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Etincelles

Étincelles

 

Je dors abasourdi et alourdi par les remords

De cette étoffe qu’est ma vie sans rebords

 

Dans les grandes étendues noires de ma tête lourde

Se disputent des étoiles filantes, des pensées balourdes

 

Je me tourne,  me retourne ; je  m’ébats et me débats

M’accroupis, me blottis, et finis par prendre mes ébats

 

Mon Dieu ! Ces étincelles qui brulent dans les ténèbres de ma tête,

Que puis-je faire contre elles ? Comment parvenir à leur conquête ?

 

Soudain je vois défiler l’aurore de ma journée dorée

Mais d’un coup s’effiler comme un fin tissu sans orée

 

Et comme rien, presque rien n’a apaisé mes tourments

Endolori, le verbe me soutient et pétrifie ces moments.

 

Lahoussine EL HOUSSAINI

Agadir, le 31/03/2014

 

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Un petit bouquet de printemps

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Marchant paisiblement sur un sentier non balisé, je fut surpris d'entendre un oiseau chanter, de voir un insecte tournoyer nerveusement, d’apercevoir un bourdon au raz du sol et plus loin, j'ai vu aussi quelques points colorés.  

Lorsque prudemment je me suis approché de ce carnaval bariolé, j'ai bien eu l'envie de cueillir ces éclats de couleur, de les emporter et les mettre dans un petit vase chez moi, sur le bureau...

Mais une elfe passant par là me dit : "non ! ne fait pas ça ! admire, contemple, sent, mais ne cueille pas ces joyaux naturels ; d'autres passeront par ici et eux aussi verront comme toi que le printemps est bien arrivé !".  

J'ai suivi alors son sage conseil. J'ai figé l'instant sur une image de ces quelques petites fleurs de printemps et lorsque je suis rentré chez, j'ai rempli un vase d'eau fraîche, ce vase qui normalement était destiné à recevoir les quelques fleurs et soudain, un miracle s'est produit, l'eau s'est mélangée à des pigments et j'ai réalisé cette aquarelle en souvenir de ce jour superbe où une elfe m'a parlé. 


Freddy SOSSON

  

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La commémoration

L'invitation avait été rédigée à l'en-tête du tribunal de commerce. Cette idée, il n'y a pas de petites économies, émanait tout naturellement du cerveau rationnel de Jean Pottier, le président du tribunal. Celui que ses condisciples surnommaient le compotier. Cela faisait rire toute la classe.

Il s’agissait du 150ème anniversaire de l’école. Une cérémonie présidée par un représentant du ministre de l’enseignement aurait lieu à l’hôtel de ville. Tous les anciens élèves, il l’espérait, y assisteraient.

Robert n'était plus revenu depuis dix ans, et il se demandait s'il avait envie de revenir.

Il se souvenait d'un film dans lequel, autour d'une tombe, quelques anciens d'un collège anglais - peut -être que ce n'était pas un collège anglais mais qu'est ce que cela changeait ? - assistaient à l'enterrement d'un de leurs anciens condisciples. Ils se regardaient, et on avait le sentiment que la seule question qu'ils se posaient était: lequel d'entre nous sera le suivant?

Souvent les commémorations ressemblent à des funérailles.

A quoi bon y aller. Il n'irait pas.

La plupart des années d'adolescence avaient été des années d'insouciance. L'adolescence est une période heureuse. C'est ainsi en tout cas qu'elle figurait dans sa mémoire.

Sa mémoire, lorsqu'il s'agissait de son adolescence, était comme une ville qu'il aurait dessinée lui-même. Les rues où résonnaient le pas des amoureux enlacés, la grand' place triangulaire où se tenait la Foire de septembre avec ses gaufres parfumées et les amandes que grillait Ali-Baba dans son échoppe, les jardins publics fréquentés par les propriétaires de chiens lorsque le soir tombait. Il aurait pu la parcourir les yeux fermés. Parfois, il rêvait encore d'y marcher toute la nuit.

Décidément, il irait à la commémoration.

Et puis, il reverrait sans doute Julie, la femme de Bernard. Ce n'est pas Julie qu'il avait épousée. Elle était amoureuse de lui mais, c'est stupide, il y a un âge pour se marier. Un an plus tard, il épousait Malou. Julie s'était mariée  un mois après lui. Chaque couple avait assisté au mariage de l'autre.

- Je te souhaite tout le bonheur du monde.

Julie l'avait embrassé. Elle aimait les parfums tenaces.

Parfois il pensait à elle tandis qu'il caressait Malou. Peut-être que Julie pensait à lui quand elle commençait à gémir ?

Leur couple n'avait jamais été un couple heureux. Quinze ans plus tard, Malou et lui s'étaient séparés.

Comment Julie faisait-elle l'amour?

Il écrivit au président qu'il viendrait et réserva une chambre pour trois nuits.

Le ciel était uniformément bleu. Pas un nuage, et pas un souffle de vent. Un mois de septembre exceptionnel. Les hommes avaient le col ouvert, les femmes portaient sur une jupe courte un T-shirt de coton ou un chemisier largement échancré. Il y avait longtemps que l'été n'avait été si beau. Robert se promena jusque tard dans la soirée dans cette ville retrouvée.

Dans les cafés où il s'arrêtait pour prendre un verre de bière en regardant les gens, il ne reconnaissait personne. Quelques visages cependant lui parurent familiers. L'un d'eux lui fit un sourire, et il répondit en souriant lui aussi. Après tout, pour ces gens-là, peut être n'avait-il jamais quitté la ville.

Est-ce qu'il reconnaitrait Julie?

La commémoration, à l'Hôtel de ville, avait lieu à 11 heures. Il était venu une demi-heure plus tôt pour voir les arrivants qu'il reconnaissait sans mal. En dix ans les hommes ne changent pas beaucoup. Moins que les femmes. Les femmes dès qu'elles sont mariées doivent penser que le plus important est fait, elles soignent moins leur aspect.

Robert reconnaissait la plupart de celles de ses amis. Les uns et les autres avaient un peu grossi. La taille un peu ronde est un signe de bien-être social.

Ils échangèrent des sourires, parfois quelques mots, mais parce qu'il se montrait distant, ils s'éloignèrent très vite. C'est Bernard qu'il attendait avec impatience. Bernard et Julie.

- Bonjour, Robert.

- Je ne t'avais pas vue.

Il avait les joues en feu.

- C'est Bernard que tu cherchais? Il ne rentrera que demain, c'est la Foire du Printemps à Paris.

A force de ne regarder que les hommes, il n'avait pas vu Julie à ses côtés qui l'examinait en souriant.

- Tu n'as pas changé. Enfin, pas beaucoup. Un peu moins maigre. Et moi?

- Plus belle qu'avant. Plus séduisante. Plus.

- Rien que des plus?

- Tu le sais bien. C'est toi que j'aurais du épouser. Il a de la chance, Bernard. Je suppose qu'il le sait.

- Pas toujours. Est-ce qu'on peut juger ce qu'on a sous la main. Les vaches du voisin sont toujours plus appétissantes. Non, je plaisante.

- Moi, je ne regarderais pas les autres femmes.

- Mais tu en as épousé une autre.

La salle de réception de l'Hôtel de ville, la salle d'apparat, celle qui était consacrée aux grandes réceptions et aux mariages des familles de notables, était pratiquement pleine. Au bout, face à l'entré principale, flanquée de deux huissiers en jaquette, sur une estrade recouverte d'un drap vert, au milieu de tréteaux qu'on avait recouvert de rouge, les couleurs de la ville, trônait à coté du représentant du ministre, Paul Pottier, le cou tendu et le menton levé. Il regardait la salle d'un air satisfait mais il semblait à Robert que c'est lui, resté debout, qu'il fixait. Paul abaissa lentement la tête pour n'avoir pas l'air d'être le premier à saluer. Robert abaissa la sienne. Ce n'était peut être pas Robert que Paul dévisageait mais Julie.

Il étouffait soudain dans cette salle bondée, bruyante, qui n'attendait sans doute que le coup de maillet professionnel de Paul pour faire silence.

- Tu veux rester? Partons.

Il lui saisit le bras, et ils sortirent par une porte de service. Dehors, sous le soleil de midi, il se tourna vers Julie.

