Arts et Lettres

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Prince des embaumeurs,
puisses-tu nous rapprocher l'un de l'autre.
Prince des embaumeurs,
Serre-nous l'un contre l'autre.
Prince des embaumeurs,
libère la vie,
ouvre nos lèvres.
Arrache au souffle la parcelle de mort
et jette-la au loin à l'abri du rocher.
Ces sourires mouillés sont des morts qui renaissent
poussés par des fleuves d'azur.
Des démons charriés par nos bouches de confusion,
par les torrents de feu qui agitent, meurtris,
le tissu invisible de l'émoi.
Couverts de flammes et de folie,
nos baisers se touchent dans l'au-delà.
Nos baisers se touchent et se séparent,
convois du renoncement aux choses,
projetés épars en torches liquides
sur les yeux mi-clos d'une mort rajeunie.


V

Aux parapets de la tour, accoudé,
le joueur contemple le spectacle de la vallée verdoyante qui s'étend au-dessous des terrasses.
Immobile sur le lac supérieur de la pensée,
il écarte le ciel saigné à blanc
comme un trou laissé vide.
Dans la poussière qui recouvre son front,
une femme dénudée dort paisiblement.
Il y a tant d'allées et venues dans ces yeux,
de brins d'herbe oubliés, de terres révolues.
A ses pieds sous la mousse, coule un fin filet d'eau, une ombre qui ruisselle vers les tentes de chanvre.
Un chant de liesse fugace, d'écritures et de traits,
de guerriers, de danseurs qui s'effacent miroitants à mesure que passent les barques.
Immobile sur le lac supérieur de la pensée,
le joueur dans un saut majuscule,
crucifie en riant,
le visage étonné de l'attente
et grave dans la mousse,
les chroniques de sa résurrection.



VI

Et tel un cerveau de pierre,
la cave où nous logeons
pour quelques nuits d'amour
nous paraît immense
avec ses couloirs glissants,
ses parois moites,
où l'on devine plus qu'une simple invitation.
Nous vidons toutes les bouteilles, tu es blanche
et lunaire.
Cet amour immaculé.
Cet amour similaire aux ajours.
Cet amour émasculé, ensorcelé.
Cet amour blessé dans son ventre et dans son sang.
Et tel un cerveau de pierre la cave où nous gisons s'emplit de regards, de sable et de songes uniques.
Et tel un cerveau de pierre,
elle nous recouvre de ses peines,
de ses dictionnaires,
de ses voûtes basses où résonnent nos cris d'enfants.
Dehors,
le ciel splendide et calme
descend les marches du palais
et jaillit anonyme.
Pur sous le soupirail attentif.


VII

Le ciel habite un point fragile entre tes yeux,
entre nadir et zénith.
J'y suis allé un soir de pluie
entre deux rêves
pour retrouver l'ancien rivage
et sa clarté divine.
Je me suis promené longtemps,
au point de mire de deux existences,
à l'endroit sacrilège où se forment les vies de chair.
Aux pieds de ces tours Saturniennes.
Et c'est sans doute que douloureux
ce même soir,
plus fou que d'habitude
j'ai brisé d'un coup sec
le vase d'airain,
accédé aux formes les plus reculées
de ton amour magnifié.
Vers séculaires à l'empreinte de ces
fragments sculptés qui brisèrent l'infidélité en la nommant.
J'ai lu en songeant,
parcourant le ponton dans l'espace.
j'ai lu, j'ai soudé,
un sarment de ta folie sur mon ventre désert.
J'ai lu, agité ta folie
comme un flambeau ruisselant d'argile,
sculpté la hanche du Géant
qui gardait en silence,
la couronne de la reine légendaire.
Qui voudra me croire ?
Le ciel habite un point fragile entre tes yeux.
Le ciel de ta signature de chair, le haut du précipice.
J'y suis allé cueillir des perles et des fleurs
Deux sourires légers gardaient l'entrée de tes blessures.
Le point fragile entre tes yeux.
j'y suis allé un jour de pluie,
entre deux rêves inachevés.
La maison de l'ancienne passion.
Il y a du givre sur la fenêtre,
des roses sèches sur le tapis.

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Commentaire de elisabeth saussard le 31 décembre 2012 à 15:25

Oh ! que c'est sublime et splendide !

 " La larme est la goûte d'eau qui fait déborder l'âme .."

Vous savez multiplier les émotions!.

Grand merci pour vos qualités de penser à travers cette  poésie exprimée.

Commentaire de Pascale Eyben le 21 novembre 2011 à 17:13

C'est un poème remarquable, d'une intensité rare, comme une fulgurance.

Merci pour ces mots d'amour et de ferveur, cher Daniel.

Amicalement, Pascale

Commentaire de Ariane Angeloglou le 1 mai 2011 à 7:58

bonjour Daniel,

C'est absolument superbe. Merci. Ariane

Enfin un réseau social modéré!!!

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