Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

amour (214)

Temps de vie

Le temps merveilleux amant
d’une jeunesse apprentie,
ne réserve ses tourments
qu’à tous ses anciens printemps.

A chair tendre, peau rosée
le prince d’éternité
accordera la beauté
au paradis dérobée…

Sera doux et languissant
aux baisers adolescents,
découvrant l’étreinte floue
de deux corps devenus fous.

A midi de notre vie,
le temps merveilleux amant,
soudain n’est plus notre ami,
nous faisant don d’un grand vent.

« Laissons rêves et envies,
pensons aux jours à venir.
Demain nous serons flétries,
l’Automne fait réfléchir ».

Le froid de l’hiver est là
sans bruit frôlant notre peau,
de la vie sonnant le glas,
alors il nous tourne le dos.

Douce nuit d’éternité,
le temps n’est plus le maître
de nos vies, de nos années.

Il nous fera renaître.

Lunessences

16/11/2006

 

 

12272720854?profile=original

 

Lire la suite...

Tous les "hiers"…

Chercher des mots derrière les mots pour faire vibrer toute la dérive. Une chance de voir tous les sens… ceux qui chantent encore le chant d’une vie… d’une simple victoire… d’un grand retard celui qui accable tous les espoirs…

 

Oh ! Les mots ces êtres si fragiles, mais qui ont la force de tous les lions, de toutes les tornades, et de toutes les mers…le "de-vaguement" est toujours une guerre…tandis que le repli faits penser aux dégâts… de tous les airs et de tous les "hiers"…

 

Les matins sombres changent de visage pour rendre l’amour à son vrai âge…celui des petites fleurs…celui des grandes douleurs…une fois de plus pour garder figée toute une vie et tout un rêve…

 

Que faut-il dire encore pour que les choses entrent dans l’ordre..?! Un ordre qui jaillit de ces profondeurs, là où l’instant perd son équilibre, là où les mots quittent leurs nids, et là où l’oubli fait naître  tout un espoir…

 

Ah ! L’espoir ce grand mystère..! Seul avec ses pas change les couleurs… du sombre au vrai clair, et du froid à la vraie chaleur… !

 

L’être cherche refuge dans tous les mots… et dans tous les lieux… pour donner l’envie à toute une vie… à toutes les choses… celles qui gardent encore la vraie couleur… la vraie valeur..!

 

Ah ! Les mots… qui cherchent refuge, derrière les flaires… et derrière les reflets… des miroirs des yeux…et même ceux de toutes les âmes..!

 

A. Sbibi  

Le 05-02-2011

Lire la suite...

Suite aléatoire des premiers billets

L’Amour, celui qui fait battre votre cœur dans votre tête avec un bruit de grosse caisse de fanfare, celui qui fait vibrer votre corps de la tête aux pieds, celui qui vous fait craindre et vous effrayer de mille choses lorsque vous allez d’un pas rapide au rendez-vous qu’il vous a donné, celui pour lequel vous vous apprêtez avec grand soin dans les moindres détails, l’Amour qui vous fait frissonner lorsqu’il vous touche, celui qui tord vos tripes quand il vous manque, qui vous rend douloureuse mais dans un cri de bonheur, celui-là est l’Amour sans partage, brut fort, sans concession, entier.Celui-là vous fait vivre et vous fait mourir, mais au moins vous savez que vous existez pour, avec, dans ou à travers l’autre, vous vous sentez vivant.Celui là arrive une fois dans votre vie, et vous pourriez mourir pour un « je t’aime » de cet amour là.Nous pouvons nous perdre dans cet amour, mais différemment que dans celui prôner par nos aïeux. Nous risquons d’y laisser notre individualité, si la personne aimée ne prend pas soin de nous protéger, de nous ramener à la raison, à la réalité, mais c’est tout. Alors que l’introduction de la tolérance et des concessions dans l’amour nous fait prendre le risque d’un engagement à vie avec une personne qui n’a rien en commun avec celle que l’on désirait aimer avant le mariage.Mais hélas ! Et j’en parlais au début de mon récit, ce « je t’aime » ne peut exister pour tout le monde, car nous ne sommes pas tous prêts à le vivre, il demande tellement de volonté et d’effort, mais surtout de remises en question par rapport à notre façon de vivre, nos principes nos scrupules même. Il demande de la confiance en nos propres choix. Et pourtant, tous nous en rêvons et en avons peur.Cet amour totalitaire nous fait ressentir une peur immense, viscérale de ne plus nous appartenir. S‘abandonner à l‘autre en toute conscience, en parfaite confiance, ressentir un tel amour ou l’inspirez, alors le « je t’aime » prononcé, égale en force et vérité celui d’une mère pour son enfant.Ce « je t’aime » là est l’idéal de l’amour. Je rappelle ici que tous ces propos sont uniquement personnels et le fruit de douloureuses introspections.Donc à mes yeux, et uniquement à mes yeux, aucun autre « je t’aime » n’a droit de citer, car j’ai connu l’Amour tel que je vous l’ai décrit, sans demi-mesure, j’ai sombré délicieusement dans la douce folie d’aimer de tout mon cœur, avec mon corps et mon âme ; Respirant chaque seconde du temps qui s’égrenait, dans l’espoir unique d’un regard posé, d’un sourire esquissé.Hélas ! Peureuse j’étais, le besoin utopique de sécurité un jour s’est réveillé, le doute a suivi amené avec un « mais », et l’humanité de ma personne, cette humanité qui se soucie du devenir, a ravivé et convoqué la raison.Les principes, les à priori, la prudence, la méfiance, cette cohue de réflexes humains, propres à la survie de tout être, a pourri la fusion de nos cœurs, et soudain…L’attachement, petit sentiment mesquin est apparu, laissant échapper un « je t’aime… mais… ».
Lire la suite...

