En complément à l'annonce reprise dans le titre de ce blog, voici une vidéo offerte par Actu-TV et reprenant une des belles chansons prestée par "Formiga and Cigale" lors de cette fête-anniversaire.
Enjoy.
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1/ Bonjour, Virginie, et mes félicitations! Tu en es à huit publications avec un parcours en tant qu'auteure relativement atypique et plutôt éclectique: fascicule d'exposition, autobiographie, essais, roman,... Faut-il voir dans ce parcours une logique, un plan, une stratégie avec un but final déjà bien défini, ou fonctionnes-tu au feeling, au coup de cœur et en fonction de tes états d'âme?
1/ Merci à toi ! C’est vrai que je ne peux pas affirmer avoir travaillé suivant une certaine ligne conductrice. J’ai toujours fonctionné au coup de cœur. C’est toujours un matin, à l’aube, que je me réveille en me disant : « Tiens, si je mobilisais une semaine ou deux pour écrire mon premier jet ? ». Il ne faut qu’une bonne idée, de l’isolement et une passion presque charnelle pour ce que je vais entreprendre afin de « m’y mettre », comme on dit.
2/ Aimes-tu ce sentier littéraire que tu as pris? Es-tu satisfaite de tes écrits?
2/ Je mentirais si je disais que je suis satisfaite de tout à 100%. Mais j’aime avoir pris ce chemin de traverse, cette route peu fréquentée, parfois agréable, parfois abrupte. Je ne me sens bien qu’en dehors des sentiers battus, que ce soit comme auteure ou comme être humain.
3/ En quelques mots, comment définirais-tu ton style, ta façon d'écrire?
3/ Instinctive pour tous mes livres. Mais j’ai une façon différente d’aborder chaque ouvrage. Je me sens changer, mûrir, à chacune de mes nouvelles parutions et j’aime alterner la légèreté et la gravité, suivant les saisons de mon cœur.
4/ "Battue!" est un ouvrage autobiographique fort, impitoyable, dans ton parcours d'auteure. Y a-t-il selon toi un avant et un après "Battue" ? Considères-tu cette œuvre comme étant un tournant dans ton cheminement?
4/ Oui, mais pas pour les raisons que l’on peut imaginer. J’ai écrit « Battue ! » avant mon mariage, et l’ai publié après mon veuvage. A la mort de mon mari, j’avais l’impression que je ne serais plus jamais capable d’écrire. Cette parution a été le premier pas vers une renaissance de mes mots. Quant à l’histoire de ce livre, elle est si ancienne que malgré son extrême violence et les séquelles physiques que cela m’a laissé à vie, je n’ai presque plus l’impression que je parle de moi. Même métaphorique, c’est le livre qui m’est le plus personnel, et qui me ressemble le plus.
5/ "Les sous-Teckels" et "Les recettes de tante Dédé" semblent de l'extérieur former un tout, l'un étant un peu le pendant de l'autre... Qu'en penses-tu?
5/ Il s’est écoulé pas moins de 4 ans entre l’écriture des deux, même si ces deux ouvrages sont parus la même année. Le premier est plus adulte, plus construit, c’est un cri de révolte contre tous les types de processus de normalisation, dont mes proches et moi avons tant souffert. Je l’ai argumenté grâce à mes connaissances acquises par la lecture d’autres essais, et aussi par différents récits que j’ai entendus. Je voulais pousser mon lectorat à la réflexion.
Quant à « Tante Dédé » n’est qu’une simple amusette, un petit livre d’humour noir que j’ai écrit dans le seul but de faire rire.
6/ Souvent dans une œuvre romanesque, l'auteur aime placer beaucoup de lui-même, le physique, le tempérament, des faits de vie, dans l'un de ses personnages, de préférence en une personne qui ne tient pas un rôle secondaire. Te sentirais-tu capable d'écrire un roman dans lequel il n'y aurait rien, pas un élément de ta personne?
6/ Malheureusement non. Je ne suis pas capable de narrer quelque chose que je n’ai pas ressenti au plus profond de moi-même.
7/ Il semblerait que ton dernier ouvrage "Le Spectateur" laisse prévoir, en fonction de la fin - je l'ai lu en entier -, une possibilité de suite mais je n'en suis pas certain... Tu envisages de reprendre le personnage d’Alexandra...ou pas?
7/ Alexandra risque de me survivre ! Mais je n’en dis pas plus ! (rires)
8/ As-tu des retours positifs concernant tes ouvrages? De bonnes critiques en tant qu'auteure?
