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Évocation Naturaliste :

(I ère Partie) 

Qu'il me soit permis de dédier ce texte déjà ancien,

riche de toutes les maladresses d'un verbe se voulant amour,

à l'une de mes plus belles rencontres humaines et artistiques,

l'interprète singulière Solange Boulanger...

 

 Regards Croisés sur le " Règne Végétal

et Celui des " Aristochats "

Prologue de l'Intermède Poétique :

 

Voyage en Pays Connu " [1]:

 

de Jean de La Fontaine à Colette

 

Introduction

 

Question d'Interprétation, de Visions subjectives

à propos de la Défense d'une Œuvre Littéraire :

Chimère ou Réalité ?

L’Interprète," Miroir Fidèle " de la Pensée de l'Auteur ? 

 

 

"Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,

polissez le sans cesse et le repolissez ".

Nicolas Boileau.

 

 

 

                              Le réel est une partie de l’art : le sentiment complète… Si nous avons réellement été

touchés, la sincérité de notre émotion passera chez les autres ",

clamait avec feu, un illustre inclassable,[2] précurseur du mouvement impressionniste, qui allait

incessamment éclore, bousculant bien des traditions établies, bien des archétypes picturaux.

                                Encore faudrait-il pour cela ne pas tout livrer d’emblée, dans un accès de générosité

impulsive, en adéquation de la philosophie de Colette, qui affirmait :

                               " Le difficile, ce n'est pas de donner, c’est de ne pas tout donner"[3]".

                                 Aussi, lorsque herbier et bestiaire dans un élan spontané et fructueux s'épousent pour

le meilleur, avec à la clé, le clair objectif de nous livrer une palette polychrome étincelante de mille et un

joyaux, s'échappant d'une myriade de pages enluminées de la littérature , union d'une grande sagesse

certes , mais surtout "amoureuse", un tant soit peu promulguée selon nos desiderata subjectifs , avouons-le

sans fausse pudeur, puisque depuis notre plus tendre enfance, guidée à la fois par nos sens en alerte, à la

fois par des mentors bienveillants soucieux d'approfondir notre éveil, accompagnant sciemment ou non

notre quête initiatique tournée vers le monde merveilleux de la faune et de la flore, nous ne cessons de

rendre grâce à ces derniers, d'exister !

                                Oui, comment en outre, ne pas nous sentir infiniment redevables au tréfonds de notre

âme envers cette prodigue Natura, l’alliée inséparable de Gaia, qui travaille à nous offrir une telle floraison

d'émotions, œuvrant continuellement au fil des saisons ,afin que celles-ci soient," belles et bonnes ", c'est-

à-dire fécondes (ou à l'opposé, austères, en latence, quasiment infructueuses en fonction du calendrier

effeuillé), d'après notre opinion d'humains pragmatiques, avides de récoltes, regardant la terre, notre mère

nourricière, à la façon d'une Corne d'abondance inépuisable, parmi laquelle il est" naturel de puiser

"jusqu'à son " épuisement total ", tandis que nous devrions considérer ce don généreux que Dame Nature

nous octroie, comme un privilège inestimable !

                               Au cœur de notre assemblée d’acteurs spectateurs solennellement invités à assister, de

la première loge d'un resplendissant théâtre de verdure en perpétuel mouvement, à d’infinies

scénographies de génie exaltant la double évolution de forces vulnérables, éphémères, fraternité

complémentaire si ce n’est duo complice indissociable, fondamental au rayonnement de l'écosystème, à la

biodiversité foisonnante de milliers de vies en germination, une interrogation majeure s'impose, s'emparant

alors de notre esprit en ébullition, assorti d 'un affect "frémissant":

                              Comment trouver le juste équilibre, l'harmonie souhaitée inhérente à l’adoption d’un ton

adéquat, soit, de contourner une aridité mesquine purement analytique, soit, d'éviter de tomber dans le

piège de l'outrance ?

                              Comment traduire notre fervente inclination naturaliste, transmettre notre message, en

usant de la tonalité appropriée, du bon dosage, dans le cadre d’une rencontre ou lecture animée collectant

un florilège de textes poétiques (vers et proses confondus),destiné à être dit en public et voué à exalter les

sonorités de notre patrimoine littéraire florissant, d’une luxuriance absolue oserions-nous préciser,

s’attachant, autant que faire ce peut, à en capturer les nuances, de la monodie traçant une ligne épurée, à

la polyphonie recelant de voix chatoyantes... ?

                             

                             Ne pas s'abandonner plus que de raison à un lyrisme exacerbé grossissant le trait,

dénaturant le propos de l'auteur, ce qui reviendrait à le trahir, voilà pour l'interprète "passeur de mots et de

sens", au service du créateur, une gageure à relever !

                             Être fidèle, dans la mesure du possible ,à un style d'écriture, ciselant le verbe en

déployant des moyens savamment soupesés, ni trop" économes", " ni trop démonstratifs ", tenter de

retranscrire l'atmosphère intrinsèque, l'intimité originelle d'une œuvre(dépouillée d’effets extérieurs

ostentatoires faciles, donc gratifiants), œuvre en étroite correspondance avec une époque de l'histoire des

civilisations, voilà une autre source de motivation élevée, car s'attacher à restituer la quintessence d'une

pièce lyrique, non sans l'avoir au préalable étudiée, est bien du "devoir" du "diseur conteur" chargé de la

faire vivre, qu'il s'adresse à un auditoire néophyte ou averti !

                             Quant à la sélection du programme par elle-même, confessons, que c'est un choix tout à

fait cornélien et partial, mais mûrement réfléchi, puis assemblé judicieusement dans le but avoué que le fil

conducteur ne soit jamais rompu et que chaque texte puisse se répondre, s'éclairer et se magnifier

mutuellement.

                             Or, à notre humble avis, il ne saurait être question d'éloquence forcée, préfabriquée et

superfétatoire en matière d'interprétation et le temps de la déclamation pompeuse, ampoulée à la manière

des tragédiennes du siècle dernier ou du XIX ème siècle finissant, est désormais révolu, n'est-ce pas ?

                            

                              Faut-il s'en réjouir pour autant, puisque, en lieu et place de cet ancien art de déclamer,

privilégiant l’emphase, concédons-le, il semble que nous sombrons malheureusement, dans l’effet inverse,

acceptant dès lors, qu’un ton général monocorde dégageant bien des platitudes vienne se substituer à cette

dite emphase, sous le fallacieux prétexte qu'il nous faut impérativement, à l'heure actuelle, paraître

" naturel "dans l'expression de nos inflexions, lorsque nous autres ambassadeurs, sommes appelés à porter la bonne parole (ou la Bonne Chanson  [4]) de nos chers écrivains, grâce à la magie de leur lyre ressuscitée,

toujours vivante, nous faisant l'écho de leurs chants incantatoires profanes et sacrés .

                             Il nous appartient ainsi, de trouver un compromis entre le grandiloquent et la banalité,

afin de faire jaillir vocalement leur vérité, et forts de ce défi dont il nous faut être dignes, nous consacrer

pleinement à cette vocation initiale : conquérir une nouvelle audience, adeptes fraîchement sensibilisés ,

voire convertis , alors qu'ils étaient auparavant plus que réservés, sur la défensive, presque hostiles et

récalcitrants à se laisser bercer et pénétrer par le cortège séculaire des Hymnes de Polymnie, à tort réputés

pour être hermétiques et lassants !

                             En tant que "fiers amants "de l’une des neuf compagnes d’Apollon, vénérant ô combien

ceux qui "taquinent "encore et "taquinèrent jadis, la muse", il est de notre ressort, à notre modeste

échelon, assurément, d'atténuer ces idées préconçues, à défaut d'être en mesure d'éradiquer cet inique

quiproquo !!!

                            À travers les âges, les continents, nos chantres ont, il est vrai, continûment transcendé le

quotidien à l'aide d'un vocable recherché, d'une plume d'une stylistique plus précieuse que le mode de

l'oralité emprunté, convenons-en, seulement, il nous revient de ne point nous méprendre, leurs

préoccupations étaient d’une toute autre veine, il nous semble : parvenir à dévoiler la profondeur de leurs

sentiments et émois, se révélant parfois un véritable abime de désolations nécessitant une libération

thérapeutique par l’écriture, témoigner de leurs propres expériences jonchant leur cheminement parsemé

de "dédales et labyrinthes".

                           Patrimoine au langage multiple que nos civilisations n’ont que trop tendance à mépriser

(l’oubli n’est il pas synonyme de mépris ?), que nous devrions pourtant recevoir, non comme un dû mais

comme un bien incommensurable, qu’il nous faudrait apprivoiser au quotidien et inlassablement

reconquérir, doublement armé du vertueux dessein de passation, legs, qui, souhaitons-le, infusera à son

tour, les générations futures (ou du moins certaines âmes délicates prédisposées à en saisir certaines

nuances), allant ravies, de découvertes en découvertes, et de joies ineffables à de douces voluptés, lignées

éprises de raffinement, d’un profond humanisme, proches en cela, de l’Homme sensible du siècle des

Lumières, conscientes, selon les fibres de leur tempérament propre, du "fardeau "créatif dont ces disciples

d’Orphée ont éprouvé le besoin vital de se délester, en s'inscrivant ainsi (à leur insu?) dans la pérennité et

que l'humanité reçoit en héritage pour son plus grand plaisir d'hédoniste !

                           C'est la raison pour laquelle il nous sied de nous positionner à contre-courant, de faire

front à la morosité ambiante concernant ce subtile Art poétique [5], estompant, à notre niveau, l'indifférence

très en vogue à son sujet, envahissant notre société matérialiste, nous insurgeant, suivant nos modestes

pouvoirs, une action concrète de diffusion, contre la profanation que nous lui infligeons fréquemment

(annonciatrice peut-être de précoces funérailles?), en analogie de l'univers botanique et animalier que

nous malmenons allègrement en cette aube du XXI ème siècle, dénués du moindre remords, d’une noble

éthique !

                          Cependant, reprenant à notre compte un adage intemporel placé en exergue du sonnet nervalien [6] et fruit de la doctrine de Pythagore, nous pouvons à l'unisson professer :

                          "Eh quoi ! Tout est sensible" !

                          Interpellation remontrance nous sermonnant sur notre fâcheuse manie à manifester

légèreté et insouciance, et qui nous remémore combien nous, les "Hominiens" sommes ingrats et pervers,

pétris surtout de suffisance en maltraitant à l’envi la fameuse Fontaine de Jouvence que représente notre

Alma mater terrestre :

 

" Homme ! Libre-penseur – te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?           [... ]

Respecte dans la bête un esprit agissant ...

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;             [... ]

Tout est sensible ; et tout sur ton être est puissant" !

 

                             Perception romantique d'une Nature divinisée, exagérément encensée dites-vous ? Non

pas, simplement une "ode solaire", ardente, signée en hommage aux "êtres obscurs" cachant maints

trésors, purs "chefs-d’œuvre en péril", ponctuant notre verdoyant environnement !

                            Sensiblerie ? Que nenni ! Hyperesthésie ? Qu'importe, si vous voulez, même !

                            Néanmoins, quelle que soit la définition exacte, convenant à cette flamboyante

conception dénotant une sensibilité extrême "à fleur de peau", il nous revient indubitablement la "mission",

en tant qu’interprètes doués de raison, portés à faire retentir, sonner la voix splendide et spirituelle du

poète, de nous plonger au cœur même de la substantifique moëlle de sa composition afin de la propager,

pour reprendre une locution du Docteur François Rabelais, nous adonnant par cette circonstance, au pur

objectif d’une transmission de la plus grande honnêteté possible, soit, en l’occurrence, de nous évertuer à

nous effacer devant la puissance de convictions, les intentions à énoncer, ou plutôt à prononcer, émanant

de leurs géniteurs (sans pour autant les altérer en sombrant dans une neutralité d’une fadeur insipide…)

constamment habités du vœu de "servir leur pensée" et non de "nous en servir"(avec en filigrane, l’intérêt

opportuniste de nous valoriser)" savoir faire "immanent à tout bon "diseur "qui se respecte, chargé de "faire

savoir "à ses interlocuteurs les idéaux et langage d’un maître de la littérature.

                            Engagement subtilement mesuré donc, participant à ce que nous conservions la foi

originelle, la chair nue de l’émotion  [7], nantis en toile de fond d’une approche de la perfection, vaste

projet utopique, embrassant ad vitam aeternam, la morale de Nicolas Boileau placée en ouverture de notre

"Évocation naturaliste", qui préconisait de faire montre de pugnacité, ciselant et reciselant encore, tel un

orfèvre, le fruit de son labeur…

                           Et ce n’est certes pas, notre fascinante Faunesse, sorte de  "dryade "ou de "prêtresse

vagabonde" éperdument éprise de sa contrée natale bourguignonne de Saint Sauveur en Puisaye, en

similitude de sa "payse", la Fée d'Auxerre [8], et de ses personnages intègres, typiques, savants à leur

façon, c’est à dire, par empirisme, en glanant quelques recettes concrètes issues de traditions ancestrales,

guérisseurs et autres pratiques ou " petits métiers", qui faisaient alors "le sel " de nos chères provinces

françaises, qui apporterait un démenti à nos propos " militants", si elle était encore de ce monde, elle qui

fut durant tout le long de son existence, animée d’un "feu sacré", bref, qui su toujours se sustenter ,

s’enivrer à la source même des choses, en conservant le goût de la découverte, d’éternels Apprentissages,

pour ne pas la citer !!!

                          Ce qui constitue un bonheur providentiel pour nous autres interprètes, n’aimant rien tant

qu’à s’abreuver auprès d’une onde pure!       

                          En l’occurrence, embrassons dès lors, si vous le voulez bien , la pensée de notre femme de

lettres , fervente naturaliste se régénérant constamment à la flamme des Nourritures terrestres, exhortant à

travers son œuvre prolifique, les splendeurs fugaces des Vrilles de la Vigne, d'une part, et celles de la

Ronde des Bêtes, de l'autre, étant donné qu'il nous a semblé évident de dédier cette thématique riche en

variations "chattesques" (veuillez nous pardonner ce néologisme ) reposant sur un tapis chlorophyllien,

ayant pour cadre tant de sites agrestes enchanteurs, à une figure unique, singulière du   XXème siècle,

volontiers iconoclaste, à la fois fière et profondément enracinée dans son berceau d’origine ou d’élection,

sans pour autant sombrer dans les pièges du régionalisme à outrance, ce qui aurait pu contribuer pour la

" Nuit des temps", à faire de Colette, un auteur de terroir, avec toute la connotation péjorative que cela suppose !

