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Encrages


(à S.B.)

Et l'eau, long cours, s'en va, s'écoule, coule, là-bas vers la mer :
ruisseau, cascade, fleuve à l'hiver, étiage, berge, roselière.
Et là, mon pas, tranquille, fougère, pose ma voie sur la terre,
pose mon chant sur le miroir, reflet, mes joies, mes colères.

Passez, passons, fluides oublis, ancrés, encrés sur un fil ;
sur la tranche de maigres feuilles tracer un semblant d'utile.

J'écris à l'aube sur quelque bleu, les pleins, déliés, lumières
d'un ciel de vie, ciel d'aubépine, ta main posée sur mes vers
apaise le torrent, diamant, les grave, grave l'éphémère.
Je suis vivant, tu vis en moi, depuis, je vois et j'espère.



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Traces...


La trace qui s'éteint sur la laisse de mer :
il marchait mais encore comment s'appelait-il ?
Douze coups de chagrin déjà c'était hier,
les chiens gueulent au vent glacé de notre exil.

Griffe, quatre saisons saisissent un éclair,
rien, cheveu de printemps scintille de grésil ;
nais puisque c'est ainsi passager de la terre,
sois mais sois à la vie funambule à son fil.

Urgence d'être cri, urgence d'être chair,
urgence de donner sans attendre fût-il
insensé de donner autant que désespère
cette béance en nous de naître à l'inutile.

Puis au-delà des dieux tutoyer le désert,
balayé d'océan pressentir comme l'île
pressent que les marées sont filles de la terre,
que le regard est vain s'il ne meurt au futile.

...

Parfois la main se tend tant qu'elle vient à taire
au moins pour un instant le trait, le sillon qu'il
nous est tant à douleur de porter solitaire
la plaie s'endort alors ; traces, vous souvient-il ?



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Renaître encore !


J'impacte sur la nuit, sur l'espace moiré de mes noires marées. Là où l'autre n'existe pas. Où il n'y a pas d'excuse. La solitude, seulement, des nécropoles intérieures. Renaître encore !

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Vient de paraître
Jean-Nicolas De Surmont sera au Salon du livre de Bruxelles.
Il offrira des séances de dédicaces
au stand de Québec Édition (stand 212)
le jeudi 4 mars, entre 15 h et 16 h
le samedi 6 mars entre 11 h et 12 h.

Écrire l’histoire de la poésie vocale au Québec : le pari est de taille, et Jean-Nicolas De Surmont le relève avec brio. En montrant comment l’évolution des pratiques vocales est indissociable des changements politiques, économiques et identitaires de leur lieu d’émergence, il retrace les grandes lignes de la chanson québécoise en la rattachant à une chronologie efficace. Grâce aux ressources rassemblées par les plus grands folkloristes – pensons ici à la collection de plus de dix milles chansons de Marius Barbeau –, l’auteur de La poésie vocale et la chanson québécoise suit patiemment la voix d’une nation en pleine ébullition. Des premières vedettes (Hector Pellerin, J. Hervey Germain, Alexandre Desmarteaux) aux jeunes talents néo-traditionnels (Mes Aïeux, la Chasse-Galerie, Mauvais Sort…), Jean-Nicolas De Surmont offre un survol de l’histoire du Québec à travers ses chansonniers et ses mouvements musicaux. Ce recul, nécessaire, et cette approche novatrice permettent une meilleure compréhension des enjeux qui ont marqué le processus identitaire québécois.

Jean-Nicolas De Surmont est membre de l’équipe Popular Cultures Research Network de l’Université de Leeds (Royaume-Uni). Il s’intéresse à la métalexicographie et aux réseaux hypertextuels, ainsi qu’à la poésie vocale québécoise. Il est l’auteur de plus d’une centaine d’articles et comptes-rendus publiés dans une vingtaine de pays. Titulaire d’un doctorat portant sur l’ingénierie lexicale, il est actif comme enseignant et conférencier dans plusieurs domaines notamment la terminologie, la lexicographie et la chanson. Polyglotte, il a en outre suivi des cours de chant et joue plusieurs instruments de musique.

Table des matières

Remerciements

Introduction

Chanson signée et chanson de tradition orale

Cerner la nature de l’objet-chanson

Parcours historiographique et phénomène

chansonnier

Histoire de la chanson au Québec

Le XVIIe siècle : métissage des pratiques

Le XVIIIe siècle : pratiques rurales et autochtones

Le XIXe siècle : éclatement des formes de pratique

chansonnière

Le XXe siècle : les débuts de l’enregistrement sonore

1919 – 1939 : période charnière pour la chanson

traditionnelle

La génération de l’art lyrique

1939 – 1950 : l’essor de la « chanson canadienne »

Les années cinquante : la chanson devient la lanterne

de la culture québécoise

Échanges France – Québec : des cabarets et des

boîtes à chanson

Les années soixante : la chanson en révolution

Le mouvement chansonnier et la valorisation de

l’auteur-compositeur-interprète

Chansonnier versus yé-yé : entre la France et les

États-Unis

Les interférences entre la sphère du politique et la

pratique chansonnière

Le féminisme et les femmes : une nouvelle voie

s’ouvre

Récupération de la fonction symbolique de la

tradition orale

1970 – 1990 : le rock et l’exploitation commerciale

Les années quatre-vingt : crise économique et essor

des nouveaux supports de diffusion

De 1990 à aujourd’hui

Le star-system et Star Académie

La chanson traditionnelle au XXIe siècle

Le chansonnier

Le recueil de chansons

Le faiseur de chansons politiques

La chanson sans musique ou le poème chanté

Folklorisation et oralisation de la chanson signée

L’activité chansonnière : entre tradition et modernité.

