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                         LE SURREALISME ANCESTRAL DE WILLIAM KAYO

 

Du 30-04 au 18-05-14, l’ESPACE ART GALLERY (35, Rue Lesbroussart, 1050 Bruxelles) organise une exposition consacrée à l’artiste Camerounais WILLIAM KAYO, intitulée LES PIECES DU TEMPS.

Dire de l’art contemporain africain qu’il résulte d’un brassage entre les expressions artistiques autochtones et les principaux courants occidentaux est effectivement fort juste, néanmoins, n’en va-t-il pas de même pour toute forme d’art en pleine régénérescence ? Qu’aurait été l’art Français du début du 20ème siècle si ce dernier avait refusé d’explorer les plastiques ainsi que les mythes océanien et africain ? De quelle autre façon aurait-il pu prendre conscience de ce qu’André Malraux appelait : la prise de conscience de la totalité de l’Art ?

Il y a un certain nombre d’années, dans une galerie bruxelloise en vogue, se tenait une exposition sur l’art contemporain des Schona du Zimbabwe. C’était, à l’époque, l’une des premières tentatives de présentation d’œuvres contemporaines africaines. Et ce choix n’était en rien anodin, en ce sens que concernant l’histoire des arts traditionnels de l’Afrique Noire, l’art Schona représente une exception car il s’agit d’une des rares sculptures lithiques, par opposition à la tradition plastique sur bois, que l’on retrouve dans la totalité du continent africain. Contrairement à ce que d’aucuns imaginaient, les réactions furent pour le moins mitigées, en ce sens que le sentiment de regarder des pièces issues d’artefacta occidentaux auxquels l’on aurait apporté « une touche » africaine, se dégageait. En fait, l’idée sous-jacente au sortir d’une telle exposition était la suivante : ce qu’a fait un Brancusi, un sculpteur Africain peut le faire aussi ! Evidemment, l’Art du 20ème siècle fut régénéré par l’ « Art Nègre » mais force était de constater, à l’époque de cette exposition sur l’art Schona contemporain, que quelque soixante-dix ans plus tard, les artistes Africains assuraient un « retour à l’expéditeur » en bonne et due forme. Heureusement, et ce depuis maintenant plusieurs années, nous n’en sommes plus là ! Une voie a été tracée laquelle recule constamment les sentiers battus.

 

Et le résultat s’exprime avec un créateur tel que WILLIAM KAYO.  

De quelle manière considérer son œuvre au sein de l’histoire de l’art africain contemporain ? Il s’agit d’un artiste qui, adolescent, entra de la façon la plus anodine, en contact avec l’art de Salvador Dali tout simplement en feuilletant un journal. Ce contact, absolument fortuit, le conduisit à aimer follement le Surréalisme, au point de s’engouffrer dans cette voie comme première approche créative jusqu’à trouver, au fil du temps, son propre langage à l’intérieur d’un substrat culturel fourmillant de traditions à la fois orales, musicales et plastiques.

Au premier regard, une alchimie subtile entre l’Afrique et l’Occident perce des œuvres de ce plasticien. Nous somme subjugués par la maitrise avec laquelle ce dernier appréhende l’espace et la lumière.

SOLITUDES (80 x 80 cm – technique mixte)

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est une évocation scénique d’une Afrique ancestrale, enveloppée dans un halo en fusion, composé de blanc évanescent se mariant au vert virant vers le jaune-clair. Les personnages évoluent dans un décor rural. Dans cette œuvre, l’on remarque une interpénétration réussie entre le dessin (ce fut sa première forme d’expression) et la peinture. Cela apparait flagrant avec le rendu physique du jeune agriculteur, lequel est très peu atteint par la polychromie dont les contours à la mine structurent les lignes directrices, tant pour l’anatomie que pour les vêtements. Une zone se révèle vers le haut, à droite du tableau, laissant apparaître ce qui ressemble à une ferme, auréolée d’une lumière flamboyante. Une portion de la toile a été soulevée et travaillée vers la droite, accentuant  l’impression d’une construction architecturale.

La conception des personnages est caractéristique de l’œuvre de WILLIAM KAYO, en ce sens qu’à l’exception de PORTRAITS (65  x 70 cm – technique mixte),

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présentant des femmes Africaines souriant ainsi que pour SOLITUDES, où le jeune agriculteur a manifestement été portraituré, les personnages conçus par l’artiste se réduisent à la plus simple expression de silhouettes, frêles et diaphanes, souvent campées debout, toujours baignées d’une lumière enveloppante, mises en exergue par un contour extrêmement appuyé, conçu à la sciure de bois.    

« Les silhouettes nous suivent », affirme l’artiste, en pointant son doigt vers le sol pour désigner nos ombres. Ce sont là les traces que nous laissons de nous-mêmes ».

Dans HORIZONS (90 x 90 cm – technique mixte),

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les silhouettes se dressent au loin. Une zone rouge incandescente, comprise entre des notes bleues, en dégradés et jaunes, fait irruption au centre du tableau.

Est-ce l’horizon qui se dessine ? Toujours est-il que dans cette œuvre les personnages féminins, plutôt stylisés, « regardent » au loin. Sauf que nous ne voyons pas leur regard, nous le devinons. En fait, nous le devinons parce que nous substituons le nôtre au leur. Et cette boite de cirage rouillée, campée au cœur d’une zone noire, à hauteur du regard, que l’artiste a trouvée au fond d’une poubelle, arrive dans la composition comme un imprévu, un élément volontairement perturbateur, censé brouiller la magie du moment. Où se situe-t-elle face à l’horizon ? Où se place-t-elle face à nous-mêmes ? Et cet horizon qui divise le tableau, qu’est-il réellement ? Le visiteur se situe précédant les personnages mais de quel côté de l’horizon est-il lui-même ? L’horizon est une vue de l’esprit car il change selon les latitudes. Selon que l’on se situe d’un côté ou de  l’autre. Observez cette série de collages, à peine perceptibles, réalisés de façon minimaliste, se fondant dans les diverses zones chromatiques, sous-tendant à l’instar d’un muret imaginaire, le haut et le bas du tableau, tel l’horizon définit le ciel et la terre. Le titre de l’œuvre se décline au pluriel. Sa lecture nous en fournit les clés.

Les couleurs ont une grande importance. Celles utilisées par l’artiste peuvent globalement être rangées en deux catégories :

Couleurs tendres : PORTRAITS (mentionné plus haut) - SOLITUDES (mentionné plus haut) – JOUEUSES DE NGONI (65 x 70 cm – technique mixte)

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Couleurs vives : TOTEMS (90 x 90 cm – technique mixte)

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– HORIZONS (mentionné plus haut) – SCENES (50 x 90 cm – technique mixte)

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Mais il y a aussi (cela arrive souvent) une catégorie intermédiaire dans laquelle couleurs tendres et vives se côtoient dans un résultat surprenant :

JUST FOR DREAM (65 x 70 cm – technique mixte)

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retient notre attention parce  qu’il pose une question cruciale : y a-t-il un surréalisme « à l’africaine » ?

Ou le surréalisme est-il définitivement universel, susceptible d’être interprété selon chaque sensibilité culturelle ? La force du surréalisme est qu’il nous révèle un autre Sacré : celui du quotidien transcendé par le pouvoir d’une démarche immanente.

Grand amoureux de René Magritte, l’artiste garde un lien à la fois affectif et esthétique avec le surréalisme classique. 

Quelles sont les particularités du style surréaliste de WILLIAM KAYO ?

Surréalisme classique : statisme des personnages, encadrés dans cinq zones compartimentées, telle en architecture en suspens. A l’instar du « surréalisme » magrittien, le personnage est, avant tout, statique, voire impassible. Il évolue, soit en dehors de tout cadre architectural, soit au sein d’une architecture qui ne s’impose nullement par rapport au personnage.

William Kayo : les personnages sont en habits traditionnels – utilisation de la lumière (vive et chaleureuse) par rapport à celle de Magritte (relativement tiède ou objet d’analyse psycho-chromatique : cfr. L’EMPIRE DES LUMIERES (1953-54).   

Il s’agit, chez l’artiste, d’une conception plastique de l’onirique qui envisage le rêve que pour ce qu’il est. Non pas d’une arme contre un système d’idées. Il est vrai que si la symbiose entre surréalisme et art africain interpelle à plus d’un titre, c’est parce qu’elle exprime cette volonté de rapprochement interculturel, désormais ancrée dans le siècle. Une démarche que l’artiste qualifie de Modernité : un brassage des meilleures influences culturelles venues de l’extérieur, enrichissant le substrat culturel vernaculaire.

