Toutes les publications (16185)
Une année s’est écoulée, une autre frappe à la porte.
Ouvrez-là toute grande et accueillez-la avec simplicité et espoir .
MARC JALLARD : DU GROTESQUE A L’ESSENTIEL
Du 19-12-12 au 13-01-13, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles), présente une exposition intitulée COLLECTIF D’ARTISTES DANS LE CADRE DU 25 EME ANNIVERSAIRE D’ALZHEIMER Belgique A.S.B.L.
Cette exposition porte à notre connaissance l’œuvre de Monsieur MARC JALLARD, caractérisée par une suite d’oppositions symboliques, essentielles pour comprendre la philosophie du travail ainsi que de la vision de l’humanité personnelle à l’artiste.
L’importance du regard dans son œuvre est capitale. Ce regard, l’artiste le conjugue surtout au féminin dans l’expression d’une « neutralité » ouvertement affichée.
Le personnage masculin, lui, marie souvent le traitement du visage au vêtement porté.
Observez l’homme du PORTRAIT AU NŒUD (54 x 65 cm) (3).
Son visage est labouré de rides et de plis. Ces mêmes rides et plis se retrouvent, élaborés d’une façon différente, dans les plis du nœud qui orne son chef ainsi que dans les stries blanches scandées en lignes verticales, sur son veston noir.
Il en va de même pour LE MAGICIEN (81 x 100 cm) (5)
dont le visage présente, dans l’ensemble, les mêmes traits que celui du portrait précédent. On retrouve le veston rayé mais aussi, sans doute pour adoucir l’atmosphère, l’opposition entre ces couleurs chaleureuses que sont le rouge et le jaune, pour mieux mettre en scène l’univers du cirque, cher à l’artiste mais pris également comme forme archétypale des rêves innocents enfermés dans l’humain.
Il y a aussi une autre opposition dans plusieurs de ses tableaux, à savoir celle du « beau » (du jeune) et du « laid » (ou considéré comme tel). Après analyse, nous pourrions dire qu’il y a abolition de ces deux principes. Ceci n’est peut-être pas dû à la seule retenue dont fait preuve l’artiste à exposer sa libido d’une façon que l’on pourrait qualifier de « vulgaire ».
Mais aussi et surtout à une interrogation profonde qu’il adresse à notre société : qu’est-ce que le « beau » ?
Qu’est-ce que le « laid » ? Tous les personnages masculins exposés sont-ils « laids » ? Sont-ils simplement « grotesques » ?
Force est de constater que si notre société s’est évertuée à créer, de tout temps, des canons (plus ou moins farfelus) de la « beauté », aucun canon n’existe concernant la « laideur ». Par contre, toute une symbolique s’est greffée sur cet aspect des choses, et ce, depuis l’Antiquité classique au cours de laquelle, les nouveaux nés, considérés comme « laids » (parce que difformes), étaient purement et simplement éliminés pour la bonne cohésion du groupe social. Au Moyen Age, cette même « laideur » a servi de réceptacle à la notion du « péché » : nombre de tableaux et de sculptures représentant le Malin portraituraient, en réalité des infirmes. Bien plus tard, au 20ème siècle, Bertold Brecht faisait de la « laideur » une forme théâtrale censée représenter les dysfonctionnements sociaux de toutes sortes. Aujourd’hui, au 21ème siècle, l’on s’aperçoit qu’elle peut carrément servir d’obstacle social.
MARC JALLARD laisse la question sur la « laideur » plus que jamais ouverte tout en l’adressant à l’intelligence et à la sensibilité du visiteur.
L’HOMME CHAT (55 x 65 cm) (1)
dégage une atmosphère assez « surréaliste » dans l’attitude du personnage à ouvrir son univers. La page blanche interpelle le visiteur dans ce qu’elle a d’indicible.
Une nette opposition se précise entre le noir du manteau et du masque, laissant apparaître un regard perçant, opposé au blanc de la nappe et des pages du carnet. Le stylo noir posé sur la table à côté du carnet invite le visiteur à s’exprimer en lui-même.
A l’inverse, dans CHAMPAGNE (60 x 73 cm) (2)
la jeune femme dont l’attitude évoque, peut-être, l’attente, exprime l’image de sa sexualité à la fois par le soutien-gorge laissant apparaître un sein volumineux ainsi que par le rouge vif de sa robe, le blanc de la nappe et le jaune ardent du champagne, en opposition avec son regard tout en neutralité, freinant toute volonté de concupiscence, que ce soit de la part de l’artiste comme du visiteur.
