Littérature et société en Belgique francophone (1944-1960)
en compagnie de Bibiane Fréché, présentée par Jean-Luc Outers.

Petites mythologies belges
en compagnie de Jean-Marie Klinkenberg, présenté par Éric Brogniet.



Il s’agit de récits autobiographiques de Marguerite Yourcenar (1903-1987), en trois volumes: Souvenirs pieux(1974); Archives du Nord (1977); Quoi? l'Éternité (1988).
Après la publication de l'Oeuvre au noir, Marguerite Yourcenar entreprend, en 1969, le premier volume du Labyrinthe du monde, vaste fresque familiale à laquelle elle se consacrera jusqu'à sa mort.
Souvenirs pieux évoque les ancêtres maternels de l'auteur. L'ouvrage, qui doit son titre aux images religieuses traditionnellement envoyées à l'occasion d'un décès, est composé de quatre sections. Dans la première, "l'Accouchement", Marguerite Yourcenar conte sa naissance et la mort, survenue quelques jours plus tard, de sa mère, Fernande. La deuxième partie, "la Tournée des châteaux", retrace l'histoire de cette famille de l'aristocratie belge dont Fernande de Cartier est issue et dont l'auteur trouve les premières traces au XIXe siècle. Dans la partie intitulée "Deux Voyageurs en route vers la région immuable", Marguerite Yourcenar s'attarde sur le personnage d'un oncle de sa mère nommé Octave Pirmez, écrivain fade et bien-pensant mais d'une personnalité attachante, profondément marqué par le suicide de son jeune frère Fernand, dit Roméo. La dernière section, "Fernande", narre l'enfance et la jeunesse de Fernande puis sa rencontre et son mariage avec M. de C., un veuf d'une cinquantaine d'années qui sera bientôt le père de Marguerite Yourcenar.
Archives du Nord est le pendant paternel de Souvenirs pieux. La chronologie y obéit toutefois à un cheminement inverse: au lieu d'opérer, à partir de sa naissance, une remontée dans le temps, l'auteur part ici des temps les plus anciens pour arriver peu à peu à dessiner la figure de son père. Ainsi, la première partie dépeint tout d'abord la formation et l'évolution géologiques de ces terres du nord de la France dont son père est originaire ("la Nuit des temps") puis retrace, à partir du XVIe siècle, la généalogie de la famille paternelle des Cleenewerck de Crayencour ("le Réseau"). Dans la deuxième partie, Marguerite Yourcenar évoque longuement la figure de son grand-père. Elle reconstitue l'histoire de son adolescence ("le Jeune Michel-Charles") puis de son triste mariage avec la dure et sèche Noémie, issue de la riche bourgeoisie lilloise. Michel, le père de l'écrivain, est l'un des enfants nés de cette union ("Rue Marais"). Enfin, dans une troisième partie intitulée "Ananké", l'auteur conte l'histoire de son père: sa fuite du milieu familial pour embrasser une carrière militaire, sa désertion et son exil pour l'amour d'une jeune et belle Anglaise, son premier mariage avec Berthe puis, après la mort de la jeune femme, l'union avec Fernande et la naissance de Marguerite.
