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Là où tu vivras éternellement

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Le vent se lève et les herbes s'inclinent devant la
prééminence de la foudre qui frappe
sa charge de son sillon d'argent.
Le souffle séditieux carde les vagues
d'ombres du vide qui conspire, et enfle ma vésanie
de son amabile symphonie dolente.
Dans cet infini déliquescent, j'oublie l'inanité
de mon existence et cueille jusqu'au vertige
de ma plume, les perles de pluie de la tourmente.
Percluse de fatigue, seule mes lèvres boivent l'illusoire breuvage
de la transparente saline, tandis que ta suave immatérialité
vient envahir le songe diapré
où tu vivras éternellement.

 

Nom d'auteur Sonia Gallet
Ce texte figure dans le recueil © 2014.

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Boufféés nocturnes

Bouffées nocturnes

 

Sous la lumière tamisée des hauts lampadaires

Des ombres noctambules parsèment les aires

De la Corniche, errent et se délectent de l’air

Doucet que l’onde marine souffle sur la terre.

 

Les mains bien au chaud enfouies dans les poches

D’un pantalon ou d’un veston

Tandis qu’ardent flamboie comme une torche

Le corps  à l’intérieur du cocon.

 

Quoique le corps paraisse nonchalant, les pas mesurés,

Les rumeurs confuses et les mouvements de tête,

Me font croire que ces âmes vont à la conquête

D’envies nocturnes ou de désirs démesurés.

 

Dans tous les recoins de la longue Corniche,

Plus riches, d’autres se nichent dans un coin

Pour n’à aucun moment laisser en friche

Leurs vies et envies sans en prendre soin.

 

Sans arrêt, sur le rivage,

La brise marine envoie des bouffées

D’air frais sur les visages

Et ranime les jouissances étouffées

 

Lahoussine EL HOUSSAINI

Agadir, le 1er mai 2014

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De la permissivité

Propos

« Qui aime bien, châtie bien! » me semble être une vérité. On a vu de tendres enfants devenir vraiment décevants, leurs parents les ayant gâtés.

Enfin adulte, chacun décide ce qu'il veut. Selon les cas, il est plus ou moins permissif envers les siens ou bien lui-même.

Sa liberté n'est pas complète, il doit se conformer aux lois. En outre, la société, en certains lieux, impose une morale rigoureuse. Dans les pays civilisés, elle se montre libérale et ne se mêle plus de rien, elle se fie au Droit pénal.

On accueille la liberté, débarrassé des préjugés, et en ignorant les scrupules, on sert ses envies avant tout.

Présentement, l'individu est concerné par son bonheur, celui des siens est secondaire.

Il fait souffrir sans le vouloir mais bien souvent sans compassion. La tendresse lui semble insipide, il a besoin de coups de coeurs.

Il ne construit rien de durable, n'améliore pas, démolit.

Les erreurs ne l'instruisent guère. La sagesse n'arrive que tard.

Finalement la solitude, et les regrets, sont le lot de ceux qui ont fait, d'une permissivité perverse, un privilège dans leur vie.

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Illusion

Généreuse illusion de nos jours et nuits
Qui tant est tenace, nous hante , nous poursuit.
Nous dit accours, et vois comme je suis belle !
Mais suis trompeuse aussi et suis si frêle.

Premiers ” toujours” aux douces mains qui me touchent,
Je m’évade de l’amour de toi en couches.
Puis de froid mais aussi de chaud je frissonne
Et mon ventre vide déjà m’impressionne !

Du berceau d’où affectionnent de tendres bras
Un tour d’horloge ou deux, je vous l’accorde,
M’expédia au sein de subites discordes
Tel un feu vif qui de toutes parts m’embrasa.

Je vis que cette folie était vaine.
Et comme tout brasier dès que le vent cesse,
Elle se rangea à la conduite humaine
Qui ne supporte qu’en bonheur on paraisse !

Me sont parvenues donc, comme on les nomme,
Les paroles et gestes qui font un homme.
Les sourires et rêves furent pour la nuit,
Guidant avec raison la raison de nul cri.

La fatigue, au secours de ces étapes
A noyé ici et là mes sens abusés.
Fermés lors, bien trop vite ,mes yeux hébétés
Sur de blanches mains aux souvenirs qui m’échappent !

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Ecrire toujours

Pour ne jamais cesser d'écrire,

contempler au quotidien,

le ciel ou bien la mer, un infini ;

s'en nourrir.

Puis attendre, jusqu'à sentir en soi, sur soi,

les couleurs et les mots

se poser, se nicher,

devenir bien davantage qu'eux-mêmes !

Pour ne jamais cesser d'écrire,

contempler au quotidien,

le ciel ou bien la mer, un infini ;

s'en désaltérer.

Puis patienter, jusqu'à la survenue en soi,

 de cette voix musicale,

qui nous touche en secret,

nous bouscule, nous élargit ;

nous révèle enfin !

L'écriture, est-elle une attache détachée,

 car exigeante,

mais qui nous rend chaque jour,

 un peu plus libre, plus soi ?

Pour ne jamais cesser d'écrire,

contempler au quotidien,

le ciel ou bien la mer ; un infini,

vous toucherez sûrement,

l'épiderme de la terre,

sa nudité bleue ; l'écriture.

Altitude toute horizontale.

 

NINA

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Un jeune homme ordinaire

 

Jean Fournier, j'avais fait sa connaissance à l'Université. C'était un garçon assez quelconque d'aspect dont le visage fiévreux d'adolescent était marqué d'une imposante paire de moustaches aux extrémités relevées, identiques à celle que portait le chancelier Bismarck.

Un jour, au cours de biochimie, alors que le professeur s'apprêtait à entamer son cours, un élève est entré dans la classe avec fracas, bloqua brutalement, et retira ses rollers.

- Ouf, j'ai cru que je serais en retard.

Il souriait à monsieur Renard, le professeur. Monsieur Renard ne souriait pas.

- Dehors !

Une autre fois, à la sortie des cours, quelques dizaines d'élèves s'étaient rassemblés pour manifester leur opposition à la politique du gouvernement en matière d'immigration.

Jean Fournier criait le plus fort. A un certain moment, il remonta les quelques marches qui menaient à l'entrée du bâtiment de la faculté des Science Politiques et, face aux élèves qu'il dominait d'une hauteur de trois marches, il cria:

- C'est facile de parler. C'est devant le parlement qu'il faut aller. Et tout de suite. Allons-y.

Tous les élèves machinalement s'étaient placés derrière lui en rangs par quatre, et avaient commencé de marcher.

- Ce n'est pas vrai, me dit-il plus tard. Il suffit que quelqu'un crie pour qu'on le suive ? D'être devant. J'ai cru que j'allais m'évanouir.

- C'est comme ça.

Nous n'étions pas des amis à proprement parler mais j'éprouvais de la sympathie pour lui. Il était toujours d'accord avec ce que je disais et au début de nos relations j'en étais flatté. Mais depuis l’incident qu’il avait provoqué il était toujours d'accord avec tout le monde. Jamais plus, il ne se mettait en avant. Et quand des condisciples politisés l'interrogeaient du regard, il souriait d'un air niais.

Je l'ai revu dix ans plus tard au hasard d'un contrôle fiscal de l'entreprise dans laquelle je travaillais. J'ai mis quelques minutes à le reconnaitre. Il n'avait plus les moustaches provocantes de son adolescence mais le visage lisse de la plupart des gens.

Après avoir travaillé très peu de temps dans le privé, il avait cherché un poste de fonctionnaire pour la stabilité que conférait leur statut. Grâce à l'appui d'un ami de sa mère, il avait été engagé au ministère des finances.

- C'est un bon job. Et à cinq heures, tu peux profiter du beau temps pour te promener.

Quand je prendrai ma retraite, je serai sûrement chef de bureau. C'est super, non?

J'ignore s'il plaisantait ou non.

Plus tard, c'est un ancien condisciple qui m’avait parlé de lui. A la sortie de l'université, il avait été engagé en même temps que d'autres universitaires dans une firme de consultance. Ils étaient deux qui, dans une banque, compilaient des tas de documents que le chef de projet aurait à analyser.

Jean avait accompagné son travail de nomenclature de conclusions pertinentes. Il se demanda si son supérieur n'en serait pas heurté. Après tout, ce n'était pas son rôle de tirer des conclusions. Son collègue de travail partageait son avis. Il ne fallait jamais faire plus que ce qu'on demandait.

