamais volage, ne soyez jamais jaloux! » Ah, le joyeux sextuor du final ! 

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Note :

Du 18 mai au 17 novembre 2013 à Montmorency : exposition Grétry (1741-1813). De l'Opéra-Comique à l'Ermitage de Jean-Jacques Rousseau au musée Jean-Jacques Rousseau.

 

On fête cette année le bicentenaire de la mort du compositeur André Ernest Modeste GRETRY survenue le 24 septembre 1813 à Montmorency, et c’est  l'occasion de retracer sa destinée exceptionnelle. Né à Liège, dans une famille de musiciens, Grétry s'intéresse très vite à la composition musicale et se rend à Rome pour parfaire sa formation. Marqué, comme nombre de ses contemporains par les idées philosophiques et musicales de Jean-Jacques Rousseau, il admire  la comédie italienne. Lors d'un séjour à Genève il assiste à des opéras-comiques, un genre qui présente la particularité d'être chanté en français et qui triomphe à Paris depuis les  années 1760. Dès lors, Grétry choisit sa voie : il sera compositeur d'opéras comiques. Il gagne Paris et dès 1768 connaît la célébrité.  Adulé sous l'Ancien Régime, respecté pendant la Révolution française, et décoré de la légion d'honneur par Bonaparte le 19 mai 1802, il traverse tous les régimes politiques de la seconde moitié du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle.

Une terrible tragédie familiale va l'affecter durablement dans la dernière partie de sa vie et infléchir le cours de son existence.

En 1798, il acquiert l'Ermitage où avait vécu Jean-Jacques Rousseau et se plonge dans l'écriture autobiographique.  Ses œuvres De la Vérité. Ce que nous fûmes, ce que nous sommes, ce que nous devrions être et les Réflexions d'un solitaire sont un écho vibrant au Citoyen de Genève auquel il voue une profonde admiration.

Cette exposition présente des œuvres issues des collections du musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency ainsi que des prêts de la Bibliothèque nationale de France, du Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, du Musée de la Musique, de la Fondation Royaumont et de l'Abbaye royale de Chaalis.

 

Extraits au concert d'ouverture des Midis-Minimes 2013, ce 1er juillet 2013 : 

http://www.midis-minimes.be/fr/calendrier-detail.php?ID=1

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CLAUDE AIEM : OU LA TENTATION DU SIGNIFIE

CLAUDE AIEM : OU LA TENTATION DU SIGNIFIE

 

Du 12-06 au 30-06-13, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050, Bruxelles) vous invite à découvrir les œuvres du peintre Français, Monsieur CLAUDE AIEM, dans une exposition intitulée  ŒUVRES REVISITEES.

On n’entre pas dans l’œuvre de CLAUDE AIEM avec aisance. Le visiteur y entre animé d’une interrogation parfaitement légitime, tout interpellé qu’il est par la nature même de ce qu’il voit. Pour l’appréhender, il se doit de poser un temps d’arrêt, lequel devient un temps de méditation, voire d’introspection au cours duquel il se demande quelle relation il pourrait entretenir avec l’œuvre rencontrée.

Les créations de CLAUDE AIEM   sont des « hommages » chromatiques que l’artiste dépose aux pieds des Maîtres de la peinture européenne, ayant chacun apporté un jalon particulier à l’évolution de l’Histoire de l’Art.

DELACROIX, DUFY, UCCELLO (et  bien d’autres) sont mis à l’honneur par le biais d’un vocabulaire contemporain, lequel retient l’essentiel du message universel de l’artiste dont il s’inspire.

Le vocabulaire de CLAUDE AIEM s’exprime essentiellement par la couleur, entendue comme l’essence même des tableaux ayant servi de point de départ. A partir du collage d’un détail appartenant à un tableau de maître, situé souvent dans un coin de la toile, pris en tant qu’œuvre inspiratrice, l’artiste abolit le sujet, pris dans son enveloppe figurative, pour en arriver à son essence, retrouvant ainsi la dynamique originelle qui lui a conféré la vie. A titre d’exemple, A LA FACON DE DUFY (acrylique sur toile 80 x 80 cm) (dont nous reparlerons plus loin), reprend l’essence de la dynamique fauviste, où les couleurs se télescopent et se déchirent, pour aboutir à une grande symphonie chromatique.