Le troisième volume, Quoi? l'Éternité, est demeuré inachevé, la mort de l'auteur en ayant interrompu la rédaction. L'ouvrage s'inscrit dans la continuité chronologique d'Archives du Nord. Marguerite Yourcenar évoque les premiers temps du veuvage de Michel dans la propriété familiale du Mont-Noir, à Bailleul ("le Traintrain des jours"), et la figure de la soeur de ce dernier, Marie, qui mourut jeune dans un tragique accident ("Necromantia"). Les quatre chapitres suivants ("Un grain d'encens", "le Trépied d'or", "la Déchirure" et "Fidélité") sont consacrés à Jeanne, une amie d'enfance de Fernande qui fut, durant quelques années, la maîtresse de Michel et qui incarna, pour la petite Marguerite, une sorte de mère idéale. Le personnage d'Egon, le mari de Jeanne, servira plus tard de modèle à l'écrivain lorsqu'elle composera Alexis ou le Traité du vain combat. Après avoir retracé ses premiers souvenirs d'enfance ("les Miettes de l'enfance") et les dernières amours de son père ("les Miettes de l'amour"), Marguerite Yourcenar dépeint les années sombres de la Première Guerre mondiale ("La terre qui tremble, 1914-1915", "La terre qui tremble, 1916-1918" et "les Sentiers enchevêtrés"). L'écrivain projetait de rédiger encore une cinquantaine de pages dans lesquelles elle aurait notamment relaté les fins respectives de Jeanne et de Michel.
Composé à l'aide d'archives et de témoignages, ce triptyque familial procède d'un type d'inspiration assez voisin de celui de Mémoires d'Hadrien ou de l'Oeuvre au noir. Dans tous les cas, en effet, la création romanesque de Marguerite Yourcenar se trouve étroitement liée à un travail d'historien et à un regard de moraliste porté sur la destinée et le temps humains.
Dans le Labyrinthe du monde, toutefois, la part de la fiction est fort minime. Certes, l'oeuvre est pour beaucoup le fruit de l'imagination de l'auteur qui parvient à redonner vie à des personnes disparues en se fondant sur une documentation souvent étique, aride ou fragmentaire. Mais cette imagination est avant tout au service d'une restitution et s'interdit la fabulation, l'écrivain préférant souvent le silence à l'invention pure et simple. Le vivant est ainsi laissé à sa complexité jamais démêlée, comme à ses mystères demeurés opaques. L'ouvrage, bien que fourmillant de personnages et embrassant de multiples époques, séduit par son aspect dépouillé. Au seuil de la mort, et une fois accomplies les grandes tâches romanesques de la maturité, projetées d'ailleurs pour la plupart dès la première jeunesse, Marguerite Yourcenar se consacre à une matière brute et humble. Après l'empereur (Mémoires d'Hadrien) et le philosophe alchimiste (l'Oeuvre au noir), elle choisit des personnages ordinaires que son travail extrait patiemment de l'anonymat et du dédale de la généalogie, non pour en détacher des aspects exceptionnels mais au contraire pour montrer l'inexorable flux de la vie, cette sorte de machine aveugle qui broie dans la multitude et engloutit dans l'oubli les existences individuelles. Les figures maternelle et paternelle sont certes privilégiées dans la mesure où elles sont le point de départ des recherches, mais le Labyrinthe du monde, livre sans héros, est aussi un livre dépourvu de personnages vraiment principaux. Les séductions et les mirages de la totalisation sont bannis, l'écrivain préférant laisser son ouvrage livré à l'éclatement, à l'inachèvement et à l'ordinaire qui sont le lot de la vie même.
Pour Marguerite Yourcenar, écrire l'histoire familiale, c'est moins chercher à vaincre le temps que prendre la mesure du caractère éminemment contingent de toute existence: "L'angle à la pointe duquel nous nous trouvons bée derrière nous à l'infini. Vue de la sorte, la généalogie, cette science si souvent mise au service de la vanité humaine, conduit d'abord à l'humilité, par le sentiment du peu que nous sommes dans ces multitudes, ensuite au vertige" (Archives du Nord). A cet égard, la dernière oeuvre de la vieillesse est aussi apprentissage de la mort.