- Laisse à tes chefs le soin de dire ce qui est juste.

Quelques jours plus tard, son supérieur félicitait son collègue pour son travail, et les quelques conclusions dont il l'avait accompagné.

- Preuve de votre esprit d'initiative. Je vous félicite, jeune homme.

 A cette époque, Jean était amoureux de Cécile, une jeune femme très libérée, disait-elle, qui n'éprouvait aucune gêne à avoir un amant pendant quelques temps, puis un autre, puis un autre encore. Elle les choisissait selon ses fantaisies du moment mais avec soin. Il y avait beaucoup de provocation dans ses attitudes.

Elle avait couché avec Jean sans un attachement plus grand que pour d'autres mais Jean s'était épris d'elle au point qu'il avait osé lui demander de l'épouser.

- Je n'ai pas envie de me marier. Ni avec toi ni avec un autre.

- Mais je t'aime.

- Moi aussi, je t'aime.

L'après midi de ce jour-là, il la vit aux bras d'un autre.

Ce fut une journée difficile. Lorsqu'il sentit durant la nuit que le sommeil allait prendre le dessus, il se leva pour se mouiller le visage. Il ne voulait pas dormir. Il voulait penser à Cécile.

Il avait d'autant plus conscience de l'aimer qu'il en souffrait. Et de l'aimer lui donnait des droits sur elle que personne ne pouvait lui denier. C’est une conviction assez répandue.  

Une autre vie commença dont le théâtre s’ouvrait la nuit. La nuit, il pensait à Cécile et à son corps. Il la devinait avec un autre mais il était persuadé que s'il pensait à elle suffisamment fort, c'est à lui qu'elle penserait en faisant l'amour.

- Pense à moi, pense à moi. C'est avec moi que tu fais l'amour.

Il s’efforçait de ne pas dormir pour ne pas rêver. Il  prétendait penser sa vie. Il en imaginait le déroulement comme il le souhaitait. Qui peut dire si les personnages de la nuit étaient moins vivants que ceux qu’il rencontrait durant le jour ? Le jour, au ministère, il ne se liait avec personne.

Son chef disait :

- Il manque de personnalité. Si vous dites blanc, il dit blanc. Si vous dites noir, il dit noir. Il n'a pas l'âme d'un chef.

Mais la nuit quand il faisait l'amour avec Cécile, c'est avec maîtrise qu'il l'amenait à la jouissance.

Un jour qu'il l'avait croisée avec son amoureux du moment, il avait eu le sentiment que c'est en rougissant qu'elle l'avait regardé. Il le savait. Comme lui, elle devait avoir conscience de leur relation nocturne. Quel était celui qu'elle trompait ? Lui ou l’autre ? Elle devait être imprégnée de son odeur comme il était imprégné de la sienne. Quand il faisait sa toilette, le matin, il ne lavait que son visage.

Il était trop tendre. En amour, il faut dominer. Il décida de la prendre autrement. C'est en gémissant qu'elle se trainerait à ses pieds.

Elle était devenue folle de lui. Un jour, elle l'avait attendu toute la journée. Lorsqu’il était rentré du bureau, elle lui avait arraché les vêtements.

Jean ne se préoccupait plus de savoir si pendant qu'il la caressait en imagination, c'est d'un autre qu'elle partageait le lit. Il était devenu l’acteur d’une autre vie que celle que vivaient la plupart des mortels destinés à la subir.

Au bureau, lorsque ses collègues évoquaient des histoires de coucheries, souvent des histoires de cocufiages dont certains d'entre eux étaient les protagonistes triomphants ou les victimes, il était heureux. Cécile, elle, ne le trompait pas, trop contente d'être un objet entre ses mains.  Il décida de leur parler d’elle. Il ne s’agissait pas de ces histoires qui font s’esclaffer les hommes autour d’un verre de bière. Ou les femmes lorsqu’elles sont entre elles. Il leur montrerait ce qu’est l’amour véritable.

Il leur parla de Cécile pendant qu'il lisait un rapport que personne d’autre ne lirait. Il leur dit tout. Tout. Leurs visages reflétaient de la jalousie, et chez certains d'entre eux, les plus médiocres, de la haine. Ils vendraient leur femme pour jouir de Cécile. Bien sûr, pensa Jean, ce n'était que son imagination qui s'était manifestée mais où est la différence ? C'était aussi excitant que s'il l'avait fait à voix haute.

   Au bout de quelques temps, il ne trouva plus dans sa vie parallèle les excitations qu'il y trouvait auparavant.

Le rêve devint tout aussi fastidieux que les réalités de l’existence ordinaire.

La vraie vie commence à l'heure de la mort quand tous les événements de la vie s'enchainent définitivement. Sa cohérence ou ce qui en tient lieu, ses ombres et ses lumières est un livre irrémédiablement écrit. Mais qui le lira, pensa-t-il.

Cécile habitait à l'étage d'une étroite maison au balcon constitué par un arc de fer forgé. Durant la nuit, il devait être facile d'y grimper en s'aidant du tuyau d'évacuation des pluies. Jean avait un couteau dans la main.

Tout s'était déroulé trop vite. Le couteau était tombé. L'occupant du rez de chaussée était sorti en criant. Jean avait à peine vu la silhouette de Cécile derrière le rideau.

A la clinique psychiatrique, il restait prostré, assis, le visage enfoui dans les mains.

Il n'est pas donné à tout le monde de vivre ou de mourir pour de vrai. Un suicide raté c'est courant; avait dit le psychiatre.

 

 

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Le saut

 

Si j’avais écouté mamie,

Si j’avais mieux compris papa,

Je n’aurais certes pas la vie

Que je vais vous conter tout bas.

.........................................................

Refrain

Saute, saute, sautons sautez,

Par dessus tous les préjugés,

Saute, saute, sautons, sautez!

Vous pourrez bientôt en juger.

Ils me disaient, pleins de tendresse;

Le travail est une richesse

Mais ce que je constatais, moi,

C’étaient les tristes fin de mois.

...............................................................

J’obtins mon baccalauréat,

Une licence, etcétéra

Mais n’ayant un radis en poche,

Je trouvais la vie sotte et moche.

................................................................

Refrain

........................................................................

Je voulus écrire un roman

Mais ce n’était pas le moment.

L’éditeur pouvait m’en revendre,

N’avait pas le goût de m’entendre.

......................................................................

Refrain

......................................................................

Comme je ne savais que faire

Je me lançai dans les affaires.

Or, par le plus heureux destin,

Une femme me dit soudain:

............................................................................

Refrain

............................................................................

Je fis même des pirouettes,

Oubliant que j’étais honnête

Et je rebondis sur mes pieds

Riche à faire tout oublier.

..................................................................................

Refrain

.................................................................................

J’ai villa, maison de campagne,

Auto, yacht, tout le superflu,

Une intelligente compagne.

À présent, je ne doute plus.

N.B: Musique de monsieur Maurice Durieux , « Le saut » tango humoristique 146

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Ames sensibles s'abstenir JGobert

A l’heure où les braves gens rentrent chez eux, le quartier de la gare se vide peu à peu pour laisser place à une autre forme de vie. Une vie obscure dans une nuit trépidante et discontinue. Un monde risqué fait de noctambules, de couche-tard qui gravitent autour de cet endroit. Les bars s’ouvrent, les estaminets s’éclairent et les portes des cabarets laissent circuler une musique attirante. Les ombres de la nuit rodent déjà et les quelques passants attardés se hâtent de vider ce lieu mal famé.  

Les grosses voitures débarquent les patrons avides de profit et toujours inquiets de leurs marchandises. L’univers de la nuit est au rendez-vous et s’active d’affaires, d’activités pas toujours claires.

Arrivent alors celles pour qui la nuit est un moment où l’argent se gagne. Bien que contraintes et parfois forcées, elles vivotent tant bien que mal dans ce quartier mal fréquenté. Dehors pour les moins chanceuses,  à l’intérieure pour les plus précieuses.

Chaque soir apporte son lot de brimades, de vexations, d’humiliations. Mais il faut bien manger et parfois nourrir ce petit qui attend toute la nuit que sa mère rentre.

