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Publications de Deashelle (971)

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« 11 septembre. Une date éloquente aujourd’hui pour beaucoup. Une date qui ramène inévitablement nos consciences en l’an 2001. Et pourtant, il en est un autre… un 11 septembre oublié : le 11 septembre 1973 ! Ce jour-là, il y a quarante ans déjà, un sanglant coup d’État militaire semait l’horreur et la violence au Chili. Pendant 17 ans, cette dictature a imposé sans relâche une répression effrayante à ses opposants : la mort, la torture, la disparition, l’exil. »

Le théâtre du Grand midi à Ixelles a mis sur pied une de ses dernières  soirées théâtrales pour nous faire vibrer par la poésie de Pablo Neruda. Le spectacle s’intitule: « LE PRINTEMPS DU MONDE »! 

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Naquit un homme

parmi tant d'autres

qui naquirent,

j'ai vécu parmi bien des hommes

qui vécurent,

ne parlons pas d'histoire

mais de terre,

la terre centrale du Chili, cette terre où

les vignes ont frisé leurs vertes chevelures,

où le raisin se nourrit de lumière,

où le vin naît des pieds du peuple.

Le vin, lui, est resté vivant,

il est monté jusqu'au raisin

égrené

par l'automne

vagabond,

pour redescendre aux sourds pressoirs23,

aux barriques

qui ont pris la couleur de son doux sang,

et là sous l'effroi

de la terre terrible

il est resté nu et vivant.

Je ne garde le souvenir

du paysage ni du temps,

ni des visages, des silhouettes,

rien que la poussière impalpable,

la traîne de l'été  

et le cimetière où

on m'emmena

voir parmi les tombes

le sommeil de ma mère.

Le spectateur entre dans le spectacle par les coulisses de l’histoire. Nous pénétrons dans un lieu qui sera bientôt la résidence du Théâtre du Rideau. On tombe entre quatre murs passés au goudron noir. Les planches sont en morceaux, ce n’est pas du théâtre c’est de la vie. Assoupi le comédien se relève. Il n’arrêtera pas de marcher, de se mobiliser,  de se cogner aux murs et aux spectateurs, plus rapide qu’un papillon de nuit ivre de lumière. « Et mes pas étaient ceux du printemps du monde ! » Vous le voyez, jeune – à peine la trentaine - barbu mais sans ostentation, chevelu mais sans longueurs, tendu comme un arc dans sa chemisette d’ouvrier  du verbe. L’arcade sourcilière a des langueurs d’antilope aux abois. Le regard brûle et plonge dans le vôtre. Il vous emmène sur les sentiers de la poésie du grand Pablo.

 Energie pure, pas le moindre maquillage, une vérité ruisselante de vie et de mort. Un être crucifié qui hait les moines : « on voulait crucifier mes mots », un être flagellé « on voulait flageller mes idées ». Un être qui ne joue pas la comédie, quelqu’un qui dépasse la représentation. Un acteur dont le cœur se « dénoua » dans le vent qui jette les livres poussiéreux aux orties et ne garde que la parole fraîche, vivante, émue et éblouissante et vraie.  

Dans la salle, le jour de la première, plein d’amis, des gens aux sentiments purs, Pietro Pizzuti. Sur scène, un tremblement de terre,  une chaise à trois pattes attachée au plancher défoncé d’une maison  saccagée à côté d’un araucaria sauvage. Le jeune acteur se sert du vin qu’il offre à une spectatrice. Servez-vous dit son regard. Et tant d’autres choses encore! « L’héritage que je laisse ici, tel une braise verte. » « Pour nous briser, il faut, oui, que l’on nous tue.» Des spectateurs se lèvent et se servent.

Le long de la muraille: la corde de l’esclavage, la roue de la locomotive (le père monta dans le train de la mort sans revenir… jusqu’à présent) ou  celle de la passerelle qui emmène les mineurs au fond de la terre pour lui  arracher l’or, le cuivre le charbon.  Les rouages d’une société verrouillée par l’argent,  par le pouvoir destructeur du dictateur.  N’oubliez jamais : « le plat sanglant et froid sera là chaque matin, pour toujours », lorsque vous ouvrez les yeux. De chaque crime naissent les balles, de chaque enfant mort nait un fusil. Comme en Syrie, aujourd’hui…

Je suis comme un puits, au fond il y a des étoiles et je suis venu afin que tu chantes avec moi, aimable spectateur qui a bu tout le vin.

 

Vous l’aurez compris : on est retourné par un tel spectacle ! L’interprète se nomme Marvin Mariano.

Du 10 au 14 septembre 2013 à 20h30! XL Théâtre - 7A Rue Goffart / 1050 Ixelles
Infos et réservations : O2 / 513 21 78

http://www.xltheatredugrandmidi.be/

 

Un solo, mais une création collective :

Interprétation : Marvin Mariano
Assistante à la mise en scène : Marta Michelini
Scénographie et costumes : Delphine Coers - http://www.delphinecoers.com
Son : Justin Douilliez (Be1 Prod) - http://www.be1prod.com/
Maquillage : Laurie Van Laethem

Création Lumière: Antoine Vilain
Chargée de communication : Laura Bejarano Medina
Contacts : laura.bejarano.medina@hotmail.com

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http://www.chili73.be/

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12272941281?profile=originalEt si… au loin on voyait surgir un château ?

Reconnaissez-vous cette drève ?

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Stambruges, drève de la "Mer de sable" ou du Grippet – (aquarelle par Paul Mayeur)

Nous y sommes :

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Beloeil (aquarelle par Paul Mayeur)

Vous l’aurez deviné : nos pas nous ont menés au CHÂTEAU DE BELOEIL pour les 25e rencontres musicales, année 2013. Les portes s’ouvrent dès midi. L’école du cirque de Bruxelles vole presque la vedette à la musique  en attirant les enfants curieux à la Petite école de Cirque et de Musique  sur la scène du Vivier aux Poissons Rouges. Il y a aussi  pour les jeunes festivaliers,  la production phare du festival de Wallonie : « Petit poucet, la belle, la Bête et Cie » (Marie Hallynck et compagnie.. ), un voyage musical autour de Ma Mère l’Oye de Ravel présenté au festival Musiq 3, à Flagey, en juin dernier. Atmosphère : les badauds photographient six funambules traversant le grand canal, entraînés par des flûtes qui roucoulent dans une barque paresseuse.  

 Cette année le festival est placé sous le signe de l’amour, thème développé par le festival de Wallonie. Il a été honorée par la présence princière de Son altesse royale, la Princesse Astrid et le Prince Lorenz. La couleur du bouquet offert à la princesse est dans les tons du festival: entièrement paré de rose.12272943052?profile=original

Caché dans la verdure, voici notre Quatuor préféré (mais il y en a d’autres), Alfama et Camille Thomas (violoncelle). Nous avons encore été ravis d’écouter  la même œuvre que nous avines entendue au festival des Minimes cet été à Bruxelles, l’une des plus belles œuvres de musique de chambre, le quintette en Ut majeur de Schubert.

12272942690?profile=original Le romantisme est communicatif dans ce cadre bucolique. Une corde se casse mais la pétulante violoniste Elsa de Lacerda  n’est pas en reste, souriante, elle répare en un éclair et reprend le mouvement, sans lever un sourcil. Pourtant le cadre a de quoi distraire… la présence de la princesse royale, des cris joyeux d’enfants, quelques passages d’avion, une sirène,  des échos lointains de contes de fées, quelques trémolos puissants de chanteuse enivrée de musique. Rien ne les trouble et ils nous offrent la sérénité profonde de la musique.

Cette année la programmation est étincelante, quoique plus aérée. Il n’y a que 10 groupes d’artistes contre 14 l’année dernière et ils ne se produisent qu’au maximum deux fois sur la journée, ce qui fruste quand même les plus mélomanes qui auraient aimé jouer les hirondelles et se gaver de vagabondage musical.

 Mais une vigoureuse lumière de 15 août inonde ce rendez-vous champêtre et musical exceptionnel, baigné de l’ivresse de l’amour. Couples enlacés, familles adeptes du déjeuner sur l’herbe, enfants modèles… tout a un air désuet et actuel à la fois. Intemporel ?

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 A 16h 30 on a (tous) un rendez-vous de taille. Avec l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, basé à Mons. On découvre dans la bonne humeur un jeune talent  belge du Conservatoire Royal de Mons (ARTS2), c’est la jeune accordéoniste Laetitia Herreman qui inaugure le concert. « L'amour, c'est quand l'envie vous prend qu'on ait envie de vous. » (Henri de Toulouse-Lautrec).  Elle est prête à tout donner d’elle-même. En double, car la musique double (sa) la vie. 12272943490?profile=original

Fraîcheur, bonne humeur teintée parfois de nostalgie et de la virtuosité à revendre. La deuxième partie du concert consacre encore de jeunes talents belges à qui le projet de la province du Hainaut  (« les  premières scènes d’été ») permet de se produire devant un très large  public. C’est ensuite au tour de très belles voix juvéniles mais très matures  de démontrer leur talent face à un  public, à l’écoute sur les chaises de concert et  celui, plus bavard, qui a étendu son plaid jusqu’au bord du bassin. Ambiance d’été: les senteurs de gazon coupé se mutent en odeurs de blés fraîchement rentrés.

   On découvre ainsi  les  Chants d'Amour par Julie Mossay, soprano, Marc Laho, ténor et Sébastien Parotte, baryton dans des œuvres de Lehar, Offenbach, Lopez, Strauss, Simons et Messager. Des voix fluides, pétillantes  et câlines.   Rossignol de mes amours… repris en chœur par un  public 2013 : étonnant!12272943669?profile=original

 

Ce qui plait  tant dans cette manifestation annuelle bienheureuse et décontractée, c’est la proximité avec les artistes, que l’on découvrira sous un berceau de feuillages, à la croisée de sentiers fraîchement taillés qui conduisent à une pièce d’eau. Et là, vous découvrez la musique moelleuse et caressante du pianiste Abdel Rhaman El Bacha qui interprète Schubert - encore - décidément, et Chopin. Il émane de son jeu une tendre douceur de vivre, une sorte de parfum musical entêtant. Le rythme, ce sont les battements de cœur que l’on peur imaginer à l’unisson dans cet endroit magique où coule, silencieuse et enchanteresse, la sève des arbres et de l’amour. Abdel Rhaman El Bacha se passe d’effets spectaculaires. Tout est dans la légèreté et l’impression d’improvisation. Un couple de canards survole la croisée des énergies à la recherche des derniers rayons du jour. La vitalité musicale est intense chez le pianiste et  celui qui l’écoute est bercé dans le velours. Nous n’avons malheureusement pas pu écouter l’autre pianiste, François Dumont dans ce lieu superbe qu’est le Bassin des dames. Ni non plus écouter en live Steve Houben 4tet ou  Robby Lakatos et ses compagnons … dont on garde le souvenir sur le CD d’accompagnement du programme.

 

Mais le plaisir intense nous attend  assurément  au concert de 20 heures  où sont conviés tous les spectateurs et où l’Orchestre national de Lille va jouer pour fêter les 25 ans d’existence des musicales de Beloeil. Jean-Claude Casadesus tient brillamment les rênes de  cet orchestre imposant pour interpréter, face au château des Princes de Ligne, un programme prestigieux. D’abord  une ouverture de Weber, ensuite  Tchaikowski -  le Concerto pour violon -  avec notre toute jeune soliste d’origine coréenne (Esther Yoo, 17 ans), 4e lauréate du concours Reine Elisabeth 2012. Elle livre de façon ingénue une musique qui caracole avec humour et générosité. Son jeu est impérial, maîtrisé, ondulé, frémissant, sans cesse renouvelé. La musique pétille entre ciel et terre, libre. Devient geyser ou Stromboli, au comble de la joie ou de l’amour.  eP4U57qkvj7W5E_9hsKdITl72eJkfbmt4t8yenImKBVaiQDB_Rd1H6kmuBWtceBJ?width=455

Pour conclure : Le Sacre du printemps  de Stravinski. Un sacre comme jamais on n’a pu l’entendre. Modulé, expressif, passionnant, au découpage millimétré. Hululements, trilles, murmures, voiles, danses orgiaques ou lascives, feu d’artifice sur le néant, grand silence blanc, force tellurique, marche pharaonique et ricanements, tout le mystère de l’œuvre est dévoilé en éclosions successives et jamais on n’a vu des percussions se lâcher ainsi  au cœur de la nuit. Une femme était aux maillets.   Les mains se joignent pour applaudir, mais rien en comparaison de la puissance de l’œuvre qui nous a été offerte par l’artiste hors pairs qu’est Jean-Claude Casadesus. On commence à être engourdis par la fraîcheur nocturne de septembre, et on reste, une bière bienfaisante à la main,  car voici le feu d’artifice qui dessine des cœurs et des bouquets étoilés dans le ciel wallon. Une très belle tradition.

 

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KLARAFESTIVAL à FLAGEY  et autres lieux– DU 1/9 AU 13/9

 « Go Crystal Tears » (une allusion non dissimulée à l’exquise composition mélancolique de John Dowland, compositeur du 17e siècle) désigne le dernier volet du KlaraFestival 2013 pour couronner son triptyque consacré à la condition humaine. Après l’Utopie (2011) et la Spiritualité (2012), c’est la Mélancolie (2013) qui constitue cette année le fil conducteur de l’ensemble des spectacles internationaux et multidisciplinaires proposés : concerts,  théâtre musical,  danse ou  cinéma. Comme le dit Saint-Ex dans Citadelle, à propos de la mélancolie : « Que regretterais-je ? J’ai le souvenir d’un bras valide et d’une jambe valide.  Mais toute la vie est naissance.  Et l’on s’adopte tel que l’on est.  As-tu jamais regretté ton âge mûr, tes quinze ans ou ta première enfance ? Ce sont là regrets de mauvais poète. Il n’est point-là, regret, mais douceur de la mélancolie, laquelle n’est point souffrance, mais parfum dans le vase d’une liqueur évaporée. »  La mélancolie peut donc être considérée comme une sorte de supplément d’âme.

L’un des axes principaux du festival est la résidence du prestigieux Mahler Chamber Orchestra sous la direction de Teodor Currentzis, consacrée à la musique de Dmitri Chostakovitch et Benjamin Britten. Ces deux compositeurs étaient non seulement collègues, mais nourrissaient une sincère admiration l’un pour l’autre. La visite du compositeur russe à Londres en 1960 pour assister à la première britannique de son Premier Concerto pour violoncelle donnée par Rostropovitch allait marquer le début d’une belle amitié entre les deux hommes.

12272938467?profile=original Hier soir au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles s’ouvrait le premier concert de la trilogie Chostakovitch –Britten interprétée par le  Mahler Chamber Orchestra. Tout d’abord avec la Sérénade pour ténor, cor et cordes,  de Benjamin Britten, une composition qui met en musique 7 poèmes sélectionnés par le compositeur dans quatre siècles  d’histoire de la littérature anglaise. Autant de variations sur le thème de la nature, du soir qui descend, de la fragilité du bonheur humain et de la loi du temps.  L’hymne à Artémis, déesse de la Lune, de Ben Jonson redonne quelque espoir  et le dernier poème de John Keats, chante le sommeil comme réconfort.