8/ Mon Dieu, les louanges pleuvent sur « Le Spectateur » ! Mes autres livres plaisent à une majorité, sans faire une totale unanimité, sauf « les Fractales de l’Ame » qui n’a jamais rencontré son public. « Battue ! » connait aussi un joli petit succès. Mais les compliments, parfois énormes, que je reçois sur « Le Spectateur » me surprennent. Je ne m’attendais pas à cela, surtout que pour des raisons personnelles, j’ai accouché de ce livre dans une extrême douleur, dont je ne suis pas encore remise. Et je n’ai jamais été sûre de la qualité de ce livre car je l’ai écrit de nuit, en décembre 2014, une époque où les insomnies me pourrissaient la vie. J’ai écrit tous les autres, même « Battue ! », dans plus de joie et de sérénité. Quant aux « Sous-Teckels », j’y ai été un peu fort, j’ai vraiment trop « secoué » le cocotier, mais ma motivation était due à une révolte latente qui durait depuis des années. Je crois que c’est à cause de ce que j’appelle « l’effet-choc » que la presse en a si peu parlé.
9/ N'envisagerais-tu pas la création d'un site web en tant qu'auteure, tes écrits étant devenus conséquents? Ta production augmente.
9/ Pas vraiment. J’ai une page « auteure » sur mes différents sites, pas mal d’informations circulent partout sur le net. Pour l’instant, tout cela est grandement suffisant.
10/ Te considères-tu comme une auteure heureuse ?
10/ Tout dépend de quel livre, de ce que je ressens personnellement pour chacun d’entre eux.
« Le Mâle Moderne », « La Femme Moderne, « Tante Dédé » sont l’expression de mon sarcasme dans la joie, « Battue ! » est mon cri de victoire, « Ideat » et « Les Fractales de l’Ame’ sont l’expression allégorique de certains de mes tourments, « Les Sous-Teckels » sont le produit de ma déception sur l’aspect grégaire de notre société et « Le Spectateur » est mon cri d’amour, celui qui rompt la gorge et brise le cœur. L’auteure est plus ou moins heureuse, mais l’être humain, pas trop….
"J'ai pleuré sans fin pendant plusieurs jours. Puis j'ai passé deux semaines au lit, principalement à dormir. Je tentais de lire ou d'écrire un peu mais je me fatiguais ou m'énervais au bout d'un quart d'heure et je me remettais à cogiter les yeux mi-clos jusqu'à ce que le sommeil m'emporte à nouveau. (...) Si mes absences duraient plus de quatre ou cinq jours, je ne recevais plus aucun coup de fil, plus le moindre mail. En fait je pense que je suis la femme la plus solitaire d'Europe, que je n'existe qu'à travers ce que je fais et non par l'être humain que je suis..." Bon sang mais comment la brillante mais non moins mystérieuse et ambiguë reporter Alexandra Mars en est-elle arrivée là? A exprimer de telles pensées sur sa propre personne? Face à Axel Ramaz son psychiatre, est-elle elle-même ou joue-t-elle un jeu ou un rôle qui pourrait à la longue se révéler nocif, voire dangereux? Et cette prise d'otages qu'elle a subie, qui s'est soldée par six morts, pourquoi semble-t-elle n'avoir eu que peu d'impact sur la jeune femme globe-trotter?
Oeuvre d'une riche densité psychologique, à l'excellente facture tant sur le fond que sur la forme, "Le Spectateur", huitième publication de Virginie Vanos, est le premier roman de fiction d'une auteure de fascicules d'expo, d'ouvrages d'humour, d'une oeuvre autobiographique et d'un essai sociologique, également modèle, photographe reporter et vidéaste, en toute objectivité un coup de maître sur le plan du style et de la narration notamment, Virginie Vanos nous offrant un bien singulier face à face entre deux êtres présentant chacun des fragilités et sensibilités qui devraient en théorie les rapprocher...
Ecrit à la première personne du singulier, "Le Spectateur" nous plonge au coeur des pensées d'Axel, jeune homme un peu snob mais foncièrement solitaire qui ne peut s'empêcher de se questionner sur les motivations profondes de la belle Alexandra. Et comment pourrait-il rester de marbre face à une telle femme? Entouré de trois bons amis, Terence, Orhan et Marek, Axel découvre bientôt la désapprobation du premier, l'inquiétude du deuxième et la compassion du dernier face à l'évolution de sa relation - mais peut-on réellement parler de relation? - avec sa patiente devenue au fil du temps cruelle et fatale obsession, non moins complexe. Le calme, sage et assuré Orhan, l'aîné du groupe, parviendra-t-il à le ramener à la raison?