MARC JALLARD sait ce qu’est un « portrait ». Dans MARIAGE (1,60 x 1,60 cm) (8),
le portrait individuel est pour ainsi dire, « démultiplié » par huit, puisque chacun des huit personnages figurant dans le tableau est un portrait à lui tout seul. Ce qui frappe dans cette œuvre, c’est principalement l’impassibilité des convives.
Le visage de la mariée a la froideur d’un masque presque mortuaire, contrastant avec le mouvement, en cascade, du drapé de sa robe blanche, formant un splendide parterre trônant entre les deux pots de fleurs.
Nous sommes à mi-chemin entre la Renaissance et les « portraits de famille » du 19ème siècle. La Renaissance s’exprime précisément par l’intensité du regard lequel interpelle expressément celui du visiteur. Ne perdons pas de vue que pendant la Renaissance, la plupart des personnages portraiturés de leur vivant, étaient en fait, les mécènes qui avaient permis à l’artiste de réaliser son tableau. Les comparses figurant dans le tableau étant résolument des bourgeois, le 19ème siècle, lui, se signale par le besoin carrément vital de la bourgeoisie de l’époque à se représenter socialement.
Une constante unit les tableaux exposés, à savoir l’arrière-plan duquel se détachent les personnages. Il s’agit d’un fond assez homogène, constitué de motifs floraux faisant penser à ceux que l’on trouve communément sur les papiers peints qui ornent les murs des maisons. La raison de leur présence est à chercher dans l’aversion de l’artiste pour les fonds unis, typiques de la Renaissance, lesquels ne diffusent aucune chaleur à l’ambiance.
MARC JALLARD, qui travaille essentiellement à l’huile, n’a pas fait les Beaux Arts mais a fréquenté l’Ecole Boulle. C’est à la Manufacture Nationale de la ville de Sèvres où il travaille en qualité de technicien d’art qu’il a trouvé sa vocation d’artiste. Néanmoins, depuis tout jeune, il a éprouvé le besoin de dessiner. Et il faut voir dans ce besoin le désir d’une reconnaissance sociale.
Il s’est très tôt intéressé à la bande dessinée et il a également travaillé en tant que technicien d’art pour Pierre Alechinsky.
Comme on l’aura constaté sans le moindre mal, il éprouve un grand penchant pour le grotesque, particulièrement lorsqu’il s’agit d’attaquer le monde de la libido. Ce sens exacerbé du grotesque lui sert de repoussoir à toute interprétation « vulgaire » du sujet, comme nous l’évoquions plus haut.
Il y a un double monde dans l’univers exposé de MARC JALLARD. Un monde dans lequel des hommes ricaneurs, sujets à des particularités physiques, sont « accouplés » à des « créatures de rêves » qui trouvent une forme de « chasteté » par le biais d’une sexualité ostensiblement affichée qui se délite par le sortilège du regard.
L’artiste travaille à partir de photos. Il crée de véritables personnages de « synthèse », en interpolant chacun des éléments constituant d’un personnage, à l’autre. D’où ce que l’on pourrait interpréter comme « un air de famille » concernant l’ensemble des tableaux présentés.
MARC JALLARD est le maître absolu d’un univers donquichottesque. Un univers qui, malgré les apparences, volontairement exposées, traduit une vision complexe de l’humanité car il s’agit ici d’une humanité dépouillée de tout carcan qui limiterait la portée de son élan vers le dépassement d’elle-même. L’artiste la couvre d’un masque pour que le visiteur enlève le sien.
François L. Speranza.
Une publication
Note additionnelle de Robert Paul:
L'artiste:
L'atelier de l'artiste:
La palette de l'artiste:
Il existe des paysages où les ardeurs ne s’apaisent guère,
Où la fournaise des cœurs en braise fait vibrer même les âmes fanées,
Où la douceur des mots d’amour fait rejaillir les cœurs damnés,
Où le soleil est au zénith des cœurs et des yeux affamés
D’amour, de rêve et d’évasion, de découverte et de mystère,
Où les sources d’amour s’épousent, elles qui ne tarissent jamais,
Où les rivières de sang à flot coulent et irriguent les terres rugueuses
D’où, dans les oasis coule une eau si douce, si fraiche et si précieuse :
Miracle de la nature comme dans le désert naissent les sources fières.