Teodor Currentzis dit rechercher la beauté de la pierre brute. Il semble en tous cas la transformer en or ou en essences divines. Sa connivence avec l’étonnant ténor Ian 12272938661?profile=originalBostridge  en témoigne. Tous deux fabriquent ici dans une alchimie commune un voyage dans les émotions graves. C’est lugubre à souhait: « if meat or drink thou never gave’st nane, every night and alle, the fire will burn thee to the bare bane…»  un texte édifiant du 15e siècle promettant l’enfer à ceux qui manquent de compassion. L’humeur est sombre. « Answer, echoe , answer, dying, dying ,dying…. »  d'Alfred Tennyson, connu pour ses  messages subtils sur les horreurs de la guerre, résonne longuement dans la bouche du ténor comme un dernier filet de vie…  La vue du  chef d’orchestre est hélas cachée par l’immense  couvercle du piano  et on ne  peut  saisir leur véritable et étroite connivence, qu’à la fin de l’envoi. Jose Vicente Castello Vicedo, le corniste  nous a  livré une introduction poignante avec un mystérieux cor aux harmoniques naturelles. Une mise en condition saisissante  de la  grande désolation  diffusée par  cette œuvre écrite par  Britten en pleine deuxième guerre mondiale. ( En hommage d’ailleurs au jeu de Dennis Brain, corniste soliste de l’orchestre de la RAF). A peine perceptible, l’épilogue vibre en  un long  solo  douloureux   joué par l’instrumentiste  dans le lointain… et les musiciens écoutent, les yeux fermés.

La suite du concert fait place à l’exubérance. Il arrivait à  Chostakovitch de composer des oeuvres d’une grande fraîcheur, très peu conformes au caractère monumental et torturé de tant de ses compositions. Ainsi, Teodor Currentzis nous a présenté le Deuxième Concerto pour piano, écrit en 1967 pour les dix-neuf ans de son fils Maxime. « L’œuvre, gaie et enjouée dans ses mouvements extérieurs, n’aurait pas laissé de grandes traces dans l’histoire de la musique n’était l’exquis et touchant Andante central. » Après une mêlée faite d’attaques crépitantes, de roucoulements ouatés, de sonorités sèches et rugueuses, voici les violons grisés de mélancolie et la voix abyssale des violoncelles. Alexander Melnikov, le 12272938867?profile=originalpianiste  fait naître la mélodie en une lente éclosion. Pianiste et chef d’orchestre font danser leurs mains de concert. Les sonorités romantiques sont belles comme le sommeil d’un enfant. Des arpèges fondus et enchaînés évoquent des oiseaux fuyant le froid… Puis c’est le retour de la vivacité ludique, le plaisir de la répétition du thème, façon variations de boléro. Les altos se prennent au jeu, cela évolue en salves puissantes et foisonnantes. Les deux artistes  passionnés s’embrassent chaleureusement, un sourire aux lèvres, c’est gagné !  Entendez les  hurlements de bonheur dans une salle surchauffée !

Pour finir, la Symphonie n° 9 en mi bémol majeur opus 70. Elle fait partie de la trilogie des symphonies de guerre. Une œuvre étonnamment légère et ironique, qui fut même frappée d’interdiction par la censure soviétique entre 1948 et 1955. On a rangé le piano et  on verra enfin le chef d’orchestre. C’est bien ce que l’on pensait: voici un danseur échappé du ballet du 20e siècle. Il est fascinant dans la conduite de sa musique d’une expressivité fulgurante. La gestuelle saute de l’humour à l’irritation feinte, à l’impatience, aux trépignements, à l’apaisement. Il bat le sol des deux pieds et termine comme un joueur de golf. Voilà le premier mouvement envolé. Le deuxième mouvement est un délice pour les bois et les cuivres. Quelle souplesse de jeu, le chef d’orchestre égrène les notes  du bout de ses doigts effilés. Des poignets aux épaules, il répand dans l’orchestre de profonds souffles mugissants. Les violons se joignent mollement aux crescendos. Le chef d’orchestre extrait des renouveaux d' enthousiasme à l'orchestre qui simule l’engourdissement. Cuivres et basson ses répondent majestueusement dans le mouvement suivant, le spleen est à nouveau très  présent tandis que l’histoire se modifie déjà, retrouvant gaieté, esprit farceur, liberté ? Le corps de Teodor Currentzis joue mille instruments à la fois et prend des airs d’hidalgo. Le don Quichotte de la musique décoiffe tous les moulins à vent en quelques coups de rapière. Voici les chuchotements d’une attaque nocturne sans lune et la finale pétrie par l’esprit de victoire n’a duré que quelques mesures! Consécration: les musiciens s’embrassent tous ! Nostalgie étincelante de beauté.

 

Retrouvez tout le programme du Klara festival  sur www.flagey.be

T : +32 (0)2 641 10 20  ou http://www.klarafestival.be/fr

 

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administrateur théâtres

 

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« La Loi, Mr. Strickland, n’est pas un terrain de jeu métaphysique. Mais l’arène d’un combat. »   Henry Brown ne croyait pas si bien dire !

 L’intrigue n’est un prétexte bien que l’affaire soit grave: au départ, l’homme blanc riche et influent, Charles Strickland  est accusé de viol sur une femme noire et pauvre. Accusation mensongère ? Une histoire qui n’est pas sans rappeler l’affaire du Sofitel de 2011, mais aucun rapport car  la pièce a été écrite presque 2 ans auparavant.  L’accusé (le très touchant Jean-Michel Vock) s’adresse à dessein à  un bureau d’avocats à mixité raciale pour se défendre.

 Jack Lawson (Alain Leempoel) et son associé Henry Brown (Emile Abossolo M’Bo) qui semblent roués dans leur métier discutent longuement l’opportunité d’accepter cette affaire délicate. Ils se méfient avec raison : il sera malaisé de dissocier le crime sexuel du crime raciste dans une Amérique traumatisée par son histoire esclavagiste. On risque une émeute raciale au procès.  Comment affronter un jury populaire multi-ethnique et multi-socioculturel bourré d’affects et ne pas être victime de  nouveaux préjugés? Suzan, la jeune  avocate-stagiaire  voit clair dans l’époque : « Les Blancs penseront que l’innocenter serait faire preuve de racisme. Et pour les Noirs, un tel jugement serait une trahison.»

La pièce commence par une déstabilisation systématique du client potentiel afin de dégager la meilleure attaque pour obtenir avec certitude la victoire juridique. Voici déjà une première volée de propos sulfureux offrant matière à réflexion quant aux méthodes utilisées par les avocats : « Aucune des parties ne veut la vérité. Chacune veut imposer son point de vue. Est-ce que la société « mérite » que la vérité soit prouvée ? Certainement. Est-ce qu’on y parvient ? Jamais. Pourquoi ? Parce que même les parties en litige ne connaissent pas la vérité. » Tout tiendra à quelques paillettes...

12272939656?profile=originalLa parole est un instrument de manipulation, pas de vérité. La pièce va-t-elle  aussi débattre sur le droit de chacun à la défense ? Certainement, mais c’est plus compliqué que cela. Très pernicieusement,  la fable urbaine satirique tourne à la tragi-comédie noire.   ...Si on ose le mot !  Voilà Jack Lawson  en butte à la vindicte de son assistante (un rôle taillé sur mesures pour Babetida Sadjo), qui  va profiter de la situation  pour inverser les rôles. Elle est bardée de diplômes, noire, jolie, intelligente et menteuse. Sous des dehors dociles au début, elle développe la secrète intention de  phagocyter ses deux patrons, de leur faire mordre la poussière et leur infliger une vengeance  à la fois personnelle et atavique. A l’un par pure haine raciale inversée – il est blanc – et à l’autre par haine sexuelle profonde - il est noir et traite les femmes comme elle affirme que les hommes noirs traitent leurs femmes.

Nous voici soudain, dans  un  tout autre tableau secoué par une onde sismique de haine, qui comme dans un thriller psychologique décompose toutes les certitudes du « politically correct ».  Le bureau d’avocats, en voulant jouer la carte de la  discrimination positive a fait entrer un loup dans le cabinet. Et pourtant l’avocat noir avait vu juste, il ne voulait pas engager la trop brillante stagiaire noire.  La stratégie mise en place par les associés pour gagner la cause de l’accusé se délite mystérieusement. De  désillusions en désillusions, la victoire apparaît de plus en plus insaisissable. Une seule chose est sûre: la  justice est bien  différente, selon qu'on soit noir ou blanc, quelle que soit l’époque. «C'était injuste jadis déjà, et cela reste injuste aujourd'hui» plaide Jack Lawson ironiquement…. 

12272939459?profile=originalSi au début c’est l’accusé plein de superbe qui est sommé  pour la cause de livrer tous  ses sales petits secrets, c’est finalement  Jack qui fait les frais d’une dissection méthodique. Jack ou la superbe société enfermée pour un soir, dans un huis-clos noir et blanc.  Une pièce sulfureuse, mouvementée malgré certaines répliques truffées de rhétorique,  très habilement mise en scène par le jeune Patrice Mincke, qui prépare aussi  la pièce « Orphelins » pour le théâtre de Poche pour cette saison. Il a œuvré un peu à la manière d’une dissection, levant les différents organes de la pièce avec beaucoup de maîtrise alors que l’intrigue peut sembler un peu confuse au premier abord : where is the plot ?  Ou si vous préférez, il a travaillé à la manière d’un ingénieur civil qui bâtirait patiemment une cathédrale diabolique dont on n’aperçoit le profil qu’à la fin. Le théâtre est une représentation.  C’est tout le propos de  David Mamet, le dramaturge qui de son écriture hachée, insolente, pousse les protagonistes dans leurs derniers retranchements. Il fallait une scénographie de salle d’op, un bureau d’avocats newyorkais stylisé,  lisse et froid comme cadre pour l’âpreté des échanges du quatuor de comédiens tous très brillants. A la première, bouleversée par l’énergie qu’elle a mise dans son rôle, Babetida Sadjo a du mal à retenir ses larmes lors du salut final.

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de DAVID MAMET. Adaptation : Pierre Laville Mise en scène: Patrice Mincke. Avec: Alain Leempoel, Babetida Sadjo, Emile Abossolo M'Bo, Jean-Michel Vovk.

DU 03/09/13 AU 19/10/13

 Au Théâtre Le Public

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=339&type=2

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12272934853?profile=originalEté  2013, les 30 et 31 août à Villers-la-Ville, la 14e Nuit des Chœurs

 «La Nuit des Chœurs renoue avec ses quartiers d’origine, avec l’atmosphère si particulière de la Nuit des Chœurs dans l’abbaye de Villers-la-Ville, où la magie et l’émotion s’unissent et se partagent.»

AVE I Muvrini ! Revoilà en Belgique, les merveilleuses polyphonies corses  au cœur de l’Abbaye de Villers-la Ville à l’occasion de la célèbre Nuit des Chœurs très applaudie au château de Bois-Seigneur-Isaac les années précédentes.

D’emblée le groupe I Muvrini se sent accueilli par les centaines de spectateurs massés dans la nef principale et rend d’abord hommage à ce lieu fait pour la musique sacrée. Tous frères humains, « Christiano » dit-on en Corse. « Dans toutes les traditions religieuses du monde, je me sens chez moi, annonce le chef du groupe dans ce lieu séculaire de rassemblement et de communion, pétri de nature et de précieux travail humain. « Agnus Dei, dona eis requieMMM… ». Les ondes sonores percutent les pierres pieuses et le cœur de chacun.  Seulement, comme pour tous les autres concerts proposés, le charme est  bien trop vite rompu, la séance parait ultra-courte. De la musique en verrines, c’est au goût du jour.  Le temps de se connecter, de savourer et le plat magique vous est  déjà enlevé comme dans les vrais enchantements. Mais les vibratos profonds du « Kyrie » et du « Christe Eleison », font frissonner longtemps après.

Tout le monde circule joyeusement, la chaise et le pique-nique à la main. Sur la scène Trois on découvre « The Priests ». Face au soleil couchant, on frémit avec le «Laudamus Te», l’Ave Maria de Schubert, « Ora pro nobis peccatoribus… » Ces trois très belles statures irlandaises en habit de clergyman, chantent « All the lonely people, where do they all come from» (Eleanor Rigby). Chacun à son tour en Father McKenzie… Les voix somptueuses ont des résonnances profondes. « Benedictus qui venit in nomine patris » enchaîné à  « Funiculi, Funicula » in English, puis en italien et en lunettes de soleil. Ils ne manquent pas d’humour, ces vrais ou faux prêtres. Ils ont du peps et de l’à-propos : « You never walk alone…. » Des effets magistraux avec seulement trois chanteurs, il doit y avoir de la magie là-dessous ! ou un  cadeau du ciel.

Pour les 200 ans de Verdi, voici le splendide Chœur de la ville de Rome. Un chœur mixte d’une trentaine de choristes, on adore ! Leur délicatesse, leur sens émouvant de la légèreté et de la douceur. L’audience observe un silence religieux. « Va Pensiero », le choeur des esclaves fait briller les consciences. Pas le temps de s’appesantir, voici des voix de paille et de soie qui interprètent peut-être des airs bulgares  ou balkanisants. Une fraîcheur extraordinaire dans le soir qui descend. Un air en allemand et Benjamin Britten qui se termine en gouttes de pluie vocale.  

Les Belges de « Voice Male » présentent avec humour et talent de la musique actuelle et pop a cappella. «  Here comes the sun ». C’est prodigieux, il est pourtant déjà couché derrière les ruines, mais on sent encore ses rayons bienfaisants sur les pierres et les voix chaudes. Surgit alors le souvenir de Michaël Jackson scandé avec bonheur par l’assistance. C’est un feu d’artifice d’alléluias en technique rap.

 Ajoutons la plus belle chorale d’enfants d’Europe, le chœur de Munichet l’ensemble 12272935075?profile=originaldisco and funk  Martin and Wright formerly of Chic qui détonne un peu dans cette très belle programmation. En fin de soirée, tous les artistes se retrouveront sur la scène principale pour clore la soirée sous des étoiles, les vraies et les  pyrotechniques.

http://www.nuitdeschoeurs.be/

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12272926064?profile=originalVous y étiez?

 

Etre l’un des dix mille spectateurs de la douzième  Nuit Musicale du château de Seneffe et quelques jours après, être encore sous le charme d’une mise en espace musical prestigieuse et … gourmande. En effet le programme célébrait les joies de la gastronomie et des plaisirs de la table.  Au hasard de la fourchette, mêlée au diapason bien sûr, si on vous dit « Musique et Pain d’épice… »  que me répondriez-vous ? Hansel et Gretel de E. Humperdinck, bien sûr ! L’ensemble Quartz, réunissant des diplômés des conservatoires belges et étrangers, en donnait à tous vents une exquise adaptation en français pour septuor à vents et trois chanteurs au bord du Grand Bassin, côté jardin.