- Tu voulais peut-être rester ?

Elle fit non.

- Allons chez moi.

 Il se souvenait de leur appartement que Bernard avait fait aménager au dessus de ses bureaux. Il s'assit sur le divan de cuir qui faisait face au poste de télévision. Julie, devant la large fenêtre, scintillante sous le soleil, le dévisageait, les jambes légèrement écartées. A travers sa robe légère, c'est son corps qu'il contemplait.

- Julie.

- Oui.

Il s'était levé. Il avait à peine mis ses mains sur ses épaules, qu'elle fouillait sa bouche.

- Reste. Passe la nuit ici. Bernard ne rentrera qu'après-demain. Les bureaux sont fermés jusque lundi. 

- Et s'il téléphone?

Ils étaient couchés, nus. Julie, étendue sur le ventre le regardait tandis qu'étendu sur le dos, il regardait le plafond. Le couvre lit était rejeté sur le sol. Il avait failli trébucher dessus en allant à la cuisine pour chercher un verre d'eau. Avant qu'il ne s'étende, elle avait voulu qu'il restât debout un moment.

- Tu es toujours aussi tendu?

Elle avait du hésiter avant de lui poser la question, elle l'avait posée à voix basse, et répétée parce qu'il ne l'avait pas bien entendue.

- Il y a longtemps que tu n'as pas fait l'amour?

- Je t'ai déçue.

- Je t'aurais demandé de rester? Je me demandais comment font les célibataires pour avoir une vie normale. Viens. Tu vas voir comme je vais t'aimer.

Elle le caressait avec des gestes précis mais doux, parfois hésitants. Elle avait peur de trop bien faire. Robert, lui, se laissait caresser par les gestes que Bernard, le séducteur aux nombreuses liaisons de leur jeunesse, avait sans douté enseignés à son épouse. Il était incapable de respirer sans effort, empli de tendresse envers cette femme qui aurait pu être la sienne. Après qu'elle se soit endormie, il se demanda comment il avait pu vivre sans elle.

Le lendemain, ils furent face à face, adultes aux yeux cernés, les traits tirés, exhalant cette odeur surette des corps qui se sont beaucoup aimés.

- Je t'aime. Je ne veux plus vivre sans toi.

Les larmes lui venaient aux yeux.

Julie se leva. Elle était épanouie, heureuse du bonheur que ressentent les femmes désirées.

- Je vais nous faire du café. Fort. Et je vais nous faire couler un bain. Non, ne te lève pas. Je vais t'apporter ton café au lit.

- Nous allons tout recommencer, Julie. Tout ce qui s'est passé, hors de nous deux, n'existe plus.

- Tais-toi. Tu es un enfant.

Mais l'après-midi, elle s'était laissé convaincre.

Il avait dit que peu d'êtres humains recevaient du destin une seconde chance. Que la plupart, s'ils se plaignaient de ne pas en recevoir, en avaient peur en réalité. Et qu'ils avaient le restant de leur vie pour le regretter. Eux, ils  n'allaient pas laisser passer cette occasion merveilleuse de retrouver leurs vingt ans. Elle ne pouvait pas le nier, ils étaient faits l'un pour l'autre. Leurs corps s'étaient enfin retrouvés.

Robert dit que c'était le destin qui l'avait poussé à assister à la commémoration. Il avait eu l'intention de ne pas venir. Il n'aimait pas les réunions d'anciens combattants. Il aurait pu se rendre directement à Deauville pour le festival du film américain. La boite pour laquelle il travaillait, une maison de distribution de films, avait des documents à faire signer à un producteur. Est-ce qu'elle connaissait Deauville ? Il lui présenterait des vedettes de cinéma. Ils visiteraient la région. Est-ce qu'elle avait déjà joué au casino ?

- Tu me soûles.

- Partons maintenant.

- Tout de suite?

- Tout de suite.

Pendant que Robert allait chercher sa voiture, elle emplit une petite valise de quelques vêtements. Elle se disait qu'elle en achèterait au fur et à mesure qu'elle en aurait besoin ou envie. Robert avait dit qu'il la voulait toute nue. Elle nageait en plein romantisme. Elle pensait, elle ne voulait pas penser. Comme lui, elle avait vingt ans.

Ils arrivèrent à l'hôtel à la tombée de la nuit. L'air avait fraichi. Ils marchèrent le long de la mer en se tenant par la main. Et, ils montèrent dans leur chambre sans dire un mot. Une véritable scène de cinéma, en vrai.

Ce fut un séjour, à proprement parler, inoubliable. Ils le pressentaient, ils s'en souviendraient toute leur vie tant il était différent de tout ce qu'ils avaient connu ou pourraient connaitre. Jean Renoir, le producteur américain que Robert devait rencontrer était d'origine française. Lors du diner auquel il les avait conviés, le vin aidant, Robert lui avait confessé leur aventure.

- C'est formidable. Une histoire formidable.

Durant sept jours, ils assistèrent à des projections, firent connaissance d'acteurs, participèrent à des soirées qui se prolongeaient tard dans la nuit. A croire que le monde du cinéma était devenu le leur. C'est fatigués, qu'ils montaient se coucher sans que leur appétit l'un de l'autre s'en trouvât diminué. Au contraire, l'excitation de leurs sens durant la journée, et la légère ivresse procurée par le vin, leur avait ôté toute inhibition. Le moindre attouchement, le plus tendre sous-entendu, relançait leur désir.

Lorsque le festival se termina et que soudain ils ne furent plus que deux, ils se sentirent soulagés. Finalement tout l'éclat de ces journées qui les avait plongés dans un monde merveilleux les avait séparés d'eux-mêmes. C'est d'eux-mêmes désormais, comme avant leur départ pour Deauville, qu'ils recevraient la grâce de s'aimer.

Ce sont les mots que Robert utilisa.

Le matin, avant que Julie ne se lève, il sortait pour marcher durant une heure le long de la mer. Lorsqu'il rentrait, elle l'attendait sur le lit, et ils s'aimaient. C'était une sorte de rituel qu'ils s'efforçaient d'instituer. Leurs corps, ainsi, auraient toujours cette exigence.

Mais ce jour-là, il n'y avait personne dans la chambre, et le lit avait été refait. Julie n'était pas dans la salle des petits déjeuners. Dans le hall, le concierge lui fit signe.

- Madame a demandé un taxi. Elle m'a dit de vous dire qu'il ne fallait pas vous inquiéter. Elle a laissé une lettre pour vous.

Julie lui disait qu'elle l'aimait, qu'elle l'aimerait toujours, et qu'elle n'oublierait jamais ces quelques jours.

- Je ne pouvais pas, tu comprends, mais je t'aimerai toujours.

C'est par ces mots, elle les avait soulignés de deux traits, qu'elle avait achevé sa lettre.

Il n'aurait pas du la laisser seule.

Certaines femmes sont comme des oiseaux. La présence de Robert lui avait servi de cage. Si on les perd de vue, ne serait-ce qu'un instant, elles s'échappent.

Cette certitude qui noue l'estomac parce qu'elle enchante et terrorise tout à la fois se nomme l'amour

 

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Le printemps,

Printemps magique, éblouissant ;

L'arc-en-ciel n'est-il pas l'éternel enfant

du soleil et de la pluie mêlés ?

Cette flagrance de l'entre-deux ;

l'air élargi, presque trop pur, bleu.

Cette joie qui fait monter les larmes,

notre corps trop ému,

porteur du monde entier ;

douce violence, chaos intérieur.

C'en est trop d'un coup !

L'arc-en-ciel n'est-il pas,

l'immatériel baiser diapré et suave,

de cette union céleste et baptisée ?

Oh, J'aime l'arc-en-ciel,

cette aérienne enfance,

en même temps que terrestre,

dans le ciel passante !

Ma belle Amie,

à laquelle je pense ce jour après la pluie,

tu verras que le soleil,

aura le goût du miel et l'onctuosité

du ciel à la terre accouplé !

C'est déjà le début de la mer ;

la terre, comme tu le sais,

 étant majoritairement bleue.

 

NINA

 

 

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Là-bas, tout près de l'océan

 

À vous deux

 

Un terrain près de l'océan,
Bordé d'un seul mur de clôture,
Où nous jouions étant enfants,
La tête pleine d'aventures.