Le mouvement chansonnier contemporain .

L’influence de la tradition orale sur le corpus

chansonnier

Conclusion

Glossaire

Discographie québécoise

Médiagraphie

Bibliographie

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Dans son essai « Art et scolastique » (1920), Jacques Maritain, lié avec de nombreux peintres modernes, en particulier Rouault et Chagall, Maritain essaya très tôt d'édifier une philosophie de l' art sur les principes du thomisme. Exposées ici dans un style savant et ardu, très "scolastique", ces théories restent néanmoins étroitement liées aux débats particuliers de l'époque; elles veulent avant tout dénoncer mais aussi comprendre cette recherche de la "gratuité", du "désintéressement", qui était la grande revendication de nombreux milieux artistiques des années vingt. Avec "Art et scolastique", l'auteur ne donne pas, au sens propre du mot, une esthétique, mais plutôt une "poétique". Son point de départ n'est pas le sentiment du Beau, mais la notion de l' Agir, qui à la fois procède de l' intelligence et se distingue du pur connaître, et aussi la réalité de l' art, qui se distingue du pur Agir comme une vertu dont la fin est de bien faire son oeuvre. Ici, l'art est surtout envisagé comme une activité spécifique, possédant ses lois propres, dans ses conflits possibles avec les règles de la moralité, dans ses analogies aussi avec l'ordre spirituel. Mais Maritain défend résolument l' art de toute soumission intrinsèque à la morale et aux fins spirituelles: "L' art, dit-il, apparaît comme quelque chose d'étranger en lui-même à la ligne du bien humain, presque comme quelque chose d'inhumain, et dont les exigences cependant sont absolues". Il n'en reste pas moins que la marque humaine, celle des mains mais aussi celle de l' âme, est imprégnée sur l'oeuvre d' art. "L'oeuvre chrétienne veut l' artiste saint, en tant qu'homme".

Dans "Frontières de la poésie", Maritain devait poursuivre sa recherche à la fois dans un sens plus métaphysique (comparaison entre l'idée créatrice chez l'homme et chez Dieu) et avec plus d'attention pour les problèmes esthétiques concrets. Il fait d'abord une distinction importante entre Poésie et Art. Apparentée à la métaphysique et à la mystique, la poésie est comme une saisie imparfaite, au coeur même des apparences, de la marque divine empreinte sur toutes choses. L' art, au contraire, est essentiellement création et n'obéit qu'aux lois de sa création même. C'est ainsi qu'il a été conduit à revendiquer une liberté totale; il ne veut être attentif qu'à ses règles propres; il ne tient plus compte de l'homme. Mais il se refuse ainsi à la poésie, il devient stérile et inhumain. S'il est sans doute absurde de vouloir subordonner l' esthétique à l' éthique, il reste cependant que l'homme artiste relève pareillement de l'une et de l'autre. Son oeuvre n'a rien à voir avec la morale mais lui-même est sujet de la morale. D'une certaine manière l'artiste vaudra ce que vaut l'homme: si la "pointe active de l' âme", l' instinct supérieur, n'est pas ému par les réalités les plus hautes, la mesure même de la raison reste mesquine. Elle est exclue des profondeurs d'en haut et d'en bas et elle préfère bientôt les méconnaître. L'ouvrage contient également une série remarquable de notes brèves, sous le titre de "Dialogues" (en particulier sur Dostoïevski et Gide), trois études sur Rouault, Severini et Chagall et "La clef des chants", essai sur la musique moderne à propos de Stravinsky, Satie et Lourié. Maritain est encore revenu sur le problème du rapport entre le spirituel et le poétique dans sa "Réponse à Jean Cocteau".

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Si grand

Ecrire comme si
Ecrire comme on voudrait
Le feu du soleil
Ecrire comme la lenteur du temps perdu
Ecrire comme la joue douce de ma grand-mère
Ecrire avec ferveur l'ultime écho d'une impression
Si forte qu'elle en balbutie de frayeur
Oser le pas d'écrire à tâtons, dans le noir, quand la nuit dort

In Résonances, Anthologie, Poèmes et Récits, Présenté par le Cercle de la Rotonde, Ed. Mémor, Bruxelles, 2006
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La gloire amoureuse, un extrait