Ce soir, une pauvre fille est encore plus désespérée que d’habitude. L’Administration lui a confisqué ses minces biens pour apurer des découverts anciens mais toujours d’actualités. Elle a beaucoup tempêté, injurié, maudit cet homme qui d’un coup la met à la rue.  Sa vie a basculé il y a longtemps mais ce toit était son dernier repaire, sa dernière consolation. Sans lui, la voilà errant de jour comme de nuit épuisée dehors.

Ce corps malmené s’imprègne rapidement d’alcool, celui-là même qui la libère momentanément de cette souffrance qu’elle traîne avec difficultés. Après quelques verres bien remplis, son esprit oublie un peu le lieu mal fréquenté où elle s’installe. Les hommes du quartier la connaissent et lui paient à boire.

Quoi d’autres à cette pauvre femme.  Les hommes de passage essaient d’en profiter mais son état n’est guère encourageant et la laisse seule à cuver dans un coin désert du café.  

Quand elle sort un peu de sa torpeur, son esprit blessé de tant de misère se souvient par petite bride qu’elle a eu une autre vie avec une famille. Vite pour oublier cette époque, un verre avalé efface ce souvenir douloureux.

Dehors, il fait nuit noire et les fêtards, les noceurs partent l’estomac noyé et l’esprit ravagé d’alcool. Ils rentrent chez eux dormir dans un lit bien chaud et reprendront leur vie demain au lever.

C’est aussi l’instant où le patron va la mettre dehors, la jeter sur le trottoir et peut-être l’insulter gratuitement juste pour s’éclaircir la voix.  Cette nuit est froide, glacial pour cette femme qui n’a plus rien d’humain. Elle titube et va s’assoir sur un banc gelé et s’effondre en pleurant. Un fantôme de la nuit.

A cette heure, plus tardive encore où cette fois, les prédateurs sortent pour chercher une proie facile. Ils sont là à la regarder mourir de solitude, d’abandon.  Ils ne bougent pas de peur qu’elle s’échappe. La chasse a commencé et le butin sera cette pauvre femme.  Les ombres se déplacent, furtives, sournoises et approchent.  Un de ces hommes a une idée bien précise sur le sort de cette femme.  C’est lui qui l’emmènera dans un lieu sordide où elle mourra. Il va la tuer juste pour voir et va la découper.

L’histoire ne dit pas si la place de la gare a été  le théâtre de ce crime. Le corps de cette malheureuse a été retrouvé, démantelé dans des sacs plastiques, jeté le long d’une route.

Les éboueurs ont trouvé ce corps en morceaux comme on trouve des ordures.  Résumé peu glorieux de la vie d’une femme délaissée et perdue. Les journaux en ont fait des choux gras et gagnés beaucoup d’argent grâce à elle.

Cette femme avait une famille qui la pleure, un frère qui a obtenu des autorités qu’on l’enterre dignement.  Ce corps découpé ne fut pas le seul à être retrouvé, trois autres femmes ont ainsi perdu la vie. Les victimes sont connues mais pas le dépeceur. Il continue à roder peut-être près de vous, discret jusqu’au jour où..

JGobert

 

 





 

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LES PÂQUERETTES...

En observant les pâquerettes

Se répandre avec luxuriance...

Il me souvient de cette gloriette

Dans les promenades de mon enfance;

Aussi loin que je pouvais voir

S'étendait tapis de blancheur!

Que de questionnement et d'espoir

Dans leurs corolles et dans mon cœur!

Sur la pelouse où elles foisonnent,

Ajoutent un peu d'esprit sauvage!

Et quand la tondeuse résonne

Avec regret on tourne la page.

Un peu de pluie, même de rosée

et les voilà qui resurgissent!

c'est que par la vie agacée

Pourtant jamais ne s'assagissent!

Alors me viennent ces quelques vers...

Et tout à coup je m' sens...sourire!

Peu importe les petites misères

L'espoir jamais ne veut finir!

J.G.

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La tribu perdue

J’ai toujours été préoccupé par ce que certains apôtres ont prétendu. Malheureusement longtemps après que les événements se fussent produits. L’un des apôtres toutefois, mais il s’est fait jeter par sa hiérarchie déjà bien assise à l’époque, se demandait, après que la tombe de Jésus ait été découverte vide, si plutôt que d’être monté au Ciel pour y rejoindre son père, l’histoire était jolie mais peu crédible, si Jésus était mort en réalité, mort et bien mort, ou s’il n’avait pas été épargné à la suite de dieu sait quelles tractations, et poussé à quitter Israël après avoir promis de ne jamais plus y revenir.

Parti vers le Sud.

Ils étaient douze, eux aussi. Moitié femmes, moitié hommes. Le Sanhédrin, s’il s’agissait de lui, avait bien fait les choses. Ou était-ce le représentant des romains ?  

Ponce-Pilate était un soldat de métier, il ne tuait qu’à contrecœur. Lorsqu’il avait besoin de davantage de morts, Il laissait les hommes s’entretuer. Il ne fallait pas les y forcer.

-Les hommes ont besoin de femmes, avait-il dit. Ou bien c’est le représentant du Sanhédrin qui l’avait dit, je ne m’en souviens plus.

Pourquoi me suis-je posé la question. Six hommes. Six femmes. Lesquels des apôtres ont-ils suivi Jésus. Lesquels ont fait semblant de ne rien savoir ? Ils se sont enfermés pour méditer, ont-ils répondu à celui qui leur a demandé.

- N’était-il pas celui que vous aviez choisi pour être votre roi ?

-Vers le Sud.

D’instinct, Jésus s’était rangé aux côtés de Myriam. Judas, quant à lui, avait saisi la main  de Madeleine, elle avait baissé les yeux vers le sol. Cela signifiait, je suppose,

-Je te suivrai les yeux baissés. Fais de moi ce qu’il te plaira de faire.  

Six couples s’étaient formés. D’instinct. Déjà, le sexe quel que soit le nom qu’on lui donne, aujourd’hui on le baptise amour, prévalait sur tous les sentiments.   

Je ne serais pas sérieux si je prétendais connaître  le chemin qu’ils ont choisi. Je présume sans le garantir qu’ils ont choisi le soleil à son déclin pour se diriger vers ce qui pouvait apparaître comme un but lointain. Bien qu’on puisse se demander : cela veut dire quoi lointain ? On est toujours loin lorsqu’on fuit. Le continent sur lequel ils se trouvaient n’avait pas de limites à leurs yeux.

Ce que j’affirme en revanche, c’est qu’aujourd’hui on peut imaginer leur chemin et les péripéties de leur odyssée en voyant des hommes dans diverses contrées du monde qui s’expriment dans un idiome proche de l’araméen, et respecter certaines coutumes religieuses et culinaires proches de la religion et de l’histoire juive.

Des Chinois, des Jaunes !, qui se prétendent être juifs. Des africains noirs, de couleur de peau noire je le répète, qui se prétendent juifs ou descendants de juifs eux aussi. Des Indiens, des brahmanes, paraît-il.  Et combien d’autres peut-être.

Est-ce une plaisanterie ? On m’a laissé entendre que l’un des premiers papes de la chrétienté était juif.  A y bien réfléchir, à l’époque, une certaine confusion a pu exister jusqu’à ce que des règles se soient étables. Des règles juives.

Au Moyen-Orient, soit. Mais si loin de leur terre d’origine.

 Longtemps, longtemps après, le marchand Marco Polo atteignait la Chine par ce qu’on appelait la route de la Soie. En réalité, à l’instar des juifs, il a marché et marché sans être certain d’arriver. Arriver où, d’ailleurs ?

Certes, son convoi était loin d’être rudimentaire. Etre un gros marchand, à son époque comme à la nôtre,  supposait une véritable richesse.

Mais ces douze juifs qui n’avaient qu’un bâton pour s’aider à marcher ?

Je n’avais jamais imaginé qu’il pût se trouver des juifs ailleurs que dans ces pays où on en rencontrait depuis des siècles à ce que disaient les juifs eux-mêmes. En Espagne par exemple où ils étaient si nombreux que les autorités avaient exigé qu’ils changent de religion et de nom. Je me suis laissé dire que Mendès était devenu le nom de ces Marranes.

Tout compte fait, c’était plus estimable que de les porter au bûcher, leurs livres et eux, comme le firent les pays à la religion mal affirmée, souvent en guerre avec un souverain au pouvoir instable parce qu’il était soutenu par des barons qui ne souhaitaient que prendre sa place. 