Extrait du Testament des siècles de Robert Paul
"Impression d'un explorateur dans la région du mystère"; tel pourrait être le sous-titre de ce traité de Maurice Maeterlinck (1862-1949), sorte de brève histoire de l' occultisme, publiée en 1921. La recherche des sources du fleuve mystérieux qui coule à travers toutes les religions, les croyances et les philosophies, nous conduit dans l' Inde sacrée: de là ce courant se répandit sans doute en Egypte, dans la Perse antique, en Chaldée, imprégna le peuple hébreu, s'infiltra en Grèce et dans le nord de l'Europe, atteignit la Chine et même l'Amérique où la civilisation aztèque fut tributaire de la civilisation égyptienne. De l'occultisme primitif nous connaissans donc trois dérivations: la dérivation Egypte-Perse-Chaldée-Grèce (les "mystères" religieux grecs); l' ésotérisme judéo-chrétien, avec les Esséniens, les Gnostiques, les néo-platoniciens alexandrins, les Kabbalistes du moyen âge; enfin l' occultisme moderne, plus ou moins imprégné des précédents, qui englobe non seulement les théosophes, mais les spirites et tous les philosophes métapsychiques d'aujourd'hui. De ces divers courants, depuis les textes les plus anciens de la littérature sacrée hindoue jusqu'aux manifestations variées de l' occultisme moderne de Blavatsky, Besant, Steiner, et à la "Métapshychique contemporaine", l'auteur fait un tableau fort éloquent où il s'efforce de prouver que ces fleuves et ces ruisseaux de l' occultisme ont transmis jusqu'à nous des puissances, sans doute beaucoup plus spiritualistes que celles de l'esprit moderne. Pour saisir et dominer ces puissances nous devons donc nous spiritualiser, cultiver le jardin de notre âme, c'est-à-dire notre subconscient, par le renoncement et la concentration spirituelle. Le style suggestif et infiniment poétique de Maeterlinck, l'atmosphère purifiée, peuplée de paradoxes éthérés qui s'échappent avant qu'on ait le temps de les saisir, les subtiles points d'interrogation et un vague idéalisme sentimental, répandu un peu partout, ont été la cause du grand succès de cet ouvrage. Mais tout cela ne suffit pas à dissimuler l'absence d'unité de pensée, et le caractère arbitraire de certaines affirmations d'ordre historique. Il s'agit, non pas d'une doctrine, mais de variations poétiques subtiles et ingénieuses sur des thèmes qui ont toujours passionné l'humanité.
Extrait du Testament des siècles de Robert Paul
"Je ne connais aucune oeuvre dans laquelle soient enfermés autant de silence, autant de solitude, d'adhésion et de paix, autant de royal éloignement de toute rumeur et de tout cri" (Rainer Maria Rilke, 1902). La pièce la plus célèbre de Maurice Maeterlinck doit une part de sa notoriété à l'adaptation musicale de Claude Debussy créée à l'Opéra-Comique le 30 avril 1902, sous la direction de Messager, en dépit des démêlés survenus entre l'auteur et le compositeur. Une nouvelle édition modifiée conformément aux représentations de l'Opéra-Comique paraîtra chez Paul Lacomblez en 1902. Très mal accueillie par la critique mais soutenue par une jeunesse enthousiaste, l'adaptation de Debussy restitue parfaitement l'atmosphère ésotérique de l'oeuvre. Par son dépouillement volontaire qui manifeste un retour à la simplicité classique, Pelléas et Mélisande marque une date importante dans l'évolution du drame symboliste.
Le prince Golaud, un homme d'âge mûr, rencontre une jeune fille en larmes au bord d'une fontaine. Il ignore qui elle est, d'où elle vient et pourquoi elle pleure, mais une couronne au fond de l'eau ainsi que ses vêtements indiquent une origine princière. Golaud épouse Mélisande et la ramène au château "très vieux et très sombre [...] très froid et très profond" où l'attendent son père Arkël, son demi-frère Pelléas et son fils né d'un premier mariage, Yniold (Acte I).
Pelléas conduit Mélisande près d'une fontaine dite "des aveugles" où la jeune fille laisse tomber l'anneau d'or offert par Golaud. La frêle Mélisande avoue son malheur, dont elle ignore la cause: "Je vais mourir si on me laisse ici" (Acte II).
