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Hymne au Culte de Natura… Dans le cadre D’Une Rencontre Poétique Vivante ; À propos de la Défense d’une Œuvre Littéraire : Chimère ou Réalité ?

 

Introduction à une Évocation Naturaliste

Hymne au Culte de Natura…

Dans le cadre d’Une Rencontre Poétique Vivante

 

Question d’Interprétation,

 de Visions Subjectives

d’une Œuvre littéraire


L’Interprète : un Animal doué de raison, 

Vibrant  passeur, de l’esprit du Créateur,

   loyal témoin de son souffle ?

voire Miroir fidèle de la Pensée de l’Auteur ?

 

 

                          "Le réel est une partie de l’art : le sentiment complète…

Si nous avons réellement été touché

la sincérité de notre émotion passera chez les autres",

 

clamait avec feu, un illustre inclassable [1], précurseur du mouvement impressionniste, qui allait
incessamment éclore, bousculant bien des traditions, des archétypes picturaux. Encore faudrait-il pour cela
ne pas tout livrer d’emblée, dans un accès de générosité impulsive, en adéquation de la philosophie de
Colette, qui affirmait :

                           "Le difficile, ce n'est pas de donner, c’est de ne pas tout donner[2]."

 

                            Aussi, lorsque herbier et bestiaire dans un élan spontané et fructueux s'épousent pour le

meilleur, avec à la clé, le clair objectif de nous livrer une palette polychrome étincelante de mille et un

joyaux, s'échappant d'une myriade de pages enluminées de la littérature, union d'une grande sagesse

certes, mais surtout " amoureuse", un tant soit peu promulguée selon nos desiderata subjectifs, avouons-le

sans fausse pudeur, puisque depuis notre plus tendre enfance, guidée à la fois par nos sens en alerte, à la

fois par des mentors bienveillants soucieux d'approfondir notre éveil, accompagnant sciemment ou non

notre quête initiatique tournée vers le monde merveilleux de la faune et de la flore, nous ne cessons de

rendre grâce à ces derniers, d'exister !

                           Oui, comment en outre, ne pas nous sentir infiniment redevables au tréfonds de notre âme

envers cette prodigue Natura, l’alliée inséparable de Gaïa, qui travaille à nous offrir une telle floraison

d'émotions, œuvrant continuellement au fil des saisons, afin que celles-ci soient, "belles et bonnes", c'est-

à-dire fécondes (ou à l'opposé, austères, en latence, quasiment infructueuses en fonction du calendrier

effeuillé), d'après notre opinion d'humains pragmatiques, avides de récoltes, regardant la Terre, notre mère

nourricière, à la façon d'une Corne d'abondance inépuisable, parmi laquelle il est "naturel de puiser"    

jusqu'à son "épuisement total", tandis que nous devrions considérer ce don généreux que Dame Nature

nous octroie, comme un privilège inestimable !

                          Au cœur de notre assemblée d’acteurs spectateurs solennellement invités à assister, de la

première loge d'un resplendissant théâtre de verdure en perpétuel mouvement, à d’infinies scénographies

de génie exaltant la double évolution de forces vulnérables, éphémères, fraternité complémentaire si ce

n’est duo complice indissociable, fondamental au rayonnement de l'écosystème, à la biodiversité

foisonnante de milliers de vies en germination, une interrogation majeure s'impose, s'emparant alors de

notre esprit en ébullition assorti d'un affect "frémissant"  :

                         Comment trouver le juste équilibre, l'harmonie souhaitée inhérente à l’adoption d’un ton

adéquat, soit, de contourner une aridité mesquine purement analytique, soit, d'éviter de tomber dans le

piège de l'outrance ?

                        Comment traduire notre fervente inclination naturaliste, transmettre notre message, en

usant de la tonalité appropriée, du bon dosage, dans le cadre d’une rencontre ou lecture animée collectant

un florilège de poésies destiné à être dit en public et voué à exalter les sonorités de notre patrimoine

littéraire florissant, d’une luxuriance absolue oserions-nous préciser, s’attachant, autant que faire se peut, à

en capturer les nuances, de la monodie traçant une ligne épurée, à la polyphonie recelant de voix

chatoyantes... ?