Son parcours est des plus intéressants. Graphiste de formation, il se passionne pour l’Histoire de l’Art dès l’âge de  dix ans. Néanmoins, il ne débute dans la peinture qu’en 1985, en réalisant des tableaux reprenant, par ordinateur, l’image de sportifs, mis en parallèle dans le but de disséquer le mouvement.

Il n’échappera pas au visiteur le fait que les œuvres de cet artiste sont parsemées de textes. Ceux-ci sont en rapport étroit avec les peintres dont il s’inspire.

A titre d’exemple, des fragments d’écrits de Baudelaire relatifs à des peintres s’inscrivent sur les toiles. Mais il n’échappera pas non plus au même visiteur que ces textes sont calligraphiés de manière inversée, rappelant les jeux à l’encre sympathique fort usités, notamment, pendant la Renaissance. Mais dans ce cas précis, la démarche de l’artiste est celle d’inciter le visiteur (le regardant) à se concentrer en premier lieu sur les nombreuses composantes picturales du tableau, avant de se consacrer à la lecture des textes (qu’il n’arrivera jamais à décrypter entièrement).

S’il s’attaque aux grands Maîtres, CLAUDE AIEM évite de reprendre les tableaux les plus connus, pour se concentrer sur des œuvres moins célèbres. Sa démarche demeure séculaire, en ce sens que tout artiste reprend les Maîtres, sauf que lui, les transpose en un vocabulaire contemporain.

HOMMAGE A UCCELLO – 2 (acrylique sur toile 50 x 50 cm)

 

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L’artiste offre son discours personnel sur la démarche originelle du peintre Italien PAOLO UCCELLO concernant la BATAILLE DE SAN ROMANO (ca.1456). A la mathématique originelle de la composition de départ, concrétisée par les trajectoires directionnelles apportées par les lances des chevaliers, lesquelles outre la dynamique du récit narratif, assurent la mise en équilibre du cadrage en le structurant par des droites et des diagonales (la perspective géométrique), CLAUDE AIEM marque le tableau d’origine en lui superposant sa folie personnelle, par le rendu de traits blancs et rouges mettant en exergue les lances des soldats. Tandis que des touches rouges, largement étalées par un pinceau nourri de matière, s’affirment en tant que réminiscences du volume des chevaux cabrés, faisant face à l’impact des lances adverses. Un fond sombre, principalement composé de brun, de vert foncé et de noir fait écho à l’arrière-plan de la toile d’origine.

 

HOMMAGE A DELACROIX – 5 (acrylique sur toile 80 x 80 cm),

 

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reprend une œuvre d’Eugène Delacroix intitulée LA FIANCEE D’ABYDOS (1843), inspirée du poème de Lord Byron THE BRIDE OF ABYDOS (1813) chantant les amours impossibles de Sélim et Zuleïka.

La démarche est la même : le jet chromatique reprend l’idée première du peintre. Dans ce cas-ci, la courbe aiguisée du trait de couleur blanche fait référence à la brillance de la lame tenue par le héros du drame. Tandis que le trait rouge symbolise le prolongement du bras ainsi que la main tenant l’épée. L’arrière-plan, globalement noir du tableau, évoque la fumée nourrie d’un incendie. L’artiste délaisse le « poème héroïque » littéraire pour souligner l’instant pictural à l’origine du geste fougueux, participant de la dynamique narrative. Il ne s’attarde nullement sur l’anecdote mais sur l’essentiel qui soutient, au regard sensible du visiteur, la construction plastique.

 

HOMMAGE A RUBENS – 2 (acrylique sur toile 80 x 80 cm)

 

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reprend le détail d’un tableau du maître Flamand intitulé LA KERMESSE FLAMANDE (1635-36). Ce détail repris par le peintre se focalise sur la gestuelle de l’homme tendant ses bras, agrémentée par le blanc presque translucide de sa chemise. Il est contrasté par l’éclat rouge vif du vêtement de la femme, près de lui, tenant un enfant.

CLAUDE AIEM restitue cela par deux traits jaunes symbolisant les bras tendus de l’homme, entrecoupés par une masse importante de couleur blanche badigeonnée en de larges plages au pinceau, mettant en exergue la chemise de l’homme. Divers dégradés de rouge, au centre et à l’arrière-plan font référence à la robe de la femme.