Quiconque connait un tant soit peu les arts traditionnels de l’Afrique Noire, ne peut séparer les productions artistiques d’avec leurs composantes magico-religieuses. C'est-à-dire, les réalisations plastiques, d’une haute perfection technique du monde fabuleux des esprits ayant souvent revêtu le statut d’Ancêtres. Un monde tel que celui-là peut aisément se passer de « surréalisme » car ses racines baignent dans une spiritualité immémoriale. Un monde dans lequel l’Homme, passant de classe d’âge en classe d’âge, se fond dans une conception de l’Histoire tendant vers l’Humanisme comme finalité. L’Humanisme africain ! 

WILLIAM KAYO assure ce rapprochement interculturel en le considérant comme un « engagement », qu’il fait vivre pleinement au visiteur, en interpellant ses interrogations propres sur le Monde. Les messages  culturels qu’il met en exergue sont exprimés de façon subtilement politique.

Nous le constatons dans  JOUEUSES DE NGOMI (déjà mentionné). Le « ngomi » est un instrument à deux cordes, typique de la région de l’artiste.

Jadis, il était joué exclusivement par les femmes. Désormais, ce sont les hommes qui se le sont approprié et voient d’un très mauvais œil les femmes qui le pratiquent.

Précisons, néanmoins, que si les hommes l’ont adopté, c’est essentiellement en tant qu’ « arme » pour exprimer un message de paix. La sœur cadette de l’artiste joue d’ailleurs de cet instrument, de façon professionnelle, en dépit de l’interdiction dictée par les hommes.

L’artiste qui a réalisé ses études artistiques à l’IFA (INSTITUT DE FORMATION ARTISTIQUE de Mbalmayo, au Caméroun), ne s’abandonne jamais à une surcharge de matière pour attaquer la toile. Tout « excès » existant se justifie dans sa fonction créatrice : conception du volume pour les tissus (cfr. TOTEMS), structures portantes pour chaque cadre (cfr. JUST FOR DREAM).

Il retravaille toujours ses tableaux à la sciure de bois et n’hésite jamais à utiliser des éléments extérieurs tels que le papier ou divers accessoires en fer, interagissant avec la perception immédiate du visiteur.

Bien que jeune, il totalise déjà vingt-six ans de travail et nous avoue qu’il n’aurait jamais pensé trouver dans la peinture l’objet de sa vocation.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il espère de l’art africain contemporain, il axe ses espoirs sur une amélioration concernant les structures existantes permettant d’élargir les possibilités à l’accès au Marché de l’Art pour les artistes Africains qui se battent face à ce qu’il qualifie de « chasse gardée ».

WILLIAM KAYO se bat avec son art pour permettre au Monde d’accéder à la classe d’âge du dépassement.

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Collection "Belles signatures" (© 2014, Robert Paul)

François L. Speranza.

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Une publication
Arts
 
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Lettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement.

 

A voir: 

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza


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  François Speranza: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles (30 avril 2014).

(Photo Robert Paul)

Au vernissage du 30 avril 2014:

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Madame Fadila Laanan, Ministre de la culture et William Kayo

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William Kayo et Robert Paul

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Un Chef.

René était le fils d’un professeur de collège qui avait quitté sa femme alors que René n’avait que huit ans. Il était parti un matin, et n’était jamais revenu. Elle avait trouvé une lettre qui disait : je pars. De ce jour-là, elle se mit à haïr tous les hommes.

- C’est toi le seul homme de ma vie.   

Souvent, elle faisait porter à René des vêtements de couleur qui auraient mieux convenus à une fille. Personne ne se moquait de lui. A la première raillerie d’un condisciple, il s’était rué les poings en avant, et il avait frappé.

Nous avions fait nos études secondaires ensemble, René et moi. Nous avions renoncé à l’université. Les universitaires sont les prolétaires d’aujourd’hui.  Des prolétaires qui sont les défenseurs cultivés des oppresseurs.  Au même titre que les policiers dont le rôle est de défendre aussi ceux qui oppriment. Nous, nous voulions être parmi les opprimés.

René disait : nous détruirons le beau monde pour construire un monde plus beau. De gré ou de force.

- Et la liberté?

Quel rapport, ajoutait-il. La liberté, c'est comme un adultère commis sur le sable. Il terminait avec emphase: La première marée l'efface. Nous avions vingt ans.

C’est ensemble que nous avions décidé de nous affilier au parti communiste, le parti des travailleurs.

- Tu comprends ? Avoir un idéal de fraternité mais rester hors du combat, c’est indécent.

Au début, Alphonse Delomme, le député communiste de la région s'était inquiété de ces fils de petits bourgeois qui venaient rejoindre le Parti.

- Ce n'est pas un club pour rhétoriciens.

Soit, avait-il dit, il nous jugerait à notre travail. Parce qu'il dirigeait le journal régional du parti, il se déchargea sur nous du travail de réécriture des nouvelles que lui communiquaient les délégués d'usine.

Nous, nous ne faisions pas de fautes d'orthographe, et il nous arrivait, le soir, d'aller aider l'imprimeur du journal de la classe ouvrière.

Il nous avait confié à Marc Moreau, le secrétaire régional des Jeunesses communistes. Trapu, le visage creusé, parlant fort, Marc ne tenait pas en place. Il s'épanouissait dès qu'un auditoire lui faisait face. Peu importait qu'ils fussent nombreux ou non, généralement ils ne dépassaient pas une dizaine, les jeunes ouvriers qui consacraient deux heures par semaine à la cellule dans l'arrière salle d'un café.

Lorsqu'ils étaient deux, c'était de René et moi qu'il s'agissait. Marc faisait notre éducation en parlant d'Histoire, en citant Marx et Lénine, en évoquant la commune de Paris, les luttes ouvrières qui préparent la société de demain, et la place que chacun d'entre nous devait occuper.

René trouvait qu’il était trop didactique.

Lorsque Max est mort, un malaise cardiaque, c’est René qui devint  secrétaire des jeunesses communistes de la ville. Elles n’étaient pas nombreuses ces jeunesses, et préféraient les racontars des filles aux allocutions vibrantes de René.

René apprit à écrire des mots qui étaient des coups de poing. Des mots qui figuraient sur les tracts qu’il distribuait à l’entrée des usines. Il était devenu agit-prop. Agitation et Propagande. C’était un travail important.

Paul Perrin était le fils du propriétaire de l’usine qui se trouvait  derrière la gare, le quartier populaire de la ville. Il avait fait ses études avec nous mais les avait poursuivies pour devenir ingénieur. Un jour, vraisemblablement, il dirigerait l’usine de son père.

Le personnel lui portait le respect qu’il portait à son père, et l’appelait monsieur Paul. Lui tutoyait tous les ouvriers. Son père lui avait dit :

- Si tu ne le fais pas, ils diront que tu es prétentieux. Que tu établis une barrière entre eux et toi.  

Un jour, nous nous trouvions devant l’usine de monsieur Perrin, c’était durant la pause de midi, des ouvriers qui fumaient en bavardant s’écartèrent pour laisser passer la voiture de Paul Perrin, une petite M.G décapotable qui ne disposait que de deux sièges, et une banquette à l’arrière pour y poser un bagage.   

- ça, c’est de la voiture !

Louis, un des plus anciens membres du personnel, secouait la tête.

- On le sait, Louis que c’est de la voiture. Tu nous le répètes tous les jours.

- Parce que c’est la vérité. C’est moi qui la lave. Je la connais mieux que monsieur Paul.

Il en était fier.

René s’était glissé parmi eux. Il distribuait une feuille ronéotypée qui était le journal de la section du parti.  

Il interpella Louis.

- Il se l’est offerte avec l’argent que son père amasse grâce à votre sueur.

Louis avait haussé les épaules.

- Si tous les patrons étaient comme lui, toi et ton parti, vous pourriez fermer votre boutique.

La plupart des ouvriers parlaient entre eux sans faire attention à lui. René souriait mais son regard avait durci.

- C’est pour eux que nous devons nous battre.

C’est vers cette époque que je me suis détaché du parti. Je dois bien l’avouer, c’était de ma part une attitude romantique que celle de mon adhésion au parti. La révolution enflamme la plupart des jeunes bourgeois alors que ce sont les classes populaires qui devraient souhaiter l’explosion de nos sociétés figées.

Pendant longtemps, René et moi nous nous sommes revus comme si rien n’avait changé. Son caractère cependant s’est modifié lorsqu’il avait appris que Gisèle, la fille d’un contremaître de l’usine allait épouser Paul Perrin.

René était amoureux de Gisèle, la fille d’un travailleur qui avait entrepris des études d’institutrice. Il avait le sentiment d’être trahi à la fois par elle et par son père. Son père qui était  heureux de ce que sa fille, d’un seul coup,  gravisse de nombreux barreaux de l’échelle sociale.