Je me souviens des joies d'alors,
Des mimosas ensoleillés
Qui offraient leurs pierreries d'or
À nos regards émerveillés.

Nous savions que, collés aux branches,
Des caméléons se cachaient,
Empruntant des couleurs peu franches.
Ils nous fallait les dénicher.

Caméléons et mimosas,
Dans ce grand champ de mon enfance,
Des parfums que je n'oublie pas
Et l'ivresse de l'innocence.

Sur les rives du fleuve immense,
Ne soufflent pas de vents salins.
Ma joie de vivre reste intense,
Près des érables et des sapins.

Or, au printemps, quand les lilas,
Se chargent de fleurs odorantes,
Je repense à nos mimosas ,
À leur beauté éblouissante.

Bordé par l'océan, là-bas,
Ce cher pays de gens affables,
Où fleurissent des mimosas
Et dont les nuits sont ineffables.

23 janvier 2006

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La philosophie personnelle

                                                           

Propos à Nicole Duvivier

 

Depuis l'Antiquité, des penseurs ont répandu leurs idées sur les façons dont il faudrait se comporter pour vivre bien. Ils voulaient rendre les hommes sages. On leur a donné le nom de philosophes.

Au cours des siècles, leurs disciples ont exprimé leurs conceptions individuelles dans un langage tellement complexe que seuls des initiés y ont accès. Faut-il le regretter ou peut-on se passer de la philosophie?

Chacun est doué d'intelligence, réfléchit avant d'agir s'il doit poser des gestes incertains.Parfois l'urgence le presse; la précipitation peut fausser le jugement, il apprend à s'en méfier.

En France et ailleurs dans le monde, de bons vivants ont élaboré d'innombrables avis savoureux que l'on a surnommés proverbes. Ils sont emplis de bon sens mais ils viennent rarement à l'esprit de ceux qu'ils devraient aider et qui agissent alors spontanément, ayant a acquis des valeurs et des croyances qui les guident.

 

Éric Hamel pensait que l'homme ne devient que ce qu'il est. Il parait évident qu'il a hérité de caractères qui le conditionnent et qu'il lui est difficile de modifier complètement. Il voudrait ne plus mentir ou résister à la colère. Chasser le naturel, il revient au galop!Souvent, il ne renonce pas pour autant à changer ses réactions quand il ne les approuve pas?

On a prétendu que vivre bien est un art. Heureux sont ceux qui, ayant peu de besoins,apprécient constamment, dans l'exaltation ou la joie, les sublimes beautés qu'ils découvrent dans la nature.

Après s'être longtemps émerveillés en comprenant les lois régissant l'harmonie, s'ils se sont plus à méditer, ils ont admis que la vie est une grâce et ils s'appliquent à demeurer sereins en se rapprochant du néant.

30 mars 2014

 

 

 

 

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Histoire d'un militant

 

J’étais en train de lire quand j’ai entendu la sonnerie de la porte d’entrée. Je n’attendais personne. Nous étions en Septembre, il commençait à faire noir.

- Henri !

- Je peux entrer ?

- Tu es seul ?

Je l’ai fait entrer. Il a ôté son imper, il donnait l’impression de ne pas savoir ce qu’il devait en faire. Je le lui ai pris. J’étais indécis. Je suppose que moi aussi, je donnais l’impression de ne pas savoir ce qu’il fallait en faire. J’ai eu un moment le sentiment qu’il allait le reprendre. Je l’ai poussé vers un fauteuil du salon.

Lorsque j’ai connu Henri, j’avais quinze ans. Peut-être moins. Je ne m’en souviens pas exactement. C’est vrai que ça n’a pas d’importance. Mais ce sont souvent des détails de cette nature qu’on cherche à préciser au moment des funérailles d’un ami.

Je me souviens du jour où nous avions été au casino de Trouville. Henri avait misé cent francs à la roulette. Le numéro était sorti mais le croupier avait repoussé toutes les plaques vers un autre joueur, un habitué sans doute, qui lui avait souri. Henri n’avait pas osé dire que deux des plaques étaient les siennes. Moi non plus, je n’avais rien dit. On est bête à vingt ans.

C’est la mère de sa fiancée qui m’avait invité dans leur maison de vacances. Elle était d’origine anglaise, et elle avait conservé cet accent dont elle pensait qu’aux yeux des français, il avait un caractère aristocratique.

- Nous sommes ravis, Pierre, de vous avoir à notre table.

Elle me vouvoyait alors qu’elle m’avait connu jeune adolescent, ami de sa fille Simone, et de celui qui allait devenir son gendre, un étudiant doué et  brillant.  

C’est Simone qui me l’avait raconté. Un jour, lors d’une manifestation comme il y en avait de nombreuses en France en 1968, il était à côté d’un garçon qui avait jeté un pavé sur la tête du policier étendu devant eux.

-Arrêtes, arrêtes. Tu vas le tuer, avait crié Henri.

Le garçon était hors de lui. Il avait repris le pavé, et l’avait asséné sur le visage du policier. Quand les autres CRS les avaient entourés, l’un d’eux, leur chef, avait crié :

- Qui a frappé ? C’est toi ?

Le garçon avait secoué la tête. Il était transi de peur.

- C’est toi ?

Henri avait tendu le doigt. Le garçon s’était mis à pleurer.

- Je ne voulais pas, je ne voulais pas.

Plus tard, Henri apprit qu’il s’agissait d’un jeune métallo qui croyait que la révolution avait éclaté. Il était allé au bout de ses convictions. CRS-S.S. avait-il crié.

Simone enseignait l’anglais. Henri avait son diplôme de philo-lettres. Il balançait entre une carrière de chercheur dont il disait en riant : chercheur de quoi, ou un travail de traducteur plus proche de ses goûts. Il soulignait, sans rire cette fois, que ça l’obligerait à mettre les mains dans le cambouis des tâches terre à terre.

Il n’y avait que quelques années que la guerre s’était achevée, et dans l’esprit de beaucoup de jeunes il était temps qu’on transformât le monde. Derrière le Parti Communiste, le Parti de la classe ouvrière, le Parti des Fusillés.

C’est à la fête de l’Huma qu’il avait demandé sa carte du Parti. Le stand était tenu par des jeunes gens. L’un d’eux lui avait crié:

- Salut, camarade.

Henri avait compris qu’il se trouvait parmi les siens.

- Salut, camarade.

Le jeune qui l’avait accueilli se nommait Simon Deltenre. Il lui avait demandé son nom et son adresse.

- Tu feras partie de la section Est. La cellule Bergère, c’est la mienne aussi. Ta carte te sera remise par le camarade Chauffier. Tu devras lui payer ta cotisation. Tu es étudiant ? Il n’y a pas de honte, camarade.

Mais Henri avait rougi. Ce sont les travailleurs qui sont les bâtisseurs du Futur. C’est drôle, même le discours oral avait ses majuscules.

Après s’être mariés, Henri et Simone avaient loué un petit appartement dans le neuvième arrondissement. Deux pièces et une cuisine, côté cour. Lui ne voulait pas attendre, il voulait travailler comme un prolétaire. C’était aussi l’époque des prêtres-ouvriers. Il n’y avait que les ouvriers de chez Renault qui se plaignaient de leur condition sociale.

Un grossiste en textiles cherchait un chauffeur pour effectuer ses livraisons, ce n’était pas mal payé, Henri fut engagé dès la première entrevue avec son futur patron. Il présente bien, pensa le patron, on dirait un étudiant des grandes écoles.

J’ai ouvert la bouteille de whisky.

- Tu es sûr que je ne te dérange pas ?

- Bien sûr que non ! Tu aurais du me prévenir. Et Simone ?

- Elle est à Paris. Je reviens d’Espagne.

- D’Espagne ? Je croyais que les démocrates boycottaient l’Espagne de Franco ?

- Toujours aussi moqueur. Je suis content de te revoir, Pierre. Bien que les circonstances ne soient pas les meilleurs pour des retrouvailles. Hélène n’est pas là ?

- Elle est chez sa mère jusque demain.

 - Je peux dormir ici ?

Il y avait près de six ans que nous nous étions revus. Le jour de mon mariage. Simone et lui étaient venus de Paris sur une moto dotée d’un side-car. Tous les deux avaient enfilé un blouson de cuir. Ils avaient sur la tête une casquette comme en portaient les aviateurs durant la guerre.

