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La rivière chantante

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J'habille, en mots de tous les jours,
Les joies simples qui m'ensoleillent,
Le beau divin qui m'émerveille,
Et mes émois, légers ou lourds.
...
Une habitude distrayante
Me fait saisir l'instant qui fuit.
J'essaie de le garder en vie,
Dans une rivière chantante.
...
Rien ne peut s'y perdre vraiment.
Aux heures de mélancolie,
Je viens m'y pencher et j'y lis,
Souvent dans l'attendrissement.
...
Le courant charrie, dans l'eau claire,
Des confessions venues d'ailleurs
Et des images en couleurs
Qui triomphent de l'éphémère.
...
21 juin 2006

 

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Albert et Marguerite

En souvenir de la Grande Guerre, voici l'histoire d'amour de deux modestes héros.

Le petit soldat de la Grande Guerre s’appelait Albert et sa dulcinée se nommait Marguerite. Comment s’étaient-ils rencontrés ? A l’occasion d’un bal, d’une réunion de bienfaisance au bénéfice des Poilus ou tout simplement dans un lieu quelconque où Cupidon avait décidé de lancer ses flèches. Peu importe car ils étaient tombés en amour. De cet amour il reste une trace matérielle : une flopée de cartes postales envoyées à Marguerite, depuis les tranchées ou pendant les périodes de repos.

Ces messagères ont dormi longtemps dans un grenier et, par un hasard heureux, elles sont tombées entre mes mains. Leurs images aux couleurs passées, rehaussées de sentences douceâtres, tentent  d’enjoliver la dure réalité.

Un couple y figure généralement. Une jeune femme, en blanc et rose, y accueille les effusions d’un poilu bien rasé – il n’a gardé qu’une petite moustache de bon ton – son uniforme sort du pressing et son casque qui n’est jamais loin ne comporte pas une tache de boue. Le décor est aimable et paisible. Il y figure souvent des roses, tantôt dans un vase, tantôt dans les bras de la belle. Et lorsque le soldat songe à la femme sur laquelle il veille, si d’aventure il se la représente au lit, elle y est blottie sous une courtepointe violine, bordée d’un drap ajouré, brodé et orné de dentelle, écho des fanfreluches et affutiaux que les dames s’appliquaient à produire à cette époque, pour agrémenter leurs dessous.

La première carte postale d’Albert, envoyée de Montauban et datée du 12 mars 1915, est cérémonieuse car le scripteur dit vous à la destinataire qu’il appelle « Ma Chère Amie ». Mais elle est en même temps brûlante quand Albert assure Marguerite qu’elle pourra compter sur lui dimanche car il me tue de vous revoir, quand l’on aime un petit ange comme vous, que ne ferait-on pour lui ? Tue, lapsus révélateur ? En effet il lui tarde de la revoir, à la condition qu’il ne soit pas tué entre-temps, pauvre pioupiou soumis à la mitraille.  Il est heureux de pouvoir l’aimer cette jeune fille car c’est un rêve pour la vie. Vient ensuite le côté prosaïque : il ira à sa rencontre si elle n’est pas arrivée à l’heure qu’ils ont fixée. Puis, à nouveau, une grande flamme jaillit de l’âme du petit ami qui embrasse sa mie de tout son cœur, lui envoie ses meilleures amitiés et mille baisers.

L’image au revers du message fanfaronne en coup de clairon. Albert a choisi une carte postale sur laquelle un alter ego moustachu occupe l’avant-scène, sabre au clair, tandis qu’au fond du paysage champêtre sont massés une foule confuse d’hommes et quelques chevaux, sommés du drapeau tricolore.

Au fil du temps l’écriture se fait plus passionnée. Dans sa tranchée ou sa casemate le jeune-homme rêve à celle qui est maintenant sa petite fiancée. C’est bien rarement qu’il peut la tenir dans ses bras.  La guerre a mis entre eux une distance sidérale qu’ils peuvent franchir le temps d’un soupir, lors d’une permission. Pour employer le style de l’époque, la Patrie est une maîtresse exigeante, à qui le soldat doit chaque atome de son corps, son sang, ses yeux, sa chair, ne laissant à la bien-aimée qu’un être fourbu, angoissé et en sursis. Et s’il tremble, ce n’est pas de désir, c’est qu’il espère sauver sa peau, cette peau si tendre qu’il voudrait criblée de baisers et non d’éclats d’obus.

Mais l’amoureux  commence malgré tout à se dessaler. Sur la carte postale « Heure Exquise », Marguerite - car pour lui c’est Marguerite bien sûr – porte un déshabillé  qui dénude ses épaules et ses bras. Elle penche vers le canapé où reposent d’autres froufrous. Si Albert a cette fois oublié son casque, il a gardé sa vareuse. Enfin espérons qu’ils se débrouilleront puisqu’ils en sont aux préliminaires.

Dans une carte datée du 24 octobre 1916,  Albert s’exprime en termes pressants :

Mon cher ange d’amour, Je suis heureux, ma chère Marguerite, d’avoir toujours de tes nouvelles. Tu me dis que tu ne voudrais pas que je fasse comme la dernière fois. Eh bien je t’assure qu’il me tarde d’aller te donner une petite bise sur la bouche. Je te le dirai de plus près quand cela sera le moment. Reçois ma chère bien-aimée, mes plus doux baisers,

Albert, celui qui t’écriras toujours.

Le 2 janvier 1917 Albert franchit un nouveau pas dans les épanchements érotiques. Cette fois il va fort avec une carte friponne : Vite au dodo, mignonne, c’est l’heure du berger qui sonne.  Le couple est au lit. Elle, toujours en déshabillé, lui, en chemise. L’oreiller et le drap sont parsemés de fleurs bleues. La vareuse repose sur la couverture, surmontée du casque réapparu bien mal à propos.

Sans doute effrayé par l’audace de l’image, Albert se fait laconique :

Ma chère Marguerite,

Reçois de ton cher bien-aimé ces tendres et doux baisers.

Celui qui t’embrasse bien fort.

Mille baisers,

Albert

Mais trêve d’ironie ! A travers cette correspondance transparaissent les espoirs et les craintes d’un couple dont l’avenir est suspendu au fil de l’épée. Albert est pudique. Il se plaint rarement car il ne veut pas alimenter les frayeurs de Marguerite. Il lui assure que sa santé est excellente, que tout va bien, qu’ils se retrouveront bientôt dans la paix, cette paix qu’il appelle de ses vœux. Il écrit beaucoup à Marguerite aux alentours du Nouvel An 1917. Il lui envoie coup sur coup les fameuses cartes  postales qu’il trouve si jolies et si roboratives, comme s’il voulait conjurer le sort.

Mais il arrive que l’angoisse affleure entre les lignes.

Le 12 octobre 1916 Albert soupirait :

Nous sommes en ce moment entassés dans des abris comme des renards, où il me faut la bougie en plein midi pour écrire. Alors, vois-tu la vie que l’on mène. Enfin j’espère venir bientôt auprès de toi passer quelques heures où je serai très heureux.

Sur une carte datée du 23 novembre 1916 on lit : Oh, ma Chère Marguerite, quand j’y pense quelle vie que c’est et que cela dure ! Je pourrais être si bien auprès de toi. Enfin, espérons qu’un jour…

Quelques jours plus tard, le 28, Albert creuse son chagrin : Je pense toujours à toi, nuit et jour. Toujours mon cœur est près du tien, si éloignés que nous soyons lorsque je suis là à veiller l’ennemi. Je pense souvent à ces belles journées de la semaine passée, à ces belles heures d’amour, qu’on était si bien tous les deux. Je suis heureux quand j’y pense.

Marguerite souffre elle aussi. Albert y fait écho dans sa correspondance du 19 décembre 1916.

 

 Ma Chère bien Aimée, Tu me dis que tu es restée sans recevoir de mes nouvelles. Ce doit être dans le temps que j’étais à faire un stage. Ne te tourmente pas. Tu en auras presque chaque jour car je t’écris si souvent. Je suis très content de toi, ma petite Marguerite, car tu ne donnes plus de paroles de désespoir.

A l’approche du Nouvel An, les images et devises des cartes postales se font plus lyriques. Année nouvelle, année d’amour, douce ivresse, heure exquise, permission enchanteresse, foule de baisers et tonnes de caresses. Que de fleurs autour des fusils et des baïonnettes. ! Le summum de l’ineptie est atteint par ce quatrain :

 Si l’amour ainsi que la guerre

 A ses douleurs et ses combats,

Les baisers qui ne blessent pas,

Sont les obus que je préfère !

Mais comme il faut rester guerrier, coûte que coûte, un artiste un peu plaisantin  adosse chacune des lettres de « bonne année » à un obus fièrement dressé dans une guirlande de gui. Quoi qu’on fasse ils existent ces obus, on ne peut pas les gommer. Après la fin du conflit ils dresseront dans les chaumières, sur le marbre des cheminées, de chaque côté de la pendule, leur cuivre martelé, repoussé, travaillé avec amour,  et leur gueule débordante de fleurs en papier.