 

A LA FACON DE DUFY (acrylique sur toile 80 x 80 cm)

 

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Cette œuvre « polarise » en quelque sorte l’esthétique du travail exposé de l’artiste à partir de divers questionnements. Ce tableau est le seul de l’ensemble à ne pas être un « Hommage » direct rendu au précurseur du Fauvisme. Bien entendu, l’ « Hommage » existe en bonne et due forme. Néanmoins, le fait de l’intituler « A la façon de… », indique que la prise de conscience par rapport au style du maître est primordiale, ne fût-ce qu’inconsciemment. Ensuite, quelque chose ressort particulièrement de ce tableau, à savoir la dimension de l’existence de l’abstrait en tant qu’évocateur de ce qu’il est convenu d’appeler la tentation du signifié quant à la réception de l’image par le regardant comme de la part du créateur.    

Et dire qu’il y a dans l’expression de CLAUDE AIEM une résurgence fauviste indiscutable ! Le feu de ses couleurs se retrouve tant dans la restitution d’Uccello que dans celle de Rubens. Et pourtant, ce ne sont que des « Hommages ». On peut se demander si avec Dufy il n’y aurait pas une démarche (inconsciente ?) de vouloir affirmer ne fût-ce qu’une esquisse d’identité propre. Le tableau est éclatant de vérité : le bleu, couleur dominante, le vert en dégradés, le rouge et le blanc sortent à proprement parler du détail tiré de l’œuvre de Raul Dufy pour se retrouver étalés en amples couches sur la surface de la toile de l’artiste.

Néanmoins, en arriver à la conclusion selon laquelle son abstraction ne servirait qu’à rendre « hommage » aux artistes du passé occulterait le fait de considérer que le peintre (comme précisé plus haut) fait avant tout œuvre de graphiste et que sa technique, essentiellement en acrylique, est axée sur des extraits figuratifs, pris comme prétextes à des développements chromatiques d’un splendide effet. Car l’artiste se concentre avant tout sur les détails autour desquels il compose. C’est à partir de ceux-ci qu’un langage nouveau se développe. Avant de poser les textes (jugés comme accessoires), il se concentre sur l’image originale, prise dans l’espace étroit d’un collage, parfaitement défini en tant que cadre autonome à l’intérieur de la toile, ensuite il construit le tableau comme une mise en page, c'est-à-dire élément par élément. Une fois la toile terminée, il la reprend sous diverses photos, considérées comme des essais, pour introduire et structurer les textes dans l’espace (le total de lignes à ne pas dépasser), à partir d’un travail typographique minutieux.

CLAUDE AIEM qui vit en Normandie traverse les siècles à travers un langage esthétique personnel. Fidèle au message original, il le transforme en le diluant littéralement dans des éclairs de couleurs, pour en ressusciter l’essence.

François L. Speranza.

Arts 
12272797098?profile=originalLettres

N.-B.: 

Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres

 

 

 

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Jacques Prévert, "Arbres" (Histoires)

 

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Photo de Jacques Prévert par Izis  

       

       

A Georges Ribemont-Dessaignes...  

       

En argot les hommes appellent les oreilles des feuilles

c’est dire comme ils sentent que les arbres connaissent la musique

mais la langue verte des arbres est un argot bien plus ancien

Qui peut savoir ce qu’ils disent lorsqu’ils parlent des humains

les arbres parlent arbre

comme les enfants parlent enfant    

Quand un enfant de femme et d’homme

adresse la parole à un arbre

l’arbre répond

l’enfant entend

Plus tard l’enfant

parle arboriculture avec ses maitres et ses parents    

Il n’entend plus la voix des arbres

il n’entend plus leur chanson dans le vent

 

Pourtant parfois une petite fille

pousse un cri de détresse

dans un square de ciment armé

d’herbe morne et de terre souillée    

Est-ce… oh… est-ce

la tristesse d’être abandonnée

qui me fait crier au secours

ou la crainte que vous m’oubliiez

arbres de ma jeunesse

ma jeunesse pour de vrai    

Dans l’oasis du souvenir

une source vient de jaillir

est-ce pour me faire pleurer

J’étais si heureuse dans la foule

la foule verte de la forêt

avec la crainte de me perdre et la crainte de me retrouver    

N’oubliez pas votre petite amie

arbres de ma forêt.    

    

Jacques Prévert, "Arbres" (Histoires)    

    

           

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A Eugène...    