On se voyait peu mais on se téléphonait souvent. Ils ne parlaient que de théâtre ou d’événements qui se déroulaient soit en France soit aux Etats-Unis. Parfois, en Union Soviétique. En France, ils étaient de nature sociale. Aux Etats-Unis, il s’agissait de politique impériale, et de la pire espèce. Quant à l’Union soviétique, les questions essentielles touchaient à la culture. Hors du Parti, le Parti c’était le parti communiste, rien de notable n’avait d’existence digne d’être commentée.

D’après ce que j’ai compris par après, en sortant d’une réunion de cellule, il s’était trouvé face à Juan Moralès, le fils d’un de ces républicains espagnols qui avaient rejoint la France à l’avènement de Franco. Juan avait été son condisciple à Philo-Lettres. Le hasard sans doute, ils ne s’étaient plus rencontrés depuis la sortie de la Fac. Juan et lui avaient été de bons amis qui pouvaient parler des heures durant de politique et de philosophie.

- Nous avons besoin de toi, Henri.

- Nous ?

Ils s’étaient attablés à la terrasse d’une brasserie du Boulevard Montmartre.

- Tu veux nous aider, Henri ?

Le cœur d’Henri s’était mis à battre plus vite. Un seul instant avait suffi pour que la vie de Juan, une vie secrète, il l’avait deviné, celle d’un militant, prenne un relief aussi marquant que celui des personnages de l’ombre qui naissent lors des bouleversements de l’histoire.

On était en 1975. Franco était fort malade. Certains disaient qu’il était aux portes de la mort, d’autres disaient qu’il était déjà mort mais que la nouvelle, pour des raisons de haute politique,  était dissimulée au peuple espagnol.

Il y avait comme une césure dans le cours de l’Histoire. Rien ne bougeait. Même le parti communiste, le fer de lance de la lutte, se taisait.

Juan et ses camarades refusaient d’être nés trop tard. Quelques années plus tôt, ils auraient porté l’uniforme républicain. Certains ne s’en tireraient pas à si bon compte. Ils paieraient.

Tout le monde le sait. L’Histoire, c’est aussi l’histoire de chacun d’entre nous. Il y a deux histoires, aussi séparées l’une de l’autre que le sont les planètes: celle de ceux qui traversent leur existence sans savoir qu’ils en sont les maîtres mais qui l’ignorent ou qui veulent l’ignorer, celle de ceux qui se l’approprient tant qu’ils en ont la force.

Henri soudain se rendait compte qu’il n’attendait qu’un signe. Dieu ou le destin, ce n’étaient que des mots pour justifier une soif inexplicable de vivre autrement ou autre chose.

Juan faisait partie d’un groupe de jeunes révolutionnaires, des élèves de l’école d’architecture de Barcelone, qui voulaient contribuer à la fin du régime avant que la monarchie ne remplace la dictature. Seuls des coups de feu pouvaient attester de leur existence.

Juan avait acheté des armes, des pistolets, dans une maison située en banlieue parisienne qui alimentait en armes ceux qui en avait besoin pourvu que ce soit contre argent comptant.

- J’ai payé, j’ai mis les armes en lieu sûr. Mais j’ai le sentiment d’être surveillé, Henri. Ces armes sont dans un sac de sport à la consigne. Il faut les acheminer à la frontière. Quelqu’un t’attendra à Perpignan.

Juan n’avait pas demandé à Henri s’il était d’accord. Peut être qu’il l’avait deviné en le regardant. Peut être que Henri était d’accord avant même que la question ne lui soit posée. Qui sait ce qui motive les gens au delà des apparences. Qu’il s’agisse de vie ou de mort.

- Je dois m’absenter pour quelques jours.

Simone avait compris qu’il s’agissait de quelque chose d’important. Cette nuit là, ils s’aimèrent avec la gravité qui accompagne les gestes qui comptent. Dont le souvenir, un jour, aura l’éclat du diamant.

A Perpignan, Henri était attendu. Par un jeune inconnu et par Juan qui souriait. Il y a, paraît-il, des poignées de main qui valent de grands discours. Henri avait les larmes aux yeux.

Il avait eu peur durant tout le voyage. Il avait fait semblant de ne pas regarder le sac qu’il avait hissé sur le filet en face de lui. Son regard l’y ramenait constamment.

- Ne dis rien, Juan. Ce n’était pas grand-chose.

Je veux vous accompagner.

- Il faudra traverser la montagne à pieds.

Ils traversèrent la frontière à la hauteur de Figueras dès l’aube. Le soir ils étaient à Barcelone.

La suite de son aventure espagnole, je l’ai appris une autre fois. Il m’avait téléphoné avant de venir. Non pas de Paris comme il eut été naturel mais de Bruxelles où il était déjà.

- Hélène est là ?

- Pas de chance, Henri. A croire qu’elle te fuit, elle est chaque fois chez sa mère quand tu es à Bruxelles. Tu dors chez nous je suppose.

Henri m’inquiétait sans que je puisse en donner la raison. C’est moi et moi seul qu’il voulait rencontrer. Il était à peine assis qu’il parlait.

Cette fois là, il se rendait à Barcelone sans raison impérieuse. C’est l’atmosphère de cette ville qui lui était utile.

- Non. Pas utile. Nécessaire, Pierre. On dirait que la vie s’y est arrêtée. Hors du temps, et en même temps…

La première fois, ils s’étaient retrouvés, Juan, son ami et lui dans un petit appartement situé entre la Cathédrale et les Ramblas. Ils étaient six. Cinq garçons et Manuela.  Ils regardèrent les armes et Victor, le plus jeune d’entre eux, fit semblant de viser une statuette qui se trouvait sur la cheminée comme il l’avait vu faire dans des films policiers.

- Dès demain, nous devrons décider de la cible.

Ferdinand, c’est lui qui les recevait, avait sorti d’une armoire la bouteille de Xérès et rempli les verres. Puis, chacun prit congé. Henri avait accompagné Manuela chez elle.  

 Deux fois il était revenu chez Ferdinand. Non plus pour y apporter des armes mais pour participer à l’élaboration de l’Histoire. Franco, disait-on, était entre la vie et la mort. La nuit, il la passait chez Manuela.

Manuela se voulait une passionaria qui vouait sa vie à la classe ouvrière. L’image de la révolution. Elle faisait l’amour avec passion.

C’est le jeune Victor qui bouleversa tous leurs plans. Il n’avait pas pu attendre. Il avait tiré sur un garde-civil sans l’atteindre, et il s’était fait arrêter. Une histoire lamentable et banale qui le mena en prison non pas comme un révolutionnaire mais comme un délinquant ordinaire. Franco venait de mourir officiellement, l’Histoire de l’Espagne se remettait en route.

Par prudence le groupe s’était dissous et leurs membres s’étaient dispersés. Manuela avait quitté Barcelone. Henri n’avait pas cherché à la retrouver. Un an plus tard, il avait revu Juan qui s’efforçait d’être engagé comme fonctionnaire à la  municipalité. Il avait des qualités de leader et saurait diriger un service sans difficulté.

Tout en parlant, nous avions vidé quelques verres de whiskys.

- Je vais préparer ton lit.

- Merci, Pierre. Pas ce soir.

Je n’ai plus revu Henri. Beaucoup plus tard, Henri était mort, Simone, au téléphone, avait évoqué ce qu’elle appelait sa période espagnole.   

Dans la cellule Bergère, sa cellule, les problèmes évoqués ne changeaient pas souvent. Les élections municipales, les manifs, les instructions du Parti. Henri n’y prenait plus la parole que rarement. Simone l’accompagnait mais ils ne s’asseyaient pas côte à côte. Dans la cellule, ils étaient des membres de la cellule avant d’être mari et femme.

Henri ne travaillait plus comme chauffeur Un membre de la Fédération lui avait proposé de seconder le dirigeant d’une entreprise du Parti.

Elle importait des appareils photographiques d’Union Soviétique. Il en devint le dirigeant.

A plusieurs reprises, il s’était rendu à Moscou. Un haut fonctionnaire du ministère avec lequel il lui arrivait de dîner, lui avait dit un soir :

- Tu ne feras pas une belle carrière, Henri. Tu feras une grande carrière. Tu as l’étoffe d’un chef.