Albert n’échappe à cette fièvre d’optimisme. Entre Noël et Nouvel an il bombarde Marguerite de ces cartes idylliques, pour lui parler d’espoir, de bonheur et de paix, et l’assurer encore une fois de son amour. Il veut y croire : Année nouvelle, année d’amour, Sur le nouveau chemin défriché par la guerre, mon amour vous fera la marche plus légère.

Comme tant d’autres, les deux amoureux souhaitent la fin prochaine du cauchemar… qui mettra encore presque deux ans à s’accomplir. Hélas ! Comme on le sait, la ‘Der des Der » a engendré vingt ans plus tard un démenti sanglant à la naïve espérance d’une paix durable.

Pour Albert et Marguerite la correspondance s’interrompt brusquement, après les premiers jours de 1917. Que s’est-il passé ? J’aimerais imaginer que dans un coin perdu du grenier gisent oubliées des tonnes de « doux baisers ».  

Et que des baisers ils ont pu en échanger vraiment, à se meurtrir les lèvres, qu’ils ont fait l’amour et, s’ils le souhaitaient, engendré beaucoup d’enfants. Qu’ils se sont aimés fort, au moins pendant quelques années.

Le petit soldat est plus vraisemblablement mort, à Craonne, sur le plateau où il aura chanté avec ses compagnons « Adieu la vie, adieu l’amour, adieu toutes les femmes ». Il s’est peut-être mis en grève, avec d’autres troufions. A-t-il fait partie des révoltés, fusillés « pour l’exemple » ? A moins que tout simplement il n’ait sombré dans les boues de l’Yser ou de la Somme, sans avoir revu sa Marguerite.

Fauché en pleine jeunesse, comme tant d’autres. Mort pour la France ou pour la Belgique. Mort pour cette Patrie dont d’autres images dessinent la sinistre trilogie : armée, sceptre ou république – c’est du pareil au même - et clergé. Et pour que l’horreur (ou la dérision ?) soit totale, le Christ cautionne parfois cette allégorie, en marchant dans le sang comme sur les flots du lac de Tibériade, main dans la main avec une bonne sœur.

Rien n’a changé depuis les tirades patriotardes de Corneille. Les mots ont pu rajeunir mais c’est toujours le même refrain : Mourir pour la Patrie est un si digne sort qu’on briguerait en foule une si belle mort…

La Patrie, entité mamelue,  ouvre grand les bras aux orphelins de père pour les broyer sur son sein de granit. A quoi bon pleurer, les enfants, votre papa a connu une mort glorieuse et la patrie reconnaissante vous accueille et vous protège. Et, bien sûr, les veuves et les mères éplorées ne sont pas oubliées. Beaucoup de médailles, un flot de belles paroles, un peu d’argent et le tour est joué !

Au-dessus des morts pour la patrie, entassés dans des fosses communes ou alignés dans un cimetière bien propre, comme à la parade, au dessus des gueules cassées, des manchots et des culs de jatte, plane la camarde, toujours recommençant sa danse macabre, coquettement drapée dans les plis de l’emblème national.

Ce bout de soie tricolore qu’on jette sur le cercueil des morts illustres flotte symboliquement au-dessus des charniers où s’entasse le menu fretin des sans grade.

Pour ce drapeau il serait indécent de marchander sa vie, dit la propagande de l’époque. Elle recommande même à chacun d’ouvrir sa bourse en souscrivant à l’effort de guerre. Quel meilleur placement que la multiplication des canons ?

On en lit des choses politiquement correctes sur l’avers de ces vieilles cartes postales !   La vérité s’écrit au revers, à l’encre ou au crayon aniline, en plein cœur de l’espérance et de la souffrance humaine. Baisers de papier, baisers virtuels, pauvres mots d’amour, un peu d’écume rose sur un trop-plein d’amertume. Albert et Marguerite aspiraient à une vie toute simple, faite d’amour et de petites joies, en lieu et place  d’un destin héroïque dont ils se seraient bien passés!

MARCELLE DUMONT   

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A signaler pour les contemplatifs la belle et rare exposition "Rochers de lettrés. Itinéraires de l'art en Chine" au musée Guimet de Paris (jusqu'au 25 juin 2012). Pour une initiation à l'esthétisme chinois, mieux un art de vivre et pour nous un bain de sérénité.

Vous y découvrirez notamment quelques pierres de rêve (mengshi) qui sont un de mes sujets de curiosité et d'émerveillement.

"Je me demande si c'est un tableau ou un rêve", Zhang Fengyu (dynastie Ming).

"Tout en étudiant la Voie

Je m'adonne aux jeux de l'encre.
Mon but n'est pas le renom,

Bien qu'à ce jeu on se laisse prendre.
Ceux qui me traitent d'amateur

Ignorent tout du Chan :

Je n'ai rien à leur répondre..."

Kuncan (1612-1693)

Le Chan chinois donnera le Zen japonais, comme le mengshi correspond au suiseki. Citations extraites de "Beauté tranquille de la Chine" de Pat Fok et de "Toute beauté est singulière" de François Cheng.

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Cinq grandes Odes de Claudel

12272810094?profile=originalIl s'agit d'un recueil poétique de Paul Claudel (1868-1955), publié à Paris par la revue l'Occident en 1910, puis en volume chez Gallimard en 1913.

Dans l'ouverture symphonique, "les Muses" (ode 1), Claudel célèbre la mère primordiale, la muse de la Danse, qui imprime un rythme essentiel au texte. Puis, il salue les autres nymphes intérieures, matrices du verbe poétique qui insufflent au poète et à son chant une énergie toute rimbaldienne. Saisi par une déflagration initiale, le poète restitue le souffle divin et replace toute chose dans l'ordre du cosmos. Mais, dans cet espace à vocation apollinienne, Erato introduit un principe dionysiaque. Le mouvement du texte naîtra du conflit entre la plénitude et la rupture. "L'Esprit de l'Eau" (ode 2) dramatise l'épopée du moi dans le monde. Impatient, si par l'ivresse des flots, le moi rompt avec la vie ancienne et se constitue dans son rapport à l'activité poétique. Figure de l'Esprit, l'eau donne la clé de son être à ce combattant de l'esprit. Prenant possession de l'espace et de lui-même, le moi se fait poète, nouveau Christ, qui unit le sensible et l'intelligible, le visible et l'invisible. Fort parce que consubstantiel à la Présence divine, faible parce que lié à la matière, le poète entonne alors un credo au monde. Mais il demeure aussi le Crucifié, l'amant déchiré. Le "Magnificat" (ode 3) place au centre du recueil la célébration de la Création. Le poète remercie Dieu de l'avoir délivré des idoles, des livres et, surtout, de lui-même, trop conscient de son propre néant pour ne pas s'abîmer dans la volonté de Dieu. Et, certes, qui d'autre que le poète peut louer le Seigneur? «Étreins le texte vivant et ton Dieu invincible dans ce document qui respire!» Comme Paul sur le chemin de Damas, comme Moïse sur le mont Sinaï, face à face avec Dieu, le poète chrétien fait vivre, dans sa totalité et son unité, la Révélation. Dans "La Muse qui est la Grâce" (ode 4), le poète demande à sa muse de le laisser libre d'accomplir sa tâche: «Laisse-moi être nécessaire!» Il ne veut plus de l'exaltation orgiaque mais entend tenir le compte du travail humain dans un monde soustrait au hasard. Alors qu'il se plaint de son élection, de l'enfantement douloureux de son oeuvre, elle lui révèle: «Tu m'appelles la Muse et mon autre nom est la Grâce.» Mais il refuse cette inspiration destructrice et les chimères poétiques. "La Maison fermée" (ode 5) donne la parole aux hommes qui demandent au poète embourgeoisé de rendre compte de la Parole donnée. Le poète est inséparable de la Créature, de la Création et donc de Dieu. Il poursuit son lent travail de fermentation et de restitution du Verbe. Le poète, c'est le chiffre de la Création. Les piliers des vertus cardinales soutiennent l'édifice de son moi: ouvert sur l'avenir du «siècle nouveau», de la descendance d'Abraham, il n'en célèbre pas moins, à jamais, l'office des morts.