           

Histoires, recueil de poésie en prose ou en vers, dont chaque poème est une "histoire", a paru la même année que Paroles, en 1943. On a dit de      Prévert qu'il était un des rares poètes qui, depuis longtemps, parlent à la troisième personne. En effet, il ne se raconte pas seulement lui-même, mais il raconte aussi des "histoires" qui      concernent tous les hommes.    

           

"Les révolutions poétiques modernes  ont remis en cause le système traditionnel. Pourtant, un vers d'Eluard (ou de Prévert !) ne se lit pas autrement qu'un      vers de Racine." (Jean Mazaleyrat, Eléments de métrique française). "Arbre" raconte une histoire sous une forme poétique et l'on retrouve en effet des caractéristiques "intemporelles"      de la poésie : des vers ("Les arbres parlent"), des strophes, des rimes (entend/enfant/parents/vent, armé/souillé/abandonnée/oubliiez, souvenir/jaillir, pleurer/retrouver), des figures de style      (l'oasis du souvenir"), des assonances et des allitérations (en a et en s).    

           

Le poème comporte deux parties, à la manière d'un "apologue", récit à l'appui d'un enseignement moral :    

           

a) de "En argot les hommes appellent les oreilles les feuilles" jusqu'à "dans le vent" : les hommes en grandissant oublient le langage des arbres.    

           

b) une petite fille supplie les arbres de ne pas l'oublier.    

           

Le poème a été écrit en 1943, à une époque où les hommes parlaient encore l'argot, qui est une langue véritable, avec son vocabulaire et sa syntaxe et non le      verlan qui se contente d'inverser les syllabes de la langue française.    

           

L'argot est une langue liée à un groupe social particulier ou à une profession ; c'est la langue de ceux qui ne veulent pas être compris par les autres. On      appelle l'argot "la langue verte", à cause de la "verdeur" de certaines expression qui n'hésitent pas à évoquer de façon imaginée le corps humain et la sexualité. Cette verdeur est celle de la      vie elle-même que le langage dominant essaye d'enfermer dans des normes, des "convenances" : "on ne parle pas comme ça, on ne parle pas de ces choses-là".    

           

Prévert joue sur la polysémie de l'adjectif "vert" : les feuilles des arbres sont vertes, l'argot est la "langue verte".    

           

Les vers 3 et 4 contiennent le champ lexical de la parole : "langue verte", "argot", "disent", "parlent". "Les arbres parlent arbres". Le poète énonce un      paradoxe, dans la mesure où il est entendu que le langage est "le propre de l'homme" et que ni les plantes, ni les animaux, ni les pierres ne parlent.    

           

Pourtant, en réfléchissant bien, il y a bien un langage des arbres que même les adultes peuvent percevoir : "En argot les hommes appellent les oreilles les      feuilles/c'est dire comme ils sentent que les arbres connaissent la musique"... La "musique des arbres", n'est-ce pas le froissement des feuilles dans le vent, celle que j'entends au moment où      j'écris ces lignes, et qu'accompagne délicieusement le chant des oiseaux ?    

           

Mais Prévert ne parle pas que de la musique du vent dans les arbres, il parle bien du langage des arbres. Cette parole, si l'on en croit le poète, a plusieurs      caractéristiques : elle est mélodieuse ("les arbres connaissent la musique"), elle est ancienne ("mais la langue des arbres est un argot bien plus ancien"), elle est incompréhensible pour les      adultes et seuls les enfants peuvent la comprendre : "quand un enfant de femme et d'homme/adresse la parole à un arbre/l'arbre répond/l'enfant entend/Plus tard l'enfant/parle      arboriculture/avec ses maîtres et ses parents/il n'entend plus la voix des arbres/il n'entend plus leur chanson dans le vent.    

           

Il est indéniable que les enfants parlent avec les arbres. Quel enfant n'a pas confié un jour son chagrin aux arbres ? Quel enfant n'a pas trouvé consolation et      réconfort au sein de la nature ?    

           

Mais, remarque le poète "plus tard l'enfant/parle arboriculture/il n'entend plus la voix des arbres"...    

           

"Arboriculture" appartient au vocabulaire savant : "(1836 de arbori et culture). Culture  des arbres. Arboriculture forestière V. Sylviculture - spécial.      Production de fruits (arboriculture forestière) : agrumiculture (agrumes), pomiculture. ( Le Petit Robert).    