Qui avait été  dans le vrai ? Le jeune homme qu’il avait

 

 été ? L’homme qu’il était devenu ?

 

J’ai appris plus tard qu’Henri n’était pas mort de mort naturelle, Il s’était suicidé.

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Emilie et la boîte de Pandore

Chaque matin, Emilie  allume son pc. Une fenêtre qui s’ouvre sur le monde. Emilie s’installe, confortablement dans son vieux fauteuil en cuir, devant cet écran d’ordinateur connecté.  A demi éveillée, le bruit familier de la mise en route la rassure et elle commence une nouvelle journée.  Emilie, jeune femme moderne travaille,  elle est divorcée depuis peu et assume sa vie.

Ainsi reliée au Net, sa tasse de café en main, elle introduit son adresse Mail et sa boite l’accueille. D’un regard rapide, elle balaie les nombreux messages reçus et efface ce qui ne l’intéresse pas. Emile se connecte à you tube. La musique occupe une place de choix dans sa vie.  Ensuite elle opte pour  facebook et twitter afin de rejoindre ses copains du monde entier. Elle voit défiler les messages, les photos, les commentaires d’un tas de gens que l’on nomme Amis.  Ce nouveau mode de communication est maintenant sa vie. Son ordinateur lui sert de confident, de compagnon.

Reliée aussi à ses contacts par son nouveau smart,  elle peut à tout moment de la journée suivre l’actualité de ces sites et rester en liaison directe avec sa boite mail et la planète. Les internautes sont légions et cette fourmilière bourdonne, murmure, chuchote.

Emilie a retrouvé des amis d’enfance, des anciens collègues de travail, des voisins et d’anciennes relations. Le passé est hélas le passé et avec beaucoup de plaisir, elle a revu certains d’entre eux. Que dire après toutes ces années de silence si ce n’est jouer le rôle d’une femme moderne, vive et intelligente.

Tous ces contacts sont là, réunis sur une page informatique, alignés par ordre et répertoriés avec photo.  Un carnet d’adresse complet qu’Emilie prend soin de tenir à jour. Une liste affectionnée mais froide.

Emilie a pris l’habitude de surfer rapidement sur le Web, elle trouve, repère des vacances, des sorties, des expositions. Tout est à sa portée, facile et agréable.  Un clic et tout est ok.

Avec son nouveau smart, elle prend des photos de tout ce qui l’entoure  pour agrémenter sa vie et elle les publie sur sa page amenant commentaires et réflexions. Des moments uniques volés et jetés sur le web. Ses amis font pareil et la tiennent informée de l’actualité. Emilie visite ainsi des sites intéressants et arrive à s’intégrer dans certains qu’entre eux.

Mais tout ceci est toujours si irréel.  Ses contacts potentiels lui laissent parfois un goût de vide, de manque. Le soir, quand Emilie se sent seule et qu’elle tape sur son clavier, les amis sont indisponibles, hors ligne, occupés, absents, invisibles même.

Invisible, un adjectif d’une autre dimension comme sa vie sur cet ordinateur, comme la vie qu’elle a mené avec son mari.  Parfois Emilie s’attache à des internautes qui lui apportent un peu d’intérêt mais d’un coup de clic, ils disparaissent pour toujours.

Emilie s’est laissée prendre à ce jeu fascinant d’Anésidora qui répond à ses fantasmes et la rend importante par moment. Emilie perd parfois le sens de la réalité.  Tout ce matériel a fini par bouleverser son entourage, ses occupations d’antan.  Attirée par cette fenêtre unique, elle règle toute sa vie avec elle et en fait un alter- ego.

 Elle a perdu le charme d’une rencontre au hasard et la magie de découvrir qui se cache derrière une personne inconnue. Emilie s’est finalement coupée de ce que l’on appelle le monde physique et vit sans réel contact humain.  Sa journée s’achève et un manque se fait sentir, ce manque de chaleur humaine, du plaisir qu’il procure. Le bonheur d’une rencontre fortuite mais bien concrète d’un être de chair et de sang.

 

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méphisto diabliczka

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Diabliczka et Méphisto, ces noms nous vont à ravir !

L’amour est souvent accompagné de moments chauds, moments nécessaires, souvent ciments d’une union.

Un jour, dans notre intimité, dans nos luttes sybarites, j’ai voulu t’attacher pour que tu sois mienne à jamais mais c’est toi qui m’as tendu ces liens. Je voulais cela, pas par jeu mais cette fois-là, dans mon esprit amoureux pour que tu restes à mes côtés pour la vie,  captive de mon cerveau épris.

Toi, était-ce par jeu ?

Sûrement, comme moi au départ, puis au fil du temps j’ai compris que nos folies étaient communes et que tu avais compris ma pensée. Mes « Je t’aime » ne sont plus à sens unique, les tiens se lient aux miens même dans ces moment où nos délires font que…

Mais cela nous appartient !

 

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un menteur par vocation

 

Je le vois bien, mon imagination se tarit. Le nombre de pages de mes nouvelles se réduit. Et d’une construction qui raconte et distribue les évènements,  je ne laisse plus voir que les quelques pages de ce qui dans d’autres nouvelles, plus longues, était la chute.

Je dois en conclure que bientôt mes histoires se suffiront du point final.

Il m’arrive de penser à «  la guerre de Troyes n’aura pas lieu », la pièce de théâtre de Jean Giraudoux.  Au son unique tiré de la trompette de Sosie qui était, à ce qu’il disait, le son ultime d’une composition bien plus longue, et que de cette manière il l’exprimait sans fioritures.

J’ai toujours été un taiseux. En réalité, j’ai  toujours aimé  discourir mais à voix si basse que j’étais le seul à m’entendre. Il est plus que temps que je parle de moi à haute voix.

Je suis né le 19 novembre 1926 à Czestochowa en Pologne. Si je n’y étais pas retourné de très nombreuses années plus tard « pour voir », je serais incapable de dire à quoi ressemblait et ressemble aujourd’hui cette ville de plus ou moins 250.000 habitants dont une grande partie de la population était juive, m’a-t-on dit.

J’imagine que mon père et ma mère la connaissaient, eux, pour y avoir vécu jusqu'à ce qu’un policier de ses amis eut prévenu mon père qu’il serait arrêté dès le lendemain. Il défendait les travailleurs, ce n’était pas très bien vu par les autorités.

A partir de là, j’ignore si c’est mon imagination qui a nourri mes souvenirs ou si ce sont les images fugitives d’un cerveau de gosse qui a nourri les textes littéraires qui j’y ai consacrés.

J’avais 10 ans lorsque mon histoire a commencé et s’est poursuivie sans discontinuer jusqu’à ce jour. Ce jour dont j’ai le sentiment qu’il est le premier des derniers à venir.

Entre le jour de ma naissance et l’âge de dix ans, je ne me souviens que d’images disparates.

Un lit cage porté par ma mère, la paume brulée par un gâteau, la rue Van Helmont, l’épicerie en face de la maison,  un tonneau de fromages surets, des diables de réglisse tout noirs, un café dans une ville de province, des frites mangées après une séance de cinéma le dimanche après midi, l’athénée de Mons où j’entamais des études de grec et de latin et enfin l’arrivée à l’école de la justice.

Depuis, je peux tout raconter sans mentir ni à moi ni à d’autres. Ou alors mentir  pour me servir de mes souvenirs plus ou moins arrangés comme  matière première plutôt que d’inventer purement et simplement. 

Je n’avais pas plus de vingt ans lorsque la guerre, celle de 40 s’est achevée. Est-ce que chaque génération est astreinte  à une grande tuerie dont le souvenir le marquera durant toute sa vie. Est-ce qu’aux yeux de ceux qui sont nés après cette guerre, j’apparais aussi incongru que ne le furent à mes yeux les survivants de la guerre précédente, celle de 1914, dont on célèbrera le centenaire d’ici quelques mois ?    

Peu importe les discours conventionnels et saugrenus qu’un  ministre tiendra. Plus personne ne le corrigera.

Je me souviens d’un âne que Claude, mon ami à la vie à la mort de ce temps-là, et moi, nous promenions dans la rue principale de Bruxelles à la veilles d’élections. L’âne portait une pancarte qui disait : le suis un âne,  je ne vote pas communiste. Ni l’âne ni les communistes ne furent élus.