Virginie Vanos semble avoir jeté toute sa vitalité d'auteure dans son oeuvre, c'est à se demander si son héroïne ne lui ressemble pas telle une soeur jumelle mais sans, espérons-le, un certain degré d'autodestruction qui semble habiter son personnage car nous aimerions tous la revoir bien vite en écriture tant son style fluide et délié accroche, narration et dialogues se côtoyant pour le meilleur, même à merveille, des traits d'humour à la Vanos surgissant par-ci par-là, typiques de l'auteure. Songeons aux noms des personnages de la scène au château de Saint-Eustache, une sorte d'aboutissement pour Axel prenant la forme d'une pénible prise de conscience.
La vie nous mène-t-elle toujours en bateau? Nos sentiments peuvent-ils à l'occasion nous perdre? Nos pensées n'existent-elles que pour nous conduire vers d'intolérables souffrances?
Mais passons pour en revenir à l'énigmatique Alexandra à qui Axel a demandé en quoi il pourrait l'aider, à la réponse qu'elle lui a lancée: "Le docteur Orhan Köse ne jure que par vous. Il me soigne depuis un accident stupide survenu il y a quelques années, qui m'a pourtant laissé des séquelles permanentes et assez douloureuses. Je sais qu'on ne va pas chez un thérapeute comme on commande une pizza mais je souhaite tout d'abord calmer ses horribles périodes d'angoisse et d'abattement..." Mais, au bout du compte, la belle n'est-elle pas là pour découvrir qui elle est réellement en dehors de ses écrits et de ses photos? Ne chercherait-elle pas à virer ses pensées nihilistes en trouvant le véritable sens de son existence? Alexandra, une âme en peine qui aimerait qu'on l'apprécie, la cajole, que l'on caresse son coeur, son âme, son esprit? Qu'on adhère à sa cause? Et si c'était en fait un souhait de l'auteure pour elle-même au travers de son personnage? Sans doute plus qu'un début de réponse dans "Le Spectateur", une fiction peut-être pas si fiction qu'on ne le penserait au départ... A vous de voir et de tomber en amour...ou pas, chers lecteurs et lectrices!
Cinquième promenade- A Morey
C’est l’été, ils sont beaux dans leurs légers vêtements.
Elle porte un corsage très ample, blanc avec des dessins
son décolleté en pointe laisse voir la naissance de ses seins
disons le sans honte, c’est un paysage des plus charment.
Et lui, il porte une chemisette très fine, bleue.
Haï ! Le profil, rentre ton ventre mon vieux
Mais non que diantre, l’on est comme l’on est,
c’est le privilège des ans et s’est mignonnet.
Ils sont à Morey dans la cour de l’ancien monastère.
L’Architecture doit être du 17ème, c’est austère.
La pauvre elle doit en avoir assez des monuments.
Le propriétaire les a rejoint l’air bon enfant.
Il leur explique qu’a l’époque des religieuses
Une partie des locaux servait d’école aux petits
Nous les imaginons jouant la mine radieuse.
La cloche sonne la récréation est finie.
Ils se mettent en rang en continuant de jouer.
Que se passe-t-il dans leur tête, qu’est-ce qui germe ?
Leur futur se prépare, pour quoi seront-ils doués ?
Voilà les derniers sont rentrés, la porte se ferme.
Le matin lorsqu’ils rentrent dans la classe
la maîtresse a déjà écrit sur le tableau
un texte moralisateur bien comme il faut,
sacré non, il faut éduquer la populace.
Nos bons petits doivent être studieux
ne pas pécher et craindre la justice de Dieu.
C’est important de leur donner une bonne éducation,
Se seront des agneaux sans trop d’imagination.
Ah, les instituteurs, ces curés de Jaurès
Il faut lutter contre les idées qu’ils professent.
Se sont des diables, des mécréants,
Il ne faut pas leur confier nos enfants.
Dès l’adolescence ils apprennent à revendiquer
Beaucoup à quinze ans ne savent pas compter,
Lire et écrire n’en parlons pas, c’est de l’abstrait,
Ça ne concerne pas le fils du notaire, il est parfait.
Vient, sortons de ce lieu quasi abandonné
Allez salut, au revoir, nous devons rentrer
La restauration entreprise par ces braves gens
durera très longtemps, ils sont vraiment méritant
Document réalisé par Actu-TV à l'initiative d'Arts et Lettres
Quoique vous pensiez de lui ou lui de vous, il méritait d’être connu et vous n’avez probablement pas suffisamment abusé de lui ou lui, de vous !
Alain Baudry
Loin de moi l’idée d’une mort prochaine mais comme disait Victor Hugo « Déjà dans l’ombre du berceau, on aperçoit celle du tombeau ! » Alors, merci à ceux qui ont abusé de moi et merci de m’avait laissé abuser de vous !
De l'instant en faire un festin ;
un jeu sérieux,
dans une flaque d'eau claire,
chaussée de bottes vertes,
sauter à pieds joints,
éclabousser sa tenue du dimanche,
en rire, puis s'en aller,
chanter sur l'allée longue et blanche.