Prince des embaumeurs,puisses-tu nous rapprocher l'un de l'autre.Prince des embaumeurs,Serre-nous l'un contre l'autre.Prince des embaumeurs,libère la vie,ouvre nos lèvres.Arrache au souffle la parcelle de mortet jette-la au loin à l'abri du rocher.Ces sourires mouillés sont des morts qui renaissentpoussés par des fleuves d'azur.Des démons charriés par nos bouches de confusion,par les torrents de feu qui agitent, meurtris,le tissu invisible de l'émoi.Couverts de flammes et de folie,nos baisers se touchent dans l'au-delà.Nos baisers se touchent et se séparent,convois du renoncement aux choses,projetés épars en torches liquidessur les yeux mi-clos d'une mort rajeunie.VAux parapets de la tour, accoudé,le joueur contemple le spectacle de la vallée verdoyante qui s'étend au-dessous des terrasses.Immobile sur le lac supérieur de la pensée,il écarte le ciel saigné à blanccomme un trou laissé vide.Dans la poussière qui recouvre son front,une femme dénudée dort paisiblement.Il y a tant d'allées et venues dans ces yeux,de brins d'herbe oubliés, de terres révolues.A ses pieds sous la mousse, coule un fin filet d'eau, une ombre qui ruisselle vers les tentes de chanvre.Un chant de liesse fugace, d'écritures et de traits,de guerriers, de danseurs qui s'effacent miroitants à mesure que passent les barques.Immobile sur le lac supérieur de la pensée,le joueur dans un saut majuscule,crucifie en riant,le visage étonné de l'attenteet grave dans la mousse,les chroniques de sa résurrection.VIEt tel un cerveau de pierre,la cave où nous logeonspour quelques nuits d'amournous paraît immenseavec ses couloirs glissants,ses parois moites,où l'on devine plus qu'une simple invitation.Nous vidons toutes les bouteilles, tu es blancheet lunaire.Cet amour immaculé.Cet amour similaire aux ajours.Cet amour émasculé, ensorcelé.Cet amour blessé dans son ventre et dans son sang.Et tel un cerveau de pierre la cave où nous gisons s'emplit de regards, de sable et de songes uniques.Et tel un cerveau de pierre,elle nous recouvre de ses peines,de ses dictionnaires,de ses voûtes basses où résonnent nos cris d'enfants.Dehors,le ciel splendide et calmedescend les marches du palaiset jaillit anonyme.Pur sous le soupirail attentif.VIILe ciel habite un point fragile entre tes yeux,entre nadir et zénith.J'y suis allé un soir de pluieentre deux rêvespour retrouver l'ancien rivageet sa clarté divine.Je me suis promené longtemps,au point de mire de deux existences,à l'endroit sacrilège où se forment les vies de chair.Aux pieds de ces tours Saturniennes.Et c'est sans doute que douloureuxce même soir,plus fou que d'habitudej'ai brisé d'un coup secle vase d'airain,accédé aux formes les plus reculéesde ton amour magnifié.Vers séculaires à l'empreinte de cesfragments sculptés qui brisèrent l'infidélité en la nommant.J'ai lu en songeant,parcourant le ponton dans l'espace.j'ai lu, j'ai soudé,un sarment de ta folie sur mon ventre désert.J'ai lu, agité ta foliecomme un flambeau ruisselant d'argile,sculpté la hanche du Géantqui gardait en silence,la couronne de la reine légendaire.Qui voudra me croire ?Le ciel habite un point fragile entre tes yeux.Le ciel de ta signature de chair, le haut du précipice.J'y suis allé cueillir des perles et des fleursDeux sourires légers gardaient l'entrée de tes blessures.Le point fragile entre tes yeux.j'y suis allé un jour de pluie,entre deux rêves inachevés.La maison de l'ancienne passion.Il y a du givre sur la fenêtre,des roses sèches sur le tapis.
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Le monde opaque, un extrait

... Ces moments si rares
Que nous eûmes tant de peine
À déchiffrer
Toi sous la lucarne qui rêvais
De l’enfant abandonné
Dans sa tour de pierre
Moi penché sur les astres
Rêvant de l'intime durée
Du fond de l’espace
Depuis le vase constellé du porteur d’eau
Jusqu’aux lèvres de la vierge errante
Ces routes fragiles parcourues
À grand peine
À corps perdu
À l’insu de nos songes de parcimonie
Ces moments qui nous suivent
Et nous contournent maintenant
À perte de vue
Couvrant l’horizon écarlate
De triptyques chamoisés...


... Tous nos gémissements de fêtes foraines
Ces respirations souterraines de l'amour
Ces moments complices
Noués aux deux bouts
Lancés dans la course des essieux
Le temps quadrillé sans relâche
À l’affut du moindre frisson
Avec ses pentagrammes illisibles...



... Des semaines et des jours
D’éclairs oubliés
Des moments de floraison galante
Gravés dans la paume d’une main
La main retenue des moments
Cousus sur nos lèvres durcies
Qui retiennent leurs paradoxes
Et offrent leur démesure
Au moindre gémissement tardif
La félicité d’une vie fugitive


Ces carcans accouplés
Ces corps momentanés
Couchés n’importe où
Sur le sol
Dans les tombeaux pillés
Les interstices sales
Les crevasses boueuses
Goûtant le suc des arbres
Ces corps de préludes
Au règne de la nature invisible...


... Seuls comme deux enclumes
Sous la pluie battante
Battant le soc exténué de la vie opaque
Ces moments de douleur qui se hâtent
Ces moments de conspiration bâtarde
Qui s’emparent de nous
Dans notre mort étroite
Sans fondations
En des cieux où la chair aspire
À plus d’humanité...



... Et je n'ai plus aimé le monde.
Mais toi, sombre comme hier
Et l’ovale joyeux
De tes clavicules tremblantes
J’ai mis à mal
Le souvenir de nos incendies
De nos ligatures
De ton ventre hanté
Par les esprits du marais
Dans un miroitement de songes acides
De plaies ruisselantes
Toujours et partout
Le cantique effrayant de l'offrande
De l'autre à l'autre
De l'autre pour l'autre
De l'autre dans l'autre
Amoureux qui s'effondrent pantois
Au creux d’une peur partagée
S'immolant dans le feu
Pour se terrer plus bas
Épuisant la maigreur de la soif
Les hanches soudées dans


L’enclos de leurs ébats
Humides de vie
L’amour qui tourne tel une hélice
La volupté féroce de l'éternité
Qui renouvelle sa peau
Et le serment initial de la passion
Mutation de gestes recomposés
Alors dans cet amour caudal
Est-ce toi encore
Ou l'autre qui prend ma place
Ce malandrin infernal
Qui se joue de tout ...
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Pour Paul Klee dans sa « Théorie de l’art moderne » (recueil d’essais esthétiques datant de 1964), la modernité en art doit s'orienter vers les formes inédites du moi; ainsi le créateur doit parvenir au "moi divin" ("a priori"). L'artiste moderne déplace le centre de gravité de la matière et la considère sous un nouvel angle. Si le dessin est l'art d'éliminer, la couleur, elle, contient tout. La perception de l'artiste est "mouvement", tout comme l'oeuvre, qui s'inscrit nécessairement dans le temps. Créer, c'est dialoguer avec la nature; car il y a des lois communes à la nature; car il y a des lois communes à la nature et à l'art. La forme créatrice "fonctionne" dans la création; le peintre doit rechercher cette fonction, plutôt que la forme achevée.