Quelle est l'unité de ce recueil dont la composition s'étend de 1901 à 1908? Le montage des différentes parties confère à l'ensemble une structure polyphonique et non pas didactique. Se plaçant dans la continuité liturgique, Claudel se met en scène lui-même, se donne comme le héros d'un parcours poétique, et donc définit son art poétique comme une célébration du monde. Entre le début (l'invocation aux Muses) et la fin (la référence aux vertus cardinales), le poète construit sa propre image, en référence à celle du poète grec (un orateur qui raconte des histoires fabuleuses et qui exprime la parole de la communauté). Les Cinq Grandes Odes sont placées sous l'éclairage de Rimbaud mais tentent de maîtriser cet héritage. L'illumination initiale est nécessaire (ode 1) et le poète vit sa contradiction, sa saison en enfer, mais, en quête du Texte sacré, du Livre mallarméen, il finit par trouver sa place dans la maison de Dieu (ode 5). Comme le poète Couvre (voir la Ville), il se fait «prêtre»: il donne la parole aux choses, au monde et au cosmos; il unifie la multiplicité (ode 3) et bâtit un espace nouveau, entre le passé et l'avenir. Loin de posséder toutes les certitudes, il continue son interrogation sans vouloir céder aux illusions (ode 4). En effet, la parole poétique est nécessaire à Dieu et aux hommes (ode 5). Pris entre ces deux pôles, le poète doit rompre, dans un premier temps, avec la communauté des hommes, pour prendre du recul et, dans un deuxième temps, pouvoir donner une cohérence au monde. Conquérant du spirituel, il prend d'abord possession de lui-même et affirme son désir singulier (ode 2) avant de se ressaisir de la Terre promise, comme Josué (ode 3). Il apparaît à la fois comme l'homme de la prière, de la supplication (ode 4) et comme l'incarnation de la force (ode 5). Entre le désordre rimbaldien et l'ordre mallarméen, il ne choisit pas: il maintient ensemble les deux exigences. Le poète est riche de ses propres incertitudes et de la conscience de sa propre vanité.

 

Claudel renoue avec une poésie «primitive» qui puise son pouvoir dans une vocation au sacrifice. Le poète célèbre la Création; sa parole fait vivre le témoignage du Christ et l'ensemble des Cinq Grandes Odes reprend différents moments de la liturgie en brassant leur symbolisme: l'eau du baptême le fait renaître comme le Sauveur, le vendredi et le dimanche de Pâques (ode 2); la supplication du poète évoque la cérémonie de Noël (en un temps où Claudel lui-même devenait père) au moment où, comme saint Jean Baptiste, il passe de l'Ancien, de l'exil, au Nouveau (ode 3) et se dirige vers Canaan, vers l'Est. La muse et l'épouse nocturne évoquent la belle fiancée du Cantique des cantiques (ode 4). Enfin les vertus cardinales et la référence à l'Évangile de la Résurrection ouvrent et ferment le texte tout à la fois (ode 5). La visée du travail poétique consiste à rétablir un ordre au sein même du désordre saisi dans toutes ses excroissances baroques. Il faut rejeter les fausses lectures du monde (culturelles, Virgile, Homère et Dante, ode 1; intellectuelles, les professeurs, ode 2; trop terriennes, ode 4) et traduire l'abondance du monde, son ivresse (Erato dans l'ode 1).

 

Cette cohérence dans la célébration liturgique ne suit pas un itinéraire aisément identifiable: Claudel reprend sans cesse les leitmotive religieux pour donner la mesure rythmique mais il module des chants successifs. Il déploie les images (poésie des éléments et de la sensualité) qui produisent une sorte de jeu et suscitent toujours d'autres analogies. L'esprit éprouve une sorte de jubilation à explorer toutes les virtualités sémantiques d'un mot mais aussi à passer du discours argumentatif à la litanie et à la déploration. L'ensemble des versets progresse donc par reprise avec, à chaque fois, un déplacement du point de vue qui modifie l'interrogation sur le moi et le monde. Aussi le texte de Claudel peut-il apparaître comme difficile, et même, à l'époque où il fut écrit, iconoclaste. Les hommes (ode 5) le dénoncent comme obscur. Certes, le principe même de l'organisation est contradictoire: le recueil se construit dans un effort constant pour dire le désordre et le tumulte de la réalité. Entre les ténèbres fécondes de son humanité et la fulgurance de son élection, le poète connaît à la fois la nécessité de la clôture, de la fermeture parfaite, et l'urgence de l'interrogation perpétuelle. Il faut épuiser toutes les expériences pour aller vers la totalité, donnée comme éclatée, et toujours à reconstruire.

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Printemps et enfance,

Un chat noir sur l’allée blanche du jardin,

chevelures blanches et mauves des lilas,

par la brise un peu défaites ;

  chuchotis des arbres,

nudité rugueuse ou douce,

translucidité verte ou rousse;

dès l’angélus venu,

 sonore dans la campagne blonde,

l’extraordinaire veillée du soleil au dessus de la plaine

apparaît dans un ciel monochrome,

drapé d’une soie mauve ;

l' inaccoutumée tiédeur de mai !

Puis, tout près,

une petite fille, vêtue d’une robe claire,

sur une balancelle, en même temps que les roses,

se balance, s’élance jusqu’au ciel et même bien au delà ;

avec le soleil joue,

le vent les encourage, les aide.

Les roses blanches et jaunes,

 sont bien plus que des roses pour la petite Fleur si seule,  empétalée,

parfumée par ses sœurs végétales,

 pour elle désépinées !

Le chat noir sur l’allée blanche du jardin,

de ses grands yeux dorés et maquillées,

les contemple immobile;

il comprend, il sait.

C’est son premier secret !

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SOUVENIR D'ENFANCE...

Une image, une odeur, une atmosphère, un oiseau qui faisait notre ciel,… nous plongent parfois dans une enfance que nous avons tendance à embellir. Le bambin a grandi, ses goûts ont changé et peut-être après tout, n’est-ce qu’un leurre ?

Sa mémoire lui fait un film mais il s’obstine… Et aimerait tellement que, l’espace d’un instant ou quelques heures dans sa journée, le même bonheur lui revienne… Mais il se retrouve devant sa réalité et s’en trouve terriblement déçu… Alors, il s’en accommode et se dit, qu’après tout, il a bien vécu sans cela jusqu’à maintenant.

Qui ne se souvient des cuberdons de notre enfance ? Ils étaient tellement odorants que nous en salivions à l’avance… Il faut bien dire que si nous n’en étions pas privés, nous en connaissions la valeur, nos parents ne nous permettant de nous en délecter qu’avec parcimonie. Une fois en bouche, nous le gardions précieusement pendant quelques longues minutes pour nous en imprégner du goût avant de le croquer… C’était alors un feu d’artifice de saveurs qui pétillait sur le palais et glissait voluptueusement le long de la langue jusqu’au fond de la gorge… Nous recommencions l’opération jusqu’à ce qu’on nous le permette. Le petit sachet de bonbons restants était précieusement remis au fond de l’armoire jusqu’au lendemain…

J’ai vainement essayé de retrouver cette saveur d’antan. J’en ai testé des bonbons qui n’avaient de cuberdon que le nom. De toutes les couleurs alors que les vrais étaient rouges, sirupeux à l’intérieur et croquants… J’en ai été écœurée. Alors, je me contenterai de me souvenir…

Cuberdons, pâte de pommes, spéculoos, caramels au beurre, ballons de Tournai… Il a suffit d’y goûter un jour pour que la saveur reste ancrée en nous…

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Une grâce fabuleuse

 

Songerie

...

Très tôt, s’est emparée de moi l’ensorceleuse.

La passion me fit, maintes fois, soucieuse.

J’accueillais le besoin d’aimer intensément,

J’y consacrais mes soins fort minutieusement.

...

Cette énergie en moi me poussait à agir,

Sans prendre une minute, afin de réfléchir.

Je vivais, spontanée, avec exubérance.

Je crois, en y pensant, que j'avais de la chance.

...

Sous le soleil, un jour, le temps me sembla froid.

Je conservai le goût de chanter, toutefois.

A l’ardeur, succéda une morne indolence.

Qui affecta ma joie, non pas mon innocence.

...
Mon espoir perdura de revoir l'être aimé.

En ce monde tout est possible désormais.

Notre histoire n'est certes pas miraculeuse,

La grâce qui nous lie me paraît fabuleuse.

15 novembre 2008

 

 

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Les jours de nostalgie

 

 

Les jours de nostalgie, repensez-vous à moi,

mon ami de jadis qui, à la nuit venue,

me donniez rendez-vous sur un rayon de lune ?

...

Assis à mes côtés, vous déposiez des croix,

Petits baisers furtifs, sur mes notes de droit,

et moi, embarrassée, je rougissais d’émoi.

Est-ce si loin ce temps ou peut-il se confondre

avec cette minute et celles qui suivront?

...

Je n’avais que vingt ans, je suis restée la même,

et vous êtes, sans doute aussi, resté vous-même,

vivant dans le présent, toujours intensément,

aimant avec ardeur, trop exclusivement.

Les jours de nostalgie, repensez-vous à moi?

...

Non jamais? C’est tant pis! Je ne vous aime plus.

Excepté bien souvent, où pendant mon sommeil,

un génie malicieux vous ramène vers moi.

...