Pelléas doit quitter le château pour se rendre au chevet de son ami Marcellus. Avant de partir, il veut embrasser Mélisande et la surprend, à la fenêtre d'une tour, coiffant sa longue chevelure qui inonde le jeune homme: "Je t'embrasse tout entière en baisant tes cheveux." Arrive Golaud qui met fin à ce qu'il appelle des "jeux d'enfants", mais demande à Pelléas d'éviter Mélisande, prétextant sa délicatesse et son émotivité; il se sert du petit Yniold pour savoir ce que se disent les jeunes gens en son absence (Acte III).
Pelléas fixe un dernier rendez-vous à Mélisande: "Il faut que tout finisse [...]. J'ai joué comme un enfant autour d'une chose que je ne soupçonnais pas [...]. J'ai joué en rêve autour des pièges de la destinée." Pelléas et Mélisande s'avouent enfin leur amour et s'embrassent, lorsque, dans la nuit, surgit Golaud qui tue Pelléas. Mélisande s'enfuit épouvantée (Acte IV).
Au matin, les servantes découvrent les corps de Mélisande et de Golaud devant la porte du château. Mélisande n'est que légèrement touchée: "Ce n'est pas de cette blessure qu'elle meurt, un oiseau n'en serait pas mort [...] ce n'est donc pas vous qui l'avez tuée [...] elle ne pouvait pas vivre", dit le médecin à Golaud, fou de remords, implorant son pardon et réclamant toute la vérité sur l'amour de Pelléas et Mélisande. Un amour que la jeune femme avoue très naturellement. Cet aveu trop facile torture Golaud: "La vérité, la vérité", hurle-t-il. Mais Mélisande est déjà trop loin et Arkël demande qu'on la laisse en paix: "Il faut parler à voix basse [...] l'âme humaine aime à s'en aller seule." Le petit être silencieux et mystérieux s'éteint sans un mot (Acte V).
Le drame "banalement passionnel", pour reprendre l'expression de Maeterlinck, d'un amour fatal qui conduit à la mort est mené ici selon une lente et irrésistible progression des sentiments. L'évolution de Pelléas et Mélisande n'est marquée que par une succession d'états d'âme, sans aucun éclat dramatique ou effet lié aux événements. L'action ne provient que du resserrement progressif de l'emprise du destin sur les personnages: le schéma dramatique est donc essentiellement émotionnel. Pelléas et Mélisande ne prennent que tardivement conscience de l'amour qu'ils se portent. Si dès l'acte I leurs paroles sont révélatrices de leurs élans inconscients, de leur muette attirance, c'est l'épisode de la fontaine, où Mélisande, jouant avec l'alliance offerte par Golaud, la laisse tomber dans l'eau, "peut-être aussi profonde que la mer", qui éclaire les jeunes gens, confirmés dans leurs sentiments après la scène de la tour, où la longue chevelure de Mélisande inonde Pelléas comme autant de liens inconscients. Mais ce n'est que lors de son agonie que Mélisande accédera à une révélation totale. Elle est parvenue, grâce à l'amour, à un niveau de perception qui l'éloigne définitivement du monde des humains; d'où son incompréhension face aux cris de Golaud réclamant vérité et pardon.
Si Golaud incarne le jaloux mis à nu avec sa soif de domination totale sur l'être aimé, avec son obsession de la vérité, son désespoir d'homme à qui tout échappe, Mélisande, elle, reste mystérieuse jusqu'au bout. Ambiguë et troublante, elle est la figure même du destin; malgré sa beauté funeste elle n'est pas un être de chair, mais avant tout une âme - et en même temps une poupée mue par une force obscure, Dieu, ou la fatalité.