Bien que contemporain de Kandinsky, l'auteur ne développe pas les mêmes vues que lui, par-delà leur commune volonté d'innover. Là où Kandinsky cherche la forme "a priori" dans sa dimension absolue, Klee se concentre sur le caractère opératoire de la forme. A ce titre, il met au jour une autre attitude de la conscience créatrice transcendantale.

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Les odes au jardinet, un extrait.

Les semis

Quand on laboure, ce n’est pas grave si on est de mauvaise humeur. Il m’arrive même de frapper des grosses mottes de terre sur le sol en jurant. C’est du travail de force, on commence en chemise et on termine noir comme de la fumée. Par contre, pour ce qui est des semis, il vaut mieux penser à de belles et bonnes choses. Les semis bourgeonnent mieux lorsqu’on les entoure de nuages de senteurs douces. À quoi où à qui pensez-vous que le commandant Danofsky pense lorsqu'il sème ses magnifiques plantules ?
Tout d'abord, le commandant nettoie ses oreilles et ses cheveux, se frotte la barbe avec de la teinture d’ortie et saute nu dans le puits, une, deux, trois fois de suite. Tout au fond du puits il y a une valise avec des ustensiles réservés à la cuisine des grands jours. L’eau garde les petites cuillères bien propres et les casseroles brillantes et lisses.
Voici pour vous, une pensée cuite du commandant Danofsky. D'abord, il prépare un plat délicieux, un plat qu'il adore : les carbonnades flamandes au pain d'épice et au miel. Le plat doit mijoter une journée entière et lorsqu'une odeur brûlante de sucre mou et de viande marinée sort de la casserole, il se penche et respire un grand coup. Il hume le plat et fait ressortir par ses oreilles des notes de musique qui vont s'enrouler autour des bourgeons nouveaux nés. Il faut très vite les récupérer, les rouler dans la farine et les faire dorer de chaque côté pour qu’elles gardent leur sonorité de beurre bien doré.
Ne vous inquiétez pas si vous entendez pleurer les jeunes floraisons aux extrémités de l’arbre, ils ont faim, ils ont grand faim d’harmonie et de contrepoints. Voici des quintes qui s’accrochent, des duos de triolets qui s’ouvrent au vent, des quartes, des octaves minuscules qui se hissent sur la pointe des nouveaux jets.
Tout n’est que symphonies et ballets au grand jour des semaisons. Si ça vous fait rêver et vous donne envie, dites-vous bien qu’on n’arrive pas à un tel résultat en une saison. Il faut des années et des années pour accorder tous ces violons et toutes ces harpes dans le jus d’une chlorophylle bien verte et juteuse. Et jamais de gros mots en cas de malheur, ni de semence de datura sur la pointe de la langue. Vous ne connaissez pas le datura ? Allons donc ! C'est le passé d'une rature qu'on a joué aux dés.




Le réveil de la salade

La salade s’est réveillée de bonne heure au son de la limace. Un drame se joue sous mes yeux et je me sens impuissant. Je vois. Une limace et son oncle qui digèrent lentement le vert tendre de la feuille et progressent vers l'intérieur du corps. À quelques mètres de là, un troisième baveur se presse pour les rejoindre. Le combat, inégal, se déroule en silence. Personne n’interviendra dans l’issue de la lutte, car la loi importe plus que la vie des combattants.
J’ai connu l’époque où dans une situation pareille nous aurions tenu conseil avec les habitants les plus proches et aurions sacrifié un sachet de sciure bien sèche que nous aurions dispersé sur leur route. Elles se seraient engluées, seraient mortes dans d’atroces souffrances, et pourquoi, pour qui, pour où ? Pour une feuille de salade qui fait tout un plat de ses chemises alors qu’elles repoussent, repoussent et repoussent encore.
Rien de plus lassant que ces êtres sans fleurs qui sous l’apparence d’un cœur tendre dissimulent des radicaux amers. Régalez-vous limaces ! D'ici quelques jours, la salade ne sera plus que feuilles froissées qu'elle me tendra en disant : voici mon testament autographe. Je lègue ma chlorophylle à la lumière et mes nuances de vert et de blanc au commandant Danofsky. Je pardonne à mes bourreaux ainsi qu'au chat qui vient de me pisser dessus. Laissez moisir en paix mon cœur tendre, à l'abri des pluies de juin.