                                                                             28/12/1989

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Du 02-05 au 20-05-12 se tient à l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050, Bruxelles), une exposition à la fois fort intéressante et intrigante, laquelle a pour dénominateur commun (bien que différemment exprimé) la beauté et le mystère de l’entrelacs et de la courbe comme véhicule d’un voyage vers la pensée aboutie.Deux artistes méritent particulièrement notre attention, deux personnalités à la recherche obstinée d’elles-mêmes. Cette recherche passe par les arcanes de ce fil conducteur qui se fraye un chemin parmi les mille et une possibilités qui se dessinent sur la toile de la vie dont le tableau n’est que le modeste compte-rendu.Invisible est le fil d’Ariane qui sous-tend l’œuvre plastique de Madame 
MARIEVA SOL. Ce fil a pour particularité d’être le catalyseur d’un tracé qui ne s’achève que pour en créer un autre. La main qui le trace ignore tout de son futur. Du néant originel, elle lui assure une continuité. De segment en segment, elle porte la ligne directrice à son terme dans la réalisation d’une histoire. Que ce soit en termes plastiques ou littéraires (Marièva Sol est également auteure et poétesse), l’artiste se laisse guider par sa plume-pinceau dans l’instantané propre à l’écriture automatique.Les dessins exposés à l’ESPACE ART GALLERY illustrent un recueil intitulé
 DANSEZ MAINTENANT TOUT L’ÉTÉ DANS LA BISE – édité dans la Collection du Cercle des poètes du 18ème
 Paris, 2012. La poétesse Marièva Sol l’a spécialement conçu pour cette exposition. Quant aux dessins, ils se divisent en deux séries : une polychrome, l’autre monochrome.
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Le dénominateur commun à ces deux univers est le trait évoqué plus haut, lequel, au fil des entrelacs assure courbes et volutes aux personnages qu’il anime et que l’on croirait sortis tout droit d’un cirque imaginaire. Courbes et couleurs se marient pour créer la silhouette dans sa chair. Le couple est le thème central de l’œuvre de Marièva Sol. Néanmoins, aux dires de l’artiste, une stylisation volontaire entraînant une certaine raideur est apportée à la figure masculine. Tandis que les personnages féminins sont essentiellement régis par la courbe, accentuant à la fois leur sensualité (conçue comme condition sine qua non à la viabilité de l’Art par l’artiste) ainsi que leur féminité : maternité et plaisir de la forme, tout est guidé par l’entrelacs, englobant nature et figure humaine dans une ivresse de couleurs chatoyantes.Au contact de l’œuvre de Marièva Sol, le visiteur peut se demander si, en dernière analyse, il ne se trouve pas confronté à deux écritures. D’un côté, une œuvre polychrome portée par l’exubérance (43 x 53 cm pour toute la série), ensuite des pièces monochromes de dimension réduite par rapport à la première (24 x 32 cm) où le personnage, réalisé en bleu se détache sur un fond blanc. Si nous parlons de différence d’ « écriture », c’est parce que nous nous trouvons face à un langage du rythme différent dans son expression plastique.Dans son œuvre polychrome, l’artiste confère à ses personnages une musique rythmique essentiellement assurée par la conjonction entre la couleur et le trait. Tandis que dans ses compositions monochromes, le trait se révèle dans l’acrobatie restituée résultant de la posture. La danse en est le thème principal et des titres tels que 
TWIST,
FRENCH CANCAN,
CLAQUETTES,
HIP HOP ou
 SLOW, sont parfaitement évocateurs de l’idée de la torsion corporelle, essentielle pour mettre le volume en exergue. Mais il s’agit ici d’un volume traduit par la sensualité fine des courbes enlacées comme pour
 SLOW, lequel est un chef -d’œuvre de rythme issu de la posture. L’homme et la femme « empiètent », si l’on peut dire, sur la forme de l’autre tout en étant enlacés. Observez le mouvement du genou de la danseuse « enveloppant » celui du danseur, ainsi que la conception du visage de l’homme qui « occulte » celui de la femme. C’est de cet enlacement que naît le rythme de la danse, l’érotisme de la danse. Le texte qui l’accompagne intitulé 
DANSER AU-DELA DE LA VIE, tiré de son recueil cité plus haut, est un hymne à l’érotisme païen exprimé dans sa forme biblique :   (extrait)

                                        Soubrette

                                        Ou vestale

                                     Je danserai pour toi Seigneur

                                         Comète

                                         Vespérale

                                     Je t’offrirai enfin mon cœur

                                          Archange

                                          Ou démon

                                               (…)

                                          Te séduirai dernier amant

                                           Valseuse

                                            Sur nuage

                                            Dans tes bras divins réfugiée
12272807854?profile=original12272808255?profile=original12272808284?profile=originalLe texte demeure païen mais son objet pourrait se retrouver dans l’esprit du Cantique des Cantiques lorsque l’auteure associe charnellement l’amant à la figure de Dieu.Mais l’artiste a été aussi de tout temps fascinée par la magie de la Bande Dessinée. Et cela se perçoit dans son graphisme. L’humour et souvent la caricature, typiques de la BD, sont aussi de la fête comme il est loisible de le constater dans
 FRENCH CANCAN où le corps filiforme de la danseuse est, en quelque sorte, avalé par la jupe toute en guirlandes. Parmi les auteurs de bandes dessinées préférés de Marièva Sol figurent Franquin. Le personnage de
 GASTON LAGAFFE représente, selon ses dires, le summum de l’ « intelligence de la situation ».Les dessins de Marièva Sol sont l’expression d’une paix retrouvée. Une paix qu’elle avait perdue très jeune suite au décès de sa grand-mère envers qui elle était fort attachée. Cet évènement la plongera dans une grande solitude qui se transformera en souffrance et fera émerger en elle l’éclosion d’un mysticisme qui ne la quittera plus et dont son œuvre tant plastique que littéraire en est l’expression. Adolescente, elle se « disputera » avec Dieu lui reprochant de l’avoir abandonnée, tout en le priant. Ce qui contribuera à former en elle les prémices d’un déisme qui la rendra « chrétienne », avant même toute lecture didactique de la Bible. Tiraillée entre l’envie de devenir comédienne (elle a suivi les cours de René Simon) et celle d’être institutrice, elle optera pour le deuxième choix. Son expérience de l’univers de la pédagogie lui offrira l’opportunité de développer ses dons artistiques au bénéfice des enfants avec qui elle conservera un excellent contact, en leur redonnant confiance tout en les laissant s’exprimer dans une totale liberté. Ce contact optimal engendrera en elle le besoin de distiller le bonheur « au Monde », comme elle le dit.Parmi les critiques  exprimées par les personnes entrées en contact avec son œuvre, il en est une qui va très loin, à savoir que la gaité émanant de ses compositions témoigne d’un lourd passé de souffrance. Et comme l’artiste le dit elle-même, d’un vivre tragique est née une œuvre gaie où le festif et l’humour occupent la première place. Marièva Sol qualifie sa façon de créer comme l’expression d’ « une petite musique avec une idée à l’intérieur ». Si, d’aventure, une rupture de rythme devait se produire, cela ne serait pas si grave car elle se sent libre de s’exprimer comme elle l’entend. Le bonheur n’a nul besoin de règles pour s’épanouir.Il y a quelque chose d’intriguant dans le pseudonyme qu’a pris l’artiste : Marièva Sol.Le prénom, en tant que contraction biblique entre Marie, la mère de Jésus et Eva, la tentatrice…et puis Sol : le soleil ! Hélios ! Mélange terrible ou cocasse ? Peut-être les deux ensemble ! Car Marièva Sol révèle dans la beauté de son œuvre le souvenir de tensions passées.Marièva Sol qui travaille à l’encre n’a jamais fréquenté les Beaux-Arts, néanmoins, elle a fréquenté la Faculté des Arts Plastiques à Paris où elle a passé deux ans de Maîtrise sans présenter de Mémoire. L’artiste fait partie de plusieurs cercles de poésie.





