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N'avoir rien oublié...

" N'avoir rien oublié..."

 

                                                    Lorsque autour du festin, les convives heureux,

En ces jours frissonnants, feront choix de l’épure,

Dans la rédemption, lavés par une eau pure,

Partageront le pain qu'ils casseront en deux,

 

La dive charité raisonnera les âmes (*)

Pour que le monde, enfin, brûle tous ses haillons,

Lors, que les mains tendues en milliers de maillons,

Passeront par le feu, le chaudron de ses drames :

 

L’intolérance est là, pouvant être en tout lieu,

Se nourrissant du mal qu’elle cause sur terre,

Ne se vouant qu’au ciel, fomentant la misère

Lorsque l’absurdité prend figure de Dieu.

 

Quand l’amour ici-bas, mille lieues à la ronde,

Devrait pouvoir cueillir les plus beaux des matins, 

Que vaut l’être de chair, se mêlant au divin ?

Sa justice égarée, en fait, le rend immonde…

 

Il n'est plus folle foi, qu'en ces cœurs envahis

De bien tristes moissons, après mille semailles ;

Plutôt chercher la paix au tréfonds des entrailles,

Pour qu'aux nouveaux labours les fruits en soient bénis !

 

Dans cette haine aveugle, aux yeux gonflés d’écailles

En otage prenant, les femmes, les enfants,

Leur confisquant la vie qui n’est plus que tourments,

Derrière elle laissant une immense pagaille,

 

L’homme, lui, se complaît, regardant son miroir,

Plaçant une raison sur chacun de ses actes,

Ô sordide hérésie à compter dans ses pactes :

Pour l’argent, les honneurs, ainsi que le pouvoir.

 

Mais, s’ébahir d’un grain, à côté d’une grange,

Voir une simple fleur, à l’ombre d’un jardin,

Comme la vérité au cœur de l’anodin :

C’est : ne rien oublier, même si c’est étrange…

 

                                                   

 

  Roseline Gilles-Renier

                                                                                                           (Poésie classique régulière)

 

(*) âme : être humain

 

 

Que l’on soit croyant ou non, cela a-t-il vraiment de l’importance ? Tout humain dispose du droit inaliénable au bonheur sur la terre, ce lieu qui lui fut offert au premier matin du monde…

La détruire n’est guère une solution, pas plus que ses habitants, d’où qu’ils soient, la vie est trop précieuse ! Si la raison prenait le pas sur toutes les contingences humaines, tout pourrait reprendre une juste place et surtout :

il suffirait d’aimer !!!

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Provence de l'Avent

Provence de l’Avent

(Poésie libre) 

 

J’aime ses doux soleils d’hiver,

Lorsque la nuit d’intense gel

Couvre de nacre et d’argent

Les Alpilles qui sommeillent.

Sa nature alanguie,

Ouvrant ses paupières sur l’aube,

Aquarelle aux furtives lumières,

Dans la surprise d’un réveil grisé.

Ses jours d’automne,

Bordant de rousses couleurs

Et de cheveux d’anges

Les dentelles de Montmirail.

Ses mas, vêtus de jaune et d’ocre,

Accrochés aux collines

Où nichent les oiseaux,

Entre les lauzes et les lézardes.

Ses traditions séculaires:

Sa table aux treize desserts,

La transhumance des troupeaux

Et cette odeur d’humus qui se soulève.

Quand le moulin de Saint Pierre

Orne ses pales d’un manteau poudreux,

J’image Daudet, écrivant ses lettres

Sous les vieilles poutres équarries.

Ses neigeux versants,

Où des morceaux de roches

S’unissent dans un heureux hymen

À l’horizon noyé de volutes tendres.

Ses hivernales lunes,

Quand la Sainte Baume

Revêt sa cape pourpre et blanche,

« Mère Noël », des brebis et des bergers.

Ses couchants divins,

Quand, tout contrits, les Maures

Conspuent leurs noces de frimas,

Sonnant d’une lointaine chapelle sarrasine.

Puis, ses teintes opalines,

Ornant de givre les lances des  lavandes,

Conjuguant leur moire dans les nuages,

Pour offrir à l’Avent des chemins d’éternité !

J’aime tout d’elle, cette Provence proche du ciel,

Où, sans doute, notre monde est né…

                                         Roseline Gilles-Renier    

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L'automne

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Emilia, dans le bois

C'est la fête de la Nature;

Tous les arbres sont somptueux

On est surpris et puis heureux,

en voyant tous ces coloris :

de l'or, de l'orange, du rouge

du brun foncé et du vert clair.

Quand nous marchons, en souriant,

Notre sourire dit merci.

 

 

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Le souffle de l'automne

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Quand les sedums en fleurs commencent à rosir,

en offrant leur nectar aux actives abeilles,

qu’un vent léger anime les arbres et les tiges,

et que de blancs nuages s’attardent dans le ciel,

tout est encore sourire, le soleil se fait doux;

on se sent confortable et cependant ému,

car on perçoit déjà le souffle de l’automne.

Dans les jardins, les fleurs qui vont s’épanouir,

seront le dernier don d’un été fructueux.

Bientôt nous reviendra, étonnamment touchant,

le spectacle glorieux des arbres à leur plus beau.

On le retarderait volontiers quelque peu.

Or l’on voit disparaître la page minutée

de chaque jour donné, aussitôt que vécue.

18/8/1999

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La répétition

Puisque c'est le dernier jour de l'année, une courte pièce de théâtre.

La répétition

 

Trois femmes et un homme sont les personnages de la pièce. Ils suivent des cours de comédie chez Damien, un ancien comédien. Il reçoit un petit nombre d’élèves. Le décor est sommaire : une table, deux ou trois sièges, un lit. Et un téléphone.  

 

Lorsque la pièce commence, trois des personnages sont en scène. Ce sont deux des femmes, Louise et Denise qui doivent répéter une scène qui se déroule dans une maison de retraite. Et, tout au fond, Marie qui imite et caricature leurs gestes.

Denise, pour s’exercer, dira à trois reprises, à un rythme différent, la même réplique de Brecht. Une main sur la table, elle a les yeux levés, tandis que Louise assise, accoudée, la regarde attentivement. Denise récite :

Denise.- On dit qu’il faut s’oublier soi-même et partager ce qu’on a, oui, mais si on a rien ? La charité ne rapporte rien. Si elle rapportait ne serait-ce que quelques sous, ce ne serait pas une vertu si rare.

Louise.- Je ne le sens pas.

Denise recommence autrement. Avec emphase.

Louise.- Ah, non ! C’est mauvais.

Denise.- Tu es sûre ?

Louise.- C’est du Brecht, ma chérie.

Denise recommence.