12272926471?profile=originalVous préférez du salé ? Courez au Jardin du théâtre et pendez-vous aux lèvres salaces de Francis Perrin (comédien-bouffon) et son complice de toujours, le  pianiste-ménestrel Patrice Peyriéras. Le parterre est comble. On croit voir une crinoline, on aperçoit un Monsieur en habits. Après avoir tâté au repas gargantuesque du Roi Soleil sur musique de Lully,  on prend le thé avec Offenbach, on part avec lui à Philadelphie, on se marre avec une soupe aux choux sûrement grivoise. God save the king ? on finit par en connaître la fine origine…! Historiettes savoureuses, et recette des tartelettes amandines… C’est la  fête des papilles et des ouïes. Tu l’as dit, bouffi !

 12272926270?profile=originalNous avons cherché en vain l’apéritif espagnol qui nous aurait transportés dans le pays de la danse, des tapas et des olives. Tant pis pour le duo violon piano  Manuel de Falla ses chansons et la Danza de la vida breva. La vie est trop brève en effet pour s’en inquiéter et nous avons viré vers l’île aux plaisirs orientaux où nous attendaient  les sept musiciens du  groupe «Les mésopotamiens ». Leur  caravane des arômes portait de magnifiques sonorités sous le ciel étoilé dans la partie du parc laissée libre aux herbes folles. La  direction du groupe est assurée par Wessam 12272927467?profile=originalAyoub Al-Azzawy, l’un des plus grands connaisseurs du maqam irakien et le plus grand joueur de santur d’Irak.  Saveurs du monde, donc, nos préférées, bordées par les flammes dansantes de milliers de petits flambeaux au sol qui guident vos pas pendant cette nuit de senteurs. Santur? Un instrument à cordes frappées, voisin du cymbalum aux sonorités brillantes, qui donne l’impression d’un chœur de cordes vibrantes et produit des harmonies capiteuses. L’assemblée est fascinée… des instruments tapés, soufflés, frottés  d’ail et de piment royal de l’antique Bagdad.  Une richesse sonore de musique traditionnelle irakienne qui remue tous les sens et chatouille la curiosité et l’imaginaire.

 On revient sur ses pas, vers le château  et l’on perçoit au fil de la promenade de larges effluves des Carmina Burana chantés par le Chœur de Clerlande qui livre tout au long de la soirée  une  prestation à la hauteur de leur réputation. Leur inspiration  dans leur choix musicaux démontre  leur attachement à la diffusion de la musique classique. Leur devise est peut-être celle de la semeuse du petit Larousse : « je sème à tous vents ! » symbole de semence, de germe, de fructification par l'instruction! Vive la réunion et le partage ! L’oreille accroche ci et là quelques bonbons viennois, des  airs de valses  et extraits d’opérettes : la brasserie est en fête !

12272927492?profile=originalTrop tard hélas, pour la revue de Cuisine H. 161 de Bohuslav Martinu avec l’excellent ensemble Khéops, dont Marie Hallynck au violoncelle et Muhiddin Dürrüoglu au piano. Ce sont des instrumentistes bien connus du Festival de musique de chambre de l’Orangerie de Seneffe qui se tient chaque année entre le 14 et le 21 juillet. Par contre, le trio à clavier « à l’Archiduc » N° 7 opus 97 de Beethoven allait nous ravir dans sa simplicité, son enthousiasme musical et la beauté des variations. Au piano on découvre Aveline Gram, au violoncelle  c'est Sarah Dupriez et au violon Gayané Grigoryan ,12272927701?profile=original trois jeunes sylphides pétulantes dans leurs robes de satin, belles comme de grands rivages… de la dune jusqu’au bord de l’eau, à marée basse! Beauté musicale complice, jolis contours mélodiques et harmoniques,  le piano tressaute sous l’abondance de pizzicati des cordes radieuses. La vie est une truite bondissante dynamique et enjouée, des sonorités princières fusent du Grand bassin, car le Quintette 114 D667 de Schubert a enchaîné avec en plus Pierrre Boigelot à la contrebasse et Vincent Hepp comme altiste. Ils se sont regroupés spécialement pour la Nuit musicale sous le nom de Brussels Chamber Artists. Encore du beau monde rencontré  au festival de L’Orangerie. Le scherzo est pétaradant, on croirait entendre une phrase humoristique du Roi Dagobert, qui aurait perdu son sabre de fer. « C’est vrai lui dit le roi : Qu’on me donne un sabre de bois! » On les quitte à regrets.  Ils nous ont offert des effets acoustiques virevoltants,  leur jeunesse et leur passion véritable pour la musique, ils ont mêlé l’onde sonore et l’onde fluviale de la vie joyeuse, étincelante de vitalité. Une rasade de bonheur qui nous change des discours blasés et de l’angoisse qui imprègne l’avenir du monde.

Auriez-vous par hasard eu  cette belle page de « La maison de Claudine »  de Colette en dictée dans votre jeunesse? La revoici : « On vous conté que l’araignée de Pellisson fut mélomane ? Ce n’est pas moi qui m’en ébahirai. Mais je verserai ma mince contribution au trésor des connaissances humaines, en mentionnant l’araignée que ma mère avait – comme disait papa – dans son plafond, cette même année qui fêta mon seizième printemps. Une belle araignée des jardins, ma foi, le ventre en gousse d’ail, barré d’une croix historiée. Elle dormait ou chassait, le jour, sur sa toile au plafond de la chambre à coucher. La nuit, vers trois heures, au moment où l’insomnie quotidienne rallumait la lampe, rouvrait le livre de chevet de ma mère, la grosse araignée s’éveillait aussi, prenait ses mesures d’arpenteur et quittait le plafond au bout d’un fil, droit au-dessus de la veilleuse à huile où tiédissait, toute la nuit, un bol de chocolat. Elle descendait, lente, balancée mollement comme une grosse perle, empoignait de ses huit pattes le bord de la tasse, se penchait tête première, et buvait jusqu’à satiété. Puis, elle remontait, lourde de chocolat crémeux, avec les haltes, les méditations qu’impose un ventre trop chargé, et reprenait sa place au centre de son gréement de soie. »12272928492?profile=original  Jacques Mercier et Daniel Blumenthal nous ont donné rendez-vous à la volière pour quelques ...frugalités et nous dire tout le bien du chocolat, la nourriture des dieux, selon le naturaliste suédois Carl von Linné, tentation diabolique, d’après Madame de Sévigné. Le chocolat est souvent associé à la volupté. Casanova ou Madame du Barry, la favorite de Louis XV lui prêtaient volontiers des vertus aphrodisiaques. Et notre farceur n’hésite pas à proclamer que l’amour est un substitut du chocolat et non le contraire. Cum grano salis… Gioachino Rossini, compositeur et gastronome, a intitulé le volume IV de ses Péchés de vieillesse, œuvres pour piano, Quatre mendiants et quatre hors d'œuvres. Il a titré les quatre premières parties les figues sèches, en ré majeur, les amandes, en sol majeur, les raisins, en do majeur et les noisettes, en si mineur et majeur. Les quatre mendiants font partie de la composition des treize desserts en Provence. En rappel des robes de bure des quatre principaux ordres mendiants, ces fruits secs représentent les différents ordres religieux ayant fait vœux de pauvreté, noix ou noisettes pour les Augustins, figues sèches pour les Franciscains, amandes pour les Carmes et raisins secs pour les Dominicains.  Et si la musique était du chocolat ?

La soirée se termine sans que l’on ait pu goûter à tous les plats dont le programme regorge.  La nuit musicale va se clore sous  une pièce montée de pyrotechnique qui embrase le ciel.  Le feu d’artifice minutieusement dessiné par Stéphane Dirickx est fait de haute voltige lumineuse, de gerbes inédites et de parapluies d’étoiles qui se dissipent en farine lumineuse. On a sans doute oublié la musique pour ne contempler que les salves de lumière fracassante sur le grand plan d’eau.  Un huitième art qui conclut ce rendez-vous d’été gastronomique et musical… car nombreux sont ceux qui se sont inscrits au panier gourmand, savoureux péché mignon,  qui pouvait accompagner la promenade vespérale au cœur du domaine du château.

12272748692?profile=originalhttp://www.chateaudeseneffe.be/FR/evenement.php?id=36

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12272921300?profile=originalPetit concert croquignolet  comme dirait le Routard, organisé l’autre soir au Musée du Transport Urbain Bruxellois… Nous l’avions annoncé dans le groupe Musique d’Arts et Lettres. Les jeunes et talentueux interprètes  (Thomas Maillet et  Gayané Grigoryan), nous les avions rencontrés au Festival de musique de Chambre de l’Orangerie de Seneffe la semaine précédente.

Une heure de très  belle musique joyeuse précédée par une fort intéressante visite muséale par Jean-Louis Mottet, aimable bénévole du musée. Ils sont tous prêts à recommencer vers septembre octobre, car la formule et le programme sont bien au point. 12272921488?profile=original  

Les deux musiciens ont le sens du merveilleux et de la douceur. Paganini souvent évoqué comme étant le plus grand violoniste jamais connu,  avait un grand amour pour la guitare. Sa grande symphonie concertante fut jouée par le compositeur en joute musicale, activité très courante à l’époque, en 1816.  Thomas Maillet à la guitare et Gayané Grigoryan au violon se partagent le duo romantique très réussi. Les accords sont nets, le rythme entraînant, le dialogue enjoué. Aux sonorités  très profondes de la guitare, correspond la pureté du violon de Gayané Grigoryan. Les derniers accords pleins de moelleux de la guitare traversent le rythme bourdonnant du violon cependant que, silencieuse, glisse la vie de l’autre côté des petits carreaux des baies de l’entrepôt. Vient ensuite  un émouvant Adagio et une ronde de conciliabules. Le violon guilleret est repris une octave plus bas par les pétales de la guitare et cela se termine par un joyeux effeuillement de la musique applaudi avec chaleur par un public peu nombreux mais enchanté.12272922091?profile=original

Les œuvres choisies dans le répertoire de Manuel de Falla ont été transcrites pour la guitare par Thomas Maillet. L’une est issue de  son opéra « la vie brève » et l’autre de « l’amour sorcier » , une gitanerie. Une joute musicale pour évoquer le folklore espagnol mais dont on ne sait si c’est Thomas ou Gayané qui sort vainqueur.

Des deux côtés un jeu incisif, dense et subtil où les instrumentistes se livrent à un concours d’aiguës entre virtuosité et insouciance.

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Ils termineront par les œuvres de Piazzola, bourrées de variations, de tendresse langoureuse, de jeux de camaïeux et de dégradés sonores. Le morceau intitulé « Café 1930 » devient une danse lascive où les deux instruments sont liés intimement dans une étreinte vivante. Le bis est un air populaire du Brésil, chantant et joyeux.

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Concerts au 15ème festival de musique de chambre de Musica Mundi 2013

Hagit et Leonid Kerbel, fondateurs de Musica Mundi, respirent le bonheur ! Ce 15 juillet dernier, ils ouvraient le traditionnel festival Musica Mundi  pour la quinzième fois, dans la salle Argentine du Château du lac, à Genval. Musica Mundi a reçu le haut patronage de la princesse Mathilde, maintenant Reine des Belges.  Parmi le public bourdonnant d’excitation, il y a, à droite de la scène, les partenaires et  les généreux mécènes du stage, l’ensemble des  nombreux sponsors, tous, «amis de la famille de Musica Mundi », à gauche toute la classe 2013 de plus de 60 élèves qui s’installent par ordre de taille, et aussi les parents de jeunes élèves de toutes nationalités, et de nombreux amis fidèles de la musique et des jeunes talents. Un public branché, chaleureux et enthousiaste, qui croit fermement au fier concept européen « United in diversity »… In varietate concordia, souligne Hagit, l’impeccable organisatrice de ce festival. Mais bien sûr, c’est  le stage de musique de chambre - réservé aux musiciens en herbe,  entre 10 et 18 ans –  qui est le cœur de cet événement estival belge et international. Il est associé à une série de concerts tantôt prestigieux, tantôt teintés d’humour, de musiques passionnées aux accents tziganes  et à la virtuosité enflammée, mais toujours de grande sensibilité.  Des artistes de réputation internationale comme l’ardent Vladimir Perlin, l’Orchestre symphonique de Biélorussie, le Trio Maisky, le Quatuor Danel, ou l’exceptionnel pianiste tranquille Rudolf Buchbinder, ont été cette année les grandes rencontres qui nous ont embrasé le cœur et charmé l’oreille lors de fougueux récitals. A la fin de chaque concert, beaucoup participent à la réception où l’on se parle, se photographie et se fabrique des souvenirs inoubliables. Un lieu où se tisse le lien inaltérable du bonheur musical. Où l’on côtoie le comte Jean-Pierre de Launoit, le violoniste israélien Ivry Gitlis…. et  Stéphanie, la fille de Martha Argerich et son petit-fils. On chuchote que Maxime Vengerov sera l’ambassadeur d’un projet  de qualité : la  création d’une école primaire et secondaire pour jeunes musiciens... le rêve !

 

12272748692?profile=originalChaque année,  les concerts se donnent aussi au Concert Noble à Bruxelles. C’est là que nous avons entendu le Quatuor Danel qui faisait partie de l’équipe en résidence cette année. A l’entracte, il y a toujours des récitals de jeunes prodiges musicaux qui arrêtent vos pas vers les rafraîchissements du bar. Des minutes  de pure émotion, ces grappes de notes savoureuses, ces bouillonnements  de sève musicale juvénile quand on voit la candeur et la talentueuse interprétation des jeunes instrumentistes en route vers un avenir prometteur. Revenons quelques instants au quatuor Danel.  Basés à Bruxelles, français d’origine sauf, Vlad Bogdanas,  l’altiste né à Bucarest,  conquérants certainement,  ces quatre jeunes instrumentistes surréalistes parcourent l’Europe et le monde dans tous les sens et sont particulièrement friands des nuits blanches de la Finlande. Et ils enseignent.  Ce ne sont pas des musiciens de salon, ils ont du caractère et une forme d’enfer. Passionnés ou espiègles, Ils font preuve d’une force expressive stupéfiante, d’un humour au vitriol, d’une fonte habile et soudée des instruments,  raffolent des touches fauves, des sonorités rutilantes,  des silences à mystères,  des coups de couteau et des plages de flegme apparent. Ils créent une musique pleine de substance  mais le  travail semble se faire dans l’apesanteur !