La marguerite

Il ne faut pas écraser sans arrêt par manque d'attention les choses qu’on croise sur son chemin. Je sais bien que les fleurs refleurissent si on les laisse faire, mais je sais aussi que ce n’est pas difficile de faire un pas sur le côté et de marcher sur les cailloux de l’allée. Ils ont l’habitude eux. Ils sont durs et ne sont pas dans l'obligation de fleurir. Tout ce qu’ils ont comme devoir, c’est crissoter légèrement sous la semelle lorsqu’on passe. Pour le reste, les cailloux ressemblent à de très vieilles fleurs qui ont passé l’âge de se déguiser. Ils aiment la chaleur, mais supportent sans effort apparent les plus grandes neiges qui leur permettent de reprendre du brillant pendant la saison d’hiver. Mes marguerites, quant à elles, je les appelle mes œufs sur le plat. Rien à voir avec les cailloux si ce n'est la forme du jaune. Mous cailloux font trempette à mou pain. Et molle tartine font cuisine à matines.
Tenez, puisque nous parlons des marguerites, ce qui est amusant, c'est qu'il y en a toujours beaucoup les années ou les poules pondent bien. Lorsqu'on en voit une, c'est qu'il y en a plein qui s’apprêtent et se font belles sous la terre. Blanches sous bruns, c'est pas aussi facile d'en sortir propre. Elles sortent volontiers sans me prévenir et bougent toutes en même temps, à gauche le matin et à droite le soir. La nuit elles replient leurs pétales et on ne les voit plus. Et c'est ça qui est dangereux, car on risque facilement de les écraser si on ne fait pas attention. Ce n’est pas parce qu’elles ne servent à rien qu’il faut les ignorer.
Chaque fois que vous cueillez une marguerite, je vous conseille de faire ce qui suit. Vous lui parlez d’amour et vous tournez autour de sa corolle en sifflotant. Certaines personnes s’embrassent et arrachent les pétales une à une en priant. Elles prient d’amour. Elles prient pour ce qu’elles ont maintenant, mais qui va s’en aller. Mais si vous devenez l’ami des marguerites, rien ne s’en ira. C’est cela leur trésor, le trésor des marguerites. Un amour qui ne s'en ira pas.

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IN MEMORIAM
In La Chanson de la Rue Saint-Paul de Max Elskamp (1922)


A MON PERE

Mon Père Louis, Jean, François,
Avec vos prénoms de navires,
Mon Père mien, mon Père à moi,
Et dont les yeux couleur de myrrhe,

Disaient une âme vraie et sûre,
En sa douceur et sa bonté,
Où s'avérait noble droiture,
En qui luisait comme un été,

Mon Père avec qui j'ai vécu
Et dans une ferveur amie,
Depuis l'enfance où j'étais nu,
Jusqu'en la vieillesse où je suis.
Mon Père, amour m'était en vous,
Que j'ai gardé toute ma vie,
Ainsi qu'une lumière luie
En moi, et qui vous disait tout;

Mon père qui étiez ma foi
Toute de clarté souriante,
Dont la parole m'était loi
Consentie par mon âme aimante,

Mon Père doux à mes erreurs,
Et qui me pardonniez mes fautes,
Aux jours où trop souvent mon coeur
De sagesse n'était plus l'hôte,

Mon Père ainsi je vous ai su
Dans les heures comme elles viennent
Du ciel ou d'enfer descendues,
Apportant la joie ou la peine.
Or paix et qui était en vous
En l'amour du monde et des choses,
Alors que mon coeur un peu fou
Les voyait eux, parfois moins roses,

C'était vous lors qui m'apportiez
Foi en eux qui n'était en moi,
Lorsque si doux vous souriiez
A mes craintes ou de mon émoi,

Et vous étiez alors mon Dieu,
Et qui me donniez en silence,
Et rien que par votre présence
Espoir en le bonheur qu'on veut,

Pour mieux accepter en l'attente
L'instant qui est, le jour qui vient,
Et sans doute les démente
Croire aux joies dans les lendemains.
O mon Père, vous qui m'aimiez
Autant que je vous ai aimé,
Mon Père vous et qui saviez
Ce que je pensais ou rêvais,

Un jour où j'avais cru trouver
Celle qui eut orné ma vie,
A qui je m'étais tout donné,
Mais qui las! Ne m'a pas suivi,

Alors et comme je pleurais,
C'est vous si doux qui m'avez dit:
Rien n'est perdu et tout renaît
Il est plus haut des paradis,

Et c'est l'épreuve pour ta chair
Sans plus mais d'âme un autre jour,
Tu trouveras le vrai amour
Eternel comme est la lumière,

Et pars et va sur les navires
Pour oublier ici ta peine,
Puisque c'est ce que tu désires,
Et bien que ce soit chose vaine,

Va, mon fils, je suis avec toi,
Tu ne seras seul sous les voiles,
Va, pars et surtout garde foi,
Dans la vie et dans ton étoile.
Or des jours alors ont passé
De nuit, de brume ou d'or vêtus,
Et puis des mois et des années
Qu'ensemble nous avons vécus

Mon Père et moi d'heures sincères,
Où nous était de tous les jours
La vie ou douce, ou bien amère,
Ainsi qu'elle est tour à tour,
Et puis en un matin d'avril
Les anges noirs eux, sont venus,
Et comme il tombait du grésil
Sur les arbres encore nus,

C'est vous mon Père bien aimé,
Qui m'avez dit adieu tout bas,
Vos yeux dans les miens comme entrés
Qui êtes mort entre mes bras.

 


A MA MERE

O Claire, Suzanne, Adolphine,
Ma Mère, qui m'étiez divine,

Comme les Maries, et qu'enfant,
J'adorais dès le matin blanc

Qui se levait là, près de l'eau,
Dans l'embrun gris monté des flots,

Du fleuve qui chantait matines
A voix de cloches dans la bruine;

O ma Mère, avec vos yeux bleux,
Que je regardais comme cieux,

Penchés sur moi tout de tendresse,
Et vos mains elles, de caresses,

Lorsqu'en vos bras vous me portiez
Et si douce me souriiez,

Pour me donner comme allégresse
Du jour venu qui se levait,

Et puis après qui me baigniez
Nu, mais alors un peu revêche,

Dans un bassin blanc et d'eau fraîche,
Aux aubes d'hiver ou d'été.