De l'instant en faire un festin ;
un jeu sérieux,
sur le rebord de la baignoire,
faire glisser une savonnette rose,
toute parfumée de la peau d'une mère,
puis faire des bulles irisées,
à la clarté de l'aube mêlées,
en rire, puis s'en aller,
s'élancer, courir sur le sentier
de l'école buissonnière.
De l'instant en faire un festin ;
un jeu sérieux,
sous un arbre multicolore et bavard,
s'étendre un peu, les yeux mi-clos,
s'étourdir de sa verve,
volubile et limpide,
s'extasier de son chant,
puis d'un pas lent, dans l'entre-deux,
toute attendrie, rejoindre son amoureux,
lui offrir ses notes acidulées, arborescentes ;
c'est la langue "du bonheur à deux à l'heure" ;
l'instant qui nous apprend ;
l'école sans mur, ni fenêtre ;
le Monde.
NINA
"Les suppliantes" est une tragédie d'Euripide (484 ? - 406 avant JC.), inspirée par les événements de 424 et composée, vraisemblablement, entre 424 et 421. L'auteur met en scène les faits qui suivirent la guerre légendaire des "Sept contre Thèbes" menée par Adastre, roi d'Argos: les Thébains ayant refusé de rendre les corps des guerriers dans la bataille, Thésée, roi d'Athènes, vint en aide à Adastre et, par la force, contraignit les adversaires à ce devoir religieux. Nous voyons là, de façon évidente, une allusion aux Thébains qui, en 424, refusèrent de conclure une trêve avec les Athéniens qui voulaient recueillir leurs morts et leur rendre les honneurs funèbres après la malheureuse bataille de Délion. Les "Suppliantes", qui ont donné leur nom à la tragédie, ce sont les mères des guerriers morts: conduites par Adastre et suivies d'une troupe d'orphelins, elles arrivent à Eleusis (où se passe l'action) pour implorer l'appui d'Athènes. Ces mères douloureuses sont prosternées devant le temple de Déméter, le front du bandeau des supplications, tressé de rameaux d'olivier. Aethra, mère de Thésée, sort du temple et, touchée par ces lamentations, mande son fils. Il paraît et Adastre lui fait le récit de sa déroute et de la conduite impie des vainqueurs. Mais le roi refuse son aide, estimant que les Argiens ont mis les torts de leur côté en déclarant la guerre aux Thébains, en dépit des nombreux présages et oracles par lesquels les Dieux s'étaient manifestés: que le peuple d'Argos expie à cette heure sa présomption et ne vienne pas demander à autrui d'affronter pour lui les horreurs du combat. Mais les mères argiennes ne cessent d'implorer Thésée de façon si émouvante qu'Aethra intervient à nouveau en leur faveur pour rappeler à son fils que les Grecs ont une grande loi commune: le respect des morts. La défense de cette loi sera, pour Athènes, un honneur éternel. Thésée (figure très conventionnelle de la sagesse et de la vertu) cède enfin aux prières et aux arguments de sa mère et se prépare à envoyer à Thèbes des messagers qui devront ramener les morts. Si les Thébains refusent de les rendre, il demandera à son peuple de prendre les armes, et son peuple y consentira. Thésée, en effet, n'est pas un tyran (cette expression constitue en quelque sorte, de la part d'Euripide, un anachronisme dont la signification est proprement patriotique): roi, il conduit son peuple, tout en le laissant libre, et le peuple lui est fidèle. Le choeur entonne alors un hymne de louanges et de grâces en l'honneur d'Athènes. Mais voici venir un messager thébain qui demande à Thésée de chasser les "suppliantes" hors de ses terres et le prévient que son maître se refuse à céder les corps de ses ennemis; ni les supplications, ni les menaces ne le feront fléchir.