Dans « the Joke » de Haydn, Marc Danel se détache presque de son tabouret, levant presque en même temps les pieds au ciel. L’expressivité est intense et torturée tandis que le deuxième violoniste, Gilles Millet joue dans la zenitude. Contraste farceur s’il en est ! Quant au violoncelliste, Guy Danel, il est  totalement pince sans rire, …not a Joke ! C’est fini ? Non on reprend par blague,  la première phrase de l’œuvre qui risque de ne pas s’éteindre, comme une bougie magique. Leur quatuor N° 30 de Tchaïkovski et son funèbre Andante sera démonstratif. Le buste entier de Marc Danel se retrouve face au public dans un accès de vaste douleur. Les mouvements paroxystiques démesurés s’opposent aux jeux de sourdine absolue. Fermez les yeux, vous entendez quelque chose ? Et la réponse est affirmative, un filet de vie, un filet d’âme répond dans un dernier souffle au miroir ! La fin se caractérise par  un jeu pétaradant de bacchanale violonistique, les quatre monstres sacrés se sont égayés entre les colonnades de l’auguste tapisserie à l’arrière-plan, parmi les divinités gréco-romaines. Les augustes feuillages en tremblent. Pomone et Flore ont couru se cacher!

Le bis est un des favoris du Quatuor Danel qui a publié l’intégrale des 17 quatuors de  Mieczyslaw Weinberg, compositeur russe d'origine juive polonaise, contemporain de Chostakovitch, mis à l’index sous Staline, et dont le  nom a presque disparu des concerts et des enregistrements.  C’est le troisième mouvement du 5e quatuor du compositeur  qui a donné une ambiance du feu de Dieu au Concert Noble car la classe entière des jeunes prodigues de Hagit et Léonid s’est soulevée  pour relancer une ovation générale.    

 

Ce soir, la soirée de Gala clôturait le festival! Une immense bouffée de bonheur comme celle qui vous vient lors des feux d’artifices.   Grandiose et émouvante, tant la fraîcheur et la sensibilité des jeunes artistes mêlées aux grands virtuoses d’envergure internationale sont touchantes. Le point culminant de cette odyssée musicale, s’il faut en choisir un dans cette longue soirée commencée à 19 heures, est certes l’interprétation palpitante d’une  œuvre de R. Vaughan Williamstous les musiciens du stage, du plus petit - ils sont 12 cette année, à avoir moins de douze ans - au plus grand (devinez qui…) ont uni leur musicalité sous la direction de Leonid Kerbel, le véritable animus de la soirée.

 

Ambiance : un océan de cordes, le souffle d’un Poséidon possédé par la musique et l’amour de ses élèves conduit les flots, vole la vedette à Eole et calme les vents. Tout tremble et vibre comme un gigantesque orgue marin. Mugissements salés, l’esprit du large envahit les musiciens et une audience muette d’attention. Beaucoup de musiciens jouent et écoutent les yeux fermés. Naissance marine : la premier violon inondée de grâce est souple comme des voiles de soie. Réponse empathique et lyrique de la deuxième violon et duo plein de profondeur  recueilli par un violoncelle attentif. Les harmoniques merveilleuses sont lâchées,  la baguette de Leonid Kerbel écoute et esquisse des gestes tendres d’une douceur infinie. On prie pour que la grâce musicale ne quitte jamais ces êtres dévoués au langage universel. Le flot musical enfle, remplit la salle Argentine de confiance et d’amour. Quel modèle de respect et d’écoute mutuelle créatrice d’harmonie absolue. On rêve… « Quand le pouvoir de l’amour sera plus fort que l’amour du pouvoir, le monde… » . Suivent  deux,  trois, quatre accords vibrants qui lancent de longs frissons, viennent de sombres et profonds pizzicati et voici les violons qui chevauchent une mélodie remplie d’espoir. On flotte en apesanteur. Le cœur bat plus vite et voici enfin le retour de la vague de fond qui porte sur sa crête les violons vainqueurs ! Rien n’est plus fort que l’amour.

Au Château du Lac (Genval), à l’Hôtel Le Lido et au Château de La Hulpe. Du 15 au 28 juillet. Infos : 02.652.01.01 ou 0495.200.595 ou www.musicamundi.org

 

 Ayez la patience de regarder le diaporama jusqu'au bout! il y a une surprise!

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Les intermezzi musicaux des Midi-Minimes… Eté 2013

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Les intermezzi musicaux des Midi-Minimes… Eté 2013

L’une des plus belles œuvres de musique de chambre, le quintette  en Ut majeur de Schubert a été composé peu après sa dernière symphonie durant l'été 1828, deux mois avant la mort du musicien. Il a été créé bien plus tard, en 1850, au Musikverein de Vienne et publié en 1853. Il nous a été servi comme une  7e merveille de la musique par l’émouvant Quatuor Alfama au Conservatoire Royal de Bruxelles, lors d’un de ces midi-minimes inoubliables de la cuvée 2013. On y a couru à cause de Camille Thomas, rencontrée au festival Musiq 3 2013 et on y a découvert une violoniste exquise: Elsa De Lacerda Setas.  On reste longtemps sous l’impression d’avoir voyagé au cœur d’un rare cristal musical hier midi! Une merveille!

Dès les premières notes on est happé par un long appel strident  joué par le Violon ensuite repris par le timbre profond du premier Violoncelle. Si le premier mouvement évolue longuement  dans les contrastes de registres aigus et sombres, on arrive vite dans une explosion de mouvements impétueux,  dont la puissance est garantie par la voix chaleureuse des deux violoncelles unis. Cascades émouvantes du Violon vers les graves, déferlement avant une gamme ascendante  qui s’élance à l’assaut du bonheur. Mélodie en duo des deux Violoncelles qui s’entrelacent: serait-on au paradis ? Au cœur d’un cristal musical où les pans sonores miroitent de tous leurs feux. 

 Et voici que vient la beauté surnaturelle dans ce chef d’œuvre de l’humain : l’Adagio.  Au recueillement en  volutes pointées  du Violoncelle, répond en échos attentifs  la voix du  sublime Violon par des pizzicati  délicats du même registre. Le jeu de l’écoute est passionnant, comme si les doigts du Créateur tendaient la main à l’homme de la Chapelle Sixtine.  Il est Petit mais à l’image de Dieu. Les grondements des autres cordes tissent une mélodie tragique cueillie par les accords graves du Violoncelle. Les vagues sombres semblent être soulignées par le passage de nuages par-dessus la verrière du Conservatoire. Des silences haletants ponctuent de  longs accords et redonnent la vie au jeune Violon qui ose fleurir sur un terroir de tristesse. On se berce dans la pureté de son de l’instrument, qui ressemble beaucoup à la respiration vivante d’une extase. La douceur atteint des summums avant le retour des pizzicati du début, sous la conduite du Violon cette fois. La lumière musicale et apollinienne inondent l’assemblée qui entoure les musiciens ; un  ultime crescendo souple et poignant soutient l’émotion jusqu’à la dernière note, tenue avec immense respect. Le sentiment  nostalgique d’un  dernier rayon de l’astre solaire vous étreint brièvement avant de plonger dans le troisième mouvement.

Le scherzo sera sautillant ! Back to Earth ! Le Violoncelle prend des allures de grand seigneur qui tournoie joyeusement… Réapparaissent les notes sombres de la perte de la joie. Les larmes perlent sous l’archet de la violoncelliste Le mal à l’âme se déplie et atteint tous les instruments mais une extrême douceur subsiste au cœur de la gravité. Retour versatile à la volubilité intense du début, et touches délicates encadrées d’appels que l’on imagine ceux de cors au fond des bois. Des appels, encore, de nature royale !

Applaudissements intempestifs, tellement la plastique de l’œuvre est intense et superbe. L’ensemble musical peu surpris  en profite pour se réaccorder et lance l’Allegretto jubilatoire, toute peine bue. Effeuillée la tristesse, restent les pétales joyeux,  un calice aux vertus musicales, à boire ad libitum. Des pieds légers et juvéniles touchent à peine le sol à moins que ce ne soient ces mystérieux papillons qui accompagnent souvent l’âme dans son élévation. Peut-être comme semble dire la musique, qu’ils retombent  en longs poudroiements fertiles et sans cesse renaissants.  

Ovation (f)estivale pour ce quatuor Alfama et ses jeunes  instrumentistes extraordinaires.

 

Atmosphère: cliquez ici: http://secure.smilebox.com/ecom/openTheBox?sendevent=4d7a63304e444d7a4d6a453d0d0a&blogview=true&campaign=blog_playback_link&partner=commissionjunction

« D’année en année, les artistes des Midis-Minimes forment une communauté plus large et plus créative, où les personnes se rencontrent, où les genres se décloisonnent, où les croisements s’opèrent. Grâce à la confiance établie avec le festival, ceux qu’on a entendus en quatuor, se retrouvent à l’opéra, le théorbiste a fondé son ensemble, la lauréate du concours Reine Elisabeth a troqué son archet contre la baguette, le hautboïste tâte du doudouk, tous poursuivent, en solitaire ou en bande, leur recherche du bel et insaisissable objet musical, rejoints par d’autres musiciens où l’on notera, cet été, de nouveaux et brillants internationaux. 
Le moteur de cette effervescence et de ces audaces ? L’écoute ! Votre écoute, celle d’un public incroyablement ouvert, concerné, actif, authentique partenaire artistique du concert. Merci à vous.»
 Besoin d’un petit coup de pouce à votre curiosité ? Voici le lien pour aller glaner un programme qui vous plaît  et vivre l’été autrement cette année : http://www.midis-minimes.be/fr/calendrier.php

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administrateur théâtres

 

Une Orangerie d’un autre siècle… celui de Mozart, nul doute. Un short d’argent  galbé sur cuisses parfaites s’assied sans façons sur la pelouse, une gracieuse silhouette japonaise erre dans les allées à la recherche de parfums surannés et prend en photo  le pommeau antique d’une canne et le regard d’un homme rajeuni par l’attente de la musique. Il est luthier de son métier, ancien compagnon qui produisit son chef-d’œuvre dans un  même bois odorant et vibrant : deux violons, un alto et un violoncelle. Sort-il du livre de Gilles Laporte, Fleurs à l’encre violette ? On pourrait l’imaginer. Son atelier existe toujours et il connait Véronique Bogaerts depuis son enfance.  Ses enfants l’ont mené au concert que pour rien au monde il ne voudrait manquer ! Le public nombreux se masse aux portes de l’Orangerie de Seneffe un 18 juillet pour la dix-huitième année consécutive. Ce soir, on vient écouter  Mozart.  De la musique de chambre, presqu’en plein air, avec les effluves de l’été et l’heureux  ventelet qui rafraîchit la salle pleine à craquer. « Que du bonheur », dit-on maintenant.

 

Cela commence avec une rencontre au cœur de  l’Adagio et Fugue pour cordes en ut mineur KV 546. Le jeudi 18  juillet ouvre le festival avec Mozart. Ton solennel et grave… mais à la fin du jeu après les échos qui ricochent dévalant des collines imaginaires, on surprend le sourire de la violoncelliste, Sarah  Dupriez, 28 ans,  fille de la violoniste, Véronique Bogaerts l’âme du festival. Et pour une violoniste, rien de plus important que l’âme du violon !   Elle fut formée par Carlo Van Neste, grand violoniste belge de réputation internationale et grand pédagogue. A son tour de siéger dans le jury du concours reine Elisabeth et d’être le professeur … de Lorenzo Gatto, de sa  propre fille  et de  son beau-fils Vincent Hepp qui  est  ce soir à l’alto. L’esprit de famille préside à ces concerts de l’Orangerie de Seneffe. Simplicité, rigueur et chaleur humaine très sensible. Quoi de plus vrai et de plus (im)portant? On sort revigorés par la convivialité, dopée par les vagues musicales. L’allégresse amicale de cette foule de spectateurs qui se rencontrent chaque année dans ce lieu tranquille, témoigne pour l’enchantement de la vie musicale. « Jusqu’il y a peu, il était courant de se retrouver en famille, ou entre amis, pour faire de la musique et lire les symphonies des grands maîtres… » (Sarah Dupriez)

Le concerto K 449 pour piano, deux violons, alto, violoncelle et contrebasse réunit un sextuor complice avec au clavier l’ami Jean-Claude Vanden Eynden qui s’immiscera bientôt dans le jeu des cordes joyeuses. Le babillage s’installe. Retour au thème, souligné de filets de cordes ( Elisabeth Wybou, Diederik Suys). Une tapisserie musicale aux fils d’argent. Mais voilà que contrebasse  (Bruno Suys)  et violoncelle attaquent, ensuite le piano enlève une cadence aux accords frappés d’allégresse estivale. A la clôture du 1er mouvement, le regard vert (ou bleu?) de la violoncelliste  (Sarah Dupriez) est toujours aussi concentré.  A la houle tranquille des cordes répond la sérénité du clavier. Le vent joue dans les haubans, croisière musicale? On se laisse bercer par l’onde puissante. Le piano, seul à la barre, est repris en chœur par la mélodie  que chantent les violons. Contrebasse et violoncelle entretiennent fidèlement la pulsation. Dans le dernier mouvement, Véronique Bogaerts mène l’allure.  Voici une longue note tenue avant un dernier rire musical. Des trilles au bout des doigts, Jean-Claude Vanden Eynden évoque  toute la beauté d’un coucher de soleil et la conviction intime que tout est fait pour  toujours recommencer, inlassablement. Que du bonheur !

La grande symphonie concertante de Mozart remaniée pour orchestre de chambre par un contemporain de Mozart est faite pour ce sextuor chaleureux qui joue sous l’aile vivifiante de Véronique Bogaerts. L’ensemble respire une même inspiration, solidaire et puissante. Un modèle de lien et d’harmonie enviable ? Voici un aparté des deux violons et de la violoncelliste, un bonheur italien est dans l’air ! On ne se détache pas du regard persistant de la jeune femme à la fin de l’envoy! Sorte de message muet qui fait partie de l’intimité  de la musique. Le dernier mouvement se jette le thème de mains en mains, jeu de passes ou de cache-cache, entrain virevoltant. Ce sextuor d’un soir diffuse de la beauté et de la passion qui n’ont rien d’éphémère.

Pour le Bis, une surprise: du Mozart  encore. Un arrangement du Concerto pour piano et Clarinette sans clarinette mais avec sa virtualité.  Et toujours ce regard  intense de Sarah  Dupriez  qui voyage  de la partition à la violoniste  assise à l’autre extrémité du plateau et  rassemble l’essence du mystère musical à chaque battement de paupière qui peuple ses silences. 