- En couchant !

- On peut tomber amoureux de Pierre, non ?

- Quels cons ! Des esclaves consentants. Voilà ce qu’ils sont.

Je n’ai plus revu René. J’ai supposé qu’il poursuivait une carrière de leader populaire. Parfois, je me disais que mes préoccupations sociales n’avaient pas duré longtemps, et que René, lui, était resté fidèle à ses rêves d’adolescent. Etait-ce par compassion ou par goût du pouvoir ?

On est bête quand on est un adolescent. Je me souviens d’un mendiant à qui je n’avais pas donné l’aumône parce que c’était pour manger ; disait-il.

- Je veux bien si c’est pour boire.

Nous avions ri, René et moi. René disait :

- Ne jamais donner l’aumône. Que la vie leur soit dure, ça entretient la haine.

Le jour où il a tué le député Delomme, toute la ville en a été bouleversée. Au procès, il a dit qu’Alphonse Delomme se prenait pour une dame d’œuvres charitables. Ce n’est pas ainsi qu’on transforme le monde.

 

Un chef

René était le fils d’un professeur de collège qui avait quitté sa femme alors que René n’avait que huit ans. Il était parti un matin, et n’était jamais revenu. Elle avait trouvé une lettre qui disait : je pars. De ce jour-là, elle se mit à haïr tous les hommes.

- C’est toi le seul homme de ma vie.   

Souvent, elle faisait porter à René des vêtements de couleur qui auraient mieux convenus à une fille. Personne ne se moquait de lui. A la première raillerie d’un condisciple, il s’était rué les poings en avant, et il avait frappé.

Nous avions fait nos études secondaires ensemble, René et moi. Nous avions renoncé à l’université. Les universitaires sont les prolétaires d’aujourd’hui.  Des prolétaires qui sont les défenseurs cultivés des oppresseurs.  Au même titre que les policiers dont le rôle est de défendre aussi ceux qui oppriment. Nous, nous voulions être parmi les opprimés.

René disait : nous détruirons le beau monde pour construire un monde plus beau. De gré ou de force.

- Et la liberté?

Quel rapport, ajoutait-il. La liberté, c'est comme un adultère commis sur le sable. Il terminait avec emphase: La première marée l'efface. Nous avions vingt ans.

C’est ensemble que nous avions décidé de nous affilier au parti communiste, le parti des travailleurs.

- Tu comprends ? Avoir un idéal de fraternité mais rester hors du combat, c’est indécent.

Au début, Alphonse Delomme, le député communiste de la région s'était inquiété de ces fils de petits bourgeois qui venaient rejoindre le Parti.

- Ce n'est pas un club pour rhétoriciens.

Soit, avait-il dit, il nous jugerait à notre travail. Parce qu'il dirigeait le journal régional du parti, il se déchargea sur nous du travail de réécriture des nouvelles que lui communiquaient les délégués d'usine.

Nous, nous ne faisions pas de fautes d'orthographe, et il nous arrivait, le soir, d'aller aider l'imprimeur du journal de la classe ouvrière.

Il nous avait confié à Marc Moreau, le secrétaire régional des Jeunesses communistes. Trapu, le visage creusé, parlant fort, Marc ne tenait pas en place. Il s'épanouissait dès qu'un auditoire lui faisait face. Peu importait qu'ils fussent nombreux ou non, généralement ils ne dépassaient pas une dizaine, les jeunes ouvriers qui consacraient deux heures par semaine à la cellule dans l'arrière salle d'un café.

Lorsqu'ils étaient deux, c'était de René et moi qu'il s'agissait. Marc faisait notre éducation en parlant d'Histoire, en citant Marx et Lénine, en évoquant la commune de Paris, les luttes ouvrières qui préparent la société de demain, et la place que chacun d'entre nous devait occuper.

René trouvait qu’il était trop didactique.

Lorsque Max est mort, un malaise cardiaque, c’est René qui devint  secrétaire des jeunesses communistes de la ville. Elles n’étaient pas nombreuses ces jeunesses, et préféraient les racontars des filles aux allocutions vibrantes de René.

René apprit à écrire des mots qui étaient des coups de poing. Des mots qui figuraient sur les tracts qu’il distribuait à l’entrée des usines. Il était devenu agit-prop. Agitation et Propagande. C’était un travail important.

Paul Perrin était le fils du propriétaire de l’usine qui se trouvait  derrière la gare, le quartier populaire de la ville. Il avait fait ses études avec nous mais les avait poursuivies pour devenir ingénieur. Un jour, vraisemblablement, il dirigerait l’usine de son père.

Le personnel lui portait le respect qu’il portait à son père, et l’appelait monsieur Paul. Lui tutoyait tous les ouvriers. Son père lui avait dit :

- Si tu ne le fais pas, ils diront que tu es prétentieux. Que tu établis une barrière entre eux et toi.  

Un jour, nous nous trouvions devant l’usine de monsieur Perrin, c’était durant la pause de midi, des ouvriers qui fumaient en bavardant s’écartèrent pour laisser passer la voiture de Paul Perrin, une petite M.G décapotable qui ne disposait que de deux sièges, et une banquette à l’arrière pour y poser un bagage.   

- ça, c’est de la voiture !

Louis, un des plus anciens membres du personnel, secouait la tête.

- On le sait, Louis que c’est de la voiture. Tu nous le répètes tous les jours.

- Parce que c’est la vérité. C’est moi qui la lave. Je la connais mieux que monsieur Paul.

Il en était fier.

René s’était glissé parmi eux. Il distribuait une feuille ronéotypée qui était le journal de la section du parti.  

Il interpella Louis.

- Il se l’est offerte avec l’argent que son père amasse grâce à votre sueur.

Louis avait haussé les épaules.

- Si tous les patrons étaient comme lui, toi et ton parti, vous pourriez fermer votre boutique.

La plupart des ouvriers parlaient entre eux sans faire attention à lui. René souriait mais son regard avait durci.

- C’est pour eux que nous devons nous battre.

C’est vers cette époque que je me suis détaché du parti. Je dois bien l’avouer, c’était de ma part une attitude romantique que celle de mon adhésion au parti. La révolution enflamme la plupart des jeunes bourgeois alors que ce sont les classes populaires qui devraient souhaiter l’explosion de nos sociétés figées.

Pendant longtemps, René et moi nous nous sommes revus comme si rien n’avait changé. Son caractère cependant s’est modifié lorsqu’il avait appris que Gisèle, la fille d’un contremaître de l’usine allait épouser Paul Perrin.

René était amoureux de Gisèle, la fille d’un travailleur qui avait entrepris des études d’institutrice. Il avait le sentiment d’être trahi à la fois par elle et par son père. Son père qui était  heureux de ce que sa fille, d’un seul coup,  gravisse de nombreux barreaux de l’échelle sociale.

- En couchant !

- On peut tomber amoureux de Pierre, non ?

- Quels cons ! Des esclaves consentants. Voilà ce qu’ils sont.

Je n’ai plus revu René. J’ai supposé qu’il poursuivait une carrière de leader populaire. Parfois, je me disais que mes préoccupations sociales n’avaient pas duré longtemps, et que René, lui, était resté fidèle à ses rêves d’adolescent. Etait-ce par compassion ou par goût du pouvoir ?

On est bête quand on est un adolescent. Je me souviens d’un mendiant à qui je n’avais pas donné l’aumône parce que c’était pour manger ; disait-il.

- Je veux bien si c’est pour boire.

Nous avions ri, René et moi. René disait :

- Ne jamais donner l’aumône. Que la vie leur soit dure, ça entretient la haine.

Le jour où il a tué le député Delomme, toute la ville en a été bouleversée. Au procès, il a dit qu’Alphonse Delomme se prenait pour une dame d’œuvres charitables. Ce n’est pas ainsi qu’on transforme le monde.

 

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Couleurs et mots, jeu.

 

Un chat noir sur un chemin vert,

nonchalamment s'étire ;

s'étire un paysage bleu,

ondulé pareil à la mer ;

la mère berçant son enfant rose,

 sur un banc en bois blanc ;

sur un banc en bois blanc,

le soleil jaune se pose ;

se posent vos lèvres mi-closes,

sur ma bouche carmin ;

carmin le couchant,

 sur un désert blanc ;

un désert blanc ombragé,

d'arborescence verte, en rêve ;

rêve si chaud et bleu,

 dans ma tête blonde et claire ;

claire l'ondée joyeuse,

sur l'asphalte anthracite ;

anthracite ma défunte tristesse,

dans mon éclat de rire orangé ;

orangée l'aube inanimée,

sur le boulevard trop gris ;

gris vos yeux mêlés aux miens,

profondément mauves ;

mauve l'océan en pleine nuit,

nuit longue, si blanche ;

blanche la capeline neigeuse,

 sur le grand carrousel ;

le grand carrousel,

 dans ma petite enfance ;

petite enfance,

 dans mes pages d'écriture ;

pages d'écriture en pleine ville,

dans le bruit des voitures.