L’amour et le sacrifice…

À un pays que j’aime vraiment : La Grande Belgique

 

Hermétique vraiment

cette grande douleur..!

Oh ! Cette soif qui étouffe

tous ces espoirs…

Et tout ce bavardage

dans ces passages oubliés..!

Comment faire revivre

toutes les consciences des âmes ?!

Comment rendre le vrai éclair

à sa vraie flamme ?!

Comment faire renaître le sourire

pour faire revivre

toutes les roses..?!

Et comment pousser le cœur

à respirer vraiment

tous les battements de la vie..?!

De la joie..?! Et de bonheur..?!

Une vie si noble..! Et si sincère..!

L’amour et le sacrifice…n’ont

aucune langue..!

L’amour et le sacrifice…n’ont

aucune couleur..!

 

A. Sbibi

Le 31 Janvier 2011

Lire la suite...

12272713867?profile=originalLes « Fragments » sont un essai de Roland Barthes (1915-1980), publié en 1977.

 

Déplorant l'"atroce réduction que le langage (et la science psychanalytique) impose à nos affects", l'auteur se propose de rendre au discours amoureux ses lettres de noblesse. Ce protocole d'écriture est organisé à partir de "figures": débats ou illustrations émaillés de citations et d'extraits de conversation avec des amis, ces figures sont celles éprouvées au cours d'une liaison. De la plénitude ("Adorable!", "Fête", "Je-t-aime") à l'accablement ("Catastrophe", "Langueur", "Suicide"), le lecteur est invité à parcourir tout le champ des sentiments amoureux.

 

Situées dans un temps indéterminé, tant il est vrai qu'au cours du drame de l'"énamoration" ("Drame") le monde extérieur semble irréel ("le Monde sidéré"), ces figures sont également énoncées dans un espace théâtral au sein duquel l'amoureux est toujours ramené à lui-même: "Ce que je lis dans ce malheur, c'est qu'il a lieu sans moi." Le rêve d'union totale avec l'autre n'est qu'une utopie ("Image, imitation: je fais le plus de choses possible comme l'autre", "Habit bleu et Gilet jaune"); l'amour, qui fait perdre le sens des proportions, s'éprouve essentiellement sur le mode souffrant ("Écorché") ou sadique: "Il n'y a aucune bienveillance dans l'écriture: je veux à tout prix te donner ce qui t'étouffe" ("Dédicace"). Cette accumulation de points de vue, qui s'attache à des gestes furtifs ("Une façon d'étendre les doigts en fumant", "le Corps de l'autre"), à des objets partiels ("La coupe d'un ongle, une dent un peu cassée en biseau", "Adorable") et réhabilite en même temps la valeur du code romantique ("Pleurer"), s'en remet finalement à un dur constat: "Vouloir écrire l'amour, c'est affronter le gâchis du langage" ("Inexprimable amour").

 

L'interrogation des « Fragments d'un discours amoureux » porte essentiellement sur la forme. La force du fragment selon Barthes est de se prêter à la fois à la "variation" et à l'"agencement". Antilinéaires, ces Fragments évitent, par leur forme simple et flexible, le diktat de l'unité et de la cohérence, et s'en remettent toujours au caractère des intermittences du coeur et des humeurs du désir. Le présent de l'indicatif se substitue au passé simple qui, lui, supposerait un monde achevé, stable et débarrassé de l'épaisseur complexe du réel. La substance de ces Fragments est toute romanesque en effet, et cette mise en écriture de figures amoureuses aurait pu faire le tissu d'un roman: les deux acteurs du "drame" - le sujet amoureux et l'"objet d'amour" - sont pris dans un discours à peine couvert par la référence littéraire (Werther, la Gradiva, Parsifal). Ce discours est toujours monologue: le "parler amoureux", fondé sur l'expression de la "loquèle" ("forme emphatique du parler amoureux", voir "Loquèle"), n'est jamais un dialogue véritable. Ce discours est bien plutôt l'histoire du sujet lui-même, toujours aux prises avec l'instabilité de ses jugements qui peut le conduire jusqu'à la folie, et irrémédiablement soumis au rythme capricieux des mutations de son écriture. De qui s'agit-il au travers de l'"amoureux"? Si toute "figure" de son discours est précédée d'une solide affirmation, d'un "argument" qui est instrument de distanciation - manière astucieuse de rappeler que le "je" qui écrit se tient toujours à distance respectueuse du "je" amoureux -, un savant brouillage chronologique et biographique décrit sa situation d'écriture comme celle d'un romancier. Cette ruse d'énonciation permet à l'auteur de ne jamais divulguer l'identité de cette énigmatique première personne du singulier. Ce livre du "moi" apparaît dès lors comme un espace de simulation. Le "je" n'est-il pas, comme le confie l'auteur, "l'organe suprême de la méconnaissance"? Car il s'agit avant tout, pour cet amoureux qui s'avance masqué, de déjouer tous les pièges de l'interprétation: "Je ne croirai plus à l'interprétation" devient son credo. L'amoureux n'est plus qu'un "empire de signes" ("Rien que des signes, une activité éperdue de paroles"), mais l'"objet d'amour" sort libéré de cette emprise du sens. Car c'est aux inflexions de la voix que l'amoureux s'intéresse désormais, marquant ainsi la nature proprement musicale et théâtrale de ce que Barthes nomme la "scène amoureuse".