Des photos? http://secure.smilebox.com/ecom/openTheBox?sendevent=4d7a637a4f4455784e44493d0d0a&blogview=true&campaign=blog_playback_link&partner=commissionjunction

 

 

Le lendemain, il faudra débrancher toute velléité  masculine et faire place à la douceur, la profondeur et la puissance féminine. Nous entendrons des pièces écrites exclusivement par des femmes et jouées par des femmes. Il n’y a que les bulles, servies à la fin du concert qui conserveront leur nom masculin  bien frappé : Bernard Massard. Cette soirée est un hommage pétri de pensées et de prières    pour que partout dans le monde cesse  la  claustration féminine sous le joug masculin quelle que soit sa forme,  son absence d’éducation et sa  parole interdite.  Une très belle programmation nous fait connaître des œuvres de Lili Boulanger, Fanny Mendelssohn, Clara Wieck- Schumann, et après la pause, découvrir Maria-Teresa von Paradies et apprécier une des premières  œuvres (1957) de Sofia Goubaïdulina. Née en 1931 en  République socialiste soviétique autonome de Tatarie, aujourd'hui Tatarstan, elle commença l'étude du piano à l'âge de cinq ans et récolta les commentaires les plus élogieux, sauf d’un de ses « juges » pour l’obtention de son diplôme, Chostakovitch qui lui conseilla de « progresser le long de son chemin d'erreur…» Jamais programmée, sauf en Europe occidentale, non éditée, elle n'en persiste pas moins jusqu’à la soixantaine à composer en solitaire des œuvres qui ne pouvaient qu'irriter les tenants de la musique officielle  des temps soviétiques.

Ce soir, c’est Dominique Cornil et  l'exquise Eliane Reyes qui s’installent au clavier. Gayané Grigorian et  Thérèse-Marie Gilissen sont aux archets pour entourer Véronique Bogaerts et sa fille Sarah Dupriez au violoncelle.  

Le trio en sol mineur pour violon, violoncelle et piano op.17 de Clara Schumann écrit en 1846   est en tout point porteur de contenu et d’atmosphère poétique. Si le premier mouvement s’embarque dans un jeu subtil et profond  de la violoncelliste qui semble boire des yeux tout à la fois sa partition et sa partenaire violoniste, le piano offre des fragments de mélodie lunaire et évoque la liberté de muses dans les bois. Le troisième mouvement a semblé évoquer une vision fugace de l’Adrienne de  Gérard de Nerval, à s’y méprendre.  « A mesure qu'elle chantait, l'ombre descendait des grands arbres, et le clair de lune naissant tombait sur elle seule, isolée de notre cercle attentif. − Elle se tut, et personne n'osa rompre le silence. La pelouse était couverte de faibles vapeurs condensées, qui déroulaient leurs blancs flocons sur les pointes des herbes. Nous pensions être en paradis. » Il y a cette voix commune  profonde qui porte les douleurs éparpillées du piano. Le quatrième mouvement, un Andante, semble réunir résolument  les forces complémentaires des instruments. Le thème est repris avec ténacité et vigueur, passe à l’assaut de gorges rocheuses et s’éclate en tourbillons liquides et écumants. Les tourbillons de la VIE ? L’Allegretto conclut en trois principes fondamentaux. Vous trouverez  bien lesquels. …Ceux qui offrent la lumière à tous.

La soirée se clôture dans la créativité avec l’œuvre fascinante de Sofia Goubaïdulina dont nous découvrons avec curiosité l’atmosphère presque hitckockienne du Quintette. Thème obsessionnel, répétition d’une note hallucinante. La part belle au Cello (toujours l’irrésistible Sarah Dupriez)  qui se fraie un passage dans la palette tentaculaire de l’angoisse. Au deuxième mouvement l’alto se décide à narrer un conte sautillant, pas loin du rythme de Pierre et le loup, à moins que cela ne soit une chevauchée de musiciens de Brême. Tous les possibles de la Musique! Un  rythme de marche décidée. Mais le monde musical se mute soudain en monde d’automates. Le piano veut ralentir la cadence par trois accords colériques. Le thème reprend avec joie, mais est avalé par la nuit. Une fleur au fusil, coupée comme une vulgaire fleur des champs ? Le troisième mouvement fait une place de rêve à la vie. De vraies respirations ramènent à la vraie nature de chacun d’entre nous.  Le Cello  émet des pizzicati effarants joints à des cris aigus et pincés du violon. La pianiste veille, retrouve des rives hospitalières et insuffle l’écoute mutuelle. Une nouvelle ère se prépare sous l’archet de la violoniste joyeuse mais les automates ont doublé de grandeur, de force et de vitesse, plus unis que jamais. La sage révolte expire sous forme de trilles désespérées. Eminemment moderne et indigné. Applaudissement fracassants.

L’inimitable Quatuor Danel,  éblouissant contraste masculin  qui se chauffe à la dynamite, conclura la fête le dimanche  historique du 21 juillet 2013  à 17 heures. Avec une œuvre infinie, que tout violoncelliste porte en lui ou en elle, toute sa vie durant : la jeune fille et la mort de Franz Schubert.

D’aucuns auraient attendu une Brabançonne jouée par ces messieurs Danel  venus du Nord de la France et installés à Bruxelles depuis de nombreuses années, mais Patricia Raes, organisatrice des festivités n’a pas manqué de rendre hommage aux deux souverains Belges, Albert II  et Philippe I en début de concert.  L’organisation impeccable du festival est due à ses  talents et à sa présence et l’on souhaite sûrement  la sacrer ici  comme Amie de la Musique.

Le programme complet des festivités se trouve sur l'agenda  d'Arts et Lettres: https://artsrtlettres.ning.com/events/orangerie-du-ch-teau-de-seneffe

 

 

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administrateur théâtres

De La Cour des Novices...au Transept au Nord de l’église, passez ensuite  après l'entracte  sous la scène et retrouvez-vous au Nord de l’église abbatiale...pour écouter, voir et frissonner devant l’histoire de Frankenstein.

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Stefano Massini, auteur florentin, né en 1975, publie « Frankenstein ou Le Prométhée moderne»,  très librement  inspiré du roman du même nom (1816-1817) de Mary Shelley, deuxième épouse et égérie du grand poète romantique anglais Percy Shelley. Et Emmanuel Dekoninck s’en saisit pour en faire un spectacle inédit dans les ruines de la somptueuse abbaye de Villers-La-Ville sous la fidèle  houlette de Patrick de Longrée, créateur de grands spectacles estivaux. La traduction du texte est signée Pietro Pizzuti, enchanté par un texte sûrement iconoclaste qui veut forcer les frontières entre la science et la nature.

 Dans cette énième version du mythe construit par la très libérale et avant-gardiste Mary, l’auteur dépouille le texte de ses nombreuses mises en abîme, de son aspect gothique et  met en avant l'humanité stupéfiante de la Créature aberrante  et sa solitude. Sa voix est l’écrin dans lequel se déroule l’histoire, celle  de son créateur Victor Frankenstein que l’on voit naître sous nos yeux à force de cris et de gémissements sous la direction de Justine, la servante. Le jeune garçon (Alain Eloy) avide de lecture  transgresse dès son jeune âge les interdits du père. On assiste à un autre accouchement barbare de sa mère adorée qui décède et le jeune homme,  fou de douleur, masse sauvagement le corps inanimé  pendant que le père prie et  jure consacrer sa vie à  réveiller la matière morte et ressusciter la Vie. Ainsi nait déjà la Créature dans l’esprit du futur savant. On le retrouve  à l’université d’Ingolstadt sous la protection d’un bienveillant Professeur Waldman (Marc De Roy) qui en appelle à Copernic, Galilée et Vésale, mais contré,  on s’en doute, par les censeurs de l’église. Tout cela a une base bien généreuse et ne rejoint pas vraiment le défaut d’hubris qui causa la perte d’Icare. On suit donc ce pétulant savant, amoureux de la science plus que de sa fiancée, avec délectation, entre rêve et réalité. On accepte la transgression, on s’associe à son impensable projet, à son désir de jouer à  « playing gods » au nom de la Vie.  So far so good !

 Le malheur, c’est que le jeune  savant devient fou, refuse d’abandonner ses recherches et de suivre Elisabeth,  sa fiancée, l’exquise Claire Tefnin. La folie serait-elle  indispensable à la création ? Il a sauté le pas et se retrouve  en rupture avec la société. Et voici la Créature, objet de deux années de recherche,  dont la flamme vitale finit par se réveiller à force  de manipulations, d’expériences alchimiques et de détours par la science du galvanisme. Hélas, cet être monstrueux et vagissant  personnifié très intelligemment par Olivier Massart terrorise l’infortuné  créateur qui a perdu tout contrôle. Celui-ci  prend la fuite, effaré par l’aberration humaine dont il est devenu le père.  Le reste est l’histoire de sa poursuite par le monstre qui veut assouvir sa haine d’avoir été créé. Il veut se venger de  celui qui l’a arraché au silence éternel pour le jeter dans l’insupportable solitude et le bruit du monde.  Il hait  celui qui l’a délibérément abandonné, une fois créé. « Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné !» résonne dans les voûtes du lieu, …et ce n’est pas un hasard ! Chants grégoriens à l’appui…

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 C’est évidemment, au-delà de la trame de l’histoire, l’occasion de  faire un peu  de théâtre de foire et de morale facile en  conspuant le curé  qui  sauvera l’ étrange Créature  de la vindicte d’une foule sanguinaire. Une action dictée  par amour du prochain  certes, mais aussi afin de servir d’exemple vivant pour ses sermons, technique de foire. Un point pour le respect de la différence mais aussi premier meurtre perpétré par l’innommable créature: celui dudit curé. Cette version de l’histoire passe sous silence les innombrables meurtres perpétrés par la Créature, y compris celui de la très attachante Justine,  servante fidèle de  la famille, interprétée par Cathy Grosjean.  Et la Créature sans nom, de s’en aller par monts et par vaux, jouant de la flûte aveugle à la recherche du père.  Seuls, les non-dupes errent !

C’est par ailleurs l’occasion de poser des questions à notre siècle sur la place de Dieu et celle de l’homme. Sur la solitude, sur l’abandon.  Sur le sens de la vie et de la mort. Sur la transgression en général, source de connaissances mais aussi  source de malheurs. Ces questions sont inextricables. On reste perplexe avec de très vivantes  interrogations. On écoute surtout l’écho du questionnement ricocher sur les ruines de cette merveilleuse abbaye où se tient le spectacle  qui rend le questionnement encore plus intense  car le lieu choisi est lui-même un acte de transgression. Une mise en scène  finalement très païenne d’un grand spectacle,  dans un ancien  lieu de culte où les pierres semblent prier encore est en soi un choix délibéré…et transgressionnel qui a le don de faire réfléchir au-delà de la brillante  théâtralité de l’action, du délassement visuel nocturne  et de l’envergure spectaculaire de la représentation.

La   Distribution :
  ALAIN ELOY – Victor Frankenstein
  OLIVIER MASSART – La Créature
  CLAIRE TEFNIN – Elisabeth
  CATHY GROSJEAN – Justine
  FREDDY SICKX – Professeur Krempe
  MARC DE ROY – Professeur Waldman
  YVES CLAESSENS – Alphonse Frankenstein
  KAREN DE PADUWA – Antoinette
  Didier Colfs – Trismégiste
  DAVID LECLERCQ – Docteur Vertrand
  MARIE VAN R – Caroline Beaufort
  GÉRALD WAUTHIA – Père Hubert
  DENIS CARPENTIER – Ferdinand
  OLIVIER FRANCART – Le Curé
  JEAN-FRANÇOIS ROSSION – Officier
  GAËL SOUDRON – Gaston

de Stefano   Massini d’après le roman de Mary Shelley

metteur en   scène : Emmanuel Dekoninck

http://www.frankenstein2013.be/Frankenstein_2013/Frankenstein_2013.html

Du 11 juillet au 10 août 2013 à 21h00

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administrateur théâtres

Coup d’Envoy prestigieux :

L’apassionata (L’art des passions baroques), @Festival de Wallonie 2013, festival de Namur

                L’imposante église Saint-Loup  à Namur ouvrait ses portes le soir du jeudi 4 juillet pour accueillir un programme musical consacré à Haendel, Vivaldi et Haydn sous la baguette joyeuse de Guy Van Waas et les Agrémens. C’est dire si le Festival de Wallonie 2013 a su  inviter de prestigieux fleurons de la musique ancienne pour lancer son  concert inaugural d’été. Et quel séducteur, Guy Van Waas ! Il prend la parole en début de soirée musicale et introduit la manifestation, sans façons. Il rend aussi hommage au musicien et ancien directeur du conservatoire de Liège, Bernard Dekaize, décédé cet hiver à 62 ans. Sur une note plus légère … ou espérons-le, prophétique,  il en profite pour dire que le festival deviendra « Royal » en 2014, fêtant l’année prochaine ses 50 ans d’existence. Il ajoute  que ce festival est une véritable fête qui a rassemblé un florilège de chouchous du public, en commençant ce soir par un catalogue baroque des passions humaines. Rassurant : si le thème  en filigrane est l’amour et la passion, voire l’érotisme et l’esprit licencieux… aucun carré blanc ne sera appliqué au Festival car Amour sincère ne porte pas de carré blanc, mais un cœur battant.

                Lorsque le chef d’orchestre ouvre la fête avec Haendel, C’est Royal ! En veste de soie chinoise damassée de roses il jette les musiciens à l’assaut des voûtes dont l’acoustique est… envoûtante. Une impression de liberté d’expression, de légèreté inonde l’espace. Sa gestuelle généreuse disperse des brassées de fleurs, son regard fleurte malicieusement avec les violonistes. Voici une musique débordante de fraîcheur et de spontanéité. Cela a l’apparence (trompeuse) du Ready, Steady, Play!

                 «A mio Cor ! » Une voix féminine chaleureuse et palpitante (Pauline Yarak) s’élève dans l’église. Quelle différence avec une salle de concert. Il y a ce supplément d’âme et de sonorités très palpables ! «Perché, perché t’amo tanto ? » Cette magnifique chanson de rupture vit, tremble sous vos yeux. Le chant s’envole dans les voûtes néo-baroques illuminées, se loge dans les moindres moulures, anime la volupté du cœur. La voix se fait caresses charnelles et partage la douleur intense : «  lascarmi sola in pianto ».

                « Piangero », extrait de Julio Caesare rend compte de la vulnérabilité humaine surtout dans ce décor  si riche et quelque peu écrasant. Encore, des sinuosités mystérieuses et de l’émotion palpable dans les mélodies chantées par la soprano Manon Poskin en somptueuse robe Empire rouge feu.

                Ces jeunes talents vocaux sont  issus de l’IMEP (Institut de Musique et Pédagogie de Namur). Le  contre-ténor Guillaume Houcke nous livre  une prestation pleine de maturité baignée d’authentique enchantement. Une diction impeccable, aucune afféterie, de la sincérité dans l’expression  très nuancée des sentiments aussi bien  dans le « Di speranza un bel raggio » et l’air « Venti Turbini » de Haendel que dans l’air « Sposa son disprezzata » extrait de  Bajazet de Vivaldi. Il plaît tout de suite par la subtilité de son jeu et sa maîtrise technique sans failles dans les vocalises virtuoses!  Cet homme jeune et dynamique a la tête qui bourdonne de musique fertile, respire, frémit, module et inspire son public. Et toujours rien à voir avec l’atmosphère d’une salle de concert ! Ces trois jeunes gens ont su créer tout de suite passion et enthousiasme.