                         Personnalité incontournable, particulièrement intarissable en matière de bestiaire et

d'herbier, que notre radieuse " Immortelle", sur le plan de l’Académie … s'ingénia à étroitement entremêler

au centre de ses récits, à tel point, que l'on ne saurait songer à les séparer, en les citant indépendamment

l'un de l'autre, et lorsque, chassant cet Yver qui n'est qu'un villain, d'après une locution médiévale du

Prince des poètes, Charles d'Orléans, l'immuable printemps, resurgit en robe émeraude, émaillé de vives

couleurs, présidant au détour du jardin et de la campagne rutilants, à l'apparition enchanteur des buissons

odorants du lilas, à l'éclosion de cascades de glycine, annonçant sureaux et chèvrefeuilles, il n'est pas rare

qu'un bataillon de rouges-gorges et de merles siffleurs nargue en son jargon, qui, Nonoche,  chatte

distinguée de Perse, hautement titrée, qui, "le Greffier" en mal d'idylles ou d'aventures belliqueuses avec

ses rivaux.

                        Elle fit sienne, mieux que quiconque, cette illustre devise du Petit Prince, qui professe ceci à

autrui : "Tu deviens pour toujours responsable de ce que tu as apprivoisé", saisissant toute l'ambivalence, la

mystérieuse complexité habitant la multitude de créatures vivantes, en ne s'épanchant pas exclusivement

que sur leur enveloppe, leur aspect esthétique flattant les prunelles, scellant avec ses protégés, un pacte de

soutien et d’attention infinis.

                        Appréhendant la  sève du Règne végétal   [9] d’une tendre acuité, sondant avec une assiduité sans faille le Cœur des bêtes  [10], leurs faits et gestes, en observatrice fine et zélée, inlassable,

douée d'une délicatesse insigne, reflet de son infinie bonté et, ce qui n'est pas rien, d'une justesse de

regard d'une précision incisive, découlant sur une alchimie d'écriture à nulle autre pareille, identifiable

entre toutes, il est irréfutable que sa faconde stylistique ou plutôt son art de portraitiste et de coloriste innée

su dépeindre de touchants tableaux, empreinte marquante transparaissant dès les premières lignes de

lecture ou de déchiffrage à l'aveugle, de l’une des pages de son œuvre intemporelle...

                       Ainsi sa maîtrise dialectique (miroir nous réfléchissant sa jouissance d'esthète et d'érudite

émérite) ne nous éclaire t’elle pas instamment sur son étoffe viscérale, son idéologie foncière à l'écoute du

cosmos ? Car, est il nécessaire de souligner une telle évidence, vous ne trouverez, chez notre Ingénue

libertine et libertaire, nulle trace de tentatives de séduction préméditée destinée à conquérir un public

facile, friand de produits formatés, coquetterie synonyme de charme factice, artificieux, pas plus que vous

ne sauriez y débusquer un effet " tendance ", à l’instar de Jean Cocteau, qui prônait l’indépendance

d’esprit, en déclarant ce truisme :

                      "Il n’y a rien qui se démode plus vite que la mode"!

                       Seul, réside, le désir manifeste de retranscrire troubles et émois d’un instant, captés sur le

vif, à l’aide d’un vocable qui lui est propre, fleurant bon maintes fragrances.

                       Qui d'autre que notre subtile et truculente héroïne, transposant elle aussi, ses sensations ou Rêveries d'une promeneuse solitaire [11], en descriptions hautes en couleurs, d'une somptueuse sensualité,

miniatures ou fresques affranchies de toutes conventions, aurait pu prétendre, en parallèle de ses affections

félines ," herboriser "avec ce talent d'épicurienne patentée, au gré du calendrier floral, propice à distiller

un cortège d’effluves envoûtants, interceptant leurs sortilèges par touches impressionnistes, inégalées,

désireuse de nous les restituer dans leur intégralité ?

                     Aptitudes et convictions entrelacées au plus intime de son être, nous contant les annales de

fleurons gorgés de substances vitales, (médicinales de surcroit, concernant la botanique) adresse défrayant

la chronique, Pur et Impur  [12] sortant des sentiers battus et rebattus et qui nous fait sitôt nous exclamer :

                     "Ces témoignages sont estampillés Colette" !

                      Notre  Poète rustique   [13] par excellence,(éminente sœur spirituelle de Francis Jammes, son

confrère misanthrope et l'un de ses nombreux admirateurs ...) foulant, selon l'inspiration de sa fantaisie,

prairies et allées ornées de folles herbes médicinales, ou contemplant De sa fenêtre [14], l'enclos privatif

renaissant de ses cendres après un long endormissement et incontinent constellé de tendres corolles aux

nuances "pastel ", ne revendiquait-il pas avec une fougue, et surtout, une flamme inextinguible "constante", la tutélaire amitié des fleurs  [15] ? Renchérissant sur sa captivante inclination au

"développement durable "à l'intention du Dieu félin, au sens générique du mot (son presque "double", sa

"référence ", si l’on entend ses aveux, défiant les normes austères des conventions):

                     "À fréquenter le chat, on ne risque que de s'enrichir", promettait-elle [16] !

                      Lors de ses déambulations d'herboriste amateur féru de Blé en herbe  [17],au cœur de l'Île-

de-France ou de l’hexagone, notre tempérament de sensitive n'aimait rien tant , que ce soit aux aurores ou

à l'heure vespérale, à palper de près, et à se délecter de souples ramées au port altier odoriférantes ou

non, essences végétales procurant bien des évasions inespérées, s'imprégnant de sujets au visage familier

ou sauvage de notre planète, en les restituant sur le papier dans leur contexte, d'un côté sous le sceau

favorable, fertile de la liberté (allusion au recueil Le Paradis), de l'autre, sous celui néfaste, que représente

la privation de ce bien irremplaçable aboutissant à la claustration, (en référence à la suite du volume

précédant Prisons...)

                       De  la "Retraite sentimentale"  à la "Naissance du jour" (titre de son roman composé au sein

de son refuge méridional au nom  évocateur et savoureux de la "Treille muscate",) sans omettre une

pléiade d'ouvrages de veine similaire célébrant ses Affinités électives, relevant d'un mysticisme païen

d’insatiable "Bacchante "où affleure une cocasserie irrésistible, un respect et une foi inaltérable en faveur

de l’univers végétal et animal, notre portraitiste attitrée, de La Chatte [18], inconditionnelle de Kiki la

doucette chat des chartreux (l'un des glorieux matous de sa fratrie animalière, immortalisé au sein de son

corpus Dialogue de bêtes,) s'attarda au-delà de sa dextérité d’enlumineur d'envergure, à soigner également

le pourtour, c'est-à-dire la forme.

                       Ce n'est pas  l'éventail de blasons parlants, magistralement réalisés à la gloire de nos amies les plantes (herbacées et ligneuses incluses ...), Histoires naturelles [19] que n'aurait probablement pas

dédaigné un autre "chasseur d'images", le fantaisiste Jules Renard, qui viendra désavouer notre

allégation! 

                      Encline à la compassion envers des êtres innocents en état de dépendance, soumis aux lois

du "grand manitou" ("bipède" de race soit disant supérieure ...), elle confirma d'années en années, de

recueils en recueils, un amour philanthropique rehaussé de serments tangibles tenus à leur endroit, nous

révélant au passage la complicité magnétique les reliant, réciprocité confiante d'une telle ampleur que le

terme communion serait plus adapté !

                     D'une manière générale ou individualisée, elle eut le courage de dénoncer les cruels méfaits

exercés à leur encontre par une gent humaine s'arrogeant trop fréquemment le droit de les enchaîner,

dispensant le droit de vie ou de mort à sa guise, et qui, du haut de son pouvoir absolu de tyran (que voulez-vous, la raison du plus fort est toujours la meilleure  [20] ) s'applique à trahir, en les asservissant, les

héros de sa foucade qu'elle a auparavant élus !

                     Quant à notre partisane de la probité, (vénérable Orphée moderne, auquel nul ne saurait

rester totalement indifférent), elle se plut à cultiver une liaison affective d'une constance exemplaire,

ignorant l’engouement, cet inconstant, s'efforçant, incité en cela par son instinct, son intuition, à les aimer

pour elles-mêmes ces créatures, tissant avec elles, une relation privilégiée, dénuée d'affectation ou de

sentimentalité mièvre, un rien sucrée, en un mot franchement " bébête", tandis que le commun des mortels

pétri d'une souveraine condescendance dans son for intérieur, et prêchant, orgueilleux, pour sa paroisse, c'est-à-dire en faveur de la Possession du Monde  [21], fait preuve d'une fâcheuse disposition à dénaturer

l'essence originelle de celles-ci, s'égarant même, en allant jusqu'à leur prêter une psychologie ridicule,

réservée à ceux que notre auteur surnommait à l’égard de son prochain, "les Deux pattes."

                    Baignant dès son apparition en ce bas monde, dans l’omniprésence florale et "faunesque ",

elle eut, en l'occurrence, la prescience, que, pour nous accomplir, il nous faut dépasser la seule apparence

des choses, puisque :

          " On ne voit bien qu'avec le cœur,             et que

l'essentiel est  invisible pour les yeux [22]",

 

afin de vivre en accord avec notre frère le pampre et notre sœur la groseille (pour paraphraser la poétesse

Anna de Noailles) et d’être capable de goûter au bonheur de jouir de la présence charismatique de sa

seigneurie "chat", "objet" d'une prédilection clamée envers et contre tout à la face du monde, ou plutôt,

crânement assumée.

                     Ne proféra-t-elle pas à nombre de reprises son assuétude proche de "l'assujettissement

frénétique" pour la chatte, son modèle, la chatte, son amie  13  bis, incarnation, transposition de l'éternel

féminin, qui la fit sacrifier au culte de l'espèce Felis Catus, détentrice d'inaliénables qualités, élan admiratif

surpassant, et de loin, l’entourage réconfortant d’un "fidèle" entre les fidèles, le chien, en dépit de son

penchant servile, que d’aucuns se complaisent à juger admirable, ne cessant de s’esbaudir sur la constance

de l’attachement du dit Canidé, sans doute en corrélation de la maxime suivante :

" Les chiens ont des maitres,

       Les chats des serviteurs [23]." 

                  

                    Faisant fi d'un égoïsme (ou égocentrisme) inhérent à notre genre, ainsi qu'abstraction de tout

calcul personnel servant ses intérêts, notre héritière de Sido (mère non pas" idéalisée" mais à laquelle elle

se réfère, louant sa bonté, sa grâce de " thaumaturge" attentive aux opprimés, au sort funeste des

démunis ... ), sut se montrer d'une prodigalité inouïe, en étant digne des petits compagnons fleurissant la

sente de sa destinée d'artiste, chérissant avec un véritable altruisme, tant les Aristochats blasonnés se

prélassant comme des princes dans les intérieurs de leurs luxueux appartements ... mondains, que les

"Gavroches "de faubourgs, "gouttières "de la roture juchés en équilibristes sur les toits des bâtisses de nos

cités ou villages...

                   Nanties d'une vivacité et d'une acuité de raisonnement, bon sens et amour désintéressé qui la

firent se pencher au hasard d'une étape providentielle sur les déshérités (et cela, soulignons-le une fois de

plus, au risque de nous répéter, sans rien attendre ou quémander en retour !), elle persévéra dans son rôle

de protectrice, en recueillant quelques miséreux la "démêlant" d'emblée parmi une foule d'anonymes,

" Poulbots" des rues errant sans "domicile fixe", victimes, la plupart du temps, de lâches abandons de nos

congénères soit disant civilisés, dont elle eut l'opportunité, mais surtout, la bienveillance, d'adoucir les

jours !

                  Nous en voulons pour preuve de son abnégation, qu'elle répugna à prétendre à quelque

contrepartie que ce soit, en échange "du gîte et du couvert" – et plus si entente cordiale ou affinités – que

nous leur assurons, s’insurgeant volontiers contre de froids pragmatiques appartenant au cercle de ses

amis, qui avaient l'audace de répéter sempiternellement, indéfiniment, le semblable questionnement:

                 "Cet animal est joli, mais ... est-il affectueux [24]" ?

et notre "sage" de commenter :

                "Je les trouvai bien osés de poser si crûment la question, leur question toujours la même  

question. Que d'exigences, et quel bas commerce avec la  bête ... Donnant, donnant et que donnons-nous?

Un peu de nourriture, et une chaîne."

                 Voilà, en quelques phrases lapidaires de Colette, toute sa philosophie résumée en analogie de

sa pratique de vie. Elle ne se contenta pas de cultiver de grands principes ... théoriques, mais les mit en

application au rythme du quotidien, dès qu'elle le put.

                 En vérité, elle aurait pu faire graver en exergue de toute la somme monumentale de ses

bouleversants écrits qui s'inscrivent à jamais dans la postérité, la sensible pensée du "père" du Petit Prince

au préalable mentionnée, où il est question de s’acclimater à l’essence d’autrui, sans jamais le délaisser,

une fois devenu notre familier.

                 Encore faudrait-il pour ce faire, "d’abord avoir soif", selon la magnifique expression d’une

mystique médiévale, Sainte Catherine de Sienne…Soif  d'apprivoiser pour tenter d'approcher sans doute, si

ce n'est d'atteindre (une utopie !) les voix intérieures de son congénère ou d’un "Étrange étranger" à la

Prévert, quel louable et noble dessein !

                 Ne s'était-elle pas assignée, en "missionnaire naturaliste" émule du Panthéisme, la charge, de

servir la cause animale, associée à une authentique déférence éprouvée à l'égard des "fleurs de simples"

de notre continent, formulant le souhait :

               " D'aller à la rencontre de la perfection d'une vie végétale et animale qui proclame : je resplendis

encore. Déjà, je me fais active, avide [25]..."

                Avide de reviviscence salvatrice, programmée par le gentil Primavera [26] au sortir d'une longue

hibernation, de "l’Ombre des Jours"[27]relative à toute forme de vie.

                Écoutons un chantre de Lutèce nous dessiner une pléiade d'exquis Portraits de famille dont celui

de notre Bourguignonne, se métamorphosant également en Parisienne "pur jus" :

 

             " Adorable  Colette, qui savez tenir un porte-plume comme personne au monde, renifler

le mensonge, reconnaître un melon honnête, un vrai bijou, un cœur d'or ... Colette pour vous

particulièrement, la nature a travaillé dans le genre génie.