Il importe ici, de relever un détail: avant que le messager n'expose à Thésée l'objet de sa mission, un curieux débat s'engage entre eux, débat où il n'est question que des mérites et des défauts de la démocratie et de la tyrannie. Ce passage, tout à fait éloigné du sujet et sans intérêt au point de vue dramatique, a sans doute deux raisons d'être: d'abord, il permet au poète d'exposer des idées qui lui sont chères; en outre, il lui fournit l'occasion d'étoffer et d'animer d'avantage une intrigue assez mince. Thésée répond au messager qu'à une telle vilenie la force seule peut être opposée et qu'il saura contraindre Thèbes à obéir aux lois humaines et divines. Rompant avec l'unité de temps, suit, après le départ du héraut, un intermède chanté par le choeur: la guerre a pris fin, sans qu'on sache encore l'issue du combat; et les femmes, après avoir exprimé leurs doutes et leurs angoisses, se laissent gagner par la confiance, espérant bien que le bon droit a triomphé. Un messager arrive, apportant la nouvelle de la victoire: la bataille a été livrée sous les murs de Thèbes et gagnée. Le messager entreprend alors de faire une minutieuse description de la bataille: il rapporte que Thésée, armé d'une massue, a fait des prodiges et, vainqueur, a eu la sagesse de ne pas abuser de son succès; il s'est contenté de se faire livrer les dépouilles des morts puis, après avoir enseveli les simples soldats et avoir rendu à tous, de ses propres mains, les honneurs funèbres qui leur étaient dus, il a décidé de ramener à Athènes les restes des chefs. La voix du choeur s'élève de nouveau, mêlée d'accents de joie et de douleur: joie à cause de la victoire, douleur à la vue des corps des héros. Car voici Thésée qui s'avance en tête d'un long cortège funèbre portant sept cercueils. Deux sont vides: le corps de Polynice est demeuré à Thèbes, celui d'Amphiaraos a été englouti dans un abîme. Thésée demande alors au roi d'Argos de lui parler de chacun des héros qu'il ramène. Adraste entame donc un long et brillant discours en l'honneur des cinq héros dont les corps sont présents: Capanée, Etéocle, Hippomédon, Parthénopée et Tydée. A la suite de quoi, Thésée annonce son intention de dresser deux bûchers distincts: l'un pour le seul Capanée, -devenu sacré, car il a été foudroyé par Zeus, -que l'on élèvera sur les lieux mêmes devant le temple de Déméter, et le second bûcher, un peu à l'écart, pour les quatre autres. Tandis que les serviteurs préparent le bûcher de Capanée et que le choeur reprend son chant de deuil, survient Evadné, la femme de Capanée: elle a revêtu des habits de fête, ses vêtements nuptiaux car elle vient célébrer une nouvelle union, ses noces avec la mort. Et, sans plus attendre, elle se précipite du haut du tertre sur le bûcher de son époux. Cet ultime geste d' amour s'accomplit sous les yeux du père d'Evadné, le vieil Iphis. Paraît un nouveau cortège: celui des enfants des héros, accompagnés d'Adraste et de Thésée portant les urnes renfermant les cendres de leurs pères. Tandis que les enfants invoquent leurs pères pour qu'ils les assistent dans leur vengeance, Thésée leur souhaite affectueusement de réaliser un jour leur dessein et, chaudement remercié par Adraste, se prépare à rejoindre sa cité. A ce moment, Athéna apparaît au-dessus du temple et commande à Thésée d'ensevelir en Attique les cendres des valeureux Argiens, afin que leurs tombes soient le gage d'une éternelle alliance entre Athènes et Argos. Thésée promet d'accomplir les ordres de la déesse...
Les éléments patriotiques et historiques, les longs débats sur des thèmes moraux et politiques, ont toujours tenu un rôle important dans le théâtre d'Euripide; mais jamais, ils n'ont eu une part aussi importante que dans cette pièce qui paraît n'avoir été écrite que pour les exprimer. En fait, on devine aisément ce qui justifie leur présence: l'action de sa tragédie étant si faible qu'elle ne pouvait se suffire à elle-même, le poète s'est proposé de l'étayer et de l'animer, non en créant des personnages mais en recourant d'une part à un lyrisme débordant, souvent fort beau comme dans les chants funèbres, et, d'autre part, en insérant de longs discours de circonstances. Un seul épisode suffit à montrer la puissance géniale de son art: celui qu'il a consacré à Evadné. N'oublions pas, en outre, que cette tragédie devait produire un grand effet à la scène par la présence continue des femmes en pleurs, -qui ne sont pas de simples témoins, mais participent constamment au drame, -et le défilé des cortèges funèbres, le tout renforcé par la musique qui accompagnait les longues complaintes.
Propos
Existe-t-il un équilibre,
Dû à de rigoureuses lois,
Tandis que le Sort semble libre
D'imposer à chacun sa croix?
Les unes paraissent légères,
D'autres d'un misérable poids.
Mais d'un jour à l'autre diffèrent
Bien des éléments à la fois.
Des forces rageuses, fréquentes,
Agissent effroyablement.
La vie qui s'écoulait brillante,
Devient l'horreur subitement.
Ailleurs, des êtres épargnés,
Qui n'avaient jamais eu de chance,
Ni le moindre cadeau gagné,
Vivent en paix dans le silence.
20 juin 2015
Songerie
Ma muse, demeurée candide,
Flâne souvent à mes côtés,
Peut rendre un instant, insipide,
Profitable pour méditer.