Louise.- Décidément, je ne le sens pas.

Denise.- Tu es plus difficile que Brecht lui-même. (Elle prononce ch.)

Louise.- Pas Brecht. Brect. On ne prononce pas le ch.

Denise.- Tu me chipotes toujours sur tout. D’ailleurs, madame je sais tout, comment sais-tu comment ça se prononce ? Tu n’étais pas là de son vivant. A moins que…tu es déjà si vieille ?

Louise.- Ca te fait rire ? Fernand me le disait bien. Ca ne vole pas très haut chez toi.

Denise.- Ce n’est pas ce qu’il me dit à moi. Il est vrai qu’il y a des moments où ce ne sont pas les mots qui comptent.

Louise.- Garce !

Après un silence.

Denise.- Tu crois qu’ils vont lui acheter son spectacle ?

Louise.- Je l’espère.

Denise.- Sinon, qu’est-ce que nous allons faire ?

Louise.- Ce ne sont pas les rôles qui manquent.

Denise.- Toi, peut-être. Moi, je n’ai rien en ce moment. Je suis nerveuse.

Louise.- Un peu de patience. Il téléphonera dès que ce sera fait.

Denise.- Je me demande s’il n’aurait pas du proposer une autre pièce. Une pièce drôle, il y a un public pour ça.

Louise.- Ou un drame. Il y a un public pour ça aussi. Pauvre fille.

Denise.- Je ferais bien une prière.

Louise.- Une prière !

Denise.- Tous les vrais comédiens sont superstitieux, c’est leur sensibilité qui veut ça. Il y a aussi le lien qui existe entre eux et ce qui les dépasse qui est une preuve de leur vocation.

Louise.- Décidément, Fernand avait raison. Heureusement que tu ne prononceras jamais d’autres mots que ceux que d’autres auront écrit pour toi. Ne change pas, ma chérie. Tu te souviens de ton texte, au moins?

Denise.- Les vieux.

Louise.- Les vieux ? C’est le titre ? Ce n’est qu’un titre provisoire.

Denise.- Moi, je ne le vois pas, ce texte. Je suis comme toi, je ne le vois pas.

Louise.- Tu ne vois jamais rien. C’est toi cependant qui veux être comédienne ?

Denise.- Parce que j’ai la vocation. Quand j’y pense, j’ai des frissons. C’est une preuve, non ? Tu as des frissons, toi ?

Louise.- Non. Reprenons. Nous sommes dans la chambre d’un hôpital. Peut-être que je vais mourir. Désormais, chaque minute compte. Il me faut rassembler tous mes souvenirs. Ce seront mes seuls compagnons dans l’au-delà. Il faut qu’ils soient les plus nombreux possibles. Alors, tu le connais ton texte ?

Denise.- Je ne le vois pas, je te dis.

Louise.- Met tes lunettes, et lis. Je commence. Pourquoi ris-tu ?

Denise.- C’est toujours toi qui commande. Dois-je t’appeler maître, toi ou maîtresse ? Vous vous prenez pour qui, madame ? Maître Damien en personne, peut-être ?   

Elle imite.

Denise, avec emphase,- Ce n’est pas que je tienne au titre mais le respect de la hiérarchie est le pain des sociétés bien constituées. Fermez les bans.    

 

Denise feuillette un livre.

Louise.- Tu m’écoutes ?

Après un moment : tu m’écoutes ?

Denise.-  Oui, na.

Louise. - Non, tu ne m’écoutes pas. Qu’est-ce que je t’ai dit?

Denise.- Tu m’as parlé de Pierre.

Louise.- Si je t’avais parlé d’un homme, je t’aurais parlé de Jean.

Denise.- Jean, Pierre, hier c’était Marcel. Tu dis toujours la même chose.

Louise.- Et tu dis que tu es mon amie. Je pourrais crever que ça ne te ferait ni chaud ni froid. Le livre de madame ! Ca, c’est quelque chose. Des histoires d’amour pour midinettes. Mais le vrai amour, celui qui te met le feu au corps, sais-tu seulement ce que c’est ? Ne ricane pas. Celui qui te met le feu au cul. Voilà, je l’ai dit.

Un long silence.   

Denise se lève, glisse un signet dans son livre. Et fait semblant de sortir. Pendant que Louise compulse un carnet d’adresse. Elle a raffermi ses lunettes sur le nez. Elle compose le numéro. Un moment se passe. De l’indifférence affectée, son visage passe à l’inquiétude. L’interlocuteur a décroché. Enfin. Elle joue la surprise.

Louise.- C’est vous ? Jean ! Oh ! Je me suis trompé de numéro. Je vous prie de m’excuser. C’est vrai, je l’avoue, Jean. Souvent je fais le vôtre automatiquement. Je vous dérange, Jean. Mais si, je vous dérange.

Oh, ici c’est toujours la même chose. Dans ces maisons, il faut accepter une certaine promiscuité. Non, Denise, ça va encore. Sinon que ça ne vole pas très haut. Vous savez ce qu’elle lit ?  Là voilà qui revient. Au revoir, Jean. Je vous embrasse moi aussi.

Tu as été faire pipi ?  

Denise.- Tu n’apprendras jamais rien. Je ne comprends pas comment, je peux supporter ta vulgarité.

Louise.- Jean a téléphoné. Il voulait venir malgré les difficultés qu’il éprouve à se déplacer. Qu’est-ce qu’il imagine ? Que je vais écouter la vie qu’il aura menée avec sa femme avant qu’elle ne meurt.

Tu te souviens de la manière dont il me courrait après ? Et, ce n’était pas pour me parler de sa femme.

Bref, tu m’as comprise.

Denise.- Cela aussi, tu l’as déjà raconté dix fois. Tu veux que je te dise la suite.

Louise.- Mon cœur ! Mon cœur ! Je ne resterai pas un jour de plus avec elle.

Denise.- Calmes-toi. C’était pour rire.

Louise.- Albert, tu te souviens d’Albert ? Je te l’ai déjà raconté ?

Denise - Cela ne fait rien, racontes.

Louise.- Je l’appelais : l’homme au cheval.

Denise.- Il faisait du cheval ?

Louise.- Il jouait aux courses. A Ascot. Non, je me trompe. A Chantilly. Avec son chapeau spécial pour le Derby.

Denise.- Il jouait avec un chapeau ?

Louise.- Un jour, il m’a dit : Vous voyez ce tableau ? C’est un Courbet. Il vaut des millions. Pour une nuit avec vous, Louise, il est à vous. Je lui ai répondu : pour qui me prenez-vous. Un Courbet. Gaston Courbet. Pas un autre.

Denise.- Gustave.

Louise.- Quoi, Gustave ?

Denise.- Gustave Courbet. Pas Gaston.