Aucune véritable péripétie dans cette pièce de "théâtre immobile", qui conduit inexorablement ses héros vers la mort. Dans ce texte où pourtant existent l'amour, la jalousie, la colère, les personnages parlent comme dans un songe, se touchent à peine, sont incapables de nommer les choses et se contentent de proférer des paroles transparentes, chargées pourtant de symboles, et qui semblent arrachées à une incommunicable rêverie intérieure. La pièce se nourrit d'actes banals, dénués en apparence de toute signification. C'est le quotidien dans ce qu'il a de plus dérisoire et d'écrasant qui comble le silence de ce théâtre dont l'auteur n'a "d'autre intérêt que celui qu'inspire la situation de l'homme dans l'univers".
Extrait du Testament des siècles de Robert Paul
La parution d'un ouvrage de Louis Savary est toujours un événement!
Photo extraite du Testament des Poètes de Robert Paul
Petite bibliographie (non exhaustive) extraite du Testament des Poètes de Robert Paul:
POESIE
Publications
1960 : La Mère Folie (Grassin-Paris)
1963 : L'Homme-Grenouille (Unimuse-Tournai)
1963 : Les Noces de Sable (Mondo-Rome)
1965 : Poèmes dits du haut d'un mât de mercure (Poésie des Limites)
1970 : La longue Marche des Funambules (Pierre Jean Oswald - Honfleur)
Participation à de nombreuses anthologies : Belgique, Suisse, France, Roumanie.
Poèmes traduits en anglais, italien et roumain.
Poèmes mis en spectacles : " Chacun croit que l'aveugle a besoin de lumière " par le Théâtre du Dragon - 1968 et " Les Tanks à la Mer " par le groupe d'expression corporelle de la Maison de la Culture de Mons - 1971.
1995 : L'Ivre Espace (livre-objet) avec le peintre Nadine Fiévet.
1996 : Le Baroud des Mohabites (Nouvelles Editions Debresse - Paris)
avec Jean-Claude Derudder ( graphisme )
1997 : L'Arbre à Papillons - livre d'artistes avec le peintre Patricia Erbelding ( éditions Werther - Paris )
1997 : L'Enfant Sans ( Arcam - Paris )
1998 : Sans Concession ( Arcam - Paris )
1999 : Baignade Interdite ( Arcam - Paris )
2000 : Terre à Taire ( Arcam - Paris )
2000 : L'Art'Cup : Rencontre d'Artistes sur Internet avec Rose Kac :
2000 : Au-delà des Signes - avec le peintre Nadine Fiévet ( Editions Fortuites )
2000 : Sans Sommation ( Arcam - Paris )
2001 : Défense de Souffler ( Arcam - Paris )
2001 : A chacun son Elément - livre d'artistes avec le peintre Claude Lebailly
2001 : Le Théâtre / Serait-ce ? ( Arcam - Paris )
2002 : Le Théâtre / Et si c'était ? ( Arcam - Paris )
2002 : E.A. 1/2 - livre d'artistes avec le peintre Claude Lebailly
2002 : Le Théâtre / C'est comme... ( Arcam - Paris )
2003 : Le Théâtre / Non ce n'est pas ! ( Arcam - Paris )
2003 : L'Heure de Pointe ( Les Cahiers Poétiques Européens - Paris )
2003 : Le Théâtre / C'est ( Arcam - Paris )
2004 : L'Empreinte de l'Index - livre d'artistes avec le peintre Nicole Haurez
( Editions Fortuites )
2004 : Sens Equivoques ( Arcam - Paris )
2004 : Misanthrope ma non troppo ( Arcam - Paris )
2004 : âtmâ - livre d'artistes avec le peintre Catherine Semoulin
( Editions Fortuites )
2005 : La Mort-Passion ( Arcam-Paris )
2005 : Mots de passe ( Arcam-Paris )
2006 : L'amour à nu ( Arcam-Paris )
s.d. : Autopamphlure en phase terminale (L'âne qui butine, Mouscron)
2007 : Le B.A.-BA de la Bêtise (Ed. Arcam-Paris)
NOUVELLE
1971 : La Patte d'Aigle ( Horizons du Fantastique n° 15 )
Prix de l'Ile des Poètes - Lyon 1970
1972 : Par tous les Chevaux de Mongolie ( inédite )
THEATRE
1978 : La Merveilleuse Histoire du Boucher de Nulle Part, d'après « Les Cavaliers » d'Aristophane
Spectacle monté la même année par le Kloak Group Théâtre, sous le titre :
Choucroute-Party
RADIO
1974 : Le plus long voyage de Rosa Mer, avec Jean-Claude Derudder
Réalisation : Centre de Production du Hainaut de la R.T.B.F.