Je joue avec les mots tout le temps.

Multicolore est l'écriture.

 

 

.

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12273012671?profile=originalIl s'agit d'une pièce en deux actes très courts et en vers de l'écrivain allemand Wolfgang Goethe (1749-1832), qui fut composée alors que Goethe se rendait à Ems, au bord du Rhin, le 17 juillet 1774, et qui parut au cours de l'automne de la même année.

Le personnage principal est chargé d'exprimer les sentiments du poète lui-même: il y paraît douloureusement écartelé entre les exigences d'une vie besogneuse et le monde de fantasmagories et de songes où il est accoutumé de prendre son inspiration. Ce thème, dont Goethe a su tirer parti avec une vivacité brillante et quelquefois ironique, fut repris par Wackenroder, mais sur un mode exclusivement pathétique. Tout le romantisme d'ailleurs y cherchera un prétexte à ses élégies. "La divination de l'artiste", en un acte, fut composée le lendemain, 18 juillet 1774. Plus tard, Goethe y apporta quelques modifications et elle servit de fond à "L'apothéose de l'artiste"; on la publia à titre posthume, en même temps que les lettres de Goethe à Sophie La Roche et à Bettina Brentano. Le dialogue expose les appréhensions de l'artiste encore inexpérimenté, qui éprouve ses forces en déplorant leur insuffisance. La vue des chefs-d'oeuvres du temps passé ne lui apporte que du découragement. Mais un maître, plein de sagesse, lui rappelle la solitude des grands hommes que leur époque mésestima et repoussa.

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exposition

Bonjour Monsieur Paul

je vous informe de l’événement d’hier au centre culturel de Quevaucamps :

 

  1.  hier avait lieu le vernissage et la remise des Prix du 35e salon d'ensemble Arts et diversité au centre Culturel de Quevaucamps une superbe présentation pour mettre en valeur ,70 candidats avec 210 œuvres, 7 prix pour 7 catégories : peinture figurative, peinture abstraite, aquarelle, dessin, photographie, sculpture et céramique ,et humour

  1.  7 prix ont été décernés,,j’ai eu le prix pour la catégorie penture figurative. prix du foyer culturel de Quevaucamps –Beloeil  sous l’égide de la ministre de la Culture Fadila Laanan.70 artistes, 210 œuvres exposées     Au plaisir. Christiguey
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L'interrogation

Soliloque

Je suis devenue paresseuse,

M'active sans faire d'efforts,

Laisse se reposer mon corps,

Accepte de rester rêveuse.

Mon esprit n'est pas engourdi.

N'ayant souci d'aucun projet,

Je soliloque sans bouger,

Puis j'écris ce que je me dis.

Si je me trouve satisfaite,

En examinant mon propos,

Je l'expédie sur des réseaux.

Je ne sais ce que j'ai en tête

Ce travail est-il nécessaire?

Je m'y soumets chaque matin

Sachant mon sort bien incertain.

Rester lucide est ma prière.

Perte de temps? Certainement!

Mais surtout manque d'énergie,

D'intérêt et de fantaisie.

Je subis mon vieillissement.

3 mai 2014

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L'amour d'une pharmacienne de province

 

Liliane avait épousé Etienne Visart, un pharmacien dont l’officine, paraît-il, valait de l’or. Il était plus âgé qu’elle de près de trente ans. Il était fortuné et s’était amouraché passionnément de cette jeune femme dont les regards l’enflammaient. Deux ans plus tard il s’était éteint. Les mauvaises langues prétendirent que c’était les exigences sexuelles de Liliane qui l’avaient achevé. Qui peut l’affirmer ?  Une pharmacie, parfois, pouvait receler bien des mystères. 

Liliane avait eu une vie amoureuse agitée mais seulement après la mort de son mari. Avant son mariage, durant ses études, elle n’avait pas été très farouche mais pas davantage que nombre d’étudiantes  soucieuse d’un mariage honorable.

Son mari avait été plein d’attentions au début de leur mariage. Liliane avait été sa laborante, elle sortait tout juste de la faculté de pharmacie. Elle avait à peine 24 ans, il en avait trente-cinq de plus. Il était veuf. Il aimait la bonne chère, le vin, l’alcool et le sexe. Tout en Liliane lui donnait envie de la prendre à n’importe quelle heure du jour. Il lui disait :

- Tu vois l’effet que tu me fais. Tu peux le dire, tu sais. Je te fais bien l’amour, hein ?

Un malade, dit-elle. Plus que de l’attirance pour sa femme, il voulait manifester sa virilité. Et qu’elle le dise quand ils recevaient des amis.

Il avait fait installer un poste de télévision sur une petite table en face de leur lit. Couchés, ils regardaient ensemble les films pornographiques des chaines spécialisées ou des cassettes qu’il ramenait de ses déplacements d’affaires. Son mari disait :

- Cela réveille l’appétit.

Un jour, à Paris où elle se rendait de temps à autre pour respirer l’atmosphère d’une grande ville, et qu’elle sortait de l’hôtel, elle passa devant une boutique où on vendait de la lingerie fine. A l’intérieur, c’était des objets érotiques qui étaient exposés. Un instant, elle avait été tentée de sortir. Puis, sans dire un mot, elle désigna à la vendeuse un vibro-masseur.

- Vous avez une préférence pour la tête ?

Elle s’en servit quelques fois mais n’en était pas réellement apaisée. Elle le glissa dans le tiroir de sa table de nuit. Tout au fond.

A vingt kilomètres de la ville sur la grand’ route, il y avait une discothèque fréquentée par des dragueurs et des femmes qui souhaitaient se faire draguer. Les jeunes gens qui ne songeaient qu’à boire et à danser se rendaient plutôt au disco-bar, un peu plus loin. Des frontières impalpables, comme dans la vie réelle, se constituaient dans le monde de la nuit selon les affinités et les âges. Chez les plus âgés, souvent, les sentiments s’exprimaient dans l’urgence. La distinction paraissait évidente à des yeux avertis.

Liliane y rencontrait parfois le videur de la discothèque, un robuste personnage, fruste d’aspect, d’une animalité impressionnante, surnommé El Toro. Un homme que personne ne connaissait très bien. Il l’emmenait dans sa chambre, et sans échanger beaucoup de mots, c’est elle qui en disait le plus, ils faisaient l’amour.

El Toro avait été retrouvé mort dans son lit. Un arrêt cardiaque, semblait-il. On ne lui connaissait personne de proche. On ne connaissait pas son nom véritable. Il travaillait illégalement. Quelques jours plus tard, il avait été enterré dans la partie du cimetière réservée aux indigents. Le patron de la discothèque avait engagé un autre videur. Un robuste gaillard que les clients baptisèrent : El Toro.

Depuis sa mort, elle avait eu des aventures qu’on dit sans lendemain. Sans en refuser beaucoup.

Elle disait :

- La vie est courte. Le jour où je n’en aurai plus, c’est que mon corps sera devenu tellement moche que ça ne vaudra plus la peine de vivre. C’est le regard des hommes qui te rend belle.

Elle ajoutait :

- Se faire belle, toujours. Moi, je me parfume partout, ça les rend fous.

Liliane avait vraisemblablement raison. On aime avec son cerveau, et on aime avec son corps. Les deux, pas nécessairement en même temps.

 

 

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ADMINISTRATEUR GENERAL

L’Espace Art Gallery a le plaisir de vous présenter du 30/04 au 18/05/2014 l’exposition  événement des artistes suivants : William Kayo (Cam) technique mixte, Willy Kempeneers alias W.Kemp (Be) peintures, Manu Gomez (Be) sculptures, Anne Marie Chasson (Fr) sculptures, Isabelle Constant (Fr) sculptures et Jean Bégassat (Fr) peintures.

 

Le VERNISSAGE a lieu le 30/04 de 18h 30 à 21h 30 et l’exposition du mardi au samedi inclus de 11h 30 à 18h 30. Et sur rendez-vous le dimanche.

Le FINISSAGE a lieu le 17/05 de 11h 30 à 18h 30.

 

 

         William KAYO (Cam) technique mixte

         « Les pièces du temps » 

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         Willy Kempeneers alias W.KEMP (Be) peintures

         « Douceur, colère, émotion »

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         Manu GOMEZ (Be) sculptures

         « Sales gueules et gueules salées »

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Collectif de la GALERIE :

        

         Anne Marie CHASSON (Fr) sculptures

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Isabelle CONSTANT(Fr) sculptures

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Jean BEGASSAT (Fr) peintures

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A voir également « La grande table en bois » réalisée par l’artiste

Louis de VERDAL (Fr) sculpture

Exposition du 30 avril au 18 mai 2014.