Je me suis marié quelques années plus tard à celle que j’avais promis d’aimer, esprit fort que j’étais,  le plus longtemps possible. A celle qui, elle, m’a aimé toute sa vie. Elle est morte jeune. J’ai le sentiment depuis quelques temps que moi aussi, je l’aurai aimée  jusqu’au dernier de mes jours.

Ma quatrième vie, celle que je suis en train d’achever, il me semble qu’elle ressemble  à celle que l’on décrit comme étant celle de l’adolescence. Alors, je rêvais et je pouvais tout attendre de mes rêves. Aujourd’hui que je risque de mentir en disant : à demain, j’éprouve le même sentiment de plénitude qu’alors. Comme alors,   je ne crains rien de l’avenir,  je le connais.

 

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Le corps et l'esprit

                                               

                                                                      Propos

 

Parfois est indiqué le nombre d'âmes d'un pays ou d'une ville or cela veut dire d'habitants.

L'âme désigne une personne. Elle est faite de matière et d'énergie.

 Chaque être humain a des besoins corporels indispensables à satisfaire et des envies qui lui sont propres. On le trouve matérialiste ou plutôt intellectuel.

La spiritualité existe chez tous les êtres mais à des degrés différents. Pour chacun elle dépend de l'éducation qu'il a reçue et surtout de ses tendances naturelles. Il est certain qu'elle évolue au cours de sa vie.

La matière fort complexe qui constitue le corps se modifie sans cesse et subit une usure qui semble s'accélérer quand on est devenu âgé. L'esprit peut resté clair et vif parfois jusqu'au dernier moment où l'énergie lui fait défaut.

Quand le moteur s'arrête, le corps est rendu au néant. Or ce n'est pas toujours la personne en entier qui s'y trouve engouffrée.

L'écriture garde emprisonnée, dans des signes, une énergie comparable à celle que renferme une graine. Par à elle, un correspondant de lettres manuscrites laisse préservée une partie de sa personne. Son esprit resurgit à la lecture de ses propos, le rend indéniablement présent.

Or, si lui ne s'en soucie plus, ceux qui continuent à l'aimer le retrouvent avec bonheur en créant ces instants de grâce.

À la survie de sa spiritualité, Jean-Paul Sartre consacra toute son activité.

28 mars 2014.

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Les aléas du métier.

 

 

Après avoir décroché un poste de représentant, Jérôme avait épousé Sylvie. En supplément à ses appointements, il avait l’usage d’une voiture dont les frais, carburant, garage, etc…étaient supportés par sa firme. De plus, il avait la disposition d’un studio qui lui permettait de ne pas rentrer chez lui lorsqu’il était fatigué ou que le temps ne s’y prêtait pas. Sylvie l’avait décoré à son goût, elle connaissait ceux de Jérôme.

La société qui l’employait proposait du matériel de laboratoires. Elle était active, disait-on, dans l’industrie de la santé.

Son directeur lui avait dit :

- Vous devez vous efforcer d’inviter vos prospects à dîner. C’est à table que se contractent les meilleures affaires.

C’est à table qu’il avait conquis Geneviève. Elle achetait le matériel demandé par les médecins de la clinique dont elle était la directrice des achats.

Après le repas, il l’avait ramené chez elle. Sur le pas de la porte, elle avait proposé de prendre un dernier verre.

- Vous voulez monter pour prendre un dernier verre ?

- Je ne peux pas. Je dois encore rentrer en province.

Il s’était penché vers elle, il avait appuyé légèrement ses lèvres sur les siennes.

Dans la voiture,  il se demanda s’il ne s’était pas conduit comme un imbécile.   

Geneviève était séduisante. Plusieurs fois, à table, il avait détourné les yeux de sa poitrine. Après avoir bu quelques verres de vin, elle avait eu chaud, il le voyait,  elle avait entr’ouvert son chemisier.

Le lendemain, à la fin de la matinée, il lui téléphona pour prendre de ses nouvelles. Puis, comme s’il y pensait soudain :

- Ah, je voulais vous dire, je ne rentre pas ce soir. On peut dîner ensemble ? Je vous le promets, on ne parlera pas d’affaires.

Il devina que le court silence de Geneviève était une hésitation de circonstance.

- Vous avez de la chance, Jérôme, je suis libre ce soir.

Elle l’avait appelée : Jérôme. Il se promit de téléphoner à Sylvie avant de se rendre au restaurant. Comme prévu, il passa la nuit avec Geneviève.

Il était en train de se rhabiller lorsqu’ elle lui dit : 

- Je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de te revoir.

Elle l’avait dit en souriant. Il sourit lui aussi avec ce sourire un peu fat qu’ont parfois les amants sortis du lit de leur maitresse et les garçons-coiffeurs qui présentent un produit coiffant à la télévision.

- On se revoit demain ? Je préparerai une petite dinette.

- Ce n’est pas possible demain, il faut que je rentre.

- Pourquoi ?

- Je suis marié. 

Pour le petit déjeuner, elle tint absolument à lui beurrer ses tartines. Et à le regarder manger.

Lorsqu’il revint deux jours plus tard comme il l’avait promis, il trouva, posé sur le lit, un pyjama dont il ne porta que la veste déjà déboutonnée et un pantalon soigneusement plié.

- Maintenant, tu es chez toi, Jérôme. Je t’ai préparé un jeu de clés de l’appartement.

Elle lui avait aussi acheté trois chemises. Il les enfilait dès qu’il arrivait chez elle. En revanche, celles qu’il portait chez lui, il les achetait lui-même. Sylvie n’était pas toujours au courant de ce qui était tendance ou non, disait-il.

Désormais, il avait deux foyers : celui qu’il avait choisi au terme de ses études, et celui dont il se promettait de se défaire à chaque fois qu’il passait la nuit avec Geneviève.

Il en avait conscience sans pouvoir l’expliquer, c’est Sylvie qu’il aimait. Ses remords du lendemain en étaient la preuve.

Dieu sait pourtant combien Geneviève était inventive en matière de sexe. Mais elle était économe de ses démonstrations. Elle connaissait l’adage : qui veut aller loin ménage sa monture.

Les choses auraient pu continuer ainsi pour le bonheur de tous mais le destin, on le sait, fait souvent preuve d’un peu d’imagination.

Un dimanche après-midi alors que Jérôme et Sylvie venaient à peine de sortir de chez eux, ils rencontrèrent Geneviève qui se promenait en regardant les étalages.

- Jérôme !

- Madame Derover !

Il se tourna vers Sylvie.

- Madame Derover est une cliente de la société. Une bonne cliente.

Sylvie la salua d’un signe de tête tandis que Jérôme la présentait.

- Sylvie, ma femme.

- Mes félicitations, Jérôme. Votre femme est charmante. Le hasard est étrange. Je voulais visiter une ville de province. Il faut croire que c’est à la vôtre qu’inconsciemment j’ai songée.

Sylvie l’invita à prendre le café avec eux dans une pâtisserie de la place. Jérôme souriait aux deux femmes, tour à tour. Chaque remarque des deux femmes lui faisait hocher la tête. Il ajoutait de temps à autre :

- Comme c’est vrai !

Ce fut un après-midi parfait.

C’est souvent la nuit que les couples échangent des réflexions importantes, les yeux au ciel, dans l’obscurité de leur chambre à coucher. Sylvie dit en se couchant :

- C’est une jolie femme.

- Tu trouves ? Je la trouve assez quelconque.

- Tu couches avec elle, j’imagine.

Elle lui tourna le dos et fit semblant de s’endormir.

Cette fois, pensa Jérôme, il fallait réagir. C’est de leur vie à Sylvie et à lui qu’il s’agissait. Dès demain, il agirait.

Il avait hâte de se rendre chez Geneviève pour lui dire que leur aventure devait prendre fin. Après leur entrevue, peut être qu’il rentrerait chez lui ou bien il irait à l’hôtel, il hésitait encore.

Il ne rentra pas chez lui. C’est à l’hôtel qu’il se rendit directement après un repas vite avalé dans un resto chinois. Il ne savait pas comment dire à Geneviève que leur aventure devait prendre fin. Face à face. Il regrettait de ne pouvoir s’en ouvrir à Sylvie, elle était toujours de bon conseil.