C’était en Juillet durant les vacances. Je m’étais rendu en Tunisie à destination d’un club de vacances mais je  m’y étais ennuyé. J’avais pris la décision de rentrer. A Tunis, je m’étais promené dans la vieille ville. 

Soudain dans une rue étroite à proximité des souks, je vois un homme assis devant la porte de son magasin, une boucherie, sur la vitrine de laquelle était peinte en bleu une croix de David.

-Vous êtes juif ?

Il parlait mal le français. Il avait opiné de la tête.

-Juif ? Yid ?

-Oui. Vous êtes un Yid ?

Il a haussé les épaules. Il a détourné les yeux. Il s’est penché sur le journal qu’il avait dans la main.

J’ai lu hier, étrange coïncidence, un texte rédigé par un historien qui relatait la dispersion du peuple juif depuis qu’il avait été chassé de chez lui, il y avait trois millénaires.

La tribu dont je parle n’était qu’une infime partie de ce peuple dispersé. Cette tribu, à cause de la fatigue sans doute, s’était scindée.

Lors des évènements du Ruanda, j’avais lu en souriant qu’un représentant des Tutsis avait demandé l’aide d’Israël. Ils étaient prétendait-il, les descendants des juifs.

Plus drôle encore si je puis dire, mais je le dis avec un certain émoi, les prénoms que je porte, j’en porte trois.

Le premier reprenait celui de mon grand-père décédé. C’est de tradition chez nous. En revanche, le second était choisi par mes parents : Lazare en l’occurrence. Mais l’un d’eux, mon dernier prénom, qui se transmettait depuis toujours sans que personne ne sache pourquoi, me troublait soudain. Mon dernier prénom est celui que portait ce juif qui avec Judas avait dirigé la tribu perdue, ce juif qui avait été crucifié : Jésus.

 

La tribu perdue.

J’ai toujours été préoccupé par ce que certains apôtres ont prétendu. Malheureusement longtemps après que les événements se fussent produits. L’un des apôtres toutefois, mais il s’est fait jeter par sa hiérarchie déjà bien assise à l’époque, se demandait, après que la tombe de Jésus ait été découverte vide, si plutôt que d’être monté au Ciel pour y rejoindre son père, l’histoire était jolie mais peu crédible, si Jésus était mort en réalité, mort et bien mort, ou s’il n’avait pas été épargné à la suite de dieu sait quelles tractations, et poussé à quitter Israël après avoir promis de ne jamais plus y revenir.

Parti vers le Sud.

Ils étaient douze, eux aussi. Moitié femmes, moitié hommes. Le Sanhédrin, s’il s’agissait de lui, avait bien fait les choses. Ou était-ce le représentant des romains ?  

Ponce-Pilate était un soldat de métier, il ne tuait qu’à contrecœur. Lorsqu’il avait besoin de davantage de morts, Il laissait les hommes s’entretuer. Il ne fallait pas les y forcer.

-Les hommes ont besoin de femmes, avait-il dit. Ou bien c’est le représentant du Sanhédrin qui l’avait dit, je ne m’en souviens plus.

Pourquoi me suis-je posé la question. Six hommes. Six femmes. Lesquels des apôtres ont-ils suivi Jésus. Lesquels ont fait semblant de ne rien savoir ? Ils se sont enfermés pour méditer, ont-ils répondu à celui qui leur a demandé.

- N’était-il pas celui que vous aviez choisi pour être votre roi ?

-Vers le Sud.

D’instinct, Jésus s’était rangé aux côtés de Myriam. Judas, quant à lui, avait saisi la main  de Madeleine, elle avait baissé les yeux vers le sol. Cela signifiait, je suppose,

-Je te suivrai les yeux baissés. Fais de moi ce qu’il te plaira de faire.  

Six couples s’étaient formés. D’instinct. Déjà, le sexe quel que soit le nom qu’on lui donne, aujourd’hui on le baptise amour, prévalait sur tous les sentiments.   

Je ne serais pas sérieux si je prétendais connaître  le chemin qu’ils ont choisi. Je présume sans le garantir qu’ils ont choisi le soleil à son déclin pour se diriger vers ce qui pouvait apparaître comme un but lointain. Bien qu’on puisse se demander : cela veut dire quoi lointain ? On est toujours loin lorsqu’on fuit. Le continent sur lequel ils se trouvaient n’avait pas de limites à leurs yeux.

Ce que j’affirme en revanche, c’est qu’aujourd’hui on peut imaginer leur chemin et les péripéties de leur odyssée en voyant des hommes dans diverses contrées du monde qui s’expriment dans un idiome proche de l’araméen, et respecter certaines coutumes religieuses et culinaires proches de la religion et de l’histoire juive.

Des Chinois, des Jaunes !, qui se prétendent être juifs. Des africains noirs, de couleur de peau noire je le répète, qui se prétendent juifs ou descendants de juifs eux aussi. Des Indiens, des brahmanes, paraît-il.  Et combien d’autres peut-être.

Est-ce une plaisanterie ? On m’a laissé entendre que l’un des premiers papes de la chrétienté était juif.  A y bien réfléchir, à l’époque, une certaine confusion a pu exister jusqu’à ce que des règles se soient étables. Des règles juives.

Au Moyen-Orient, soit. Mais si loin de leur terre d’origine.

 Longtemps, longtemps après, le marchand Marco Polo atteignait la Chine par ce qu’on appelait la route de la Soie. En réalité, à l’instar des juifs, il a marché et marché sans être certain d’arriver. Arriver où, d’ailleurs ?

Certes, son convoi était loin d’être rudimentaire. Etre un gros marchand, à son époque comme à la nôtre,  supposait une véritable richesse.

Mais ces douze juifs qui n’avaient qu’un bâton pour s’aider à marcher ?

Je n’avais jamais imaginé qu’il pût se trouver des juifs ailleurs que dans ces pays où on en rencontrait depuis des siècles à ce que disaient les juifs eux-mêmes. En Espagne par exemple où ils étaient si nombreux que les autorités avaient exigé qu’ils changent de religion et de nom. Je me suis laissé dire que Mendès était devenu le nom de ces Marranes.

Tout compte fait, c’était plus estimable que de les porter au bûcher, leurs livres et eux, comme le firent les pays à la religion mal affirmée, souvent en guerre avec un souverain au pouvoir instable parce qu’il était soutenu par des barons qui ne souhaitaient que prendre sa place. 

C’était en Juillet durant les vacances. Je m’étais rendu en Tunisie à destination d’un club de vacances mais je  m’y étais ennuyé. J’avais pris la décision de rentrer. A Tunis, je m’étais promené dans la vieille ville. 

Soudain dans une rue étroite à proximité des souks, je vois un homme assis devant la porte de son magasin, une boucherie, sur la vitrine de laquelle était peinte en bleu une croix de David.

-Vous êtes juif ?

Il parlait mal le français. Il avait opiné de la tête.

-Juif ? Yid ?

-Oui. Vous êtes un Yid ?

Il a haussé les épaules. Il a détourné les yeux. Il s’est penché sur le journal qu’il avait dans la main.

J’ai lu hier, étrange coïncidence, un texte rédigé par un historien qui relatait la dispersion du peuple juif depuis qu’il avait été chassé de chez lui, il y avait trois millénaires.

La tribu dont je parle n’était qu’une infime partie de ce peuple dispersé. Cette tribu, à cause de la fatigue sans doute, s’était scindée.

Lors des évènements du Ruanda, j’avais lu en souriant qu’un représentant des Tutsis avait demandé l’aide d’Israël. Ils étaient prétendait-il, les descendants des juifs.

Plus drôle encore si je puis dire, mais je le dis avec un certain émoi, les prénoms que je porte, j’en porte trois.

Le premier reprenait celui de mon grand-père décédé. C’est de tradition chez nous. En revanche, le second était choisi par mes parents : Lazare en l’occurrence. Mais l’un d’eux, mon dernier prénom, qui se transmettait depuis toujours sans que personne ne sache pourquoi, me troublait soudain. Mon dernier prénom est celui que portait ce juif qui avec Judas avait dirigé la tribu perdue, ce juif qui avait été crucifié : Jésus.

 

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Une superbe et dynamique « démo » d’aquarelle !