Ce paysage est mon asile quand la tempête menace mes terres
J’y ai mon gîte et mon couvert, mon Apollon, mon protecteur,
Nourrit mes nouvelles passions naissant sous son verbe enchanteur,
Coulant de son encre adorée qui, divinement, d’un mot recrée
Et réécrit sur une nouvelle page du ciel nos rêves grisés
Que les colombes, les canaris prient de ne les voir brisés.
Khadija, Agadir, Mardi 01/01/13
© Khadija ELHAMRANI

En toute simplicité avec ce détail d'une grande aquarelle de plus de trois décennies où les symboles sont toujours d'actualité, je vous souhaite une très bonne et heureuse année 2013 !
Je reviendrai vers vous dès que possible pour faire un petit bilan de 2012 et vous parler des perspectives 2013…
En cette Nouvelle Année 2013, nous dissipons avec Gilbert CORBIERES quelques divergences afin de travailler à nouveau ensemble...J'en profite pour adresser mes VOEUX LES MEILLEURS à tous les amis d' "ARTS ET LETTRES "!!!
NOCES DE PLUTONIUM est désormais sur YOU TUBE...
Un scénario de Georges PECH, réalisation de Gilbert CORBIERES...
Interprétation d'Irène SORMANI, Georges PECH et Michel SIDOBRE...
Et des figurants du petit monde de GILBERT, familial et affectif.
Bon visionnage et BONNE ANNEE 2013 ! Avec des accents du Midi de la France!
Michel SIDOBRE
Site littéraire:
Site Figurant & Acteur:
En ce 1er janvier 2013...
''Vous dédier ce texte de mon dernier recueil c'est ma façon à moi de souhaiter à vous tous mes voeux les meilleurs et les plus sincères pour l'année 2013.''
Au large
Pouvons-nous nous tenir au large
Sur nos mers secouées
Nos amours échouées
Et nos chimères barges
Au large
Vois l’amie l’inconstance de nos âmes
Si ternes et blettes
Sous l’apparence de nos chairs et de nos squelettes
Les récits en mots projetés de nous-mêmes
Pas à pas
Lancés au travers de nos miroirs
Ne nous laissent-ils pas aux palais
Un remous d’amertume
Un ressac d’écumes lasses
Qui au fond nous désolent
Nous déboussolent
Et nous agacent
Pourtant
Si nous pouvions les voir
Au travers de nos inaptes regards
Ces lucioles si fines et rares
Ces petites pépites d’étoiles
Qui forment comme un léger voile
Luminescente tulle
Autour de chaque mot comme une bulle
Car tels alors ils s’envolent
Petites sphères dans l’air
Se grisant de la stratosphère
Alertes pétillants rigolos
De rouge d’orange ou d’indigo
Ou pulsant le jaune le bleu le vert
Jusques aux confins célestes
Lâchant le lest
Au large
De nos mémoires et de l’univers
Car quand est-il de nos profondeurs humides
Là où glissent nos planctons translucides
Sous les masses des mers
Quand est-il de nos zones arides
Où nous sentons le souffre et le vide
Sous nos réminiscences amères
Quand est-il de nos humeurs éthérées
Secrètes et vaginales
Quand est-il de nos ardeurs phalliques
Souterraines et animales
Quand est-il de nos gestuelles banales
De nos attitudes faméliques
Aurions-nous besoin d’une antique bacchanale
Ou d’un soleil noir flambant neuf
Brûlant jusqu’à l’os tendre nos oripeaux en cendres
Pour que les astres s’en repaissent
Et qu’enfin glissent en nous et naissent
Encore
En douce matinale
A nouveau
L’amour timide et l’aurore virginale
&&&&&&
Laissez le temps
A vos vingt ans
D’être femme,
La transition
Des traditions
Est infâme.
Pour vos quinze ans
Ma chère enfant
Otez vos fards,
Vos yeux sont bleus
Et non sableux
Comme un soiffard.
Soyez Vénus
Non Spartacus
En décoll’té,
Vos tops moulants
Sont riboulants*
Et survoltés.
La dentelle
Ma donzelle
Est l’audace,
Qui souligne
De ses lignes
Votre grâce.
Ses fins motifs
Ampliatifs
De votre éclat,
A ce banquet
Font un bouquet
De falbalas.
Les lumières
Joaillières
Sur vos bijoux,
Etincellent
Ma pucelle
A votre cou.
Laissez le temps
A vos vingt ans
D’être femme,
La transition
Des traditions
Est en flamme.