Louise.-Gaston, Gustave, quelle différence. Ca n’empêche pas de peindre.

Denise.- Il n’est pas signé.

Louise.- J’attendais cette remarque. C’est ce qui lui donne une valeur supplémentaire, les peintres signent leurs tableaux, en bas, à droite, et parfois au dos de leur toile. Pour qu’on puisse les distinguer les uns des autres, en réalité. Ceux dont la patte est reconnaissable entre toutes n’ont pas besoin de signer. Est-ce qu’un poème de Rimbaud a besoin d’être signé pour être beau, je le demande à haute voix ?

Denise.- Rimbaud ! Mon dieu !

Louise.- En tout cas, si ce tableau n’est pas de lui, il est celui d’un de ses élèves. Et s’il ne vaut pas des millions, des millions et des millions, il vaut simplement des millions.

Un instant de silence, puis :

Louise.- J’étais la plus belle. La plus belle. Crois- moi. Ce dont tu te souviendras à l’heure de la mort, ce ne seront pas des livres, ce seront les caresses des hommes. Et celles dont ils t’auront privées. N’hésite pas. Le jour où tu ne t’en souviendras plus, autant mourir pour de vrai.

La place du cœur, ce n’est pas à la poitrine qu’elle se trouve. Ce n’est pas là. C’est là.

Soudain, le visage de Louise se crispe. Elle porte la main à la poitrine. Elle pousse un cri.

 

Marie, la troisième des femmes, elle fait office de chœur, commente.

- Elles ne s’aiment pas. Pourquoi les êtres humains ne s’aiment-ils pas ? Elles se connaissent à peine. Louise à cinquante cinq ans. Elle est belle et désirable. Fernand se jetterait à l’eau pour elle. Non, j’exagère. C’est à Denise qu’il fait du plat. Elle aussi, il la mettrait bien dans son lit. Pourquoi ne porterais-je pas témoignage de ce que je vois ? Aujourd’hui encore on répète avec emphase les propos des comédiennes grecques quant à des citoyennes de leur cité. Deux mille ans graveront-ils mes propos d’aujourd’hui dans le marbre de l’histoire ? Les Atrides, dites-vous. N’y a-t-il plus de meurtres aujourd’hui ? Plus d’enfants assassinés ? D’époux trompés et de femmes sacrifiées pour la gloire et l’ambition d’un homme ?

 

Denise.- Décidément, je ne le vois pas, ce texte.

Louise.- Moi non plus, en réalité.

Denise.- Je suppose que maître Damien a ses raisons. Mon rôle est si petit que je me garderais bien de donner une opinion. A mon avis, il s’agit du texte d’un ami. Ou d’un ami du producteur. Souvent, les producteurs ont des ces exigences…Je l’ai vu dans des films américains.

Vous entendez ?

Toutes portent la main à la poitrine. Entre Fernand.

Fernand.- Ce n’est que moi, mes jolies.

Toutes.- Tu as des nouvelles ?

Fernand.- Je suis venu pour entendre les vôtres.

 

Marie.- Elles se taisent. Aucun mot ne franchit leurs lèvres. Elles sont immobiles. De véritables statues. Les statues qui se trouvent dans les parcs de nos cités sont-elles simplement immobiles. Se mettront-elles à vivre dès que nous, nous aurons cessé de le faire ? Qui peut l’affirmer. Mais qui de nous peut affirmer le contraire.

 

Le téléphone sonne. Longtemps. L’une d’elles se décide.

Louise.- Prenez-le, Fernand. C’est vous, l’homme.

Fernand décroche.

Fernand.- Oui. Oui.

Il raccroche.

Denise.- Qu’est-ce qu’il a dit ?

Louise.- Oui, qu’est-ce qu’il a dit.

Fernand.- Je ne me souviens pas.

Louise.- Fernand ! Il s’agit de notre avenir. C’est trop grave.

Fernand.- Avec Fernand, rien n’est grave. Même ce qui est sérieux.

Louise.- Fernand !

Fernand.-Soit. Tout reste ouvert.

Toutes.- Ah !

Fernand.-Le producteur n’a pas dit non. Il a téléphoné à maître Damien…

Denise.-Pour le lui dire ?

Fernand.- Pour dire qu’il serait en retard. Que Damien pouvait l’attendre.

Dès lors, je traduis : rien n’est fait. Et si rien n’est fait, tout est faisable. Positiver. Il faut po-si-ti-ver. Si tu penses : c’est perdu, tu seras malheureuse.

Denise.- Et si tout à l’heure, maître Damien nous annonce que le producteur a dit non ?

Fernand.- Tu seras malheureuse, mais après. Est-ce que je t’ai déjà fait danser ?

 

Il invite Denise à danser. Sans musique.

Fernand.- Lorsque je danse, je me laisse guider par une musique intérieure. Est-ce que je t’ai déjà embrassée ? Non, ne t’inquiète pas, tu n’a rien de moins que les autres.

.

Marie.- Comment faire la différence entre la comédie et la vie ? J’allais dire : la vie véritable. Cela me plait à moi de passer d’une rive à l’autre de ce fleuve qui m’entraîne sans que je puisse me reposer un instant. Tu crois qu’il s’arrête parce que tu dors, pauvre conne. Et parfois, tu fais semblant de dormir une heure de plus. Mais le fleuve, lui, ne dort pas. Il continue de t’entraîner. Rêve ou vis, peu importe le nom que tu donnes à cette histoire sans queue ni tête, mais prend du plaisir, ma fille. Il ne s’agit pas d’un bout de texte de théâtre comme celui que Louise a prononcé tout à l’heure. Il s’agit de ton sang.  

 

Louise à Marie.

Louise.- Est-ce que je te l’ai déjà dit ? Tu es émouvante, ma petite Marie. Tu m’as émue. Tu dois être bouleversée toi aussi. Stanislavski le disait : Même si vous n’avez qu’un mot à dire, dites-le avec vos tripes. Bonjour, c’est bonjour. Mais : Bonjour, c’est autre chose.

Sur une scène de théâtre, tuer un enfant à coups de marteau ou manger des frites, pour moi c’est pareil. Ce n’est pas à nous d’être ému. Notre rôle, c’est d’émouvoir le spectateur. C’est maître Damien qui l’a dit.

Denise.- Comme c’est vrai. Retiens cette phrase, Marie. Je suis sûre que c’est une réplique extraordinaire. Je suis sûre que lorsqu’il l’entendra, dite par une autre bouche que la sienne, maître Damien demandera à l’auteur de l’introduire dans son texte.

Louise.- Où elle va tomber comme un cheveu dans la soupe.