              Vous êtes une reine des abeilles. Toutes les abeilles françaises, de la grande dadame 

à la modiste, sentent comme vous sur le plan de la confiture, de la confiance, du confort, et

vous êtes la seule qui sachiez l'exprimer dans les siècles et des siècles [28]"

            

                 Visions profondes, et non fugitives, qui ne firent guère hélas, l'unanimité, étant donné qu'à

quelques temps de là, en amont, et surtout, en pleine ère baroque précisément, un certain Maître des Eaux

et Forêts, auteur du Chêne et du Roseau, poursuivit un autre projet ...

             Or, si Messire Jean de La Fontaine (vous aviez naturellement deviné, j'espère, de qui il s'agissait...) 

sut nous décrire et célébrer avec justesse, l’éclat de la nature, quel que soit son destin implacable, notre

savant fabuliste de Château-Thierry, aspira, pour sa part, à emprunter le costume ou le déguisement

fantasque de force membres du bestiaire, afin, sous ce masque de convention le libérant des entraves de la

royale censure d'un monarque ne badinant pas avec les règles de sa politique au règne absolutique ... de

dépeindre le caractère bien souvent malfaisant de ses semblables (comportement aux antipodes des

Hommes de Bonne Volonté de Jules Romains) ne cherchant jamais, au grand jamais, à les humaniser,

s'adonnant entre autre, à brosser une esquisse peu louangeuse de notre affectionné "Mistigri", n'hésitant

pas à l'affubler de surnoms parlants d'eux-mêmes (repris de la facture de Rabelais ou sortis de son

imaginaire ...) sobriquets chattesques répondant à la dénomination de Grippeminaud, le bon apôtre, de

Raminagrobis,  vivant comme un dévot ermite faisant  la chattemite (contraction de chatte et de Mitis : ce

qui signifie, doux en latin ),un saint homme de chat bien fourré (allusion rabelaisienne évoquant les juges),

"gros et gras", bref, usant à son endroit d'un vocable abondant en superlatifs de circonstance, teinté

indéniablement d'une ironie caustique, satire frôlant la caricature, égratignant quelque peu ce pauvre mal

aimé de Minet, en droite lignée d'us et coutumes séculaires, du Moyen Age occidental, où notre souricier

exterminateur, dit aussi mignard sourien  [29], la terreur des rongeurs, vécut un abominable martyre,

souffrant d'une réputation sulfureuse le conduisant "sans autre forme de procès", au bûcher.

                Perdurant à le croquer dans une sombre effigie, le desservant notre narrateur du Voyage en

Limousin persiste et signe sa critique préjudiciable, redoublant de pittoresque ... méprisant, afin de mieux

discréditer notre  « raticide » salutaire, le noircissant à souhait en le taxant de fourbe notoire, commettant

force tartufferies, fieffé coquin arborant un air patelin, tramant avec une  adresse de dissimulateur né, une

pléthore de complots maléfiques !

                Traversant les âges, telle se répand la légende du genre félin, légende encore abondamment

tissée de nos jours, de clichés stéréotypés, d'images d'Épinal ou autres vignettes abusives, accréditant que

trop une rumeur ô combien ancrée dans l'imagerie collective populaire !

                Égérie encensée par les uns, les mystiques initiés adorateurs se dévouant à le réhabiliter, désigné

du doigt comme un diable et honni par les autres, ses détracteurs, persévérant, hélas, dans une haine

immémoriale contre notre chat bien aimé, le Chéri de Colette, et heureusement, de tant d’autres !!!

                Que de procédés diplomatiques, de subterfuges industrieux, devons-nous à fortiori mettre au

point, afin d'atténuer, de temporiser les exagérations fétichistes ou digressions anthropomorphiques,

nuisant gravement à sa renommée, ainsi qu'à la pertinence de ses traits de caractère !

                Pour clore cet entretien  naturaliste, où nous devisions tant du Règne végétal que de celui de nos

favoris d'Aristochats, nous avons formulé le vœu de vous présenter une moisson de maximes et pensées

illustrant notre dernier propos les concernant (" Pauvres bêtes" suffisamment accablées d’une multitude d’

imperfections, pour que nous nous consolions en chœur, leur dédiant cet hommage), citations d'écrivains

les saluant avec ferveur et entendement, dans un "unanimisme" de rigueur, suivant leur penchant commun,

semblant nous murmurer cette invite en préambule :

 

"Suis ton cœur, pour que ton visage

    rayonne durant ta vie  [30]."

 

                 Ainsi, avant de nous séparer, feuilletons ensemble cette floraison de sentences "chattesques"

liée, nous semble- t- il, à l'état d'âme et d’esprit de notre narratrice intrinsèquement animée du monde du

vivant, qui, déchirée, par les tourments que celui-ci endure, déclarait :

 

       "C'est toujours pitié que de voir détruire par la violence,

            ce qui implore seulement la permission de vivre  [31]" !

 

    

Florilège de Devises félines

       Signées de la plume

   

      de Théophile Gautier :

 

            
               " Conquérir l'amitié d'un chat est chose difficile.           [... ]

Il veut bien être votre ami si vous en êtes digne,

mais non pas votre esclave.

Dans sa tendresse, il garde son libre arbitre et il ne fera pour vous ce qu'il juge déraisonnable ;

mais une fois qu'il s'est donné à vous, quelle confiance absolue, quelle fidélité d'affection"!

       

à celle d'Ernest Hemingway :

 

" Le chat est d'une honnêteté absolue :

 les êtres humains cachent pour une raison ou pour une autre leurs sentiments.

Les chats, non".

    

ou bien encore de celle de Mark Twain :

 

"Si l'on pouvait croiser l'homme et le chat, cela améliorerait

       l'homme mais dégraderait le chat".

 

de celles traitant de notre inaptitude à cerner

ces "Félidés miniatures" composées par :

 

I     Paul Morand :

 

"Les chats sont incompris parce qu'ils dédaignent de s'expliquer.

Ils ne sont énigmatiques, que pour qui ignorela puissance expressive du mutisme".

 

II  : et Georges Bernard Shaw:

 

"L'homme est civilisé dans la mesure où il comprend le chat".

 

 

Texte de Valériane d’Alizée

Collectrice-raconteuse de l'histoire de la flore

 et Auteur interprète du patrimoine littéraire naturaliste.

 

Tous droits de reproduction réservés.

 

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Œuvre de Susan Herbert d'après La Ghirlandata

de Dante Gabriel Rossetti



[1] : Emprunt au titre d’un ouvrage de Colette.

[2] : Allusion au peintre Camille Corot

[3] : Citation reprise par Maurice Goudeket au sein de son témoignage "près de Colette", 1956

[4] : Allusion au recueil de Paul Verlaine, datant de 1871.

[5] : En référence à l'œuvre poétique de Verlaine portant ce titre, tirée du corpus : "Jadis et Naguère".

[6] : À propos de Vers dorés de Gérard de Nerval, in " les Chimères".

[7] : Expression empruntée au compositeur Claude Debussy.

[8] : En référence à la poétesse Marie Noël.

[9] :   Titre d’un ouvrage de Georges Ribemont Dessaignes.

[10] :   Nouvelle de Colette éditée au sein de "Journal à rebours",1941.

[11] : Détournement d'un titre dû à Jean-Jacques Rousseau, grand connaisseur de botanique.

[12] : En référence à l’un des recueils de Colette.

[13] : Emprunt à l’œuvre de Francis Jammes portant ce titre, surnom qu’il s’était lui-même délivré !

[14] : Ouvrage éponyme de Colette.

[15] : Citation extraite de "Belles Saisons" de Colette.

[16] : Extrait d’un de Colette paru au cœur du corpus "Les Vrilles de la Vigne", (1908).

[17] : En référence à l’un des fameux romans de notre auteur.

[18] : Allusion à l’un des succès littéraires de Colette.

[19] : Proses de Jules Renard célébrant la nature, datant de 1896.

[20] : Fameuse morale provenant du "Loup et de l'Agneau", fable de Jean de La Fontaine.

[21] : Titre d'une œuvre signée Georges Duhamel.

[22]   Devise d'Antoine de Saint -Exupéry issue du "Petit Prince".

[23] : Maxime fort explicite signée de Dave Barry, résumant combien le genre félin dans son entité, ne saurait devenir l’esclave de l’homme !

[24] : : Citation provenant de la nouvelle consacrée à "Pitiriki", L'Écureuil  du Brésil que l'on avait offert à l'écrivain ; émue de

       son sort, Colette lui dédia cette histoire appartenant à "Prisons et Paradis", publication datant de 1932.

[25] : Formule extraite de "Belles Saisons "de Colette.

[26] : Allusion à la divinité latine, fertile du printemps.

[27] : Titre de recueil poétique d’Anna de Noailles, employé ici en guise de métaphore.

[28] : Citation de Léon-Paul Fargue au centre de son livre "Portrait de famille".

[29] : Locution renaissance empruntée à un admirateur adorateur de notre félin de prédilection, Joachim du Bellay, qui à la

     disparition de son "cher Belaud", lui consacra en guise d'épitaphe, un poème émouvant.

[30] : Adage oriental anonyme.

[31] : Citation extraite de l'ouvrage " Pour un Herbier " (l'Arum) 1947.

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Introduction à une Évocation Naturaliste

Hymne au Culte de Natura…

Dans le cadre d’Une Rencontre Poétique Vivante

 

Question d’Interprétation,

 de Visions Subjectives

d’une Œuvre littéraire


L’Interprète : un Animal doué de raison, 

Vibrant  passeur, de l’esprit du Créateur,

   loyal témoin de son souffle ?

voire Miroir fidèle de la Pensée de l’Auteur ?

 

 

                          "Le réel est une partie de l’art : le sentiment complète…

Si nous avons réellement été touché

la sincérité de notre émotion passera chez les autres",

 

clamait avec feu, un illustre inclassable [1], précurseur du mouvement impressionniste, qui allait
incessamment éclore, bousculant bien des traditions, des archétypes picturaux. Encore faudrait-il pour cela
ne pas tout livrer d’emblée, dans un accès de générosité impulsive, en adéquation de la philosophie de
Colette, qui affirmait :

                           "Le difficile, ce n'est pas de donner, c’est de ne pas tout donner[2]."

 

                            Aussi, lorsque herbier et bestiaire dans un élan spontané et fructueux s'épousent pour le

meilleur, avec à la clé, le clair objectif de nous livrer une palette polychrome étincelante de mille et un

joyaux, s'échappant d'une myriade de pages enluminées de la littérature, union d'une grande sagesse

certes, mais surtout " amoureuse", un tant soit peu promulguée selon nos desiderata subjectifs, avouons-le

sans fausse pudeur, puisque depuis notre plus tendre enfance, guidée à la fois par nos sens en alerte, à la

fois par des mentors bienveillants soucieux d'approfondir notre éveil, accompagnant sciemment ou non

notre quête initiatique tournée vers le monde merveilleux de la faune et de la flore, nous ne cessons de

rendre grâce à ces derniers, d'exister !

                           Oui, comment en outre, ne pas nous sentir infiniment redevables au tréfonds de notre âme

envers cette prodigue Natura, l’alliée inséparable de Gaïa, qui travaille à nous offrir une telle floraison

d'émotions, œuvrant continuellement au fil des saisons, afin que celles-ci soient, "belles et bonnes", c'est-

à-dire fécondes (ou à l'opposé, austères, en latence, quasiment infructueuses en fonction du calendrier

effeuillé), d'après notre opinion d'humains pragmatiques, avides de récoltes, regardant la Terre, notre mère

nourricière, à la façon d'une Corne d'abondance inépuisable, parmi laquelle il est "naturel de puiser"    

jusqu'à son "épuisement total", tandis que nous devrions considérer ce don généreux que Dame Nature

nous octroie, comme un privilège inestimable !

                          Au cœur de notre assemblée d’acteurs spectateurs solennellement invités à assister, de la

première loge d'un resplendissant théâtre de verdure en perpétuel mouvement, à d’infinies scénographies

de génie exaltant la double évolution de forces vulnérables, éphémères, fraternité complémentaire si ce

n’est duo complice indissociable, fondamental au rayonnement de l'écosystème, à la biodiversité

foisonnante de milliers de vies en germination, une interrogation majeure s'impose, s'emparant alors de

notre esprit en ébullition assorti d'un affect "frémissant"  :

                         Comment trouver le juste équilibre, l'harmonie souhaitée inhérente à l’adoption d’un ton

adéquat, soit, de contourner une aridité mesquine purement analytique, soit, d'éviter de tomber dans le

piège de l'outrance ?

                        Comment traduire notre fervente inclination naturaliste, transmettre notre message, en

usant de la tonalité appropriée, du bon dosage, dans le cadre d’une rencontre ou lecture animée collectant

un florilège de poésies destiné à être dit en public et voué à exalter les sonorités de notre patrimoine

littéraire florissant, d’une luxuriance absolue oserions-nous préciser, s’attachant, autant que faire se peut, à

en capturer les nuances, de la monodie traçant une ligne épurée, à la polyphonie recelant de voix

chatoyantes... ?

                        Ne pas s'abandonner plus que de raison à un lyrisme exacerbé grossissant le trait,

dénaturant le propos de l'auteur, ce qui reviendrait à le trahir, voilà pour l'interprète " passeur de mots et

de sens ", au service du créateur, une gageure à relever !

 

 

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Apollon et les neuf muses de Gustave Moreau , 1856

 

                       

                          Être fidèle, dans la mesure du possible, à un style d'écriture, ciselant le verbe en déployant

des moyens savamment soupesés, ni trop " économes ", " ni trop démonstratifs   ", tenter de retranscrire

l'atmosphère intrinsèque, l'intimité originelle d'une œuvre (dépouillée d’effets extérieurs ostentatoires

faciles, donc gratifiants), œuvre en étroite correspondance avec une époque de l'histoire des civilisations,

voilà une autre source de motivation élevée, car s'attacher à restituer la quintessence d'une pièce poétique

(vers et prose confondus), non sans l'avoir au préalable étudiée, est bien du devoir du "diseur conteur"

chargé de la faire vivre, qu'il s'adresse à un auditoire néophyte ou averti !

 

                        Quant à la sélection du programme par elle-même, confessons que c'est un choix tout à fait

cornélien et partial, mais mûrement réfléchi, puis assemblé judicieusement dans le but avoué que le fil

conducteur ne soit jamais rompu et que chaque texte puisse se répondre, s'éclairer et se magnifier

mutuellement.

                       

                         Or, à notre humble avis, il ne saurait être question d'éloquence forcée, préfabriquée et

superfétatoire en matière d'interprétation, et le temps de la déclamation pompeuse, ampoulée à la

manière des tragédiennes du siècle dernier ou du XIXème siècle finissant, est désormais révolu, n'est-ce

pas ?