           

Le mot "arboriculture" dit tout autre chose que le mot "arbre" (ou que le mot argot "touffu" qui désigne un arbre : "maître corback sur un touffu planqué/tenait      en son bec un coulant baraqué") :    

           

"Au sens botanique, les arbres sont des plantes à bois véritable. Celui-ci, également appelé xylème secondaire, est produit par une rangée cellulaire (l'assise    libéro-ligneuse) appelée cambium, située sous l'écorce.  

    

La genèse du bois est un processus répétitif qui dépose une couche nouvelle sur les précédentes. Le résultat est souvent visible sous la forme de cernes    d'accroissement. Ce résultat est une croissance en épaisseur issue du fonctionnement du cambium qui est le méristème secondaire du bois (le phellogène étant le méristème secondaire de l'écorce).    On ne trouve de plantes à bois véritable, et donc d'arbres au sens strict, que chez les Gymnospermes et les Angiospermes Dicotylédones..." (source : wikipédia)    

           

"L'arboriculture" ne parle pas arbre, elle parle "sur" l'arbre, elle dit "ce qu'est l'arbre", elle en donne une "définition", elle enferme l'arbre dans des      concepts ("plante lignée", "croissance secondaire", "xylème", assise libéro-ligneuse", "cambium", "méristème", "phellogène", "Gymnospermes", "Dicotylédones"...) :    

           

L'arboriculture nous dit ce que sont les arbres en général, elle n'évoque aucun arbre particulier, mais rattache chaque arbre à une      espèce. Et si elle s'intéresse aux arbres, c'est surtout pour leur "utilité", leur intérêt économique : produire des pommes, des agrumes, du bois de chauffage, du papier, décorer les maisons      des hommes à Noël...    

           

paysage.jpg                                                                               Vincent Van Gogh     

           

L'arboriculture ne s'intéresse pas à l'arbre qui a consolé ou réjoui tel enfant, ni à la musique du vent dans les feuilles, ni au      plaisir pur et désintéressé que j'éprouve en ce moment à regarder et à écouter chanter les feuilles de "mes" arbres.    

           

Les arboriculteurs et les adultes en général sont parfois capables d'entendre "la voix des arbres" et "leur chanson dans le vent",      mais à conditions d'oublier le langage de l'arboriculture, mais si les "personnes raisonnables" n'entendent plus la voix des arbres et leur chanson dans le vent, c'est qu'elles ne voient plus      le monde qu'à travers le langage de l'arboriculture, le langage de la science et de la technique.    

           

Les techniques modernes de communication cherchent à agir sur autrui, la science parle en langage mathématique, condition d'une action sur les choses. La science      et la technique utilisent le langage, en font un instrument toujours plus conforme aux fins que détermine leur essence : "se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature."      (Descartes)    

           

Le poète nous rappelle que le langage n'est pas un simple moyen de communication, d'action sur le monde et sur autrui, il n'est pas un instrument au service de la      pensée, c'est bien plutôt la pensée qui se tient au service du langage, qui veille sur le langage en répondant à l'appel de l'Etre dont la langage est l'abri. "Plein de mérites, mais en poète,      l'homme habite sur cette terre." (Friedrich Hölderlin)    

           

klimt_tree_of_life_1909.jpg                            Gustav Klimt, L'Arbre de Vie     

           

"Pourtant parfois une petite fille/pousse un cri de détresse..." : La deuxième partie du poème évoque une "histoire". Nous n'avons      donc plus affaire à un discours, mais à un récit, à un cas particulier, même si, dans l'esprit du poète, ce cas particulier a une portée universelle et que la petite fille représente tous les      enfants. La "détresse", comme l'angoisse est une expérience existentielle et non une expérience purement intellectuelle. Nous faisons l'expérience de la détresse (ou de l'angoisse) dans une      situation existentielle précise. Par exemple quand nous avons perdu un proche et qu'il nous manque. La détresse de la petite fille s'exprime de façon paradoxale ; en effet, elle n'a pas peur      d'abandonner les "arbres de sa jeunesse", mais que les arbres de sa jeunesse ne l'abandonnent.    

           

Martin Heidegger, qui recommandait la lecture du Petit Prince d'Antoine de Saint Exupéry parle de "l'oubli de l'Etre" :      l'oubli de l'Etre signifie deux choses, la première, c'est que l'homme oublie  l'Etre au profit de l'étant, mais aussi que l'Etre se fait oublier (on ne "voit" pas l'Être, on ne voit que      des "choses"). Le langage des arbres est celui de l'Etre, alors que le langage de l'arboriculture est le langage de l'étant.    