Claudine QUERTINMONT D’ANDERLUES.
* escente , essente
petit bardeau de bois servant à couvrir les toits
* ribouler (Argot) Rouler des yeux, faire de grands yeux, les bouger dans tous les sens tellement on est étonné.
Vous avez sans doute vu les affiches. Il vous reste deux bonnes semaines pour aller voir la magnifique rétrospective de Constant Permeke au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Cette exposition réunissant quelque 130 œuvres a été organisée à l’occasion du 60e anniversaire de sa mort et se tiendra aux Beaux-Arts jusqu’au 20 janvier.
Chef de file des peintres expressionnistes flamands, Constant Permeke s’intéresse à l’humain (« het menselijke »), aux petites gens, aux travailleurs de la terre et à ceux de la mer. La matière épaisse et la palette sombre soulignent leur condition de vie douloureuse. Permeke inaugure une nouvelle façon de regarder le peuple, refuse les règles et se veut avant tout l i b r e. Il travaille sa « Marine » avec d’énormes brosses gorgées de couleurs terre avec une énergie folle : l’homme est aux prises avec les éléments qui le meurtrissent.
Voici « Marietje » (sa femme Marie Delaere) vue de dos avec châle, pour l’anonymat, peinte en 1907 à Gand dans une tradition encore impressionniste. Une femme qui deviendra un archétype humain. La grossesse est toujours une source d’angoisse dans les campagnes… Toute sa vie, ce peintre volcanique armé de brosses et de matière picturale lourde comme de la lave peindra la femme avec générosité. Son inspiration, Marietje, était une délicate dentelière qui lui donna six enfants dont quatre survécurent. Les émotions du peintre se pétrifient soudain dans le béton et revoilà Marietje symbolisant la fécondité. Permeke fuit l’anecdotique, aime déformer les corps de ses personnages monumentaux. C’est l’émotion qui le pousse dans l’exagération picturale. Il aime leur donner des traits rudes, des épaules carrées et des mains démesurées. Il les faire bouger ou les cloue sur la glèbe avec des pieds de géants. Il dit peindre « ce qu’il croit avoir vu.» Il n’a cure de l’érotisme de l’expressionisme allemand et ne veut rien prouver.
L’exposition suit donc le peintre, l’évolution de son style au rythme des lieux où il séjourne : Ostende, sa ville natale, Gand où il rencontre ses amis Frits Van den Berghe, les frères Gust et Léon De Smet. Puis c’est la communauté d’artistes de Laethem-Saint-Martin jusqu’en 1912. Puis l’Angleterre où il est envoyé pour soigner sa blessure de guerre au siège d’Anvers et où il séjourne 3 ans. Naissent trois enfants. Il découvre Turner, il peint la Moisson dans le Devonshire. Marin le jour pour nourrir sa famille, il peint le soir. Retour au plat pays qui est le sien en 1919. Il a vendu « Les deux frères marins » et le voilà à Jabbeke où il se fait construire une maison et un atelier, transformés en Musée provincial Constant Permeke en 1959.
Regardez cette famille autour de la table au bout d’une journée harassante et le drame de la mort prochaine du 4e enfant. Voici l’homme à table sous la suspension qui lit le journal à la famille « A propos de Permeke » (« Over Permeke ») Une pointe d’humour, c’est de lui que parle le journal ! Une pointe de cubisme semble intensifier l’émotion. Une pointe d’espoir : le nœud vert dans les cheveux de la petite fille et la lumière sur son visage et dans son regard intense ! Mais voyez plutôt ce pêcheur qui continue à avancer. La force vitale de la main et du panier est saisissante.
Plus loin, vous avez « Le mangeur de bouillie » ( « De papeter »). Les personnages sont déformés par le primitivisme et la fatigue mais, miracle, il y a de la lumière intérieure qui se dégage. C’est le chant du terroir: les soins aux bestiaux, les repas rustiques des gens simples , les promenades des dimanches où l'on s'ennuie, les retours de vêpres, la kermesse…
Puis il y aura cette sixième grossesse de Marietje. Le blanc c’est la mort. La toile Maternité (avec enfant blanc, 1929) montre un corps disloqué par le malheur. C’est le drame, mais pas la désespérance. Voyez le cheval du cabriolet, il est d’un jaune solaire. On sert le café. Souvenir de Van Dijk, le chien sous la table est le symbole de la fidélité conjugale. En 1927, il peint cette extraordinaire « Roulotte » de gitans qui vivent de façon libre et primitive. Le père et l’enfant s’arc-boutent pour empêcher la roulotte de s’enliser. Le jaune lumineux est vibrant d'énergie.