                        Ne pas s'abandonner plus que de raison à un lyrisme exacerbé grossissant le trait,

dénaturant le propos de l'auteur, ce qui reviendrait à le trahir, voilà pour l'interprète " passeur de mots et

de sens ", au service du créateur, une gageure à relever !

 

 


 

Apollon et les neuf muses de Gustave Moreau , 1856

 

                       

                          Être fidèle, dans la mesure du possible, à un style d'écriture, ciselant le verbe en déployant

des moyens savamment soupesés, ni trop " économes ", " ni trop démonstratifs   ", tenter de retranscrire

l'atmosphère intrinsèque, l'intimité originelle d'une œuvre (dépouillée d’effets extérieurs ostentatoires

faciles, donc gratifiants), œuvre en étroite correspondance avec une époque de l'histoire des civilisations,

voilà une autre source de motivation élevée, car s'attacher à restituer la quintessence d'une pièce poétique

(vers et prose confondus), non sans l'avoir au préalable étudiée, est bien du devoir du "diseur conteur"

chargé de la faire vivre, qu'il s'adresse à un auditoire néophyte ou averti !

 

                        Quant à la sélection du programme par elle-même, confessons que c'est un choix tout à fait

cornélien et partial, mais mûrement réfléchi, puis assemblé judicieusement dans le but avoué que le fil

conducteur ne soit jamais rompu et que chaque texte puisse se répondre, s'éclairer et se magnifier

mutuellement.

                       

                         Or, à notre humble avis, il ne saurait être question d'éloquence forcée, préfabriquée et

superfétatoire en matière d'interprétation, et le temps de la déclamation pompeuse, ampoulée à la

manière des tragédiennes du siècle dernier ou du XIXème siècle finissant, est désormais révolu, n'est-ce

pas ?

                       Faut-il s'en réjouir pour autant, puisque, en lieu et place de cet ancien art de déclamer,

privilégiant l’emphase, concédons-le, il semble que nous sombrons malheureusement, dans l’effet inverse,

acceptant dès lors, qu’un ton général monocorde dégageant bien des platitudes vienne se substituer à

cette dite emphase, sous le fallacieux prétexte qu'il nous faut impérativement, à l'heure actuelle, paraître

"naturel" dans l'expression de nos inflexions, lorsque nous autres ambassadeurs, sommes appelés à porter la bonne parole (ou la "Bonne Chanson" [3]) de nos chers écrivains, grâce à la magie de leur lyre

ressuscitée, toujours vivante, nous faisant l'écho de leurs chants incantatoires profanes et sacrés .

 

                      Il nous appartient ainsi, de trouver un compromis entre le grandiloquent et la banalité, afin

de faire jaillir vocalement leur vérité, et forts de ce défi dont il nous faut être dignes, nous consacrer

pleinement à cette vocation initiale : conquérir une nouvelle audience, adeptes fraîchement sensibilisés ,

voire convertis, alors qu'ils étaient auparavant plus que réservés, sur la défensive, presque hostiles et

récalcitrants à se laisser bercer et pénétrer par le cortège séculaire des hymnes de Polymnie, à tort réputés

pour être hermétiques et lassants !

                     En tant que "fiers amants" de l’une des neuf compagnes d’Apollon, vénérant ô combien ceux

qui "taquinent" encore et "taquinèrent jadis, la muse", il est de notre ressort, à notre modeste échelon,

assurément, d'atténuer ces idées préconçues, à défaut d'être en mesure d'éradiquer cet inique quiproquo !!!

                    À travers les âges, les continents, nos chantres, un rien comparables à leurs frères maniant

non point la plume, mais le pinceau, ont, il est vrai, continûment transcendé le quotidien à l'aide d'un

vocable recherché, d'une écriture d'une stylistique plus précieuse que le mode de l'oralité emprunté,

certes, seulement, il convient de ne point nous méprendre, leurs préoccupations étaient d’une toute autre

veine, il nous semble : parvenir à dévoiler la profondeur de leurs sentiments et émois, se révélant parfois

un véritable abime de désolations nécessitant une libération thérapeutique par l’écriture, témoigner de

leurs propres expériences jonchant leur cheminement parsemé de dédales et labyrinthes.