Denise.- Personne ne s’en apercevra. Elle est trop belle. Les spectateurs, tu le sais, écoutent à peine lorsque la comédienne est jolie.

Louise.- Jolie ? Tu te crois au cinéma ? Au théâtre, ma fille, les spectateurs ne mettent pas leur manteau sur les genoux.

Silence. Le découragement les submerge.

Denise.- Pourquoi ne téléphone t-il pas ?    

Louise.- L’enfer c’est.., c’est l’attente. J’ai le corps tout remué. Je dois retrouver mon calme.

Denise.- Il n’est pas très long, notre texte.  L’art dramatique n’échappe pas aux lois générales de l’économie, c’est maître Damien qui me l’a dit à la fin du mois dernier. Pour quelques répliques à peine, c’est tout de même un comédien en plus. Et ça coûte, un comédien. 

D’accord, pas beaucoup. Mais tout de même. Et puis, le texte en est plus resserré. Moins de répliques, la densité augmente.  Oui. Et à force. Plus de répliques du tout, et la densité de l’œuvre est à son paroxysme. J’ai inventé le texte muet. Sans comédiens. Sans décor. Sans théâtre. Le comble de l’émotion dramatique.

Le téléphone sonne. Denise se précipite.

Denise.- Oui, Oui ? Ah, Ah, oui.

Elle raccroche.

Marie.- C’était maître Damien ?

Denise.- Qui donc, sinon.

Marie.- Cela peut-être n’importe qui, peut-être une erreur.

Denise.- Le plombier.

Marie.- C’était le plombier ?

Denise.- Tu ne veux pas savoir ce qu’il a dit ?

Marie - Non. Je le devine. Cette pièce sera un four. Il faut être toqué pour la jouer. Elle a été écrite par un apprenti. Et quand je dis un apprenti, je suis en dessous de la vérité. Tu peux me dire où est l’action ?

Denise.- N’empêche que le producteur  n’a  pas refusé.

Louise.- Ce n’est pas vrai ? Fais attention, Denise. Ne joue pas avec mon cœur.

Denise.- Il ne l’a pas refusée parce qu’il n’était pas encore arrivé. Lorsqu’il arrivera, peut-être qu’il la refusera mais peut-être qu’il ne la refusera pas non plus.

Louise.- Je sens que je vais mourir.

Denise.- Je répète ce qu’a dit maître Damien.

Louise.- Il avait une bonne voix ?

Denise.- Je ne sais pas. Il a dit : ne vous énervez pas, les enfants.

Louise.- Il a dit : ne vous énervez pas ? Peut-être que la pièce n’est pas si mauvaise. Il me semble la voir. C’est dans une chambre d’hôpital. Une chambre dans une maison de vieux. Louise, enfin le personnage qu’elle incarne est mort. Fernand vient nous l’annoncer. 

Fernand entre.

Louise.-Tu te souviens de ton texte ? Lorsque Louise, enfin le personnage qu’elle incarne, meurt. 

Fernand.- Elle me dit : ne me touchez pas avec vos mains farfouilleuses. Je peux me déplacer seule. Et je réponds, si je devais vous toucher avec quelque chose, ce serait avec mon pied. Là où je pense ! Oui, j’ai déjà dit des textes d’une autre nature. Mais quand on est comédien, on n’a pas toujours le choix.

Louise.- Je peux prendre le tableau ?

Denise.- Le tableau ?

Louise.- Le Courbet. Il est à moi. C’est dans le texte.

Fernand.- Evidemment, un texte dans lequel on cite un grand peintre comme Courbet, ne peut pas être mauvais. J’ai connu un auteur dont le héros parlait de Pablo Picasso, il trainait sur Paablo. Si un critique prétendait que sa pièce n’était pas un chef d’œuvre, il demandait : vous n’appréciez pas Picasso ?

Denise.- Le langage n’est pas très riche.

 

Marie.- Ne cherches pas une langue riche. Ne t’acharne pas à connaître un grand nombre de mots. Ou des mots rares. Les spectateurs risquent de ne pas te comprendre. A quoi bon savoir, si tu es seul à savoir. A trop savoir, tu risques de t’isoler. Au contraire, homme intelligent ou  femme ayant un peu de cervelle, tu feras semblant d’écouter ceux qui en savent moins que toi. Ils répandront tes louanges autour d’eux. Hosanna !

 

Denise.- Je crois qu’elle devient folle.

Louise.- Qu’est-ce qu’on fait ?

Fernand.- On attend. Que faire d’autre. Nous passons notre vie à attendre. Si le temps passé à attendre était supprimé, avec quelques années d’existence, nous la remplirions tout autant qu’aujourd’hui. C’est du Nietzche.

Denise.- Moi, j’en ai assez. Producteur ou pas, Damien ou pas, j’en ai marre, je m’en vais.

Louise.- Nous ne pouvons pas partir. Nous sommes des professionnels.

Fernand.- Louise a raison, nous sommes des professionnels.

Denise.- Mais, reconnaissez-le. Le texte est pauvre. C’est de notre réputation qu’il s’agit.

Louise.- Notre réputation. J’en connais une qui ferait bien d’y penser plus souvent, et avant de préférence.

Denise.- C’est à moi que tu fais allusion ?

Louise.- Non. Au roi de Prusse.

Denise.- Au roi de Prusse ?

Louise.- Madame ne sait pas qui c’est. Madame est trop jeune sans doute.

Fernand.- Les filles !

Denise.- Je comprend que des gens puissent en tuer d’autres. Je ne comprends pas qu’on puisse les mettre en prison pour ça. Il y a des femmes qu’on devrait pouvoir tuer, et plutôt que de condamner leur meurtrière, c’est elles qu’il faudrait mettre en prison.

Fernand.- Les filles, les filles.

Le téléphone sonne. C’est l’angoisse.

Fernand.- C’est vous maître Damien. Il a refusé, je le pressentais. Non. Non, il n’a pas refusé ?

Il se tourne vers les autres :

Il n’a pas refusé.

Au téléphone.

Fernand.- Quoi ? Quoi ? Il n’a pas refusé. Il est mort ? Sur le chemin ? Un accident ? Il ne reste rien de sa voiture ?

Il raccroche.

Fernand.- Vieux con ! Vieux con !

 

Marie.- Je n’aime pas les vieux. Ils encombrent le chemin des jeunes. Ils disent ce qu’il faut faire de ce monde qui n’est pratiquement plus le leur. Je le dis avec solennité : il faut tuer les vieillards.

 

Louise.- Ta gueule, Marie. Ta gueule.

 

Marie.- Nous sommes morts. Nous sommes tous morts. Mais ils n’ont pas le temps de nous enterrer tous à la fois

 

Parce que qu’elle n’arrête pas de réciter, il ne reste plus aux autres qu’à l’étrangler.