                   Guy Van Waas, se penche amoureusement sur l’orgue avant l’extrait du Concerto Grosso  op.3 N°6 de Haendel. Des flûtes fruitées et savoureuses fredonnent, contrebasse et basson frappant du pied, façon nuit de la Saint-Jean. Les solos de l’orgue semblent pratiquer une pesée précise et minutieuse de la pharmacopée musicale … Guy Van Waas nous prépare-t-il des philtres d’amour éternel ? On le voudrait, officiant au  doux recueillement d’une messe de mariage ! Il y a tant d’équilibre et de fluidité sereine avec l’orchestre ! L’émotion est grande dans le public.

 

                 Une exaltante  symphonie n°59 en la majeur « Feuersymphonie » de Joseph Haydn clôture la soirée. Guy Van Waas est revenu sur scène sur la pointe des pieds pour attiser violons et passion. Le visage est animé par le plaisir. Des sourires d’entente fusent entre violonistes.  Le cor est princier, soutenu par de légers frémissements de clavecin et la dévotion inconditionnelle du basson. Les phrasés ensorceleurs des violons jouent le thème accroche-cœur. Le cor se libère et devient de plus en plus sensuel pendant que les violons prennent le menuet en main, en de nombreux allers-retours. Dernier mouvement, les vents s’amusent de l’écho. Rythme de sarabande, stupeur et tremblements, des vibrations s’élancent à l’assaut des épais piliers de l’église comme une vivante conquête végétale…ou musicale.

                «  Pas de bis ! Revenez nombreux  à l’assaut des concerts, par pure curiosité, la plus belle de toutes les qualités d’auditeurs, » nous souffle Guy Van Waas en congédiant un orchestre ravi et  acclamé de tout cœur.

 

 

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administrateur théâtres

Chanson d'automne, ou chansons d’été ?


Déjà plus d'une feuille sèche
Parsème les gazons jaunis ;
Soir et matin, la brise est fraîche,


HELAS ! LES BEAUX JOURS SONT FINIS
!

FESTIVAL MUSIQ’3 : Quoi ? Déjà fini ?

Mais voilà  certes l’amour de la musique solidement planté  dans le cœur des 10.000 spectateurs qui se sont transportés d’un studio à l’autre, les derniers jours de juin,  à la recherche du plaisir musical.

Il aura duré ce que durent les roses, ce Festival, l'espace d'un instant! Un instant sans doute, si l’on sait qu’il faudra attendre pas moins de 362 jours pour que  refleurisse ce fabuleux rosier aux 150 artistes. Mais quels instants, direz-vous ! Des instants inoubliables qui ont su confondre le Temps et son inexorable marche.  Chaque heure de concert semble avoir été vécue comme un temps éclaté, comme un temps-espace différent. Quelle expérience… Aussi un Marathon  nouvelle formule, pour ceux qui, décidés à court-circuiter horloges et montres, ne voulaient ni manger ni boire  et  juste s’abreuver de nectar éphémère et de  magie musicale ad libitum! Ainsi donc  l’Amour est sorti victorieux, gagnant pour une fois, la course contre le Temps. Pas fort étonnant d’ailleurs, puisque  c’est l’Amour en personne  qui  était le thème central du festival réunissant 34 concerts, sur 5 plateaux  différents, à Flagey et aussi pour la première fois, au Théâtre Marni.

 

Quelques  sublimes (re)découvertes, dans le désordre (amoureux) :

Le coup d’envoi du Marathon sous la baguette enflammée de  Patrick Davin  et  l’ensemble Trilogy, ensemble créé en 2011 par trois jeunes violonistes bien connus du public belge: Yossif Ivanov, Lorenzo Gatto et Hrachya Avanesyan. Avec le Brussels Philharmonic,  ils ont a réédité la prestation mythique  du groupe à Beloeil  l’année dernière. (Entre autres: La Liste de Schindler, Once Upon a Time in the West,  In the Mood, en passant par ...l'incontournable Niccolo Paganini).

 

Beloeil,  dites-vous? On a tous couru - Marathon musical oblige - pour écouter Frank Braley,le mousquetaire du piano,  jouer La fiancée vendue de Bedřich Smetana, le spectaculaire concerto pour piano composé uniquement pour la main gauche. Ecrit entre 1929 et 1931 par Ravel ( à la demande du pianiste Paul Wittgenstein qui avait perdu son bras droit durant la Première Guerre mondiale). En dernier, un Richard Strauss décoiffant (Don Juan). Inutile de dire que le Studio 4 a craqué sous les tonnes d’applaudissements délirants !

Salle comble aussi, évidemment,  pour écouter le  très Elisabethain Mateusz Boroviak, Prix des auditeurs Musiq 3 2013, qui nous  a offert trois perles rares :  Mozart, Sonate en ré majeur K311; Chopin, quatre mazurkas op 24 et un fulgurant Grazyna Bacewicz, œuvre contemporaine (1969). Un conte pour adultes ? Trois perles de bonheur, à vous d’en inventer les couleurs. Un merveilleux Bis inattendu, de la plume du Lauréat.  Le problème c’est que si on applaudit trop longtemps, on rate le début de la séance suivante. Car les concerts commencent toujours « on the Clock »! Damned Clock !

Oops ! On a raté le  duo Nefeli, concert de harpes : « 94 cordes pour faire tourbillonner les cœurs ! » un large répertoire d’œuvres variées des XIXème et XXème siècles (Franz Schubert - Claude Debussy - Manuel de Falla - Carl Oberthur - Bernard Andres - John Thomas). Et on n’a pas non plus été au Marni écouter les plus belles chansons d’amour… Juste de quoi vous mettre l’eau à la bouche pour l’année prochaine ! On a aussi raté les Chansons de Bilitis!

Mais on était au rendez-vous dominical de 11 heures pour jeunes familles et papy-boom autour des Contes de la mère L’Oye, avec Marie Hallynck, violoncelle, Muhiddin Dürrüoglu, piano et Cédric Tiberghien, piano.  Des enfants traversent la nuit en voiture. Marie-Laure, qui les accompagne, connaît des tas de récits mystérieux. Ils arrivent devant une grande maison féerique. Soudain, en pénétrant dans le salon de cette maison, Marie-Laure quitte le film et arrive sur scène dans ce même salon. Des musiciens y répètent des contes de Ravel, de Tchaïkovski et de Henze. …Les enfants n’ont certainement pas vu le Temps passer et se sont précipités ensuite à la découverte des instruments de musique aux ateliers organisés pour eux !

 

A 26 ans l’étincelante pianiste, jeune amazone du piano,  Khatia Buniatishvili fait sensation. Sa musicalité influencée par la musique traditionnelle de Géorgie, son pays natal, est du  « Matha Argerich revisited » en version féminissime et voluptueuse! Gorgeous Georgian Musician qui manie le piano, « le plus noir de tous les instruments », avec un tempérament de feu! En longue robe noire modèle tulipe, dos nu qui souligne une chute de reins vertigineuse ou en robe courte, toujours dos nu, cette fois juchée sur des stillettos (stillettti?) ahurissants, elle a par deux fois inondé son public de vagues d’amour et de tempête musicale jamais vécues auparavant. On lui décerne sûrement le stiletto de diamant pour un style inoubliable !

 

Le maître du théorbe, Rolf Lislevand, un Norvégien installé en Italie, nous a emmenés dans une valse à travers le Temps, car c’est un fou de musique ancienne…  Mais c’est aussi un passionné de musique contemporaine, de musiques traditionnelles (flamenco), de musiques arabe et orientale. Il n’en faut pas plus pour écouter avec ravissement son répertoire passionnant de  guitare baroque et de théorbe où l’on a la preuve tangible que  ces musiques réussissent à merveilles à défier Celui que vous savez, et qui se gausse éternellement de notre  humaine vulnérabilité. On ne peut pas rêver plus belle évasion ...musicale!

Inoubliable et fascinant aussi, ce jeu téméraire  d’improvisation fulgurante  auquel se sont livrés Boyan Vodenitcharov et David Dolan, sur deux pianos tête-bêche dans le Studio 1 !

Apollo e Dafne: une des plus belles cantates de Haendel. Il a alors 25 ans et se trouve à un tournant important de sa vie. Révélé à l’Europe entière par le triomphe de son opéra Agrippina à Venise en 1709, il se voit offrir une place de musicien de cour, telle que tout jeune musicien en rêvait à l’époque. C’est donc auprès du prince-électeur de Hanovre (le futur George 1er d’Angleterre) qu’il achèvera sa cantate Apollo e Dafne, œuvre magistralement interprétée, avec humour et raffinement, par les talentueux musiciens de l’ensemble Les Muffatti, et deux jeunes chanteurs captivants, tous deux formés au Conservatoire de la Haye, la canadienne Stefanie True et le portugais Hugo Oliveira. « Oh Temps suspends ton vol ! » (Prayers answered!)

L’air langoureux de La Strada de Nino Rota ou les célèbres thème de la Panthère Rose, du Clan des  Siciliens ou de James Bond, par L’ Ô-celli: octuor de violoncelles.  S’y ajoutent la fameuse ouverture tumultueuse de l’opéra de Verdi La Force du destin, et une Valse que le jeune compositeur Liégeois Harold Noben leur a dédiée. … « Prayers answered » encore, et toujours très peu de temps pour applaudir !

 

Voici le maelström d’émotions: Le  Trio en  mi bémol Majeur Op. 100 de Schubert exécuté avec grâce et émotions  infinies par le Trio Saint-Exupéry  (alias Lorenzo Gatto, violon, Beatrice Berrut, piano, Camille Thomas, violoncelle). Croisement de vivantes respirations musicales et pur ravissement. On les quitte à regret.

 

Voces 8, huit choristes de la Maîtrise de l’Abbaye de Westminster sont lauréats de nombreux prix internationaux, et l’un des principaux jeunes ensembles vocaux britanniques  A cappella. Leur répertoire s’ouvre sur  des polyphonies anciennes -  Bach, Monteverdi -  coule au fil du Temps, ( le suspendant au passage),  et se noie dans le  jazz en passant par Queen ou Oasis. Ils captivent par l’étendue inouïe  de leurs sonorités vocales. La mise en scène humoristique et chaleureuse emporte l’adhésion immédiate du public qui se précipitera sans doute sur Facebook pour les féliciter, chacun en particulier. Deux jeunes femmes pour six hommes en nœud papillon et fleur à la boutonnière ont vite fait de vous arracher à la réalité et vous faire battre les sentiers du rêve, vous aspirant dans la féerie de leur timbre très pur.

En finale, Amandine Beyer et Gli Incogniti, qui inauguraient le premier Festival Musiq 3 il y a trois ans,  rejoueront  le concerto "L'amoroso" de Vivaldi; le jeune Orchestre du Festival très prometteur et Steve Houben (saxophone)  feront revivre la musique de Gershwin et Cole Porter et  la merveilleuse Khatia Buniatishvili  dépècera frénétiquement  la fracassante  «Valse » de Ravel. La clôture revenant à Voce 8, faisant  chanter  tout  son auditoire sur « Skyfall ». Ce n’est qu’un au revoir, mes frères…/Ce n’est qu’un au revoir? I presume! 

 

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administrateur théâtres

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L'Amant jaloux ou les Fausses Apparences, créé à Versailles en 1778

Un véritable bijou musical et scénique

Gee! Gluck, Gounod, Gossec … et notre compatriote liégeois André-Modeste Grétry, écrivirent tous  des opéras-comiques. Genre lyrique nouveau au 18e siècle, l’opéra-comique est issu  des vaudevilles donnés sur les tréteaux des foires parisiennes de Saint-Germain et de Saint-Laurent et influencé par la comédie-italienne. Il traite de thèmes légers,  de  la vie domestique, alterne le chant et la comédie… souvent ironico-sentimentale. Le raffinement est à son comble avec les œuvres du compositeur Grétry  qui devint rapidement le musicien le plus en vogue de la France prérévolutionnaire. Il sait capter l’atmosphère tour à tour charmante, joyeuse et désenchantée d’une époque où fermentent de grands changements. Tout comme le grand maître Antoine Watteau,  mort très jeune au début du siècle des lumières, qui laissa derrière lui de magnifiques tableaux de scènes de genre.   

12272892877?profile=originalEst-ce de Watteau que s’inspire Thierry Bosquet pour la composition des décors? Il y a beaucoup à parier que ce peintre mythique  qui croque la musique autant que la soie et les taffetas rutilants que portent les dames, les pas de  danse, les feuillages, les cascades et les bruissements de la vie a peut-être influencé notre  metteur en scène. Il a fait de ce spectacle un véritable bijou musical et scénique.   Tout séduit au premier regard  et on n’en finit pas de rêver, comme face aux toiles de Watteau. Au fond  de la composition, trône un paysage grandiose de parc fait d’arbres majestueux indiquant la toute-puissance de la nature. On entrevoit au pied de ce décor somptueux les  musiciens en habits d’époque et leur  chef d’orchestre Bernard Delire. Le gracieux quatuor à cordes Alfama, l’ensemble à vents Quartz, Natacha Save à la contrebasse et Yuko Fujikura à la mandoline sont les musiciens complices de l’action dramatique,  installés comme au salon, entre les plans mobiles du décor.  Leur jeu vif et  mélodieux fait saisir le caractère éphémère de l’amour et de la musique.  Le regard s’arrête ensuite sur les pans harmonieux d’une riche demeure  en style rococo parée d’azulejos bleu-et-blancs,  jusqu’à la moindre chaise ou tabouret.  Une impression de balcons, fontaines, colonnades, œil- de-bœuf, toitures, tout y est sans y être, car l’imagination a donné la main au   talentueux scénographe.   Et puis ces personnages de fêtes galantes d’antan débarquent, d’abord muets,  en jolis souliers orientaux, en robes de comtesses à manches bouffantes serties de rubans. Un bal sans doute, des poursuites amoureuses frivoles,  des sourcils froncés, qui sait ? Un soufflet bien appliqué?

Il suffit de retourner le mouvant décor sur roulettes pour se retrouver dans les allées du jardin fermé par une grille invisible et plonger dans l’intimité des personnages.  Le père de la jeune veuve Léonore (la basse-baryton Marco Zelaya)  est partout et tonne son autorité en chantant. Il est  jaloux de sa cassette qu’il a juré de ne point partager avec aucun nouveau prétendant. Que sa fille de 20 ans  à peine (Aurélie Moreels) végète enfermée à double tour, peu lui chaut!   Voici Isabelle (Rita matos Alves)  la piquante amie de Léonore  et son  ombrageux frère Don Alonze  (le puissant ténor Xavier Flabat),  le noble espagnol secrètement amoureux de Léonore oui, mais au caractère détestablement jaloux !  Le  brave Chevalier de Florival ( Geoffrey Degives), officier bleu-blanc-rouge qui  a sauvé Isabelle de lâches assauts le matin même… fera les frais de la susceptibilité du sieur espagnol. Ah! l’exquise et tendre sérénade  « tandis que tout sommeille… » Une voix de velours dans une lumière tamisée!