 

 

Orphée et Eurydice de Jean-Baptiste Corot

 

                   

                     Patrimoine au langage multiple que nos civilisations n’ont que trop tendance à mépriser

(l’oubli n’est il pas synonyme de mépris ?), que nous devrions pourtant recevoir, non comme un dû mais

comme un bien incommensurable, qu’il nous faudrait apprivoiser au quotidien et inlassablement

reconquérir, doublement armé du vertueux dessein de passation, legs, qui, souhaitons-le, infusera à son

tour, les générations futures (ou du moins certaines âmes délicates prédisposées à en saisir certaines

nuances), allant ravies, de découvertes en découvertes, et de joies ineffables à de douces voluptés, lignées

éprises de raffinement, d’humanisme, proches en cela, de l’Homme sensible du siècle des Lumières,

conscientes, selon les fibres de leur tempérament propre, du "fardeau" créatif dont ces disciples d’Orphée

ont éprouvé le besoin vital de se délester, en s'inscrivant ainsi (à leur insu?) dans la pérennité et que

l'humanité reçoit en héritage pour son plus grand plaisir d'hédoniste !

 

                    C'est la raison pour laquelle il nous sied de nous positionner à contre-courant, de faire front à la morosité ambiante concernant ce subtile Art poétique  [4], estompant, à notre humble niveau,

l'indifférence très "tendance" à son sujet, envahissant notre société matérialiste, nous insurgeant, suivant

nos minces pouvoirs, en initiant une action concrète de diffusion, contre la profanation que nous lui

infligeons fréquemment (annonciatrice peut-être de précoces funérailles ?), en analogie de l'univers

botanique et animalier que nous malmenons allègrement en cette aube du XXI ème siècle, dénués du

moindre remords, d’une noble éthique !

                    Cependant, reprenant à notre compte un adage intemporel placé en exergue du sonnet

nervalien [5] et fruit de la doctrine de Pythagore, nous pouvons à l'unisson professer :

 

"Eh quoi ! Tout est sensible" !

 

                    Interpellation remontrance nous sermonnant sur notre fâcheuse manie à manifester légèreté et

insouciance, et qui nous remémore combien nous, les Hominiens sommes ingrats et pervers, pétris surtout

de suffisance en maltraitant à l’envi la fameuse Fontaine de Jouvence que représente notre Alma mater

terrestre :

 

Homme ! Libre-penseur – te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?    [... ]

Respecte dans la bête un esprit agissant ...

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;     [... ]

Tout est sensible ; - et tout sur ton être est puissant !

 

                   Perception romantique d'une Nature divinisée, exagérément encensée dites-vous ? Non pas,

simplement une " ode solaire", ardente, signée en hommage aux " êtres obscurs " cachant maints trésors,

purs "chefs-d’œuvre en péril " ponctuant notre verdoyant environnement !

                  Sensiblerie ? Que nenni ! Hyperesthésie ? Qu'importe, Si vous voulez même !

                  Néanmoins, quelle que soit la définition exacte, convenant à cette flamboyante conception

dénotant une sensibilité extrême " à fleur de peau ", il nous revient indubitablement la " mission " en tant

qu’interprètes doués de raison, militants, portés à faire retentir, sonner la voix splendide et spirituelle du

poète, de nous plonger au cœur même de la "substantifique moelle" de sa composition afin de la propager,

pour reprendre une locution du Docteur François Rabelais, nous adonnant par cette circonstance, au pur

objectif d’une transmission de la plus grande honnêteté possible, soit, en l’occurrence, de nous effacer

devant la puissance de convictions, les intentions à énoncer, ou plutôt à prononcer, émanant de leurs

géniteurs (sans pour autant les altérer en sombrant dans une neutralité d’une fadeur insipide…)

constamment habités du vœu de "servir leur pensée" et non de "nous en servir" (avec en filigrane, l’intérêt

opportuniste de nous valoriser) "savoir faire" immanent à tout bon "diseur" qui se respecte, chargé de

"faire savoir" à ses interlocuteurs les idéaux et langage d’un maître de la littérature. 