Louise.-Tu connaissais ton texte, toi ?

Fernand.- Bien sûr. Nous sommes des comédiens, pas des touristes.

Louise à Denise.

Louise.- Et toi ?

Denise.- Bien sûr. Nous sommes des professionnels.

Louise.- Oui. Toujours  prêts. The show must go.

 

On entend les trois coups du brigadier comme si la pièce allait seulement commencer.

 

                                       Rideau

 

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Sortie de la version papier d'Un ange passa !

La version papier est arrivée !!! http://www.amazon.fr/un-ange-passa-michele-rosaux/dp/1494784319/ref=la_B00HIKCTSG_1_1_bnp_1_pap?s=books&ie=UTF8&qid=1388396542&sr=1-1

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Retrouvez toutes les impressions des premiers lecteurs sur la fanpage :https://www.facebook.com/groups/457208004379865/

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Die Gedanken sind frei - les pensées sont libres

A ne pas oublier pour la nouvelle année 2014 - Nicht im Neuen Jahr 2014 vergessen: Die Gedanken sind frei / Les pensées sont libres.
Libre d'aimer, de créer, de rêver.
Frei zu lieben, schaffen und träumen.

Die Gedanken sind frei
Wer kann sie erraten
Sie huschen vorbei
Wie nächtliche Schatten
Kein Mensch kann sie wissen
Kein Jäger erschießen
Mit Pulver und Blei
 
Die Gedanken sind frei

Elles sont libres, les pensées
Personne ne peut les arrêter
Car elles peuvent s'envoler
Comme une ombre dans l'obscurité
Personne ne peut les deviner
Personne ne peut les traquer
Rien ne peut les tuer :
 
Elles sont libres, les pensées

Ich denke was ich will
Und was mich beglücket
Doch alles in der Still
Und wie es sich schicket
Mein' Wunsch und Begehren
Kann niemand verwehren
Es bleibet dabei:
 
Die Gedanken sind frei

Je pense ce que je veux
Et ce qui me rend heureux
Mais tout ça en silence
A ma convenance.
Mon désir, ma volonté
Personne ne peut les réfuter
C'est ma réalité :
 
Elles sont libres, les pensées

Und sperrte man mich ein
In finsteren Kerker
Das alles sind rein
Vergebliche Werke,
Denn meine Gedanken
Zerreißen die Schranken
Und Mauern entzwei:
 
Die Gedanken sind frei
 
Et si l'on me jetait
Dans un cachot profond,
Aucun mur épais
Ne sera jamais mon horizon.
Car toutes mes pensées
Abattent les murs, elles sont les clés
De ma réalité :
 
Elles sont libres, les pensées.

Paroles françaises: Roger Siffer/Marén Berg

Um 1780 wurde der Text zum ersten Mal auf Flugblättern veröffentlicht.
zwischen 1810 und 1820 entstand die Melodie dazu.
1780 les paroles...1810-1820 la musique   

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Le territoire du Karst

Un territoire de karst, généralement, c’est un pays calcaire, fait de plateaux, canyons, falaises, vallées aux grottes et aux sources innombrables, où tout a commencé (au moins dans les régions tempérées en ce qui concerne la peinture pariétale des cavités souterraines naturelles, où prenait aussi en même temps racine, un certain sens de la spiritualité).
C’est l’évocation dans son étrange complexité, des mystères de la terre, de leur pouvoir magique, fait de puissance tellurique et de fécondité.
C’est aussi à travers cette toile un reflet de nos propres mystères, de notre histoire et de nos réalités, où chacun essaie d’avancer en essayant de résoudre l’éternel conflit entre doute et quête du sens, au milieu de questions qui resteront sans réponse dans la fulgurance de notre trop courte existence…


Le territoire du Karst
"Le territoire du karst" Huile sur toile 81 x 65 cm

Si vous regardez bien cette toile (qui a priori peut au premier regard vous rebuter), vous aurez du mal par la suite à vous en détacher… Par quel mystère, malgré nos souffrances, sommes-nous autant attachés à la vie ?

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Vers libres et souverain style

 

Je ne force jamais les mots,

J’essaie de rester vigilante.

Quand des vers me semblent trop beaux,

Je les mets d'abord en attente.

Si je reçois de la tendresse,

Je l’enveloppe de velours

Et quand j'éprouve de l'ivresse,

J'essaie d'en faire un chant d'amour.

En face d’une apothéose,

Dont la nature offre la vue,

Je ne me sens pas dépourvue; 

Des phrases aussitôt se proposent.

Je suis revenue à la rime,

Qui par sa musicalité,

Parfois ajoute à la beauté,

Aux émois, que des vers expriment.

Certains de mes plus doux poèmes,

Furent écrits en liberté;

Les mots se choisissaient d’eux-mêmes,

S’unissaient par affinité.

18 janvier 2006

 

 

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12272980466?profile=originalUne belle histoire qu'Arts et Lettres. Voulez-vous que je vous la conte ?

Notre réseau forme bien un tout, un tout placé sous l'oeil d'Horus, l'Oeil Oudjat des partenariats. Chacun dans son art, sa spécialité, apporte sa contribution.
Avez-vous remarqué que notre oeil est divisé en 6 parties ?

Seth de Haute-Egypte, le dieu stérile, le mauvais, le désert et les orages, voulait se venger d'Horus de Basse-Egypte, la lumière, le verbe créateur. Il lui arracha l'oeil, qu'il découpa en 6 quartiers (d'ordinaire il n'en faisait pas ! cette fois il s'est montré délicat) qu'il jeta dans le Nil.

http://youtu.be/LT3iZnFu59o

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Thot, le dieu de l'écriture, du langage et de la pensée, le récupéra. Thot le fondateur de la science secrète...

A chaque partie de l'oeil fut attribuée un chiffre magique, soit 1/2, 1/4, 1/8e, 1/16e, 1/32e, 1/64e. Chaque fraction, chaque membre, pour un entier, notre réseau.

Vraiment ? Non, si l'on fait la somme de toutes ces fractions, nous obtenons 63/64e.

Thot, ne voulant pas que l'oeil fut incomplet, ajouta une fraction, ce 1/64e qui permettra d'obtenir le tout, l'unité, la complétude.

12272981856?profile=originalHorus (art ptolémaïque, temple d'Edfou)

Ce 1/64e c'est l'énergie de vie... Cette acuité je crois bien que c'est Robert Paul qui la représente...

http://youtu.be/-1IXQ1pKl_Q

Tous mes voeux aux membres d'Arts et Lettres et à son fondateur. Que l'année nouvelle vous comble...

12272982067?profile=original

Et qu'A&L continue de déployer ses ailes et de rayonner.