Marièva Sol: Personnages de légendes (Vidéo proposée et réalisée par Robert Paul)

Cette volonté de s’abandonner à l’aventure de la main qui explore le terrain créateur se retrouve, différemment exprimée, chez Madame 
PATRICIA PROUST-LABEYRIE.Les œuvres présentées à l’ESPACE ART GALLERY résultent d’un projet intitulé « Arts et Sciences », lequel rassemble un groupe de plasticiens, de philosophes et de musiciens, à l’écoute des moindres variations dans le passage des émotions.Les œuvres présentées furent toutes réalisées l’été dernier. Elles résultent du résultat d’un mois d’enfermement chez elle où, se tenant à l’écart de la société, l’artiste s’est sentie extrêmement proche du Monde. Et par « Monde » il faut entendre « son monde personnel », l’empire de ses émotions lui ouvrant la voie à l’interprétation des évènements, en total décalage avec le réel.Sa peinture pose une interrogation : qu’est-ce que le réel ? Nous sommes tous dans l’impossibilité d’y répondre rationnellement. L’image, elle, s’en charge car en se déployant à notre regard, elle offre une myriade d’interprétations possibles.Parmi ses toiles exposées, un tableau faisant partie d’un triptyque (82 x 64 cm), interpelle nos sens.12272808660?profile=original
Par ses
 COURBES SPECULAIRES, Patricia Proust-Labeyrie nous offre un graphisme aux reflets démultipliés qui renvoient de manière inversée à la peinture de base. Cette perception phénoménologique du créé s’opère dans l’éventail émotionnel du visiteur comme un réel  miroir incarné par ce dernier, en ce sens qu’il devient, en quelque sorte, le miroir de l’œuvre de l’artiste. Ce qui résulte de cette œuvre à forte connotation intellectuelle est semblable à un message sur le buvard de l’âme apparaissant sous l’effet de l’encre sympathique. Leonardo da Vinci s’était lui-même essayé à cette technique. Et il y a fort à parier que ses résultats devaient s’approcher plus du mystère kabbalistique que de l’ « introspectif »  à proprement parler. Que ce soit en matière littéraire ou picturale, force est de constater qu’il y a un « avant » et un « après » Freud. Jérome Bosch avait beau extérioriser ses délires sur la toile, il n’en demeurait pas moins un produit de son siècle, s’inscrivant sur un substrat culturel gothique, définit par des canons bibliques. Lorsque Salvador Dali atteignit le pinacle de sa production surréaliste il avait parfaitement maîtrisé les principales théories psychanalytiques en vogue à son époque.Patricia Proust-Labeyrie, à la manière de Anselm Kieffer qu’elle révère, estime que le discours intellectualiste permet d’analyser sur le même plan l’Art avec les mutations sociopolitiques.Son travail s’efforce d’investiguer la pensée dans tous ses méandres. Un masque cache un autre masque et sa peinture déclenche l’ultime questionnement : que ce passe-t-il, à un moment déterminé dans la rencontre entre le créateur et son œuvre, en tenant compte du fait que le moment n’est nullement statique et qu’il est le résultat d’une suite d’autres moments, entraînant d’autres émotions ?La peinture de Patricia Proust-Labeyrie (à l’huile et à l’acrylique) participe d’un impressionnisme mental résultant d’une adaptation aux mouvements du lieu en phase avec les mutations du réel dont nous, miroirs sensibles, habitant au cœur de la peinture, incarnons les métamorphoses.L’artiste qui nourrit également une grande admiration pour Joseph Beuys et Malevitch, enseigne dans divers ateliers, de même qu’elle organise des séances « Bien être » d’Histoire de la peinture destinées aux patients du service psychiatrique de l’Hôpital Charles Perrens à Bordeaux.
L’arrêt sur image de la part du visiteur face à une œuvre de Patricia Proust-Labeyrie lui intime l’obligation de laisser promener son regard sur la surface entière du tableau, conçue comme un champ onirique où tout se dédouble et démultiplie pour retourner à la matrice.
Entrelacs et courbes spéculaires tracées par des mains qui se cherchent au fil de l’acte créateur. Un acte vers l’inconnu. Le poser signifie s’aventurer à travers les méandres d’une Terra Incognita. Mais quel que soit la conclusion de ce voyage, il ne peut que faire tomber le dernier masque : celui de notre inconditionnelle nécessité d’exister par la mémoire célébrée de cet acte.
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Vidéo proposée et réalisée par Robert Paul sur des oeuvres de Patricia Proust-Labeyrie


François L. Speranza.


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Beau paillon, toi qui voltiges
Dans l'azur éclatant du ciel,
Balançant à peine les tiges
De ces fleurs dont tu bois le miel.

Dis-moi donc, charmant petit être,
Poussière d'or et de soleil,
Quel doux miracle t'a fait naître ?
Et quel fut ton premier réveil ?

Ô Profond et divin mystère,
Avant de régner dans l'azur,
Tu rampas d'abord sur la terre.

Or, voici que ton aile brille
De l'éclat de mille couleurs :
Beau papillon, tu fus chenille,
Toi qui ressembles aux fleurs, tes soeurs,

(Adapté de F. Stockmar)

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La symphonie merveilleuse

 

C'est l'histoire d'une petite fille qui rêvait d'un monde meilleur, d'un monde de joie, d'amitié et d'amour.

 

Elle s'appelait Fany. Souvent, par curiosité ou par hasard, elle surprenait de discussions de 'grands',d'adultes.

Elle entendait que là-bas, dans des pays qui  lui paraissaient si lointains, des gens se battaient, faisaient exploser des villes, rasaient des forêts. Elle savait aussi, Fany, que beaucoup d'enfants souffraient...

Alors, le soir, dans son lit, entre larmes et espoir, Fany réfléchissait et parlait, parlait ...aux anges,à ceux qu'elle appelait ses amis. Elle  leur disait ses soucis, ses peurs, ses tristesses pour les enfants de là-bas. Et de tout son coeur elle souhaitait changer ce monde si dur et si injuste. Il est vrai qu'à huit ans on a les espoirs les plus fous, les plus généreux ...

 

La vie est si belle lorsque le printemps s'éveille et que la Nature éclate de santé, de beauté, de merveilles...

La Nature..Mais, oui ... La Nature...C'est peut-être là qu'elle trouverait la solution : dans la Nature, celle dont son ami Franco lui avait si souvent parlé. Franco, l'homme des bois, du silence, de la montagne.

Quand il racontait la montagne, Fany fermait les yeux et se laissait emporter... C'est lui qui lui avait appris les merveilles de la Nature: le soleil qui se lève pour un jour nouveau, plein de promesses; le joyeux murmure d'un ruisseau qui bondit d'une pierre à l'autre; le bruissement du vent dans un feuillage, le chant d'un oiseau qui s'élève au coeur de la forêt.

La Nature qui exprime tout son Amour pour qui sait l'apprécier, pour qui sait l'écouter,pour qui sait le vivre...

 

Une nuit, Fany rêve: elle se voit dans la Nature, et elle trouve une réponse ...

Au réveil, très décidée et avec le souvenir des confidences de son ami, Fany part pour la forêt, seule, avec un coeur ' gros comme ça' !

Déjà, derrière la montagne,on devine le lever du soleil, Fany connaît un endroit merveilleux pour voir le soleil se lever.

Elle aime beaucoup ce moment de la journée... la naissance du jour.

Le soleil lui envoie ses premiers rayons remplis d'un amour extraordinaire: elle les prend en plein coeur et se sent comme soulevée de terre...une douce musique l'entoure, l'envoûte. Elle se sent si légère , comme si elle flottait.

Elle voit la lumiète ,telle qu'elle est, parfaite.

Incapable de prononcer le moindre mot, Fany vit ces instants intensément, à l'écoute de toutes les merveilles qu'elle traverse lorsqu'elle devine une présence . Elle croit d'abord apercevoir une libellule puis, sa vue plus claire ,elle distingue un petit personnage qui virevolte autour d'elle. Tout en riant, il a l'air de bien s'amuser de l'air surpris de Fany.

C'est un Elfe, un fils du Vent.

- Bonjour Fany ! Je suis content de te voir. Nous t'attendons depuis si longtemps !

- Depuis longtemps... vous m'attendez ?

- Oui..Tu rêves d'un monde meilleur ..

- C'est vrai..mais comment le sais-tu? Qui te l'a dit ?

- Oh , ne t'inquiéte pas. Nous les fils du vent savons beaucoup de choses...

Alors voilà: la réalisation de ton rêve dépend de toi et de toi seule. Tu auras certainement besoin d'aide, mais il ne tient qu'à toi de suivre le chemin que te dictera ton coeur. tu pourras rendre le monde meilleur et plein d'amour si tu le veux vraiment.

- Bien sûr que je le veux ! Mais comment vais-je m'y prendre, je n'y arriverai sans doute jamais.

- Je te le redis: il te suffira d'écouter la voix de ton coeur...Laisse-toi guider par cette petite voix .

 

Fany allait poser encore plein de questions au petit Elfe quand elle se rendit compte qu'il avait disparu.

Elle se retrouve seule, assise au pied d'un chêne immense. Plongée dans ses réflexions, elle ne voit pas le jour décliner et s'endort contre le tronc du grand arbre.

Soudain, fany se retrouve à l'intérieur du chêne ! Et là, un monde incroyable s'offre à ses yeux ..

Au coeur du grand chêne,règne une intense activité. Des dizaines, des centaines de petits personnages s'affairent dans tous les sens et avec un ordre qui semble parfaitement réglé. Chacun occupe une place bien précise et effectue sa tâche avec passion. Ils sont tellement absorbés qu'ils ne s'aperçoivent même pas la présence de la petite fille.

Fany constate que l'endroit où elle se trouve est divisé en sept parties distinctes selon les couleurs de l'arc-en-ciel.

Les lutins disposent devant eux de très grands seaux dont ils extirpent de toutes petites gouttelettes qu'ils placent délicatement dans des petits sachets de couleur. Fany se dit qu'elle a une chance exceptionnelle: elle assiste à la fabrication d'un arc-en-ciel !