Il prit son téléphone en mains.

- Il faut que je te parle, Geneviève. Tu es disponible ? C’est grave ce que je dois te dire.

- Tu veux me parler de Sylvie et de moi ? Viens, je t’attends.

Il raccrocha le téléphone. Soudain, il n’était plus certain d’avoir agi avec intelligence.

 Il faisait déjà nuit. La circulation était presque inexistante. Il était pressé d’arriver et, cependant, il roulait lentement comme s’il craignait d’arriver trop tôt.

La porte de l’appartement était entrouverte. Geneviève  se trouvait dans la chambre à coucher. Elle dit :

- J’arrive, Jérôme.

Elle était en peignoir. Elle s’avança. Elle l’embrassa au moment même où il pensa à détourner la tête.

- Mon Jérôme, je suis contente que tu sois venu. Je pensais à toi si fort. Tu aimes mon nouveau parfum ? Viens, nous parlerons après. Tu as raison, il en est temps.

Elle était nue sous son peignoir. Le lendemain, il était encore dans le lit de Geneviève.

Jérôme en convint en son for intérieur, il n’y avait aucune raison sensée pour rompre avec Geneviève. Il aurait pu la rencontrer avant qu’il n’ait rencontré Sylvie, et rien n’eut été compliqué. C’est Sylvie qu’il fallait convaincre sans gâcher tout ce qui les liait.

Dès lors, il partagea sa vie entre ses deux amours. Sans bruit et sans éclat. Comme agissent tous les gens raisonnables. Sylvie et Geneviève qui étaient aussi raisonnables que lui firent semblant de s’ignorer. Ce qu’on ignore ne risque pas de blesser.

Devenu directeur de son département, Jérôme avait désormais des horaires réguliers. Plutôt que d’aller au bureau en voiture, il prit le train. C’était moins fatiguant.  

C’est dans le train qu’il fit la connaissance d’Arlette qui devint sa maitresse.

 

 

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Résilience

  

 Un rayon de soleil s'aventure

 Dans la grisaille du quotidien

 Une ombre fantasque sur le mur

 Vacille, s'étonne c'est le chagrin

 Tel un vampire fuyant la clarté

 Dégoûté par le soleil des jours

 Le chagrin disparaît dépité

 Sous les huées de notre amour

 Les pensées en friche vont refleurir

 Bientôt l'insolence du muguet

 Exhalant le parfum du désir

 Quelques brins d'un bonheur obstiné

 Ce poème est extrait de mon recueil " Bientôt les jonquilles"

 paru en 2012 chez Chloé des Lys

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des amours de province. Dernier chapitre

3eme chapitre.      

 

La troisième fois qu’il était retourné au cimetière du sud, dix ans encore avaient passé. Les mauvaises herbes parmi les tombes y poussaient plus nombreuses qu’auparavant. Question d’économies, sans doute. Le gardien se faisait vieux. Certaines tombes en étaient presque entièrement recouvertes. A croire que les parents des décédés étaient morts à leur tour. Ou que leurs descendants n’éprouvaient pas le besoin de méditer devant une dalle de pierre.

Le président Halloy, son père, René, celui qui aurait pu l’être, Gérard Leroy, le mari de Julie, celui qui lui avait fait don de sa femme pour que sa peau puisse s’imprégner de l’odeur de la sienne, Liliane dont le rôle avait été, malgré elle ou non, celui qui est dévolu au destin.

Ils étaient tous là, ceux qui incarnaient une partie de cette ville et, en dessous ou à côté, ceux qui l’avaient incarnée en d’autre temps.

C’est une étrange douceur que celle des cimetières lorsque aucune cérémonie n’y a lieu. On n’y pense pas qu’aux morts mais, soit aux morts soit aux vivants, on y pense sereinement. Exister y paraît aussi extravaguant que de ne pas exister. 

Il s’était rendu sur la tombe de Liliane. Une substance particulière avait terrassé cette pharmacienne prudente qui conservait ses produits dangereux sous clé. Etait-elle la seule à en avoir l’usage ? Jean Cormier avait dit qu’on pensait que d’étranges personnages étaient liés à sa mort : vagabonds ou drogués, des marginaux en tout cas. Ceux que d’autres personnages aussi étranges mais beaucoup plus nombreux, et plus conventionnels, nommaient « marginaux » parce qu’ils étaient différents d’eux ou l’étaient devenus.

Pierre avait vécu dix ans en Australie. Au service d’une société de dragage dont les dirigeants avaient connu son oncle René.

Il avait quitté Julie parce qu’elle souhaitait épouser quelqu’un avec qui vieillir, avait-elle dit, et il était resté confiné dans la maison de son père qui était devenue la sienne. Il lui avait téléphoné à plusieurs reprises. Julie avait toujours répondu de la même façon.

- Tu le sais, Pierre. Il vaut mieux ne pas nous revoir. N’abimons pas les souvenirs que nous avons l’un de l’autre.

Elle avait raison. La revoir, c’était revoir Gérard, Marc-Antoine, Liliane, tous ceux qui avaient marqué le début de sa vie d’adulte. Durant ces années-là, ce n’avait pas été lui qui avait décidé de sa vie mais d’autres que lui. Il n’avait fait que réagir, et il aurait pu le faire autrement avec le sentiment que c’était autrement que la voie lui avait été tracée.

Dix ans plus tard, loin d’eux, il avait eu envie de revenir. Il était assez fortuné pour n’avoir pas besoin de travailler pour gagner de quoi vivre. Il aspirait comme son oncle René à n’être entouré que de choses qu’il aimait. Surtout, il n’avait plus besoin d’être à des milliers de kilomètres de Julie.

Les premiers mois, en Australie, il se roulait sur son lit en pensant à elle. Les femmes qu’il avait connues, c’est en pensant à Julie qu’il les prenait. L’une d’elle, une nuit, avait dit.

- Arrêtes, tu me fais mal. Pour qui me prends-tu ?

Cette sensation d’avoir la poitrine serrée dans un étau avait lentement disparu. Au point que parfois, il avait recherché cette pression du ventre qu’il ne retrouvait plus. Plus tard, il en avait été frustré, il n’était même plus parvenu à l’imaginer.

Alfred, était toujours barman au Réjane. Il était plus lent. Il était plus chauve. Il n’avait plus honte de porter des lunettes. Mais il reconnaissait toujours ses anciens clients qu’il appelait par leur prénom, précédé du  « monsieur » censé reconnaitre les barrières qui existent entre des jeunes gens de bonne famille et le serveur qu’il était.

Julie était mariée, avait-t-il dit. A un riche négociant, un veuf dont la femme, c’est ce qu’on disait, était incapable de résister aux tentations de la mode. Quatre fois par an, elle se rendait à Paris pour faire ce qu’elle appelait les boutiques. Le veuf, avec Julie, avait hérité d’une femme moins frivole, à même de le seconder dans ses affaires, et Julie avait hérité d’une garde-robe dont elle s’était débarrassée à l’exception des fourrures qu’il n’y avait eu qu’à retoucher. Il n’avait pas cherché à la revoir.

Les gens qui comptaient désormais en ville n’étaient plus les mêmes que ceux qu’il avait connus. D’autres juges avaient remplacés les présidents et les juges d’avant, d’autres avocats plaidaient devant les diverses cours, d’autres édiles dirigeaient la ville.

Jean Cormier, le directeur de la police judiciaire, depuis longtemps avait été muté à l’occasion d’une flatteuse promotion, et son successeur avait fait table rase du passé.

- Il faut que la police se transforme.

Il ajoutait pour montrer son érudition et sa connaissance des choses de la vie :

- Pour que les choses restent ce qu’elles sont.

Le passé avait définitivement disparu. Il est vrai qu’il  ne concernait que peu de monde et n’avait duré que très peu de temps.

Il avait retrouvé des gens qu’il n’avait jamais très bien connus. Ils lui donnaient le sentiment que rien ne s’était passé de notable. A peine s’ils savaient qu’il avait quitté la ville.