12272982096?profile=originalMichel Lansardière (texte et photos)

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Souvenir d'un juif.

 



Par l'entremise d'un ami, après la guerre, j'avais trouvé un poste dans un journal mais je n'y signais pas d'article. C'était un poste sans éclat qui demandait de l'attention mais peu d'initiative. Ne pas voir mon nom au bas d'un texte ne me frustrait pas. Ce nom qui n'était pas le mien mais qui existait davantage que le vrai.
Tout le monde m'appelait Pierre ou monsieur Berger, le nom que mes parents avaient porté alors qu’on poursuivait les juifs. Au point que face à une instance administrative, ou à la banque par exemple, lorsqu'il fallait décliner mon identité telle qu'elle figurait sur des documents officiels il m'arrivait d'hésiter. Nos amis lorsqu'ils parlaient de nous disaient les Berger. Au début, Hélène rectifiait mais cela avait un aspect ridicule et affecté.
Qu'est-ce qu'un nom ?, avait dit un personnage de théâtre. Entre nous, elle continuait de m'appeler Sam ou Sammy. Ce prénom si courant aux Etats-Unis avait chez nous une connotation quasi ethnique. Nous vivions dans deux mondes que seule la texture d'un nom séparait.
Nous étions mariés depuis près de vingt ans lorsque les prémices du cancer se sont déclarés.
Nous n'avions pas d'enfants. J'étais d'une génération où on associait les mots enfant à ceux de guerre et de mort. On disait: faire des enfants afin de nourrir la guerre.
Ce sont toujours les jeunes qui meurent à la guerre.
Les vieux en général comme les généraux, si je puis me permettre cette plaisanterie éculée, meurent dans leur lit. Les jeunes ne craignent pas la mort. Les vieux, si !
Ils ne craignent pas cet accident aussi absurde que celui de la naissance, ils craignent de ne plus vivre. Chaque jour dépose des images alluvionnaires dont on ne distingue plus les odeurs. Bons ou mauvais souvenirs, elles prouvent que vous avez existé.
Les jeunes ont moins de souvenirs que leurs aînés. En revanche ils sont convaincus d'être la substance d'un grand dessein. Ils savent qu'ils ne peuvent pas mourir avant que ce dessein ne se réalise. Même sous les bombardements, à plat ventre sur le sol, je levais les yeux au ciel, et une étrange exaltation soulevait ma poitrine. Je ne pouvais pas mourir. La preuve c'est que j'ai survécu durant de nombreuses années, et que je vis encore.
Hélène, elle, n'était pas immortelle. Proche de la mort, elle n'avait pas été animée d'une exaltation particulière.
Jusque là je ne savais pas à quel point j'aimais ma femme. Le soir de notre mariage, comme des esprits forts, nous ne nous sommes pas juré de nous aimer toute la vie.
- Le plus longtemps possible.
Qui en effet peut prévoir l'avenir. Pour Hélène j'ai été celui qu'elle a aimé jusqu'au dernier de ses jours.
Lorsque ma mère est morte, c'était quelques mois avant la mort d'Hélène, je n'ai pas éprouvé la sensation de vide que j'ai éprouvée à la mort d'Hélène. Peut être parce qu'il est naturel que les plus âgés meurent avant les plus jeunes et contribuent ainsi à un juste équilibre des générations.
Lorsque c'est le contraire qui se produit, il n'y a plus d'équilibre et on aboutit à une civilisation de vieillards, sans beauté, sans énergie et sans courage.
Mon père est mort quelques mois après la mort d'Hélène. Je ne le lui avais pas dit. Il n'avait plus toute sa tête, comme on dit, Il méritait que les images qu'il voyait, les propos qu'il entendait ou croyait entendre, autant que ceux qu'il tenait lui-même, le ramènent aux époques de sa vie qu'il choisissait selon ses envies. Ou selon ses errements.
Il m'avait raconté la fin heureuse de l'un de ses amis. Agé de plus de quatre-vingt cinq ans, il avait marché entre les rails à la rencontre des trams. En levant sa canne, il criait:
- Ce tram est à moi, de quel droit vous en servez-vous ?
Des agents de police l'avaient entouré, il avait été placé dans un asile, et il était mort heureux persuadé qu'il était propriétaire d'une flottille de tramways.
Cette année-là, j'ai beaucoup côtoyé la mort. Je n'avais plus d'attaches réelles. Je me retrouvais seul comptable de ma vie.
C'était une année curieuse. Je revoyais mon passé comme s'il s'agissait d'un film tourné à l'envers. Un de ces vieux films d'actualités qui ressemblaient à ceux de la naissance du cinéma. Les personnages couraient, les gestes étaient saccadés. Hitler, Staline, Roosevelt, le maréchal Pétain, et d'autres encore étaient les protagonistes d'une histoire que je n'ai vraiment connue qu'après la guerre. Tout semblait caricatural. Mais les morts, de plus en plus nombreux, ne se relevaient pas à la fin du film.
Je me demandais à quoi on pouvait reconnaître qu'une guerre allait survenir. Pas une de ces petites guerres qui depuis quelques temps surviennent à différents endroits de la planète. Une guerre sérieuse avec des ennemis suffisamment proches pour qu'ils puissent se réconcilier rapidement. Que les survivants puissent se demander pourquoi ils ont failli se faire tuer.
Ce sont des guerres normales dont on enseigne la stratégie dans toutes les bonnes écoles militaires. Sans se préoccuper de la nationalité de l'auteur qu'on étudie.
Pour les juifs en revanche, durant la dernière guerre cela n'avait pas été pareil.
Durant les guerres d'une certaine ampleur ils étaient assimilés d'office à la communauté de leur pays. Il arrivait que durant un assaut un juif tuât un juif à l'uniforme différent du sien. Il en était profondément désolé, il répondait Sheema Israël à celui qui criait avant de mourir Sheema Israël. C'était le prix à payer pour continuer d'être l'homme d'un pays.
Durant la dernière guerre, quel qu'ait été leur pays d'origine, il n'y eut pas de bons ou de mauvais juifs. Pour un grand nombre d'êtres humains ils étaient tous mauvais. Tous, il fallait les éliminer.
Durant cette guerre-là, aucun de ceux qui sont morts n'a eu droit à une mort honorable. Ni à l'endroit où des proches survivants auraient pu se recueillir sur leur tombe. Ce n'est pas juste.
Je m'étais étendu sur l'herbe du jardin comme je le faisais de plus en plus souvent dès que le temps le permettait.
J'ai toujours partagé ma vie en périodes que sans le vouloir sciemment, j'oubliais dès qu'une autre commençait. C'était une méthode qui permettait de vivre longtemps. Presqu'en paix.
J'avais oublié la plupart de mes amis. Il est vrai que la plupart d'entre eux sont morts de «mort naturelle».
Et moi? Pourquoi suis-je vivant? Et non pas ceux qui ne sont pas morts de mort naturelle. Ils auraient eu mon âge aujourd'hui.
Parce qu'ils étaient juifs ? Mais, c'est quoi un juif ? Je me souviens que j'avais huit ans lorsqu'à l'école primaire un condisciple m'avait crié: «sale juif».
Le jour de la prochaine commémoration à Auschwitz, j'accompagnerai les organisateurs. Vers la fin de l'après-midi, je me rendrai à la baraque la plus éloignée. Je m'étendrai sur un des châlits. Peut-être que c'est ma place que je retrouverai. Celle qui encombre ma mémoire. Peut-être que c'est ce qu'ils veulent, ceux qui me regardent comme si je n'étais pas tout à fait l'un des leurs. Comme s'ils attendaient cependant de moi que je leur dise quelque chose. Quelque chose que nous ne comprenons pas ni les uns ni les autres. Mais qui est important.
Je me souviens d’un poème écrit par un poète qui s’est suicidé à l’âge de trente-trois ans, l’âge d’un juif crucifié.
Il disait : je suis un nuage en pantalons.