           

 C'est dans un square "de ciment armé/d'herbe      morne et de terre souillée" que la petite fille fait l'expérience de la détresse, dans un endroit aussi éloigné que possible de la "foule verte" des forêts de son enfance, perdu dans la foule      des grandes villes et la laideur du monde envahi par la technique ("ciment armé").    

           

Cette détresse s'exprime par un appel au secours: "Est-ce...oh...est-ce..." (SOS ) : "Save Our Souls" (littéralement "sauvez nos      âmes"), le message que les navires en détresse (le Titanic par exemple) envoient pour être secourus.    

           

           

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Pierre Bonnard, L'amandier en fleurs    

           

La petite fille sait qu'elle entre dans le monde des adultes, dans le monde de la "culture", car c'est le destin de tous les hommes      et  qu'elle doit étudier, entre autres choses, "l'arboriculture", mais elle ne veut pas oublier le temps où elle était encore proche de la nature, où elle comprenait son langage et où elle      parlait avec les arbres. Le langage de l'Être (et non celui de la botanique) est aussi celui de la vérité  ("ma jeunesse pour de vrai").    

           

"la crainte de me perdre et la crainte de me retrouver" : la petite fille a peur de se perdre, comme le petit Poucet car la forêt est redoutable, mais elle a      aussi peur de se retrouver, c'est-à-dire de ne plus être dans la proximité heureuse de la forêt.     

           

Karl Jaspers dans son Introduction à la philosophie parle de "l'âge métaphysique", celui où l'on se pose les questions essentielles : "pourquoi y a-t-il      quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi est-ce que nous allons voir ma grand-mère alors que dans une heure, nous partirons ? Pourquoi est-ce que je dois m'habiller ce matin, alors que je      devrai me déshabiller ce soir ? Pourquoi est-ce que je suis moi et pas quelqu'un d'autre, ou un chat, ou une étoile ou un... arbre ? Qu'est-ce que la mort ? ce sont des questions dites      "fondamentales" parce qu'elles ne portent pas sur l'étant, mais sur l'Être.     

           

Il existe des gens qui se posent ces questions toute leur vie et y répondent avec plus ou moins de fraîcheur : les philosophes, les artistes et les poètes.    

           

Jacques Prévert pose une question difficile : celle de la relation entre les mots et les choses. Dans un dialogue intitulé Le Cratyle, Platon se pose la      même question que Jacques Prévert, sans parvenir à y répondre. Il laisse la question en suspens après avoir examiné les deux points de vues : celui de Cratyle qui soutient qu'il y a un lien      "naturel" entre les mots et les choses et celui d'Hermogène qui soutient que les noms existent en vertu d'une convention. Hermogène soutient que "l'homme est la mesure de toute chose".      Appliquée au langage, cette thèse affirme que c'est l'homme qui produit le sens. La vérité du monde appartient dès lors au monde social humain (la botanique). À l'inverse, Cratyle, en affirmant      la justesse naturelle des noms, propose une nature qui a un sens, mais qui échappe aux hommes. C'est avec cette nature-là, la nature de la "jeunesse pour de vraie" que la petite fille est      capable de parler et c'est elle qu'elle supplie de ne pas l'oublier.    

           

Le temps où l'on parlait tout naturellement avec les arbres, les animaux, les pierres et les objets, l'enfance,  est comme une "oasis" où jaillit la source      vive. Une oasis est un lieu planté de palmiers au milieu du désert, un lieu où le voyageur assoiffé peut faire halte pour se reposer et se désaltérer. Charles Baudelaire disait de la poésie      qu'elle était "l'enfance retrouvée à volonté". L'art et la poésie sont l'oasis de sens véritable dans le désert du monde.    

           

           

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            Photographie de Boubat    

    

           

    

           

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administrateur partenariats

 

Je reviens de Natoye avec mes 5 toiles.

Avec aussi, des remerciements de la part des organisateurs de cette magnifique exposition.

En effet, suite à mon billet ci-dessous, de nombreux membres ont visité cette exposition.

La Spirale, magnifique organisation culturelle, se fait donc connaître un peu plus,

grâce au site.

Arts et lettres est donc un magnifique tremplin pour la diffusion d'événements de qualité.