Ces fragments lyriques d'inspiration plus grave (à la manière des stances du XVIe siècle) apparentent en effet le drame intime à un spectacle, la pratique intellectuelle n'en sera que mieux assimilée à une pratique érotique: "C'est comme si j'avais des mots en guise de doigts." L'écriture, dans cette perspective ludique, est célébrée comme une activité gratuite, dans la tradition de Gide ou de Montaigne. Ce refus du tragique entraîne le lecteur sur le terrain de la complicité: l'Adresse au lecteur autorise à considérer ces Fragments comme une structure d'accueil où chacun peut aller et venir, dont chacun peut disposer à son gré, selon le mode de lecture qui lui convient (attitude qui correspond très exactement à la définition que Barthes donne du "discours" ou discursus: "action de courir çà et là, allées et venues, démarches, intrigues"). Comme dans les dialogues de Platon, le penseur, l'écrivain, le lecteur, le professeur et l'amant se rejoignent ici en une sorte de livre idéal.

Lire la suite...

Les femmes qui aiment sont dangereuses

 

Les femmes qui aiment sont dangereuses

Aux Editions Flammarion

 

12272712666?profile=original

 

Par  Laure Adler, Elisa Lecosse

 

De la Vénus de Willendorf, image d'un idéal féminin tout-puissant, à la Mariée de Niki de Saint-Phalle, offrant le regard de la femme artiste sur sa propre destinée, la quête de l'éternel féminin jalonne l'histoire de l'art depuis les temps les plus anciens.

 

Cet ouvrage consacré au thème de l'amante fatale propose un choix de peintures, dessins et photographies du Moyen Age à l'époque contemporaine.

Figures mythiques et tutélaires, les héroïnes amoureuses, d'Eve à Rita Hayworth et de Bethsabée à Camille Claudel, se révèlent brutales ou tendres, ambitieuses parfois, mais toujours ensorceleuses : dangereuses pour les autres et pour elles-mêmes.

 

Parcourant cette galerie des amantes fatales, Laure Adler et Elisa Lécosse proposent un décryptage passionnant d'une histoire trop longtemps laissée aux seuls mains et regards des hommes. Explorant les archétypes, les codes de l'histoire de l'art et leur détournement au fil des époques, elles analysent le lent basculement des femmes vers l'autonomie amoureuse et la reconnaissance du corps et du désir.


 

Lire la suite...

Un Mince Rêve

Seul,

le cœur dans les bras

Sur une terre  faite

de grands désirs

Alors qu’un mince rêve

délire encore

car l’affection est pleine

de brûlures

Que peut faire vraiment

un simple navire

dans une soif

 pleine de sables

dans une infatigable

tragédie

celle qui balance encore

et dans son lointain détour

tous les sens…

Et tout l’amour..?!

Comment nourrir alors

tous les espoirs..?!

Comment rendre l’horizon

à sa vraie terre..?!

Pour qu’un jour

l’arc-en-ciel puisse remonter

 son magique reflet

Et pour que les saisons

libèrent enfin…

le printemps..!

Et quand l’aube  frôlera-t-elle vraiment

toute la nuit ?!

Et quand l’imagination prendra-t-elle

son envol ?!

Et quand les pas raconteront-ils

toute l’histoire ?!

Celle des femmes…

Et celle des hommes…

Et quand naîtra-t-il vraiment

 le vrai  jour ?!

Telle une  joie

pleine d’appétences..!

Tel un éveil

plein de sourires..!

 

Abdeslem Sbibi

le 22-12-2010

Lire la suite...