Mais voilà qu'un lutin, vêtu différement s'approche d'elle pour l'accueillir. C'est le Grand Maître des couleurs...

Il  explique à Fany qu'elle se trouve à l'endroit même où l'on confectionne les gouttes de rosée qui sont dispersées chaque matin sur chaque feuille, sur chaque fleur, sur chaque brin d'herbe.

Grâce aux Ondines qui s'ébattent joyeusement dans les réserves d'eau de la terre, ces gouttes de rosée possèdent un pouvoir extraordinaire: au lever du soleil, les Salamandres, ces petits personnages qui habitent le soleil, envoient les rayons sur les gouttes de rosée. Les sept premiers rayons forment alors un arc-en-ciel et , de cette rencontre entre le soleil et la rosée, entre le feu et l'eau, jaillit l'espace d'une seconde, la symphonie merveilleuse de la Nature: une musique pleine de force et d'amour magique, capables de réaliser les rêves les plus secrets, les espoirs les plus fous.

C'est seulement pendant cette seconde que la symphonie possède un pouvoir magique: il suffit qu'un seul être humain l'entende de tout son coeur et de tout son amour et il peut changer le monde. Seulement pendant cette seconde-là...

Jusqu'à ce jour, les hommes ne se sont pas préoccupés de cette symphonie merveilleuse, trop absorbés par leur activités, persuadés que tout s'achète, et que la Nature ne rapporte rien ...

Les yeux écarquillés, Fany écoute les explications et à mesure que le récit avance, la fillette comprend mieux la richesse de sa rencontre avec le fils du Vent et les confidences de son ami Franco.

Le Grand Maître des couleurs termine à peine son récit que Fany se retrouve au pied du chêne.

Elle constate qu'elle a passé la nuit au coeur de l'arbre et que le jour est sur le point de se lever.

Suivant la voix de son coeur, elle se laisse tendrement bercer par une douce brise où elle reconnai^t son ami le petit Elfe, puis émerveillée, elle voit les septs premiers rayons du soleil se répandre sur les gouttes de rosée.

Elle est alors transportée de Joie et d'Amour dans une explosion de couleurs et de musique merveilleuses.

De tout son petit coeur débordant d'espoir et d'amour ,elle souhaite un monde meilleur et là au plus profond de la lumière , dans l'écrin de la symphonie magique , elle voit naître un monde de Paix et d'Amour.

 

Là-haut, dans la forêt qui mène au sommet de la montagne , un homme , l'ami Franco comprend lui aussi qu'il vit le premier jour d'un monde nouveau, où les hommes retrouveront la Paix et l'Amour entre eux, et avec toute la Nature .

 

Jacques Staempfli ( Eclats de mots)

 

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Éloge de la villanelle

 

                                                                                                 

Villanelle

...

Poétique, amusante,

La villanelle ravit.

Elle babille, charmante.

...

Sa structure est attrayante.

À retirer de l'oubli,

Poétique, amusante.

...

Naïve mais contraignante.

Ses exigences s'allient,

Elle babille, charmante.

...

Elle devient élégante

Quand la grâce l'ennoblit,

Poétique, amusante.

...

Joyeusement innocente,

Se moquant, elle sourit.

Elle babille, charmante.

...

Inattendue, elle chante,

Reposant certes l'esprit.

Elle babille, charmante,

Poétique, amusante.

...

7 mai 2012

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L'ART du THE

L12272806491?profile=originalLe musée d'Arts Asiatiques de Toulon  présente jusqu'en Octobre tout un éventail de céramiques Japonaises et Coréennes du Musée Cernuschi de Paris

Il est question de l'histoire du Thé depuis son origine en Chine au VIII ème siècle  et sa dégustation pour garder en éveil les moines durant leurs longues méditations

C'est un prêtre Zen qui l'introduisit au Japon au XIV ème siècle sa consommation se généralise alors par des rites codés et raffinés qui deviennent l'incarnation même du geste et de l'harmonie comme une conception de vie remarquable de simplicité austère

Telle cette présentation à Toulon comme à Kyoto  comme à Nice  (A suivre au prochain billet )

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J'ai rentrer

apres des mois tres dificiles j'ai rentrer. Je voudrais prendre beaucoup de temps parmi les amis ici et vois leur oeuvres et prend d'inspiration. J'ai ajouter encore de mes oeuvres si j'espere que ils vous plairent. Merci a tous qui a ajouter des beaux commentaires sur mes oeuvres.

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Au bord d'un lac illimité

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Silence dans l’arrêt du temps.

La beauté engendre l’ivresse

Sous un ciel d’un bleu ardent.

... 

Illimité un lac argent.

Je longe un jardin en liesse.

Silence dans l’arrêt du temps.

... 

Sur la rive de nombreux bancs.

Une brise tendre caresse,

Sous un ciel d’un bleu ardent.

... 

Le zéphyr de paix se répand.

Pour que l’espérance renaisse,

Silence dans l’arrêt du temps.

... 

Ce lieu crée un enchantement.

Mon âme s’emplit de tendresse,

Sous un ciel d’un bleu ardent.

... 

Aucun présage inquiétant,

Nul regret, porteur de tristesse.

Silence dans l’arrêt du temps,

Sous un ciel d’un bleu ardent.

... 

                                                                      8 septembre 2006

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J'ai une immense admiration pour l'oeuvre de Raymond Trousson. Le XVIIIe siècle y occupe une place prépondérante.

Etant donné que 2012 est l'année Rousseau, je m'attache à lire la biographie que R. Trousson lui a consacrée.

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BIBLIOGRAPHIE DE RAYMOND TROUSSON

 

Livres

Le thème de Prométhée dans la littérature européenne, Genève, Droz, 1964, 2 vol. (2e éd. augmentée 1976; 3e éd. 2001).

Un problème de littérature comparée : les études de thèmes. Essai de méthodologie, Paris, Lettres Modernes, 1965.

Socrate devant Voltaire, Diderot et Rousseau. La conscience en face du mythe, Paris, Lettres Modernes, 1967.

Rousseau et sa fortune littéraire, Bordeaux, Ducros, 1971 (2e éd. augmentée, Paris, Nizet, 1977).

Voyages aux Pays de Nulle part. Histoire littéraire de la pensée utopique, Bruxelles, Éditions de l'Université, 1975 (2e éd. augmentée 1979; 3e éd. revue et augmentée 1999).

Thèmes et mythes. Questions de méthode, Bruxelles, Éditions de l'Université, 1981.

Balzac disciple et juge de Jean-Jacques Rousseau, Genève, Droz, 1983.

Le Tison et le Flambeau. Victor Hugo devant Voltaire et Rousseau, Bruxelles, Éditions de l'Université, 1985

Stendhal et Rousseau. Continuité et ruptures, Köln, DME-Verlag, 1986 (2e éd., Genève, Slatkine Reprints, 1999).

Jean-Jacques Rousseau. I. La marche à la gloire, Paris, Tallandier, 1988. II. Le deuil éclatant du bonheur, Paris, Tallandier, 1989 (2e éd. 2003).

L'affaire De Coster-Van Sprang, Bruxelles, Éditions de l'ARLLFB, 1990.

Charles De Coster ou La vie est un songe, Bruxelles, Labor, 1990.

Jean-Jacques Rousseau. Bonheur et liberté, Nancy, Presses Universitaires, 1992.

Histoire de la libre pensée. Des origines à 1789, Bruxelles, Éditions Espace de Libertés, 1993.

Jean-Jacques Rousseau. Heurs et malheurs d'une conscience, Paris, Hachette, 1993.

Isabelle de Charrière. Un destin de femme au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1994.

Défenseurs et adversaires de Rousseau. D'Isabelle de Charrière à Charles Maurras, Paris, Champion, 1995.

Images de Diderot en France 1784-1913, Paris, Champion, 1997.

D'Utopie et d'Utopistes, Paris-Montréal, L'Harmattan, 1998.

Petite histoire de l'Académie, Bruxelles, Éditions de l'ARLLFB, 1999.

Iwan Gilkin poète de la nuit, Bruxelles, Labor, 1999.

La Légende de La Jeune Belgique, Bruxelles, Éditions de l'ARLLFB, 2000.

Jean-Jacques Rousseau jugé par ses contemporains, Paris, Champion, 2000.

Visages de Voltaire XVIIIe-XIXe siècles, Paris, Champion, 2001.

Religions d'utopie, Bruxelles, Ousia, 2001.

Charles Van Lerberghe. Le Poète au crayon d'or, Bruxelles, Labor, 2002.

Sciences, techniques et utopies. Du paradis à l'enfer, Paris, L'Harmattan, 2003.

Antoine-Vincent Arnault. Un homme de lettres entre classicisme et romantisme, Paris, Champion, 2004.

Rousseau par ceux qui l'ont vu, Bruxelles, Éditions de l'ARLLFB-Le Cri, 2004, 308 p.

Denis Diderot ou le vrai Prométhée, Paris, Tallandier, 2005.