 

   25 juin 2012     12 mai 2013

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Soirée crochet JGobert

Le mardi soir était réservé au crochet. Adèle, Babette, Capucine, Daphnée étaient volontaires pour se rassembler dans l’arrière boutique de Grand-mère et attaquer des travaux de crochet. La première pièce que Grand-mère nous demanda, était un couvre-lit blanc fait de brides simples. Dans les années soixante, cette activité nous permettait de nous réunir pour parler, discuter et rire. Nous étions toutes de la même rue. Grand-mère avait connu les parents et grands-parents des participantes.

Adèle, une jeune fille timide vivait toujours chez ses parents. Elle avait fait de belles études. Babette, plus vive de caractère, avait préféré loger dans un petit appartement. Elle avait quitté ses parents pour un peu d’indépendance. Capucine était mariée depuis peu et vivait heureuse avec son mari. Elle était tombée amoureuse de ce grand garçon timide et si beau. Daphnée était l’intellectuel de la troupe, elle squattait un loft avec une amie, un vieux garage aménagé en studio. Tout le monde aimait venir le mardi soir raconter ses histoires et Grand-mère nous allumait un joli feu de bois et nous servait un café bien chaud.

Les parents Adèle avaient connu la guerre et son père s’était porté volontaire pour aider son pays. Sa mère avait alors repris le travail et élevé Adèle seule. Durant ces années difficiles, elle avait travaillé chez les grands-parents de Capucine qui tenaient un commerce d’alimentation.

Babette était un peu l’étrangère du groupe. Un grand doute planait sur ses origines et bien que Grand-mère sache quelque chose, elle ne nous en faisait pas part. Il y avait un mystère dans la vie de Babette.

Capucine avait immigré aux Etats-Unis le temps que la guerre se termine. Elle faisait figure de chanceuse dans ce groupe de crochet. Son papa, fonctionnaire, avait réussi à avoir des places sur un paquebot.

Quand à Daphnée, orpheline et loin d’être triste, elle avait bourlingué de maison d’accueil en pensionnat et il lui importait peu d’être ici ou là.

Grand-mère avait une vieille échoppe dans les années soixante, une brocante où elle continuait de loger à l’étage malgré son âge avancé. Son arrière boutique sentait bon la cire, l’encaustique et le bois ancien. Des étagères et des armoires bondées gardaient là les secrets et les souvenirs d’un autre temps. Deux très vieux canapés en cuir nous accueillaient chaque mardi et les pelotes de coton roulaient, glissaient un peu partout. La grande table se tenait au centre pour faire l’arbitre quand les conversations s’animaient.

Babette était l’énigme, le mystère et les dialogues s’arrêtaient quand le sujet s’approchait de certains points. Grand-mère levait alors les yeux et les ouvrait bien grand pour nous faire taire.

Dés la guerre finie, les parents d’Adèle déménagèrent rapidement et s’installèrent dans une autre région. Capucine rentra des states avec sa famille et Daphnée apprit que ses parents ne reviendraient plus.

Babette  était apparue, abandonnée et déposée un soir d’orage, recouverte d’une couverture de laine, chez de braves gens qui avaient perdu un fils à la guerre. Ce cadeau les réconciliait avec la vie. A cette époque, les petits sans famille étaient légions et personne ne trouva cela étrange. Babette grandit dans un milieu aimant et la petite fille s’éveilla au monde sans difficulté.

Pour Capucine, ses parents et grands-parents  avaient trouvé son mariage trop rapide. Après ces années de guerre, les projets ne manquaient pas mais Capucine avait préféré se marier rapidement et fonder un foyer.

Les parents d’Adèle étaient revenus après quelques années. Sa mère était réticente à ce retour prétextant toujours une raison pour ne pas rentrer. Un jour, son père décida et ils revinrent chez eux.

Capucine reprit ses habitudes après son voyage aux States et au retour, elle trouva son grand-père bien triste, taciturne, aigri. Elle mit cela sur le compte de la guerre et elle se dit qu’il avait bien souffert et fort vieilli pendant tout ce temps.

Le couvre-lit terminé, Grand-mère nous proposa une nappe blanche pour embellir sa vieille table et tout le monde fut d’accord. Les pelotes volaient et les travaux de crochet nous libéraient de la tension de la semaine. Nos discussions étaient toujours agréables et vivantes.

Un mardi, Capucine ne vint pas. Son grand-père était mourant. A sa grande surprise, il voulait voir Babette sur son lit de mort. Etonnée comme tous les membres de sa famille, Capucine attendit le soir pour apprendre la nouvelle. La mère d’Adèle aussi était bizarre et nerveuse. Elle ne tenait plus en place depuis qu’elle avait appris la fin prochaine du grand-père de Capucine.

Daphnée, toujours en dehors, ne s’intéressait pas à ce problème et profita pour aller se promener. Quand Babette arriva, toute la famille fut étonnée de cet entretien et resta perplexe quand au sujet. Grand-père s’enferma avec Babette et celle-ci en ressortit en larmes. Au grand étonnement des membres de la famille, Grand-père ne dit plus rien et mourut.

Babette rentra chez elle consternée et quelques heures plus tard,  elle partit rendre visite à la mère d’Adèle. Celle-ci la reçut avec un sourire très tendre et plein de sollicitude. Adèle comprit ce qui s’était passé. Babette se jeta dans les bras de la mère d’Adèle et pleura un long moment. Ensuite elle rentra chez elle retrouver sa mère et son père qui l’avaient si bien élevée. Capucine aussi comprit ce qui c’était passé et excusa son Grand-père. Daphnée trouva l’histoire comique, burlesque même et regretta de n’être pas à la place de Babette.

La vie fait parfois des tours de passe-passe et le crochet en fait tout autant

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PRINTEMPS...

Le printemps joue à cache-cache...

Du soleil ou une drache?

Et la vie suit ce tempo

Entre sourire et bobo!

Un peu de chaleur parfois

Nous met le cœur en émoi..

Pourquoi se faire titiller

Par cette peur d'être mal aimé?

Du début jusqu'à la fin

On s'échine à prendre un train...

Qui nous mènera à l'heure

Sur le chemin d'un bonheur?

Mais il est fort capricieux

Ce bonheur si fallacieux!

Il peut même surgir un soir...

Dans le creux d'un désespoir!

La surprise est de rigueur

Donne à la vie sa saveur!

Alors respirer le printemps...

Tant qu'il en est encore temps!

J.G..

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La magie des images

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Un parc au bord d'un fleuve,argenté, lumineux.

Je contemple éblouie la beauté des images,
De vieux arbres géants, des canards peu sauvages,
Des mouettes errant dans le ciel radieux.

Je ne peux révéler la splendeur, l'harmonie,
En des mots éloquents traduisant mon émoi.
Ravissement, douceur, tendresse de la joie,
Créent dans ce lieu de paix comme une symphonie.

Romantisme des formes, nuances des couleurs,
M'émerveillent, m'exaltent en ces instants de gloire.
Je regrette vraiment que ma chère mémoire,
N'aie pas le don sacré de capter la splendeur.

Pour sauver de l'oubli ce très beau paysage,
Où l'on trouve, au hasard, de suaves tableaux,
Je recours au pouvoir magique des photos,
Qui ne sont, certes pas, que de simples images.

7 /11/2002

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POESIE



Je t’écris
Et le cœur parfois gris 
Crie sa haine
Contre le silence et la peine
Qui enchaînent l’esprit

Je t’écris
Et le cœur tente
Tente de garder ta chaleur
Entre ses doigts tendres 
Qui gèlent derrière ses murs gris

Je t’écris
Et j’écris ton nom
De ma sueur et de mon sang
De mes larmes d’enfant
Qui fuient l’horreur de l’oubli

Je t’écris
Et le cœur prie
Dans une langue nomade
Dans un verbe bâtard
Qui se révolte puis se plie

Je t’écris
Et le sang fuit
Mes veines séchées de sens
Et mes mots noyés de non-sens
Qui s’effondrent et s’écrient

Je t’écris
Avant que la plume ne s’assèche
De sourires et de rimes
Et les yeux ne crèvent de déprime
Qui tue toute envie

Je t’écris
Et je rêve
Que renaissent les fleurs et les bourgeons
Que verdissent les cœurs et les champs
Qui te boiront jusqu’à la lie

Je t’écris
Et je signe ici
La naissance d’une nouvelle ère
Et d’un verbe si fort si fier
Que ton amour emplit

Khadija ELHAMRANI
© 2014

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