O ma Mère qui m'étiez douce
Comme votre robe de soie,

Et qui me semblait telle mousse
Lorsque je la touchais des doigts,

Ma Mère, avec aux mains vos bagues
Que je croyais des cerceaux d'or,

Lors en mes rêves d'enfant, vagues,
Mais dont il me souvient encor;

O ma Mère aussi qui chantiez,
Parfois lorsqu'à tort j'avais peine,

Des complaintes qui les faisaient
De mes chagrins choses sereines,

Et qui d'amour me les donniez
Alors que pour rien, je pleurais.

O ma Mère, dans mon enfance,
J'étais en vous, et vous en moi,

Et vous étiez dans ma croyance
Comme les Saintes que l'on voit,

Peintes dans les livres de foi
Que je feuilletais sans science,

M'arrêtant aux anges en ailes
A l'Agneau du Verbe couché,

Et à des paradis vermeils
Où les âmes montaient dorées,

Et vous m'étiez la Sainte-Claire,
Et dont on m'avait lu le nom,

Qui portait de lumière
Un nimbe peint autour du front.
Mais temps qui va et jours qui passent,
Alors, ma Mère, j'ai grandi,

Et vous m'avez été l'amie
Aux heures où j'avais l'âme lasse,

Ainsi que parfois dans la vie
Il en est d'avoir trop rêvé

Et sur la voie qu'on a suivie
De s'être souvent trompé,

Et vous m'avez lors consolé
Des mauvais jours dont j'étais l'hôte,

Et vous m'avez aussi pardonné
Parfois encore aussi mes fautes,

Ma Mère, qui lisiez en moi,
Ce que je pensais sans le dire,

Et saviez ma peine ou ma joie
Et me l'avériez d'un sourire.
O Claire, Suzanne, Adolphine,
O ma Mère, des Ecaussines,

A présent si loin qui dormez,
Vous souvient-il des jours d'été,

Là-bas en Août, quand nous allions,
Pour les visiter nos parents

Dans leur château de Belle-Tête,
Bâti en pierres de chez vous,

Et qui alors nous faisaient fête
A vous, leur fille, ainsi qu'à nous,

En cette douce Wallonie
D'étés clairs là-bas, en Hainaut,

Où nous entendions d'harmonie,
Comme une voix venue d'en haut,

Le bruit des ciseaux sur les pierres
Et qui chantaient sous les marteaux,

Comme cloches sonnant dans l'air
Ou mer au loin montant ses eaux,

Tandis que comme des éclairs
Passaient les trains sous les ormeaux.

O ma Mère des Ecaussines,
C'est votre sang qui parle en moi,

Et mon âme qui se confine
En Vous, et d'amour, et de foi,

Car vous m'étiez comme Marie,
Bien que je ne sois pas Jésus,

Et lorsque vous êtes partie,
J'ai su que j'avais tout perdu.

In Max Elskamp in La Chanson de la Rue Saint-Paul de Max Elskamp (1922)

 

Max Elskamp sur le réseau

 

 

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RENDEZ-VOUS Á AUSCHWITZ.

Se rendre à Auschwitz

En revenir

Pourquoi ?

N’ai-je rien d’autre à faire ?

N’ai-je rien d’autre à gagner ?

*

Et si demain je perdais tout

Mes vêtements, mes lunettes, ma montre

Mes cheveux, mes poils, mon nom

Mon rire, mes dents, mes os, mes cendres ?

*

Et si hier, je m’étais rendu à Auschwitz

Pour ne pas en revenir ?

Serais-je du passé, du présent ou de l’avenir ?

Le passé n’existe plus, le présent passe, et l’avenir n’existe pas encore

Où suis-je alors, qui suis-je ?

Quelqu’un, je suis quelqu’un, quelconque, anonyme, brin d’herbe qui brûle à l’occasion…qui brûle ?

Je brûle de vie, comme brûlaient de vie les anonymes qui pénétrèrent nus comme des vers dans les chambres à gaz, et qui brûlèrent ensuite, à la suite les uns des autres, enfournés.

*

La dernière fois que je fus nu comme un ver, c’était ce matin, sous ma douche, et je brûlais de vivre, parce que le matin annonçait une belle journée, et que je partais en voyage, avec mes copains et mes copines, en autocar de luxe quatre étoiles service vidéo et prof sympa (pas trop tôt !), je partais en autocar pour me rendre à Auschwitz.

J’en reviens pas, j’ai du bol, quatre jours sans école !

*

Du bol de soupe fétide, quatre années sans lumière. Et je suis revenu d’Auschwitz, je suis un survivant, on dit aussi un rescapé, et je n’ai rien à vous dire maintenant, ma visite intérieure n’est pas finie, et puis je n’ai pas les mots sous la main, je n’ai pas de mots, je n’ai plus de mains, je n’ai plus de demain, il a disparu hier…mais je plaisante, je présente, je me présente, je suis le matricule 37.976.

*

Demain nous serons en Pologne. Coups de GSM, mais pas de réseau ! Recomposer le numéro…Oublier le numéro ? Non, il est gravé là, pas sur mon bras mais dans ma mémoire. Mémoire…réseau…réseau de chemins de fer, réseau de résistance…résistance.