Participation à de nombreuses émissions : Nos Lettres Françaises, Poétique,
l'Ecole Buissonnière, Micro-Climat...
B.D.
Scénariste pour Tony Cossu
1979 : Boskovich (Le 9ème Rêve)
1981 : Alceister Crowley (Editions Dupuis)
1984 : No Man's Land (Humanoïdes associés) avec Derudder et Jamsin
1990 : L'Architecte et son Double (Humanoïdes associés)
CHANSON
Pour le théâtre : STRIPTRISTE - Kloak Group Théâtre
Chanson française : trois 45 tours avec Marc FARELL (Omega International 78 et 79)
Chanson wallonne : avec Jean-Claude DERUDDER
deux fois finalistes du Grand Prix de la Chanson Wallonne en 1978 et 1979
Prix de la Ville d'Ath en 1979
Parolier pour Jacques HUSTIN ( Quai des Rêves : Hiram 1983 )
pour Christiane STEFANSKI ( Solitaire/Solidaire : récital 1985 )
Sortie C.D. ch.wallonnes avec J-C Derudder ( Taper, toudis taper - Kloak 001/1998 )
Pour le théâtre : chanson de STABAT PATER - d'après Bayon - Verheggen / KAN'H 2003
Il s’agit d’un drame en cinq actes et en prose de Maurice Maeterlinck, publié à 30 exemplaires à Gand chez Louis Van Melle en 1889; réédition à Bruxelles chez Paul Lacomblez en 1890.
La Princesse Maleine est la première pièce de théâtre de Maurice Maeterlinck, parue la même année que son recueil de poésie Serres chaudes. Elle fut saluée par un article dithyrambique d'Octave Mirbeau dans le Figaro du 24 août 1890: "Je ne sais rien de M. Maurice Maeterlinck [...]. Je sais seulement qu'aucun homme n'est plus inconnu que lui et je sais aussi qu'il a fait un chef-d'oeuvre [...]. M. Maurice Maeterlinck nous a donné l'oeuvre la plus géniale de ce temps [...] et oserais-je le dire? supérieure en beauté à ce qu'il y a de plus beau dans Shakespeare." Le "Shakespeare belge" était né, et Maeterlinck évoquera plus tard la surprise et la gêne que suscita cet article dont les effets furent immédiats dans les milieux bourgeois de Gand. Paul Fort, fondateur du Théâtre-Mixte, devenu en 1890 le théâtre d'Art, cherchait des textes originaux et une orientation neuve: il s'adressa à Maurice Maeterlinck pour obtenir la Princesse Maleine. C'est finalement à Antoine, qui ne jouera jamais la pièce, que Maeterlinck la céda.