L'écume des jours

Il s’agit d’un roman Boris Vian publié en 1947. Dans un étrange pays s'ennuie un jeune homme répondant au nom charmant de Colin. Son coffre-fort contient la coquette somme de cent mille doublezons. Son cuisinier, Nicolas, n'a pas son pareil pour mettre au point, dans le secret de son laboratoire, des petits plats aussi succulents que déconcertants. Son "pianococktail" lui procure de vives satisfactions. (Ce subtil et irremplaçable instrument, qui débite à volonté des cocktails, non quand on introduit une pièce de monnaie dans la classique fente prévue à cet effet, mais quand on joue au piano un air de jazz, -lequel, remplissant la fonction d'un programme, permet à la machine de composer une boisson adaptée à la musique -unit avec un rare bonheur deux plaisirs également raffinés et particulièrement complémentaires).
Mais comment ce confort et cette liberté suffiraient-ils à faire le bonheur d'un homme de son âge? Quelle chance a eue son ami Chick de plaire à la jolie Alise! Combien lui paraît enviable le sort de ce garçon qui n'a pourtant ni doublezons ni cuisinier ni pianococktail et doit gagner son pain à la sueur de son front! Il veut aimer, lui aussi, être aimé. Cette pensée le tourmente sans répit. Quand on est à ce stade, l'occasion,
généralement, ne tarde pas à se présenter. Il rencontre Chloé. Timidité, aveu, fiançailles. Depuis que "toutes les rues mènent à Chloé", la ville et la vie lui paraissent merveilleusement gaies et légères. Il donne vingt- cinq mille doublezons à Chick pour qu'il puisse vivre tranquille avec Alise. Ainsi le bonheur régnera autour de lui et sa félicité sera sans nuage. Mais prendre femme est prendre souci. Allant en voyage de noces visiter le sud du pays, Colin, Chloé et Nicolas -qui, tel Maître Jacques a troqué sa livrée de cuisinier contre celle de chauffeur- traversent en chemin un lugubre pays minier. Le matin suivant, à cause d'un carreau malencontreusement cassé par Colin, Chloé se réveille glacée. Elle tousse. Les vacances et le soleil du Sud sont si loin de la guérir qu'elle doit s'aliter sitôt rentrée en ville. Le médecin diagnostique une maladie grave: un nénuphar pousse en elle, rongeant un de ses poumons. La seule façon de la guérir est de lui faire respirer des fleurs, des brassées de fleurs, vite fanées. Colin se ruine à les acheter. Au fur et à mesure que baisse, dans son coffre, le niveau des doublezons, son appartement subit une étonnante métamorphose. Il devient sombre et exigu. Nicolas, qui ne peut plus élaborer, dans la cuisine dépouillée de ses appareils, que de fort médiocres saucisses, vieillit de plusieurs années en quelques jours.
Tristement, il finit par obéir à Colin, qui le presse d'offrir ses services à de nouveaux maîtres. De son côté, Chick a pareillement tout dépensé, non pour Alise mais pour se procurer les éditions de luxe et les
manuscrits du très prolifique écrivain Jean-Sol Partre, les enregistrements de ses innombrables conférences, les vieilles pipes et les vêtements élimés qui, à en croire les libraires, lui ont appartenu. Colin
et lui se résignent à chercher du travail. Ayant un diplôme d'ingénieur, Chick en trouve aisément. Mais quatre ouvriers sont victimes d'un accident imprévisible et le rendement de l'atelier dont il a la charge baisse de 0,8%. Conformément aux règles en vigueur, il est congédié. Quant à Colin, sa tâche consiste à faire pousser, en les couvant, des fusils. Son obsession le trahit: au bout de ceux qu'il obtient se dresse, délicate et dérisoire, une fleur d'acier. Il ne réussit pas mieux comme veilleur de nuit parce qu'il ne marche pas assez vite pour arriver à temps aux rendez- vous fixés avec des voleurs très ponctuels. Les événements se précipitent.
Alise tue Jean-Sol Partre et met le feu aux librairies de la ville. Chick meurt pour avoir voulu s'opposer à la saisie de ses livres pour le compte du percepteur. Talonné par la nécessité, Colin se résout à occuper le
poste bien rétribué mais particulièrement déprimant d'annonceur de mauvaises nouvelles. Suivant les indications d'une liste qui lui est remise chaque matin par l'Administration, il va prévenir ceux qu'un
malheur doit frapper le lendemain. Un jour, son nom figure sur cette liste. En ce pays plus encore que d'autre, les cérémonies, suivant qu'on a de l'argent ou non, sont fastueuses ou bâclées. La fortune de Colin ayant fondu comme beurre au soleil, l'enterrement de sa Chloé est aussi sinistre que ses noces furent belles. Près de sa tombe, un étang où des nénuphars s'épanouissent attire le jeune homme. Il est toujours à les contempler, à se pencher. Depuis l'époque lointaine où il était encore célibataire, une souris grise à moustaches noires vivait avec lui. Elle s'était attachée à Chloé. Elle lui a tenu compagnie jusqu'au bout. Maintenant elle voit la détresse de Colin. Il ne résistera pas longtemps à l'appel de l'eau. Elle va trouver un chat qui, se faisant violence, consent à ce qu'elle lui propose. La laissant s'allonger entre ses dents, il déroule la queue sur le trottoir, où presque aussitôt apparaissent et s'approchent en formation compacte, incertaine et lente onze orphelines aveugles.

Emouvant et merveilleux, étrange et angoissant, spontané et pur de toute fausse note, désinvolte mais par pudeur, plein de fantaisie et profondément triste, ce livre, qui nous conte avec une rigueur et un tact parfaits une histoire extrêmement simple, est à ranger parmi les plus admirables romans d' amour jamais écrits. Il nous plonge dans un monde neuf et déroutant, un univers de science-fiction où tout serait poésie et rien lourdeur, un univers dont les lois absurdes et impitoyables parodient celles du nôtre. Au début, la vie y semble libre et facile, mais on s'inquiète de constater que la mort s'abat sans crier gare sur des multitudes d' innocents. Au fil des pages on découvre d'autres fléaux. L'amitié est parfois déçue. L'amour cause bien des tourments. La maladie invente des tortures raffinées. La pauvreté contraint à fournir un travail stupide et abrutissant, expose à la laideur, à la faim, aux humiliations. L'opiniâtreté, le courage sont inutiles, bafoués. Ailée comme un rêve, cette oeuvre tout à fait hors série est comme les rêves les plus beaux: poignante, lourde de sens, inoubliable.