En 1936 Permeke se consacre avec fougue à une commande de 100 paysages. Le peintre se fait aider de ses fils… « De ene boer is beter dan den Anderen ! » Humour à la James Ensor dans ce tableau satyrique du nouveau riche. Furieux contre la critique il troque le pinceau pour travailler, avec une force monumentale comme il se doit, l’argile, le plâtre et le béton au ciseau. Son style est vigoureux mais il invite au rêve avec une Belle au bois dormant, toute douceur. Regardez le dessin préparatoire de Niobé, sa sculpture la plus célèbre, le corps féminin forme une longue vague sensuelle. On pourrait comparer ces sculptures avec celles de Maillol.
Las ! La deuxième guerre mondiale fait des Polders une zone interdite. Il se retire à Bruxelles. Ses fils de nationalité anglaise sont dénoncés et emprisonnés. Son art est taxé de « dégénéré » (Entartete Kunst) sous le régime nazi. Une exposition rétrospective de ses œuvres se tient à Paris en 1947-48. Son fils Paul est revenu des camps de travail. Bonheur éphémère, Marietje est atteinte d’un cancer. Il s’en occupe mais n’échappe pas à la dépression. Il lui fait un dernier A dieu noir et blanc, en 1948. Un tableau émouvant où la mort est encore et toujours, blanche comme de la craie.
«Le pain quotidien, Het dagelijkse brood», peint en 1950, exprime la grâce lumineuse du partage dans la détresse la plus profonde. En 1951 il est envoyé par son ami Devlaeminck à Pont-Aven avec son fils Paul. Ils achètent des cartes postales et de retour Permeke peint des paysages bretons de mémoire. Constant Permeke mourra le 4 janvier 1952 et sera enterré quatre jours après aux côtés de sa femme au cimetière de Jabbeke.
Le palais des beaux-Arts de Bruxelles a l’intention de faire circuler cette exposition impressionnante et pour souligner sa pertinence dans notre monde contemporain a tenu à y adjoindre quelques œuvres monumentales paysagères de Thierry De Cordier et des nus de Marlene Dumas.
http://www.bozar.be/activity.php?id=12489
![]() |
L'imitation de Notre-Dame la lune est un recueil poétique de Jules Laforgue (1860-1887), publié à Paris chez Léon Vanier en 1885. Certaines des Complaintes, publiées trois mois avant l'Imitation de Notre-Dame la Lune (quoique composées deux années plus tôt), étaient consacrées à la lune ("Complainte à Notre-Dame des soirs", "Complainte de cette bonne lune", "Complainte de la lune en province") ou au personnage «lunaire» de Pierrot ("Complainte de lord Pierrot").
L'Imitation, dédiée à la «petite Salammbô» de Flaubert, reprend ce topos de la littérature «décadente» _ de Mallarmé à Verlaine _ pour en faire son sujet exclusif. L'Exergue rappelle en outre le séjour de Laforgue à l'île de la Mainau, sur le lac de Constance, pendant lequel le poète aurait longuement médité sur les reflets de la lune _ «Per amica silentia lunæ», selon la célèbre formule de Virgile dans le livre II de l'Énéide. On connaît en outre le succès, depuis les années 1830, des mimes Deburau, qui avaient popularisé la figure de Pierrot, qu'on retrouve dans l'esthétique nocturne des symbolistes. Le type de Pierrot, assurément, incarne la mélancolie toute saturnienne du poète, déjà mise en scène par les Complaintes: la lune elle-même «fai[t] de l'oeil / Aux coeurs en deuil» ("Litanies des derniers quartiers de la lune"). Le recueil, par sa tonalité affective, entend donc se placer sous les auspices de Diane, après avoir réglé ses comptes avec le «soudard» soleil, c'est-à-dire, rhétoriquement, avec le lyrisme éclatant de «Phoebus» _ d'Apollon. Plus qu'une thématique, l'Imitation fonde une esthétique en privilégiant la lune et ses «Pierrots», partageant le goût de Des Esseintes pour les chambres hermétiquement closes, éclairées à la lumière du gaz, à travers les fenêtres desquelles il contemple un paysage lunaire (voir A rebours). Cette mélancolie constitutive, signifiée par le deuil, la «misère» et l'«ennui» (les «spleens tout bleus» baudelairiens) où, comme dans les Complaintes, le «coeur» occupe une place centrale _ «Ah! ce soir, j'ai le coeur mal, le coeur à la Lune!» ("États") _ est alimentée par un pessimisme fondamental, «philosophique». De ce pessimisme témoigne la fréquence d'un vocabulaire médical, qui, dans le plus pur esprit du positivisme «fin de siècle», réduit les sentiments _ la mélancolie et l'amour, en particulier _ à