Je ne résiste pas à l’envie de m’asseoir à côté de Marianne dans l’autocar de luxe 7 étoiles à cinq branches, à six…je ne sais plus…soit, je ne sais plus combien une étoile a de branches…mais peu importe, mon étoile c’est Marianne, et l’autocar de luxe, il est tellement de luxe qu’il y a un lecteur DVD incorporé dans le fauteuil d’en face, c’est écrit dans le programme du voyage. Alors je lui ferai la cour à Marianne, je l’appellerai « Mariaaaanne » et je lui garderai une place…cour…place…appel, place d’appel, Appelplatz, sirènes, miradors, chiens policiers qui déchirent les couilles…

*

Pourquoi les mots se mélangent, pourquoi les images en noir, blanc, couleur, pourquoi j’ai perdu mon temps, en allant à Auschwitz, pourquoi je me suis perdu dans le temps ?

Je suis à la recherche de mon temps perdu…Je me rends, ne tirez pas ! Je me rends à Auschwitz, je me tire, rendez-moi mes vêtements, mes lunettes, ma montre

Mes cheveux, mes poils, mon nom

Mon rire, mes dents, mes os, mes cendres

Sinon je suis perdu, je suis perdu, je ne serai qu’une ombre du passé, un objet d’histoire trouvé sur le chemin du passé, et que personne ne réclamera dans un an et un jour.

*

Se rendre à Auschwitz, se rendre compte que l’on est vivant, parce qu’on y est pas allé, parce que les nazis ont été vaincus, et qu’ils ont des comptes à rendre.

Ca tombe bien, je veux être comptable, si, si, pour gagner de l’argent, pour jouer avec lui, et m’offrir tous les billets de train que je veux -j’ai peur en avion on sait jamais ce qu’ils rencontrent sur leur chemin- j’aurai les billets pour m’offrir tous les billets que je veux, même pour aller à Auschwitz. Je pourrai compter sur moi…et compter les morts ?…Ah non, ça je ne pourrai pas, même un comptable ne le pourrai pas, même leurs cendres ne sont plus là. Mais je compte bien revenir d’Auschwitz, parce que j’ai plein de trucs à faire ici. Attendez, je regarde dans mon agenda électronique :

*

-Aller au cinéma avec Marianne pour voir Le Pianiste

-Aller écouter Marianne jouer du piano

-Supporter Marianne me faire son cinéma

-L’écouter jouer avec moi quand elle me regarde

*

Je n’en reviens pas qu’elle m’aime, l’amour, il n’y a que ça qui compte non ?

« Quand on a que l’amouuur…pour parler aux canooons »

Ca n’a pas marché avec Hitler, hein ! il a fallu lui tapisser la gueule de bombes, pour qu’il la ferme, et pour que s’ouvrent les portes du camps d’extermination d’Auschwitz…Moi je me serai bien vu pilote…comme dans Pearl Harbor, ou Game Warrior sur ma console…mais il faut que je me console, je ne serai jamais pilote, je suis myope, et en plus j’ai laissé mes lunettes à Auschwitz, dans l’espace souvenirs-librairie-boutique…

*

J’y ai laissé aussi mes vêtements, ma montre

Mes cheveux, mes poils, mon nom

Mon rire, mes dents, mes os, mes cendres

*

Ca recommence !

Mais laissez-moi donc tranquille tous autant que vous êtes, c’est pas ma faute si je suis né 46 ans après votre saloperie de deuxième guerre mondiale…c’est pas ma faute.

Alors lâchez-moi les baskets…mais je n’ai plus de souliers…

*

Je n’ai plus de vêtements, de lunettes, de montre

De cheveux, de poils, de nom

De rire, de dents, d’os, de cendres

*

Je suis nu comme un ver sous la douche, j’ai froid, j’ai le tournis, je ne suis pas seul !…Je ne suis pas seul sous ma douche, des corps s’entrechoquent, on me pousse de partout donc je reste sur place…Laissez-moi respirer, j’étouffe, je veux monter sur vos têtes pour laper l’air…au sec…Marianne !

C’est toi ?…un câlin sous la douche…je rêve. Merci la vie.

*

Marianne, tu veux bien que je m’assois à côté de toi dans le car ? Tu veux bien que l’on fasse la route ensemble ? Qu’on se rende à Auschwitz ensemble ? Je t’aiderai pour le bouquet, on cherchera le mémorial ensemble, c’est là hein, pour les membres de ta famille, le père et la mère de ton père, la mère et le père de ta mère, les frères, et les sœurs, et les cousins, et les autres.

*

Oui c’est là…et je te prendrai par la main, si j’ose.

*

Philippe RAXHON.

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Le siècle de Lemkin (II)

Historiens et pédagogues au défi de l'enseignement de la Shoah:
recettes pour un mieux vivre (scolaire) ensemble

Bruxelles – Salle européenne
(Chambre des Représentants)
21, rue de Louvain, 1000 Bruxelles

26 mars 2010

Colloque organisé par le CEESAG près l'Institut d'Etude du Judaïsme de l'ULB et
le Mémorial de la Shoah de Paris
en collaboration avec le Musée de l'Europe
avec l'appui de la Fondation du Judaïsme belge et du Ministère de la Communauté française de Belgique
dans le cadre du 50ème anniversaire du Centre Communautaire Laïc Juif