12272708701?profile=original

Lire la suite...
administrateur théâtres

  Applaudissements nourris dans une salle fort intime du Théâtre des Martyrs hier soir pour «  la grande Vacance », texte et interprétation de Philippe Vauchel.  Il était parmi nous dans l’escalier avant que les portes ne s’ouvrent : un monsieur tout-le-monde en pardessus gris sable, un prototype humain qui semble être le même que tout un chacun, mais non, qui arbore un sourire de gamin si différent … et fait non de la tête dans chacune de ses phrases. Un artiste vrai et  touchant, qui touche à la mort, tabou de notre siècle.  Elle est parmi nous et on la nie à qui mieux mieux, la grande faucheuse que Brassens chantait inlassablement afin que nul ne l’oublie. Il nous manque aussi, celui-là, hé non, son trou ne s’est jamais refermé dans les cœurs  sincères.  La mort et  lui, Elle est lui, Elle tue, il tue… Nous tuons… Nous la taisons. Philippe Vauchel  lui donne une voix divine, et c’est la sienne. Il s’empare avec poésie et humilité de cette phrase immortelle d’Oscar Wilde ou d’Asimov : « The only thing certain in life is death ».  Philippe Vauchel réhabilite le manque de l’autre, la peine infinie, la chanson d’amour extrême d’Elvis Presley, celle qui dit tout : Aime-moi, mon aimé (e), aime-moi, ma douceur, ne me laisse jamais aller, tu as rempli et complété  ma vie, et je t’aime tant.

  Love me tender,
Love me sweet,
Never let me go.
You have made my life complete,
And I love you so.

 Il  pourfend les jeux absurdes d’immortels. Il réhabilite les traces, les vestiges,  le cycle de l’humus erectus. Les larmes aux yeux, il exhume les recommandises. Un homme à part. A part entière. Il enterre la course à la conshommation qui remplit les paniers mais pas les vies. Cette consommation qui inhume, qui inhumanise  plus sûrement encore, et finirait même par casser le cycle. Ce spectacle touche par son intelligence, il nous relie, il nous solidarise inévitablement par petites touches qui font mouche.  La mort fait partie de la vie.  Tel un arpenteur de la démesure humaine Philippe Vauchel étalonne la vie à la mesure de la mort. Ceux qui en reviennent n’auront qu’une hâte, c’est de faire table rase de tout ce qui parasite, occulte et ment,  et de caresser enfin et inlassablement  les sens – Ciel.

Encore la voix d’Oscar dans ce subconscient si alerte de Philippe Vauchel “To live is the rarest thing in the world . Most people exist, that is all.”

Bobby Farell et Agathe von Trapp  sont morts ce matin. Et en-desssous, dans la fosse commune du temps, il y en a des milliards qui nourrissent l’humus et la Vie. Mais si le message passe…. C’est quand même gagné !

  

«Je vous remercie de venir si nombreux» - La Mort.

 

Du 15 décembre 2010 au 8 janvier 2011 au théâtre des Martyrs

le 31 décembre:

 

          "" Pour l'occasion un coupe de champagne sera offerte à tous nos spectateurs avant la représentation ""

 

   A l'issue du spectacle, un menu de fête est proposé par notre cafétaria pour 25€ ( boissons non comprises)

 

Apéritif et Mise en bouche /  

Bisque de Homard et ses croûtons aillés/

Assiette Nordique/

( son pavé de saumon, son duo de tomates cerises et ses crevettes grises, son blinis aux perles de la mer, sa pomme de terre slovaque)

Café et ses mignardises/

 

Réservation obligatoire :  02/ 223 32 08 - loc@theatredesmartyrs.be


http://www.theatredesmartyrs.be/contact.html 


 

 

 

Lire la suite...

Le mariage du ciel et de l' enfer

William Blake: Le grand Dragon Rouge et la Femme vêtue de soleil

« Le mariage du ciel et de l' enfer » est un des "Livres prophétiques" de William Blake (1757-1827), publié en 1790. Ce texte en prose se ressent de la majesté des versets bibliques. Il veut être une contre-partie à "La sagesse des Anges" d'Emmanuel Swedenborg (1688-1772). Parmi les notes que Blake écrivit en marge de la traduction anglaise de l'oeuvre de Swedenborg (publiée en 1787), on peut trouver la trace du titre du "Mariage" dans ce commentaire: "Ici, le Bien et le Mal sont tous deux le Bien et ces deux contraires s'épousent". Ce titre rappelle aussi "Le ciel et l' enfer" du même Swedenborg.

L'argument central de ce poème est que, "sans les Contraires, il n'y a pas de Progression. L' attraction et la répulsion, la raison et l' énergie, l' amour et la haine sont nécessaires à l'existence humaine". Mais, de ce choc des contraires, ne naît pas chez Blake l' unité intermédiaire, véritable force créatrice de tout progrès réel; le poète s'enferme dans son dualisme et professe que "de ces contraires naissent ce que les hommes religieux appellent le Bien et le Mal. Le Bien, c'est l'élément passif qui obéit à la raison. Le Mal, c'est l'élément actif qui est produit par l' énergie. Le Bien, c'est le Ciel; le Mal, c'est l' enfer. Mais "l' énergie (donc: le mal) est la Joie éternelle", et c'est là qu'est tout le drame du prophète révolté.