Voici une belle démonstration de virtuosité partagée, qui « décoiffe » : la réalisation d’une super aquarelle « géante » par trois compères australiens de grand talent (je m’étais attaqué seul à ce genre d’exercice il y a plus de 15 ans maintenant, je vous en reparlerai un jour, mais je peux vous affirmer que la difficulté commence déjà au moment de tendre le papier).
C’est le genre de travail que j’apprécie beaucoup, dans une approche et un style qui me conviennent parfaitement, qui en apprennent beaucoup sur le savoir-faire, la légèreté, la liberté, la spontanéité que j’aime.
En plus ces trois lascars ont tout pour nous plaire, enjoués et complices, dans une bonne humeur qui fait plaisir à voir, soutenus par un quatrième larron motard et sympathique…
Écoutez bien leurs propos, leurs échanges, leur humour (ils se sont même représentés marchant dans leur superbe aquarelle !).
Regardez bien comment ils travaillent : mis à part la dimension de certains pinceaux et des palettes, notre approche technique est semblable à la leur (mais en bien plus petit, et totalement sur le terrain).
À noter dans mes remarques : ils se libèrent totalement au niveau de l’exécution du modèle photographique que l’un d’eux tient un moment dans ses mains. Observez-le bien, c’est-ce qu’il faut arriver à faire quel que soit son format de travail dès l’instant où on utilise des photos comme source d’inspiration.

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Ce brin de muguet

Flânant parmi les peupliers frissonnants
Comme dans un rêve au petit matin
Je t’ai cueilli ce brin de muguet
Perles brodées sur une tige de vert soyeux
Blanches nacrées aux senteurs du ciel
Nymphes des bois bercées par la brise légère
J’entends les rossignols chanter le premier mai
Mon cœur est si empressé de t’embrasser
Rouvrir les yeux, je ris

01/05/2014

Nada

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Refrain

Voici venu le mois de mai

Plein de chansons et de muguet.

Parfums subtils, toilettes claires

Tendre soleil, douce lumière.

Or comment ne pas vous aimer.

Dans la splendeur du mois de mai?

-------------------------------------------

Ier couplet

Le mois de mai est un poète

Il ne connaît pas les défaites

Tous les amours y sont vainqueurs

Il met de l'espoir dans les coeurs.

Ô mois de mai de ma jeunesse,

Que de souhaits et quelle ivresse!

Les ans ont fui mais tu reviens,

En t’accueillant je me souviens.

Sont effacés craintes et peines,

Je ressens une joie sereine.

 --------------------------------------------------------

Refrain

------------------------------------------------

2 dème couplet

Je n’ignore pas qu'un matin,

Tout disparaîtra du jardin,

Se dissipera cette gloire

Mais j'ai de la peine à y croire.

Sans la beauté riche en couleurs,

Moins d’exaltation, de ferveur.

Dansons, chantons à perdre haleine

Tant que la coupe reste pleine.

Aimons - nous fort présentement,

Célébrons la vie ardemment!

---------------------------------------------------------

Refrain

...............................................................

NB: Cette chanson a été mise en musique par le regretté Maurice Durieux,chef d’orchestre et compositeur à Montréal

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Le dit du comédien

 

 

Je m’appelle Damien.

Ne riez pas : tout le monde ne peut pas s’appeler  Corneille Cocu. C’était le nom du chef de gare de Tournai, il y a quelques années. L’administration des chemins de fer l’a obligé de prendre sa préretraite.

Non, je ne suis pas fonctionnaire, ni aux chemins de fer ni ailleurs. Je suis comédien.

J’aurais pu être Papou. J’espère que cela ne vexe pas les Papous, s’il y en a dans la salle.

Vous ne me connaissez pas. Et alors ? Moi, est-ce que je vous connais ? Il y a des millions de personnes qui ne se connaissent pas. Sur toutes les parties de la planète.

Pourquoi m’adresser à vous en direct ? Je fais l’économie d’une troupe, d’un directeur de salle, et de la course aux subsides. D’ailleurs, je ne risque pas d’en recevoir, je ne fais pas de politique. Ni les écoles, ni les syndicats, ne m’ont procuré mon public.

Si vous êtes-là, c’est simple. C’est que le bouche à oreille a fonctionné. Je dois être bon.

Pour la première, c’est vrai, vous n’étiez que dix qui s’étaient trompé de théâtre.

Mais, il arrive qu’on se trompe d’épouse, ou que des révélations inattendues transforment votre vie. En bien, ce doit être la même chose pour ce qui est du théâtre.

 On me l’a conseillé :

- Fais au plus con quand tu es sur scène, tu es sûr de faire rire plus de la moitié de la salle. Si tu veux passer pour un intello, tu ne feras sourire que les spectateurs du dernier rang.

Par exemple je pourrais vous parler de la planète, tout le monde parle de la planète. La planète, vous voulez savoir ? Je m’en fous.

La démographie ? Non, ça n’a rien d’érotique. Quoique…

La croissance citoyenne ? Je ne sais pas ce que c’est.

La décroissance ? Là, j’ai des idées, c’est un auteur allemand qui me les a inspirées. Qu’est-ce qu’on peut répondre à cela ? Ecoutez :

Quand on n’a rien, la décroissance, comment on fait ?

Une existence durable ? Vous en connaissez des existences qui durent davantage que le temps que le bon dieu ou le grand architecte leur a octroyé. On peut toujours rêver.

Vous voyez, moi aussi je peux vous parler de la planète.

Le plus important pour un comédien, c’est sa voix.

La voix d’un comédien est d’une tessiture particulière. Ce n’est pas le texte qui émeut. Certains d’entre eux sont usés d’avoir servi durant des siècles. Pensez aux tragédies grecques. Ou aux odes latines. C’est la voix du comédien qui fait frissonner le spectateur. D’ailleurs, pour moi, le grec c’est du latin. Je vous demande pardon, ça m’a repris.

Vous avez apporté l’annuaire téléphonique ? Gardez le vôtre, moi aussi j’ai apporté le mien. Ce n’est pas la dernière édition, soit, mais les changements ne doivent pas être nombreux. On meurt tous les jours mais pas en même temps. Et puis, je ne m’en sers pas pour téléphoner.

Je commence.

Bienvenue dans les pages blanches de Truvo.

Abay. Abatan. Abati ?;soit A-ba-to. Vous qui riez, vous voulez essayer ?

Moi, j’ai été au ciel. Oui, ce ciel-là. Avec un vieillard aux cheveux blancs derrière son bureau et deux assistants qui lui disent des choses à l’oreille. Lorsque je me suis réveillé, ils avaient disparu. Tous les trois.

Qui donc, hormis le comédien, pourrait exprimer vos sentiments ? Vos sentiments inavoués.

Par exemple :

Comment, parmi tant d’hommes, es-tu le seul dont j’ai envie des caresses. Même quand tu me bats. Même quand tu ne devines pas mes envies secrètes.

Qui donc pourrait le dire mieux qu’un comédien ?

 

Je trouve que cette réplique tombe comme un cheveu dans la soupe, non ? Mais parfois, à lire ce qui se dit sur le samizdat occidental facebook, je me dis que nombreuses sont celles de vos existences ou des nôtres qui tombent dans la soupe. La question est : quelle est la nature de cette soupe. Assis derrière son ordinateur, un auteur  aime se poser des questions auxquelles il ne peut pas répondre. Auxquelles, il n’y a pas lieu de répondre. Cela lui donne l’image d’un philosophe préoccupé par des questions essentielles, ou existentielles, comment dit-on ? Alors, qu’à chaque fois qu’il discute avec sa compagne, il ne parle que de droits d’auteur.

Parfois, je me dis que s’il s’écarte pour péter, ce n’est pas par pudeur mais parce qu’il craint qu’on ne vole son image. Parce qu’il y a aussi le droit à l’image.

Trop souvent, le comédien joue deux rôles à la fois. Celui que lui dicte le texte écrit par un autre et le sien qui le pousse, il croit que c’est nécessaire, à grimacer tant par les gestes que par la voix. Quand il s’agit d’une tragédie, on croit à chaque fois qu’il est prêt à se suicider comme Socrate l’a fait en ingurgitant de la cigüe alors qu’il ne s’agit que de boire un verre de limonade inoffensive. Lorsqu’il s’agit d’une comédie, il s’efforce de faire rire les spectateurs avec le même ton qu’il utilise pour tenir des propos graveleux.

Décidément, je le reconnais, je n’aime pas les comédiens. 

 

Est-il vraiment nécessaire de tendre le bras, et de hausser la voix pour dire : prends un siège, Cinna.