                       Faut-il s'en réjouir pour autant, puisque, en lieu et place de cet ancien art de déclamer,

privilégiant l’emphase, concédons-le, il semble que nous sombrons malheureusement, dans l’effet inverse,

acceptant dès lors, qu’un ton général monocorde dégageant bien des platitudes vienne se substituer à

cette dite emphase, sous le fallacieux prétexte qu'il nous faut impérativement, à l'heure actuelle, paraître

"naturel" dans l'expression de nos inflexions, lorsque nous autres ambassadeurs, sommes appelés à porter la bonne parole (ou la "Bonne Chanson" [3]) de nos chers écrivains, grâce à la magie de leur lyre

ressuscitée, toujours vivante, nous faisant l'écho de leurs chants incantatoires profanes et sacrés .

 

                      Il nous appartient ainsi, de trouver un compromis entre le grandiloquent et la banalité, afin

de faire jaillir vocalement leur vérité, et forts de ce défi dont il nous faut être dignes, nous consacrer

pleinement à cette vocation initiale : conquérir une nouvelle audience, adeptes fraîchement sensibilisés ,

voire convertis, alors qu'ils étaient auparavant plus que réservés, sur la défensive, presque hostiles et

récalcitrants à se laisser bercer et pénétrer par le cortège séculaire des hymnes de Polymnie, à tort réputés

pour être hermétiques et lassants !

                     En tant que "fiers amants" de l’une des neuf compagnes d’Apollon, vénérant ô combien ceux

qui "taquinent" encore et "taquinèrent jadis, la muse", il est de notre ressort, à notre modeste échelon,

assurément, d'atténuer ces idées préconçues, à défaut d'être en mesure d'éradiquer cet inique quiproquo !!!

                    À travers les âges, les continents, nos chantres, un rien comparables à leurs frères maniant

non point la plume, mais le pinceau, ont, il est vrai, continûment transcendé le quotidien à l'aide d'un

vocable recherché, d'une écriture d'une stylistique plus précieuse que le mode de l'oralité emprunté,

certes, seulement, il convient de ne point nous méprendre, leurs préoccupations étaient d’une toute autre

veine, il nous semble : parvenir à dévoiler la profondeur de leurs sentiments et émois, se révélant parfois

un véritable abime de désolations nécessitant une libération thérapeutique par l’écriture, témoigner de

leurs propres expériences jonchant leur cheminement parsemé de dédales et labyrinthes.

 

 

12272760686?profile=originalOrphée et Eurydice de Jean-Baptiste Corot

 

                   

                     Patrimoine au langage multiple que nos civilisations n’ont que trop tendance à mépriser

(l’oubli n’est il pas synonyme de mépris ?), que nous devrions pourtant recevoir, non comme un dû mais

comme un bien incommensurable, qu’il nous faudrait apprivoiser au quotidien et inlassablement

reconquérir, doublement armé du vertueux dessein de passation, legs, qui, souhaitons-le, infusera à son

tour, les générations futures (ou du moins certaines âmes délicates prédisposées à en saisir certaines

nuances), allant ravies, de découvertes en découvertes, et de joies ineffables à de douces voluptés, lignées

éprises de raffinement, d’humanisme, proches en cela, de l’Homme sensible du siècle des Lumières,

conscientes, selon les fibres de leur tempérament propre, du "fardeau" créatif dont ces disciples d’Orphée

ont éprouvé le besoin vital de se délester, en s'inscrivant ainsi (à leur insu?) dans la pérennité et que

l'humanité reçoit en héritage pour son plus grand plaisir d'hédoniste !

 

                    C'est la raison pour laquelle il nous sied de nous positionner à contre-courant, de faire front à la morosité ambiante concernant ce subtile Art poétique  [4], estompant, à notre humble niveau,

l'indifférence très "tendance" à son sujet, envahissant notre société matérialiste, nous insurgeant, suivant

nos minces pouvoirs, en initiant une action concrète de diffusion, contre la profanation que nous lui

infligeons fréquemment (annonciatrice peut-être de précoces funérailles ?), en analogie de l'univers

botanique et animalier que nous malmenons allègrement en cette aube du XXI ème siècle, dénués du

moindre remords, d’une noble éthique !

                    Cependant, reprenant à notre compte un adage intemporel placé en exergue du sonnet

nervalien [5] et fruit de la doctrine de Pythagore, nous pouvons à l'unisson professer :

 

"Eh quoi ! Tout est sensible" !

 

                    Interpellation remontrance nous sermonnant sur notre fâcheuse manie à manifester légèreté et

insouciance, et qui nous remémore combien nous, les Hominiens sommes ingrats et pervers, pétris surtout

de suffisance en maltraitant à l’envi la fameuse Fontaine de Jouvence que représente notre Alma mater

terrestre :

 

Homme ! Libre-penseur – te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?    [... ]

Respecte dans la bête un esprit agissant ...

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;     [... ]

Tout est sensible ; - et tout sur ton être est puissant !

 

                   Perception romantique d'une Nature divinisée, exagérément encensée dites-vous ? Non pas,

simplement une " ode solaire", ardente, signée en hommage aux " êtres obscurs " cachant maints trésors,

purs "chefs-d’œuvre en péril " ponctuant notre verdoyant environnement !

                  Sensiblerie ? Que nenni ! Hyperesthésie ? Qu'importe, Si vous voulez même !

                  Néanmoins, quelle que soit la définition exacte, convenant à cette flamboyante conception

dénotant une sensibilité extrême " à fleur de peau ", il nous revient indubitablement la " mission " en tant

qu’interprètes doués de raison, militants, portés à faire retentir, sonner la voix splendide et spirituelle du

poète, de nous plonger au cœur même de la "substantifique moelle" de sa composition afin de la propager,

pour reprendre une locution du Docteur François Rabelais, nous adonnant par cette circonstance, au pur

objectif d’une transmission de la plus grande honnêteté possible, soit, en l’occurrence, de nous effacer

devant la puissance de convictions, les intentions à énoncer, ou plutôt à prononcer, émanant de leurs

géniteurs (sans pour autant les altérer en sombrant dans une neutralité d’une fadeur insipide…)

constamment habités du vœu de "servir leur pensée" et non de "nous en servir" (avec en filigrane, l’intérêt

opportuniste de nous valoriser) "savoir faire" immanent à tout bon "diseur" qui se respecte, chargé de

"faire savoir" à ses interlocuteurs les idéaux et langage d’un maître de la littérature. 

 

                   Engagement subtilement mesuré donc, participant à ce que nous conservions la foi originelle,

La chair nue de l’émotion  [6], nantis en toile de fond d’une approche de la perfection, vaste projet

utopique, embrassant ad vitam aeternam, la morale de Nicolas Boileau, qui préconisait de faire montre de

pugnacité, ciselant et reciselant encore, tel un orfèvre, le fruit  de son labeur :

 

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. [...][6bis]


 

                   Quelle que soit l’époque, les mouvements ou écoles, ainsi que la stylistique auxquels se

rattachent tant de "cantiques orphiques", l’essentiel ne réside t’il pas de contribuer à les faire revivre, les

faisant entendre dans leur idiosyncrasie foncière, rendant perceptibles, presque palpables, même à l’ouïe

d’un candide en la matière (nul besoin en effet, d’être un fin lettré pour se laisser toucher par eux) la

"palette de tableaux" ou du moins leurs touches impressionnistes, s’élevant de la vision créatrice ?

                  De grâce, n’oublions jamais, selon l’expression perspicace d’un "savant jongleur de mots " [7] ,

jouant avec notre belle langue française, que :

 

                 "Le mot est un son qui devient sens" !

 

                   Or, si il y a bien un mérite à prononcer, à mettre en bouche, à l’aide de notre instrument vocal,

le verbe poétique par l’entremise de la diffusion publique revêtant la forme de lectures vivantes, relayées

d’ateliers pédagogiques d’initiation, ne doutons plus que cela soit celui qui participe à l’émergence voire

l’éclairage, sinon la réhabilitation d’un texte et de son auteur laissé pour compte, pire, négligé ou au

purgatoire, à travers sa signification intrinsèque fondatrice, intériorité d’une Chanson grise [8] libérant sa

magnificence, une once de mystère et une musicalité devenues enfin intelligibles :

 

De la musique avant toute chose […]

De la musique encore et toujours !

 

recommandait le père des "Romances sans parole" à une confrérie imaginaire…

 

                    Car comment se laisser bercer par le balancement des "Mystiques Barcarolles", comment

entrer "en Poésie" (un peu comme on entre dans les ordres), comment tenter de pénétrer cette

énigmatique "gente dame" sans que le creux et le faux dignes des poseurs de salons s’invitent au

rendez-vous ? Vaste question existentielle qui nous taraude et fermente dans l’esprit de nous autres,

"passeurs de vers et de proses".

 

                       "Et tout le reste est littérature" [9] !

                        N’est ce pas ?

 

"Les Œuvres d’Art ont quelque chose d’infiniment solitaire,"

philosophait l’ancien secrétaire de Rodin, ajoutant ensuite ceci :

 

 "Seul l’amour peut les saisir, les tenir et peut-être équitable envers elles." [10]  

                     

                    Credo d’un sage, Rainer Maria Rilke, qui, ne s’égarant pas, par "des chemins perfides "

verlainiens, poursuivait son conseil à l’adresse de l’un des siens et que nous nous empressons de détourner

à notre endroit :

 

                   "Laissez chaque impression et chaque germe de sensibilité s’accomplir en vous, dans l’obscurité, dans l’indicible, l’inconscient, là où l’intelligence proprement dite n’atteint pas, et laissez-les attendre, avec humilité et une patience profondes, l’heure d’accoucher d’une nouvelle clarté : cela seul s’appelle vivre l’expérience de l’art ; qu’il s’agisse de comprendre ou de créer.

                   Là, le temps ne peut servir de mesure, l’année ne compte pas, et dix ans ne sont  rien ; être artiste veut dire : ne pas calculer ni compter ; mûrir comme l’arbre qui ne hâte pas sa sève et qui, tranquille, se tient dans les tempêtes de printemps sans redouter qu’après elles, puisse ne pas venir l’été. Il vient de toute façon. Mais il vient seulement chez ceux qui patients sont là comme si l’éternité s’étendait devant eux, insoucieusement calme et ouverte.

                   Je l’apprends tous les jours, je l’apprends au prix de douleurs envers lesquelles j’ai de la gratitude : la patience est tout " [11] !

 

                    Vision prophétique corroborant celle de Paul Valéry [12], qui incitait son prochain à la

persévérance afin de prétendre atteindre une maturation salutaire fertile :

 

 

"Patience, patience,

Patience dans l’azur !

Chaque atome de silence

Est la chance d’un fruit mûr !

[…]

Calme, calme, reste calme !

Connais le poids d’une palme

Portant sa profusion !  

[…]

Ces jours qui te semblent vides

Et perdus pour l’univers

Ont des racines avides

Qui travaillent les déserts.

 […]

 

Concluant à l’égard de sa dédicataire la morale suivante :

 

 

Tu n’as pas perdu ces heures

Si légère tu demeures

A près ces beaux abandons ;

Pareille à celui qui pense

Et dont l’âme se dépense

À s’accroître de ses dons" !

 

 

                         État d’âme, façon d’appréhender les choses et les êtres vivants peuplant leur

environnement (que d’aucuns se permettront de juger excessifs…) partagés par quelques rares

compagnons en communion de "sensations" de compassion et aussi de souffrance, déchirures pouvant

aller jusqu’à l’auto destruction, en similitude de ce témoignage confession confié par le compositeur de

Soupir  [13], à son intime, le Cygne d’Orthez, alias le Poète Rustique,  Francis Jammes  :

 

                         "Ah, mon ami, quelles atroces douleurs peuvent ressentir les âmes trop sensitives pour des choses dont bien des gens ne songeraient même pas à s’affliger."  [14]

 

                         Pourtant chaque abeille butineuse gonflée de suc doux ou amer fait son miel d’une

manière qui lui est propre, d’après une méthode comparable à nulle autre pareille, signant ici et là un

manifeste concernant son idéologie, son art de modeler la fructueuse vendange issue de ses méditations

profanes ou religieuses.

                        Pour notre part, il nous tenait à cœur de clore cet entretien au sujet de l’interprétation de

joyaux littéraires, en publiant la conception que la "Fée d’Auxerre", la bien nommée, "payse" de la

"Faunesse" de Saint Sauveur en Puisaye, Colette, se forgeait à propos de "La Poésie" [15]  avec un grand P,

en respectant son souci de révérence visionnaire.

                        Écoutons-la simplement nous énoncer son désir de nous guider vers le pur et l’indicible

nimbant cet univers :

 

                       "Il n’y a pas en Poésie de réalité positive. Il y a une vie profonde, une émotion intense transfiguratrice, qui dépendent fort peu de la circonstance extérieure qui les a provoquées.

                        À l’heure de grâce un rien ou presque suffit parfois à donner la secousse créatrice et à mettre en branle le génie intime qui aussitôt du rien s’empare et à l’infini l’amplifie.

                        Dante aperçoit Béatrice. Béatrice ? L’a-t-il longuement connue et courtisée ? Peut-être… Peut-être pas. Toute l’aventure du chant est dans l’âme du poète. Et si de surcroît, ce poète est un artiste, il arrive que de multiples impressions se fondent pour lui en une seule. Tel statutaire a tiré son dieu de plusieurs modèles.

                        C’est souvent léser gravement le charme d’un poème voire le réduire à néant, que de vouloir trop le situer, le dater, le délimiter de tous les côtés comme une pauvre pièce d’identité humaine.

                         La Poésie comme la religion exige le mystère. […]

                        Apprenez à lire les poètes. Ne les lisez pas en journalistes. Vous trouverez ailleurs qu’en eux assez de faits et gestes plus romanesques et plus curieux que les leurs.

                        Ils n’ont, eux, à vous offrir que leur âme.

                        Et la beauté sans nom ni lieu du verbe qui chante.

 

                                                                            Marie Noël.

 

 

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Muse de la Poésie ou Erato couronnée de verts lauriers (Laurus nobilis L.)

de Edward John Poynter -  1870

 

 

 

 

Texte de Valériane d’Alizée

Historienne –chercheur de la flore

Auteur- interprète du patrimoine littéraire naturaliste.

 

Tous droits de reproduction réservés.

 



[1]  : Allusion au peintre Camille Corot…

[2] : Citation reprise par Maurice Goudeket au sein de son témoignage : « Près de Colette », 1956

[3] : Allusion au recueil de Paul Verlaine, datant de 1871.

[4] : En référence à l'œuvre poétique de Verlaine portant ce titre, tirée du corpus : « Jadis et Naguère ».

[5] : A propos de Vers dorés de Gérard de Nerval in  « les Chimères ».