L'enseignement de la Shoah constitue à ce jour le meilleur antidote aux poisons du racisme, le vecteur le plus puissant de la défense et de la transmission des valeurs démocratiques. S'il est, en effet, un événement majeur qui se prête à de nombreuses réflexions sur la responsabilité civique, la morale, la politique, et la capacité de résistance d’une démocratie à ses propres dérives, c'est bien le génocide des Juifs. Pour être présenté -à juste titre- comme le crime absolu, la mémoire du judéocide entérine l’interdit du racisme biologique et des discours xénophobes. Sans constituer la panacée miracle, il semble acquis que les Etats qui ont choisi d’assumer, et tout particulièrement par le biais de l'enseignement, les pages les plus sombres de leur passé, résistent davantage à l'extrême droite (cf. Allemagne) que les pays ou les régions qui s’y sont refusés (Autriche). Paradoxalement, c'est au moment où le génocide des Juifs est passé du stade de la quasi-occultation à celui d'événement central que l'on constate, même si le phénomène demeure marginal, ici et là, des stratégies d'évitement. Si, non sans raison, les pédagogues tiennent l'enseignement sur/contre/après la Shoah comme le vecteur le plus puissant de la défense et de la transmission des valeurs démocratiques, certains d'entre eux sont aujourd’hui tentés aujourd'hui de contourner cet évènement pour éviter de supposés incidents. Face à des publics jugés, à tort, réticents, la tentation d'éviter certaines matières, ici, par conviction idéologique, là, par facilité pédagogique, existent bien aujourd'hui au sein de l'Ecole belge. On songe à l’enseignement du Génocide (des Juifs et/ou des Arméniens) mais aussi du darwinisme, voire encore de certaines périodes de l'histoire de l'art.

''Quel est le rôle de l'Ecole dans la transmission de l'histoire et de la mémoire?", "Quelle place doit avoir l'enseignement de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah ?", "L'enseignement doit-il s'adapter à ses nouveaux publics ?", "Comment aborder la difficile question de l'antisémitisme et des autres génocides ?", "Existent-il de nouveaux outils pour enseigner ces matières ?", telles sont quelques unes des questions qui seront abordées au cours du colloque.

Historiens et pédagogues au défi de l'enseignement de la Shoah

Recette pour un mieux vivre (scolaire) ensemble

Bruxelles – Salle européenne en la Chambre des Représentants
26 mars 2010

Vendredi 26 mars

9h00 I. Ouverture sous la présidence de M. Elie Barnavi, directeur scientifique du Musée de l'Europe

- Allocution d'accueil par M. Didier Reynders, Vice-Premier ministre et ministre des finances

- Mots de MM. Thomas Gergely, directeur de l'IEJ/ULB,
Karel Fracapane, chargé des Relations Internationales au Mémorial de la Shoah de Paris (MMJI) et
Joël Kotek, secrétaire général du CEESAG et membre du Conseil d'administration du CCLJ

Conférence inaugurale dans le cadre de l'exposition du Mémorial de la Shoah, organisée à Bruxelles par le Musée de l'Europe au Musée du Cinquantenaire

La Shoah par balle,

Père Patrick Desbois,
président de Yahad in Unum

10h30 II. Questions d'histoire de la Shoah, sous la présidence de Thomas Gergely Directeur de l'Institut d'Etudes du Judaïsme (ULB)

§ La guerre des mémoires : l’exemple de la Pologne
Konstantin Gebert, journaliste (Gazeta Wyborcza & Midrasz)

§ L'Enseignement de la Shoah pour quoi faire: leçons morales ou politiques ?
Georges Bensoussan, Mémorial de la Shoah de Paris

§ Où sont les victimes ? Les historiens belges et la Shoah ?
Maxime Steinberg, IEJ/ULB (Bruxelles)

Pause sandwich (13h00)

14h00 III. Les tâches muséales sous la direction de Ward Adriaans,conservateur du Musée de Mechelen (Malines)

§ Les lieux de Mémoire français
Olivier Lalieu (
Mémorial de la Shoah de Paris)

§ Breendonk, un lieu de Mémoire belge par excellence,

Olivier Van der Wilt, Conservateur du Fort de Breendonk

§ Construire un Musée de la Shoah et des Droits de l'Homme en Belgique

Herman Van Goethem (Universiteit Antwerpen), avec Laurence Schram (Musée de mechelen/Malines)

15h30 IV. Nouvelles initiatives et pistes pédagogiques, sous la présidence de Philippe Raxhon, professeur à l'ULG

1. La visite d'Auschwitz est-elle incontournable et pour qui ?
Tal Bruttmann, historien attaché à la ville de Grenoble et au Mémorial de la Shoah de Paris

2. Le projet « La haine, je dis non ! » du CCLJ
Ina van Looy,
Chef de Projet de la Cellule Formation-Jeunesse

3. Encyclopédie électronique des massacres et génocides
Nathalie Tenenbaum, directrice du site

4. Enseigner la Shoah dans le monde arabe. Présentation du projet ALADIN. Placé sous l’égide de l’UNESCO. Aladin est un projet destiné à faire connaître la Shoah dans le monde arabo-islamique, notamment, par des traductions en langue persane et arabe d’œuvres historiques majeures.
MM Abe Radkin, directeur et M. Jean Mouttapa (Paris)

Conclusion de Michel Hérode (Démocratie ou Barbarie)

Nombre de places limité ! Réservation obligatoire

Adresse du jour : Salle Européenne – Parlement de Belgique – Entrée des visiteurs : Rue de Louvain, 7 – 1009 Bruxelles

P.A.F. : gratuit mais réservation obligatoire

Infos et réservations : CCLJ: Informations et réservations: au CCLJ +32 2 543 02 70 ou info@cclj.be

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Ce reflet qui m'obsède


Et vous, qui étiez-vous en ces fragiles ? Quels chemins, quelles rives, quelles rides, quelle île ? Quels espoirs sacrifiés en vain à l'inutile ? Quels sourires donnés, fraternels et tranquilles ? Ce reflet qui m'obsède...
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