Diderot jour après jour. Chronologie, Paris, Champion, 2006.

Diderot, Paris, Gallimard, coll. «Folio biographies», 2007.

Éditions critiques

Fougeret de Monbron, Le Cosmopolite ou le Citoyen du monde suivi de La Capitale des Gaules ou La Nouvelle Babylone, Bordeaux, Ducros, 1970.

Louis-Sébastien Mercier, L'An deux mille quatre cent quarante. Rêve s'il en fut jamais, Bordeaux, Ducros, 1971.

Diderot, Apologie de Socrate, dans Œuvres complètes, Paris, Hermann, 1978, t. IV, p. 235-81.

Tiphaigne de la Roche, Histoire des Galligènes, Genève, Slatkine, 1979.

Louis-Sébastien Mercier, L'An deux quatre cent quarante suivi de L'homme de fer (édition de 1799), Genève, Slatkine, 1979.

Denis Veiras, Histoire des Sévarambes, Genève, Slatkine, 1979, 2 vol.

Simon Tyssot de Patot, La vie, les aventures et le voyage de Groenland du R.P. Cordelier Pierre de Mésange, Genève, Slatkine, 1979.

Simon Tyssot de Patot, Voyages et aventures de Jacques Massé, Genève, Slatkine, 1979.

Gabriel de Foigny, La Terre australe connue, Genève, Slatkine, 1981.

Diderot, Le Pour et le Contre ou Lettres sur la postérité, texte établi par E.Hill, introduit et annoté par R. Trousson, dans Œuvres complètes, Paris, Hermann, 1986.

Diderot, Les Deux amis, texte établi, présenté et annoté par R. Trousson, dans Œuvres complètes, Paris, Hermann, 1986, t.XXV, p. 445-54.

Diderot, Plan d'une tragédie intitulée Térentia, texte établi, présenté et annoté par R. Trousson, Paris, Hermann, 1986, t.XXV, p. 455-507.

André Baillon, Le Pénitent exaspéré, texte établi et commenté par R. Trousson, Bruxelles, Labor, 1988.

Lettres et pensées du prince de Ligne, d'après l'édition de Madame de Staël; présentées et annotées par R. Trousson, Paris, Tallandier, 1989.

Romans libertins du XVIIIe siècle, introductions et notes par R. Trousson, Paris, Laffont ("Bouquins"), 1993 (rééd. Paris, Édition du Club France Loisirs, 1999).

Charles De Coster, Lettres à Elisa, texte établi, présenté et annoté par R. Trousson, Bruxelles, Labor, 1994.

Voltaire et les droits de l'homme. Textes sur la justice et la tolérance, présentés et annotés par R. Trousson, Bruxelles, Editions Espace de Libertés, 1994.

Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, présentées et annotées par R. Trousson, Paris, Imprimerie Nationale, 1995, 2 vol..

Jules Destrée, Journal 1882-1887, texte établi, présenté et annoté par R. Trousson, Bruxelles, Éditions de l'ARLLFB, 1995.

Romans de femmes du XVIIIe siècle, introductions et notes par R. Trousson, Paris, Laffont ("Bouquins"), 1996.

Charles De Coster, Contes brabançons - Le Voyage de noce, édition présentée par R. Trousson, Bruxelles, Labor, 1997.

Le Roman noir de la Révolution, édition établie, présentée et annotée par R. Trousson, Bruxelles-Paris, Complexe-Nathan, 1997.

Iwan Gilkin, Mémoires inachevés. Une enfance et une jeunesse bruxelloises 1858-1878, texte établi, présenté et annoté par R. Trousson, Bruxelles, Labor, 2000.

Jean-Jacques Rousseau, Paris, Presses de l'Université de Paris Sorbonne ("Mémoire de la critique"), 2001.

Charles Van Lerberghe, Lettres à Fernand Severin, texte établi, présenté et annoté par R. Trousson, Bruxelles, Éditions de l'ARLLFB, 2002.

A.-V. Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire, édition critique par R. Trousson, Paris, Champion, 2003.

Charles-Joseph de Ligne, Règne du grand Selrahcengil, dans Caractères et portraits, édition critique dirigée par D. Acke, Paris, Champion, 2003, p. 81-92.

Charles-Joseph de Ligne, Mes conversations avec Jean-Jacques (1796) – Mes deux conversations avec Jean-Jacques (1809), dans Caractères et portraits, édition critique dirigée par D. Acke, Paris, Champion, 2003, p. 485-500.

P. Mantegazza, L'An 3000. Rêve, traduction, introduction et notes par R. Trousson, Paris, L'Harmattan, 2003.

Denis Diderot, Paris, Presses de l'Université de Paris Sorbonne ("Mémoire de la critique"), 2005.

Charles-Joseph de Ligne, Suite du roman : Valérie ou Lettres de Gustave de Linar à Ernest de G., dans Œuvres romanesques, t. II, édition critique dirigée par M. Couvreur, Paris, Champion, p. 261-287.

J.P.G. Viennet, Mémoires et Journal 1777-1867, texte établi, présenté et annoté par R. Trousson, Paris, Champion, 2006.

Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau, publié sous la direction de Raymond Trousson et Frédéric S. Eigeldinger, Paris, Champion, 2007.

Charles De Coster journaliste à l'Uylenspiegel, Bruxelles, Espace de libertés, 2007.

Diderot, Paris, Gallimard, 2007.

Voltaire 1778-1878, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2008.

«Voltaire, Pandore», dans Œuvres complètes de Voltaire, 18C, Oxford, Voltaire Foundation, 2008.

Voltaire, Paris, Tallandier, 2008.

Sébastien Longchamp, Anecdotes sur la vie privée de M. de Voltaire, présenté et annoté par Raymond Trousson, Paris, Champion, 2009.

«Voltaire, Socrate», dans Œuvres complètes de Voltaire, 49B, Oxford, Voltaire Foundation, 2009, p. 265-346.

J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, La Vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, édition présentée et annotée par R. Trousson, Paris, Champion, 2009.

Victorine de Chastenay, Mémoires, présentés et annotés par R. Trousson, Paris, Tallandier, 2009.

C.A. Collini, Mon séjour auprès de Voltaire, édition présentée et annotée par R. Trousson, Paris, Champion, 2009.

Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, édition critique par R. Trousson, Paris, Champion Classiques, 2010.

L.-S. Mercier, De J.-J. Rousseau considéré comme l’un des premiers auteurs de la Révolution, Paris, Champion, 2010.

Jean-Jacques Rousseau. En 78 lettres, un parcours intellectuel et humain, Cabris, Éditions Sulliver, 2010.

BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

Vérité et littérature au XVIIIe siècle. Mélanges rassemblés en l'honneur de Raymond Trousson, Paris, Champion, 2001.

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Frida Kahlo par Angélique Ionatos

Marie-Anne Georges

Mis en ligne le 05/12/2003

Pour la première fois, l'artiste grecque chante en espagnol.«Alas pa'volar» décline des extraits du journal de la peintre mexicaine.

Angélique Ionatos est une artiste atypique. Dès qu'on la qualifie ainsi, la chanteuse grecque ne manque pas de relever, dans un éclat de rire, l'alpha privatif de cet adjectif dans sa langue d'origine. Cela fait trente ans qu'elle poursuit son petit bonhomme de chemin, assez éloigné des émissions télévisées de variétés, davantage proche d'un public fidèle qui remplit les salles où elle se produit. Elle ne se plaint pas de cet état de fait. «Depuis que j'ai 18 ans, je vis de ce que j'aime. Je chante et on me paie pour cela. Quel luxe!»

Rapport à la poésie

Eprise de poésie, Angélique Ionatos a beaucoup chanté, dans sa langue natale, son auteur de prédilection: Odysseus Elytis, prix Nobel de littérature en 1979. Volubile, elle parle de son rapport organique à la poésie. «Je ne peux pas vivre sans. La poésie, c'est la vie. Depuis que je suis toute jeune, ma mère m'a récité de la poésie. C'est dans la forme poétique que j'ai trouvé les choses les plus fortes qui m'ont donné envie de vivre et de comprendre le monde. Au commencement, il y a le verbe. La Bible est un livre très poétique, qui est le livre des livres. J'en parle d'autant plus facilement que je ne suis pas croyante.»

Et de poursuivre, tout aussi passionnée: «Qu'est-ce que le propos poétique? Des choses quotidiennes, éclairées différemment, apparaissent comme inédites. Chez les enfants la poésie est innée, parfois, après, certains se donnent beaucoup de mal pour l'étouffer.» Après «Marie des brumes» et «Sappho de Mytilène», voilà qu'Angélique Ionatos s'empare d'une autre figure féminine mythique: Frida Kahlo. Et celle qui a un rapport assez familier avec l'espagnol chante pour la première fois dans cette langue. «Cela surprend tout le monde, mais le grec et l'espagnol sont deux langues qui possèdent une phonétique similaire.» Pour la petite histoire, Angélique est fille d'un marin qui ramenait de ses voyages en Amérique du Sud des disques qu'elle écoutait en boucle. Plus tard, elle maîtrisera l'espagnol après l'avoir étudié durant trois ans.