[6] : Expression empruntée au compositeur Claude Debussy.

[6bis] : Quatre derniers vers du Chant I (Il est certains esprits) issu du recueil « L’Art poétique » de Nicolas Boileau,

[7] : Allusion à l’auteur interprète, troubadour moderne de Toulouse : Claude Nougaro.

 8 : En référence à la pièce de Paul Verlaine  « Art Poétique » (recueil  « Jadis et Naguère ».)

 [9] : Emprunt à la formule de Paul Verlaine, dernier vers du poème  « Art Poétique »…

[10]: Citation issue des  « Lettres à un Jeune Poète », celle notamment datée du vingt trois Avril 1903.

[11]: Recommandation de Rainer Maria Rilke à un frais novice, F. X Kappus, qui sollicita son aîné afin de recueillir son avis critique sur ses propres ouvrages (même source). 

[12] : Extraits provenant du fameux poème de Paul Valéry intitulé  « Palmes » (recueil  « Charmes » de 1922).

  [13] : Évocation d’Henri Duparc ayant mis en musique ce texte de Sully Prudhomme devenu par la grâce du musicien une mélodie pour voix et piano. Personnalité artistique auto destructrice au demeurant, anéantissant fréquemment la moindre de ses productions.

[14] : Voir la correspondance échangée entre ces deux hommes qui nous révèle à quel point Henri Duparc fut traversé d’une hyper sensibilité néfaste tandis que le poète d’Orthez parvenait à sortir par intermittence du gouffre dans lequel les évènements de son existence le plongeaient, célébrant à nouveau le Triomphe de la vie…

[15] : Prose placée en avant –propos du recueil des  « Chants de la Merci » paru en 1930 et prise dans sa presque intégralité, hormis une phrase…

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L'amour au delà des différences...

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                                                          l'amour au delà des différences.

 

 

 

 

Le regard noyé dans la peur du jugement

tu es celui qui se bat contre la différence

si tu savais comme je te comprends

pourquoi ne montrer que l'apparance

quand être soi est si riche , si épanouissant.

Une  main qui s'offre comme un cadeau éternel

Une parole qui réchauffe c'est un don en  soi

Parfois un mot de tendresse suffit à oublier

cette solitude qui touchent bien trop de gens.

 

Aider celui qui par trop de peine

ne croit plus au meilleur

je veux être cette lumière dans ta vie

même si elle réveille ses souffrances

qui ont longtemps alimentées mes peurs.

 

Je prie  pour une nouvelle histoire

dans le chemin de ta destinée

je te souhaite de vivre apaisé

et de trouver ta voie  avec le coeur allégé

 

 

Je suis certaine que les pensées positives

que je t'envoie içi te parviendront là où tu es

je suis certaine que tu vas sortir de tes peines

pour enfin ouvrir tes ailes au monde d'aujourd'hui.

 

Pour toi mon frère.

 

 

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Tes mains me reviennent

Sur l’allée d’automne, je flâne rêveuse

Feuilles rousses et feuilles d’or se sont mêlées

Le visage nimbé de soleil safrané

Je bois une gorgée de lumière

Je tente d’évoquer le doux souvenir de toi

Emportée par le bleu de tes yeux rieurs

Ton sourire tendre et tes mains me reviennent

Allégé de ses peines, le palpitant frémit

Je serre ton image contre mon âme et j’avance

31octobre 2011

 Nada

 

 

 

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TOUSSAINT...

Les arbres omniprésents

Dans une splendeur...rouquine!

Aussi le ciel clément

Qu'un plein soleil anime...

 

La tristesse du jour

Est sans doute évincée...

Il flotte comme de l'amour

J'en suis émerveillée!

 

C'est sûr, les disparus

Sentant nos âmes tristes

Se sont sentis émus

Et ont montré la piste...

 

Oui, leur amour constant

Est stocké en mémoire...

Envoyant ses relents

A qui veut bien y croire!

J.G.

 

 

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Logomachie ou logorrhée

 

Deux muses soeurs, des éternelles

Longeaient une rive en radeau

Un éboulement de propos.

Se produisit à côté d’elles.

 

Intriguées et dépaysées,

Par cet état de leur langage,

Elles scrutèrent le rivage,

Des mouettes s’y reposaient.

 

Bientôt se dessina sur l’eau

Un décor troublant, onirique,

Né d’une prophétie lyrique,

Réduit aussitôt en lambeaux.

 

De quoi dépendit ce mystère?

Logomachie ou logorrhée

Ne sont pas art à explorer

Ceux qui en souffrent sont sincères.

 

                                                            15 juin 2007

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Croque-morts rigolos.

L’aurore est belle pour la mort joyeuse,

Elle a  bien vendangé, ils vont chanter la vie,

S’amuser et plaisanter loin de la gueuse,  

Garnir le corbillard, la Muerta est servie. 

 

Guillerets bavards les croque-morts s’éveillent,

Dans la couleur vivante de leurs journées,

Masque des dépouilles, fiers ils s’émerveillent,

Les raideurs de la Faucheuse sont parées.

 

Le crâne éclaté de ce jeune motard,

Rassemblé le matin sur la ramassette,

Repose dans le cercueil du jeune fêtard,

Fermé sur le sourire de sa fossette.

 

Le salon voisin pleure un nouveau bonheur,

Du gros héritage futur qui console,

La veuve noire se moque du grand veneur,

Elle soupera d’une limande-sole.

 

Le vieux qui repose à finit d’agonir,

Les soirs de misère et les ponts de ses nuits,

Il dormira demain au banc froid du bannir,

Dans la fosse commune des Corbeaux de nuits.

 

Dans les couloirs mortels des pompes-funèbres,

Les ombres effacent les heures ardentes,

Des étoiles sacrifiées, lourdes ténèbres,

Avenir incertain, pour tristes clientes.

 

Les croque-morts profitent bien de la vie,

Ils connaissent trop  le prix cruel de la mort,

Rayonnants compères, ils n’ont qu’une envie,

Laisser l’éploré, jouer au trompe-la-mort.

 

Tout est périssable, même le chagrin meurt,

Réceptions aux sanglots, soirs mélancoliques

Du salon funéraire, il dort l’embaumeur,

Se promène dans des rêves idylliques.  Quertinmont Claudine.

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Errance délectable

 

 

Hommage à  Farid Chettouh

 

Le jongleur magicien s’est rendu invisible.

S’élèvent des vapeurs colorées prenant corps.

Surgissent des génies aux exploits indicibles

L’envoûtement se crée dans de troublants décors.

 

L’absence de tout bruit mène à la transcendance.

L’âme s’y purifie, accueille l’harmonie

Et dérive enchantée sur le flot du silence.

Les instants sont emplis d’une grâce infinie.

 

La raison est restée au lieu des saisons mortes.

A laissé s’échapper l’esprit de fantaisie.

Il erre en liberté, grisé en quelque sorte,

Au pays de l’abstrait né de la poésie.

 

6 mai 2007

 

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Un regard sur le monde.

   un regard posé sur le monde endormi

j'avance avec l'espoir de me réveiller

dans un univers où la vie n'est pas mélancolie.

 

  Où les coeurs s'unissent

  où le ciel s'éclaircie....

 

  Espoir d'avancer avec la joie de savourer ces moments

où tout semble en cohérance avec nos attentes , avec nos espérances.

 

 

Une larme posée

Un départ reporté

je reste sur le quai

en attendant autre chose...

 

Un regard posé sur le monde endormi

je traîne le poids du passé

comme pour ne jamais oublier

que souffrir fait aussi partie de la vie.

 

  Et même si je crois encore

en des jours meilleurs pour l'humanité

je ne peux que me confronter à  la réalité.

et toujours garder dans mon coeur une part de rêves pour sans cesse avancer.  

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Fin de bruit

 

 

 

 

Ils volent si bas enfermés

trou blanc dans le silence

dédoublés dans le chemin perdu

le soleil dort

la mémoire tourne

poupée de soie au sourire éternel

juste des ombres faites de plumes

sanctuaire métallique trop près du monde

tournent sur elles-mêmes

puis le soir revient coucher les survivants

fêlure fine sous l’aile de l’oiseau

tu voudrais mettre de la musique

on ne sait pourquoi

alors tu coupes les roses fanées

sur un banc du jardin
 


B - 29-10-2011



 

 

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Voeux

Un voeu,
qui sommeil en chacun de nous,
quelque soit la forme et l'objet...

Un voeu,
pour que chacun ait la santé,
que la maladie ne submerge aucun être vivant...

Un voeu,
pour que l'amour puisse exister,
et que le bonheur soit toujours présent....

Un voeu,
pour que la famine sur terrre n'existe plus,
que les enfants ne soient pas abandonnés...

Un voeu,
pour que nos désirs soient excausés,
et que nos projets se réalisent,

Un voeu,
pour que chacun puisse vivre sans compter,
et oublier la crise financière,

Un voeu,
pour que la terre soit conservée,
dans des milliers d'années.....

Un voeu,
pour lorsqu'un être cher s'en va,
de pouvoir le retrouver après des années lumières....

Un voeu,
des voeux,
on en à tous....

Les voeux de notre enfance,
les voeux de notre futur,
les voeux jamais excausés,

Tels sont les voeux,
réalisons tout ce qui nous est possible,
au cours de notre vie,
réalisez vos rêves tant qu'il est encore temps....

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L'oiseau blessé

 

À Mon amie Anne

 

Un oiseau est blessé et gît dans mon jardin.

Sans doute l’un de ceux qui picorent mon pain

Mais s’envolent à ma vue, très vite chaque fois.

 

Je ne peux m’approcher, il se méfie de moi.

Je me tiens à l’écart et à bonne distance,

Pour ne pas ajouter la peur à sa souffrance.

 

Je surveille craignant qu’un chat ne le découvre.

Je le vois immobile, apeuré et qui souffre.

Les siens ne savent pas ce qu’il est devenu.

 

Chacun vole à son gré , le beau temps revenu.

Quand tout semble parfait dans un monde attrayant,

Les embûches sont là, meurtrières souvent.

 

Je reste fort troublée à chercher un recours

Quand l’énergie, soudain, arrive à son secours.

Il se relève alors et fait de faibles pas

 

Puis volette hardiment jusqu’au jeune lilas.

Je reste bouche bée. Quelle grande leçon

Ce drame s’achevant d’une heureuse façon!

 

30 mai 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La jeune mariée de coton bleu (5... et fin!)

Quatrième tableau: La jeune mariée

En me couchant le lendemain soir, je priai pour revivre notre émouvante anomalie dans les moindres détails. J'avais essayé de comprendre ce qui m'était arrivé, en vain. Et malgré un sommeil inconfortable, propice aux pensées qui vagabondent et se mélangent, rien ne revint. Mes souvenirs semblaient avoir trouvé leur ultime port d'attache dans ma conscience diurne et cartésienne.

Je pris le parti de m'en satisfaire, car à la réflexion je préférais ne pas penser aux mille variations nocturnes qu'aurait pu engendrer l'image douce et bleutée de ma main glissée sous le coton.

Trois jours plus tard, Tiana m'écrivait. Mon albatros avait voyagé jusqu'aux antipodes. Shooting pour une marque célèbre de maillots – sa peau ambrée allait faire sensation. Elle me remerciait encore, espérait qu'on pourrait se revoir bientôt.

Ce fut le début d'une longue série d'échanges de courriers électroniques, durant laquelle, hélas, jamais elle ne revint chez moi.

Nous nous écrivions environ chaque semaine. Nous jouions à « cache-cache-mail »: à chaque fois je devais deviner et préciser par écrit à quel endroit de la planète je croyais la trouver lorsqu'elle lirait mon message suivant.

Ce fut notre jeu des mois durant.

L'hiver suivant fut précoce. Le dimanche 23 Novembre 2008, la neige se mit à tomber en abondance en Belgique. Pour la toute première fois, l'ambiance laiteuse à l'extérieur me rapprochait mentalement de mon invitée d'un soir.

Il me semblait évident que cette expérience avait été « notre » expérience; je me rappelais que Tiana avait été la seule à en parler.

Un sentiment de déséquilibre m'envahissait progressivement: en me quittant elle m'avait dit ce qui s'était passé, et même si elle ne semblait pas se souvenir des détails, elle avait eu l'honnêteté d'en parler avant de partir. Mon albatros avait lâché du lest avant son envol. Et moi, pour toute réponse j'avais tout enfoui dans ma mémoire: pas un mot, ni ce jour-là, ni plus tard.

La lune n'était pas encore bien haut dans le ciel que je trouvai cette situation de moins en moins supportable. Je me mis au clavier.

Un quart d'heure plus tard j'avais reconstitué son discours blanc, au mot près, j'en avais la quasi-certitude. Je m'excusai aussi de ne pas en avoir parlé si tôt. J'expédiai le courrier électronique.

Je ne reçus aucune réponse.

Ou du moins par courrier électronique.

Cette nuit-là je fis un rêve.

La neige tombait en flocons tout fins. J'ouvrais la porte de ma voiture.

— Tu as gardé tes belles manières.

— Tu as gardé ton beau sourire.

Tiana m'accompagnait vers mon appartement, pieds nus dans la neige.

— Pourquoi tu ne m'as pas dit, pour cette nuit?

Je ne pouvais déterminer si elle avait dit « cette nuit » parce que nous n'en avions partagé qu'une seule, ou parce que mon rêve me ramenait à l'instant où nous avions quitté ma voiture ce soir-là.

Je glissai la clé dans la porte.

— Parce que les hommes gardent toujours pour eux ce qui les trouble, du moins pendant quelque temps. Ensuite, seuls certains d'entre eux arrivent à en parler.

— C'est dommage de perdre tout ce temps.

— Tu m'en veux?

Je me retournai. Tiana n'était plus là. Les traces dans la neige s'interrompaient juste derrière les miennes.

Le même rêve revint tous les soirs, des nuits durant.

Chaque soir je lui ouvrais la porte, chaque soir je pouvais dialoguer avec elle. Il m'était permis d'avoir de ses nouvelles, de connaître ses derniers déplacements, ses aventures de modèle, ses amourettes aussi, brèves, amusantes, mais jamais passionnées comme avec Dominique. Et chaque soir elle disparaissait dès qu'elle me questionnait à propos de « cette nuit ».

Puis un soir je décidai de changer de scénario. J'attendis comme chaque nuit mon rendez-vous rêvé.

— Tu as gardé tes belles manières.

J'ouvris la porte:

— Je te demande pardon, Tiana.