des faits biologiques. Ainsi de la femme aimée: «Je voyais que vos yeux me lançaient sur des pistes, / Je songeais: oui, divins, ces yeux! mais rien n'existe / Derrière! son âme est affaire d'oculiste» ("Pierrot"), et de l'émotion à contempler la lune, aux rayons pourtant «fébrifuges», qui porte un «coup dans l'épigastre». C'est ainsi que le motif pétrarquiste de l'Amour décochant ses flèches est réinterprété en termes médicaux, et que Diane, devenue infirmière, «d'un trait inoculant l'être aptère», «prend [so]n carquois et pique». Pareille réduction des sentiments au corps, aux connotations péjoratives, s'inscrit aussi paradoxalement dans l'idéalisme de Schopenhauer. L'influence de la Philosophie de l'inconscient de Hartmann, disciple de Schopenhauer dont Laforgue avait sans doute lu la traduction française de Nolen peu après sa publication en 1877, se fait encore largement sentir _ selon un topos de l'esthétique décadente. Certes, Laforgue avait renoncé aux «vers philo» du projet très hartmannien du Sanglot de la terre; mais l'idée selon laquelle l'homme, gouverné par un vouloir-vivre irrésistible _ l'inconscient pour Hartmann _, est manipulé jusque dans l'amour, «L'Amour qui rêve, ascétise et fornique», visant à la perpétuation de l'espèce, apparaît dans de nombreux poèmes: «Je m'agite aussi! mais l'Inconscient me pèse; / Or, il sait ce qu'il fait, je n'ai rien à y voir» ("La lune est stérile"). Ce pessimisme schopenhauérien porte toutefois en lui sa solution _ à travers l'Art, qui seul permet d'échapper au vouloir-vivre. Ainsi que le nirvâna bouddhiste, auquel on trouve des allusions dans la nostalgie affichée du «néant» et du sein primitif, dont la lune est l'image toute maternelle, la volonté est comme suspendue. La poésie, telle que Laforgue l'évoque dans l'Imitation, sublime la mélancolie: «Tu fournis la matière brute, / Je me charge de l'oeuvre d'art», exprime l'inconscient et, par-là même, s'en libère. Au-delà de ce schopenhauérisme, certes bien convenu, d'une rédemption par l'Art, l'Imitation montre que la mélancolie doit être surmontée par le «dandysme lunaire» de la poésie, qui permet d'accéder à la béatitude «madréporique»: «Et pourtant, Ah! c'est là qu'on en revient encore / Et toujours, quand on a compris le Madrépore.» Si Laforgue paraît s'inscrire dans la filiation d'un romantisme exacerbé _ à la Musset, par exemple _ en faisant du «coeur» l'objet même de sa poésie, c'est pour s'en démarquer, non seulement par un pessimisme délibérément réducteur et parfois cynique, mais encore par une volonté d'autodérision: «Ah! tout le long du coeur / Un vieil ennui m'effleure... / M'est avis qu'il est l'heure / De renaître moqueur.» La démystification de l'émotion passe alors par une stylistique du burlesque. Certes, la désarticulation de la syntaxe et, surtout, de la versification (mètres inégaux, coupes intempestives, rimes prosaïques, etc.) _ aux confins du vers libre dont Laforgue, traducteur de Walt Whitman, est sans doute l'inventeur, après Rimbaud _ contribuent à dénier le sérieux de la philosophie hartmannienne. Mais c'est surtout, semble-t-il, le travestissement et la transposition de thèmes religieux ou mythologiques dans un contexte quotidien prosaïque qui accomplit le projet iconoclaste. Innombrables sont en effet les références religieuses dans un recueil au titre en soi parodique (l'Imitation de Notre-Dame la Lune selon Jules Laforgue). Les motifs chrétiens y sont abstraits de leur contexte et appliqués à la lune, elle-même sacralisée («Voilà notre Hostie et sa Sainte Table»; «béatifiants baptêmes»; «mystiques ciboires», etc.). Il en est de même pour les références mythologiques ou antiques, également nombreuses, qui se mêlent syncrétiquement et ludiquement aux allusions religieuses («Eucharistie / De l'Arcadie»; «Léthé, Lotos / Exaudi nos»), grâce en particulier à des bribes de citations latines. Le raccourci de certains rapprochements surréalistes avant la lettre _ "Sphinx et Joconde", par exemple _ détache la poésie du lyrisme ostentatoire du romantisme. L'effet polyphonique créé par ce mélange des styles et des genres dans le burlesque contraste avec la gravité affectée par certains poètes décadents _ Gustave Kahn, son ami, par exemple, et Mallarmé lui-même, qu'il admirait _, qui proposent une version plus sombre des mêmes mythes.
