Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Publications de Deashelle (971)

Trier par
administrateur théâtres

Le Grand Retour de Boris S.  de Serge Kribus né à Bruxelles en 1962, a raflé de nombreux prix : le Prix Beaumarchais, le Prix de la Critique, le Prix de la Francophonie de la SACD, le Prix Lucien Barrière et enfin, une nomination aux Molières en 2001. La  mise en scène du Grand Retour de Boris S. par Valérie Lemaître a été présentée au public du Festival de Théâtre de Spa en août 2011.

 

Boris, le père joué par Alexandre Von Sivers, vieux comédien veuf et malicieux, débarque chez son fils Henri, joué par Xavier Campion qui a d’autres chats à fouetter. En l’occurrence il  est en plein désarroi, il a perdu son travail et sa femme l'a quitté. Que faire de ses enfants ?   Il est à bout de nerfs, emporté, presque violent.  

On vient de proposer à son père de jouer « Le Roi Lear » de Shakespeare. Vrai ? Faux ? Comédie qu’il se joue dans la comédie de la vie ? Chant du cygne ?  Boris : « Le théâtre ne fait pas semblant, moi oui !» Ne fait-il pas tour à tour  semblant de rester, de partir ? Fait-il semblant de répéter ou fabrique-t-il une nouvelle pièce qui dira vrai? Jeu de chat et de souris ?  Est-il fou comme le père de Cordélia : « dis-moi comment tu m’aimes ?»

Les deux hommes sont  tous deux prénommés Spielman : joueur en français. Dans quelle pièce joue-t-on ? Tous deux sont  juifs. Ils n'ont jamais su vraiment se parler car tout  les sépare, y compris la culture juive, un poids culturel qui écrase « le petit ». Boris : « si on se souvient pas, qui va le faire ? « On se bat pour ne pas oublier ! »  Henri : « si tout le monde s’effaçait, il y aurait un peu plus de place pour chacun ! » Il y a une justesse de ton et d’observation extraordinaires, les dialogues enfin établis sont d’une vérité rare. On assiste à un family shock fracassant. Au cours de leurs assauts, de leurs bouderies et de leurs joutes de pouvoir, tous deux se lâchent enfin avec une sincérité qui n’a plus rien des fuites et des  faux-semblants. Les reproches du fils pleuvent. La colère du père gronde, mais une nouvelle complicité père – fils se construit sous nos yeux,  de façon durable. Chacun  a enfin parlé pour « dire ». De l’humble aveu des faiblesses et de la peur panique de décevoir,  éclôt l’aveu de la tendresse mutuelle pour l’autre. Ce soir-là, devant un immense mur de lamentations couleur argile, percé d’une seule issue,  à force de jeu de chat perché et de fulgurances de sensibilités à fleur de peau, ayant, comme dans le roi Lear, tous deux touché le fond,  ils vont apprendre da à se découvrir, se reconnaître et se  comprendre vraiment. A la question évidente de l’identité dans le roi Lear, « Qui suis-je par rapport aux autres, qui suis-je pour les autres ? » Henri découvre qu’il est «  un fils qui sait pas comment t’aimer ». Et le père pourrait en dire tout  autant. Spectacle terriblement touchant. Devant le rien et au cœur du dénuement, la seule issue, c’est l’amour.  

 

-- Serge Kribus a délibérément choisi des extraits lourds de sens. Tout d’abord, lorsque Boris demande à Henri de l’aide pour répéter. Il s’agit de la scène où c’est au tour Cordélia de déclarer son amour à son père.

BORIS : A présent, notre joie, et non pas la moindre pour être la dernière, vous,

Cordélia, que saurez-vous dire pour gagner un tiers plus opulent que celui de vos

soeurs ? Parlez.

HENRI : Rien, monseigneur.

BORIS: Rien ?

HENRI : Rien.

BORIS : Rien ne sortira de rien, parlez donc.

HENRI : Infortunée que je suis, je ne puis hausser mon coeur jusqu’à ma bouche,

j’aime Votre Majesté comme le veut mon lien, ni plus, ni moins.

BORIS : Comment Cordélia, amendez un peu votre discours, de crainte de ruiner

votre fortune.

HENRI : Mon bon seigneur, vous m’avez conçue, élevée, aimée, je vous rends en

retour ces devoirs comme il sied, vous obéis et grandement vous honore.

BORIS : Ton cœur est-il dans ce discours ?

HENRI : Oui, mon bon seigneur.

BORIS : Si jeune et si insensible.

HENRI : Si jeune, monseigneur, et si vraie.

BORIS : Soit, que ta véracité soit donc ta dot, car par le rayonnement sacré du soleil,

par l’influence des globes qui nous font exister et cesser d’être, j’abjure ici tout souci

paternel, toute parenté, tout lien de sang, et désormais te tiens pour toujours

étrangère à mon cœur et à moi.

 

A la fin de la pièce, à plusieurs reprises, Boris entonne une réplique de Shakespeare.

« Soufflez, vents, à crever vos joues, faites rage, soufflez, et toi, tonnerre, grand

ébranleur, aplatis l’épaisse rotondité du monde, et disperse d’un seul coup tous les

germes qui font l’homme ingrat. »

Ce cri lancé par Lear au ciel trahit son humanité, sa mortalité, cachées derrière la couronne de Roi tout puissant. La tempête efface l’aveuglement, remet en place la raison. Lear sera ensuite prêt à affronter sa rencontre avec lui-même. De même, chez Kribus, le calme revient après la « tempête » finale. Et les deux protagonistes retrouvent leurs chemins après ces retrouvailles tumultueuses… --

(extrait du dossier pédagogique)

De : Serge Kribus
Mise en scène : Valérie Lemaître
Avec Xavier Campion, Alexandre von Sivers

Jusqu'au 12 février 2012

http://www.atjv.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=472

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

appel européen à la tolérance (théâtre)

L'extrême droite dirige le Nouveau Théâtre à Budapest

Jean-Daniel Magnin | Théâtre du Rond-Point

En octobre dernier, deux personnalités d'extrême droite ont été nommées à la direction du Nouveau Théâtre de Budapest. Elles entrent en fonction ce 1er février. Un appel européen à la tolérance sera lu le soir même dans de nombreux théâtres en Europe, et bien sûr au Théâtre du Rond-Point.


Un personnage tient le drapeau hongrois (Vents contraires)

Imaginez Jean-Marie Le Pen codirigeant le Théâtre du Rond-Point avec un artiste d'extrême droite... C'est ce qui vient d'arriver à Budapest. Le Fidesz-Union civique hongroise du président Viktor Orban poursuit sa révolution culturelle contre « l'hégémonie libérale maladive » en nommant à la tête d'un théâtre de Budapest György Dörner, artiste aux sympathies notoires avec le Parti de la justice hongroise et de la vie (Miep) d'extrême droite, qui ne cache pas ses opinions xénophobes et antisémites.

Pourtant l'ancien directeur du Nouveau Théâtre, István Marta, avait recueilli la majorité des voix pour ce poste. L'émoi dans la profession et ce qui reste d'opposition a redoublé quand Dörner a choisi comme administrateur István Csurka, 77 ans, le président du Miep en personne, aujourd'hui retiré de la politique.

Il faut savoir que si Csurka, celui qu'on appelait le « Le Pen des Carpathes », n'édite pas des fanfares militaires, il écrit des pièces de théâtre qui ne sont jamais jouées. Avec lui Ubu administre un théâtre... bel exemple d'autogestion à la hongroise.

L'appel d'un clown

Dernière nouvelle confiée par nos informateurs de Budapest : une semaine avant leur prise fonction le 1er février, les deux nouveaux directeurs n'avaient toujours pas de programmation pour le mois de... mars suivant !

Voici l'appel lancé de Vienne par l'auteur, comédien et clown Markus Kupferblum, directeur de la compagnie Totales Theater, et de nombreux autres metteurs en scène et acteurs en Europe :

« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, cher public, voici un memorandum qui sera lu aujourd'hui dans la plupart des théâtres européens, dans la langue du pays, avant chaque spectacle.

Nous sommes aujourd'hui le 1er février 2012. Aujourd'hui-même, à Budapest, un des plus importants théâtres de la ville passe sous la direction de deux personnes qui ont depuis plusieurs années publiquement fait leurs des vues d'extrême droite. Ils ont personnellement publié des pamphlets antisémites, anti-Tziganes, des écrits racistes. A partir d'aujourd'hui, ils seront directeurs d'un théâtre subventionné par les fonds publics dans une capitale européenne. Ceci brise un tabou.

Mais plutôt que d'utiliser cette rupture comme une nouvelle occasion de condamner Budapest, pourquoi ne pas nous engager, dans nos pays respectifs, dans nos vies, pour la tolérance, pour la diversité et pour la solidarité avec les membres les plus faibles de notre société ?

Nous sommes atterrés par le fait que des forces politiques, dans beaucoup de pays européens, promeuvent la haine, le mépris et la jalousie entre les peuples.

Notre intention, dans notre travail théâtral, est de dépasser les facteurs de division dans nos sociétés, pour éveiller la curiosité et aiguiser les sens du public vers les évidences sociétales – au nom du bien commun de toutes les personnes, au nom de la paix et de la liberté en Europe.

Après tout, nous autres humains sommes tous libres et égaux en dignité et en droits, nous sommes tous citoyens d'un seul et même monde.

Nous sommes aujourd'hui le 1er février 2012. Rassemblons-nous pour célébrer aujourd'hui la première journée du Théâtre européen pour la tolérance.

Markus Kupferblum »

 

source: http://www.rue89.com/comment/2886471

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

Concert d'András Schiff et la Cappella Andrea Barca

Mardi 31 janvier à 20h00, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Le très célèbre pianiste hongrois András Schiff, à la tête de sa Cappella Andrea Barca (traduction italienne de son patronyme), propose le Concerto n° 9 d’un Mozart encore jeune qui écrivit l’un de ses plus beaux opus et le Concerto n° 5 de Beethoven, l’une des œuvres les plus marquantes de l’histoire du concerto pour piano. En prime, la Cappella Andrea Barca interprète la Deuxième Symphonie de Schubert, une œuvre de jeunesse dont l’écriture demeure encore influencée par celle de Haydn et de Mozart. 

Programme exquis. Interprétation formelle parfaite.  Le public fut démesurément heureux de tant de talent, de nuance dans la nuance, de ciselage parfait, de sculpture musicale presque miraculeuse. Andras Schiff bondit sur son piano pour jouer, à le voir on le croirait transfiguré. A la limite de l’emphase. Les musiciens dociles  l’accompagnent dans son rêve harmonique. Le pianiste égrène le cristal et les météorites. Les notes semblent jaillir de ses doigts alors qu’il effleure à peine les touches. Ange et démon tout à la fois, les reliefs musicaux sont de qualité exceptionnelle. Une leçon d’architecture musicale. Qu’il s’agisse d’un pont du diable ou d’une cathédrale, tout se tient comme par merveille. Pas une fausse note ne se cache derrière le moindre pilier. Lorsqu’il n’est pas sollicité par son piano, Andras Schiff se relève et se dresse comme chef d’orchestre belliqueux face à l’orchestre mais exposant régulièrement  son profil  de figure musicale légendaire au public. Jusqu’au couac. Pas celui d’un musicien. Ni celui d’un homme du monde. Un Mr. Hyde s’est soudainement révélé.  A la fin du morceau, énervé peut-être par les bruits de la salle, il s’offense grossièrement, du poing et du coude, de la toux du public d’hiver, pour ensuite - du jamais vu -  insulter devant tout le monde la deuxième violon japonaise avec les mêmes gestes déplacés, pour une raison connue de lui seul. C’est inadmissible. Tant de malséance étonne dans si beau programme. Faut-il rappeler ses propres paroles ?  `J'avais toujours rêvé de fonder un orchestre avec mes meilleurs amis. Pour faire de la musique, le premier critère est la qualité musicale, mais la sympathie est à peu près aussi importante: il faut avoir du plaisir à être ensemble.’ Cette immense fausse note, (révélatrice du personnage?) nous a donné un frisson persistant et glacé qui sut gâcher la promesse d’une si belle soirée.  