Aux jours pénibles de ma vie,
Pour me sauver de la tristesse,
Elle m'offrait des mélodies,
Toutes empreintes de tendresse.
Je chantais, alors, à tue-tête,
N'importe où, l'esprit apaisé.
Oublieuse de ma défaite
Et des soucis qui m'épuisaient.
Ne sais comment me fut possible,
De perdre ce plaisir troublant,
Porteur d'une grâce indicible.
Je ne chante plus en marchant.
20 juin 2015
Je vous attendrai entre l'aube et le matin,
dans ce laps de temps indéfini et pâle,
à l'instar de l'état de mon cœur à votre égard,
à la fois indécis et certain,
je serai assise sur un banc métallique,
sur un quai extérieur de gare,
je serai vêtue tout en noir,
le regard dans le vague, hagard,
je porterai des lunettes de soleil,
sans soleil, tant je serai triste, mélancolique,
ma chevelure rousse toute tressée,
tenue par un élastique ;
mes mots pour vous seront sans musique,
ce sera un adieu, blanc, vertigineux, irréversible ;
deux tristesses exacerbées, enlacées !
Oui, je vous attendrai entre l'aube et le matin,
mes lèvres défardées,
veuves des vôtres.
NINA
Le travail est incontournable.
Chaque enfant l'a vite compris.
Les paresseux semblent minables.
Ils se méritent le mépris
.
Heureux sont ceux dont les efforts
Ont des effets réjouissants.
Les autres, bien souvent à tort,
S'estiment inintéressants.
Durant sa vie, chaque personne
Se sent privée de liberté.
À des tâches ingrates s'adonne,
Ne pouvant pas les éviter.
Pour ma part, j'ai longtemps trimé,
Ne manquant jamais de courage.
Pour me délasser, je rimais,
Captant des grâces de passage.
J'aimais penser à un rivage,
Éblouissant, au sable chaud,
Où un jour, je ferai naufrage,
N'y attendant pas de bateau.
Désir de mon âme exposé
À la bienveillance du Sort.
Chance inouïe, fus déposée
Sur une terre, île aux trésors.
19 juin 2015
"Les nuées" est une célèbre comédie d'Aristophane (environ 450-385) avant JC.) représentée aux Grandes Dionysies d'Athènes en 423, et remaniée ensuite, parce qu'elle n'obtint que la troisième place lors de ce concours. Une des raisons de sa célébrité réside dans le fait que l'un de ses personnages est Socrate. Toutefois, si ce dernier y apparaît sous son nom et sous son véritable masque, il est loin de répondre par ailleurs au portrait moral que nous a fait de lui la tradition philosophique. Aristophane entendait s'en prendre à l'esprit sophistique qui triomphait à Athènes lors de la guerre du Péloponèse et, sans se préoccuper des divergences qui opposaient en réalité Socrate aux Sophistes, il choisit le représentant le plus connu de cette culture, en réunissant dans le portrait qu'il brossa de Socrate, les caractéristiques souvent hétérogènes de tous ceux qui substituaient au bon sens traditionnel les finesses de la dialectique et de la rhétorique.
Si Socrate est suspendu dans une corbeille au "Pensoir", c'est pour contempler de plus près les choses célestes, tandis que ses disciples, groupés à ses côtés, considèrent ce qui se passe sous terre. Pour des cerveaux si subtils, les divinités mythologiques n'existaient plus; les seules divinités reconnues par eux sont les nuées, symboles de leurs extravagantes et inconsistantes spéculations philosophiques. Ces nuées qui forment le coeur, sont personnifiées par des femmes au long nez, recouvertes de voiles couleur cendre. De bon matin, se présente au "Pensoir" socratique, un pauvre diable nommé Strepsiade. Il a perdu le sommeil et pour cause: son fils Philippide l'ayant couvert de dettes pour assouvir son goût du luxe et des chevaux de race, Strepsiade a entendu dire qu'à l'école de Socrate on apprenait à soutenir, par le raisonnement, les propositions les plus absurdes et à avoir gain de cause: avec la ruse de l'homme du peuple, il en a conclu que c'est là le côté intéressant de la philosophie. Il recherche donc les enseignements du maître, dans l'espoir d'en apprendre l'art de ne pas payer ses dettes. Mais, vieux et étourdi comme il est, il n'y comprend rien, et il abandonne l'enseignement après avoir, toutefois, convaincu son fils de prendre sa place auprès de Socrate. Ayant terminé son bref apprentissage, Philippide sort de l'école de Socrate transformé en Sophiste. Son père s'en réjouit et, vivant désormais dans la certitude de la science de son fils, lui donnera gain de cause dans n'importe quel procès, il chasse à coups de bâton les créanciers qui viennent réclamer leur dû. Comme le fait remarquer le coeur, Strepsiade prend goût à l'art de la tromperie. Mais, peu après, il sera à son tour poursuivi à coups de bâton par Philippide, et devra, de surcroît, écouter le jeune homme lui démontrer, selon les règles de la logique, qu'il est conforme à la nature et à la justice que les fils rossent leurs parents. C'est alors seulement que les yeux de Strepsiade se décillent. Après avoir demandé pardon aux dieux, il court vers la maison de Socrate afin d'y mettre le feu.