Cela profite aux artistes et aux organisations culturelles.

Merci à Robert Paul !

 

Participation de 2 membres Arts et Lettres

à l' exposition sur le thème « Auprès de mon arbre » à Natoye.

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12272901280?profile=originalTéthys la mémoire de la mer (huile sur toile) - Chantal Roussel

Tête-à-tête incantatoire

Envoutant jeu de miroirs

Qui passe du je au jeu,

Du quant-à-soi en spéculation noueuse

Evocation magique que je voue à

Toi petite Téthys têtue, vertueuse

A tu et toi avec la vie,

Te battras-tu cahin-caha

Du tu à tue le vous,

pour le nous qui vous noue il en elle

Et former ils, d'îles en ailes.

Michel Lansardière

J'ai d'abord souhaité ancrer cette toile dans sa modernité, au-delà du mythe (que j'ai largement commenté sur la page de Chantal), du classicisme bourgeois.

Ensuite j'ai voulu, par un effet de sonorités répétitives, évoquer la vague, l'incessant va-et-vient. Sac, ressac, érosion... Eros. Flèches d'amour. Passion dévorante. Convulsive beauté.

Cette huile de Chantal renouvelle, à mon sens, complétement le genre (je pense notamment aux Vénus de Botticelli, insurpassable il est vrai, Bougereau, Cabanel, remarquables mais trop statiques, conventionnelles). Eternité de l'océan, de la féminité. La qualité picturale s'efface au profit du dynamisme, la chair palpite, la vague déferle et nous submerge, ou de l'illusion, insaisissable tel un mirage.

Elle m'a littéralement interpellée.

Et le dialogue s'est engagé...

Les partenariats

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12272908472?profile=originalAu printemps 2014, le Musée des Beaux-Arts de Charleroi, organise une exposition rétrospective consacrée à l'artiste châtelettain Gustave Camus (1914-1984).  

« En décembre 1933, suite au succès rencontré par Nervia, quelques artistes de Charleroi créent une association qui se révélera capitale dans le développement de la vie artistique de la cité. Parmi les artistes fondateurs de L’Art vivant au Pays de Charleroi, Gustave Camus qui est alors un tout jeune peintre au talent prometteur. Originaire de Châtelet, il fut formé, comme beaucoup d’autres artistes, à l’Ecole industrielle de sa ville, auprès d'Eugène Paulus, mais également à l’Université du Travail Paul Pastur de Charleroi, où Léon Vandenhouten dispensa des cours de dessin pendant un quart de siècle.
Le chemin artistique sur lequel Camus s'engagea auprès de son professeur, le conduisit, au fil de sa carrière, d’une approche strictement fondée sur la référence au réel, à l’élaboration de véritables constructions mentales. Peintre intimiste, délicat, usant de subtils effets de matière ainsi que de teintes sourdes et nuancées, Gustave Camus opta peu à peu pour une tout autre approche, libérée des valeurs traditionnelles de l’art. Il évoluera ainsi de façon spectaculaire d'une sensibilité postimpressionniste, d'une manière en pâte, modelé et rondeur, à une approche quasi topographique du monde et de l’humanité (...) »

A cette occasion, la Ville de Châtelet s’associe au projet et fait appel aux collectionneurs privés de Châtelet, Châtelineau et Bouffioulx désireux de partager avec le public, par un prêt de quelques mois, œuvres et documents d'archives, photographies, films ou enregistrements qui pourraient être utiles concernant l’artiste lui-même et son parcours mais aussi le groupe l’Art vivant au Pays de Charleroi, le Cercle du Bon Vouloir ou encore la Société des Peintres de la mer Hainaut Cinq, Octo,… dont il fit partie .

Par ailleurs, avez-vous connaissance d’œuvres conservées dans des collections privées ? Le cas échéant, pouvez-vous transmettre nos coordonnées à ces propriétaires et leur demander de prendre contact avec le Service de la Culture ?

Concerné(e) ? Pour plus d'infos, contactez le Service de la Culture au 071 24 49 26 – culture@chatelet.be (pour les collectionneurs de Châtelet, Châtelineau et Bouffioulx) ou 071 86 11 34 – mba@charleroi.be (pour les collectionneurs d’autres communes)

Crédit phtographique : G. CAMUS - MBArts Inv. 426 – (c) L. Schrobiltgen - SABAM Belgium 2013

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