De nombreuses fois, il arrive qu’on me dise : assied-toi, Damien, sans amphigouri. Tenez : Rodrigue, as-tu du cœur. C’est tragique ? Et dans Marius, le Marius de Pagnol, quand il interroge Escartefigue : as-tu du cœur ? C’est tragique peut-être ?  Maudit soit celui qui a inventé « l’Art Dramatique ». Il n’y a que le théâtre. Et le théâtre, c’est la comédie. Drame ou rire, ce n’est que de la comédie. Mais de la comédie vraie. Pas celle que vous jouez tous les jours.

Tenez, si je demande à l’un de vous de prendre ma place sur cette estrade destinée aux comédiens, vous serez trop nombreux. Elle a été conçue pour des comédiens véritables. Regardez bien, je suis transparent. Ce personnage que vous voyez, il vous semble le reconnaitre. C’est vrai, c’est vous.

D’accord, fini la philosophie de bazar.

C’est vrai, un auteur aime citer de grands noms de théâtre. Il ajoute : etc parce que qu’il considère que son propre nom y figure tout naturellement.

Nietzsche, Brecht, Becket, Shakespeare, etc. Bien sûr sans qu’il lui vienne à l’esprit les noms de ceux qui, par leur seul organe vocal, ont porté leurs œuvres jusqu’à aujourd’hui. A chaque fois, c’est comme un coup de poignard qu’il plonge dans le cœur du comédien.

 

Le jugement ( dernier ?)

 

Dans une cuisine ordinaire, pas de salle à manger ou de bureau pour ceux qui attendent plus de respect pour leur personne. Un fonctionnaire les interroge.

Sont-ils conformes à leurs horoscopes ?

Puis.. Théâtre

Le purgatoire est destiné à attendre que l’une ou l’autre place se libère. C’est une erreur de croire qu’il se situe au ciel. Il se situe dans les sous-sols de la terre. Il est plus aisé d’y rencontrer les défunts au fur et à mesure qu’ils doivent être interrogés. Certains le seront à plusieurs reprises. Il est enfantin de penser qu’ils franchiront à chaque fois un bond de milliers, sinon de millions, de kilomètres. Soyons sérieux, il ne s’agit pas d’un conte pour enfants.

La mort d’un comédien

Il achève une tirade shakespearienne. Il ne l’achève pas. Il est seul. Ou quelqu’un est dans un coin de la scène. Il mime ou non 

- Pourquoi, m’engueules-tu ? C’est toi qui dis mal. Tu cries. Tu cries.

- depuis combien de temps es-tu avec moi ?

- Je ne comprends pas ta question ?

- tu es con ou quoi. Il s’agit de temps. Un an, cinq ans, dix ? Plus, moins.

- Je ne sais pas ? Parfois je pense : depuis hier. Je n’y pense jamais. Peut-être depuis toujours.

- Ca veut dire quoi : toujours ?

- Tais-toi, tu m’embrouilles.

- Je me tais.

- Tu sais combien de femmes j’ai connues ?

- C’est des femmes que tu as eues dont tu te souviens ?

Il compte sur les doigts à chaque fois qu’il prononce un prénom. Parfois, il hésite.

-Et le théâtre ? Les textes qui n’ont existé que parce que tu les disais

- Chaque comédien prétend la même chose. Ce n’est pas des textes dont il s’agit, ce n’est pas des comédiens, non plus. C’est de moi.

 

Le dit du comédien.

 

 

Je m’appelle Damien.

Ne riez pas : tout le monde ne peut pas s’appeler  Corneille Cocu. C’était le nom du chef de gare de Tournai, il y a quelques années. L’administration des chemins de fer l’a obligé de prendre sa préretraite.

Non, je ne suis pas fonctionnaire, ni aux chemins de fer ni ailleurs. Je suis comédien.

J’aurais pu être Papou. J’espère que cela ne vexe pas les Papous, s’il y en a dans la salle.

Vous ne me connaissez pas. Et alors ? Moi, est-ce que je vous connais ? Il y a des millions de personnes qui ne se connaissent pas. Sur toutes les parties de la planète.

Pourquoi m’adresser à vous en direct ? Je fais l’économie d’une troupe, d’un directeur de salle, et de la course aux subsides. D’ailleurs, je ne risque pas d’en recevoir, je ne fais pas de politique. Ni les écoles, ni les syndicats, ne m’ont procuré mon public.

Si vous êtes-là, c’est simple. C’est que le bouche à oreille a fonctionné. Je dois être bon.

Pour la première, c’est vrai, vous n’étiez que dix qui s’étaient trompé de théâtre.

Mais, il arrive qu’on se trompe d’épouse, ou que des révélations inattendues transforment votre vie. En bien, ce doit être la même chose pour ce qui est du théâtre.

 On me l’a conseillé :

- Fais au plus con quand tu es sur scène, tu es sûr de faire rire plus de la moitié de la salle. Si tu veux passer pour un intello, tu ne feras sourire que les spectateurs du dernier rang.

Par exemple je pourrais vous parler de la planète, tout le monde parle de la planète. La planète, vous voulez savoir ? Je m’en fous.

La démographie ? Non, ça n’a rien d’érotique. Quoique…

La croissance citoyenne ? Je ne sais pas ce que c’est.

La décroissance ? Là, j’ai des idées, c’est un auteur allemand qui me les a inspirées. Qu’est-ce qu’on peut répondre à cela ? Ecoutez :

Quand on n’a rien, la décroissance, comment on fait ?

Une existence durable ? Vous en connaissez des existences qui durent davantage que le temps que le bon dieu ou le grand architecte leur a octroyé. On peut toujours rêver.

Vous voyez, moi aussi je peux vous parler de la planète.

Le plus important pour un comédien, c’est sa voix.

La voix d’un comédien est d’une tessiture particulière. Ce n’est pas le texte qui émeut. Certains d’entre eux sont usés d’avoir servi durant des siècles. Pensez aux tragédies grecques. Ou aux odes latines. C’est la voix du comédien qui fait frissonner le spectateur. D’ailleurs, pour moi, le grec c’est du latin. Je vous demande pardon, ça m’a repris.

Vous avez apporté l’annuaire téléphonique ? Gardez le vôtre, moi aussi j’ai apporté le mien. Ce n’est pas la dernière édition, soit, mais les changements ne doivent pas être nombreux. On meurt tous les jours mais pas en même temps. Et puis, je ne m’en sers pas pour téléphoner.

Je commence.

Bienvenue dans les pages blanches de Truvo.

Abay. Abatan. Abati ?;soit A-ba-to. Vous qui riez, vous voulez essayer ?

Moi, j’ai été au ciel. Oui, ce ciel-là. Avec un vieillard aux cheveux blancs derrière son bureau et deux assistants qui lui disent des choses à l’oreille. Lorsque je me suis réveillé, ils avaient disparu. Tous les trois.

Qui donc, hormis le comédien, pourrait exprimer vos sentiments ? Vos sentiments inavoués.

Par exemple :

Comment, parmi tant d’hommes, es-tu le seul dont j’ai envie des caresses. Même quand tu me bats. Même quand tu ne devines pas mes envies secrètes.

Qui donc pourrait le dire mieux qu’un comédien ?

 

Je trouve que cette réplique tombe comme un cheveu dans la soupe, non ? Mais parfois, à lire ce qui se dit sur le samizdat occidental facebook, je me dis que nombreuses sont celles de vos existences ou des nôtres qui tombent dans la soupe. La question est : quelle est la nature de cette soupe. Assis derrière son ordinateur, un auteur  aime se poser des questions auxquelles il ne peut pas répondre. Auxquelles, il n’y a pas lieu de répondre. Cela lui donne l’image d’un philosophe préoccupé par des questions essentielles, ou existentielles, comment dit-on ? Alors, qu’à chaque fois qu’il discute avec sa compagne, il ne parle que de droits d’auteur.

Parfois, je me dis que s’il s’écarte pour péter, ce n’est pas par pudeur mais parce qu’il craint qu’on ne vole son image. Parce qu’il y a aussi le droit à l’image.

Trop souvent, le comédien joue deux rôles à la fois. Celui que lui dicte le texte écrit par un autre et le sien qui le pousse, il croit que c’est nécessaire, à grimacer tant par les gestes que par la voix. Quand il s’agit d’une tragédie, on croit à chaque fois qu’il est prêt à se suicider comme Socrate l’a fait en ingurgitant de la cigüe alors qu’il ne s’agit que de boire un verre de limonade inoffensive. Lorsqu’il s’agit d’une comédie, il s’efforce de faire rire les spectateurs avec le même ton qu’il utilise pour tenir des propos graveleux.