Au centre de la comédie, se place un long débat entre deux personnages symbolisant le "Raisonnement Fort" et le 'Raisonnement Faible". Les opinions traditionalistes, dans lesquelles avait été élevées la génération des vainqueurs de Marathon et auxquels allait la prédilection du conservateur Aristophane, sont mises en opposition avec les idées, plus modernes, du rationalisme sceptique et opportuniste; il en résulte une terrible dispute que l'auteur a pris soin d'agrémenter d'éléments comiques; mais le sérieux des arguments échangés ne peut tromper le spectateur. Que l'on se garde bien de demander au poète d'être impartial, ou d'essayer de comprendre les raisons qui ont fait apparaître les nouvelles tendances. Interprète d'une réaction morale, répandue jusque dans les couches populaires, il combat l'application pratique de la spéculation philosophique, telle qu'elle se manifestait dans l'éducation des jeunes gens. Ce faisant, il s'élevait contre le bouleversement des valeurs traditionnelles et s'opposait à cet individualisme effréné et à cette course vers le plaisir et vers la richesse qui menaçaient d'envahir son époque. Pour arriver à ce but, Aristophane se sert sans vergogne des armes dont il dispose, et invente, avec une géniale fantaisie, des situations et des caractères singuliers, sans autrement s'inquiéter de savoir où tombent ses flèches.
Cette sixième pièce publiée de l’auteur de « OFF » et de « Sous le pont », classique s’il en est à l’approche de la Fête des Amoureux, retourne la situation stéréotypée comme un gant. La cruauté, le délire, les atours, les réflexes sexy sont au cœur et au corps de ce « seule en scène » où les objets, l’absence-présence de l’autre protagoniste, amoureux convoqué, étonnent et densifient l’atmosphère glauque jusqu’à la poisse finale et le coup de massue d’un théâtre amer et aigre comme le vin tiré – malheureusement éventé. (Gaëtan Faucer : « Notre saint Valentin », Brumerge, 2914, 40p., 9€
Dans sa vie, dans ses pensées...
Moitié pleurs, moitiés sourires
Flirter avec les années
Immuable ou en délire...
Tourner en rond...
Etre fort et vulnérable...
Chercher les chemins perdus
De l'amour incontournable
Et buter sur son vécu!
Tourner en rond...
Du départ à l'arrivée...
Le temps trop court devant nous
De l'aurore à la soirée
L'espace d'un rêve un peu fou!
Tourner en rond...
Comme un chien se mord la queue
Jour après jour englué
L'homme cherche à être heureux
Et demain va l'emporter !
Tourner en rond...
Face à l'infini du possible
Décontenancé, anxieux...
Confronté à l'invisible
Rendre l'instant précieux!
Ouvrir le rond...
J.G.
Il suffit d'un pas de côté , d'une rupture dans le processus de la vie
Il suffit d'imaginer
Il suffit de penser autrement pour explorer les possibles et sortir des chemins balisés
Cultive ta différence disait le poète
AA
Mon passé me colle à la peau,
Ma mémoire sans cesse l'éveille.
Un pays cher, que borde l'eau,
M'offre sa lumière vermeille.
J'y ai vécu dans l'allégresse.
En moi, demeurent des instants
D'une incomparable tendresse.
Ô cette année de mes vingt ans!
L'ami, croyant m'aimer vraiment,
Que j'aurais épousé, peut-être,
Dut s'éloigner soudainement.
Le sort agit dans le mystère.
En éprouvant de la souffrance,
Je ne pouvais pas soupçonner
Que ce qui la rendait intense
Était l'état d'abandonnée.
Me sentant restée amoureuse,
Je n'arrêtais pas d'espérer.
Je fus très longtemps langoureuse.
La chance vint me délivrer.
Le progrès, un jour, me permit
De défier la providence.
Lors, j'ai retrouvé mes amis,
Au grand Paris et en Provence.
18 juin 2015
Si vous voulez visionner un petit film vidéos, d'une douzaine de minutes, concernant un portrait de fillette
Une petite fille fleurie,
assise sur un muret solaire,
toute pensive, porte au bout de
chacun de ses petits doigts clairs,
un oiseau magnifique, unique
si étranger à la terre,
dont le plumage fait penser
à l'arborescence bleue,
insulaire et joyeuse.