 

Espace Art Gallery 35 rue Lesbroussart 1050 Bruxelles. Ouvert du mardi au samedi de 11h 30 à 18h 30. Et le dimanche sur rendez-vous. GSM : 00 32 (0) 497 577 120

 

INFOS ARTISTES ET VISUELS SUR :

 

Le site de l’Espace Art Gallery se prolonge dorénavant sur

Le Réseau Arts et Lettres à l'adresse: http://ning.it/KUKe1x

Voir: https://artsrtlettres.ning.com/ (Inscription gratuite)

Diaporama des plus belles expositions de l'Espace Art Gallery :  

Voir: http://ning.it/KHOXUa

Les critiques de François Speranza sur Arts et Lettres :

Voir : http://j.mp/1dDwL9m

Expositions de l’Espace Art Gallery d’avril 2011 à avril 2014 :

Voir : http://j.mp/1dO2y7o

 

INVITATION A PARTICIPER A UN CONCERT

Samedi 17 mai 2014

Concert de Formiga and Cigale par Anna Amigô et Eva Genniaux.

 

Notre projet est un voyage à travers l’Europe et sa musique traditionnelle. Une harpe celtique, un violon et deux voix plus que magiques transportent ceux qui les écoutent en des lieux mythiques et inattendus pendant plus d’une heure d’évasion.

 

Formiga and Cigale transforment la scène en un espace plein de glamour, d'humour et bien sûr de musique. Un répertoire riche et vaste en chansons traditionnelles de différentes régions de l'Europe, fruit de leurs voyages et de leurs rencontres. Troubadours modernes, elles adaptent et arrangent les morceaux pour arriver à un style qui leur est propre. Histoires de princesses, de guerres, d'amour impossible, de mère qui empoisonne leur fille, de vent soufflant sous un kilt et de gigues endiablées; Formiga and Cigale vous embarquent dans leurs aventures, réelles ou imaginées, à travers le continent. Laissez-vous séduire par l’univers de ces deux baroudeuses (une catalane Anna Amigô et une française Eva Genniaux habitant en Belgique). Que le spectacle commence…

 

Infos pratiques : 20h à 21h 30. Espace Art Gallery, rue Lesbroussart 35 à 1050 Ixelles.

PAF : 5 €. Réservations souhaitées au 00 32 (0) 497.577.120. Places limitées (35) et verres de l’amitié après. Les bénéfices du concert seront au profit de Formiga and Cigale.

 

Information pratique : Pour les visiteurs de la galerie qui viennent en voiture. Les parkings rue Lesbroussart et environs sont payant jusqu’à 20h 30 ! Si vous ne trouvez pas de places dans le quartier il est tout à fait possible d’utiliser le parking Flagey sous la place. Il est à 5 minutes de la galerie et cela sans tourner en rond à la recherche d’une place disponible. Ou alors venir après 20h 30 et trouver une place en surface. Et il y a aussi les transports publics : le tram (81) et les bus (38, 54, 60 et 71).                   Jerry Delfosse

Voici les quatre prochaines expositions :

 

-Titre : « M’Artinessence » 

Artiste : Martine Raeymaekers (Be) peintures

Vernissage le 21/05 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 21/05 au 08/06/2014

Finissage le 07/06/2014 de 11h 30 à 18h 30.

&

-Titre : « Entre rêves et réalité » 

Artiste : Florence Penet (Fr) peintures

Vernissage le 21/05 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 21/05 au 08/06/2014

Finissage le 07/06/2014 de 11h 30 à 18h 30.

&

-Titre : « Différents regards sur l’art »

Artistes : Isabelle Constant (Fr) sculptures, Anne Marie Chasson (Fr) sculptures

Vernissage le 21/05 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 21/05 au 08/06/2014

Finissage le 07/06/2014 de 11h 30 à 18h 30.

 

-Titre : « 5e expositions des artistes de la L.I.R. » 

Artistes : Collectif d’artistes multidisciplinaires dans le cadre de l’exposition événement des 40 ans de la Ligue en faveur des Insuffisants Rénaux A.S.B.L. Artistes présents :

Fabienne Cristyn (porcelaines), Anne Monjoie (aquarelles et dessins), Marianne Modave (pastels), Anny Van Gorp (aquarelles), Philippe Vroye (aquarelles), Liliane Sanchez (peintures), Joël Coppens (collages), Catherine Colasse (photographies), Rosy Gutierrez (peintures), Catherine Van Haute (photographies), Bindels Myriam (huiles et aquarelles), Danielle Beaurain (écrivain), Françoise Giaiotto (céramiques), Dominique Leroy (dessins), Michèle Meijer (acryliques et aquarelles) et Israel Severine (photographies).

Vernissage le 11/06 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 11/06 au 29/06/2014

Finissage le 28/06/2014 de 11h 30 à 18h 30.

 

En juillet la galerie est fermée.

 

En août c’est un collectif d’artistes.

 

La rentrée culturelle à lieu le 10 septembre 2014.

 

Au plaisir de vous revoir à l’un ou l’autre de ces événements.

 

Bien à vous,

 

                                                        Jerry Delfosse

                                                        Espace Art Gallery

                                                        GSM: 00.32.497. 577.120

                                                        Mail de réponse eag.gallery@gmail.com

 

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rêverie

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Le soir, j’admire quand tu te concentres, la lecture te rend belle. Tu n’en n’as nul besoin pour l’être mais la moindre excuse pour te dire que tu l’es est la bienvenue. Je ne comprends pas l’écriture de ton pays dans ces livres, parfois tu résumes et quelquefois tu me dis cela intraduisible. J’avoue, Anna que j’aime ces moments de silence, je t’admire, je suis un vieux fou et si tu es en tenue de nuit, je savoure ces instants !

Plongée dans tes rêves, tu t’imagines sans doute être l’héroïne de ce roman et je prie pour que ce soit un roman doux, pour qu’une fois ce livre déposé, tes rêves soient à l’image du scénario.

Le contraire m’empêcherait de dormir !

Livre d’histoire, roman historique, érotique, de science réelle ou de fiction, d’aventure ou autre, tu es souvent plongée sur ces pages écrites ; je crois que tu as besoin ce ça, pour t’évader de ce monde.

Être érudite en plus d’être belle, comment ne pas aimer même si en ces moments-là, tu n’es plus Diabliczka, ni moi, Méphisto, nous sommes Anna et Angelo !

 

 

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Les petites flammes du désir

                                                                                                                                       

 

Julie était mariée depuis vingt ans, elle en avait quarante-cinq. Elle éprouvait pour son mari un amour qu’elle qualifiait de profond.  Ils vieilliraient ensemble, disait-elle.

Julie avait conservé des joues lisses et des lèvres pleines qu’elle soulignait soigneusement de son rouge à lèvres. Le corps à peine épaissi aux hanches, elle n’en était que plus désirable.

Les amitiés de vacances se dénouent généralement avec la fin des vacances, si bien qu’ils avaient été surpris quand les Peraux leur avaient téléphoné pour leur dire qu’ils avaient conservé de leur rencontre un souvenir si plaisant qu’ils souhaitaient les revoir.

Ils étaient à peine arrivés que Georges avait entouré les épaules du mari de Julie pour faire, comme il disait, le tour du propriétaire et lui montrer sa cave. Pendant ce temps, dit-il,  Sylviane montrerait leur chambre à Julie, cela leur permettrait de se faire jolies et eux, les hommes, choisiraient les vins qui accompagneraient leur repas. Un repas de retrouvailles.

A la fin du repas Julie avait voulu se rafraîchir. Sylviane et le mari de Julie parlaient cuisine et le mari de Julie avait à ce sujet une compétence de gourmet qui surprenait toujours la femme de ses hôtes.

Georges dit qu’il allait conduire Julie à la salle de bains, il était inutile que Sylviane se dérange.

Il entra dans la salle de bains avec Julie, prit une serviette de bain pour la lui donner mais la conserva dans la main.

Tu sais que tu es jolie, dit-il en s’approchant d’elle. Je l’avais déjà remarqué au bord de la piscine, et j’avoue que je te regardais souvent. Je le dis comme je le pense, j’enviais ton mari. Oui, dit Julie en souriant, mais c’est mon mari.