Ceci posé, l'idée de l'album «Alas pa'volar» (Des ailes pour voler) en revient à Christian Boissel, fidèle orchestrateur musical de ses dernières productions. «Il y a 5-6 ans, il est tombé amoureux du journal de Frida Kahlo. Il s'est mis en tête d'en mettre en musique des extraits. Au fur et à mesure, il m'a fait part de son désir que je les interprète.» Si certaines parties du journal ont été mises en musique telles quelles, d'autres ont nécessité une adaptation. Un travail réalisé par Christine Ferarios, et consistant, par exemple, en une inversion de phrases. «Un travail de haute couture par rapport à la musique», relève Angélique Ionatos.

Là voilà donc, à l'aube de ses 50 ans, plongée dans l'univers de cette peintre à la vie plus que mouvementée, militante à la personnalité exigeante. «Il est vrai que quand on compose soi-même, ce qui est mon cas depuis longtemps, on a parfois envie de se reposer de son propre univers. Je trouvais que c'était une bonne occasion d'aller voir ailleurs en tant qu'interprète.»

Mais se plonger ne signifie pas forcément se fondre, d'autant plus que Christian Boissel a emballé le tout dans un environnement musical éloigné des canons de la musique mexicaine - mais pas hispanophone. Pour preuve, ce «Tango de la lokura». «Christian n'a pas voulu faire "à la manière de". De toute façon, il n'est pas de cet univers-là, il ne peut pas tricher.»

La scène avant tout

Du disque à la scène, il n'y avait qu'un pas, rapidement franchi, étape quasi incontournable pour l'artiste. «J'ai été très claire. Je ne voulais pas faire semblant d'être Frida. Je ne voulais pas non plus de mexicaneries de pacotille, ni des choses comme cela. Et cela a été entendu. On a travaillé avec le Colombien Omar Porras (par ailleurs metteur en scène d'un fantaisiste «Ay Quixote» et de «Noces de sang» remarquées, NdlR) qui n'était pas en mal d'exotisme. Il a fait quelque chose de très léger, d'onirique, de poétique.» Et la chanteuse de préciser: «Lors de mes précédentes prestations, j'ai toujours voulu qu'il y ait une petite mise en scène, mais la musique restait la maîtresse de mes mouvements. Ici, c'est vraiment du théâtre musical avec chaque chanson qui raconte une histoire.» Alors que le parti pris musical de Christian Boissel peut parfois surprendre, l'interprétation qu'en donne Angélique Ionatos donne chair et voix à des états paroxystiques - pourrait- il en aller autrement alors que sa patrie est aussi celle de la tragédie? Désir furieux de celui qui n'est pas là, sublimation de l'être aimé, peine, douleur, habitent l'album. A l'image de ce troublant «Y a volar» où Frida écrivait: «Des pieds pour quoi faire/Si j'ai des ailes pour voler/Appui numéro un, appui numéro deux/C'est le un qui me fait défaut/Et c'est lui qu'il me faut.»

Angélique Ionatos canta Frida Kahlo, «Alas pa'volar», un CD Naïve, NV 46911

© La Libre Belgique 2003

Savoir Plus

Et en Belgique? Jusqu'à présent, le spectacle n'est pas programmé dans notre pays. Au grand regret d'Angélique Ionatos qui, à l'adolescence, passa quelques années en Belgique. A l'affiche des Abbesses à Paris, entre les 14 et 26 octobre, «Angélique Ionatos canta Frida Kahlo» reçut la visite de pas mal de programmateurs de centres culturels, mais aucun belge. En attendant, l'artiste espère que son agent arrivera à récupérer la situation afin de trouver la bonne personne qui la représentera dans notre pays. D'ici là, outre diverses dates en France, le spectacle devrait, tout naturellement, être accueilli par le festival de Mexico.

© La Libre Belgique 2003

 

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Ma sœur, qui préfère l’agitation de la ville à celle de la campagne, me faisait remarquer hier, alors que nous faisions la file à la caisse, que les gens trouvaient normal d’attendre tandis que deux caissières s’entretenaient entre elles pendant qu’une cliente prenait son temps pour ensacher ses achats…

Elle me disait que, dans son coin, chose pareille n’existerait pas sous peine d’une émeute. En effet, il m’est déjà arrivé, alors que je l’accompagnais, d’être étonnée de la rapidité avec laquelle vous êtes expédié… Vous n’en avez pas encore terminé avec les vôtres que, des marchandises du client qui vous suit arrivent déjà sur le tapis…

Si je déteste faire les courses, la caisse est le seul endroit où je me sens à l’aise dans un magasin… L’attente ne me dérange pas… Bien au contraire, je la mets à profit pour étudier le genre humain… Souvent étonnant : c’est là que vous trouvez la plus grande panoplie des vices et des vertus…

En premier, il y a la mémère qui s’est arrangée pour faire ses courses à l’heure de grande affluence et qui râle parce qu’elle est pressée… faisant des yeux de chien battu parce qu’il se trouve toujours une âme charitable, très souvent un jeune homme « bien de sa personne » qui détesterait qu’on pense que « les jeunes sont tous pareils » ou qui a tout simplement une âme de boyscout… Cette mémère donc, fini immanquablement par passer avant tout le monde…

Devant vous, la mère de famille rentrant du boulot et pressée d’aller nourrir ses oisillons affamés, vous prend à témoin de la situation… C’est tout juste si elle ne proposerait pas la solution finale pour tous ces vieux emmerdeurs qui n’ont que ça à faire toute la journée…

-Vous avez bien raison, madame, éradiquons les vieux… Mais avez-vous songé que nous le deviendrons tous un jour ? Et peut-être serons-nous alors bien content d’aller emmerder un tas de gens aux heures de pointes… Le seul moment où on peut encore voir du monde et se donner une importance qu’on a perdue au sein de sa famille.

 Des cris, des jérémiades, des pleurs… Il se trouve toujours l’un ou l’autre parent qui a fort à faire entre le petit tas hurleur qui se roule par terre, le caddie rempli de cochonneries sucrées, frelatées, jouets en tout genre, et les œillades outrées de la dame de bonne famille qui elle, « dresserait vite fait » le chenapan… Ce qu’elle essaie d’ailleurs vainement de faire. Finalement, le petit Kevin (pourquoi s’appellent-ils tous Kevin ?) triomphant, pose sur le tapis le jouet ou le bonbon que sa mère, jurant qu’on ne l’y reprendra plus, qu’il restera une autre fois seul à la maison, a renoncé à lui arracher des mains.

-J’adore tous les Kevin, je leur fais d’ailleurs toujours un clin d’œil complice… Pourquoi être sage ? Puisqu’alors vous ne recevez rien, pas même un encouragement… Le jouet qu’il ne regardera plus dans quelques minutes est son trophée, sa victoire… Pour quelle raison s’en priverait-il ? Et pourquoi devrait-on plaindre un parent qui n’a rien compris à l’éducation ? Une bonne action égale une récompense… fût-elle orale, un simple encouragement, une mise en valeur de l’acte d’être un enfant sage… Par contre, l’inverse est aussi vrai : si je ne suis plus adepte de la fessée, je refuse de croire, comme certains le prétendent, qu’un enfant est trop petit pour comprendre…

Mais je me perds dans mes pensées… Comme toujours lorsque je suis la dernière de la file d’attente… Ceux qui étaient derrière moi sont partis depuis longtemps à une autre caisse… Où, bien souvent, ils n’ont gagné que peu de temps.

Vous y trouvez aussi parfois le voleur, quasi pour le fun, puisqu’aux caisses, vous ne trouvez que les bonbons qui attireront le regard des Kevin… Ce qui, vous l’avouerez, ne vaut pas la peine d’être pris en flagrant délit…Tout le monde n’y a vu que du feu… Sauf moi… Mais il peut être rassuré : je ne suis pas une délatrice et puis,  les magasins, voleurs volés, n’ont qu’à être plus vigilants… J’admire la technique et je regarde ailleurs.

Ah, c’est à mon tour… Veuillez m’en excuser, mais je dois m’occuper de mes marchandises… Vous voyez, comme  cela va vite lorsqu’on prend la peine de prendre le temps et d’observer ses semblables.

Maintenant, je me consacre entièrement à la caissière… Avez-vous pensé qu’à l’heure où vous râlez parce qu’il faut encore faire des courses avant de rentrer du boulot ou pendant vos heures de liberté, elle travaille… Elle doit tout entendre, recevoir les plaintes, les affronts et les morves des Kevin ?

Alors, un bonjour, un merci et un au revoir… enrobés d’un sourire… Et quelques mots gentils pendant le scannage des marchandises… cela ne mange pas de pain, donne un peu de courage à la dame et me donne l’impression d’un peu de soleil dans mon petit cœur de hérisson.

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