Le poète chante la vertu créatrice du désir, qui ne doit jamais être freiné, sous peine de devenir passif et improductif. Et il ne s'agit pas en l'occurence d'un désir quelconque: ainsi que le proclame un des aphorismes de "Il n'y a pas de religion naturelle": "Le désir de l'homme étant infini, la possession est infinie et lui-même est l' infini." Le refus de Blake d'accepter la primauté de la raison humaine semble, à première vue, d'autant plus étrange que "Le mariage du Ciel et de l' enfer" fut composé à une époque où la raison était le mot-cléf de toute philosophie. En était-il venu à penser que ce "royaume de la raison" est essentiellement instable? Ou, tout simplement, s'était-il insurgé -une fois de plus- contre les opinions reçues, comme il se révoltait contre les Eglises établies, gardiennes des lois et des principes, et contre l'organisation sociale qui les sanctionne? On ne saurait rien affirmer.

Toujours est-il que les "Proverbes de l' enfer", qui forment le 5ème chapitre du "Mariage", ont été considérés par les contemporains du poète (et le sont encore de nos jours, par Daniel-Rops, par exemple) comme de véritables axiomes d' anarchie. "Damner fortifie, bénir affaiblit", ou "Les prières ne labourent pas"; ou encore "Les prisons sont bâties des pierres de la Loi; les maisons de prostitution des briques de la Religion". Il est évident que ce sont là des propositions difficiles à accepter pour quiconque reste conformiste; mais pour celui qui juge Blake sans s'arrêter à certaines phrases qui n'ont plus le même sens quand on les sépare de leur contexte, il apparaîtra que, contrairement à Rimbaud qui finit par nier toute possibilité de morale, le but de l'oeuvre de Blake restera strictement moral dans son ensemble.

Lire la suite...

Emile Verhaeren, Les heures d'après-midi.

Asseyons-nous tous deux près du chemin

Asseyons-nous tous deux près du chemin,
Sur le vieux banc rongé de moisissures,
Et que je laisse, entre tes deuxmains sûres,
Longtemps s'abandonner ma main.

Avec ma main quilongtemps s'abandonne
A la douceur de se sentir sur tes genoux,
Moncoeur aussi, mon coeur fervent et doux
Semble se reposer, entre tesdeux mains bonnes.

Et c'est la joie intense et c'est l'amourprofond
Que nous goûtons à nous sentir si bien ensemble,
Sansqu'un seul mot trop fort sur nos lèvres ne tremble,
Ni même qu'unbaiser n'aille brûler ton front.

Et nous prolongerions l'ardeurde ce silence
Et l'immobilité de nos muets désirs,
N'était quetout à coup à les sentir frémir
Je n'étreigne, sans le vouloir, tesmains qui pensent ;

Tes mains, où mon bonheur entier reste scellé
Etqui jamais, pour rien au monde,
N'attenteraient à ces chosesprofondes
Dont nous vivons, sans en devoir parler.

Lire la suite...
administrateur théâtres

Prix d’excellence pour Notre Dame de Paris, d'après Victor Hugo au théâtre du Parc, janvier 2022

 

Le directeur du magnifique théâtre Tristan Bernard à Paris avait  décidé de présenter le spectacle de Thierry Debroux, Notre Dame de Paris d’après Victor Hugo,  du 7 mars au 30 juin  2020. Ils ont pu  jouer trois petits soirs, et puis … l’épidémie de Covid a  foudroyé toute  la  beauté de ce magnifique travail de transmission !

Enfin,  voici que  le 13 janvier 2022, après une longue errance à travers  les aléas du drame sanitaire mondial,  le spectacle revient sur les planches du théâtre Royal  du Parc à Bruxelles  et c’est un véritable triomphe. Musical, visuel et théâtral. 


Le texte, Notre D(r)ame, publié  aux éditions Lansman,  est  inspiré par la terrible catastrophe de l’incendie de Notre Dame du  16 avril 2019.  L’hubris démesuré de l’homme moderne fut incapable d’empêcher la  toiture, la charpente et la flèche conçue par Violet Leduc de se transformer en  brasier. Restaient seulement le désespoir des pierres,  les voix effarées des gargouilles et des chimères de la cathédrale  dont  Thierry Debroux  semble avoir pu surprendre les  mystérieuses conversations et les craintes d’une reconstruction hâtive.

 L’univers  imaginaire inventé par l’auteur est magique: les époques conversent ensemble comme si elles étaient au paradis. Le temps est  dilué, l’immortalité de l’œuvre de Victor Hugo et  de la Cathédrale, se confondent avec une histoire d’amour  contemporaine d’une jeune danseuse hip hop en mal d’amour, prête au suicide et qui n’a jamais entendu parler de la Belle Esmeralda. L’œuvre de Victor Hugo bondit  sous les yeux de la  vivante cathédrale qui trône au centre du plateau : on se gorge d’émotions à chaque tour de la cathédrale sur elle -même, entendez, chaque fois que  l’une de ses façades égrène heures et jours différents.  Non sans rappeler les façons de Monet, le  grand maître des lumières impressionnistes. Ah quelle superbe rosace!