 

                   Engagement subtilement mesuré donc, participant à ce que nous conservions la foi originelle,

La chair nue de l’émotion  [6], nantis en toile de fond d’une approche de la perfection, vaste projet

utopique, embrassant ad vitam aeternam, la morale de Nicolas Boileau, qui préconisait de faire montre de

pugnacité, ciselant et reciselant encore, tel un orfèvre, le fruit  de son labeur :

 

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. [...][6bis]


 

                   Quelle que soit l’époque, les mouvements ou écoles, ainsi que la stylistique auxquels se

rattachent tant de "cantiques orphiques", l’essentiel ne réside t’il pas de contribuer à les faire revivre, les

faisant entendre dans leur idiosyncrasie foncière, rendant perceptibles, presque palpables, même à l’ouïe

d’un candide en la matière (nul besoin en effet, d’être un fin lettré pour se laisser toucher par eux) la

"palette de tableaux" ou du moins leurs touches impressionnistes, s’élevant de la vision créatrice ?

                  De grâce, n’oublions jamais, selon l’expression perspicace d’un "savant jongleur de mots " [7] ,

jouant avec notre belle langue française, que :

 

                 "Le mot est un son qui devient sens" !

 

                   Or, si il y a bien un mérite à prononcer, à mettre en bouche, à l’aide de notre instrument vocal,

le verbe poétique par l’entremise de la diffusion publique revêtant la forme de lectures vivantes, relayées

d’ateliers pédagogiques d’initiation, ne doutons plus que cela soit celui qui participe à l’émergence voire

l’éclairage, sinon la réhabilitation d’un texte et de son auteur laissé pour compte, pire, négligé ou au

purgatoire, à travers sa signification intrinsèque fondatrice, intériorité d’une Chanson grise [8] libérant sa

magnificence, une once de mystère et une musicalité devenues enfin intelligibles :

 

De la musique avant toute chose […]

De la musique encore et toujours !

 

recommandait le père des "Romances sans parole" à une confrérie imaginaire…

 

                    Car comment se laisser bercer par le balancement des "Mystiques Barcarolles", comment

entrer "en Poésie" (un peu comme on entre dans les ordres), comment tenter de pénétrer cette

énigmatique "gente dame" sans que le creux et le faux dignes des poseurs de salons s’invitent au

rendez-vous ? Vaste question existentielle qui nous taraude et fermente dans l’esprit de nous autres,

"passeurs de vers et de proses".

 

                       "Et tout le reste est littérature" [9] !

                        N’est ce pas ?

 

"Les Œuvres d’Art ont quelque chose d’infiniment solitaire,"

philosophait l’ancien secrétaire de Rodin, ajoutant ensuite ceci :

 

 "Seul l’amour peut les saisir, les tenir et peut-être équitable envers elles." [10]  

                     

                    Credo d’un sage, Rainer Maria Rilke, qui, ne s’égarant pas, par "des chemins perfides "

verlainiens, poursuivait son conseil à l’adresse de l’un des siens et que nous nous empressons de détourner

à notre endroit :

 

                   "Laissez chaque impression et chaque germe de sensibilité s’accomplir en vous, dans l’obscurité, dans l’indicible, l’inconscient, là où l’intelligence proprement dite n’atteint pas, et laissez-les attendre, avec humilité et une patience profondes, l’heure d’accoucher d’une nouvelle clarté : cela seul s’appelle vivre l’expérience de l’art ; qu’il s’agisse de comprendre ou de créer.

                   Là, le temps ne peut servir de mesure, l’année ne compte pas, et dix ans ne sont  rien ; être artiste veut dire : ne pas calculer ni compter ; mûrir comme l’arbre qui ne hâte pas sa sève et qui, tranquille, se tient dans les tempêtes de printemps sans redouter qu’après elles, puisse ne pas venir l’été. Il vient de toute façon. Mais il vient seulement chez ceux qui patients sont là comme si l’éternité s’étendait devant eux, insoucieusement calme et ouverte.

                   Je l’apprends tous les jours, je l’apprends au prix de douleurs envers lesquelles j’ai de la gratitude : la patience est tout " [11] !

 

                    Vision prophétique corroborant celle de Paul Valéry [12], qui incitait son prochain à la

persévérance afin de prétendre atteindre une maturation salutaire fertile :

 

 

"Patience, patience,

Patience dans l’azur !

Chaque atome de silence

Est la chance d’un fruit mûr !

[…]

Calme, calme, reste calme !

Connais le poids d’une palme

Portant sa profusion !  

[…]

Ces jours qui te semblent vides

Et perdus pour l’univers

Ont des racines avides

Qui travaillent les déserts.

 […]

 

Concluant à l’égard de sa dédicataire la morale suivante :

 

 

Tu n’as pas perdu ces heures

Si légère tu demeures

A près ces beaux abandons ;

Pareille à celui qui pense

Et dont l’âme se dépense

À s’accroître de ses dons" !

 

 

                         État d’âme, façon d’appréhender les choses et les êtres vivants peuplant leur

environnement (que d’aucuns se permettront de juger excessifs…) partagés par quelques rares

compagnons en communion de "sensations" de compassion et aussi de souffrance, déchirures pouvant

aller jusqu’à l’auto destruction, en similitude de ce témoignage confession confié par le compositeur de

Soupir  [13], à son intime, le Cygne d’Orthez, alias le Poète Rustique,  Francis Jammes  :

 

                         "Ah, mon ami, quelles atroces douleurs peuvent ressentir les âmes trop sensitives pour des choses dont bien des gens ne songeraient même pas à s’affliger."  [14]

 

                         Pourtant chaque abeille butineuse gonflée de suc doux ou amer fait son miel d’une

manière qui lui est propre, d’après une méthode comparable à nulle autre pareille, signant ici et là un

manifeste concernant son idéologie, son art de modeler la fructueuse vendange issue de ses méditations

profanes ou religieuses.

                        Pour notre part, il nous tenait à cœur de clore cet entretien au sujet de l’interprétation de

joyaux littéraires, en publiant la conception que la "Fée d’Auxerre", la bien nommée, "payse" de la

"Faunesse" de Saint Sauveur en Puisaye, Colette, se forgeait à propos de "La Poésie" [15]  avec un grand P,

en respectant son souci de révérence visionnaire.

                        Écoutons-la simplement nous énoncer son désir de nous guider vers le pur et l’indicible

nimbant cet univers :

 

                       "Il n’y a pas en Poésie de réalité positive. Il y a une vie profonde, une émotion intense transfiguratrice, qui dépendent fort peu de la circonstance extérieure qui les a provoquées.

                        À l’heure de grâce un rien ou presque suffit parfois à donner la secousse créatrice et à mettre en branle le génie intime qui aussitôt du rien s’empare et à l’infini l’amplifie.

                        Dante aperçoit Béatrice. Béatrice ? L’a-t-il longuement connue et courtisée ? Peut-être… Peut-être pas. Toute l’aventure du chant est dans l’âme du poète. Et si de surcroît, ce poète est un artiste, il arrive que de multiples impressions se fondent pour lui en une seule. Tel statutaire a tiré son dieu de plusieurs modèles.

                        C’est souvent léser gravement le charme d’un poème voire le réduire à néant, que de vouloir trop le situer, le dater, le délimiter de tous les côtés comme une pauvre pièce d’identité humaine.

                         La Poésie comme la religion exige le mystère. […]

                        Apprenez à lire les poètes. Ne les lisez pas en journalistes. Vous trouverez ailleurs qu’en eux assez de faits et gestes plus romanesques et plus curieux que les leurs.

                        Ils n’ont, eux, à vous offrir que leur âme.

                        Et la beauté sans nom ni lieu du verbe qui chante.

 

                                                                            Marie Noël.

 

 

Muse de la Poésie ou Erato couronnée de verts lauriers (Laurus nobilis L.)

de Edward John Poynter -  1870

 

 

 

 

Texte de Valériane d’Alizée

Historienne –chercheur de la flore

Auteur- interprète du patrimoine littéraire naturaliste.

 

Tous droits de reproduction réservés.

 



[1]  : Allusion au peintre Camille Corot…

[2] : Citation reprise par Maurice Goudeket au sein de son témoignage : « Près de Colette », 1956

[3] : Allusion au recueil de Paul Verlaine, datant de 1871.

[4] : En référence à l'œuvre poétique de Verlaine portant ce titre, tirée du corpus : « Jadis et Naguère ».

[5] : A propos de Vers dorés de Gérard de Nerval in  « les Chimères ».

[6] : Expression empruntée au compositeur Claude Debussy.

[6bis] : Quatre derniers vers du Chant I (Il est certains esprits) issu du recueil « L’Art poétique » de Nicolas Boileau,

[7] : Allusion à l’auteur interprète, troubadour moderne de Toulouse : Claude Nougaro.

 8 : En référence à la pièce de Paul Verlaine  « Art Poétique » (recueil  « Jadis et Naguère ».)

 [9] : Emprunt à la formule de Paul Verlaine, dernier vers du poème  « Art Poétique »…

[10]: Citation issue des  « Lettres à un Jeune Poète », celle notamment datée du vingt trois Avril 1903.

[11]: Recommandation de Rainer Maria Rilke à un frais novice, F. X Kappus, qui sollicita son aîné afin de recueillir son avis critique sur ses propres ouvrages (même source). 

[12] : Extraits provenant du fameux poème de Paul Valéry intitulé  « Palmes » (recueil  « Charmes » de 1922).

  [13] : Évocation d’Henri Duparc ayant mis en musique ce texte de Sully Prudhomme devenu par la grâce du musicien une mélodie pour voix et piano. Personnalité artistique auto destructrice au demeurant, anéantissant fréquemment la moindre de ses productions.

[14] : Voir la correspondance échangée entre ces deux hommes qui nous révèle à quel point Henri Duparc fut traversé d’une hyper sensibilité néfaste tandis que le poète d’Orthez parvenait à sortir par intermittence du gouffre dans lequel les évènements de son existence le plongeaient, célébrant à nouveau le Triomphe de la vie…

[15] : Prose placée en avant –propos du recueil des  « Chants de la Merci » paru en 1930 et prise dans sa presque intégralité, hormis une phrase…

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Commentaire de Céline lenoir le 28 septembre 2013 à 19:50

Comme j'aime  Marie - Noël! Merci de la faire revivre,. Ses ont  ce mérite  et  vous celui de nous les rappeler!

Erato était  son amie, je n,en doute  aucunement!

Commentaire de Valériane d'Alizée le 5 octobre 2012 à 21:31

Mon cher Gil,

Je vous respecte trop pour vous faire l'injure de vous remercier simplement...

Dès qu'il me sera loisible, je tenterais de poursuivre cet échange, en commentant vos nobles propos !

À partir de l'instant qu'il me fut accordé la grâce de vous lire, il y a maintenant quelques saisons passées, j'ai tout de suite ressenti l'intime conviction que j'allais "entrer en religion" pour vos écrits, d'une hauteur d'esprit ...à nulle autre pareille !

Commentaire de Gil Def le 5 octobre 2012 à 14:51

Bonjour Valériane

 