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Journée d'hiver,

 

Il n'y a guère plus solaire,

qu'une belle journée d'hiver,

dévêtue, touchante,

de tout apprêt délestée ;

pour moi, pour vous,

elle chantonne, se donne, se fait douce ;

son ahurissante nudité se diamante,

lorsqu'elle porte, transparente,

murmurante et légère,

l'insalissable capeline blanche !

Déesse elle trône,

dans son étrange jardin de givre,

où les roses d'hiver s'enneigent,

sans s'alourdir,

brillent d'un soleil qui leur est propre !

Il n'y a guère plus solaire,

qu'une belle journée d'hiver.

 

 

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Le cinéma des Tax Shelter

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(Photo du concert d'Ozark Henry - book photo du BE Film Festival)

Sous l’égide des autorités fédérales dont la volonté est de mettre à l’honneur des films ayant bénéficié de l’aide des Tax Shelter, le Be Film Festival, fidèle à son principe, présente les réalisations des deux communautés culturelles.

"Het Vonnis" (Le verdict) de Jan Verheyen est un film dur, efficace, de ceux qui vous plaquent au pied du mur. https://www.youtube.com/watch?v=vByi... Inspiré de faits réels qui se sont produits en 2009 à Gand, il retrace le calvaire d’un homme abandonné par la justice. Jan Verheyen est à la fois producteur, acteur, animateur, distributeur, réalisateur. Il a écrit lui-même le scénario du film qu’il qualifie de cri d’indignation. L’histoire est celle de Luc Segers dont l’épouse a été sauvagement agressée dans la superette d’une station-service alors qu’il l’attendait dans la voiture. Sa petite fille de 8 ans décède également dans la tragédie. Il reconnaît l’assassin avant d’être lui-même roué de coups mais celui-ci est relâché sur base d’une faute de procédure, le procureur ayant oublié de signer la demande d’enquête judiciaire. Segers ne peut supporter l’injustice. Il prémédite sa vengeance et tue le voyou. Le procès avait enflammé d’opinion publique et Jan Verheyen a pu bénéficier de nombreux témoignages. Il précise que le film est une fiction très bien documentée qui confronte les dilemmes moraux suscités par la violence des faits. Le cas Segers bouscule l’ensemble du système judiciaire et les règles de la démocratie. Présent avec quelques-uns de ses collaborateurs parmi lesquels l’acteur Jappe Claes qui incarne à la perfection le procureur général Jacques Vanderbiest, Verheyen affirme qu’en dépit des démentis, son film est toujours d’actualité. Un nombre élevé de criminels sont toujours relâchés pour vice de procédure. Chris Lomme était aussi au rendez-vous. Avec son mari, lui aussi comédien, elle tente de soutenir Jan Segers aujourd’hui au bout du rouleau. Un thriller rapide, une accusation couronnée par un chapelet de questions, un scénario idéal pour un témoignage poignant, Het vonnis est un film a côté duquel on ne peut pas passer.

La partie francophone était représentée par le non moins réussi "Tango Libre" de Frédéric Fonteyne, parrain du festival. https://www.youtube.com/watch?v=HXqt...

"Le monde nous appartient" est le second long métrage de Stephan Streker. Huit ans après "Michael Blanco", il revient avec un casting qui l’enchante. Toujours amoureux de ses comédiens, il est ravi d’avoir pu convaincre Dinara Droukarova, actrice russe qu’il avait admirée à Cannes alors qu’il était jeune journaliste et qu’elle débutait dans "Bouge pas, meurs, ressuscite". Même coup de foudre pour Reda Kateb dans "Qu’un seul tienne et les autres suivront". Stephan Streker annonce un nouveau projet pour 2014, une ambiance de fin de noces pour lequel il cherche encore les financements. "Le monde nous appartient" suit l’évolution de deux jeunes dont les destins se croisent de manière tragique. Des comédiens charismatiques, une photographie soignée, quelques trouvailles scénaristiques, le film se présente comme une succession de tableaux en manque de liens logiques, ce qui laisse passablement froid. La bande sonore signée Ozark Henry est la vraie réussite du film. Grâce à de nouveaux projets avec la Cinémathèque, le BE Film Festival peut désormais allier musique et cinéma. Ozark Henry (Piet Goddaer de son vrai nom) était l’invité du festival pour un mini-concert qui a, on s’en doute, fait salle comble. http://vimeo.com/48448369 En parallèle, Joël Franka est venu présenter "Une chanson pour ma mère", un succès autour du chanteur Dave entouré d’une palette choisie de comédiens belges. https://www.youtube.com/watch?v=S1WE...

Dans le cadre du cinéma des familles, il fallait choisir entre "Nono, het Zig Zag Kind" de Vincent Bal, élu meilleur film européen pour la jeunesse, https://www.youtube.com/watch?v=5ILH... et "Ernest et Célestine" de Vincent Patar, Stéphane Aubier et Benjamin Renner, https://www.youtube.com/watch?v=bowy...

Avec les voix de Lambert Wilson et Pauline Brunner, "Ernest et Célestine" est un film magique qui réunit toutes les qualités pour faire briller les yeux des petits et des grands. Réalisé à la palette graphique avant d’être travaillé à l’ordinateur (12 dessins par seconde de film), le story-board est le résultat du scénario de Daniel Pennac d’après la série de livres pour la jeunesse de Gabrielle Vincent. Le résultat est un pur régal, une histoire d’amitié durement conquise au-delà des différences.