Dans le château du vieux roi Marcellus, on fête les fiançailles de sa fille, Maleine, avec le prince Hjalmar. Dehors veillent deux officiers du roi, lorsqu'une comète apparaît, semblant "verser du sang sur le château [...]. On dit que ces étoiles à longue chevelure annoncent la mort des princesses". Soudain, les vitres éclatent; cris et tumultes précédent la sortie du vieux roi Hjalmar, père du prince, qui insulte Marcellus: "Je vous laisse votre Maleine avec sa face verte et ses cils blancs." Le château est incendié, Marcellus est mort, et Maleine a disparu. On la croit morte. Le prince Hjalmar se fiance à Uglyane, fille de la reine Anne dont le vieux Hjalmar est très amoureux et totalement dépendant (Acte I). Maleine, réfugiée avec sa nourrice dans une tour, traverse une vaste forêt sombre dans l'espoir de rejoindre Yselmonde, le château d'Hjalmar où, se faisant passer pour une suivante, elle reconquiert le coeur du prince: "On dirait que mes yeux se sont ouverts ce soir" (Acte II). La reine Anne, feignant d'accepter l'idée d'une union entre Hjalmar et Maleine, entoure d'attentions la jeune princesse malade. Maleine, pâle et très faible, est atteinte d'une mystérieuse langueur, due, pense-t-on, à l'air des marais qui entourent le château. Le pressentiment d'une fin tragique se confirme lorsque le médecin révèle qu'Anne lui a demandé du poison. La machination devient évidente: "Elle travaille comme une taupe à je ne sais quoi; elle a excité mon pauvre père contre Marcellus et elle a déchaîné cette guerre; il y a quelque chose là-dessous!", disait déjà Hjalmar à l'acte I (Acte III). Autour d'elle, Anne devine les soupçons et craint que le vieux roi, par faiblesse, ne l'abandonne, l'entraînant de force avec elle: "Mon Dieu... Elle me conduit comme un pauvre épagneul; elle va m'entraîner dans une forêt de crimes, et les flammes de l'enfer sont au bout de ma route." Anne pénètre dans la chambre de Maleine par une nuit "aussi noire qu'un étang" et étrangle la princesse (Acte IV). L'orage éclate. Dehors les paysans sont assemblés et voient entrer dans le port un navire de guerre noir: "C'est le jugement dernier", dit un vieillard. Lorsque le vieux roi Hjalmar, devenu fou, dénonce le crime, son fils poignarde Anne avant de se donner la mort (Acte V).
La Princesse Maleine baigne dans un climat d'angoisse. La présence du surnaturel (château étrange, lumière insolite conférant aux objets et aux êtres une image irréelle), les correspondances tissées entre les personnages et la nature suggèrent le mystère et la tragédie.
La fatalité gouverne un univers où des êtres passifs et dépourvus de toute volonté se laissent guider par un destin qu'ils pressentent mais qu'ils ne tentent jamais de détourner. Cette impression générale de malaise est accentuée par des dialogues inachevés, hachés et laconiques dont les répliques, toujours très brèves, sont autant de paroles suspendues, suggérant le trouble des personnages. Le traitement de la fatalité dans la Princesse Maleine a souvent été comparé à celui de Macbeth - que Maeterlinck traduisit en 1909. Dans les deux pièces se retrouvent, entre autres, le personnage de la reine sensuelle, cruelle et meurtrière, et du vieux roi qui sombre dans la folie. La reine Anne, figure dominante du drame, incarne les puissances démoniaques. Intrigante et ambitieuse, le mobile profond de ses actes n'est autre que le plaisir du mal, une force secrète qui la guide mais qu'elle ne domine pas. Face à elle un vieux roi faible, complice épouvanté du drame qui se tisse sous ses yeux, et deux fiancés perdus dans les brumes de l'angoisse et du mystère, victimes d'une machination dont l'étau se resserre peu à peu autour d'eux (voir Pelléas et Mélisande).
Dès sa première pièce, comme on le voit, Maeterlinck a su mettre en oeuvre les principes fondamentaux de sa dramaturgie: le recours au silence et ces personnages "somnambules, un peu sourds, constamment arrachés à un songe pénible, [dont] le manque de promptitude tient intimement à leur psychologie et à l'idée un peu hagarde qu'ils se font de l'univers", comme il l'écrivit lui-même dans la Préface à l'édition complète de son théâtre.
Extrait du Testament des siècles de Robert Paul