Il est certain que les rapports que nous entretenons avec notre environnement naturel ont considérablement changé au cours du dernier siècle et malheureusement dans le sens de l’absurdité et de l’incohérence. En effet, chacun sait qu’il est imposé au monde un modèle productiviste dévoyé, perverti par des avidités d’argent et des vanités de fortune, et jamais on a exploité les ressources planétaires dans une telle outrance, dans une telle inconséquence. On saccage, on détruit partout au nom du progrès, tout ça pour augmenter l’iniquité des états d’humanité, pour ajouter des guerres à d’autres guerres, ajouter de la misère à la misère, pour engendrer des migrations massives de populations, vider des campagnes, et former des mégalopoles avec une dimension verticale de plus en plus haute pour la mégalomanie et l’arrogance, et une dimension horizontale de plus en plus étendue pour la quantité de choses que l’on met à la décharge y compris des gens, ces intouchables de la peste moderne. Le problème posé aujourd’hui c’est que si nous ne faisons rien pour arrêter ce productivisme outrancier et incohérent, nous signons l’arrêt de mort de l’espèce humaine tout entière, et la planète pourra très bien poursuivre son histoire sans nous. Il est grand temps de revoir les rapports que nous avons avec notre environnement et il va falloir à la fois une bonne d’humilité et d’imagination pour ça. Je suis persuadé que nous n’arrivons pas à changer les choses sans une forte mobilisation de tous les talents et forces d’imagination pour définir d’autres manières de concevoir toute entreprise humaine dans le souci de l’intérêt général, d’autres manières de produire ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins vitaux, et pour augmenter le confort de vivre de tous sans démesure, sans mettre en péril la ressource, et surtout la qualité de l’air, de l’eau, et de notre nourriture.

Il y a aussi à penser les choses de la vie autrement que sous la dictature de l’économie, et aujourd’hui nous sommes aux antipodes de ça. Il y a tant de gens pressés et subissant des cures d’austérité sociale et culturelle. Nous n’existons plus dans le débat que comme force de travail ou pas, et que par l’estimation de son équivalent monnaie et pouvoir d’achat. A qui se pose des questions sur le sens de nos existences, je rappelle souvent les premiers temps des luttes ouvrières et populaires de la fin du XIXe siècle où les manifestants arboraient l’églantine et cousaient sur leurs vêtements un triangle rouge pour trois temps, un temps pour le travail, mais deux autres qu’ils revendiquaient pour leur santé physique et intellectuelle. Il y avait là bien du sens, de la sagesse. A quoi sert donc le progrès s’il s’agit de se ruiner la santé, de se suicider, de se tuer au travail et de se retrouver dans un environnement dégradé, défiguré, pollué, et nocif ?    

Plus que jamais, nous avons tous besoin de temps décompressé pour nous laver les yeux, les oreilles, pour respirer, pour rétablir tous nos sens, pour nous faire cette culture du collectionneur ou du jardinier des étonnements, des émerveillements, des choses métamorphosées, exceptionnelles et miraculées. Nous avons besoin de personnes qui peuvent nous y aider, par leur recherche avancée dans tel ou tel domaine, avec cette idée que les sentiments, sont à intégrer à la connaissance qu’on peut avoir des choses. Nous avons besoin de ces personnes qui peuvent nous inciter à aller plus loin, rien qu’un peu plus loin et à vouloir saisir ces moments indicibles, invincibles de l’infini-seconde. Vous êtes indiscutablement une de ces personnes là, engagée que vous êtes à défendre un patrimoine de choses intemporelles et à essayer de le transmettre. Certes, vous vous posez beaucoup de questions sur la bonne manière de le faire. L’expérience et bien des références que vous avez déjà vous ont dit : patience, honnêteté intellectuelle, générosité, fleur de passion, quête de poésie, et je crois bien que c’est énorme pour pouvoir avancer dans la bonne direction …  

 

Bonne journée. Amitiés. Gil                

 

PS Avec mes vifs remerciements pour vos cadeaux d’anniversaire …

Commentaire de Gil Def le 4 octobre 2012 à 12:21

Bonjour Valériane

Il est indéniable que vous avez beaucoup de choses à dire qui sont telle abondance de fruits d’une vie bien remplie jusqu’alors, d’un esprit bien alimenté, et d’une sensibilité profonde. Considérez que je vous dis cela avec un large sourire, et des yeux comme des billes, comme un regain de bien être et de santé, avec un brin de taquinerie. J’ajouterai en effet que vous pouvez abuser de la parole, du propos tant que vous le voulez, je n’en serai que ravi comme on peut l’être de quitter les sentiers battus, tel monde bruyant et violemment agité, de trouver ainsi des moments florissants ou de beautés énigmatiques, et de s’enrichir au sens de se reposer bien des questions sur des choses essentielles.