Palmina Di Meo

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Le grand hibou


Le hibou vient de traverser la paroi rocheuse, et il nous enveloppe de ses ailes protectrices en sortant de la nuit et du monde des songes.
La lune présente par les deux arcs de cercle inversés (pour la lune montante et descendante), le guide jusqu’à nous, pour nous indiquer les chemins magiques de la sagesse.
Il saura à son tour nous transmettre la clairvoyance, pour apprendre à avancer dans la forêt immense des signes inintelligibles que notre existence devra déchiffrer…


Le grand hibou
"Le grand hibou" Acrylique et huile sur toile 60 x 73 cm

Essayer de « comprendre derrière les apparences », est une question posée par cette peinture.
- Comment y voir plus clair au cœur de la nuit, si ce n’est en prêtant davantage attention aux « signes naturels » envoyés par le destin ?

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L'énergie artistique

 

À mon amie, Jacqueline Nanson

 

Tout ce qui vit dans la nature,

À nos yeux possède un attrait,

Nous laisse parfois sidérés,

Ou savourant une joie pure.

J'ai mis deux pépins dans deux pots;

Je ne crains pas qu'ils ne s'y figent.

J'attends qu'il en sorte deux tiges.

Ils ont du soleil et de l'eau.

Comme ces pépins mis en pot,

Je reçus pour mon existence,

L'énergie suprême substance

Et les ingrédients qu'il lui faut.

Bien plus durable qu'une rose,

J'ai subi tous les changements

Qui, plus ou moins rapidement,

Sans qu'on n'y puisse rien, s'imposent.

Les chercheurs découvrent des lois

Qui régissent la vie sur terre,

Voudraient pénétrer leur mystère,

N'en sauront jamais le pourquoi.

L'énergie créatrice, en art,

Est inspiration qui persiste.

En la recevant, les artistes

Disent qu'une muse y prend part.

26 décembre 2013

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FUREUR DE VIVRE.

 

Fureur de  vivre,

Sans savoir-vivre,

Jusqu’à l’ivresse.

Rage   de  chérir,

Jusqu’en démourir,

Sous tes caresses.

 

Fureur  de  vivre,

Mort qui délivre,

Du cancer rongeur,

Masque de tabac,

Dort sur le grabat,

D’un rouleau piégeur.

 

Fureur de  vivre,

Vouloir  survivre,

Dans tes désarrois,

Fumée du cercueil,

Tue avant le deuil,

De l’Ankou au charroi.

 

Fureur  de  vivre,

Fièvre de t’aimer,

Nicotine  camé,

Tes clous brûleront,

Jusqu’à l’abandon,

Du grand feu pâmé.

 

Fureur de vivre et d’en mourir……..

 

Claudine QUERTINMONT D’ANDERLUES.

 

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FRATERNITE ET SOLIDARITE

2014 sera sous le signe de : « La Paix, la tolérance, la solidarité » et nous verrons le loup et l’agneau chanter ensemble la Fraternité comme cette lionne vue à la télé protégeant une jeune gazelle, comme ce chat et ce rat vivant côte à côte, ou cette perruche juchée sur la tête d’un chat !

 

Pourquoi les hommes ne le feraient pas aussi ? 

Nous verrions des femmes se lever, serrer sur leurs seins le bébé abandonné et le faire sien, le vieillard prendre par la main l’enfant de son ennemi et le soldat tendre la main à cette vieille femme blessée…

Solidarité aussi avec les handicapés, ceux que la Vie n’a pas épargné qui souhaitent

écrire pour communiquer, transmettre, partager leurs émotions, leurs vécus…

En cette nouvelle vous allez entendre pas mal de vœux, de promesses la main

sur le cœur car c’est l’année de tous les dangers, les élections sont bientôt là

et tout ira mieux, on lave plus blanc que blanc etc…Parlons-en avec humour…

Moi, je ne vous promets rien ou presque si ce n’est de relever le défi avec vous

d’être toujours présents pour « le Printemps des Poètes »

                                              

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Le bonheur,

                                                                                

En moi,

 l'instant s'infuse,

pareil à la glycine parme,

dans la clarté nocturne,

le long du mur nu,

bleuté,  fantomatique ;

je reçois le bonheur,

sans même le chercher,

je m'assied contre l'arbre,

juste pour l'écouter !

La nuit, n'est guère besogneuse,

à l'inverse du jour,

elle est là, toute entière,

disponible, nous murmure assoupie,

guère plus ;

laisse le chat sommeiller,

sous la marquise ouvragée !

A deux pas d'où je suis,

une balançoire triste,

sous un ciel d'orage,

grince et gesticule,

en l'absence de l'enfance,

de l'hirondelle d'été,

d'un papillon citron.

En moi, l'instant s'infuse,

je le reçois,

j'existe, je suis là.

 NINA

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Le chaman au cerf rouge


Il n’est pas de signe intelligible ou non, sur le petit cheval magdalénien et dans son environnement, sans intervention chamanique…
En le dessinant, le chaman entre en communication avec l’animal - esprit qui vit derrière la paroi, il entre littéralement dans le monde des esprits, où il dépasse la condition humaine profane.
En veillant sur les âmes de sa communauté, le chaman peut seul les voir, en interpréter les blessures ou possessions, en connaître la destinée…
Dans cet univers, où le sacré est toujours lié à un « au-delà » et passe par un rapport à la nature où l’animal joue un rôle considérable, le cerf est primordial.
Par sa ramure, il incarne la force, l’arbre de vie, les différents cycles naturel et spirituels. Il est associé au renouveau, à la fécondité. Plus que messager du sacré, il incarne la puissance, l’abondance et le rayonnement divin.
Pour le chaman, entrer « en communication » avec le cerf, se « transformer » en cerf, rétablit une archaïque solidarité mystique entre l’homme et l’animal. Il comprend son langage, il partage sa prescience et ses pouvoirs.
Le rouge qui englobe Chaman et cerf, n’est rien d’autre que le champ énergétique intense qui se manifeste par cette couleur.
Le rouge, en nous reliant à la terre nous relie à la vie, et nous emporte avec le chaman à la rencontre du cerf, dont nous pouvons partager les pouvoirs…
Chaman au cerf

"Chaman au cerf rouge"  Huile sur toile  100 x 81 cm

Cette peinture est un questionnement sur la notion de pouvoir aujourd’hui, sur celle des rapports que nous entretenons avec la nature, et sur celle du sens de la spiritualité dans nos sociétés, où les valeurs essentielles se sont transformées, perdant souvent leur sens premier…
- En deux mots, n’est-ce pas notre propre manière de penser, et de considérer nos rapports au monde et à autrui, qui seraient à revoir, pour retrouver l’arbre de vie ?


 

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