Ses mains sont musiciennes,
même lorsqu'elles sont immobiles,
puisqu'elles chantent bleu
tout le temps, et font venir la mer
jusqu'à Paris !
Une petite fille fleurie,
assise sur un muret solaire,
toute légère, un peu amère,
contemple ses petites mains,
s'en étonne, sourit à l'infini,
ouvre la bouche en grand,
puis souffle, souffle,
pour que volent un à un,
les oiseaux jusqu'à sa mère
tout là-haut, vêtue de transparence ;
puis de sa bouche ahurie,
en sort un soleil bien à elle, monumental,
elle pourtant si petite,
qu'elle lance comme une balle ;
mots de tendresse et d'amour,
tout ronds, tout chauds,
pour sa mère tout là-haut !
NINA
L' Apologie de Socrate est un ouvrage de Platon (vers 428-347 av. JC.), où l'auteur feint de reproduire le discours prononcé par Socrate, devant le tribunal, pour se défendre de l'accusation présentée par Mélètos et soutenue par Lycon et Anytos. Socrate a été accusé de ne pas reconnaître les dieux de sa patrie et de corrompre la jeunesse, mais il sait que, par delà cette accusation, c'est son attitude inébranlable, jusque devant les puissants, qu'on lui reproche secrètement. Il n'enseigne pas pour de l' argent, car il mesure parfaitement combien est vaine la sagesse que les hommes croient posséder: lui ne sait rien et l'admet, et c'est en cela que consiste sa vertu. Mais les hommes n'aiment pas qu'on les traite de vaniteux quand ils se croient savants; c'est pourquoi ils se sont dressés contre lui et se vengent en l'accusant des plus étranges forfaits. Quant à corrompre les jeunes gens, Mélètos penserait-il sincèrement que lui, Socrate, est le seul à les entraîner hors du droit chemin alors que tous les autres coopéraient à les améliorer? Vraiment Mélètos nous donne la preuve qu'il ne s'est jamais occupé de l' éducation de la jeunesse et son accusation n'est que malveillance. D'ailleurs, a-t-on jamais entendu dire que les parents des jeunes gens aient protesté au contraire ils écoutent, émus. On a accusé Socrate de ne pas croire aux Dieux; les accusateurs admettent bien cependant qu'il croit aux démons: ainsi se contredisent-ils eux-mêmes. Par ailleurs, les Athéniens penseraient-ils que la mort soit un grand mal? N'est-ce pas au contraire, un grand bien qui sait avoir accompli son devoir: quand à lui, Socrate sait qu'un Dieu l'a envoyé à Athènes pour réveiller le peuple de sa torpeur et l'inciter au bien en le fustigeant. Comment pourrait-il ne pas obéir à la voix impérieuse de sa conscience? S'il ne s'est pas adonné à la politique, c'est parce qu'un homme honnête s'y perd. Mais Socrate n'a pas, même maintenant, l'intention d'implorer qui que ce soit; le pire mal d'être condamné innocent, il le souffrira.
La culpabilité de Socrate ayant été votée par les juges, il ironise encore avec une clame sérénité: quelle peine demanderait-il pour lui? Selon la justice, il devrait réclamer une récompense. Définitivement condamné à mort, Socrate prononce de sévères paroles, ses dernières. L'injuste condamnation retombera sur les Athéniens eux-mêmes, les couvrant d' infâmie; car ce n'est pas faute d'arguments s'il a succombé devant ses juges, mais pour avoir dédaigné de s' humilier. L'instant fatal approche, mais la mort n'est pas un mal: ou elle est un sommeil sans rêves, ou elle est une émigration vers une demeure plus heureuse. L'important, c'est d'avoir l' âme plus heureuse. L'important, c'est d'avoir l' âme pure, "puisqu'il n'a rien à craindre de ceux qui sont mauvais". Et sereinement, Socrate s'achemine vers la mort.
Ce sobre discours illumine la personnalité morale de Socrate, en révélant tous les thèmes de sa doctrine, qui trouveront un développement plus large et plus détaillé dans les dialogues suivants de Platon: l' idéal de justice, par lequel le mal retombe sur le coupable; le détachement de la vie qui fait que le sage ne se préoccupe pas des prétendus biens humains, absorbé qu'il est dans la vision du bien suprême; l' humilité du vrai savant qui reconnaît sa propre ignorance et démasque l' orgueil humain; le principe de la souveraineté de la conscience et le pouvoir de se retirer en soi-même, pour affirmer sa propre liberté face aux lois communes. Tout ceci est réuni dans cette "Apologie", avec cette ironie supérieure qui révèle la sérénité de l' âme juste, sûre de la vérité, sûre de sa propre foi.