Décidément, je le reconnais, je n’aime pas les comédiens. 

 

Est-il vraiment nécessaire de tendre le bras, et de hausser la voix pour dire : prends un siège, Cinna.

De nombreuses fois, il arrive qu’on me dise : assied-toi, Damien, sans amphigouri. Tenez : Rodrigue, as-tu du cœur. C’est tragique ? Et dans Marius, le Marius de Pagnol, quand il interroge Escartefigue : as-tu du cœur ? C’est tragique peut-être ?  Maudit soit celui qui a inventé « l’Art Dramatique ». Il n’y a que le théâtre. Et le théâtre, c’est la comédie. Drame ou rire, ce n’est que de la comédie. Mais de la comédie vraie. Pas celle que vous jouez tous les jours.

Tenez, si je demande à l’un de vous de prendre ma place sur cette estrade destinée aux comédiens, vous serez trop nombreux. Elle a été conçue pour des comédiens véritables. Regardez bien, je suis transparent. Ce personnage que vous voyez, il vous semble le reconnaitre. C’est vrai, c’est vous.

D’accord, fini la philosophie de bazar.

C’est vrai, un auteur aime citer de grands noms de théâtre. Il ajoute : etc parce que qu’il considère que son propre nom y figure tout naturellement.

Nietzsche, Brecht, Becket, Shakespeare, etc. Bien sûr sans qu’il lui vienne à l’esprit les noms de ceux qui, par leur seul organe vocal, ont porté leurs œuvres jusqu’à aujourd’hui. A chaque fois, c’est comme un coup de poignard qu’il plonge dans le cœur du comédien.

 

Le jugement ( dernier ?)

 

Dans une cuisine ordinaire, pas de salle à manger ou de bureau pour ceux qui attendent plus de respect pour leur personne. Un fonctionnaire les interroge.

Sont-ils conformes à leurs horoscopes ?

Puis.. Théâtre

Le purgatoire est destiné à attendre que l’une ou l’autre place se libère. C’est une erreur de croire qu’il se situe au ciel. Il se situe dans les sous-sols de la terre. Il est plus aisé d’y rencontrer les défunts au fur et à mesure qu’ils doivent être interrogés. Certains le seront à plusieurs reprises. Il est enfantin de penser qu’ils franchiront à chaque fois un bond de milliers, sinon de millions, de kilomètres. Soyons sérieux, il ne s’agit pas d’un conte pour enfants.

La mort d’un comédien

Il achève une tirade shakespearienne. Il ne l’achève pas. Il est seul. Ou quelqu’un est dans un coin de la scène. Il mime ou non 

- Pourquoi, m’engueules-tu ? C’est toi qui dis mal. Tu cries. Tu cries.

- depuis combien de temps es-tu avec moi ?

- Je ne comprends pas ta question ?

- tu es con ou quoi. Il s’agit de temps. Un an, cinq ans, dix ? Plus, moins.

- Je ne sais pas ? Parfois je pense : depuis hier. Je n’y pense jamais. Peut-être depuis toujours.

- Ca veut dire quoi : toujours ?

- Tais-toi, tu m’embrouilles.

- Je me tais.

- Tu sais combien de femmes j’ai connues ?

- C’est des femmes que tu as eues dont tu te souviens ?

Il compte sur les doigts à chaque fois qu’il prononce un prénom. Parfois, il hésite.

-Et le théâtre ? Les textes qui n’ont existé que parce que tu les disais

- Chaque comédien prétend la même chose. Ce n’est pas des textes dont il s’agit, ce n’est pas des comédiens, non plus. C’est de moi.

 

Le dit du comédien.

 

 

Je m’appelle Damien.

Ne riez pas : tout le monde ne peut pas s’appeler  Corneille Cocu. C’était le nom du chef de gare de Tournai, il y a quelques années. L’administration des chemins de fer l’a obligé de prendre sa préretraite.

Non, je ne suis pas fonctionnaire, ni aux chemins de fer ni ailleurs. Je suis comédien.

J’aurais pu être Papou. J’espère que cela ne vexe pas les Papous, s’il y en a dans la salle.

Vous ne me connaissez pas. Et alors ? Moi, est-ce que je vous connais ? Il y a des millions de personnes qui ne se connaissent pas. Sur toutes les parties de la planète.

Pourquoi m’adresser à vous en direct ? Je fais l’économie d’une troupe, d’un directeur de salle, et de la course aux subsides. D’ailleurs, je ne risque pas d’en recevoir, je ne fais pas de politique. Ni les écoles, ni les syndicats, ne m’ont procuré mon public.

Si vous êtes-là, c’est simple. C’est que le bouche à oreille a fonctionné. Je dois être bon.

Pour la première, c’est vrai, vous n’étiez que dix qui s’étaient trompé de théâtre.

Mais, il arrive qu’on se trompe d’épouse, ou que des révélations inattendues transforment votre vie. En bien, ce doit être la même chose pour ce qui est du théâtre.

 On me l’a conseillé :

- Fais au plus con quand tu es sur scène, tu es sûr de faire rire plus de la moitié de la salle. Si tu veux passer pour un intello, tu ne feras sourire que les spectateurs du dernier rang.

Par exemple je pourrais vous parler de la planète, tout le monde parle de la planète. La planète, vous voulez savoir ? Je m’en fous.

La démographie ? Non, ça n’a rien d’érotique. Quoique…

La croissance citoyenne ? Je ne sais pas ce que c’est.

La décroissance ? Là, j’ai des idées, c’est un auteur allemand qui me les a inspirées. Qu’est-ce qu’on peut répondre à cela ? Ecoutez :

Quand on n’a rien, la décroissance, comment on fait ?

Une existence durable ? Vous en connaissez des existences qui durent davantage que le temps que le bon dieu ou le grand architecte leur a octroyé. On peut toujours rêver.

Vous voyez, moi aussi je peux vous parler de la planète.

Le plus important pour un comédien, c’est sa voix.

La voix d’un comédien est d’une tessiture particulière. Ce n’est pas le texte qui émeut. Certains d’entre eux sont usés d’avoir servi durant des siècles. Pensez aux tragédies grecques. Ou aux odes latines. C’est la voix du comédien qui fait frissonner le spectateur. D’ailleurs, pour moi, le grec c’est du latin. Je vous demande pardon, ça m’a repris.

Vous avez apporté l’annuaire téléphonique ? Gardez le vôtre, moi aussi j’ai apporté le mien. Ce n’est pas la dernière édition, soit, mais les changements ne doivent pas être nombreux. On meurt tous les jours mais pas en même temps. Et puis, je ne m’en sers pas pour téléphoner.

Je commence.

Bienvenue dans les pages blanches de Truvo.

Abay. Abatan. Abati ?;soit A-ba-to. Vous qui riez, vous voulez essayer ?

Moi, j’ai été au ciel. Oui, ce ciel-là. Avec un vieillard aux cheveux blancs derrière son bureau et deux assistants qui lui disent des choses à l’oreille. Lorsque je me suis réveillé, ils avaient disparu. Tous les trois.

Qui donc, hormis le comédien, pourrait exprimer vos sentiments ? Vos sentiments inavoués.

Par exemple :

Comment, parmi tant d’hommes, es-tu le seul dont j’ai envie des caresses. Même quand tu me bats. Même quand tu ne devines pas mes envies secrètes.

Qui donc pourrait le dire mieux qu’un comédien ?

 

Je trouve que cette réplique tombe comme un cheveu dans la soupe, non ? Mais parfois, à lire ce qui se dit sur le samizdat occidental facebook, je me dis que nombreuses sont celles de vos existences ou des nôtres qui tombent dans la soupe. La question est : quelle est la nature de cette soupe. Assis derrière son ordinateur, un auteur  aime se poser des questions auxquelles il ne peut pas répondre. Auxquelles, il n’y a pas lieu de répondre. Cela lui donne l’image d’un philosophe préoccupé par des questions essentielles, ou existentielles, comment dit-on ? Alors, qu’à chaque fois qu’il discute avec sa compagne, il ne parle que de droits d’auteur.