Georges s’était approché d’elle, il avait voulu l’embrasser sur la bouche, elle avait détourné la tête et elle avait mis la main sur sa poitrine pour le repousser. Il avait cherché son cou et il avait retiré la main de Julie de sa poitrine pour la poser sur son sexe tendu. Julie n’était plus une enfant mais elle ne savait pas ce qui aurait pu arriver si on n’avait pas frappé à la porte. C’était Sylviane, et Georges, le visage en feu, avait dit qu’il cherchait une serviette propre pour Julie. Il était sorti en riant.

Cette nuit-là, Julie n’avait pas voulu que son mari l’approche, elle avait la migraine, avait-elle dit. C’était peut-être le vin, elle pensait qu’il valait mieux qu’ils rentrent chez eux, peut-être qu’elle avait un début de grippe.

A peine rentrés chez eux, Julie avait entraîné son mari dans la salle de bains, et elle lui avait fait l’amour comme l’aurait fait une putain, avait-elle pensé. Mais, et ça lui était venu à l’esprit comme à peine l’ombre d’une pensée, c’était à Georges aussi qu’elle avait songé.

Julie n’avait jamais trompé son mari. C’est vrai qu’il lui arrivait d’être troublée  lorsque en dansant son cavalier la serrait de trop près, sa poitrine était particulièrement sensible, mais elle s’écartait sans aigreur. N’était-ce pas un hommage à sa beauté et à cette attraction qu’elle exerçait sur les hommes ?

Julie et son mari formaient un couple heureux mais Julie pensait parfois que leur vie était trop routinière. Adolescente elle avait rêvé de rencontres inédites, d’actions qui la porteraient à prendre des risques dont elle ignorait la nature mais dont son entourage aurait été surpris.

Autre chose avait changé encore après un voyage qu’ils avaient fait en amoureux pour fêter l’anniversaire de leur première rencontre.

Au retour, ils s’étaient arrêtés dans une auberge de campagne pour y passer la nuit. Ils avaient fait l’amour. Puis elle avait eu envie de descendre dans le hall pour demander elle ne savait plus quoi, et son mari était resté allongé sur le lit. La chambre se trouvait au troisième étage, elle avait pris l’ascenseur vêtue d’un manteau qu’elle avait enfilé sur son pyjama.

Un homme se trouvait dans l’ascenseur. Le col de sa chemise ouvert, les cheveux dépeignés, manifestement il sortait de son lit. Ils se regardèrent un moment puis ils détournèrent la tête. Julie sentait sur eux, et il devait le sentir lui aussi, cette odeur épicée qu’ont les couples après avoir fait l’amour. C’était une sensation curieuse et excitante. Il venait de faire l’amour, elle en était certaine, et c’était comme s’ils avaient fait l’amour ensemble. Elle imaginait que sa compagne l’attendait dans leur chambre comme l’attendait son mari dans la sienne.

L’ascenseur s’était arrêté, l’homme était sorti mais Julie avait changé d’avis. Elle remonta dans la chambre. Son mari était toujours étendu sur les draps rabattus. Elle se coucha auprès de lui, elle posa la main sur sa jambe et, tout en le caressant, elle lui raconta sa rencontre de l’ascenseur. Ils avaient ri de cette coïncidence et de la jouissance singulière qu’elle leur procurait.

Depuis, est-ce qu’on sait pourquoi et comment ces idées-là vous viennent, comme si une main vous saisissait le bas du ventre, elle s’était mise à penser à des gestes que des inconnus pourraient avoir envers elle dans un ascenseur ou ailleurs. Et à ce qu’elle ferait s’ils le faisaient en réalité, et non pas dans ce jardin obscur de l’imagination. Par exemple, ça pourrait arriver, si elle se trouvait dans une voiture avec un conducteur de rencontre. Au début ils se tairaient tous les deux puis parce que ce silence serait devenu de plus en plus lourd, une sorte de tension indéfinissable se serait emparée d’eux et, tout en roulant et sans la regarder, son conducteur lui aurait entouré le cou, l’aurait obligée à baisser la tête jusqu’à son sexe, et aurait exigé d’elle qu’elle le mette à nu. Devait-elle se débattre ? N’était-ce pas une question de vie ou de mort ?

Finalement ce n’était qu’un fantasme.

Julie avait rencontré Michel par hasard. Elle se trouvait dans le bar d’un hôtel pour prendre un café avant de rentrer chez elle.

Michel était un homme d’une cinquantaine d’années pas particulièrement séduisant et d’allure maladroite. Elle ne l’aurait pas remarqué d’ailleurs sans cette allure maladroite avec laquelle il cherchait une table où s’asseoir. Le bar était plein et il était passé deux fois auprès de celle de Julie.

C’est elle qui d’un sourire et d’un geste courtois l’avait invité à prendre place. Il l’avait remerciée, il avait dit que le bar était plein, ce qu’elle avait constaté elle aussi, avait-elle répondu.

Sans l’avoir cherché son pied avait rencontré celui de Michel. Il n’avait pas retiré le sien mais il avait dit qu’il faisait chaud. Puis, il avait avancé l’autre pied si bien qu’il avait le pied de Julie entre les siens.

Il y avait eu un moment de silence, elle voyait qu’il hésitait, elle ne savait pas ce qu’elle souhaitait elle-même. Il se redressa et il dit qu’il allait demander une chambre. C’était autant une affirmation qu’une question. Et quand il était revenu de la réception, une clef à la main, elle l’avait suivi vers l’ascenseur, curieuse de sa propre réaction, en vérité elle n’en avait pas, et ils prirent l’ascenseur jusqu’à l’étage de leur chambre.

- Est-ce que tu es marié ?

Il avait paru surpris de la question de Julie. Puis, il avait dit que ça paraissait ridicule mais qu’il n’avait jamais trouvé chaussure à son pied, non il ne voulait pas le dire dans le sens où elle l’entendait mais affectivement, le travail, les voyages, enfin tout ce qui fait qu’on passe peut-être à côté de sa vie, tu vois ?

Elle voyait, avait-elle répondu, est-ce qu’on sait qui passe à côté de sa vie ? Et ils s’étaient promis de se revoir.

Ce fût dans le même hôtel. Parfois elle arrivait avant lui, et elle l’attendait dans la chambre. Après s’être aimés, elle partait la première, la tête baissée afin qu’on ne puisse pas la reconnaître, et s’émerveillait du plaisir que lui procurait le caractère clandestin de cette aventure.

Au bout de trois semaines, il lui avait demandé de venir chez lui puisqu’il vivait seul, et elle avait accepté, étonnée de ce que le sentiment de culpabilité qu’elle en ressentait, Dieu sait où ça la mènerait ?, lui était agréable et, de manière étrange, lui donnait, pour la première fois, le sentiment de construire sa vie. C’est Michel qui préparait le repas qu’ils prenaient avant ou après s’être aimés. Parfois même, en même temps. Ce fût un temps délicieux et exaltant.

Un jour il lui offrit un cadeau, un parfum, celui qu’elle utilisait, et une surprise, avait-il dit, la clé de son appartement, tu pourras venir quand tu voudras

Elle venait sans prévenir dès qu’elle le pouvait. C’était une étrange sensation que d’avoir deux foyers. C’est drôle, avait-elle pensé, elle aimait toujours son mari. Et il lui avait même semblé lorsque Michel, peu à peu, se mit à l’attendre avec de plus en plus  d’impatience que c’est à son mari qu’elle pensait en se mettant au lit. Peut-être n’aurait-il pas dû lui remettre sa clé ? Peut-être auraient-ils dû continuer de se rencontrer à l’hôtel ?

La dernière fois qu’elle était venue, elle avait déposé sur la table du salon, bien en évidence, la clé de l’appartement. Et, sans se retourner, elle avait repris l’ascenseur.

 

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Poème 4

Elle est née dans une étoile
Elle a grandi dans un nuage
Elle a dessiné un grand ciel
Elle est fille des mots.

 

 

Il a hissé sa voile
Il a quitté son rivage
Vers la contrée irréelle
Il est son jumeau.

 

 

Elle a vu la montagne
Elle a habité la grotte
Elle a cultivé la terre
Elle est fleur.

 

 

Il a oublié son bagne
Il a fait une bonne trotte
Il a appris l'abécédaire 
Il est rêveur.

 

 

Ils n'ont pas grand chose 
Ils allument des feux
Ils sont en osmose
Et osent être heureux.

 

 

Je ne vous dirai pas
La fin de l'histoire
Un conte comme ça
Doit garder l'espoir.

 

 

Et puis, c'est dimanche
Aujourd'hui, c'est une pose
Laissons la page blanche
Dieu se repose.

 

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Poème 5

Toi, la feuille blanche...