Elle ne parut même pas surprise. C'était comme si elle avait patiemment vécu chaque soir la même scène, en attendant que je me décide. Elle sourit d'un air soulagé, contourna la portière et m'embrassa aussitôt, en murmurant:

— Je vais te faire un cadeau.

Le lendemain matin je reçus un mail de sa part, le premier depuis des mois. Je compris tout de suite que les rêves allaient cesser. Il ne précisait aucun sujet, et contenait juste l'adresse d'un site Internet. Je cliquai sur le lien, la page s'ouvrit. J'arrêtai de respirer.

J'atterris sur une page d'information mise à jour par une petite localité américaine. Tiana était morte depuis deux jours. Méningite foudroyante. Vingt-neuf cas recensés rien qu'en Arizona.

La journée se déroula dans un brouillard épais. Rien ne tenait debout. Tiana – si c'était elle – m'avait envoyé un courrier électronique deux jours après sa mort. Et comment cela pouvait-il être un cadeau?

J'espérais la retrouver en rêve le soir même, et obtenir d'elle une explication.

Le rêve ne vint pas.

J'en fis un autre, qui ajouta à ma confusion.

Je marchais dans l'herbe. Devant moi, une assemblée se séparait en deux groupes pour me laisser le passage. Tout le monde chantait.

Devant moi, un couple debout me tournait le dos. Elle portait une robe de mariée, il portait un smoking. Je contournai le couple par la gauche. Tiana priait. Harmonieux mélange de bonheur et de recueillement, son profil était d'une extraordinaire pureté.

Je m'éveillai, soulevé par un violent haut-le-cœur.

Tiana était morte, mais elle s'était mariée auparavant. Était-ce donc cela son cadeau? Un message en rêve, qui me disait qu'elle avait enfin trouvé le bonheur, un mari, une famille à bâtir?

Peut-être bien.

Je me levai et allumai mon ordinateur. Comment trouver la trace d'un mariage sur la Toile? J'explorai d'abord le site de son agence. Rien: l'anonymat des modèles était bien préservé. Une autre piste: son adresse e-mail pouvait m'amener à un blog, un autre site Internet, un forum... toujours rien. Quelques essais du côté des municipalités de l'état d'Arizona, en commençant par le mystérieux lien reçu le matin. Échec. Mais peut-être ma globe-trotteuse ne s'était-elle pas mariée aux États-Unis.

A l'issue d'une nuit blanche j'avais fait chou blanc sur toute la ligne. Je pris une douche bouillante avant de prendre ma voiture et filer vers mon premier rendez-vous professionnel de la journée.

J'espérais du fond du cœur en apprendre plus ce soir, s'il m'était donné de rêver encore à cette cérémonie.

Je sortis de ma voiture.

L'instant d'après, j'étais soulevé de terre.

J'entendis plusieurs craquements lorsque je retombai. Puis, plus tard, quelques voix qui s'approchaient. Les unes impuissantes, les autres effrayées, puis, enfin, une qui m'interpella.

— Monsieur, est-ce que cela va?

(- Oh Mon Dieu tu as vu le choc?)

(- Il faut le couvrir.)

— Monsieur, est-ce que vous m'entendez? Si vous m'entendez, serrez ma main.

Voilà. Je vous serre la main. Moi aussi j'ai suivi des cours de secourisme.

— Monsieur, est-ce que vous m'entendez? Pouvez-vous parler?

(- L'ambulance arrive)

(- Laissez-le respirer, s'il vous plaît)

— Monsieur pouvez-vous serrer ma main?

Encore? J'ai compris. Je suis paralysé.

(- Il a fermé les yeux)

— Monsieur, ne vous endormez pas, monsieur, s'il vous plaît, l'ambulance va arriver.

Je sens vos mains sur mon cou. Prenez votre temps. Cherchez mon pouls. Moi, j'ai trouvé mon cadeau.

— Vous avez dit quelque chose? Parlez-moi, Monsieur, il ne faut pas dormir, il faut rester avec moi. Restez avec moi, Monsieur, vous m'entendez? S'il vous plaît!

(-Il sourit)

Excusez-moi, je ne peux pas rester avec vous: je me marie.

 

 

 

 

Bruxelles, le 20 Novembre 2008.

 

Voilà! Nous sommes au terme de notre visite dans les histoires "poids plume" et "poids moyen". Si le coeur vous en dit, j'en au encore une à vous proposer... elle s'intitule "Il y a des nuits comme ça", elle se subdivise en 11 tableaux.

Qui veut?

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La jeune mariée de coton bleu (4)

Troisième tableau: l'anomalie

Au-dehors, le vent du début de la soirée s'était calmé, et avait laissé la place à un silence feutré. Il devait avoir neigé: dehors, l'atmosphère était laiteuse. Je sentais mon corps au repos. Je prenais lentement conscience de sa position. Mon esprit flottait lentement vers un état de conscience altérée. Je me voyais, allongé sur le dos. Parfois dans les rêves de mon enfance je volais à quelques mètres au-dessus du sol: mes sensations s'apparentaient à cela, mis à part qu'ici j'avais la conviction de ne pas rêver. Trop de détails s'offraient à ma vue. Les deux flûtes à champagne vides, sur la table basse face au canapé, mon téléphone portable laissé juste à côté, ma respiration calme.

Au moins je ne suis pas mort.

J'avais lu et entendu bien des choses sur les personnes revenues à la vie après une mort clinique. Je vivais une expérience, mais la mort n'était pas là.

Quelle heure pouvait-il être? Sans m'en rendre compte mon esprit s'était rapproché de mon téléphone portable. Malgré l'obscurité je devinai ce qu'indiquaient les cristaux liquides. Quatre heures huit. Je jetai un regard mental vers le micro-ondes. J'y lus: quatre heures neuf. Ils étaient décalés d'une minute: c'était ainsi depuis le passage à l'heure d'hiver. Tous ces détails étaient trop réels pour se retrouver dans un simple rêve.

Un frisson me parcourut le dos. Je me concentrai à nouveau sur mon corps: je venais de me tourner sur le côté. Mon pied droit dépassait de la couette que j'avais empruntée à Marie, et en effet, je percevais qu'il n'était plus couvert.

L'esprit et le corps sont liés.

Je fis une autre constatation: j'étais libre d'observer tout mon appartement. De me déplacer mentalement de pièce en pièce. Je portai mon intérêt vers la chambre de Marie. Elle était plus froide que le reste des pièces de l'appartement. Je coupais le radiateur lorsqu'elle n'était pas là, c'était ma manière à moi de la mettre en berne, d'empêcher quiconque de s'approprier cet espace en son absence.

Marie avait laissé un de ses crayons de couleur traîner sur sa table de nuit. Je ne l'avais pas remarqué auparavant. Avant de revenir vers le salon, je constatai que je n'avais pas froid dans cette pièce, mais qu'en revanche mon pied droit était à coup sûr toujours découvert.

Facile à vérifier: je m'observais maintenant comme si je me tenais debout accoudé à la cheminée. Mon pied droit était toujours à l'air. Cependant, malgré mes efforts, je ne pouvais donner aucun ordre à mon corps. C'était comme si la motricité et mon inédite clairvoyance nocturne n'étaient pas pilotés au même niveau de conscience.

Je plongeai à nouveau vers les flûtes. Le cercle de leur pied me rappela l'anneau de Tiana.

La pensée qui me traversa à cet instant aurait dû me soulever la poitrine, mais je restai désespérément immobile.

Regarder Tiana dormir.

Jamais je n'aurais cru pouvoir me déchirer à ce point. Je ne pouvais m'autoriser à faire cela. Je ne pouvais ajouter cette expérience à mon trouble de la soirée. Qui sait ce que je ferais, une fois suspendu au-dessus de mon propre lit, à contempler la plus belle jeune femme que j'ai rencontrée de ma vie entière?

Détaché de mon corps, mon esprit ne résista pas plus d'une seconde. Je me laissai littéralement aspirer en direction de ma chambre. J'eus à peine le temps de constater que les averses de neige avaient cessé, et que la lune éclairait un paysage cotonneux: déjà je m'abandonnais à la contemplation du bel anneau.

Les brillants jouaient avec les quelques lueurs qui filtraient à travers les rideaux entrouverts.

Tiana l'avait enlevé avant de dormir: je cherchais sa peau ambrée sous l'anneau, je n'y trouvai que du bois. Après une ultime hésitation, je passai au-dessus de mon lit. Mes draps bordeaux étaient en bataille, mes trois oreillers balancés au sol: elle dormait à plat.

Mais je ne la voyais pas.

Mon lit était vide.

Et à cet instant je sentis qu'elle me prenait la main.

Sans rien comprendre je revins mentalement à moi.

Voilà que Tiana était près de moi assise comme lorsqu'elle était venue me dire bonsoir. Ma main était en effet dans les siennes. Je voyais son visage. Elle pleurait des rivières en silence.

Tout en gardant ma main elle s'assit par terre, en tailleur. Nos visages étaient à la même hauteur. Elle se mit à murmurer en Anglais. C'était un discours blanc, un dédale de paroles somnambules.

Je suis creuse malheureuse je n'aime pas ce que je suis devenue ma maman mon papa n'ont pas compris ce qui s'est passé à Paris ils ne veulent même plus que l'on parle de moi à table et je sais je sens qu'à chaque fois qu'ils pensent à moi et s'empêchent de prononcer mon nom ils ont mal très mal.

Je vins au plus près de ses lèvres, pour lire sa tristesse. De ses yeux transformés en billes noires débordaient des larmes en épaisses fontaines.

Tu sais pourquoi je n'ai jamais froid c'est simple la majorité des shootings s'effectuent hors saison car la lumière est belle et il y a moins de monde alors rester en bikini pendant des plombes par douze degrés tu ne t'y habitues jamais vraiment et ça c'est peu de chose face au regard de certains hommes qui fait plus froid encore.

Et ceux qui voudraient t'observer dans ton sommeil, qu'en fais-tu? En pensée les gentlemen n'existent pas.

Avant je me disais que tous ces gens qui m'envisagent cachent peut-être un regard respectueux qui me réchauffera et un homme qui m'aimera pour ce que je suis et pas pour une histoire de charme car les histoires ont toutes une fin.

Elle s'était mise à genoux, les fesses sur les talons. Les larmes atteignaient son menton, puis allaient s'écraser sur ses cuisses. Sa tristesse était profonde et consentie.

Maintenant je ne sais même plus ce que c'est que d'avoir un chez soi je vis à l'hôtel tout le temps tu sais à propos de Paris de Dominique si je suis tellement triste ce soir c'est aussi parce que j'ai appris hier qu'il était papa et même sans être vraiment heureuse avec lui j'aurais peut-être trouvé mon bonheur en ayant une famille de lui je crois vraiment que j'ai commis une erreur en le quittant et c'est seulement maintenant que je le vois aussi clairement.

Elle se dressa sur ses genoux. On aurait dit une communiante attendant le prêtre. Ma main était toujours prisonnière. Elle me fit glisser sous le coton bleu. Le contact de ma paume avec son ventre secoua mon esprit avec une telle violence que je fus certain de me réveiller en sursaut. Il n'en fut rien. Mon corps toujours immobile se contentait d'aspirer la chaleur du corps de Tiana. J'étais sa victime paralysée, et la paume de ma main embrassait le centre du monde.

Moi ce que je voudrais tant c'est tout arrêter planter là ma vie d'albatros qui vole vole et jamais ne se pose et toujours finit par disparaître je sais que ta main sent combien je veux que mon ventre devienne tout rond tout plein tout chaud et je veux tant être maman et fière de mes enfants plus tard et encore plus tard je veux que leur père m'accompagne jusqu'au bout tu devines comme je maudis notre différence d'âge car je sais que toi tu pourrais être celui-là tes mains se feraient douces rien que pour moi et je me ferais si désirable que tu te perdrais en moi chaque jour que Dieu fait tu inonderais mon ventre de bonheur je te garderais heureux c'est pour moi une évidence depuis le premier instant où je t'ai vu en Allemagne.

Et dans le silence de ses larmes je désirai à cet instant être au fond du ventre de Tiana comme jamais.

Oh Mon Dieu ma jeune princesse
Je t'en prie fais ce que tu veux de moi
Car je suis à ta merci par je ne sais quelle magie
Mais quoi que tu fasses
Fais-le vite
Car je suis au supplice
Et fais le bien
Car je veux m'en souvenir

Elle avait cessé de pleurer.

Elle libéra ma main, la reposa doucement sur mon cœur.

Se pencha vers moi.

Elle déposa un baiser dans mon cou. Je sentais battre le sang dans mes veines sous sa bouche qui s'éternisait. Peu à peu le décor s'assombrissait, comme si un voile avait été tiré entre mon esprit et la scène que j'observais.

J'accueillais son baiser, c'était comme une feuille d'automne déposée à la surface d'un étang. Tandis que son visage s'éloignait, le tableau glissait vers des teintes noirâtres et feutrées. Bientôt je ne fus plus qu'une étoffe de douces sensations, mais mon esprit était redevenu aveugle.

Je l'entendis:

— Sweet dreams, Darling.

Ensuite les pas de Tiana s'éloignèrent tandis que je coulais à pic vers des eaux tièdes.

Je pourrais raconter la même histoire dans dix ans, le moindre détail sortirait encore de ma mémoire aussi facilement qu'à cet instant.

Le lendemain ce fut Tiana qui me réveilla. Elle s'était déjà habillée.

— Mon taxi attend en bas.

— Quelle heure est-il?

— Six heures trente. Je dois filer, j'ai juste le temps de prendre une douche.

Elle était à nouveau assise près de moi.

Comme hier soir. Comme cette nuit.

Son sourire ravageur était de retour. Elle prit ma main dans les siennes, une fois encore. Elle me parla en français.

— Merci, vraiment. Tu ne peux pas savoir comme j'ai aimé cette soirée.

Je souris en retour. Les mots ne venaient pas. Je pris un air de « pas réveillé » pour couvrir mon trouble.

— Et puis je dois te dire une chose.

Les mots ne vinrent pas plus; seul mon regard l'invita à continuer.

— Cette nuit j'étais triste alors je suis venue te parler tout bas. J'ai pris ta main et cela a été mieux. Puis je t'ai donné un baiser et je suis retournée dormir.

Je sais Tiana. J'étais aux premières loges.

— Tu dormais bien. Enfin je veux dire tu avais l'air de bien dormir. Mais je préfère te dire les choses, c'est plus honnête, car si tu as un souvenir bizarre un jour, je ne veux pas que tu sois fâché. Dors encore un peu, il est tôt pour toi, non?

Avant de se relever elle porta le bout de ses doigts à ses lèvres, puis les miennes.

— A bientôt! On se parle! La voix, le clavier, comme tu préfères.