Cette veine ironique et démystificatrice, qui permet à Laforgue de se protéger d'une angoisse fondamentale, est à l'origine d'une descendance littéraire _ Apollinaire, Reverdy, Max Jacob, Léon-Paul Fargue en France; T.S. Eliot, Ezra Pound, Fernando Pessoa, à l'étranger, où Laforgue occupe une place de premier rang.

Cette photo a plus de trente ans. C’est Daniel qui me l’a prise sur l’arrête Petit - Grand Vignemale dans les Pyrénées, une petite « classique » pyrénéenne facile que nous effectuions ce jour-là avec un ami trop tôt disparu, Guy, un personnage de grande valeur, pyrénéiste émérite que nous n’oublierons jamais…
À présent, lisez la suite de mon billet, en écoutant la musique suivante
Il faisait beau comme souvent lors de nos entraînements en haute montagne tandis que nous vivions ces moments magiques d’aventure et d’amitié, partagés aussi avec Dany, André, Jean, et les autres. Le soir nous nous retrouvions en refuge pour revivre nos journées, imaginer des projets d’escalade dans des voies lumineuses comme des glaciers suspendus, aériennes comme des aiguilles de granit, vertigineuses comme des surplombs d’altitude, et refaire le monde autour d’un bon verre, près du poêle ou de la cheminée où brûlait le bois monté de la vallée.
Je n’ai pas retrouvé de photos où nous sommes ensemble Daniel et moi lors de nos courses mémorables c’est pour cela que j’ai choisi celle-ci (parce qu’il l’avait prise et qu’il y avait Guy), mais je sais que nos existences ont été définitivement marquées par ce temps-là.
La montagne était notre passion, nous avions tous failli en faire notre métier…
Daniel se rendait souvent à Chamonix, le massif du Mont Blanc constituant là-bas son principal terrain de jeux.
Pas étonnant qu’il publie aujourd’hui son 4ème livre: LA PARTITION OUBLIÉE.

La quatrième de couverture de « La partition oubliée »
Là, il n'est plus question que de musique et de montagne. Un roman qu’il faut lire comme on savourerait un vin rare, un mets délicieux. Et on en redemande encore quand arrive la fin !
Si j’écris ce billet pour rendre hommage ce soir non pas à un ancien stagiaire mais à un ami de longue date, c’est que, parmi ce florilège de gens à découvrir qui illustrent si bien le monde avec leurs dessins et aquarelles, Daniel a toute sa place : il le dépeint comme le ferait un aquarelliste, mais avec sa plume, son vécu, sa mémoire, ses émotions et son imagination en nous entraînant entre rêve et réalité dans un suspense, une belle histoire d’amour, une imbrication historique, un roman de musique et de montagne, une aventure plus passionnante encore que nos courses de jeunesse !
La première de couverture de « La partition oubliée »
Je me suis régalé à lire cet ouvrage c’est pour cela que je vous le fais découvrir : s’il vous reste au moins une poignée d'euros en ce moment de fêtes, ne finissez pas l’année sans commander le dernier livre de Daniel CRANSAC « LA PARTITION OUBLIÉE » en cliquant ICI (12 x 18 cm - 160 p -), vous verrez, vous ferez comme moi, vous le lirez d’une traite !