Toi la feuille blanche 

Tu te déhanches

Aguichante

Alléchante

Tu m'invites

Tu m'habites

Ce qui m'attire en toi

C'est que tu ne me ressembles pas

Je suis le loup, le mal, le fou

Tu es la vierge espiègle

Tu étales ta blancheur sans pudeur

Tu me tentes…tu me tues…

Tu réveilles en moi ce désir

Bestial de te parcourir de baisers

De t'étreindre, d'être à toi à jamais

De me verser en toi

Et tu reviens à l'attaque

Encore plus blanche, encore plus pure

Transparente, gouffre insatiable !

 Tu fais l'ange mais tu es démon

Feuille blanche, va-t-en !

Je ne veux plus écrire !

Je veux prier en silence

Pour être pardonnée d'avoir un jour

Osé écrire !

 

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Ineffable félicité

 

Ô la grâce qui m'est offerte,

L'ineffable félicité!

Je contemple l'immensité,

Au-dessus de ma rue déserte.

Des masses blanches innombrables

Sont creusées par des fleuves bleus.

Je ne détourne pas les yeux

De cet univers insondable.

Montent au ciel illimité

Trois oiseaux se grisant d'espace.

Gracieusement, ils s'y déplacent,

Fascinante mobilité!

Mon corps semble en lévitation,

Mon âme plane impondérable.

J'éprouve une joie délectable.

Suis-je en état de dévotion?

Un vent soulève mes cheveux,

Il me distrait avec tendresse.

Je trouve douces ses caresses.

Tout demeure silencieux.

Ce premier mai 2014

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L'invisible pull-over,

Savez-vous que je passe le plus clair de mon temps

"à m'écrire" un genre de pull-over,

de préférence bleu,

qui me protège et dont j'aime faire toucher

l'invisible maillage

par les êtres qui me sont chers

et dont vous faites partie.

Parfois, de moins en moins souvent,

je l'enlève ; je redeviens ainsi blanche, vulnérable, incomplète :

Je n'écris plus !

Alors, depuis Paris, où je travaille, où je vis,

je contemple le ciel,

cette immensité égale à celle de la terre,

mais à l'envers et je recommence" à m'écrire"

ce pull de plus en plus bleu et chaud.

Chaque maille est un jour.........

Le détricotage, serait un renoncement.

C'est un travail de chaque instant..

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Poème 3

Les passions rabougries

 

Mon cœur est un cimetière

Suspendu entre ciel et terre.

Des mots mort-nés le pourrissent.

Les gens bien me maudissent.

Je suis la charogne de Baudelaire.

Mon cœur est un ilot de non-temps

Où les vieilles passions enterrées

Se laissent parfois aller à vivre

Alors je tangue comme le bateau ivre .

 

Mon cimetière secret est une éternité

Faite de passions crucifiées, d’amours momifiées.

J’aimais, je n’aime plus ;

Voici une tombe de plus.

Je rêvais, le rêve s’est effrité ;

C’est une pluie glaciale attisant mes plaies.

Je voulais avec force, me voici léthargique.

Le corps astral de ma force antique

Erre à travers les sentiers fantomatiques

De mon pauvre cœur irrigué par le sang de ses défuntes passions.

Les gens autour de moi ont de vrais sourires

Dans les yeux et de profonds soupirs.

Chacun s’accroche passionnément

A un être, à un air, à une vocation.

Chacun a sa citadelle, ses rendez-vous fidèles.

Moi, je suis un poème errant

Hantant les pages de la mémoire.

Qu’on ne me parle plus d’antan

Que je puisse réécrire mon histoire !

 

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Le nom d'un homme

 

Par l'entremise d'un ami, j'avais trouvé un poste dans un journal mais je n'y signais pas d'article. C'était un poste sans éclat qui demandait de l'attention mais peu d'initiative. Ne pas voir mon nom au bas d'un texte ne me frustrait pas. Ce nom qui n'était pas le mien mais qui existait davantage que le vrai.
Tout le monde m'appelait Pierre ou monsieur Berger. Même hors du journal. Au point que face à une instance administrative, ou à la banque par exemple, lorsqu'il fallait décliner mon identité telle qu'elle figurait sur des documents officiels il m'arrivait d'hésiter. Nos amis lorsqu'ils parlaient de nous disaient les Berger. Au début, Hélène rectifiait mais cela avait un aspect ridicule et affecté.
Qu'est-ce qu'un nom ?, avait dit un personnage de théâtre. Entre nous, elle continuait de m'appeler Sam ou Sammy. Ce prénom si courant aux Etats-Unis avait chez nous une connotation quasi ethnique. Nous vivions dans deux mondes que seule la texture d'un nom séparait.
Nous étions mariés depuis près de vingt ans lorsque les prémices du cancer se sont déclarés.
Nous n'avions pas d'enfants. J'étais d'une génération où on associait les mots enfant à ceux de guerre et de mort. On disait: faire des enfants afin de nourrir la guerre.
Ce sont toujours les jeunes qui meurent à la guerre.
Les vieux en général comme les généraux, si je puis me permettre cette plaisanterie éculée, meurent dans leur lit. Les jeunes ne craignent pas la mort. Les vieux, si !
Ils ne craignent pas cet accident aussi absurde que celui de la naissance, ils craignent de ne plus vivre. Chaque jour dépose des images alluvionnaires dont on ne distingue plus les odeurs. Bons ou mauvais souvenirs, elles prouvent que vous avez existé.
Les jeunes ont moins de souvenirs que leurs aînés. En revanche ils sont convaincus d'être la substance d'un grand dessein. Ils savent qu'ils ne peuvent pas mourir avant que ce dessein ne se réalise. Même sous les bombardements, à plat ventre sur le sol, je levais les yeux au ciel, et une étrange exaltation soulevait ma poitrine. Je ne pouvais pas mourir. La preuve c'est que j'ai survécu durant de nombreuses années, et que je vis encore.
Hélène, elle, n'était pas immortelle. Proche de la mort, elle n'avait pas été animée d'une exaltation particulière.
Jusque là je ne savais pas à quel point j'aimais ma femme. Le soir de notre mariage, comme des esprits forts, nous ne nous sommes pas juré de nous aimer toute la vie.
- Le plus longtemps possible.
Qui en effet peut prévoir l'avenir. Pour Hélène j'ai été celui qu'elle a aimé jusqu'au dernier de ses jours.
Lorsque ma mère est morte, c'était quelques mois avant la mort d'Hélène, je n'ai pas éprouvé la sensation de vide que j'ai éprouvée à la mort d'Hélène. Peut être parce qu'il est naturel que les plus âgés meurent avant les plus jeunes et contribuent ainsi à un juste équilibre des générations.
Lorsque c'est le contraire qui se produit, il n'y a plus d'équilibre et on aboutit à une civilisation de vieillards, sans beauté, sans énergie et sans courage.
Mon père est mort quelques mois après la mort d'Hélène. Je ne le lui avais pas dit. Il n'avait plus toute sa tête, comme on dit, Il méritait que les images qu'il voyait, les propos qu'il entendait ou croyait entendre, autant que ceux qu'il tenait lui-même, le ramènent aux époques de sa vie qu'il choisissait selon ses envies. Ou selon ses errements.
Il m'avait raconté la fin heureuse de l'un de ses amis. Agé de plus de quatre-vingt cinq ans, il avait marché entre les rails à la rencontre des trams. En levant sa canne, il criait:
- Ce tram est à moi, de quel droit vous en servez-vous ?
Des agents de police l'avaient entouré, il avait été placé dans un asile, et il était mort heureux persuadé qu'il était propriétaire d'une flottille de tramways.
Cette année-là, j'ai beaucoup côtoyé la mort. Je n'avais plus d'attaches réelles. Je me retrouvais seul comptable de ma vie.
C'était une année curieuse. Je revoyais mon passé comme s'il s'agissait d'un film tourné à l'envers. Un de ces vieux films d'actualités qui ressemblaient à ceux de la naissance du cinéma. Les personnages couraient, les gestes étaient saccadés. Hitler, Staline, Roosevelt, le maréchal Pétain, et d'autres encore étaient les protagonistes d'une histoire que je n'ai vraiment connue qu'après la guerre. Tout semblait caricatural. Mais les morts, de plus en plus nombreux, ne se relevaient pas à la fin du film.
Je me suis posé la question. Ces hordes humaines qui traversaient la scène en tous sens, est-ce que je les évoquais parce qu’elles étaient-elles liées à des images récentes que montrait la télévision ou avaient-elles marqué ma mémoire parce qu'elles se répétaient depuis des siècles?
J’imagine que c’est ce qu’on appelle avoir les idées noires.
Je me demandais à quoi on pouvait reconnaître qu'une guerre allait survenir. Pas une de ces petites guerres qui depuis quelques temps surviennent à différents endroits de la planète. Une guerre sérieuse avec des ennemis suffisamment proches pour qu'ils puissent se réconcilier rapidement. Que les survivants puissent se demander pourquoi ils ont failli se faire tuer.
Ce sont des guerres normales dont on enseigne la stratégie dans toutes les bonnes écoles militaires. Sans se préoccuper de la nationalité de l'auteur qu'on étudie.
Pour les juifs en revanche, durant la dernière guerre cela n'avait pas été pareil.
Durant les guerres d'une certaine ampleur ils étaient assimilés d'office à la communauté de leur pays. Il arrivait que durant un assaut un juif tuât un juif à l'uniforme différent du sien. Il en était profondément désolé, il répondait Sheema Israël à celui qui criait avant de mourir Sheema Israël. C'était le prix à payer pour continuer d'être l'homme d'un pays.
Durant la dernière guerre, quel qu'ait été leur pays d'origine, il n'y eut pas de bons ou de mauvais juifs. Pour un grand nombre d'êtres humains ils étaient tous mauvais. Tous, il fallait les éliminer.
Durant cette guerre-là, aucun de ceux qui sont morts n'a eu droit à une mort honorable. Ni à l'endroit où des proches survivants auraient pu se recueillir sur leur tombe. Ce n'est pas juste.
Je m'étais étendu sur l'herbe du jardin comme je le faisais de plus en plus souvent dès que le temps le permettait.
J'ai toujours partagé ma vie en périodes que sans le vouloir sciemment, j'oubliais dès qu'une autre commençait. C'était une méthode qui permettait de vivre longtemps. Presqu'en paix.
J'avais oublié Hector, Michel, Marc, Paul, René, Alexis et quelques autres. Il est vrai que la plupart d'entre eux sont morts de «mort naturelle».
Et moi? Pourquoi suis-je vivant? Et non pas ceux qui ne sont pas morts de mort naturelle. Ils auraient eu mon âge aujourd'hui.
Parce qu'ils étaient juifs ? Mais, c'est quoi un juif ? Je me souviens que j'avais huit ans lorsqu'à l'école primaire un condisciple m'avait crié: «sale juif».
Le jour de la prochaine commémoration à Auschwitz, j'accompagnerai les organisateurs. Vers la fin de l'après-midi, je me rendrai à la baraque la plus éloignée. Je m'étendrai sur un des châlits. Peut-être que c'est ma place que je retrouverai. Celle qui encombre ma mémoire. Peut-être que c'est ce qu'ils veulent, ceux qui me regardent comme si je n'étais pas tout à fait l'un des leurs. Comme s'ils attendaient cependant de moi que je leur dise quelque chose. Quelque chose que nous ne comprenons pas ni les uns ni les autres. Mais qui est important.
Je me souviens d’un poème écrit par un poète qui s’est suicidé à l’âge de trente-trois ans, l’âge d’un juif crucifié.
Il disait : je suis un nuage en pantalons.