A cet instant, je me dis quelle belle affaire mais que faire ? Quel embarras ! Rester muet, interdit de commentaire ou dire quelque chose, ne serait-ce que bravo. Vous pouvez sourire à votre tour devinant sans doute que c’est une exagération, une espièglerie de ma part. Certes, pendant des années, suivant sans doute les codes d’une époque révolue, je suis resté muet dans la position d’enseigné, j’avais pourtant tant de choses à demander et à dire aussi, à tort ou à raison. Il fut heureusement un jour un maître qui était peiné de mon mutisme et de mes extinctions de voix bien réelles. Il voulut me faire comprendre qu’enseigner quelqu’un n’était pas lui donner des complexes, mais au contraire l’en débarrasser. Il décida pour ça en dépit de mes dix ans que je ferai classe à sa place chaque jour pendant un quart d’heure au moins à l’étude du soir jusqu’à la guérison de mon mutisme. Il a réussi mais peut être bien qu’il a mal apprécié la durée du traitement et je crois qu’il a du regretter parfois que son traitement ait eu chez moi des effets quelque peu euphorisants et même contaminants. En tout cas, si on me demandait ce que j’ai retiré de ça, je dirais que dans la vie, nous tenons la plupart du temps deux rôles en un et l’enseigné et l’enseignant, deux rôles qui ne peuvent se distinguer vraiment et qui exigent à mon sens avant tout de l’attention à toute chose, de l’honnêteté intellectuelle, et des intentions généreuses. Votre contribution est celle d’une personne revendiquant d’avoir été superbement enseignée, initiée à apprécier, à aimer tant de choses précieuses et qui fait preuve de cette générosité de se mettre à son tour à cette tâche d’enseigner tout en amenant chacun à la réflexion. Cette démarche là de relais me plaît infiniment, d’autant que vous avez de la matière et bien du talent pour l’entreprendre pour notre plus grand bénéfice. Serai-je capable d’un brin de jalousie pour ça ? Non, quoique … Pour être plus sérieux, je compte bien rendre justice à votre travail, en vous apportant mon avis sur ce que vous avez dit ici à propos de nature et de poésie, et dont je n’ai rien dit encore. Je reviendrai donc ici avec plaisir …

 

Bonne journée. Amitiés. Gil      

Commentaire de Rébecca Terniak le 3 octobre 2012 à 18:12

Merci Valériane de la richesse de ton apport et comme ce que tu sers est noble et beau, le ciel protégera ton action-passion !

Tiens ! J'ai connu de près Fabrice - nous étions non seulement dans le même groupe de méditation mais aussi du même quartier de Montmartre avec son frère Michel. Nous avons des souvenirs inénarrables avec ses imitations et shows improvisés parmi nous. Il était déjà ainsi doué et si drôle et sa Cathie lui disait, alors qu'il gesticulait au restaurant végétarien l'Epidaure  créé par sa précédente amie : "Arrête, médite un peu". J'ai aussi plaisir à le voir interpréter des textes littéraires et les mettre en valeur.

Commentaire de Valériane d'Alizée le 3 octobre 2012 à 17:23

Lorsqu'il est question d'une Vision purement subjective de l'interprétation des œuvres, nourrie d'un idéal flamboyant d'un Maitre au pouvoir absolu en la matière : Jean-Laurent Cochet, Pygmalion d'une belle brochette de comédiens, dont l'inénarrable et truculent Fabrice Lucchini...

Puisse un jour prochain  m'abreuver à nouveau à cette "Fontaine de Jouvence" poétique chantant les attraits de dame Nature, en tant que "passeur" de mots émaux pétris de sens, de "beauté-bonté", nous consolant de bien des maux de l'existence, images du langage relevées d'un art pictural voué à renforcer la puissance du propos !

Une pensée à ma Liliacée fétiche, qui sait ce que  créativité veut dire de force intérieure, appelant à s'en délivrer en faveur d'autrui !

Et Grand merci à Robert Paul .

Commentaire de Rébecca Terniak le 3 octobre 2012 à 16:09

Merci Valériane pour ce beau cadeau

que je vais découvrir et méditer

après m'être laissée charmée par ces 3 splendides tableaux.

A bientôt.

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