Elle disparut aussitôt.

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La jeune mariée de coton bleu (3)

Nous entrâmes chez moi. Tout était prêt, du premier biscuit d'apéritif jusqu'au dernier grain de sucre du dessert. Elle m'avait dit qu'elle aimait manger de tout, que je pouvais lui faire plein de surprises. Le temps que je me débarrasse de mon manteau, je me retournai vers elle.

— Tu fais visiter? Je suis curieuse.

Tiana s'était débarrassée de ses bottes. Elle était pieds nus.

— Je ne veux pas salir.

Moi qui me déchaussais à peine rentré lorsque j'étais seul, j'étais pris de court. Mes chaussures vinrent sans tarder rejoindre les bottes de mon invitée.

— Du parquet partout, c'est chaud, j'adore.

— Oui, moi aussi. C'est en partie pour cela que j'ai pris cet appartement. C'est d'ailleurs la maman de Marie qui l'a trouvé.

— Elle a bon goût on dirait.

Je lui fis visiter mon chez moi, en commençant par la chambre de Marie. Tiana était un peu déçue de ne pas pouvoir la voir. Tandis que nous visitions les autres pièces, elle me posa plein de questions sur elle. La couleur de ses cheveux, de ses yeux, où elle allait à l'école, comment la vie s'organisait autour d'elle avec ses parents séparés.

Marie fut dont notre principal sujet de conversation durant tout l'apéritif. Tiana s'était installée en tailleur dans mon fauteuil en cuir. Tout en lui parlant je l'observais. Ses pieds nus contrastaient avec la toile sombre de ses jeans. Un trésor fragile sorti d'un sac de toile. Le caraco s'ouvrait sur ce bel anneau qui brillait fièrement à la naissance de ses seins.

Et je racontais ma vie pour ne pas être troublé. Elle m'aidait en cela d'ailleurs: depuis qu'elle était entrée chez moi elle donnait l'impression d'y être venue des dizaines de fois. Lorsqu'un geste ou un regard de sa part me touchait d'un peu plus près, je reformais mentalement l'image de l'étudiante qui s'éloignait vers le cabinet médical.

Peu à peu le trouble m'empêchait de la suivre. Je lui proposai de passer dans la cuisine. Elle me suivit. Ses pas, juste derrière moi, me firent deviner qu'elle marchait sur la pointe des pieds.

— Coquilles St Jacques pour commencer, tu aimes?

— Beaucoup. Tu les prépares comment?

— Juste poêlées. Tu me parles de Paris?

Je pris le « mmmh » qu'elle émit doucement pour une invitation à déguster les St Jacques au plus vite. Je me trompais. En réalité, c'était le souvenir de son amant français. Leur relation avait été passionnée. Une grande entrée dans la vie d'adulte. Il était riche et terriblement romantique. Elle était irrésistiblement belle et sa fraîcheur le fascinait. Le bel anneau, c'était pour ses fiançailles. Les parents s'étaient rencontrés, le mariage suivrait quelques mois plus tard.

— Je suis tombée amoureuse de ce bijou. J'aime le porter, j'aime le voir sur moi, le sentir contre moi. Quand j'ai quitté Dominique, j'ai voulu le lui rendre mais il n'a pas voulu.

Oui ma belle invitée, j'imagine bien. Amoureuse. Sur toi, contre toi. Mon Dieu, je vais perdre pied.

— Pourquoi cela n'a pas marché entre vous?

— J'étais son bijou à lui. Il adorait se montrer avec moi.

— Il était fier d'être avec une jolie jeune femme. Qui ne le serait pas?

— Les hommes ne savent pas porter les bijoux.

Une réponse toute faite. C'est fermé, monsieur. Tiana avait à coup sûr beaucoup souffert de sa séparation.

L'arrivée des St Jacques à table nous offrait l'occasion de changer de sujet de conversation, mais elle s'entêta.

— J'ai gardé le silence quand tu as parlé de ta séparation, me dit-elle.

— Touché, dis-je en français, avec un accent vaguement américain.

Son sourire s'agrandit.

— Touchée aussi, reprit-elle. Quitter Paris, c'était dur.

Le séjour des coquillages fut encore plus bref dans son assiette qu'en cuisine. Elle avala le tout en un temps record, en concluant par un « Oh que c'est booooon » aux accents parisiens.

Je retournai vers la cuisine.

— Je reste perplexe, dis-je. Comment as-tu fait pour retrouver ma trace? C'est un peu surréaliste, non? Tu te souvenais de mon nom?

— Oui.

Je m'en étais douté. Qu'étais-je pour elle?

— Ton nom était sur l'ordonnance, tu te souviens, en Allemagne. Et quand tu m'as dit que tu espérais qu'un jour Marie aurait mes yeux, ça m'a fait plaisir, alors j'ai retenu ton nom, je ne sais pas pourquoi.

Les moteurs de recherche, index et autres annuaires avaient fait le reste. J'étais soulagé et fier que Marie soit à l'origine de la persistante de mon nom dans les souvenirs de Tiana.

— C'est pour cela que je suis triste de ne pas la voir ce soir.

Je sursautai. Elle s'était approchée de moi et avait murmuré cela à mon oreille. Le pouvoir d'attraction qu'elle exerçait sur moi se renforçait de minute en minute.

Comme si elle l'avait senti, elle s'était rapidement éloignée. Le temps de dresser les assiettes, je la retrouvai sagement assise à table.

Les bougies faisaient danser deux petites têtes d'épingle incandescentes dans ses yeux noirs. En lui présentant le plat de résistance, je fis appel à toute ma volonté pour ne pas laisser traîner mon regard sur l'anneau qui jouait à cache-cache avec son caraco.

Je lui expliquai que le coucou de Malines n'était pas un vrai coucou mais une volaille qui n'avait rien à envier à la région de Bresse. Elle fit des efforts pour manger lentement, mais cela ne dura pas. Était-ce la faim ou le goût de l'interdit? Je la taquinai:

— Ma maman dirait que tu ne prends pas le temps de savourer.

— God bless ta maman, mais c'est trop bon!

— C'est un point de vue respectable. Dans ton métier cela ne doit pas être tous les jours ainsi.

— On doit se surveiller c'est vrai... Oh, nous sommes toutes à la même enseigne, alors c'est plus facile: il suffit de suivre le mouvement. Moi je fais surtout des photos, pour la lingerie et les bijoux, ça va encore... tu devrais voir celles qui font les défilés de haute couture, ça c'est l'enfer. Je ne pourrais pas.

Ses mains s'envolèrent soudain derrière sa tête, qu'elle pencha légèrement en arrière. Rideau sur la chevelure enveloppante: elle allait nouer ses cheveux, dénuder son visage. Mon regard glissa en ligne droite de son menton relevé à l'anneau parisien qui remontait à présent de sa cachette. Une lune toute ronde sur deux dunes dans le désert.

Une fois de plus je glissai mentalement. Il était temps de couper court.

— Je peux te poser une question, Tiana?

Et comme je m'y attendais:

— Une question gênante, si tu me demandes la permission.

— Que cherches-tu?

— Et toi?

— Tu veux savoir?

— Oui, bien sûr!

Je mentis:

— Le souvenir d'avoir passé une soirée avec une jolie étudiante, devenue une femme absolument ravissante.

— Un souvenir? C'est tout? Tu voudrais déjà que je sois partie, alors?

— Non, bien entendu. Mais comme nous ne sommes pas amenés à nous revoir... le souvenir sera déjà un joli cadeau.

Elle me sourit comme lorsqu'elle m'avait quitté en Allemagne.

— Toi aussi tu es mon cadeau-souvenir.

— Tiana...

— Non, laisse-moi dire les choses. Tu as du fromage?

Et comment. Elle m'avait dit avoir pris goût aux produits les plus parfumés. Alors qu'elle constellait son assiette d'un bout de chacun des fromages du plateau, elle s'expliqua.

— Tu sais, c'est en Allemagne qu'on m'a présentée à mon agence. Je suis mannequin depuis quelques mois après notre rencontre. Je vis parfois deux mois à l'hôtel avant de pourvoir passer une soirée ou un week-end dans un vrai appartement, ou, une vraie maison... Rien à voir avec les jolies villas où l'on nous met en scène, à Marrakech, Ibiza, Tarifa, j'en passe... C'est pour cela que j'avais envie de venir. Voir ton chez toi. Et puis si j'ai retenu ton nom c'est qu'il y a une raison.

— Il y a une raison?

— Oui.

— Laquelle?

Elle avait achevé de disposer tous les morceaux de fromage, comme autant de petits soldats. Elle releva la tête.

— Je n'en sais rien. Mais il y a une raison sinon je n'aurais pas retenu, tu comprends? Je dois encore la chercher.

— On est bien avancés...

Déjà elle picorait ses fromages avec une délectation digne d'un enfant mastiquant un bonbon volé.

— Je peux dormir ici ce soir?

Nous y voici.

— Tiana...

— S'il te plaît.

— Tiana...

— Juste dormir.

Juste dormir. Une formule usée jusqu'à la corde. Elle baissait la tête sur ses friandises. Ses cheveux rassemblés donnaient de la gravité à son visage. La lune diamantée se couchait derrière l'étoffe écrue.

— À une condition.

— D'accord.

— Je n'ai pas encore dit laquelle.

Sur son assiette, toute trace de fromage avait disparu.

— Je suis d'accord de toute façon. J'ai mes affaires dans mon petit sac. Je prendrai un taxi demain matin tôt. On met combien de temps jusqu'à l'hôtel, le matin?

— Tu dors dans mon lit, je dors dans le canapé.

— Et le lit de Marie? Il est assez grand pour moi.

— Il est trop près du mien. Je ronfle. Tu m'entendras à travers les portes fermées, c'est garanti sur facture.

— Alors ton canapé sera très bien pour moi.

— C'est ma condition, Tiana. Sinon je te ramène à l'hôtel.

Elle fit la grimace. L'espace d'un instant, son visage perdit de son éclat.

— D'accord.

— Parfait. Dessert? Tu as encore de la place?

— Oui! C'est quoi?

— Des crêpes Suzette, tu aimes?

— Mmmmh Oui!

J'aurais crû entendre Marie. Les crêpes font toujours revenir l'enfant qui est en nous.

— Je n'arrive pas à comprendre où tu as mis tout ton repas. Tu as mangé plus que moi!

— Je brûle tout très vite, c'est pour ça que je n'ai jamais froid!

Une réplique préfabriquée de plus. Comme une béquille. Pour la première fois je devinais de la fragilité dans sa voix. Le pire arrivait à grands pas: à chaque minute jusqu'à son départ je devrais me battre contre l'idée de prendre Tiana dans mes bras.

Je retournai dans la cuisine pour avaler d'un trait un verre d'eau glacée. Lorsque je servis le dessert, les petits feux follets qui dansaient dans les yeux de mon étudiante achevèrent de déchirer en lambeaux la dérisoire étoffe de résistance dont je m'étais couvert.

Tiana me parlait encore, mais ses propos traversaient ma conscience de part en part.

Je ne la voyais plus, je laissais flotter mes yeux sur elle.

Je ne comprenais plus rien, rêvais de nous deux.

— Tu es fatigué?

Retour sur terre.

— Oui, un peu.

— Alors c'est mieux que je dorme ici, non? Ce n'est pas prudent de conduire maintenant.

Il était temps de céder.

— Bonne idée.

Je lui préparai de quoi prendre une douche, mis de nouveaux draps sur mon lit. Elle vint me rejoindre dans le salon quelques minutes plus tard. Je m'étais déjà calfeutré sous la couette que j'avais empruntée à Marie.

Elle portait un simple pyjama de coton bleu ciel. Un top à bretelles torsadées, un short tout sage. A peine sortie de la douche, elle paraissait encore plus jeune que dans le cabinet de Frau Hartmann.

— Je voulais te dire merci. J'ai vraiment passé une merveilleuse soirée.

Elle déposa un bisou sur mon front, tout comme elle avait dû en déposer sur bien des fronts d'enfants dans la région de Daun.

— Bonne nuit Tiana, dis-je d'une une voix enfantine.

Deux bulles de rire vinrent secouer son buste de coton bleu ciel.

— Pour moi c'est vraiment un cadeau, cette soirée.

Ses attitudes de petite fille auraient dû m'apaiser quelque peu. Il n'en était rien.

— Tout le plaisir était pour moi.

— Je peux te dire quelque chose?

— Quelque chose gênante, si tu me demandes la permission...

— C'est malin! Non, sérieux.

— D'accord, sérieux.

J'étais à son diapason: nous parlions comme si nous étions en train de « clavarder » sur la Toile.

— Dominique, à Paris... il te ressemblait.

Une bûche de chêne en pleine figure m'aurait probablement fait le même effet. Je rassemblai mes forces, mais je n'arrivai qu'à murmurer:

— Pourquoi me dis-tu cela?

— Parce que je dois partager ces choses-là. Ne rien dire et mentir, c'est la même chose.

— Tiana, est-ce que tu as une idée de ce que ces propos, dans la bouche d'une femme comme toi, peuvent faire à un homme comme moi?

— Oui, je sais, je ne devrais pas être « cash » comme ça. Tout le monde me le dit.

Je n'en revenais pas. Si cette femme se comportait ainsi avec tous les hommes, elle avait dû collectionner les gifles depuis des années.

— Je voyais dans le regard de Dominique qu'il m'aimait, à chaque instant. Il me regardait, il m'écoutait, nous parlions, nous nous embrassions, nous faisons l'amour, et tout le temps, dans son regard, je voyais le plaisir d'être avec moi.

Dans un ultime effort je lâchai:

— C'est pour cela que je lui ressemble?

— Oui. Je sens que tu es content de la soirée. Et tu sais que je suis contente aussi.

Elle se leva. L'anneau avait disparu. Selon toute vraisemblance elle ne le gardait pas pour dormir.

— Bonne nuit. Ça me touche que tu aies accepté que je reste cette nuit.

— Good night, Tiana. Sweet dreams.

Je la regardai s'éloigner vers ma chambre, toujours sur la pointe des pieds. Lorsqu'elle disparut, je sombrais déjà dans un sommeil sans rêves, tapissé de coton bleu ciel. Morphée m'emmenait doucement vers la nuit la plus inattendue de mon existence.

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La jeune mariée de coton bleu (2)

Deuxième tableau: la princesse

J'avais passé la soirée avec un ex-collègue à siroter quelques Caïpirinha au comptoir du café Belga, parmi des cohortes de jeunes étudiants venus fêter la fin de la session d'examens de janvier. J'étais rentré chez moi, parfaitement mûr pour une nuit sans rêves. Sur mon bureau une surprise virtuelle m'attendait.