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Poème 2

Faux phare

Poète, 
Quelque chose s'est brisé en toi
Lève-toi et ramasse tes débris
Tout poète que tu sois
Tu es humain et n'as qu'une vie.

Poète,
Les mots qui étaient ton phare
T'ont bel et bien trahi et te voilà pris
Ne te débats plus, il est trop tard
Sois stoïque lorsque tu péris.

Poète,
Tu as fait des vers et tu as allumé
Des passions et des feux de joie
Mais, tu n'as pas su voir le danger
Te voilà piégé! ne tombe pas plus bas!

Poète,
Sauve ce qui reste; que reste-il?
Des menus morceaux de ton art
Un ultime et douloureux exil
Jette tout loin et, vide, pars!

Poète,
Tu as été trahi jusqu'à la moelle
Par les mots-mêmes qui te portaient
Qu'attends-tu pour rejoindre les étoiles
Et éteindre le faux phare à jamais?

Poète, 
Ramasse donc tes brisures
Personne ne le fera pour toi
Il s'ouvre une porte dans l'azur
Sa lumière ne te trompera pas!

Poète,
Qu'elle sera douce, la fin 
Si tu sais ne plus écrire!
Qu'il sera quiet , demain
Si tu laisses l'espoir flétrir!

Poète, 
Je sais que tu auras le courage
De quitter ces pays brumeux
Je vois que tu as fait tes bagages
J'arrive à temps pour te faire mes adieux.

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poème 1

Contre-marche


J'ai beaucoup marché

Au long des allées

Au long des années

A chaque pas, j'ai laissé

Un peu de moi...

Un rêve est devenu

Illusion au coin d'une rue...

Un autre a craqué

Comme une feuille morte

Et j'ai avancé

J'ai défoncé des portes

Pour ne trouver derrière

Qu'un regret amer...

J'ai même creusé des chemins

Au fond de mon âme en délire

Et j'ai inventé des matins

Habillés de satin

Pour avancer encore

Lorsque mon cœur écorché

Me suppliait d'arrêter

Je lui ai toujours dit

Qu'il y a une issue

Que dans cette vie

Je saurai quitter les rues

Vers la large avenue

Où j'avancerai bras ouverts

Vers la cime d'un moi

Qui regardera la mort en face

Sans rancœur, sans effroi

Car celui qui a laissé la trace de ses pas

Ne meurt pas.

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Promenade JGobert

Le soleil se lève, brillant et déjà chaud, augurant une belle journée. Comme par le passé et dans ses souvenirs, sortir très tôt le matin a toujours été agréable pour Mamy. Sentir la fraicheur de la nuit dans la lumière du jour et voir la rosée s’évanouir sur la végétation sont deux atouts que la nature donne pour l’aimer et l’apprivoiser.

Ce matin, Mamy emmène sa petite fille foulée les sentiers de campagne dans cette vallée qui borde la ville. La fillette se régale et savoure déjà le temps de cette promenade matinale. Ce petit bout suit sa mamy dés le réveil et l’imite dans bien des choses.

A son âge, la fillette a préparé ses chaussures, de bonnes chaussures réclamées à maman pour balader avec grand-mère. Son sac est prêt, eau et petits encas pour la route. Quel bonheur de la voir si jolie et si vivante, sautillant d’impatience avant le départ son chapeau posé sur ses boucles blondes.

Mamy est prête aussi et elle sait qu’elle va apprécier chaque minute de ce temps qui lui est donné avec cette enfant qui la rend tellement heureuse. Un décompte auquel elle n’avait jamais pensé jusqu’à ce jour où bébé a débarqué dans son existence. Cette enfant la rassure sur la beauté de la vie et son renouveau.

Les années ont passé bien vite depuis le temps où elle gambadait elle-même autour de grand-père, souriante et innocente. La promenade prévu est celle que petite, mamy faisait avec son propre grand-père. Un homme tendre et rempli d’amour pour elle. Elle était son bonheur, sa joie. Un cœur grand comme ses moustaches d’un autre temps. La vie était légère à cette époque et grand-père était là pour la protéger de tout. Ces randonnées main dans la main ne se sont jamais effacées de sa mémoire et aujourd’hui, c’est elle-même qui va conduire cette enfant sur les chemins, les pistes de l’enfance, de la vie. Faisant les mêmes gestes, les mêmes pas, les mêmes commentaires sur cette route que la fillette découvre.

Les sentiers serpentent dans une végétation couverte de fleurs sauvages, montent et descendent laissant voir au loin des paysages encore brumeux. Les bruits de la terre à cette heure sont faits pour ceux qui écoutent. Le réveil de cette faune se fait délicatement, dans un murmure, égayant ces espaces isolés dans cette campagne.

Un instant de tristesse dans les yeux de grand-mère et la fillette lui prend la main. Un vrai duo d’amour que ces deux là. Quel beau souvenir qui s’ajoute aux autres.

La voie est ouverte sur une vie qui débute, choisir où aller, à gauche, à droite, le choix n’est pas facile mais il doit être raisonné. Ce joli sentier l’emmène vers les années de l’enfance qui seront douces. Cet autre sentier vers une adolescence peut-être tumultueuse comme beaucoup et enfin cette route parsemée d’embûches vers la réalité de l’existence. Grand-mère veillera que tout se passe bien et arrivée à ce grand carrefour, elle lâchera sa main pour la laisser partir.

La nature est en fleurs, du plus petit brin d’herbe à l’arbre le plus haut, la vie coule à flots sur cette route et offre tant de délices aux yeux ébahis de la fillette qui veut tout ramener à maman, petites fleurs, jolis cailloux, escargots, fruits sauvages. Mamy sourit pour ne pas pleurer de tant de bonheur et d'amour inconditionnel pour cette enfant.

La nature bienveillante les regarde passer, accueillant tant de beauté et de chants d’oiseaux qui s’élèvent dans un ciel sans nuages.

 

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