Dans une harmonie à tomber, les comédiens jouent dans la joie, avec une énergie décuplée par les privations subies depuis deux ans. On assiste à une espèce de renaissance sur ce plateau où ils se montrent franchement éblouissants.

Comme si, l’espace d’un spectacle, on pouvait jusqu’à oublier la pandémie.

Les changements de scène se font sans le moindre bruit, ils sont d’une fluidité remarquable et de même pour les passages entre le jeu et le narratif. On se trouve au cœur de l’art vivant.  Prenez le mouvement imprimé à la corde qui meut la cathédrale, ne fait-il pas  fait penser à des gestes de batelier ? Ne  sommes nous pas, à Paris ou à Venise,  tous sur une nef des fous?  A moins que l’on soit plus d’humeur à y voir le mythe de Sisyphe.

Un art consommé de la concision et de la polysémie  anime le créateur.  L’œuvre fleuve de Victor Hugo  se retrouve exposée en 1H25 SANS ENTRACTE. Tout y  est.  Oui, on est  gratifié d’un authentique  élixir de magie théâtrale.

  D’un côté, il y a le peuple de pierres séculaires, les chimères de Violet Leduc, avec  le dénommé  stryge, le « démon pensif », sous l’apparence d’un buste de femme oiseau aux yeux en escarboucles, et de l’autre les antiques gargouilles du Moyen-âge gothique. Ces impressionnantes marionnettes se font la conversation avec les voix des personnages principaux. Didier Colfs papillonne entre le détestable  prêtre lubrique Claude Frollo, le Stryge, un rat de la cour des miracles, un juge répugnant, et … un quidam de la foule des manants.  C’est un bouleversant Stéphane Fenocchi qui s’empare du personnage monstrueusement attachant de Quasimodo, il  fait la gargouille 23, se mue en corbeau maléfique avant de  rejoindre lui aussi  lui aussi la foule. Le vaniteux Phoebus, sous les traits de Mickey Bicar, se transforme en gargouille 52 , ramasse les oripeaux de Clopin Trouillefou et fait un innommable avocat de la défense qui ne trouve rien à dire.   Enfin, Marc Laurent,  le Poète Gringoire en grand échalas égaré dans la cour des miracles se glisse dans la gargouille 37 – allô mademoiselle 36-37, votre prénom c’est bien Juliette –  avant de tomber pour la très radieuse, l’incomparable Marie Phan qui  a accepté de jouer le rôle stupéfiant d’Esméralda, avec son adorable chèvre, ton sur ton avec ses jupes de bohémienne. L’énergie de ce spectacle est au zénith,  vous fait un bien fou et vous raccommode avec toute la tristesse du monde.


Dominique-Hélène Lemaire pour Arts et Lettres , le 878e billet culturel depuis la création du blog

 

Du 13 janvier au 12 février 2022

Théâtre Royal du Parc
Rue de la Loi, 3 1000 Bruxelles

thttp://www.theatreduparc.be
info@theatreduparc.be
+32 2 505 30 30

Lire la suite...
administrateur théâtres

« En attendant Bojangles » au Centre Culturel d’Eau de Gemmes

Hélène, puisque c’est d’elle que l’on parle, jamais  ne sera  la vieille accroupie de Ronsard… Jouée par Anne Charrier, aux côtés de Didier Brice, elle rayonne dans un spectacle enchanteur et enchanté et …terriblement courtois. Je parle de l’amour, bien sûr!  L’enfant, source de bonheur, joué par Victor Boulenger est-il décrié, sous son  nom vulgaire d'enfant-roi? Certes, non, c'est tout le contraire!  *Coup de foudre  donc  pour cette famille-enfant au triangle parfait, dessinant le visage joyeux du bonheur

 

Page après page, Le père a la parole et la loi de l’amour sous sa plume. Il transmet le roman de l’intranquilité de la vie et de sa miroitante fantaisie pour  ceux qui y croient.

L’enfant rebelle adoré reconstitue le puzzle de l’amour et se nourrit de son histoire comme s’il buvait du lait. Il parle fort, comme si déjà ses géniteurs avaient rejoint les esprits myrteux de l’ami Ronsard. Il est donc adulte.  …Et vous?  Dans ses mains – et dans les nôtres – un bouquet de mimosas et la poésie dont a été tissée toute son enfance. Un talisman, une aubaine, pour qui sait la voir, une musique sacrée qui donne les clefs du paradis sur terre, pour qui sait l’être!  Jamais le Néant! 