 

Andras Schiff piano, direction - Cappella Andrea Barca

Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour piano et orchestre n° 9, KV 271, "Jeunehomme"
Franz Schubert, Symphonie n° 2, D 125
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano et orchestre n° 5, op. 73, "L'Empereur"

 

 

 

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

Un ACCUEIL au théâtre Varia :  INVASION!

 

                          12272785257?profile=original De Jonas Hassen Khemiri. Mise en scène de Michel Didym.

 

Du 31 janvier au 4 février 2012 à 20h30 sauf les mercredis à 19h30 - relâche les lundis et dimanches. Grande salle.

Variation sur l’identité et les cultures

 

 

Jonas Hassen Khemiri, auteur et dramaturge suédois exporte une pièce de théâtre, Invasion!, bourrée d’humour mais aussi dérangeante, qui traite de l’identité, de la langue et de la couleur de ceux qu’on persécute.

 

Dans un flot d’énergie théâtrale on assiste, médusé, à la manifestation éclatante du pouvoir de la langue, sous forme de tableaux burlesques et ludiques  qui défilent comme des esquisses sur une ardoise magique, avec une extrême volubilité, langue oblige.

What’s in a name ? Un terme peut vouloir dit tout et son contraire, peut plonger ses racines dans une culture donnée ou être pure invention ou supercherie. Rien en effet à la rubrique Aboulkassem dans Wikipedia, alors que c’est le seul fil conducteur de la pièce. Et qui conduit une énergie détonante. « Aboulkassem », Abracadabra  abracadabrant, tout l’art est dans l’intonation - vive l'oralité! - et l’émotion qui sous-tend le vocable. Cette émotion qui est en fin de compte une des dernières différences qui nous distingue de la machine.  On peut voguer du plus atroce au plus fantasmé. Démonstration faite sur scène avec brio qui fait mousser le rire. Mais le vocable finit par faire  exister la chose. Il y a dans la langue un potentiel politique, subversif fascinant. C’est bien le  même propos qui est  défendu par A…lexis Jenni dans  « L’Art français de la guerre ». La chose peut être à la fois le rêve et le cauchemar. Démonstration aussi sur scène lorsque le spectateur  qui se tenait les côtes tout à coup transforme son rire en cri muet de Munch. C’est tout dire.

 

Spectacle saisissant, qui réveille, sème la  graine fertile du respect humain, bloque la voie aux stéréotypes de tout poil, fustige le repli sur soi et la peur de l’altérité.

Dans un magnifique dialogue de sourds où une éminente traductrice suédoise aux cheveux noir corbeau traduit une confession dite en perse, on assiste au retournement total de la vérité, un peu comme dans le 1984 d’Orwell, il y a combien d’années déjà ? Le spectateur voudrait se boucher les oreilles en entendant tant d’insanités au fur et à mesure que  la communication en suédois  s’éloigne du texte original et s’habille de haine. Cette représentation des émigrés nous met véritablement au supplice.

 Si Khemiri, né de père tunisien et de mère suédoise  utilisait dans le texte de sa pièce des tournures rappelant le suédois parlé par beaucoup d’immigrés en Suède, avec syntaxe et grammaire éclatées, la traduction ici ne lui fait pas faux bond car nous sommes arrosés d’un parler des banlieues, jeune, branché pour certains, obscur parfois mais très drôle qui se répand sur le plateau en gloussements et postures à mourir de rire. Les  quatre comédiens virevoltent entre les  changements de costumes éclairs, proches de la prestidigitation pour interpréter chacun six personnages,  sillonnent un immense escalier où se trouve bétonnée l’ascension sociale. Entre des réclames qui louent le système suédois  - le meilleur d’Europe -  des enquêteurs apparaissent régulièrement dans un immense écran vivant - de la télévision en trois D - pour nous « informer » à propos de la chasse à l’homme. La terre elle-même, immense boule-kasem rouge, jaillit de l’écran invisible et ne s'arrête pas de tourner. Nos yeux ébahis suivent le trajet ahurissant de l’homme traqué, démasqué, insaisissable…  qui est partout à la fois, et peut-être aussi  dans la salle. « Nous sommes tous des immigrés, il n'y a que le lieu de naissance qui change» (A…nonyme)

 12272784691?profile=original

Deux musiciens diffusent par-dessus l’escalier et entre les lignes un élan vital fait d’écoute et d’émotion en  jouant discrètement de la  guitare et du synthé. La légèreté est de mise, il ne s’agit pas de scander un quelconque manifeste.   L’instrumental est en total équilibre avec les comédiens tout au long de la pièce pour souligner les humeurs et la couleur des sentiments. Le cueilleur de pommes ne dit-il pas que dans sa vie il n’y a que la musique qui le fasse vivre, un élixir d’amour?  

 

Avec : Quentin Baillot, Zakariya Gouram, Luc-Antoine Diquéro, Julie Pilod. - Musiciens : Flavien Gaudon, Philippe Thibault - Scénographie : Sarah de Battice.- Lumière : Joël Hourbeigt. - Costumes : Anne-Sophie Lecourt.- Mise en scène : Michel Didym. Réserver

 

12272785457?profile=original

 

Le texte est publié aux Ed. Théâtrales. Texte français de Susanne Burstein avec la collaboration d’Aziz Chouaki. http://www.varia.be/fr/les-spectacles/invasion4/

 

Un spectacle de la Compagnie Boomerang Lorraine en coproduction avec le Théâtre Nanterre-Amandiers, la Maison de la Culture de Bourges et le Théâtre de la Manufacture de Nancy. Remerciements à La Comédie-Française et à Renato Bianchi.

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

12272780098?profile=original

"J’ai quinze ans et demi, il n’y a pas de saisons dans ce pays-là, nous sommes dans une saison unique, chaude, monotone, nous sommes dans la longue zone chaude de la terre, pas de printemps, pas de renouveau."

 [...]

Ce texte marquant et inoubliable de Marguerite Duras est un  défi  de taille pour la jeune Sarah Fiorido, seule en scène au théâtre du Grand Midi.

« Très vite dans ma vie, il a été trop tard ! » L’Indochine des années 30. Elle est blanche, elle a quinze ans, des nattes sages, une robe sac en soie grège cerclée d’une ceinture, des yeux  de braise, un visage de madone et acceptera avec un certain  goût de la perversité,  la cigarette anglaise d’un chinois de deux fois son âge et  qui roule en limousine noire. La perversité, seule arme sans doute contre la douleur ?  Derrière la trame de cet amour précoce, déterminant et inachevé à jamais,  Marguerite Duras évoque en filigrane une douleur pour l’éternité. Cette douleur plonge ses racines dans  la violence et les souffrances liées à  son histoire familiale. L’absence de père, les déboires économiques de la famille, la  brutalité, la violence  du frère aîné qui vole la mère et les domestiques et  se complait dans les fumeries d’opium.  Ajoutez l’amour qu’elle voue à sa mère  mais aussi l’insuffisance de celle-ci, l'adoration pour le petit frère et la douleur de sa perte. « Comment ai-je pu aller jusqu’au bout de l’interdit de ma mère ?» se demande-t-elle. Seule l’écriture sera libératoire.

 

12272781085?profile=original 

L’amant, dont la servilité est l'argent de son père, est incapable d’imposer son histoire d’amour. Son père, profondément raciste, misogyne peut-être, est une   figure  tutélaire omnipotente. « Pas de mariage possible avec la petite prostituée (... tuée) blanche du poste de Sadec.» Sadec-la-sadique.

La comédienne au visage très mobile virevolte avec art dans la  narration éclatée en  «je» et «il» et «elle» et se retrouve avec grande maîtrise dans ce labyrinthe de points de vue. Sur quelques mètres carrés, dans un décor peu élaboré, elle suggère, transporte en Indochine, crée des images, vit une passion dans tous les sens du terme, raconte avec beaucoup de pudeur la découverte du plaisir physique et ses ébats aux heures de lycée. L’interprétation de la comédienne est juste, bien que légèrement dérangeante. La jeune amante est  froide, résolue à quitter celui qui, entravé par le pouvoir paternel, souffre en l’aimant comme il n’a jamais aimé. Elle est résignée et ne veut rien laisser paraître. Fière aussi de ne pas montrer ses larmes qui coulent, intarissables, sur le paquebot qui l’emporte vers l’Europe. Regards de la comédienne et texte sont bouleversants. « Elle retrouve seulement maintenant l’amour perdu comme de l’eau dans le sable et qu’elle n’aurait pas vu,» grâce à une valse de Chopin qui se répand dans le paquebot.

 

http://www.xltheatredugrandmidi.be/

 

Jusqu'au 4 février 2012

Sur les traces de Marguerite: http://belleindochine.free.fr/DurasAmant.htm

Lire la suite...
administrateur théâtres

Concert d’hiver BRUSSELS PHILHARMONIC ORCHESTRA (BPHO) au Conservatoire Royal de Bruxelles, le 28 janvier 2012

 

Finlandia, Op 26 de SIBELIUS, Concerto pour piano Op 16 de GRIEG,

Musique de table de ROSENTHAL - Danse macabre de SAINT - SAËNS, España de

CHABRIER

en soliste : Eliane REYES – piano.

Direction : Roger BAUSIER, Directeur musical et chef permanent du BPHO & Professeur honoraire au Conservatoire Royal de Bruxelles

 12272786293?profile=original

Eliane Reyes : une compatriote bouleversante a joué hier soir le magnifique concerto pour piano en la mineur de Grieg Op, 16 au Conservatoire de Bruxelles faisant salle comble. Née à Verviers en 1977, Eliane Reyes commence le piano avec sa mère et donne son premier récital à 5 ans à l’issue duquel elle reçoit une distinction des mains de Jörg Demus.

Ses études l’ont menée à la fréquentation régulière de grands maîtres qui l’ont prise sous leur aile depuis l’âge de dix ans où elle rencontre Gyorgy Cziffra, jusqu’à Vladimir Ashkenazy à l’âge de 20 ans, en passant par Martha Argerich, Michel Béroff, Brigitte Engerer, Hans Leygraf, Jacques Rouvier, Jean-Claude Vanden Eynden et Alan Weiss.

Pendant cette période où elle a également le privilège de jouer aux masterclasses de Paul Badura-Skoda, Abdel-Rahman El Bacha, Murray Perahia et Gyorgy Sebök, elle suivra un cursus au sein des institutions européennes parmi les plus prestigieuses – Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (3e cycle), Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles, la « Chapelle Musicale Reine Elisabeth » ,Hochschule der Künste de Berlin et Mozarteum de Salzbourg, dont elle sortira avec les plus hautes récompenses.

« Rising Star » en 2010-2011, elle vient d’achever avec Lorenzo Gatto, l’autre « Rising Star », une tournée européenne très remarquée. Eliane Reyes vient d’enregistrer, chez Naxos, en première mondiale, les 24 Intermezzi d’Alexandre Tansman, compositeur polonais peu connu, grand ami de Stravinsky, de la reine Elisabeth de Belgique et membre de l’Académie royale de Belgique.

La prestation qu’elle nous a offerte ce 28 janvier 2012, accompagnée par le Brussels Philarmonic Orchestra sous la direction de Roger Bausier  était pétrie de grâce, d’élégance, et de fougue tout à la fois. De ses mains elle semble transformer le  clavier en être sensible. Le visage d’ange est tout émotion et plaisir de la musique dans l’Adagio du concerto pour piano en la mineur de Grieg Op, 16. Un long envoûtement de l’orchestre va faire éclore le pépiement romantique de la pianiste.  Des esquisses de rythmes contemporains nous jettent dans une sorte de blues dont les dernières notes se propagent comme un immense rond dans l’eau. L’Allegretto moderato final témoignera d’une grande tonicité, de vigueur et d’entrain. Tour à tour les hululements des bois feront place au thème principal repris par la pianiste en  échos merveilleux. Si les cors donnent l’éveil de l’énergie vitale, encore et encore la douceur s’invitera sur le clavier pour terminer en beauté spectaculaire avec le déploiement des cuivres et les derniers mots chuchotés du piano-vedette.

A l’ouverture du concert nous avons écouté le BPHO exécuter une splendide interprétation de Finlandia, Op, 26 de Jean Sibelius, car le voyage musical de ce concert d’hiver du BPHO devait nous faire parcourir l’Europe, du Nord au Sud, avec des œuvres de Sibelius, Grieg, Rosenthal, Saint Saëns et Chabrier. La danse macabre de Saint Saëns avec l’excellente Anna Drzwiecka au violon fut elle aussi particulièrement applaudie : c’est brillant, fracassant, net… puis surgit un souffle et tout se dissout !  Le Brussels Philarmonic Orchestra de grande ampleur – plus de 130 jeunes professionnels – et on ne peut plus vaillant,  nous a livré une palette de musiques très variées, dans un flot d’énergie et d’enthousiasme juvénile et de cadences vibrantes. Les instruments étaient lâchés : harpe, piano celesta, neuf musiciens aux percussions, Eric Pollet au tuba. Tous vents dehors, l’armée des cordes n’était pas en reste pour nous gratifier d’une soirée musicale d’exception.

 

Qui dit concert d’hiver, dit concert de printemps avec la soliste espagnole Ana Maria Badia (violon)  le 24 mars 2012. Au programme,  des œuvres de Rossini (ouverture Guillaume Tell, concerto pour violon en ré mineur), Sibelius et Peter Scheck.  Soyez au rendez-vous! Le Conservatoire de Bruxelles est un lieu magique où l’on resterait bien jusqu’au chant du coq!

http://www.bpho.be/

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

 I Solisti del Vento, Vanden Eynden

Vendredi 27.01.2012 20:00

Conservatoire Royal de Bruxelles

 

Jean-Claude Vanden Eynden piano - I Solisti del Vento

Bohuslav Martinu, Sextuor pour vents et piano, H 174 (flûte, hautbois, clarinette, deux bassons et piano)
Ludwig van Beethoven
Sonate pour piano n° 8, op. 13, "Pathétique"


Alexandre Tansman 6 intermezzi, 4 Impressions (2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes et 2 bassons)

Sonate pour piano n° 8, op. 13, Pathétique (arr. Druzecky, pour vents et contrebasse)

  

Vents d’est, vent d’ouest : une rencontre. Sous le titre d’ « Impressions pathétiques », I Solisti del Vento et Jean-Claude Vanden Eynden ont présenté  un programme très original devant un public d’habitués des salles de concert. Difficile sans doute de réunir une plus grande affluence, ce concert étant placé le surlendemain  de celui de Martha Argerich, à deux pas du dimanche de Brendel et du concert du célèbre pianiste hongrois András Schiff, à la tête de sa Cappella Andrea Barca le 31 janvier au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

Ce concert nous a donné l’occasion de découvrir le grand compositeur tchèque Bohuslav Martinu et son Sextuor pour vents et piano, H 174 et des œuvres d’Alexandre Tansman ainsi que la récriture très convaincante de la Sonate « pathétique » par un contemporain de Beethoven : Jiry Druzecky.

En ouverture on reconnait vite une ambiance jazzy dans cette composition écrite à Paris en 1929 par Bohuslav Martinu. Il fut en effet une figure importante de L’Ecole de Paris (Poulenc, Honegger, Milhaud), fréquentant  le groupe des six, comme le nommait Jean Cocteau.  Quatre mouvements. Après les joyeuses sonorités fruitées du prélude, l’adagio met en lumière la souplesse de la flûte et les notes basses du clavier. Suit un bavardage jazzy de la flûte et du piano seul, le ton est badin et la note finale un joli clin d’œil. Rythme de claquettes …dans  un blues du genre divertissement. La fin au rythme marqué s’amuse en exploitant le canon. 

 

12272785483?profile=original

C’est une interprétation nuancée, à grande précision de frappe et variété des phrasés que nous offre J.C. Vanden  Eynden dans « la pathétique » de Beethoven. Plainte et supplication sont enchâssées dans le grave initial qui réapparaît à plusieurs moments. J.C. Vanden  Eynden tend l’oreille comme pour écouter les modulations délicates de l’andante cantabile qui fait  appel à la tendresse personnifiée. Cela contraste avec l’allegro impétueux et pétillant du dernier mouvement.  Le public hélas trop peu nombreux,  rend hommage à son impérial pianiste, maître de la dynamique fine et  nuancée.

  

Passons à la découverte des 6 intermezzi et 4 impressions d’Alexandre Tansman, compositeur né en Pologne, qui se lia d’amitié  avec Stravinski et Ravel lorsqu’il s’installa à Paris. Comme Martinu il fit partie de l’Ecole de Paris. A la seconde guerre mondiale, il gagna les Etats-Unis, où il dédicaça un concerto à Charlie Chaplin et où il écrivit des musiques de film. Dans ces petites pièces bien ciselées on retrouve tour à tour de l’invention agreste, des élans fougueux, des plages de bonheur simple, quitte à s’engouffrer subitement dans une ruée vers l’or. L’invitation à la rêverie fait place au désordre amoureux et dans les quatre impressions s’égrènent prélude, invention, nocturne et burlesque.

 

  I Solisti del Vento, ensemble belge créé en 1991, nous a ravis par ses sonorités riches, miroitantes, humoristiques sous la direction du basson Francis Pollet. Debout, ils forment une ronde inventive qui convoque tous les vents avec fluidité et sensibilité pour incarner autrement, mais de façon très intéressante, la belle sonate de Beethoven. Difficile de ne pas succomber à leur charme.

 

12272786462?profile=original

Lire la suite...
administrateur théâtres

Gidon Kremer & Martha Argerich (Palais des Beaux-Arts )

Gidon Kremer & Martha Argerich   Mercredi 25.01.2012 20:00

Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf

Gidon Kremer direction, violon - Martha Argerich piano - Sergei Nakariakov  trompette - Kremerata Baltica

-Johann Sebastian Bach, Extraits de "L'Art de l'Instrumentation" (oeuvres pour clavier de Bach arrangées pour violon et cordes par Silvestrov, Raskatov, Desyatnikov, Tickmayer, Kissine)
-Giya Kancheli, Chiaroscuro
-Dmitry Shostakovich, Concerto pour piano, trompette et cordes n° 1, op. 35
-Leonid Desyatnikov, Target, extraits

 

                                      Créée en 1997 par Gidon Kremer, la Kremerata Baltica jouit d’une belle renommée internationale. "Kremer and his new string orchestra, made up of extraordinary young players from the Baltic States, are special. They animate everything their bows touch."-- Los Angeles Times. La crème de la Baltique donc.  La moyenne d’âge des musiciens, qui témoignent tous d’une haute qualité artistique, tourne autour de 27 ans.  Les sonorités d’une grande finesse que l’orchestre produit sont d’une grande beauté, tout cela sans qu’il soit besoin de baguette musicale.12272782661?profile=original

                              Gidon Kremer, à la fois directeur artistique et violon solo nous a offert  un programme original, autour de transcriptions contemporaines d’œuvres de Bach et un hommage particulier à Glenn Gould. Le premier extrait part d’un solo au violon, qui s’élève dans le silence des respirations, est une  méditation soudainement  interrompue par un xylophone des plus éthérés, et une invasion ailée de pizzicati des cordes  Des accents de brandebourg alternent avec des miaulements modernes brefs et surprenants. Quelques rythmes vifs et syncopés orneront les différents extraits jusqu’à l’hommage à Glenn Gould, ponctué de soupirs et de nostalgie. Le public est conquis.

                             Le plateau s’étoffe de nouveaux  jeunes musiciens venus des rives nordiques (pianiste et percussions) et le morceau « Chiaroscuro » de Giya Kancheli sera une vraie révélation de romantisme bourdonnant. Il y a une guitare basse électrique, des accords XXe siècle brefs et surprenants, la délicatesse des pizzicati. Les cordes dorées créent une atmosphère recueillie et méditative, au point que le mystère se glisse entre des notes fines comme des cheveux d’ange, presque inaudibles. Il y a cette alternance subtile du violon et de la cloche, la lenteur réfléchie des archets, le contraste entre le violon solo et la masse musicale, une opposition poète / paysan, clair/ obscur, des pas de cristal  et une lourdeur de glaise. Le violon se perd dans une frénésie de virtuosité à en briser son archet et l’âme se déploie en une danse éthérée qui met en évidence une sorte de désert blanc. De la glace ainsi que la solitude gelée sont brisées par le puissant orchestre, le piano articule quelques accents de printemps, le violon est au bord de la note la plus haute, qu’il caresse inlassablement comme un vent aigu pour lâcher enfin un dernier souffle. Apportez le miroir ou la plume !

Stupeur et ovation pour l’orchestre, Gidon Kremer et le compositeur qui monte sur scène, au comble du bonheur.

 

                               Martha Argerich les rejoint après la pause.  On l’entendra dans le pétillant et « jazzy » Premier Concerto de Chostakovitch à l’humour vif et provocateur. Au deuxième mouvement Martha écoute et regarde le public devant de poser respectueusement le sortilège de ses doigts sur le clavier. Elle produit des élans d’une puissance inimaginable, des passages tremblants d’énervement, de l’émotion comme si on pleurait au bord d’une tombe. Martha  dirige du regard, de la tête et des épaules même le violon qui est derrière elle. Cavalcades humoristiques,  ruptures, cascades, que cela sonne ! Airs de victoire, elle griffe sauvagement en retour le piano. Le solo sec et moqueur de la trompette, le caquètement bavard des cordes y répondent. Théâtrale, elle reprend le rythme qui défie toute vélocité. Le délire du public répondra à sa série d’accords magistraux frappés comme si elle était un toréador.  Encouragée par l’ambiance d’adoration,  son sourire de Joconde passera et repassera au bras du jeune trompettiste, Sergei Nakariakov pour recevoir les applaudissements.

 Des jeux interdits aux fracas wagnériens, la pianiste argentine, au propre et au figuré, a des doigts de vif argent. Son interprétation de Leonid Desyatnikov est flamboyante. Sa nature généreuse se déploie, elle met en scène la « souveraineté de l’élan vital » avec une maîtrise d’exception. Il y a quelque chose de malicieux dans ce regard qui orchestre les phrasés, de la délicatesse et de la fougue réunies. Le jeu chatoyant des mains qui volètent sur le clavier est hypnotique et passionné. On passe des notes chaudes et dorées qui fondent sur le clavier, façon Ravel, aux arpèges échevelés de Diabelli. Rien moins que les Shadows  grondent dans la main gauche. Kremer fait surgir tout le Danube bleu de son instrument et plaque de solides accords, question de ponctuation. Notes naïves (Schumann?) de la main gauche tandis qu’elle tapote de la main droite un piano jouet haut comme trois pommes. Xylophone, sifflet, sabots de cheval… quel cirque! At the races! Ah! C‘était un des morceaux!  

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

Le roi Lear théâtre Royal du Parc

12272775893?profile=originalAu théâtre Royal du Parc, du 19 janvier au 18 février 2012

Le roi Lear

de William SHAEKESPEARE

 

 Magnifique spectacle. La conception scénique de la pièce donne assurément  libre cours à toutes les interprétations. Ce décor unique, vide et mouvant,  fait d’immenses cordages d’un rouge dérangeant,  forme  une cage en entonnoir ouverte sur le public. Représente-t-il le terrible enfermement des liens familiaux, pareils aux barreaux d’une prison qui vous suivrait partout et  vous  étrangle, à force? Le plan incliné  est-il celui d’un  pont de navire, ou d’une tragédie familiale,  qui sombre  peu à peu, corps et biens ? N’évoque-t-il pas aussi la brutalité des conflits de filiation qui, comme la vie, ne tient souvent qu’à un fil …  Parlant de cordes, l’ensemble ne met-il pas en scène aussi  la  hantise du gibet omniprésent,  mode d’exécution sanguinaire  de l’époque, en donnant  couleur même aux costumes, faits de sable et  de sang caillé ? A moins que très prosaïquement, on soit sur un podium pour le combat sans merci que se livrent les filles aînées du roi, hystériques  et  déchaînées par leur cupidité et leur orgueil. Je pencherais personnellement pour l’horreur  du «  Pit and Pendulum » d’Edgar Poe.                                    

 

12272780277?profile=original

 

 Si le roi Lear me fait  décidément trop penser à l’élégant instrument de musique, plutôt qu’au roi celte Leir qui dans sa folie sénile et  tyrannique déshérita sa fille préférée  Cordélia,  voici, mises à nu, les cordes sensibles d’un roi Lyre sur lesquelles soufflent la hantise de l’odieuse vieillesse et la folie avérée. Malgré son bannissement ignominieux, Cordélia pense juste et parle droit : « Venez accorder les dissonances de mon père aimé ! » Ainsi le « King Lear » de  ce soir est un personnage menu, étonnant d’inconscience, de brutalité  au début, transformé ensuite  par les circonstances  en sorte de Diogène hagard dont l’humanité finit par émerger au travers de terribles souffrances.   

 

Si rien que la scénographie met  déjà le spectateur en phase avec l’imaginaire, que dire de la langue d’une richesse inouïe qui a su traduire à merveille le texte original anglo-saxon. Que dire de l’intrigue  aussi perfidement dangereuse qu’ un mortel labyrinthe. Que dire de ces personnages épiques,  admirablement défendus par 11 comédiens gonflés de maîtrise.  Alors le délicat clavecin à qui on demande d’accompagner la tempête fantastique et qui joue sans frémir,  de la musique de Scarlatti semble être un objet incongru, surréaliste même. 

 

12272781088?profile=original

 

« Par ruse, si pas par droit du sang, j’aurai des terres ! » prophétise Edmond : la double intrigue shakespearienne ne fait qu’augmenter l’horreur des crimes parricides et fratricides tandis que l’humour noir est omniprésent. Les scènes baroques et drolatiques abondent sur la langue du fou de miel et du fou de fiel tandis que surgissent çà et là des jugements bien pesés  sur le monde.   Ce spectacle très prolixe est donc une réalisation extra…ordinaire, comme les histoires d’Edgar Poe, qui tient le spectateur dans ses griffes jusqu’à la fin. Sur scène rampe à la fin, parmi les corps inanimés,  le  cauchemar épouvantablement  intemporel des tragédies familiales et de l’aventure humaine si dérisoire. Toujours nous rendrons «  responsables de nos désastres, le soleil, la lune et les astres ! »

 

12272780474?profile=original

 

 

Mise en scène : Lorent WANSON.

Assistanat : Anne FESTRAETS.

Décor : Daniel LESAGE.

Costumes : Patricia EGGERICKX.

Lumières : Xavier LAUWERS.

Musique : Domenico SCARLATTI, interprétée en direct au clavecin par Fabian FIORINI.

Avec:
Jean-Marie PÉTINIOT  (Lear )
Delphine BIBET  (Goneril )
Philippe JEUSETTE  (Kent)
Sylvie LANDUYT  (Regane )
Julien ROY  (Gloucester )
Benoît VAN DORSLAER  (Albany et le Fou)
Yvain JUILLARD  (Edgar )
Lindsay GINEPRI  (Cordelia)
Benoît RANDAXHE  (Edmond )
Guillaume KERBUSCH  (Oswald )
Loïg KERVAHUT  (Cornouailles)

Traduction de Françoise MORVAN, avec la collaboration d'André MARKOWICZ

http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2011_2012_00

Lire la suite...
administrateur théâtres

12272782055?profile=originalLE REPAS DES FAUVES Centre Culturel d'Auderghem, Bld du Souverain 183 – 1160, Accueil parisien du 16/01/2012 au 22/01/2012

1942, quelque part, en France occupée, un appartement bourgeois. Circonstances « atténuantes »,  le SS  Kaubach qui connait Victor Pélisier comme libraire de la ville,  fait « une faveur » à Sophie, sa femme,  qui  fête ce soir-là son anniversaire. Ils pourront  d’ici deux heures, parmi les sept convives, désigner les  deux otages par appartement  qui payeront de leur vie  l’attentat de deux officiers allemands abattus ce soir-là, au pied de l’immeuble.

L’angoisse est à son comble, personne ne songe à tirer au sort. Chacun trouvera que « l’autre » est de manière évidente,  bien plus apte à être envoyé au sacrifice. Que le salut viendra  sûrement d’appels à l’aide parmi leurs sympathies allemandes. « … Comme de bien entendu ! »  Le sujet est  glaçant, le jeu de l’autorité en place  est sadique et cynique. «  Prenez votre temps, dit l’officier,  maintenant vous avez un sujet de conversation ! » Pendant deux heures rien d’autre ne circule que la peur panique d’hommes et de femmes soudainement dressés les uns contre les autres devant le danger. De Jean-Paul, le  docteur, figure respectée, au salaud collabo et pragmatique, André, en passant par Pierre, rendu aveugle lors de ses combats  au front et Françoise aux sympathies marquées pour la Résistance, tous s’entredéchirent, avec une férocité grandissante, pendant que le SS parcourt d’un regard amusé les beaux livres de la bibliothèque.

12272782256?profile=originalCe  spectacle a obtenu 3 Molières en 2011.  

Dans toute cette gravité du huis clos infernal,  les adeptes d’humour noir jubileront. Le personnage d’André, pourtant fort opportuniste est peut-être le moins hypocrite d’entre eux, le seul qui ose poser les bonnes questions. Il ose asséner : «Je préfère avoir un cadavre sur la conscience qu’être le cadavre sur la conscience de quelqu’un d’autre ». Le personnage de Victor le mari est un condensé d’égoïsme et de pleutrerie qui méprise sa femme. « Tout est pardonnable quand il s’agit de sauver sa vie!» Françoise, lucide déclare « Nous sommes tous responsables… » Mais ses grands états d’âme ne vont pas plus loin que les mots.  Les huit acteurs sont finement  décalqués sur la bassesse, la médiocrité, la lâcheté qui les animent tous, sans exception.  L’appartement cossu  et net  qui respire le monde de nos grands parents forme  un contrepoint esthétique  saisissant. Sur la large baie vitrée, des projections d’actualités, mêlées de  funestes personnages  de grossiers dessins animés  nous plongent dans une évocation glaçante de l’horreur de l’époque.  Bombardements, défilés, discours nazis. Destruction consciencieuse  de la dignité humaine. Mais ce qui se passe et se dit  sur scène est presque plus effrayant. Le dénouement, point d’orgue inoubliable,  est un cadeau d’anniversaire  terriblement héroïque.

«  Tu peux sourire, charmante Elvire, les loups sont entrés dans Paris…» Les comédiens sont entrés dans leurs personnes-otages avec une vérité déconcertante.   Mais comme  cela fait du bien de retrouver leur traits détendus, leur réalité d’êtres humains, leurs joyeuses œillades d’artistes au moment des applaudissements à tout rompre.

 

mise en scène de Julien Sibre Avec Cyril AUBIN, Pierre-Jean PAGÈS, Alexis VICTOR, Caroline VICTORIA, Olivier BOUANA, Julien SIBRE, Pascal CASANOVA, Stéphanie HÉDIN, Jérémy PRÉVOST.

http://www.cc-auderghem.be/index.php/nos-spectacles/paris-theatre-1112/details/104-le-repas-des-fauves.html

Lire la suite...
administrateur théâtres

12272782485?profile=originalBritannicus

de Jean Racine
Mise en scène : Tatiana Stepantchenko

 

 

« Ce spectacle plonge dans l’incandescence des âmes, dans l’antre de l’alchimiste Racine où se transmuent non seulement les âmes mais aussi le monde. » La Voix du Nord

 

Gouvernée avec sagesse par Néron, Rome est au sommet de sa puissance et de sa domination sur le monde. Un parfum de complot avait pourtant entouré l’accession au pouvoir du jeune fils d’Agrippine. Seconde épouse de l’empereur Claude et soupçonnée de l’empoisonnement de ce dernier, Agrippine avait habilement obtenu du Sénat qu’il installe Néron à la tête de l’Empire, le préférant ainsi à Britannicus descendant dynastique légitime. L’emprise d’une mère sur son fils, les manigances, tractations et autres secrets d’alcôves, lui permettaient depuis de gouverner l’Empire en sous-main. Quand Néron, depuis toujours piqué de jalousie envers Britannicus, décide soudain de faire enlever Junie la compagne de ce dernier, Agrippine redoute que la Pax Romana dont elle tire avantage n’explose simplement. Lorsqu’elle se présente au palais pour raisonner Néron, celui-ci refuse de la voir. La fébrilité et la panique gagnent Agrippine qui tente désespérément de reprendre le contrôle de la situation, tandis que Néron sombre inéluctablement dans une folie qui mettra bientôt Rome à feu et à sang…12272782660?profile=original

 Personne ne veut plus de l’aspect emprunté des alexandrins. Il n’est pas moins vrai que la langue de Racine peut, une troupe théâtrale d’exception aidant, ravir l’oreille et le cœur, absolument. C’est ce pari que Tatiana Stepantchenko, metteur en scène russe,  gagne haut la main lors de la représentation de Britannicus sur la scène de Jean Vilar à Louvain-la-Neuve. Un chef d’œuvre d’expressivité et de jeu théâtral. A part de savants jeux de clair-obscur, à part les subtils changements de teintes du voile de l’histoire, immense et brillant mais  aux trompeuses transparences,   le décor est le noir profond et insondable  de l’histoire et de la nature humaine. Y apparaissent, sculpturales, les empreintes de personnages de la Rome éternelle, lieu emblématique de pouvoir, d’orgueil démesuré,  de trahisons et machinations perverses,  où sont synonymes passion amoureuse et passion politique ou militaire.  Chaque stance est un tableau en soi. Il se compose de gestes et de poses très étudiées où les mains sont le prolongement des mouvements de l’âme et du subconscient, où le corps s’exprime comme un danseur pour être contemplé dans sa vérité, où la langue virevolte dans des profils audacieux. Dans sa note d’intention, Tatiana Stepantchenko  explique que le vers racinien dégage une formidable énergie,  ardente, vibrante, d’une fascinante sonorité. Au détour de chaque syllabe, de chaque son, qui produit de véritables arcs électriques entre les personnages, se produit une musique verbale. Mais la vraie musique racinienne plonge au-delà, vers ces vibrations harmoniques inaudibles, ces silences, ces bruissements, puis ces hoquets telluriques des âmes en perdition.

12272782299?profile=original

Un triangle magique s’est installé : celui de trois époques confondues en un point, le point  magique du théâtre, qui réunit l’antique, le classique et le contemporain avec une perfection admirable. La fresque des sentiments est bouillonnante : la jalousie, la trahison, la tentation incestueuse, le déséquilibre des équations triangulaires…La langue est sublime, les moindres nuances de  sentiments sont rendues à la perfection.  Et pour qui saura entendre, la critique politique de l’époque de Louis XIV est bien présente, « le sous-texte » comme l’appellera Anton Tchékhov, trois siècles plus tard.

 Le spectateur vit un moment inoubliable devant ce talent d’outre-siècles déployé par des comédiens envoûtés par le texte. Le spectateur en vient à se suspendre lui aussi à cette vague artistique qui déferle sur la scène  et à se laisser porter avec volupté verbale et chorégraphique sur la  crête de l’excellence théâtrale. On a envie de ne rien ajouter, ni de rien retirer. Equilibre parfait.  

 

Britannicus de Racine, mise en scène Tatiana Stepantchenko, scénographie et costumes Marina Filatova, lumières Laurent Deconte. Avec Claire Mirande, Jacques Allaire, Mathias Maréchal, Magaly Godenaire, Damien Remy, Laurent Letellier, Catherine Mongodin .

 

Une production Compagnie Or. Azur, aidée par la Ministère de la Culture (DRAC Nord/Pas-de-Calais)

et par la Région Nord/Pas-de-Calais / Coproduction Le Phénix-Scène Nationale de Valenciennes.

Coréalisation série parisienne : Théâtre de l’Atalante.

 

Dates : du 17 au 20 janvier 2012

Lieu : Théâtre Jean Vilar

Durée du spectacle : 2 h 15 sans entracte

http://www.atjv.be/

http://www.webthea.com/?Britannicus-de-Racine

Lire la suite...
administrateur théâtres

LE CAS JEKYLL - C. Montalbetti (Théâtre des Martyrs)

12272772684?profile=originalNous voici donc devant  un nouveau Docteur Jekyll et Mr. Hyde, inspiré de la célèbre nouvelle de Stevenson. Une heure 10 de palpitations magnifiquement interprétées par Emmanuel Dekoninck,  multiple Manu, qui, de son corps agile et de sa voix nous guide dans la  descente vertigineuse des complexités du Moi. Il  nous souhaite  au passage de ressortir de ce spectacle un peu différent. Il est vrai qu’ après avoir bu la potion magique de son art dramatique éblouissant  et goûté au poison de l’expérience scientifique qui se déroule devant nos yeux ébahis par la mise en scène et le décor , on ne peut plus qu’accepter avec humilité les zones d’ombre que tout un chacun porte en soi.

 

12272779466?profile=original

Christine Montalbetti met en scène la brume de l’hiver londonien, les ombres lugubres d’une rue déserte la nuit, la lune traîtresse et cette chose visqueuse qu’est le secret. C’est cette  dernière confession bouleversante  du Dr. Jekyll, envahi inexorablement par les difformités physiques et morales de  Mr. Hyde, qui va empoigner le spectateur jusqu’à ce que conscience s’en suive. Le visage lisse du jeune étudiant sans problème de la  cuvée 2011-2012 se froisse et apparaissent les failles qui  le feront aimer désespérément. Quel que soit le siècle, il se pose la question maléfique  du désir et de l’ennui.  Il révèle peu à peu sa perception des pulsions perfides, des zones d’ombre, des souffrances.  Alternent l’angoisse de Jekyll, mais aussi l’humour de Hyde, sa séduction subversive et souveraine, sa soumission entière au désir.

12272779100?profile=original

Contraste lumineux : le Dr. Jekyll, épris de progrès scientifique, offre tout simplement sa personne à la science et explique l’expérience devant un tableau d’auditoire imaginaire. Noble passion et générosité de l’homme chercheur et enseignant. Jekyll analyse minutieusement  l’être humain dans sa complexité. Pour lui, jusque dans la bonté il y a des pulsions bâillonnées, des chemins tortueux. « Je suis l’incarnation de l’hétérogène et je fais mon autopsie. Vous repartirez différents suite à l’agitation de vos molécules.» promet-il. 

  Paradoxalement, le Dr. Jekyll va donc  s’appliquer à métamorphoser… le spectateur. L’effroyable Mr. Hyde est un monstre qui grâce aux effets de la potion  est devenu un être purifié dans l’alambic de la science, sans mélanges. Il ne connait pas la versatilité, ignore l’autre, est soumis à la machinerie infernale de sa pulsion première et personnifie l’abomination de la pureté.

D’aucuns verront aussi  dans ce conte cruel l’image des combats fratricides qui peuplent toutes nos mythologies depuis l'aube de l'humanité. Une œuvre forte  intensément interprétée par Manu. Suavité diabolique de la question de Hyde : « Si je ne te servais pas de repoussoir, comment pourrais-tu te glorifier dans ta vie quotidienne ?  Est-ce que je ne t’ai pas sauvé de l’ennui en te laissant le beau rôle ?»   

Seule la mort est sans faille. Deux mortels, Ange et Démon se disent  donc adieu, ainsi qu’à la vie dans un luxe langagier qui ne déplairait pas à Baudelaire. Jekyll ne peut plus faire qu’une chose : parler, parce que la parole est tout ce qui lui reste. Une parole qui devient spectacle saisissant.

 

Du 11.01 au 18.02.2012

Di : 22.01 & 05.02

 

http://www.theatredesmartyrs.be/saison.html

Lire la suite...
administrateur théâtres

 12272787883?profile=original

LE SABOTAGE AMOUREUX
Amélie Nothomb - Cie Biloxi 48
Au Théâtre de la place des Martyrs - Grande salle.
Du 12/01 au 18/02/2012 - Dimanches : 29/01 et 12/02

 Saviez-vous qu'un pays communiste, c'est un pays où il y a des ventilateurs ? Que de 1972 à 1975, une guerre mondiale a fait rage dans la cité-ghetto de San Li Tun, à Pékin? Qu'un vélo est en réalité un cheval ? Que passé la puberté, tout le reste n'est qu'un épilogue ? Vous l'apprendrez et bien d'autres choses encore de ce roman inclassable, épique et drôle, fantastique et tragique, qui nous conte aussi une histoire d'amour authentique, absolu, celui qui peut naître dans un cœur de sept ans. Un sabotage amoureux : sabotage, comme les sabots d'un cheval qui est un vélo… 

 

 « Dès le premier jour, j'avais compris l'axiome : dans la Cité des Ventilateurs, tout ce qui n'était pas splendide était hideux. Ce qui revient à dire que presque tout était hideux. Corollaire immédiat : la beauté du monde, c'était moi. » Ce n’est pas à une guerre des boutons, mais à une guerre mondiale  féroce que se livrent  avec entrain les enfants de diplomates dans le ghetto de San Li Tun à Pékin en 1972.  Amélie, 7 ans, est éclaireur. Elle ne peut concevoir plus beau, plus grand, plus digne d'elle-même, elle qui aime une seule chose, être regardée et se sentir le centre du monde. « J'avais tout. J'étais une interminable épopée.  Je ne me sentais de parenté qu'avec la Grande Muraille : seule construction humaine à être visible depuis la Lune, elle au moins respectait mon échelle. » 

 

Déclarations, affrontements, humiliations, sabotage, contre-attaques, trahisons, trêves… La guerre et l’amour partagent le même vocabulaire. Elle va le découvrir. Car le monde bascule pour Amélie quand  la sublime et très cruelle Elena devient le nouveau centre du monde car elle est la perfection. Amélie ose lui déclarer: «  Il faut que tu m'aimes parce que je t'aime. Tu comprends? » Pour Elena, jouer à la guerre, « le plus noble des jeux », est totalement  inintéressant.

 « Elle fut ma belle Hélène, ma guerre de Troie, mon sabotage amoureux. » dit Amélie qui joue au chevalier à la rose, acceptant les défis les plus surhumains  y compris une course folle qui l’emmène jusqu’à l’évanouissement. Chaque pas piétine son corps et son ego si sensible, dans l’indifférence absolue de la belle. « Sois méchante avec Elena et elle t’aimera. » dira sa mère en cherchant à la consoler. Un plan de vie ?   

Cependant que la guerre internationale contre les allemands fait rage, libres de surveillance, les enfants-maîtres es cruauté se délectent d’empilage verbal acide et tranchant, de  persécutions, de harcèlements,  de divertissements sadiques  et  de supplices frôlant la mort, jusqu’à  l’intervention  salutaire des parents. «  Oubliés des autorités chinoises et des autorités parentales, les enfants de San Li Tun étaient les seuls individus de toute la Chine populaire. Ils en avaient l'ivresse, l'héroïsme et la méchanceté sacrée. »

 

Le texte est éblouissant et provocateur. «  La guerre commença en 1972. C'est cette année-là que j'ai compris une vérité immense : sur terre, personne n'est indispensable, sauf l'ennemi. Sans ennemi, l'être humain est une pauvre chose. Sa vie est une épreuve, un accablement de néant et d'ennui. L'ennemi, c'est le Messie. Sa simple existence suffit à dynamiser l'être humain. »

 

             « J’appelle cheval …ce qui me hisse ! »  L’apologie du cheval-vélo, synonyme de dépassement, vitesse, envol est un bijou de romantisme échevelé. Ajoutons quelques perles musicales très évocatrices : de la marche des chevaliers de Prokofiev aux Beatles. Saluons l’encadrement d’éclairages  fort ludiques. Les costumes, dignes du Boulevard de la laideur habitable habillent des comédiens parfaits dans leurs rôles d’enfants débordants  d’énergie et de cynisme.  Dans un échange constant de personnages,  Christine  Delmotte a distribué la parole d’Amélie à 7  jeunes comédiens pétulants et explosifs,  dont des hommes bien sûr,   qui retrouvent avec jubilation et exaltation leurs propres souvenirs de cavalcades sur terrains vagues  et cours de récréation. Une habile façon  d’émietter toutes les facettes d’Amélie sans jamais la trahir. Difficile de rester indifférent. La mise en scène est tellement délirante que le spectateur est embarqué dans l’expérience héroïque presque sans son consentement.  Et le cheminement amoureux dévastateur d’Amélie laisse pantois.

 

Avec:  Maroine Amimi, Stéphanie Blanchoud, Catherine Decrolier, Christophe Destexhe, Jessica Gazon,

Ingrid Heiderscheidt, Quentin Minon

 Mise en scène et scénographie : Christine Delmotte, Eclairage : Nathalie Borlée, Assistanat général : Anna Giolo

Crédit Photos :Lara Bongaerts & Nathalie Borlée

 

http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/grande-salle/piece4.html

 

12272787301?profile=original

Lire la suite...
administrateur théâtres

12272774482?profile=original« J‘voudrais pas crever avant …d’avoir goûté la saveur de la mort ! »

 

Jérôme Savary nous a présenté hier soir à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve un spectacle de cabaret grand format, réussi, chaleureux, drôle, incisif,  divertissant et enlevé. Aussi un rendez-vous avec l’histoire récente.  Le master of ceremonies fait revivre le Club Saint-Germain-des-prés de la fin des années ’40 et rallume les étoiles comme le conseille si vivement Guillaume  Apollinaire. C’est le personnage touchant de BORIS VIAN qui brillera toute la soirée. Jeune pour l’éternité, il est mort à 39 ans en 1959, des suites d’une fragilité cardiaque bien connue depuis sa plus tendre enfance.

 

Boris, alias Bison Ravi,  est poète, ingénieur, chanteur, trompettiste, et archétype des années 50 et du Paris de la Rive gauche. Il nous offre un univers de jazz, de poésie, de provocations,  d’insolence irrévérencieuse. Avec son complice, Henri Salvador, il fait découvrir le rock’roll aux français… une musique pourtant vieille de 50 ans en Louisiane ! Boris Vian, c’est aussi un engagement politique contre la guerre. « L’uniforme est un avant-projet de cercueil » LA CHANSON DU DÉSERTEUR, chantée par une femme, nous a inondés d’émotion. LE TANGO DES BOUCHERS DE LA VILLETTE nous farcit de répulsion. LA JAVA DES BOMBES ATOMIQUES nous arrache des rires.

 

 

12272775096?profile=original

 

 
 Jérôme Savary, ne fait pas seulement revivre le poète tendre et provocateur mais aussi le Che (passage le moins réussi), Elvis Presley (puisque lui aussi est mort dans la fleur de l’âge), Les Frères Jacques (ils s’appelaient tous Jacques) Jean-Paul Partre (comme dans l’Ecume des jours ) et l’auguste Simone de Beauvoir ( Il vaut mieux boire que Beauvoir) , Roland Topor. On se retrouve  33 rue Dauphine, au Tabou avec Magali, chanteuse sensuelle à la cuisse galbée qui nous chante avec brio  «  MOZART AVEC NOUS ». On a rendez-vous avec le coquelicot fané de Mouloudji et « SURABAYA JOHNNY … et moi qui t’aime tant » mené par Nina Savary la fille de Savary ! Bref, il fait revivre tout un monde de noctambules se déchaînant sur des airs de be-bop et un monde  d’empêcheurs de penser en rond.

 

Quand on est tout blasé,
Quand on a tout usé
Le vin, l'amour, les cartes
Quand on a perdu l'vice
Des bisques d'écrevisse
Des rillettes de la Sarthe
Quand la vue d'un strip-tease
Vous fait dire: "Qué Bêtise !
Vont-y trouver aut' chose"
Il reste encore un truc
Qui n'est jamais caduque
Pour voir la vie en rose

Une bonne paire de claques dans la gueule
Un bon coup d'savate dans les fesses
Un marron sur les mandibules
ça vous r'f'ra une deuxième jeunesse
Une bonne paire de claques dans la gueule
Un direct au creux d'l'estomac
Les orteils coincés sous une meules
Un coup d'pompe en plein tagada

 

 Nostalgie du sieur Jérôme, héros d’une époque révolue?  Il y a sur scène aussi, on l’oublie un peu trop,  ce merveilleux orchestre au charme cuivré qui fabrique une magie musicale délicate et envoûtante et ce clown attendrissant : Antonin Morel…12272775865?profile=original

                                                         

 

 

Boris Vian, une trompinette au paradis

De : Jérôme Savary

Avec Nina Savary, Jérôme Savary, Antonin Maurel, Marco Oranje, Sabine Leroc, Les Franciscains Hot Stompers
Direction musicale et piano : Philippe Rosengoltz
Deux soirées de réveillon dans une ambiance de folie créatrice ! 18h30 – 21h

Un spectacle présenté par Atelier Théâtre Actuel en accord avec La Compagnie Jérôme Savary.

Lieu : Aula Magna
Dates : du 28 au 31 décembre 2011
Durée : 1h40
boutonresa1.gif

http://www.atjv.be/

 

 

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

Bernard Foccroulle

Mardi 20.12.2011 20:00

Cathédrale St-Michel

Bernard Foccroulle, orgue

Georg Böhm Praeludium in d, Vater unser im Himmelreich, Partite diverse sopra "Wer nur den lieben Gott läst walten", Christ lag in Todesbanden
Johann Sebastian Bach Praeludium & Fuge, BWV 549a, Partite diverse sopra "O Gott, du frommer Gott", BWV 767, Fantasia sopra "Christ lag in Todesbanden", BWV 718, Passacaglia & Fuge, BWV 582

 

 

12272778081?profile=originalotre compatriote Bernard Foccroulle, organiste prestigieux qui a dirigé le théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles entre 1992 et 2007 dirige maintenant le festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, qui a réuni plus de 60.000 spectateurs en 2010. En cadeau de Noël il nous a offert ce 20 décembre un programme exceptionnel consacré à Georg Böhm et à Jean-Sébastien  Bach dans la cathédrale Saint-Michel à  Bruxelles.

Jean-Sébastien Bach vécut dans sa jeunesse à Ohrdruf  où Georg Böhm, de 24 ans son aîné, fit de brillantes études.  On raconte qu’en 1700 Bach, alors âgé de 15 ans, parcourut près de 300 kilomètres à pied pour rejoindre Georg Böhm à Lunebourg. Bach y passa avec lui trois années déterminantes d’apprentissage musical. Nous avons eu l’occasion de découvrir l’étendue du talent de  Böhm, fait d’intériorité, d’austérité, de clarté  et de profondeur.  Le recueillement de l’assemblée est total. Entre chaque pilier de la cathédrale on aperçoit les lumières scintillantes des crèches du monde. C’est un mode d’espérance que souligne « le prélude en ré mineur ». Après la dévotion humble  du  « Vater unser in Himmelreich » on est happé par le rythme joyeux et festif de «Wer nur den lieben Gott lässt walten ». « Christ lag in Todesbanden », par contre, nous plonge  dans une atmosphère méditative et lourde qui s’ouvre finalement sur la sérénité car la musique de Böhm donne l’impression d’un ruissellement divin d’une grande fraîcheur  jusqu’à  la pure exultation des dernières notes.

Mais voici Bach. Avec la perception nette de croisements de plusieurs voix comme dans un chœur. Le  « prélude et fugue en ré mineur » donne l’impression d’une immense profondeur de champ. On se trouve au milieu d’une forêt de sonorités en mille et unes tranches. Exubérance, richesse, on est emporté par la fugue joyeuse pour s’arrêter sur des accords pleins de majesté en finale. « O Gott, du frommer Gott » BWV 767 commence avec les légers souffles de l’orgue conversant avec les trompettes. Des salves d’échos se perdent dans l’immensité de la cathédrale ou peut-être de l’univers. Il y a une grande justesse des sons, une fluidité émouvante, qui s’évanouit soudain  sur une dernière longue vibration.  Voici le même titre que celui de Böhm,  « Christ lag in Todesbanden » BWV 718, qui commence comme uns longue marche lente  respirant la  dignité. La musique nous entraînerait bien à muser mentalement  cette œuvre  que l’on découvre, mais sans beaucoup se tromper tant le dialogue entre ce que l’on croit être la main gauche et la trompette est du plus pur naturel. Une musique qui coule de source ! La limpidité des deux mélodies qui se répondent se termine sur une grande note tenue. Et de se laisser entraîner dans le courant.  Elles laissent maintenant  la place à un monologue un peu sombre repris par la libération joyeuse de flûtes. Le thème est répété avec bonheur par une foule d’instruments et en divers modes. Altos, sopranos, notes profondes de violoncelles…  A  la fin on croit entendre un hautbois dont il sortirait une lumière tamisée et douce. La conclusion est un bouquet victorieux  façon grandes orgues nuptiales.

Quant au dernier morceau, la passacaille BWV582, il nous envole dans la fantaisie et la jubilation. Un moment bouillonnant d’énergie et de virtuosité. La musique explore le mystère. Et si la musique était une pierre, ce serait un diamant étincelant. On se laisse prendre par cette dernière suite  ascensionnelle et resplendissante, car on ne suit plus. Homme tu es si petit!

http://www.bozar.be/activity.php?id=11072&selectiondate=2011-12-20

 

 

document:

Dans la fantaisie sur le choral de Pâques

Christ lag in Todesbanden BWV 718, la dialectique mort/résurrection est clairement traduite par l’opposition entre la première et la deuxième partie. Pour évoquer la mort du Christ (et plus précisément pour fi gurer la mise au tombeau ?), Bach commence par faire entendre un motif descendant, lent et douloureux, qui accompagne la mélodie du choral qui est ornée de manière très expressive. Puis sur les mots « Des wir sollen fröhlich sein » (c’est pourquoi nous nous réjouirons), le tempo devient rapide, l’écriture mélodique ascendante. Le verset « Nous louerons Dieu et lui serons reconnaissants » est traité à la manière d’une gigue ; « Et nous chanterons Alleluia » donne lieu à un dialogue animé et joyeux entre les deux claviers, un dialogue en écho qui rappelle la fantaisie sur le même choral composée par Tunder. La coda fait entendre trois fois le thème du choral correspondant au mot « Alleluia », dans une atmosphère jubilatoire.

 

La Passacaille en ut mineur BWV 582 est un autre monument insurpassé. On sait que le jeune

Bach copia la Passacaille et les deux Chaconnes de Buxtehude. Chacune de ces trois pièces a

laissé des traces très nettes dans cette grande Passacaille où Bach, sans jamais s’écarter de la

tonalité d’ut mineur, fait preuve d’une science accomplie dans la progression de la forme, le

travail des motifs, le modelé de la texture polyphonique. Bach rejoint ici la tradition médiévale

de l’oeuvre musicale conçue comme refl et de la perfection de la Création. La musique est

discours, certes, mais ici elle se rapproche davantage de l’architecture : chaque détail nourrit

la forme globale, chaque variation est un microcosme qui contient en puissance la matière de

l’ensemble, de la même manière que l’oeuvre elle-même renvoie à un macrocosme qui nous

dépasse infiniment.

Bernard FOCCROULLE

Lire la suite...
administrateur théâtres

 

12272774680?profile=originalMy name is Billie Holiday  de et avec Viktor Lazlo

 

« La tristesse est là, désormais inséparable de la chanteuse ; on entend à chaque pause de la voix, dans les plis de la mélodie, un à quoi bon ? lancinant, le pourquoi pas ? d’une inquiétude sourde ; on devine ses yeux fermés sur un pleur intérieur, sa tête un peu penchée de côté, comme tendue vers une autre voix mystérieuse, ses mains enserrant le micro, tremblant imperceptiblement. On entre dans sa mélancolie comme y entrent ses partenaires, respectueux de ce qu’ils sentent en elle de vulnérabilité et de douleur profonde, et lui faisant écho sobrement. Ce n’est pas encore la détresse ; une lassitude plutôt, la volupté du laisser-faire, une sorte de nostalgie envahissante contre laquelle on sait qu’on ne peut rien - que pleurer. Elle chante, car elle a ce don bouleversant, cette capacité à transformer les larmes en notes de musique et à égrener ses sanglots en arpèges. »

Les Chants de l’aube de Lady Day

Danièle Robert

 

Au Public en cette fin d’année 2011, un spectacle de fête et d’émotion, pour les yeux et les oreilles, célèbre une voix légendaire, celle de la  chanteuse américaine Billie Holiday. Malgré une vie traumatisante dès la prime enfance, l’absence du père (Clarence Holiday, 17 ans), la débrouille forcée de la mère (Sadie Fagan, 13ans), des violences répétées tout au long de sa vie et la déchéance dans laquelle elle sombre à cause de l’alcool et les drogues, elle sera une diva fascinante et une figure unique dans l’histoire du jazz. « Ma mère m’a aimée dès qu’elle senti un coup de pied dans son ventre alors qu’elle frottait par terre. » « Ma mère était mon grand amour, c’était mon mac ». A propos de Clarence : « Some day he will come along. I’ll do my best to make him stay ». Question universelle :  Pourquoi les enfants maltraités aiment-ils toujours leurs tortionnaires ? 1936, Billie  a 21 ans : «You go to my head   and you linger like a haunting refrain, And I find you spinning 'round in my brain Like the bubbles in a glass of champagne. » «Though I'm certain that this heart of mine Hasn't a ghost of a chance In this crazy romance You go to my head, you go to my head»

 

  Entourée par quatre musiciens de jazz très attachants et complices, Viktor Laszlo nous offre sa voix troublante, sa démarche de reine, ses postures sensuelles, son mystère pour conter, chanter et incarner la résilience de l’exceptionnelle chanteuse. « Comment est-ce possible d’arriver si loin et de se détruire autant ? ».  Viktor Laszlo use de tout son charme pour adapter les chansons de la diva noire et dialogue  même de temps en temps avec elle grâce à la fée vidéo. Parfois on peut les imaginer en duo, à moins que Viktor Laszlo, perchée sur un tabouret ne refasse en solo la bande son d’un document du siècle dernier. Comme Billie Holiday, sa voix est déchirée et déchirante, le rythme est fait de ce swing si particulier alternant avec une mélancolie profonde et très intime.

Le pianiste égrène des notes perlées, ce sont des perles de sang pour la chanson la plus poignante :  Strange Fruit en hommage aux noirs punis par pendaison. Difficile de retenir ses larmes.  You’ve changed, Don’t explain, Fine and mellow…. Love for sale, Summertime, Georgia … , ces chansons  nous plongent dans l’émotion et le vécu tragique  de l’artiste. Toutes les chansons sont aimablement  traduites en français dans le programme mais tout  le charme est dans la version originale qui remue le cœur et le corps tout entier. On est sous le charme de deux femmes qui se sont rejointes par la poésie et la musique pour traduire la colère, le désespoir et la folie de l’amour. Il n’y a pas de plus beau cadeau pour fêter la fin de 2011 et faire un retour inoubliable sur une des richesses du 20e siècle.

 

 

Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black body swinging in the Southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees

Les arbres du Sud portent un étrange fruit,
Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,
Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud,
Étrange fruit suspendu aux peupliers.

Pastoral scene of the gallant South,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolia sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh!

Scène pastorale du valeureux Sud,
Les yeux exorbités et la bouche tordue,
Parfum de magnolia doux et frais,
Puis l'odeur soudaine de chair brûlée !

Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.

C'est un fruit que les corbeaux cueillent, 
rassemblé par la pluie, aspiré par le vent,
Pourri par le soleil, laché par les arbres,
C'est là une étrange et amère récolte.
 
 
 
 

Spectacle musical

MY NAME IS BILLIE HOLIDAY

de et avec VIKTOR LAZLO
avec Viktor Lazlo (chant et narration), Michel Bisceglia (piano et direction musicale), Werner Lauscher (contrebasse), Marc Lehan (drums), Nicolas Kummert (saxophones)

DU 13/12/11 AU 07/01/12

Réveillon de Nouvel An au théâtre


Réveillon de Nouvel An au théâtre 

31 décembre 2011,

une soirée chaleureuse pour

les amoureux de théâtre !

 

Commencez votre soirée dans des bulles de champagne,

assistez ensuite, à 21h00, à une représentation de votre choix…

 

Georges Dandin in Afrika d’après Molière

Quand j’avais 5 ans je m’ai tué d’Howard Buten

My name is Billie Holiday  de et avec Viktor Lazlo

 

La place de spectacle et la coupe de champagne au Public pour 35€

Lire la suite...
administrateur théâtres

A Ceux d'Arbre et Lettres

                                                                                           Toi,

     mon

     ami Qu'en

      dis-tu si, pour

       Noël, je fais

      un bel arbre dans

        mon cœur ?

         Au lieu des cadeaux, j’accro-

     -cherai le nom de tous

     mes amis. Les amis loin-

      -tains et proches, les vieux et

   les nouveaux,

     Ceux que je vois chaque jour

      Et ceux que je vois rarement.

    Ceux qui parfois sont oubliés,
       les constants et
 les  intermittents,
Ceux des heures difficiles et ceux des heures gaies,
Ceux qui sans le vouloir m'ont fait de la peine
Ceux que je connais profondément,
Ceux dont je ne connais que les apparences,
Ceux que j’ai pu aider et ceux auxquels je dois beaucoup,

 Ceux d'arts et florilèges. Ceux d'Arbre et Lettres. Ceux dont je me souviens encore,

 les noms de tous ceux qui sont déjà passés dans ma vie. Un arbre avec des racines très    très profondes
Pour que leurs noms ne sortent jamais de mon cœur,   . . . Un  arbre  aux  branches    très,

très grandes

Pour que les nouveaux noms venus du monde entier

                                                    se joignent à ceux qui existent déjà.


       Un arbre avec

       une ombre

très douce  et agréable afin que notre amitié
Soit un éclat de joie à travers les épines de la vie.

Joyeuses fêtes à toi, je te lance ces paillettes qui se collent toujours partout. 

Lire la suite...
administrateur théâtres

"La fin du monde" de Sacha Guitry (Comédie Claude Volter)

La fin du monde  de Sacha Guitry Comédie Claude Volter

 

12272776479?profile=original

                                             Après nous…

Un toast à l’argent,

Le suprême agent,

Dit le Titan de la banque,

La richesse est tout,

Retournons l’atout,

Ce n’est pas l’enjeu qui manque.

Pressons si fort

Qu’en moelle d’or

Tout fonde,

Crédit, journaux,

Chemins et canaux,

Terre, onde.

Saignons sur bilan,

L’avenir à blanc.

Après nous la fin du monde ! 

                        (Paris, 1871.)

 

Sautez dans votre calèche ou votre fiacre, et demandez le château de Troarn. Chambres d’hôte de charme aux noms prestigieux : Charles IX (bof), Voltaire (piquant), Charlotte Corday (sans la baignoire) ….  Mais c’est surtout l’esprit et  la conversation avec le maître des lieux qui vaudra la promenade.  Une langue magnifique, des intonations princières,  dans un décor en décrépitude il est vrai, mais ô combien chargé d’histoire. On inviterait bien le capitaine Fracasse ! Le duc désargenté est un partenaire de choix pour se gausser de l’administration, du fisc, des huissiers et autres notaires dévoreurs de votre bel argent. Toute sa personne trônant sur un escalier horriblement kitsch nous offre des moments théâtraux  délectables qui dépeignent la fin d’un monde. « On ne saisit pas le Duc de Troarn ! » « Je vais être assiégé par la troisième république ! »

 

  Un seigneur sans le sou et que l’on va bientôt mettre à la porte du château de ses ancêtres, à moins que suivant l’idée géniale d’un sien cousin et prince d’église, il ne fasse chambres d’hôtes! Il en profitera pour retrouver le goût de la farce et pimenter l’affaire.  Dans cette pièce de Sacha Guitry,  on ne retrouvera pas les   mille et un traits acérés du misogyne qui s’offrit … cinq épouses car il écrivit cette pièce en  réponse spirituelle aux instances qui le pourchassaient de leur courroux pour des questions de cassette plus que de conquêtes féminines.  

 

 Bonheur désuet : les personnages sont une palette d’individus tous mieux campés les uns que les autres. L’huissier, Maître Charognard, ex-maître d’hôtel de la princesse de Monaco, ne manque pas d’allure. C’est un ahurissant Gérald Wauthia. Sa gestuelle est assurément croquée sur les  meilleurs sketchs de l’illustre  Honoré Daumier.

 

Monseigneur Le Landier, à l’embonpoint révélateur,  fort sensible aux histoires de soubrettes,  n’est pas en reste : sa robe violette et ses manières onctueuses ont de quoi faire rire à larges rasades. Il est passé maître en mensonges pieux, bien sûr ! Le Duc de Troarn, autrement dit Gibelin de père en fils, est une statue de bonne humeur qui pourfend morosité et hypocrisies de tout poil. Il résiste à tout : aux femmes surtout. Sa cousine, la marquise d’Aumont de Chambley,  sa fidèle vieille bonne revêche et amoureuse, Amélie, jouée à l’époque par Pauline Carton, et, of course, Adèle Pégrilleux, la riche héritière qui l’aime à la folie. Vierge rébarbative, diplômée et musicienne, elle lui résoudrait  tous ses problèmes d’argent s’il consentait à l’épouser sur les conseils de son avisée cousine.  La Marquise : « Comment vivez-vous ? Le Duc : Je vis le mieux du monde ! Avez-vous vu mon potager ? Et mes poules, les avez-vous comptées ? J'en ai deux cents…» Il ajoute froidement : « D’un parc j’ai fait un bois, d’un monsieur j’ai fait un homme ! » Vous appelez cela un discours réactionnaire? Il est libre, Gibelin,  et ne boude pas son plaisir! L’argent le fait …rire! 

 

Par contre, Mademoiselle  Mimosa qui  joue la femme sublime a de quoi réveiller le gentleman qui s’était retiré du monde finissant. Le Duc : «  Une femme - mais c'est toujours quelque chose. Et si vous n'êtes pas autre chose qu'une femme, tant mieux. C'est encore plus beau …Vous dites « pas grand'chose » quand vous avez tous les pouvoirs ! Vous pouvez faire faire un chef d'œuvre à un peintre - une bêtise à un brave homme - une folie à un banquier - vous pouvez faire commettre un crime - empêcher d'en commettre un autre - vous pouvez faire le bonheur d'un homme - le malheur de cinq ou six femmes !...Regardez donc ce que vous avez fait de moi en quelques heures !...Vous m'avez rajeuni d'un siècle ou deux. Pas grand'chose, une femme ? » Elle ressemble à s’y méprendre à celle  qui le 21 février 1935 épouse Sacha Guitry, homme de   50 ans,  de 22 ans son aîné. Il annonça leur mariage en déclarant : « J'ai le double de son âge, il est donc juste qu'elle soit ma moitié »  Tiens… une réplique de la pièce…

 

Une pièce donc, pleine de charme, d’esprit et de bonne humeur. Le choix des acteurs pour ces huit personnages hauts en couleur est particulièrement heureux. On ressort donc du spectacle, les yeux rieurs et l’esprit rassasié de bonheur verbal car dans l’affaire on a eu même droit au richissime américain, un Adamson  admirablement campé par Marcel  Delval et qui ne parle pas un mot de français bien sûr mais peut s’entretenir en latin ad libitum avec le monseigneur goguenard.  

 

Mise en scène : Danielle Fire  /Décor : Christian Guilmin / Avec : Michel de Warzée, Stéphanie Moriau, Nathalie Hons, Gérard Duquet, Jacqueline Nicolas, Gérald Wautia, Marcel Delval, Xavier Percy.

                                                
 Comédie Claude Volter
Avenue des Frères Legrain 98 - 1150 Bruxelles

du 07/12/2011 au 31/12/2011

http://www.comedievolter.be/

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

12272775258?profile=originalTo the ones I love

Sept notes? Noires, blanches?  Voilà tout ce qu’il faut pour fabriquer l’harmonie la plus pure, la plus austère et la plus éblouissante , cette musique  de Jean-Sébastien Bach, maître du recueillement. Premier cadeau de la soirée, on écoutera les yeux grands ouverts, un merveilleux florilège de ses plus beaux morceaux.

Les yeux grands ouverts, car voici une constellation de neuf notes noires en torse nus et pantalon gris perle qui voltigeront sur portées blanches, ces caissons aux arêtes vives dont la blancheur glisse sans aucun  bruit, sur un plateau éblouissant. Une page blanche, illimitée.

Au début, un premier danseur déploie un premier solo sur caisson. Surprise des figures félines effectuées dans une lenteur coulée et harmonieuse. A travers le décor sonore, Bach paraît, éteignant les bruits du monde.  La proposition est belle comme une cantate jouée dans la jungle. Salutations au soleil, esquisses guerrières, rêves de chasseurs, révoltes d’esclaves ?  Les autres danseurs réarrangent les longues banquettes et s’asseyent un à un dans une invitation à la sérénité, leurs dos magnifiques tournés vers le public, eux faisant  face à l’immensité bleue de l’écran. Cela a la beauté d’une prière. Le métissage des carnations est un appel d’émotion.   Rien que ce premier tableau est saisissant.

Magiques, trois T-Shirts rouges apparaissent sur les dos musclés, brillants d’humanité,  sculptés par des heures de danse et d’hymne à la beauté. Cependant que les autres danseurs, catapultés des quatre coins du monde,  semblent se reposer nonchalamment sur les bancs improvisés, en quête d’inspiration, de rebondissement. C’est ainsi que s’enchaînent toutes ces propositions chorégraphiques : avec spontanéité apparente et vérité profonde. Chaque danseur semble suivre une trajectoire propre et nous offrir ses rencontres éphémères et éblouissantes. Bruits du monde dans les interstices musicaux. Miroitements de couleurs de peau et de couleurs d’arc-en-ciel.

Loin de s’essayer à l’assaut du ciel,  - on a Jean-Sébastien Bach pour cela - on assiste à une communion joyeuse avec le socle de la  terre, le monde qui les entoure. Ils enlacent tour à tour la nature et leur être profond. Tout cela dans une fluidité aérienne ou liquide, un dynamisme et une précision extrêmes. Les regards intérieurs sont étincelants.  Pour le spectateur-auditeur c’est se laisser entraîner dans une authentique aventure. C’est  labourer le sol, remuer la glaise de la création, vibrer dans le plaisir du jeu des collisions souples, des  esquives, des passes esthétiques et du sourire généreux. Beauté des trios.

On se souviendra de  cette longue chaîne de bras incrustés les uns aux autres, qui évoque la solidarité. Miracle, voilà les danseurs subitement vêtus de jaune d’or, déclinés en nuances toutes différentes. Les hommes sont-ils de nouveaux insectes aux élytres d’or crépitant à la vie ? Frottements, glissements, rassemblements, la lumière blanche décroît et deux danseurs s’élancent dans une nouvelle proposition. Ces improvisations de passion, de tendresse et de charme sont méticuleusement préparées et ordonnées comme autant de fugues glissant autour des  socles de blancheur.

Et voilà les mêmes hommes soudain en T-SHIRT verts, out of the Blue, de l’olive profond au sapin,  tilleul ou menthe. L’écran lui-même devient vert. Le dernier danseur a rangé les lignes de sucre en digue continue. A perfect catwalk.  La pesanteur se fait légèreté extrême. Icare a perdu son  orgueil démesuré.  Le danseur virtuose labourera cet espace de son corps parfait comme s’il voletait à la surface de l’eau. Nul ne sait d’où vient l’esprit, si présent. La finale est un mouvement d’ensemble  parfait des neuf danseurs, un avènement, une harmonie nouvelle qui occupe tout le plateau.

Des noces terrestres ou célestes ? Nul ne sait. Les noces de la beauté musicale et de l’esthétique du corps humain en mouvement.  Hommes et femmes spectateurs sont emportés par la beauté et la vitalité du spectacle « To the ones I love ».

 

extraits:

http://www.thor.be/fr/parcours/to-the-ones-i-love-dp1

 

 Jusqu'au 22/12, 20h30 (sauf me. 19h30). Théâtre Varia, rue du Sceptre 78, 1040 Bruxelles. www.varia.be

Lire la suite...
administrateur théâtres

Les Concerts Brodsky (au théâtre du Grand Varia)

Les Concerts Brodsky, texte de Joseph Brodsky, composition piano de Kris Deffoort, dramaturgie et jeu Dirk Roofthooft.

12272774055?profile=original

  Le plateau du Grand Varia est désert à part un piano à queue quelque peu usé, surveillé par la modernité  d’un keyboard blanc immaculé et son monitoring informatique, hautement fidèle. Kris Deffoort, jazzman hautement timide échange une bise de connivence et nombre de verres d’eau avec le lecteur-comédien qui va nous transmettre son interprétation des poèmes de Brodsky.

 

L’eau, source de vie, source d’amour ? Souvenir d’enfant ? Alors qu’un officier accompagnant le retour de guerre de son père avisait  dans leur appartement de 16 Mètres carrés, une  carafe  remplie d’eau avec un clin d’œil interrogateur ou complice. L’enfant ne répondit pas, trop occupé par l’instant présent, l’instant inoubliable de l’avènement de la paix et du retour du père  avec ses trois énormes malles chinoises. Un instantané balayé par 45 ans de vie.

 

« If you were drowning, I’d come to the rescue...” Et voilà, qu’ici ce soir, avec son jazzman s’installe soudain l’accomplissement des gestes de la  connivence. Le voilà  enfin qui répond au clin d’œil  « de l’homme de pique », si longtemps après. Où est le sens ? Est-on toujours décalé ? Pas ce soir, le canevas musical  qui se greffe sur le souffle du comédien a tout de l’improvisation réussie: dans le bon rythme, dans la complicité totale, avec l’intensité de l’émotion voulue. C’est dire que dans les moments de colère et d’épouvante, le timide pianiste qui joue en fermant les yeux, se déchaînera : debout, battant le piano de ses poings fermés, du coude, comme s’il terrassait une bête féroce. Mais au moins la rencontre y est.  

 

Poète russe jusqu'au fond des os et de nationalité américaine suite à son douloureux exil en 1972, Joseph Brodsky est un enfant du renouveau dû au dégel des années après la mort de Staline. Si on se passait ses poèmes sous le manteau en URSS, il n'était pas vraiment connu en Occident. Après la publication de ses poèmes dans les années 1960, il est arrêté et condamné en 1964 à cinq ans de travaux forcés  pour « parasitisme social » et connut les hôpitaux psychiatriques. Emigré aux Etats-Unis, accueilli par W.H.Auden, Brodsky, (prix Nobel en 1987), il avait  l’habitude de déclamer ses poèmes en public. Transparaissait alors toute la nostalgie de la Russie et la tristesse de la séparation avec sa famille qu’il ne revit jamais.


 

Le  désir du comédien Dirk Roofthoot est d’incarner tour à tour le désespoir de l’exil, la puissance de la révolte, la puissance de la mort  qui attend  l’homme inéluctablement, la suprématie du temps qui nous réduit en poussière. «  La poussière est la chair du temps : la chair et le sang… » «  Choses et gens, hurle-t-il, nous entourent et nous déchirent l’œil. Mieux vaut vivre dans le noir. » Il décrit l’automne gluant, la boue, l’hiver, la décomposition, la nature morte. « Il y a des trous dans ma poitrine et le gel s’infiltre… » Contrairement au gens,  «  les choses ne recèlent ni bien ni mal ».

 

 Et l’amour trouve si difficilement l’harmonie et la conjoncture favorable.  « Ensemble nous vivrons sur le rivage derrière une haute digue...écoutant la mer déchaînée». «Notre enfant silencieux, Anna ou Andrei, pour garder l'alphabet russe, regardera sans rien comprendre un  papillon se débattant contre la lampe quand viendra pour lui le temps de repasser la digue dans l'autre sens ». «Etre éphémère, ta vie soyeuse pèse moins que le temps, tu miroites, poudre parmi les fleurs».  

 

Des mots anglais de la  très belle ballade du début,  composée par l’immigrant russe  nous apporte l’apaisement après la  longue colère orgasmique du poète. «Des mots qui ne peuvent être prononcés que par ta voix comme avant… celle de l’amie qui ne ment pas. » La mère ? L’amante ? L’épouse?

«If you were drowning, I’d come to the rescue,
wrap you in my blanket and pour hot tea.
If I were a sheriff, I’d arrest you
and keep you in the cell under lock and key.

If you were a bird, I‘d cut a record
and listen all night long to your high-pitched trill.
If I were a sergeant, you’d be my recruit,
and boy I can assure you you’d love the drill.

If you were Chinese, I’d learn the languages,
burn a lot of incense, wear funny clothes.
If you were a mirror, I’d storm the Ladies,
give you my red lipstick and puff your nose.

If you loved volcanoes, I’d be lava
relentlessly erupting from my hidden source.
And if you were my wife, I’d be your lover
because the church is firmly against divorce. »

LOVE SONG – Joseph Brodsky

 

 

http://www.varia.be/fr/les-spectacles/les-concerts-brodsky0/

Les 7, 8 et 9 décembre 2011 à 20h30

Un spectacle de LOD en coproduction avec le Grand Théâtre de Luxembourg, deSingel (Anvers) et le centre de recherches et de formation musicales de Wallonie (Liège).

Lire la suite...