Si vous voulez mieux connaître Daniel et ses écrits, son blog est ICI, et pour les amateurs de ses romans je vous recommande ses ouvrages précédents (cliquez sur leur titre pour les commander) :
- Le chant des oiseaux : (Aventures personnelles en haute montagne, 12 x 18 cm -144p -)
- Les amours catalanes : (Roman sur la guerre d’Espagne 14.5 x 21 cm - 274 p -)
- Sacré Julius : (Science-fiction, une brebis clonée qui veut faire comme les hommes 12 x 18 cm - 120 p -)
Pour le dernier jour de l’année 2012 (qui clôturera aussi cette série consacrée à d’anciens élèves, stagiaires ou amis de jeunesse publiant en ce moment un blog, un site, un livre ou réalisant une exposition), je vous réserve une surprise : vous retrouverez quelqu’un dont je vous ai souvent parlé (que beaucoup d’entre vous connaissent déjà), et qui nous annonce aidé par sa compagne dans la vie, son tout dernier moyen d’échange et de communication, …mais là je vous en ai déjà trop dit, la suite c’est pour le 31 décembre, en attendant voici pour évoquer le roman de Daniel les détails de deux aquarelles que je lui dédie symboliquement.
Aquarelle plutôt « réaliste » de grand format que j’ai réalisée à l’époque de nos courses en montagne. Ici l’une des sorties possibles de la « voie Rébuffat », cette magnifique voie ouverte par le grand alpiniste Gaston REBUFFAT (en compagnie de Maurice BAQUET alpiniste non moins émérite). On voit au fond à travers la brume la Dent du Géant dominant la Vallée Blanche, dans le massif du Mont Blanc. Cet itinéraire d’alpinisme fait partie des voies "historiques" de l’Aiguille du Midi, se terminant à l'altitude de 3842m.
Le roman de Daniel CRANSAC se passe en partie dans cet environnement. En cliquant ICI vous pouvez visionner (mettez-vous en grand écran) l’ascension de cette magnifique voie, comme si vous y étiez, face au Mont Blanc !
«Dans l'éperon Frendo», en face nord de l'Aiguille du Midi 3848 m, massif du Mont Blanc, une autre aquarelle de la même période.
En dessous Chamonix et sa vallée, une voie très impressionnante de 1200 mètres d‘ascension, classée difficile. En cliquant ICI vous pouvez également visionner (mettez-vous en grand écran) cette ascension comme si vous y étiez : époustouflant et vertigineux !
Un détail de mon aquarelle : une cordée arrive sur le fil de l'éperon...
Je vous souhaite une très belle fin d'année !
Le long cri de douleur que m’arrachent mes peines
Le long cri sans couleurs qui coule dans mes veines
Le long gémissement des herbes sous mes pieds
Le long gémissement de mes chers enterrés
Le long chemin franchi à oublier les heurts
Le long chemin restant à marcher sous les pleurs
Le long silence criard de ce tonnerre qui gronde
Le long silence pillard de mes lettres fécondes
Le long rire affamé des renards et des hyènes
Le long rire acclamé par mes metteurs en chaine
Le long chant des montagnes sifflant dans les vallées
Le long chant de cocagne sifflant dans les allées
Le long soupir ailé des tempêtes enragées
Le long soupir et les murmures de nos secrets
Me rappellent qu’il faut tout pardonner, oublier
Me rappellent qu’il faut vivre et qu’il faut aimer.
Khadija, Agadir, Vendredi 28/12/12
© Khadija ELHAMRANI
Résignée à subir un siège surprenant,
M'en sortir sans secours, paraissant chimérique,
J'ai rédigé, rêveuse, un constat poétique.
Ce que j'ai déclaré me semblait évident.
J'ai relu mon récit: Évasion impossible.
L'adjectif choisi, s'est imposé à moi.
Napoléon avait réagi, autrefois,
Déclarant que ce mot était inadmissible.
J'ai voulu contester ma vive certitude.
Je m'étais délivrée, maintes fois, sans renfort.
Ayant pu accomplir de magiques efforts,
J'avance dans la neige et la béatitude.
29/12/2012
- Il y a sûrement une erreur sur la chose;
Un hyppo qui s’est déguisé en cochon rose,
Cela ne se peut pas! Ainsi parlait un singe,
Les hommes seuls changent d’aspect, grâce à du linge.
Alors qu’il contestait, fort véhémentement,
Les dires d’un cousin, loufoque assurément,
Il accepta pourtant d’aller voir l’animal,
Cela semblait facile et tout à fait normal.
Une fois arrivé là où était la chose,
Il y vit cet hyppo qui faisait une pause.
Epoustouflé, clignant des yeux, ne doutant plus,
Le singe s’éloigna pensif et confondu.
La nature se permet toutes les fantaisies.
Elle y met de l’humour ou de la poésie.
Les artistes l’imitent et souvent nous proposent
Le plaisir d’assister à des métamorphoses.
21 novembre 2008