 

 Les passionnés de costumes d’époque seront charmés par l’inventivité des costumes de  Thierry Bosquet car son défilé d’habits est d’une richesse et d’une beauté captivante. La chorégraphie et la succession rapide des scènes dialoguées  est aussi  tourbillonnante et variée que la musique. Ici une mandoline, là un ensemble de vents qui surgit de l’horizon. Là un amoureux qui s’esquive dans un pavillon dérobé, là une plainte de contrebasse, ou des violons avant-coureurs du drame.  Le duo de Léonore et d’Alonze presque réconciliés, sur une couche princière est d’une harmonie palpitante  de rouges et d’or. Costumes et voix.  La robe d’une coudée plus courte de la servante avisée, Jacinte (une exquise Pauline Claes, mezzo-soprano) devient  un lieu de stupeur et tremblements pour le vieux barbon de père couvert de sequins bruissant au moindre de ses gestes! Une justesse de ton et une sublime fraîcheur de voix. Grétry, l’ami de Voltaire et  Jean-Jacques Rousseau observe avec finesse  les passions et les caractères de son temps et nous promène dans les  ravissantes mélodies des ariettes, couplets malicieux  et autre sérénades faites pour séduire l’oreille. Pour peu on se mettrait à fredonner joliment, comme sans doute nos arrière-grand-mères : « Moments plein de charmes! Après tant d’alarmes ! Mais pour les goûter d’avantage, ne soyez jamais volage, ne soyez jamais jaloux! » Ah, le joyeux sextuor du final ! 

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Note :

Du 18 mai au 17 novembre 2013 à Montmorency : exposition Grétry (1741-1813). De l'Opéra-Comique à l'Ermitage de Jean-Jacques Rousseau au musée Jean-Jacques Rousseau.

 

On fête cette année le bicentenaire de la mort du compositeur André Ernest Modeste GRETRY survenue le 24 septembre 1813 à Montmorency, et c’est  l'occasion de retracer sa destinée exceptionnelle. Né à Liège, dans une famille de musiciens, Grétry s'intéresse très vite à la composition musicale et se rend à Rome pour parfaire sa formation. Marqué, comme nombre de ses contemporains par les idées philosophiques et musicales de Jean-Jacques Rousseau, il admire  la comédie italienne. Lors d'un séjour à Genève il assiste à des opéras-comiques, un genre qui présente la particularité d'être chanté en français et qui triomphe à Paris depuis les  années 1760. Dès lors, Grétry choisit sa voie : il sera compositeur d'opéras comiques. Il gagne Paris et dès 1768 connaît la célébrité.  Adulé sous l'Ancien Régime, respecté pendant la Révolution française, et décoré de la légion d'honneur par Bonaparte le 19 mai 1802, il traverse tous les régimes politiques de la seconde moitié du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle.

Une terrible tragédie familiale va l'affecter durablement dans la dernière partie de sa vie et infléchir le cours de son existence.

En 1798, il acquiert l'Ermitage où avait vécu Jean-Jacques Rousseau et se plonge dans l'écriture autobiographique.  Ses œuvres De la Vérité. Ce que nous fûmes, ce que nous sommes, ce que nous devrions être et les Réflexions d'un solitaire sont un écho vibrant au Citoyen de Genève auquel il voue une profonde admiration.

Cette exposition présente des œuvres issues des collections du musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency ainsi que des prêts de la Bibliothèque nationale de France, du Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, du Musée de la Musique, de la Fondation Royaumont et de l'Abbaye royale de Chaalis.

 

Extraits au concert d'ouverture des Midis-Minimes 2013, ce 1er juillet 2013 : 

http://www.midis-minimes.be/fr/calendrier-detail.php?ID=1

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Concert 2013-06-17 deFilharmonie - de Waart Concert  de clôture du Concours Reine Elisabeth-Piano 2013.12272907455?profile=original

Le lundi 17 juin les trois premiers lauréats, Boris Giltburg, Rémi Geniet et Mateusz Borowiak se sont produits au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, avec de Filharmonie sous la direction d’Edo de Waart. Le concert de clôture a été diffusé en direct sur Musiq’3, Klara et dans 9 salles de Kinepolis ! En différé, on pouvait retrouver  les lauréats sur La Trois le soir même à 21:05 et sur Canvas, le dimanche 23/06 à 12:00. Les élus de l’année 2013 du prestigieux  concours Reine Elisabeth ont joué dans une salle comble jusqu’au troisième balcon en présence du  Roi et de  la Reine, le Prince Philippe et la Princesse Mathilde, la Princesse Astrid et le Prince Lorenz. Une soirée attendue avec beaucoup d’émotion musicale.

  12272907658?profile=originalMateusz Borowiak , très belle sensibilité musicale et 3e lauréat, nous a interprété le concerto n° 2 de Mozart. Assise musicale parfaite, jeu musical net, clair et grande connivence avec l’orchestre. Le thème mélancolique  est  aussitôt repris  par le pianiste avec profonde déférence. Le jeu des couleurs est bien nuancé, les accords sont moelleux, les moments d’empathie profonde alternent avec le monologue méditatif. Le dialogue s’engage avec les cordes couleur d’automne et de feuilles mortes. L’émotion musicale est là, palpable. Dans la cadence, l’âme s’abîme dans des accents de souffrance intime puis rebondit courageusement. Ode à l’énergie qui sommeille au  cœur de chacun. La musique est révélatrice de la dignité humaine et de l’espoir. Cette joie  célébrée dans les  lettres de Paul aux Philippins ? C’est maitrisé, l’architecture musicale complexe a la transparence de l’évidence. Quelle classe! Les violons se sont laissés gagner par la Confiance, le pianiste joue la sérénité, puis en  trilles bouillantes, l’essence de la vie. « Homme tu n’es pas seul, l’orchestre du monde te rassure et reconnaît ta stature d’un être en marche… » Applaudissement généreux, c’est le moins qu’on puisse attendre ! Mateusz salue avec humilité. Rien n’est feint, tout est vrai. Le bonheur.  

 

 Rémi Géniet, le jeune favori de 20 ans à peine, deuxième Lauréat,  va s’attaquer avec brio au Rach N°3. Un jeu parfait. Des sonorités étudiées d’une esthétique frappante , un visage impassible fait de concentration extrême. Il joue souvent  les yeux fermés ou mi-clos, tout en batifolant sur la crête musicale. Il fond les couleurs comme s’il s’agissait d’aquarelles liquides et signe, de façon vibrante. Approfondit, creuse et  cisèle le thème principal. Il s’engloutit dans une méditation tourmentée, s’ouvre des coupes lumineuses dans le merveilleux chantier musical du compositeur. Passe, imperturbable,  dans le fracas d’une tempête et en ressort indemne, toujours et toujours, totalement dans le contrôle. Le jeu est naturel, léger, coulant de source. Dégage une équanimité fascinante. Ici, il  balance son calme olympien de la main gauche à la main droite et glisse sur la surface des eaux musicales. Impondérable. Il appliquera des accords océaniques grandioses, délimitera des nouveaux plans lumineux. Mais quel architecte après le Grand Architecte ! Un Bill Gates du Piano ? On en frémit ! Mais non, on n’est pas dans le Meilleur des Mondes, on est avec un des meilleurs pianistes !  Porté par le  souffle puissant de Rachmaninov.

Boris, Boris ! Tout le monde l’adore, à commencer par son sourire, qui allie l’humilité, la générosité et le Plaisir de la musique. Son Prokoviev sera notre favori. Bondissant, virevoltant, animé de mille nuances, bouleversant de créativité. Voici un orfèvre devant ses creusets bouillonnant de métaux précieux.  On glisse avec aisance dans le fantastiquement grand, il est salué par les timbales, trompettes, contrebasses et cordes. Mais le voilà en train de distiller toute la douceur de nouveaux matins du monde… Il s’est arrêté un instant, arrêté sur la pointe des doigts, avant d’entamer le mouvement suivant. Cela bourdonne, cela swingue, les notes répétitives piquées sonnent en mille alarmes à la ronde. … Et l’humour s’en mêle. Pas pour longtemps, car voici la frappe diabolique, la marche pesante des timbales, bassons, des accords gloussés sur fond de pizzicati. On verse dans le parodique. Quelques balayages de notes rallument la flamme  spirituelle. Le pianiste pratique de la véritable archéologie, découvrant des paysages enfouis, des cités interdites?  C'est l'auditeur qui est interdit! Boris semble extraire des sonorités rares:  nouvelles  ou anciennes ?   Il a la délicatesse du pinceau qui découvre une poterie millénaire et fragile et qui tremble à la fois, tant le cœur bat la chamade. Ce pianiste subjugue et emporte intégralement dans l’imaginaire.

 Des  tonnerres d’applaudissements rappelleront plusieurs fois les trois candidats en fin de concert  qui livreront à six mains jointes un petite pièce fine comme de la porcelaine…écoutée religieusement par une salle sous le choc de la Beauté.

  

Ré-écoutez: http://www.rtbf.be/radio/player/musiq3?id=1832759

Concert avec les 1er, 2e et 3e lauréats du concours de piano 2013
Avec deFilharmonie, dir. Edo de Waart

Tickets : réservation à partir du mardi 12 février 2013 au Palais des Beaux-Arts

Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto n. 9 en mi bémol majeur KV 271 (Allegro, Andantino, Rondeau. Presto) [Mateusz Borowiak - deFilharmonie - Edo de Waart]

Interprètes : Mateusz Borowiak (Soliste), deFilharmonie (Orchestre), Edo de Waart (Chef d'orchestre)
Œuvre : Concerto n. 9 en mi bémol majeur KV 271 (Wolfgang Amadeus Mozart)

Sergey Rachmaninov : Concerto n. 3 en ré mineur op. 30 (Allegro non tanto, Intermezzo, Alla breve) [Rémi Geniet - deFilharmonie - Edo de Waart]

Interprètes : Rémi Geniet (Soliste), deFilharmonie (Orchestre), Edo de Waart(Chef d'orchestre)
Œuvre : Concerto n. 3 en ré mineur op. 30 (Sergey Rachmaninov)

Pause


Sergey Prokofiev : Concerto n. 2 en sol mineur op. 16 (Andantino, Scherzo vivace, Intermezzo (allegro moderato), Final (allegro tempestoso)) [Boris Giltburg - deFilharmonie - Edo de Waart]

Interprètes : Boris Giltburg (Soliste), deFilharmonie (Orchestre), Edo de Waart(Chef d'orchestre)
Œuvre : Concerto n. 2 en sol mineur op. 16 (Sergey Prokofiev)

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administrateur théâtres

Concert 2013-06-13 L'OPRL, Patrick Davin et les Lauréats du CMIREB 2013

Le concert des Lauréats: il y a une semaine déjà! Et pourtant il y a comme le reste d'un sillage majestueux. Un souvenir intense de fraîcheur flotte encore dans l'esprit ou qui sait, dans le corps-et-âme.  La Reine Fabiola est apparue une nouvelle fois dans la loge royale pour venir écouter et applaudir les trois jeunes gens débordants de talent. Elle-même, fort applaudie du public reconnaissant.

Le Concert des Lauréats du 13 juin 2013 accueille un favori du public : Andrew Tyson avec le concerto n° 1de Frederik Chopin en mi mineur. Un magnifique mélange de discours éthéré et de sentiments dramatiques. Andrew Tyson est habité par sa rêverie. Il a une spécialité : un toucher presqu’aussi moelleux que du duvet d’oiseau qu’il sait alterner avec une frappe vigoureuse et une virtuosité galopante. Il est remarquable de complicité avec l’orchestre, un sourire de félicité flottant sur son visage épanoui. Des mimiques extatiques et un jeu surnaturel lui font célébrer la Beauté. C'est bien de cela qu'il s'agit. Le choix de ce concerto particulier de Chopin, peut-être le plus délicat d’entre tous, celui qui vous fait penser à des moments sublimes de votre vie…est délibéré. Andrew Tyson s’abreuve du parfum de la musique et fait exulter l’orchestre. Les violoncelles et violons s’emplissent de ferveur. Fraîcheur exquise, frappe juvénile, légèreté et gravité tout à la fois, et la virtuosité sublime au bout des doigts. Une union presque mystique avec Patrick Davin, fait battre les cœurs. Il s'agit sans doute d'amour:« Est-ce qu'aimer, ce n'est pas vouloir rejoindre, sans relâche? » 
 
Les applaudissements seront très enthousiastes, avec plusieurs retours sur scène et de chaleureuses accolades du chef d'orchestre
Patrick Davin, à la tête de l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège

Voici une autre grande favorite: Call me Zeezee (Zhang Zuo) ! Le Liszt la plonge tout de suite dans l’émotion ardente. Elle énonce des phrases de tragédienne née. Insuffle une force vitale à son instrument, alterne avec des contrastes angéliques, emmène dans une enfilade de mystères dont elle a la clef. Développe la moindre suggestion orchestrale avec articulation fervente et attentive. Exploite les replis du drame et le transforme en trilles de bonheur. Voilà qu’elle frôle d’ailleurs l’humour en se balançant sur les jeux du triangle très présent ! Facéties, elle joue comme une jeune tigresse entre innocence feinte et volupté musicale ! Son sourire épanoui montre qu’elle s’amuse même avec le chef d’orchestre. Glisse sur la tristesse, maitrise flux et reflux, sorte de Neptune au féminin, toute puissante. Elle force l’admiration totale. Le visage est tendu vers le ciel, transporté! Et les mains ? Un jeu d’enfant. Libère l’énergie pure, jette à tous vents des accords prophétiques et l’orchestre rendu muet écoutera religieusement ses trilles, ses notes frappées, ses silences et la reprise délicate du thème… On est sous le charme infini de cette pianiste acclamée avant la fin du concerto, au bout d'une prestation qui tient de la magie. Standing ovation. Trois retours sur scène où elle applaudit l'orchestre et son chef.

And last but not least, voici Stanislav Khristenko...un monstre sacré qui porte le flambeau de l’âme russe avec le mythique Concerto n. 3 de Sergey Rachmaninov. Après l’introduction orchestrale le pianiste bondit, accueille la douleur, la caresse reprend le thème dans l’octave supérieur. La tendresse a déjà remplacé la nostalgie. L’orchestre gémit et les couleurs pianistiques s’opposent et se répondent comme dans un kaléïdoscope. Voici une construction architecturale d’arcades  musicales qui veulent toucher le ciel. La gradation d’intensité en crescendo de l’amour de la musique est très palpable dans ce programme et sous les doigts des trois lauréats qui semblent tout donner de leur substance musicale. Stanislav a effleuré une note de souffrance mais voici déjà des vagues de résilience joyeuse, des rythmes swingués, un orchestre rutilant lui répond, le piano écoute, rompt, s’emporte, galvanise, mystifie, dynamise, et prend la tête d’une humanité gagnante. Les ponctuations nettes de l’orchestre accompagnent cet oiseau de feu qui chante le bonheur, les trilles voluptueuses, libres insaisissables. Et ces chants se transforment en lumière. La construction est surnaturelle, la tension devient paroxystique et le finale est grandiose. La salle est en délire.