Parfois, je me dis que s’il s’écarte pour péter, ce n’est pas par pudeur mais parce qu’il craint qu’on ne vole son image. Parce qu’il y a aussi le droit à l’image.

Trop souvent, le comédien joue deux rôles à la fois. Celui que lui dicte le texte écrit par un autre et le sien qui le pousse, il croit que c’est nécessaire, à grimacer tant par les gestes que par la voix. Quand il s’agit d’une tragédie, on croit à chaque fois qu’il est prêt à se suicider comme Socrate l’a fait en ingurgitant de la cigüe alors qu’il ne s’agit que de boire un verre de limonade inoffensive. Lorsqu’il s’agit d’une comédie, il s’efforce de faire rire les spectateurs avec le même ton qu’il utilise pour tenir des propos graveleux.

Décidément, je le reconnais, je n’aime pas les comédiens. 

 

Est-il vraiment nécessaire de tendre le bras, et de hausser la voix pour dire : prends un siège, Cinna.

De nombreuses fois, il arrive qu’on me dise : assied-toi, Damien, sans amphigouri. Tenez : Rodrigue, as-tu du cœur. C’est tragique ? Et dans Marius, le Marius de Pagnol, quand il interroge Escartefigue : as-tu du cœur ? C’est tragique peut-être ?  Maudit soit celui qui a inventé « l’Art Dramatique ». Il n’y a que le théâtre. Et le théâtre, c’est la comédie. Drame ou rire, ce n’est que de la comédie. Mais de la comédie vraie. Pas celle que vous jouez tous les jours.

Tenez, si je demande à l’un de vous de prendre ma place sur cette estrade destinée aux comédiens, vous serez trop nombreux. Elle a été conçue pour des comédiens véritables. Regardez bien, je suis transparent. Ce personnage que vous voyez, il vous semble le reconnaitre. C’est vrai, c’est vous.

D’accord, fini la philosophie de bazar.

C’est vrai, un auteur aime citer de grands noms de théâtre. Il ajoute : etc parce que qu’il considère que son propre nom y figure tout naturellement.

Nietzsche, Brecht, Becket, Shakespeare, etc. Bien sûr sans qu’il lui vienne à l’esprit les noms de ceux qui, par leur seul organe vocal, ont porté leurs œuvres jusqu’à aujourd’hui. A chaque fois, c’est comme un coup de poignard qu’il plonge dans le cœur du comédien.

 

Le jugement ( dernier ?)

 

Dans une cuisine ordinaire, pas de salle à manger ou de bureau pour ceux qui attendent plus de respect pour leur personne. Un fonctionnaire les interroge.

Sont-ils conformes à leurs horoscopes ?

Puis.. Théâtre

Le purgatoire est destiné à attendre que l’une ou l’autre place se libère. C’est une erreur de croire qu’il se situe au ciel. Il se situe dans les sous-sols de la terre. Il est plus aisé d’y rencontrer les défunts au fur et à mesure qu’ils doivent être interrogés. Certains le seront à plusieurs reprises. Il est enfantin de penser qu’ils franchiront à chaque fois un bond de milliers, sinon de millions, de kilomètres. Soyons sérieux, il ne s’agit pas d’un conte pour enfants.

La mort d’un comédien

Il achève une tirade shakespearienne. Il ne l’achève pas. Il est seul. Ou quelqu’un est dans un coin de la scène. Il mime ou non 

- Pourquoi, m’engueules-tu ? C’est toi qui dis mal. Tu cries. Tu cries.

- depuis combien de temps es-tu avec moi ?

- Je ne comprends pas ta question ?

- tu es con ou quoi. Il s’agit de temps. Un an, cinq ans, dix ? Plus, moins.

- Je ne sais pas ? Parfois je pense : depuis hier. Je n’y pense jamais. Peut-être depuis toujours.

- Ca veut dire quoi : toujours ?

- Tais-toi, tu m’embrouilles.

- Je me tais.

- Tu sais combien de femmes j’ai connues ?

- C’est des femmes que tu as eues dont tu te souviens ?

Il compte sur les doigts à chaque fois qu’il prononce un prénom. Parfois, il hésite.

-Et le théâtre ? Les textes qui n’ont existé que parce que tu les disais

- Chaque comédien prétend la même chose. Ce n’est pas des textes dont il s’agit, ce n’est pas des comédiens, non plus. C’est de moi.

 

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Les trois amies

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Alger "La Blanche"

Pour Marie

Mars 1962


J’ai 8 ans.
Je suis sortie du lycée Delacroix avec Isabelle et Mounia.
Petites disputes, petite larme ;
mais non, tu es ma meilleure amie!
Petit cœur dessiné sur le dos de ma main;
cœur bleu à l’encre du même bleu que nos jupes.
Cartable sur le dos, il fait chaud.
Il fait toujours chaud à Alger à 11 heures 30 et les escaliers de la rue Jean Macé sont bien raides.
Au coin de la rue Serpaggi je me sépare de mes amies.
La boutique de papa et le petit thé à la menthe qu'il me prépare, accompagné d'une "corne de gazelle", n'est pas loin.

Isabelle et Mounia s’éloignent de moi en souriant vers le café des Aurès.
Quelques joueurs de carte au panama vissé sur la tête, des anisettes, l’Echo d’Alger déplié ;
Ahmed essuie une table;
Youssef vends ses beignets.
Les quelques marchands de fruits couvrent leur étal.
Un dernier verre et tout le monde va rentrer chez soi pour la sieste.

Le chant flûté du "Ganga" dans les platanes. Frôlement des babouches sur les pavés.

Et l’éclair.

La rue Serpaggi s’allume, fulgurante, tonnante, toute de fracas. Un tonnerre que je n’entends qu’un instant, je tombe en arrière, une musique atroce et cotonneuse dans les oreilles.
Le nuage de feu rouge, orange, noir grandi devant moi et les chaises, tables, bras, têtes, pastèques, panamas, mes amies, Youssef, tout vole devant mes yeux, noirci, brisé, désarticulé et retombe en masse informe, lambeaux de chair. Qu'est-ce qui se passe?
Du sang, partout, sur moi, le mien ?, mes jambes pèsent des tonnes, des cris, des hurlements.

J’ai mal.
La nuit, le jour.
Où est le soleil et l'azur?

1 mois d’hôpital,
le sourire de papa et maman.
Encore 1 mois dans ma chambre réchauffée par la douce chaleur que laissent entrer les persiennes entre-ouvertes.

Mai 1962, je retourne au lycée Delacroix.


Isabelle et Mounia ne sont plus là.

1992


Je travaille aux « Assedic » à Ivry. Ils m’ont engagé avec un statut d’invalide. Mal voyante, mais j'y arrive!
Depuis trente ans je ne mange plus de viande...
Je ne mange plus de viande…plus de viande!
Plus de viande !

© Philippe Vandenberghe, le 11 mars 2011

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Et si l'on peignait la routine!

 

Propos

Ne nous paraîtraient pas semblables

Les jours classés insignifiants

Si, en éveil et confiants,

Nous les avions rendus aimables.

Ceux qui sont portés à rêver

Ont appris comment se distraire.

Sans avoir des efforts à faire

Ils se trouvent ailleurs arrivés.

Mais il suffirait bien souvent

De contempler la joliesse

Pour ressentir de la liesse

Ô des nuages se mouvant!

La joie donne de l'énergie

Qui tire de la nonchalance.

L'esprit s'active et peut, par chance,

S'être imprégné de poésie.

Et si l'on peignait la routine!

Nous suffiraient quelques couleurs

S'harmonisant avec bonheur.

Faire danser des capucines!

29 avril 2014

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Qu'aimeriez-vous que l'on vous offre?

 

 Propos

 

Le sort est muet, sans promesses,

N'annonce peine ni liesse.

Or nul n'entendra une voix

Lui proposant de faire un choix.

La nature abonde en mystères.

On aurait tort de faire taire

L'espérance qui crée des voeux

Et fait croire que tout se peut.

Merlin, l'illustre magicien,

Distribuait, dit-on, des biens

À ceux qui rêvaient de richesses

Et non pas de simple tendresse.

Qu'aimeriez-vous que l'on vous offre?

Près de moi, il y a un coffre

Qui contient des instants de vie

Emplis de douce poésie.

Vous avez le droit d'y puiser;

Cela vous paraîtra aisé.

La poésie, même naïve,

Est source d'énergie active.

29 avril 2014

 

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