Ce n'est pas gentil, tu ne m'as même pas regardée.

Elle m'avait écrit en français. La photo à côté du message était d'une beauté à couper le souffle. Son sourire était intact, conquérant, magique. La topaze brillait toujours discrètement à la base de son cou. Je me demandais si son petit ami était toujours le même. Le jeans informe avait fait place à un pantalon moulant bleu ciel, les baskets à d'élégantes bottes courtes et le sweat-shirt s'était transformé en petit top blanc comme j'avais dû en apercevoir par dizaines lorsque j'étais au bar.

Mais pas porté de si belle manière.

Tiana était devenue mannequin, avait fait sécession avec sa famille. Elle était à Bruxelles pour deux jours. Une collection de diamants à mettre en scène. Puis ce serait l'Australie, puis Tokyo.

Marie va bien?

Oui Tiana, ma fille se porte comme un charme, mais si je te réponds, où et quand recevras-tu mon message? Lorsque tu seras de l'autre côté de la terre? Et puis... comment m'as-tu retrouvé?

Je demeurai quelques minutes immobile devant mon écran, à dévisager la jeune femme pixellisée. L'étudiante s'était transformée en une femme d'une extraordinaire beauté. La photo était prise au café Belga, probablement au moment où j'y étais. Pourquoi n'était-elle pas venue à ma rencontre? Je n'eus pas trop de difficultés à deviner: j'avais vieilli, grossi, et peut-être n'était-elle pas sûre de me reconnaître. Et puis la Caïpirinha ne nous rendait peut-être pas d'un abord facile. Si Tiana s'était approchée et avait fait erreur sur la personne, comment se serait-elle débarrassée de deux quadragénaires raisonnablement imbibés?

La réponse ne se fit pas attendre.

Elle se souvenait de mon nom. Elle s'était emparée de son petit smartphone préféré, avait demandé à son amie de la photographier, puis avait consulté tous les sites internet « sociaux » à ma recherche.

Douze minutes... pas mal non? Un ange qui hier encore avait l'âge d'être la baby-sitter de mes enfants m'avait pisté grâce à la grande toile en moins d'un quart d'heure. J'étais à la fois flatté et effrayé. Quand on cherche, on trouve... tu n'es pas fâché j'espère?

Elle m'avait envoyé une deuxième photo, avec un commentaire: « mon métier de maintenant ». Elle y posait en nuisette; elle était devenue mannequin. Lise Charmel. La marque que j'avais tant et tant offerte à la maman de ma petite Marie. Mon étudiante était devenue très féminine.

Je m'endormis après lui avoir répondu:

Non pas fâché, que du contraire: heureusement surpris de te voir par ici. Maintenant que j'ai ton adresse mail (enfin, que tu as trouvé la mienne plutôt), je ne te lâche plus... Donnant donnant, tu me racontes, je te raconte. Et pour commencer, oui, Marie va très bien, elle est chez sa maman pour l'instant, je la retrouverai vendredi... et elle est presque aussi jolie que toi :-)

Si j'avais su ce qui allait suivre, me serais-je abstenu de répondre?

Bien des hommes croient forcer leur destin. Ces mêmes hommes ne sont rien face aux femmes dont ils croisent le chemin.

Le lendemain je consultai les mails au pied de mon lit. Encore une autre photo d'elle. Marie aurait dit « elle t'envoie un bisou qui vole ». Tiana portait ses cheveux bruns déliés, et ses yeux pétillaient au-dessus d'un nouveau pendentif: un anneau constellé de brillants. Cadeau d'un autre petit ami, avec plus de moyens? Au moment où je chassais cette pensée, je constatai que ma main droite avait abandonné la souris pour venir se poser sur mon écran. J'avais posé trois doigts sur l'image de Tiana.

Je suis tombée amoureuse de ta Vieille Europe, tu sais? Tu m'excuses pour mon français mais j'aime écrire dans ta langue même si je fais des fautes. C'est comme ça depuis Paris, je dois te raconter! Demain je pars, alors ce soir j'ai envie de manger tout ce que je ne peux pas à cause de mon métier. On mange ensemble si tu veux.

Sans réfléchir j'accédai à sa demande.

Tu vas être servie... Frau Hartmann, Marie et moi te devons bien cela. Je te fais la cuisine. Je viens te chercher où et à quelle heure?

J'avais à peine expédié mon courrier que je me maudissais. « Tu vas être servie »: quel idiot! J'espérai que sa compréhension du français ne laisserait planer aucun malentendu. Le tableau était déjà assez bizarre ainsi: un quadragénaire célibataire invite chez lui une jeune et jolie modèle. Se connaissent-ils? Non, du tout: ils ont partagé en tout et pour tout:

  • vingt minutes de voiture
  • quelques mots
  • une ordonnance

Rien dans cette histoire n'était vraisemblable et pourtant la réponse vint sans tarder.

Au Conrad, je suis là après 19:00. Je suis contente.

Signe des temps: la « Toile » avait réuni deux êtres qui jamais n'auraient dû se revoir.

À dix-neuf heures précises, les vingt-quatre ans triomphants de Tiana illuminaient le début de notre soirée.

Elle m'attendait dans le hall d'entrée de l'hôtel. Son jeans moulant plongeait au fond de hautes bottes en cuir noir, et un caraco écru moulait son buste. Elle ne portait rien d'autre. Dehors il faisait à peine quelques degrés au-dessus de zéro. On annonçait même de la neige.

— Je suis descendue t'attendre, je ne t'ai jamais dit mon dernier nom? Si?

Elle avait traduit « last name » littéralement de l'anglais: dernier nom, nom de famille.

— Non, c'est vrai... et comme tu ne le précises pas dans tes mails, je n'avais aucune chance de te retrouver.

Elle m'embrassa sur les deux joues.

— Combien, à Bruxelles? Deux? À Paris c'est deux, ailleurs c'est parfois trois, je ne sais pas. Et si je fais des fautes de français tu les corriges, tu promets?

— Une, deux, cela n'a pas d'importance. Ton français est encore meilleur que ton allemand il y a quelques années. Comment fais-tu?

— Ah, les langues, j'aime les apprendre, c'est comme la cuisine, tu sais?

— J'espère que tu aimeras la cuisine que je te destine, alors.

C'était comme accueillir une petite sœur sur le quai de la gare. J'avais plein de choses à lui demander. A commencer par « tu n'as pas froid? », mais déjà je savais que cette question tomberait à plat: elle ne me laissait pas le temps d'en placer une... et l'enthousiasme dont elle faisait preuve laissait clairement entendre que le froid était le dernier de ses soucis.

Elle utilisait le français pour me poser des questions, et l'anglais pour raconter. Je m'amusais du vocabulaire simplifié dont elle faisait usage, comme si elle voulait aller à l'essentiel, exprimer le plus possible de choses avec le moins de mots possible. Après tout le temps nous était compté.

— Tu as vu la tête du concierge, à l'hôtel? Il croit que tu es mon petit ami.

— Tu veux rire?

— Non c'est vrai, j'ai dû lui faire promettre de dire que je dormais si mon agence m'appelle. Et à la copine qui partage ma chambre aussi.

— Tu es interdite de sortie le soir?

— On doit dormir beaucoup, pour avoir une belle tête le lendemain. C'est surtout pour les yeux, tu comprends? Je vais voir Marie?

— Non hélas elle est chez sa maman ce soir.

C'était mon « sujet sparadrap » de la soirée. Dire les choses d'un coup, et qu'on n'en parle plus: je ne vivais plus depuis quelques mois avec la maman de Marie. J'avais trouvé un équilibre, elle avait retrouvé un compagnon. A chacun ses priorités. Elle cita en français: « On s'est quittés d'un commun accord mais elle était plus d'accord que moi ».

— Tu connais ça, toi? Grand Corps Malade?

— Oui, je connais presque tout par cœur, j'ai appris beaucoup de mes mots de français en l'écoutant quand j'étais à Paris.

Et voilà comment une jeune américaine avait étendu ses connaissances en langues. Je venais de prendre un coup de vieux, mais à quoi devais-je m'attendre d'autre? Dix-neuf ans nous séparaient. L'idée de partager cette soirée avec elle m'enchantait vraiment, mais je devais me rendre à l'évidence: je l'avais invitée chez moi car je m'étais laissé séduire, et cela ne se faisait pas.

Avant d'arriver à destination elle avait résumé toute sa vie depuis notre première rencontre. J'usai mentalement de cette expression à la mode: « donc, ça... c'est fait ».

Je stoppai mon véhicule face à l'ancienne brasserie dans laquelle mon appartement avait été aménagé.

— Tu es au bout du monde, ici!

— Cela doit te changer de l'Arizona... Temps humide, frais, bienvenue dans la périphérie bruxelloise.

— Bof, je n'aime plus trop l'Arizona, je préfère les pierres de l'Europe.

— Et tu n'aimes pas retrouver ta famille?

— Ma famille n'aime pas le métier que je fais.

Je contournai la voiture pour lui ouvrir la portière. J'avais fait de même en Allemagne, devant la pharmacie, mais là-bas c'était aussi pour jeter un œil sur ma fille enfiévrée et endormie.

— Tu as gardé tes belles manières.

— Tu as gardé ton beau sourire.

Je lui tendis ma main. Elle cilla avec humour:

— Ça c'est nouveau. Très élégant.

— My pleasure, Milady.

À Daun j'avais saisi la main d'une étudiante. Ce soir-là j'accueillais une princesse.

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La jeune mariée de coton bleu (1)

 

Premier tableau: l'étudiante

Elle s'appelait Tiana, elle avait à peine vingt-quatre ans, en paraissait un peu plus sur ses photos, et un peu moins en vrai.

La première fois que je l'ai vue, elle était étudiante.

Venue du fin fond de l'Arizona, elle passait une année en Allemagne, pour apprendre la langue. Un échange. Elle s'adaptait avec plaisir aux traditions de la vieille Europe, pendant que le fils de sa famille d'accueil, lui, perfectionnait son anglais en compagnie de ses trois frères.

Je me dépêtrais avec difficultés face au médecin de garde, un samedi midi, dans les ruelles de la ville de Daun. Ma petite Marie accusait un bon 39 de fièvre, et ma connaissance de l'allemand était poussiéreuse.

Après avoir concentré toutes mes forces dans l'interprétation du diagnostic et du contenu de l'ordonnance, j'achevais de me perdre dans les explications du médecin pour que je parvienne à la pharmacie avant la fermeture.

Mon interprète était alors apparue. Jeans et sweat-shirt informes, autour d'une grande adolescente au sourire dévastateur. Elle parlait anglais avec un fort accent, mais j'aurais détrôné toutes les voix féminines so British de la BBC au profit de celle-là, du moment qu'elle procède au doublage sonore du Doktor Hartmann. Cette dernière dessinait le plan d'accès à l'officine, ponctuant le tout d'explications dont le peu que je comprenais laissait clairement entendre que rien de ce qu'elle avait dessiné n'était vraiment à l'échelle.

Tiana s'était présentée. Elle m'avait expliqué qu'elle rangeait et nettoyait les salles de consultation le samedi après-midi, pour se faire un peu d'argent de poche, et que si je le souhaitais elle pouvait m'accompagner jusqu'à la pharmacie. Il me suffirait de la ramener après. Marie s'était endormie sur mon épaule, soulagée qu'on la laisse enfin tranquille après l'auscultation. Ses dix-sept mois avaient diligemment besoin d'aide pour faire baisser sa température. J'acceptai avec gratitude.

J'installai Marie dans son siège et démarrai. Tiana avait les yeux marrons, presque noirs, terriblement rieurs. Sur le chemin elle m'expliqua quelque peu comment sa vie d'étudiante américaine s'organisait ici, à quelque cinquante kilomètres de Koblenz. De temps à autres je voyais jaillir sa main vers le pare-brise, et ses doigts pointer la direction à suivre. Elle racontait. Une année d'histoire de l'Art, du baby-sitting et d'autres petits boulots pour les extras, une famille d'accueil assez stricte, un peu d'écriture, beaucoup de peinture. Elle posait aussi parfois pour des peintres, en ville, mais ça, personne ne devait le savoir. Sa peau était mate, peut-être trahissait-elle des origines mexicaines ou amérindiennes.

Elle était arrivée à peine trois mois plus tôt et déjà son allemand était d'une belle fluidité, comme j'eus tôt fait de le constater lorsque nous arrivâmes à la pharmacie. Je remarquai surtout le regard des gens qui l'apercevaient. Tiana ne laissait personne indifférent. Son sourire de jeune fille venait de très loin, et se projetait vers le regard de l'autre avec une innocence presque enfantine. Pourtant Tiana n'était plus une enfant. Avant de rentrer dans la voiture elle saisit ses cheveux des deux mains pour les nouer derrière la tête, en un mouvement d'une rare élégance. À son cou je devinai une petite topaze ronde accrochée à une fine queue-de-rat en or blanc: j'imaginai volontiers que c'était un cadeau de son petit ami.

En moins de vingt minutes nous étions de retour. Je la remerciai de sa gentillesse, lui souhaitai un heureux séjour en Allemagne. Marie dormait toujours. Je lui donnerais ses médicaments dès mon retour à l'hôtel. Lorsqu'elle quitta ma voiture je lui saisis la main, et lui dis dans un anglais devenu hésitant: « Merci de tout cœur. Vous m'avez fait gagner un temps précieux. Et puis... j'aimerais que plus tard ma fille ait votre sourire ». Celui qu'elle me décocha en retour était un diamant de joie de vivre. « Alors prenez bien soin d'elle. Bon retour en Belgique... » m'a-t-elle répondu avant de disparaître vers le centre médical.

Un visage de lumière comme jamais je n'en avais vu, et comme très probablement jamais je n'en reverrais. Je priais souvent ma mémoire pour que ce souvenir ne s'altère pas.

C'est l'histoire de notre deuxième rencontre que personne ne voudra croire.

Elle eut lieu quelques années plus tard.

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Rajib

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Mystère ou émerveillement,  

Je m’exclame aussitôt: Rajib!

Un mot superbe que j’exhibe,

Sans le traduire évidemment.

   

Pourrais-je dire: époustouflant,

En laissant au loin la magie,

L’émoi né de la poésie?

Ce n’est pas un équivalent.

   

Rajibe est un hymne en un mot,

Quand la nature nous ensorcelle

Et qu’à nos âmes, elle révèle,

L’indicible venu d’en-haut.  

 

Ce matin, je me suis surprise,

Devant mon arbre glorieux,

Empli de bouquets somptueux,

À le redire à deux reprises.

 

 3 mai 2006

 

 

 

 

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