Le public n’en finira pas d’acclamer, d’applaudir, de célébrer ces trois héros musicaux du printemps 2013. Une véritable consécration. On garde précieusement cette impression d'avoir reçu ce 13 juin un cadeau musical inestimable, un triple souffle d'oxygène spirituel.

 Ré-écoutez:

http://www.rtbf.be/radio/player/musiq3?id=1831559

  

 

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Jeudi 13 juin 2013 à 20:00 Palais des Beaux-Arts/Salle Henry Le Boeuf (Bruxelles)
Concert avec les 4e, 5e et 6e lauréats du concours de piano 2013 Avec l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège, dir. Patrick Davin
Tickets : réservation à partir du mardi 12 février 2013 au Palais des Beaux-Arts
Fryderyk Chopin : Concerto n. 1 en mi mineur op. 11 (Allegro maestoso, Romance, Rondo) [Andrew Tyson - Orchestre Philharmonique Royal de Liège - Patrick Davin]
Interprètes : Andrew Tyson (Soliste), Orchestre Philharmonique Royal de Liège(Orchestre), Patrick Davin (Chef d'orchestre) Œuvre : Concerto n. 1 en mi mineur op. 11 (Fryderyk Chopin)
Franz Liszt : Concerto n. 1 en mi bémol majeur (Allegro maestoso, Quasi Adagio - Allegro vivace - Allegro animato, Allegro marziale animato) [Zhang Zuo - Orchestre Philharmonique Royal de Liège - Patrick Davin]
Interprètes : Zhang Zuo (Soliste), Orchestre Philharmonique Royal de Liège(Orchestre), Patrick Davin (Chef d'orchestre) Œuvre : Concerto n. 1 en mi bémol majeur (Franz Liszt)
Pause
Sergey Rachmaninov : Concerto n. 3 en ré mineur op. 30 (Allegro non tanto, Intermezzo, Alla breve) [Stanislav Khristenko - Orchestre Philharmonique Royal de Liège - Patrick Davin]
Interprètes : Stanislav Khristenko (Soliste), Orchestre Philharmonique Royal de Liège (Orchestre), Patrick Davin (Chef d'orchestre) Œuvre : Concerto n. 3 en ré mineur op. 30 (Sergey Rachmaninov)
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AFFEternelville.jpg       Eternelville, Terra Incognita

 

La pièce "Le Brusque et le Dément" de Sébastien Vanden Berghe (texte et mise en scène)  a été présenté en création au théâtre de La Clarencière du 18/12/2012 au 22/12/2012. Présentée avec son alter ego, voici une deuxième partie très percutante (d’une future trilogie) avec le même Sébastien Vanden Berghe dans le rôle de Ménadel et Antonio Barile dans le rôle de Fausto Phéles. Deux anges qui ont eu une permission d’une heure incognito sur la Terra Cognita. Il n’en faut pas plus au jeune auteur pour secréter un texte magnifique composé  avec soin, en sept tableaux à l’écriture fine et ciselée. Cognita en effet, nous connaissons tous ces sept cercles de la terre  et ce  qui s’y passe comme cruauté, souffrances et abominations, mais les scènes présentées le sont avec infiniment de délicatesse. C’est le germe de l’espoir à l’œuvre. Ou l’oeuvre de l’espoir ?   Comme le dit très bien Beaudelaire, "L’orage rajeunit les fleurs et donne un nouvel espoir".  Par le truchement d’une très belle langue  imagée, fluide et poétique, et d’une non moins belle interprétation scénique, le spectateur survole de ses ailes d’ange lui aussi le terroir humain  « that  really needs improvement » comme l’on dit en langue polically correcte.

Certes il y a toute la place voulue pour le progrès, et c’est ce que l’on espère en ressortant de ce spectacle  très percutant et très peu anodin malgré les apparences. Ce texte beau comme un carnet d'aquarelles n’a pas encore trouvé d’éditeur et pourtant le texte a fait se rencontrer deux comédiens en totale symbiose. Symbiose contagieuse, il va de soit.  On lui souhaite bon vent et surtout de nombreux lieux d’accueil car il porte en lui les germes du changement. Nous l'invitons chez Art et Lettres, il y a sa place.

Une création utile que l’on voudrait appuyer de manière forte. Ainsi que ce petit lieu préservé du consumérisme qu’est le ravissant théâtre de la Clarencière où, infatigable, Fabienne Govaerts œuvre sans relâche depuis 15 ans pour promouvoir les Belles Lettres Françaises, le plaisir du théâtre et la convivialité. La crise n’émousse pas la curiosité de son Public, ni la créativité des artistes invités à se produire entre ses murs accueillants. Les meilleurs spectacles, elle les emporte à Avignon sous  pavillon belge. Quand ce n’est pas jusqu’en Afrique, au Sénégal! Ce lieu est à Bruxelles l’une des rares pépinières du futur !

Du questionnement contemporain sans compromission est bien le propos de cette pièce de Sébastien Vanden Berghe. Une belle réponse aux inquiétudes du siècle, avec des conclusions en devenir, un bon antidote à l’esprit de sinistrose ambiant, quand on savoure la connivence théâtrale  des deux anges antinomiques.

Extrait:

Ménadel : Et si le corps était la note ultime, celle d’une danse sacrée tournée vers la lumière ?

Seraient-ils ces enfants-là, ces porteurs d’espoir, ces chanteurs du possible ?

Si le corps était une prière élancée vers le ciel étoilé ?

S'ils étaient tout ce que l’on nous cache, cette parenthèse enchantée ?"

Question:

Quand on rencontre un ange, qu'est-ce qu'on dit? Qu'est-ce qu'on fait? On s’envole! Merci à la directrice de théâtre pour cette rencontre ailée...

 

Eternelville : Terra Incognita Interprétation et mise en scène : Sébastien Vandenberghe et Antonio Barile Ecriture : Sébastien Vandenberghe Production : Compagnie des Morts Debout

Deux anges se posent sur terre. Drôle de voyage. Drôles d'anges. Fausto Phélès, dur, percutant, juste et sévère car telle est sa nature, imperturbable, sans pitié pour l'humain dont on vante les mérites. Ménadel, trop angélique pour être honnête reste sensible au sort des Hommes. Deux personnalités célestes, aux caractères trempés qui invitent à la danse, même macabre, la voilà qui danse cette humanité aux rythmes endiablés de ses histoires à dormir debout.

Deux anges, deux points de vue. Quelle périlleuse mission que d'avoir à juger l'humanité. Deux anges qui posent des questions sur la nature humaine. Deux anges sans réponse racontent des histoires, Deux anges de passage dans la folie des hommes. Deux anges pour une heure seulement !

Pièce en 1 acte et 7 tableaux - durée 1h15 sans entracte

Fausto Phélès est interprété par Antonio Barile

Ménadel par Sébastien Vanden Berghe

                                        Les mercredi 19, jeudi 20, vendredi 21 et samedi 22 juin 2013 à 20h30

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Vous qui pensiez voir des violons dans la fosse jouer Lully, détrompez-vous. Si perruque d’époque il y a, et au singulier, elle deviendra pathétique et couverte de ridicule. C’est un théâtre très costumé mélangeant genres et époques. ( Création de Françoise Van Thienen). Un fauteuil et peut-être un tabouret font l’économie de tout autre accessoire. Afin de nous être plus proche ? Tant que cela plaît…et que les comédiens sont bien trempés dans la théâtralité, c’est sûrement bon ! Vous verrez des jeunes danseurs disco-techno qui s’éclatent et parodient le menuet et les danses galantes, comme s’ils étaient au Club Med (Chorégraphie de Stephanie Lowette). Cette pièce de Molière qui, la première, instilla dans notre jeunesse le rythme de la phrase, le plaisir des beaux mots et des expressions obsolètes, le sens de la comédie, l’esprit du suspense, le goût de l’humour et de la saine critique, est devenue sous la direction de Serge Demoulin… une farce moderne rock-coco.

 

 Il y aura sans doute des détracteurs, car le texte de la comédie-ballet n’a pas été gardé dans son élégance première au cours de la réécriture mais, comme la musique de Lully (adaptée par Daphné d'Heur), il  a été tordu pour le rendre plus percutantaux oreilles modernes et dénoncer ouvertement  la vanité de l’homme qui se rêve autre qu’il naît! Mais est-on vraiment à une époque de nouveaux riches prétentieux ou bien,  à une époque de nouveaux pauvres  et de démunis appelant à la raison ...qui ne serait pas toujours celle du plus fort ?  La femme a le beau rôle.  Ouf ! Cette bourgeoise bon teint à la voix de commère est une reine ignorée. Elle sait d’instinct la valeur des vraies valeurs et ne court pas après des chimères comme son naïf de mari qui s’émerveille tel une alouette, des apparences  et des trompe-coeur, et devient  victime consentante de tous les pièges et  hypocrisies du siècle.

 

images?q=tbn:ANd9GcSAf2OR-poyVfQpW22g3ClyU1XKjQx6CD3S4xWoc3PO9XcGkTNTCe qui est sûr c’est que la troupe de comédiens qui a joué dans plusieurs très beaux spectacles du Public cette année (Réal Siellez, Alexis Julémont, Maroine Amimi… ) s’amuse follement, comme à une auto-revue décalée! Et c’est vachement communicatif. Le rôle mythique du Bourgeois Gentilhomme sied à merveille à Michel Kacenelenbogen qui en fait une sorte de manifeste pour le rôle utile de l’artiste dans la société.  Lui aussi joue et s'amuse, d’une voix tantôt de bon vivant tantôt de celle de l'amoureux transi …pour sa propre image virtuelle. Quel talent de comédien ! Plus il avance dans l’intrigue, plus il se grime, à en devenir plus ridicule que les Précieuses du même nom. Les chansons ont du peps, le décor en triptyque est plein de trappes, celles de la dictature de l’argent et prend des airs de « Big Brother is watching you » !

Enluminure_300x0.jpgEt de surcroît, il est difficile de ne pas pouffer ou  de se tordre de rire carrément,  tant le comique est bien travaillé, truffé de trouvailles intelligentes et bien amenées. Si le jeu d’enfer est  un moyen pour attirer le public vers les textes classiques, on comprend la démarche, même si la nostalgie pour Jean-Baptiste Poquelin nous tire de temps à autres par  le bout du cœur. Et nous irons donc tous en enfer !  

Infos/Réservations

0800/944 44

Théâtre Le Public

Rue Braemt, 64-70

1210 Bruxelles

www.theatrelepublic.be

 

play_326_visu_le_bourgeois.jpg?width=250LE BOURGEOIS GENTILHOMME

de MOLIERE
Mise en scène : Serge Demoulin. Avec Michel Kacenelenbogen, Anne Sylvain, Babetida Sadjo, Maroine Amimi, Cédric Cerbara, Claire Beugnies, Grigory Collomb, Vincent Doms, Alexis Julémont, Agnieszka Ladomirska, Marvin Mariano, Quentin Minon et Réal Siellez.  DU 09/05/13 AU 29/06/13

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Partenariat vivant : je partage donc je suis...

thmb_11970_img1.jpghttp://www.netevents.be/ExternalLink.cfm?lang=fr&YellowID=119&a...  Orchestre National de Belgique

Fête de la Musique - concert gratuit

Andrey Boreyko direction - Nikolai Lugansky piano - Orchestre National de Belgique

Richard Wagner, Ouvertüre (Der fliegende Holländer) Sergey Rakhmaninov, Concerto pour piano et orchestre n° 2, op. 18 Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 3, op. 55, "Eroica"

Andrey Boreyko se penche sur le Deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov aux côtés du célèbre pianiste russe Nikolai Lugansky. La technique magistrale et la grande profondeur de ce dernier assure une interprétation des plus passionnantes. Avec un plaisir communicatif, Boreyko nous offre en outre une bonne dose d’héroïsme beethovénien.

Dates
Jeudi 20.06.2013 - 20:00
Lieu
Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf
=====================================================================
Rue Ravenstein

Partenariat vivant : je partage un (ou deux) billet(s) de CONCERT  THEÂTRE  pour vous ce soir. Le mercredi 19 juin à 20h 30 (si vous m') envoyez-moi un mail,

Eternelville : Terra Incognita
Interprétation et mise en scène :
 Sébastien Vandenberghe et Antonio Barile
Ecriture : Sébastien Vandenberghe
Production : Compagnie des Morts Debout 

Deux anges se posent sur terre. Drôle de voyage. Drôles d'anges. 
Fausto Phélès, dur, percutant, juste et sévère car telle est sa nature, imperturbable, sans pitié pour l'humain dont on vante les mérites.
Ménadel, trop angélique pour être honnête reste sensible au sort des Hommes. 
Deux personnalités célestes, aux caractères trempés qui invitent à la danse, même macabre, la voilà qui danse cette humanité aux rythmes endiablés de ses histoires à dormir debout.

Deux anges, deux points de vue. 
Quelle périlleuse mission que d'avoir à juger l'humanité. 
Deux anges qui posent des questions sur la nature humaine. 
Deux anges sans réponse racontent des histoires, 
Deux anges de passage dans la folie des hommes. 
Deux anges pour une heure seulement !

 

Pièce en 1 acte et 7 tableaux - durée 1h15 sans entracte

 

Fausto Phélès est interprété par Antonio Barile

Ménadel par Sébastien Vanden Berghe

Les mercredi 19 à 20h 30 (si vous m') envoyez-moi un mail, ( jeudi 20, vendredi 21 et samedi 22 juin 2013 à 20h30)

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Adresse: Théâtre de la Clarencière 
20 rue du Belvédère - 1050 Bruxelles

 

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administrateur théâtres

Il se démonte en lui-même
en une infinité de pièces minutieuses
sans nombre
par jeu de pertes et d’usures

il se défait

quelques fois il s’empare de l’une des pièces
une idée au hasard
une image de petit bois sec
un claquement de pomme de pin

d’autres fois il prend des notes
noter : cette douleur s’estompe songer à envoyer
bon de commande
noter : ce bonheur semble fragile songer à renforcer
les axes aux entournures
noter : cette envie de pleurer
d’aimer
de boire
d’oublier
de mourir
de vivre seul

il prend soin néanmoins de ne point mélanger
l’ordre de remontage
hélas cette pièce est usée elle aussi
trop usée
qui de quoi de quand où ça allez savoir

il sort de son hangar d’argile

aux autres il demande de l’aide
un plan pour repartir
mais c’est partout le même bordel on lui répond

il s’assoit
il cherche ses coudes
ses genoux
il cherche ses mains pour prendre sa tête
qui traîne
quelque part à côté du cœur tout démonté

il pleure sans larme
il pense à la tristesse de la vie qui l’attend
là-haut dans la pénombre de ses yeux baissés
égarés
quelque part.

texte extrait de "tu n'es pas encore prêt pour ton jour de chance en enfer" - Le Veilleur Editions - 2000 - épuisé -

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