La femme aux mille et un prénoms, qui jamais ne sera une vieille accroupie, véhicule toutes les intentions de bonheur et leur réalisation et pourchasse  routines vermoulues et  fonctionnaires vert-de-gris. Elle met le feu aux avoirs, illustre la folie de la passion qui  ira jusqu’à la mort.  Et dans sa sagesse infuse, elle  prend la langue au pied de la lettre, telle une vestale de l’humour. Contrevenante des marées noires, elle choisit de fixer les étoiles, même dans un divan endormie, et flotte sa vie jusqu’au bout, entraînée par l’amour. Et lui, la suit,  bien sûr, comme dans l’Eté Indien. 
« On ira
Où tu voudras, quand tu voudras
Et on s’aimera encore Où tu iras…»
 


L’auteur de ce conte a retrouvé les accents succulents de Boris et de l’écume des jours. Il célèbre la communion de la folie amoureuse et signe …Olivier BourdeautVictoire l’a saisi en plein vol et signe l’adaptation théâtrale et la mise en scène dans des décors de Caroline Mexme

Le spectateur se laissera séduire dès le premier son de cloche qui célèbre des noces profondes, celles qui se veulent absolues, quelles que soient les contingences, les noces des serments éternels qui ne verront jamais les amants désunis. Colin/Georges envisage Chloé/ Constance et les autres, comme un arbre magique, celui de notre éternel ami, Georges qui aimait tant Suzon? « Tu sais, fiston, Suzon a beaucoup d’imagination, elle joue avec tout, même avec sa filiation. Mais dans notre arbre généalogique, ta Maman, ce sont les racines, les feuilles, les branches et la tête en même temps, et nous, nous sommes les jardiniers, nous allons faire en sorte que l’arbre tienne debout et qu’il ne finisse pas déraciné. »

L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes souriantes, personnes qui dansent et personnes debout

La critique emballée n’en dira pas plus, si ce n’est pour  se réjouir de la langue musicale follement bien habitée par le délicieux triangle  des comédiens, leur diction ravissante, leurs émotions à fleur de plume, leurs mouvements souples comme dans les rêves.   On se souviendra d’une mise en scène alerte, raffinée, subjugante même, puisqu’on entre de plein pied dans la danse foisonnante et volatile du texte,  malgré où grâce à l’économie de moyens. Le décor, c’est avec les mots et les gestes qu’il est planté  avec grâce infinie.  Bref, cette mise en scène est stupéfiante de puissance évocatrice. Il faut souligner que la musique et les choix de la bande sonore signée Pierre-Antoine Durand pavent l’histoire triste et belle de sublimes clair-obscurs.  La bande lumière (Stéphane Baquet) ,  de son côté  s’occupe de faire taire  le malheur… et d’ auréoler les instants joyeux.    Le choix des costumes ( de Virginie Houdinière)  s’emboîte dans l’histoire avec candeur. Les éclats de rire en mode majeur ou mineur surviennent comme autant de bulles de saveur partagée.  L’ensemble, très équilibré, et sans faute de goût,  vous insuffle un bonheur aussi bien apprivoisé que l’oiseau, Mademoiselle Superfétatoire, une grue demoiselle de Numidie, que Maetelinck aurait sûrement vêtue de bleu. Cette pièce à vol d’oiseau,  jouée entre Paris et Bruxelles, villes de douce connivence, est donc un bijou inclassable et irrésistible sauf à le classer dans la Voie lactée …parmi les étoiles.​ On remercie le Centre Culturel d’Auderghem  pour cette charmante   mise en chef-d’oeuvre théâtral.


Une pièce d’après le roman d’Olivier BOURDEAUT (300.000 exemplaires vendus)« En attendant Bojangle »
Mise en scène : Victoire Berger-Perrin 
Avec : Anne Charrier, Didier Brice et Victor Boulenger
Adaptation : Victoire Berger-Perrin
Décors : Caroline Mexme
Costume(s) : Virginie Houdinière
Lumières : Stéphane Baquet
Musique : Pierre-Antoine Durand
Assistant(e) mise en scène : Philippe Bataille. Chorégraphie Cécile Bon. Collaboration artistique Grégori Baquet
Durée : 1h30

Centre Culturel D’Auderghem

Boulevard du Souverain 183, 1160 Bruxelles 02 660 03 03

Du 11 au 16 décembre 2018

  

*GEORGES (au public la mère immobile, le temps arrêté) « J’étais donc arrivé à ce moment si particulier où l’on peut encore choisir, ce moment où l’on peut choisir l’avenir de ses sentiments. Je me trouvais désormais au sommet du toboggan, je pouvais toujours décider de redescendre l’échelle, de m’en aller, fuir loin d’elle. Ou bien je pouvais me laisser porter, enjamber la rampe et me laisser glisser avec cette douce impression de ne plus pouvoir rien décider, confier mon destin à un chemin que je n’avais pas dessiné, et pour finir, m’engloutir dans des sables mouvants, dorés et ouatés. Je voyais bien qu’elle n’avait pas toute sa tête, que ses yeux délirants cachaient des failles secrètes, que ses joues enfantines dissimulaient un passé d’adolescente meurtrie, que cette belle jeune femme, apparemment drôle et épanouie, devait avoir vu sa vie passée bousculée et tabassée. Je m’étais dit que c’était pour ça qu’elle dansait follement, pour oublier ses tourments, tout simplement. Je m’étais dit bêtement que ma vie professionnelle était couronnée de succès, que j’étais presque riche, plutôt beau mâle et que je pouvais aisément trouver une épouse normale, avoir une vie rangée, tous les soirs prendre un apéritif avant le dîner et à minuit me coucher.»  


Dominique-Hélène Lemaire

Lire la suite...

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles