Un regard s'est perdu dans le bleu du lointain et de l'immensité.
La lune comme un point qui se voudrait discret en devient irréelle.
Comme une voie lactée jetée là, au hasard, une tache grisonne ce qu'il reste de bleu.
Tout en-dessous du ciel, une longue bâtisse.
Telle une sombre ferme où tout s'est endormi.
Pas de vent, pas de vie et la terre blanchie, dirait-on par le gel.
Mais la vie, que d'ici on aurait dit absente, s'éveille des fenêtres comme la répartie des humains à la lune.
Le peintre à cet instant a clos le chevalet, nettoyé l'appuie-main et rangé les pinceaux. Puis, les doigts engourdis s'en est allé cueillir, dans l'aube qui perçait, un titre à son sujet.
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Il restera, n'en doutons pas
des hommes, des femmes et de merveilleux enfants
et des chansons à partager
Cerisier rose dans un monde volcanique, par EVENEY
En cliquant sur le lien qui suit, belle surprise d'une superbe chanson...
Comment trouver l'accord secret.mp3
Un merveilleux Hallelujah, n'est ce pas
Sous la lune, ce paysage est encore plus sublime ;
la face cachée des fleurs et des arbres,
l’humeur secrète des monts et des eaux
y ont une autre séduction.
Yuan Hongdao (1568-1610)
Essence de vie
Chef-d’œuvre non signé
Chef-d’œuvre d’humilité
Saisir la beauté et la sublimer.
Harmonie, respect, pureté, sérénité
Humanité délivrée
Simplicité inspirée
Complicité, spontanéité.
Transcender l’ordinaire
Creuser aux racines
Pour atteindre l’universel.
Conscience, essence de vie
Sincérité de cœur et d’esprit.
Ainsi la fleur de cerisier s’abandonne au vent
Gagne l’onde, quitte le réel pour l’éternel.
Michel Lansardière
« Harmonie, respect, pureté, sérénité » : principes du zen (tch’an en Chine) selon Sen no Rikyū (1522-1591), maître de thé japonais de l’école wabi. Comme lui, le lapidaire chinois, par un travail sur soi, solitaire, communie, interagit avec la nature. Sa pratique vient de l’Eveil.
Au Japon, le wabi-sabi (wabi : solitude, nature, simplicité… et sabi : vieillissement, patine des objets…) est un concept esthétique et sentimental qui reflète le passage du temps, le travail des hommes, la modestie, la sobriété… que l’on peut trouver dans les choses simples (une pierre, un bouquet, un arbre - ikebana ou bonsaï -, un jardin sec, un parfum - kōdō -, ou la cérémonie du thé). Soif d’idéal.
« Quand arrive le printemps,
Je m’assieds dehors pour travailler
Et je ne m’ennuie jamais.
Avec un ciseau dans la main,
De la pierre je fais jaillir des fleurs. »
Anonyme japonais
(Poème du début du XVIe siècle figurant sur un rouleau illustré, ou emaki, le Sanjuniban Shokudin Uta-awase, réalisé suite à un concours de poésie, un uta-awase)
Illustration : Pierre de rêve (mengshi), détail.
Eau et rocher (montagne miniature du jardin chinois)
Vide médian/souffle/âme/respiration/énergie
« La lune approfondit le chagrin de nos secrets enfouis. »,
Li Bai (ou Li Po, 701762)
La pierre est ordinaire, une couche de calcédoine blanche (cortex) fait ressortir le cœur (noyau ou nucléus) gravé par l’artiste anonyme.
Le banal ainsi est transcendé.
Une pierre dont la contemplation est décidément très inspirante.
Puisque au fond rien n’a d’existence,
au moins son cœur de silice résiste au feu
des passions qui nous consument.
M. L.
Ce réseau très dense est touché, comme dans le monde entier, d'ailleurs par la crise covid.
Aussi, je tiens simplement à citer le nom de toutes ces entites.
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RYTHMES ET BRILLANCES : DE LA CONTEMPORANÉITÉ DE L’ŒUVRE DE GILLES WERBROUCK
La galerie d’art et antiquariat LE 300 (300, Chaussée d’Ixelles, 1050 Bruxelles) a le plaisir de présenter l’œuvre de l’artiste belge, Monsieur GILLES WERBROUCK, axée sur ses compositions réalisées en tapisserie.
Il y a dans l’art de GILLES WERBROUCK la volonté de communier avec l’esthétique contemporaine. Cette approche esthétique se concrétise, notamment, dans l’emploi de la couleur noire. Une couleur noire, laquelle depuis Soulage, capture la lumière pour la réverbérer de l’intérieur vers l’infini. Ceci vaut pour la peinture. Mais il s’agit ici de tapisserie. Ce n’est donc pas un tableau que nous avons devant les yeux mais bien une œuvre tout en fils et en mailles. La tapisserie est apparue dans l’histoire de l’Art dès l’Antiquité Classique et proche-Orientale, en produisant des scènes de toutes sortes, toujours au diapason avec le substrat culturel des époques dans lesquelles elle s’est inscrite. La tapisserie permet à l’artiste d’explorer les possibilités que lui offrent les couleurs tant dans leurs variantes en rapport avec la lumière comme avec la création du volume. Néanmoins, comme le précise l’artiste, c’est avec la couleur noire qu’il trouve son medium d’expression majeur. L’artiste l’explore sous toutes ses « coutures ». L’image n’est pas trop forte puisqu’il s’agit de tapisseries et que le crochet n’est jamais loin! Une constante souligne l’introduction de la tapisserie dans la sphère de l’Art : elle délimite elle-même son propre cadre tout en se déployant au sein de l’espace. Par les matériaux qui la constituent, elle exprime les volumes en s’affirmant dans l’espace scénique constitué à l’intérieur de ses propres dimensions. Ce qui la distingue c’est que, de par sa nature, elle expose souvent sa matérialité comme le ferait une sculpture déployant son volume. A’ l’instar de la peinture et de la sculpture, la tapisserie est régie par le rythme (qu’il soit régulier ou saccadé) lequel introduit le mouvement la rendant vivante. Bien qu’elle s’inscrive dans l’esthétique du moment, la tapisserie ne « copie » pas la peinture. Jamais elle n’est à sa remorque. Elle exploite ses propres caractéristiques physiques qui la rendent unique, c'est-à-dire qui lui permettent de s’ouvrir à l’Art.
L’ŒUVRE AU NOIR
# KM008
(200x100 cm-coton et lin tricoté sur machine domestique avec des flottés dans lesquels ont été tirés à la main de la bande magnétique (deux films VHS) et fini au tressage, monté sur cadre)
Cette œuvre est une longue composition rectangulaire, axée sur un espace parsemé à la fois de petits carrés conçus en bande magnétique VHS ainsi que de six lignes verticales ondulantes structurant l’espace, également réalisées dans des morceaux de bande magnétique. Horizontalement, l’œuvre s’étale sur huit lignes également noires démarquant l’espace. Il y a donc une volonté d’imposer un rythme dans la dynamique qui s’affirme au regard du visiteur. Chaque morceau de film est relié par du fil de la couleur dominante, pratiquement invisible à l’œil nu.
Il y a dans cette œuvre une adéquation entre Image et Mémoire dans l’utilisation de la bande magnétique VHS. Le passé se mêle à la sonorité de la mémoire. Petit bout par petit bout, le visiteur se rend compte de l’extrême minutie du rendu. Car il se trouve devant l’archéologie d’une œuvre « filmique » dont les tesselles magnétiques témoignent d’une Mémoire passée, atomisée en un univers cosmique, scintillant dans des ersatz de matière lointaine.
# KM002
(80 x 60 cm-bande magnétique (trois films VHS) au crochet monté sur toile peinte)
La tapisserie se distingue dans la manifestation plastique de sa matérialité. Contrairement à l’œuvre précédente, le dessin est extrêmement présent sur la surface de l’espace. Cette pièce exprime parfaitement l’objectif que l’artiste s’est toujours fixé, à savoir introduire sa formation de styliste de laquelle il est issu à la composition en cours de réalisation. Le sentiment de l’élaboration du tricot habillant la pièce envahit l’imaginaire dans la prise de conscience du visiteur.
Les mailles évoquent autant le tricot que le filet de pêche, c'est-à-dire l’élément enveloppant qui protège le corps de l’œuvre tout en le singularisant.
L’ŒUVRE AU VERT
# KM001
(50 x 50 cm-coton et polyester tricoté sur machine domestique et monté sur toile peinte)
Cette pièce, bâtie sur le module du carré, est un jeu subtil de mailles oblongues entourées de petits cercles. Elle démontre également le brio de l’artiste évoluant tant dans les petits formats comme dans les grands.
L’ŒUVRE AU ROUGE
# KM006 (Diptyque)
(120 x 40 cm-laine vierge tricoté sur machine domestique et monté sur toile recouverte de tissus à sequin)
Nous avons ici un compromis avec l’esthétique de l’œuvre précédente. Seul le module rectangulaire permet un plus grand développement à la fois dans l’exécution comme dans le résultat. Ce qui suit est fort proche de l’esthétique picturale en ce qui concerne la scansion de l’espace. Ce diptyque se structure sur trois champs :
sur la droite : nous avons une série de mailles oblongues du même style de celles présentes sur la pièce verte (titre).
au milieu : une séparation de fils rouges verticaux joue sur le rythme de la pièce.
sur la gauche : une série d’entrelacs et de lignes horizontales formant un ensemble de pleins et de vides.
L’ŒUVRE AU GRIS
# KM005
(80 x 60 cm-fil métallique, coton, mohair, raphia et polyester, traité sur machine domestique et créant les plis à la main et tricotant et monté sur toile)
Il s’agit d’un espace carré, structuré dans sa hauteur par une série de cinq lignes de démarcations séparant une série de quatre espaces verticaux, chacun d’entre eux étant séparé par une sorte de rebord, créant un jeu d’élévation planifié sur seize niveaux dans sa verticalité. Cette pièce, de par son chromatisme à dominante grise, ses excroissances en raphia passées à la main et ses seize niveaux se superposant les uns sur les autres, en élévation, donne le sentiment d’être face à une sculpture.
Ce qui émane de l’œuvre, c'est-à-dire sa nature profonde traduit les débuts de l’artiste qui ont cimenté son langage.
En effet, la mode, comme mentionné plus haut fut son premier véhicule dans l’expression de son art. L’image du tricot, également exprimée plus haut, se distingue dans la réception immédiate de l’œuvre. L’artiste « habille » sa pièce comme il « habillerait » un corps humain. Il développe des pièces pour tapisserie conçues avec de nouvelles techniques pour le tricot, axées sur le design textile, telles que la couleur, le fil ainsi que la manière de monter ses pièces.
Comme nous l’avons spécifié, des trois couleurs usitées, l’artiste privilégie le noir qu’il aborde après avoir effectué un grand travail de recherche. Il faut, selon ses dires, trouver les bons matériaux pour arriver au résultat espéré. A’ son avis, le noir n’est pas une couleur mais un élément « neutre » lequel éveille des sentiments différents par rapport aux autres couleurs. Pensez qu’il en est à ce point fasciné que, de la tête aux pieds, il s’habille de la même couleur. Et c’est encore celle-ci à le projeter dans l’art contemporain, en contribuant à créer une modernisation de l’image du tricot.
Comme vous l’aurez remarqué, nous avons jusqu’à présent, employé le mot « artiste » pour définit GILLES WERBROUCK. Néanmoins, celui-ci préfère être qualifié d’ « artisan » car il travaille devant sa machine pour donner vie à ses œuvres après bien des calculs. Cependant, l’approche savante résultant de ses œuvres, nous font pencher vers le qualificatif d’ « artisan d’art » car le jeu des variations de la lumière engendrée, notamment par le noir, sa conception de l’espace sont celles d’un artiste en bonne et due forme. Tout est en correspondance.
Les éléments se répondent, assurant ainsi le rythme nécessaire à la dynamique de l’œuvre. De plus, les pièces produites sont uniques dans leur essence et ne sont pas destinées à être reproduites à volonté, comme dans l’artisanat. La pièce produite a une valeur artistique, en ce sens qu’elle se distingue d’une autre. Evidemment, l’œuvre artisanale n’est en rien inférieure à l’œuvre d’art. Disons que dans le cas de GILLES WERBROUCK, la relation avec l’esthétique contemporaine s’avère indéfectible.
L’artiste est l’auteur de deux Masters en Knitting Design obtenus aux Beaux Arts de Bruxelles et à la Trent University de Nottingham.
Sa technique consiste dans l’élaboration de mailles à l’instar du tricot. Il peut les passer à la main comme il peut se servir d’une machine domestique. Avant chaque étape, l’artiste traduit son idée dans un échantillonnage basé sur l’essai de plusieurs points de tricot, de mélanges de fils pour les textures et les rendus. Ce travail préparatoire est de conception ancienne car déjà au 17ème siècle, ce que l’on nommait les « peintres-cartonniers » préparaient des esquisses destinées à la tapisserie. Conçues aux dimensions de la tapisserie, elles prenaient le nom de « cartons ». Inspirées de la peinture classique, c’étaient de véritables œuvres d’art.
GILLES WERBROUCK, lui, travaille sur machine domestique, c'est-à-dire avec une technologie contemporaine. Néanmoins, l’idée maîtresse ne varie pas.
Il commence par sélectionner les fils à utiliser (coton, lin, laine ou fantaisie : lurex, polyester, raphia, bande magnétique VHS). Un bon travail requiert plusieurs textures de fils pour donner un maximum de légèreté et de relief. L’artiste forme ensuite un échantillon de 50 rangs sur 50 aiguilles qu’il lave pour que ce dernier adopte la forme initiale à l’œuvre pensée. La dernière étape consiste à noter sur papier combien d’aiguilles et de rangs sont nécessaires pour tricoter la forme à produire. Pour ce faire, il est limité à 200 aiguilles et doit trouver des solutions pour contourner ce problème. Le choix des aiguilles est déterminant pour créer le volume. Au fur et à mesure que passe le chariot de la machine, la pièce descend et se matérialise.
GILLES WERBOUCK nous transporte dans un univers où la tapisserie a toute sa place, en l’installant dans les rythmes, les spirales et les cinétismes issus du 20ème siècle, leur assurant ainsi la pérennité légitime que leur permet notre 21ème siècle débutant. En cela, il assume le rôle de tout véritable artiste : grâce à sa machine domestique, fille du métier à tisser présent depuis l’Antiquité, il assume de par son talent et sa vaste connaissance, la charge de passeur de cultures dans le sillage séculaire de la création.
Précisons que GILLES WERBROUCK est le co-fondateur de la galerie d’art et d’antiquariat LE 300 en collaboration avec OMAR EL YATTOUTI, LAURA CHEDEVILLE, PAULINE MIKO, HUGUES LOINARD et soutenu par MEWE. Les photos exposées ont été réalisées par MIKO.
N.B. : Ce billet est publié à l'initiative exclusive de ROBERT PAUL, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.
Robert Paul, éditeur responsable
A voir:
Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza
Portrait de l'artiste GILLES WERBROUCK (photo prise par MIKO)
La collection L'éléphant dans le boa est destinée à vos ados, dès 12 ans
Nouvelle parution aux éditions Les oiseaux de nuit.
Départ
Photo minimaliste qui inspire le départ vers une destination inconnue
Martin Gaudreault
Des chemins s’effacent
d’autres s’ouvrent
où serons-nous demain
qui le sait
sinon les fumées bleues
de nos désirs
et les étoiles
attentives à nos silences
Un partenariat
Arts
Lettres
Merci aux artistes, poète et photographe, d'avoir permis cette association.
Liliane
Sous les remparts de Grenade, quand vient la nuit
Et que la lune est pleine,
Entendez-vous le trot des chevaux arabes ?
S’en vont-ils vers la lointaine Syrie, par la route des califes,
Pour rejoindre Damas,
Ou montent-ils la garde dans la torpeur andalouse
Pour défendre les forteresses omeyades ?
Entendez-vous le fracas des sabots
Dans la nuit étoilée de rêves,
Quand le vent soulève le sable ardent en gémissant ?
Est-ce Abd al-Rahman qui s’en revient de Cordoue
Dans son habit d’or,
Suivi par ses guerriers abbassides,
Ou n’est-ce que le vent de la sierra
Qui rend fous les étalons
Quand sur le désert tombe le crépuscule ?
Dans le quartier de l’Albaicin, une femme voilée écoute à sa fenêtre
Les chevaux arabes qui trottent dans la nuit.
Elle rêve au prince des sables sur son alezan
Qui viendrait la ravir et l’emporter dans la nuit.
Dans cette course folle au rythme des sabots
Elle tiendrait la taille de l’homme
Et sous son voile, elle serait déjà nue.
Charles Plisnier est né à Ghlin, près de Mons en 1896 et est mort à Bruxelles en 1952. Sa mère est une ouvrière du textile et son père un intellectuel socialiste. On peut même dire que ses parents sont profondément attirés par la France révolutionnaire et républicaine. Enfant précoce, il commence ses humanités anciennes à l’Athénée de Mons alors qu’il n’a pas encore dix ans. Il publie ses premiers poèmes dans la revue Flamberge, publie déjà "L'Enfant qui fut déçu" et "Voix entendues" et sera encouragé par Émile Verhaeren (qui lui habite à Roisin). Il fait des études de droit à l’ULB et adhère au parti communiste. Il travaille à la Cour d'Appel de Bruxelles et se fixe dans cette ville, où il ne plaide que pour les ouvriers. A cette époque, son travail et ses activités politiques lui font un peu délaisser l’écriture. En effet, il est fasciné par la révolution russe de 1917 et devient même directeur du Secours Rouge international. Il est donc bien dans la mouvance de ceux qui agissent internationalement pour permettre l’avènement du communisme en Europe. Pourtant, il sera fortement déçu par un voyage qu’il fera en Russie et deviendra trotskiste, ce qui lui vaudra d’être exclu du Parti communiste (1928). En fait, au Congrès du Parti communiste qui venait d’avoir lieu à Anvers, il avait défendu des thèses contraires à celles de l'Internationale. Admirons donc son courage pour oser s’exprimer à l’encontre des thèses officielles (voir aussi mon article sur Victor Serge, qui aura la même attitude et connaîtra le même sort)
Rallié au POB, cet homme toujours en recherche se convertit au christianisme. On pourrait donc le qualifier de chrétien de gauche, car il n’abandonne pas du tout ses idées socialistes.
"Les communistes me haïssent, pour eux je suis un renégat. Ils m'appellent le trotskyste qui s'est fait moine. Or, le trotskysme est dépassé et je ne suis pas moine. Je ne vais même pas à la messe."
On le retrouve au Congrès national wallon de Liège en 1945, où il est clairement pour un rattachement avec la France. Dans sa « Lettre ouverte à ses concitoyens » (qui paraîtra à titre posthume), il s’oriente pourtant davantage vers une sorte de fédéralisme. Pour ceux qui l’ignoreraient, ce Congrès national wallon qui se tient à la sortie de la guerre tente de réfléchir à l’avenir de la Wallonie. Léopold III était soupçonné d’avoir collaboré avec les Allemands, certains Flamands avaient eu eux aussi une position plus qu’ambiguë et en France, De Gaulle, l’homme du 18 juin, était à l’apogée de sa gloire. Quarante-six pour cent des congressistes se prononcèrent en faveur de la réunion de la Wallonie à la France (ce dont on parle peu dans les manuels scolaires d’aujourd’hui). L’option suivante était l'autonomie dans le cadre belge (quarante pour cent des suffrages) et enfin l'indépendance pure et simple de la Wallonie (quatorze pour cent) Finalement, puisqu’il fallait être raisonnable et réaliste, c’est l’autonomie dans un cadre fédéral qui l’emporta suite au discours de Fernand Dehousse. Le Congrès se termina par l’allocution de Charles Plisnier qui estima que le fédéralisme était la dernière tentative d’entente dans le cadre belge et que si celle-ci échouait, il conviendrait d'« appeler la France au secours ».
Il ne faut point s’étonner de sa position. Charles Plisnier rapporte que lorsqu’il était enfant, leur mère les conduisait, sa sœur et lui, sur les hauteurs de Spiennes, au sud de Mons. « Les champs s’étendaient à l’infini devant nous, vers le sud, et nous ne voyions que des blés. Mais ma mère levait la main vers ces étendues et, d’une voix toute changée par l’amour : « Regardez, mes enfants, disait-elle, là, là, la France ». On a donc ici un écrivain wallon et francophile et son point de vue est donc forcément différent de celui des autres grands classiques belges comme De Coster, Marie Gevers, Ghelderode, Rodenbach ou Maeterlinck qui, s’ils sont eux aussi issus de la bourgeoisie et s’expriment en français, sont d’origine flamande (et ne s’expriment en français qu’en raison de leur appartenance aux classes sociales aisées). Une autre différence entre Plisnier et ces auteurs, c’est son engagement politique en faveur des plus humbles. Vivant dans l’aisance matérielle, il sera choqué par la misère de celles et ceux qui vivent dans les faubourgs de Mons et dans les communes du Borinage.
Après la guerre, qui a vu l’affrontement des Etats-Nations, il s’intéresse à l’idée de la construction européenne et participe à tous les congrès et toutes les conférences (Paris, Berlin, Genève).
Penchons-nous maintenant sur sa carrière d’écrivain. Après sa rupture avec le communisme il se remet à écrire et en moins de six ans, il publie onze volumes, surtout de la poésie (vers libres, ponctuation absente). On retrouve dans ces poèmes la nostalgie d'un idéal dont finalement il avait fait le combat de sa vie. En 1936 paraît « Mariages ». En 1937, il est élu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. La même année, il obtient le Goncourt pour « Faux Passeports », où il fait le bilan de son expérience de militant : est-il artiste ou politique ? Ce prix est exceptionnel pour deux raisons : c’est la première fois qu’il est attribué à un auteur qui ne possède pas la nationalité française et outre « Faux passeports », il couronne avec retard le roman « Mariages ». Du coup Plisnier est le premier auteur belge à remporter le Goncourt. Ce succès lui permet de réaliser un de ses rêves: il renonce au Barreau, quitte la Belgique, et s'installe en France, où il se consacre exclusivement à l’écriture. Plus tard il sera proposé au Nobel (mais ne sera pas lauréat) par l’Académie, l’Association des Écrivains belges et le Pen club (1951). En fait, c’est le jury du Nobel qui demande à chaque pays de proposer des écrivains. Vu la notoriété et l’importance qu’avait Plisnier à cette époque, il était donc assez logique qu’il ait été proposé par la Belgique.
Il faut aussi souligner le fait qu’il est à l’origine de plusieurs revues : Ferveur en 1913, Haro (à la fois littéraire et révolutionnaire) en 1919, Communisme en 1919, Prospections en 1929 (avec Albert Ayguesparse), L’Esprit du temps en 1933, et Alerte en 1939.
Le style de Charles Plisnier est classique et l’auteur, omniscient, ne dissimule rien au lecteur et voit ce qui se passe dans les pensées de ses personnages, à qui il ne laisse aucune liberté (un peu comme chez Balzac et les romanciers du XIXème). « Mariages », c’est en fait l’histoire d’une famille riche, dont la fille Fabienne va épouser un jeune homme ambitieux et capable, mais d’origine populaire. Habile, il va dépouiller son beau-père (profitant de l’absence de réaction de son épouse). Tout lui appartient désormais : l’usine familiale et Fabienne. Cette dernière est sexuellement insatisfaite, tandis que son mari multiplie les conquêtes. Fabienne finit par découvrir son infidélité mais s’aperçoit qu’il va aller refaire sa vie à l’étranger après avoir emporté toute la fortune. Elle prévient ce drame en l’empoisonnant, ce qui permet à la vie de continuer.
Dans « Mariages » Plisnier dénonce donc le monde bourgeois où tout repose sur les apparences et où il y a peu de sentiments. Seul compte l’argent. Il dénonce surtout le mariage en lui-même et prédit l’échec quasi certain qui attend tous les couples. Autrement dit, au-delà du discours « social », ce roman s’interroge aussi sur la place de l’amour dans la vie d’une femme et même sur l’amour physique auquel celle-ci aspire. Jeune fille, elle en rêve, et une fois mariée, elle essaie de se rassurer en se disant que ce n’était qu’une illusion et que tout cela n’avait finalement aucune importance. Mais quand l’héroïne croise sa cousine Christa (qui a vécu une histoire d’amour scandaleuse avec un homme marié) et qu’elle se rend compte que celle-ci est heureuse et déborde de joie, la question qu’elle se pose est : est-ce possible qu’elle aime, qu’elle aime avec son corps ? Et elle prend alors conscience qu’elle-même vit avec un homme que finalement elle n’aime pas et à qui elle se soumet chaque nuit sans aucun plaisir. Cela reviendrait-il à dire qu’il faut choisir entre être riche et sans amour ou être pauvre et vivre un grand amour ?
Notons que l’action de ce roman semble bien se dérouler à Mons, ville natale de l’auteur, même si le nom n’en est jamais cité.
Dans « Faux Passeports » Plisnier nous parle de son rêve politique brisé, de cette espérance collective en un monde meilleur qui s’est terminée par le stalinisme et les camps en Sibérie. Il s’est donc bien inspiré de son itinéraire personnel pour écrire ce récit aux personnages torturés. Les héros et le parti s’affrontent, ce dernier en demandant toujours plus et allant jusqu’à exiger de ses membres de se sacrifier pour lui. On pense à ce qu’a écrit sur le même sujet Victo Serge, dont nous avons parlé dans un autre article. Dans « Faux Passeports », on relate par exemple la vie de Ditka, une terroriste serbe torturée par la police (elle n’avait plus que des cicatrices rouges à la place des seins) et qui finira par être pendue à Sofia ou celle de Carlotta, qui sacrifie son amour au parti le jour où elle découvre que l’homme qu’elle aime a trahi la cause commune. Elle n’hésite pas alors à le dénoncer.
Dans « Meurtres », est abordé le problème de la spiritualité. En fait, c’est surtout à travers l’œuvre poétique qu’on peut suivre l’itinéraire spirituel tourmenté de Plisnier et ses combats intérieurs, comme dans « Sacre » (1938) ou « Ave Genitrix » (1943).
En conclusion, je dirai que pour comprendre Plisnier, il faut se rendre compte que pour lui le roman, la poésie et la politique ne furent que des moyens pour atteindre la vérité et la justice, ces deux rêves auxquels il aspirait vraiment. Il pouvait être à la fois communiste et croyant, romancier et poète. Evidemment, il fut critiqué par la droite bourgeoise quand il fut communiste et par la gauche socialiste quand il devint chrétien. Mais son comportement n’est contradictoire qu’en apparence. C’est un homme avant tout assoiffé de justice.
« J'exècre le lion, mais j'ai tué la biche.
J'ai blasphémé Jésus, mais je prie en secret.
J'ai supplié l'amour, mais j'écarte le trait.
Je célèbre le lot du pauvre, et je suis riche. »
(Prière aux Mains coupées)
*****
Extraits
Charles Plisnier adorait sa ville de Mons. Pour la décrire à ses lecteurs, il se place de préférence au pied du beffroi, ce « belvédère du ciel ».
Ainsi, « j'assiste » à ce pays, je le capte, je le respire, je m'en gorge. Je lui appartiens, il est à moi. La nostalgie qu'il me donne forme le meilleur de moi-même. Car on peut, avide, aller demander à tous les horizons, leurs climats et leurs couleurs; on peut aller ailleurs, prendre et aimer: mais on trahit quand on trahit sa terre. Voilà pourquoi, souvent vagabond et souvent exilé, je vais parfois rêver autour du Beffroi de Mons-ma-Ville.
Ce point de vue fait de ce monde ceint par son boulevard, un lieu pourtant ouvert sur l'espace, et, par un deuxième mouvement, permet de pénétrer aussi par le rêve et la pensée dans les ruelles et les maisons. Un regard circulaire, et voici la ville : sous une symphonie d'ardoises bleues et de tuiles passées, ces rues, ces venelles, ces places dont chacune a une signification adorable, recèlent un souvenir, une exaltation, un songe. [...]
Si vous regardez au-delà de cet anneau vert, du côté de l'Ouest, vos yeux rencontrent cette terre étrange, mystérieuse, pleine de tragédie et de gentillesse, ce Borinage de terrils noirs et de fumées, que Verhaeren aima, et qu'enfant, venu des villages de prés et de forêts, je ne parcourais pas sans angoisse. Ils sont loin, ces corons. Mais d'ici, par pensée, je les vois et ceux qui tout à l'heure sortaient de terre comme des démons ténébreux, sont accroupis devant leurs seuils, bien lavés et s'interpellent d'une voix qui chante. Vers le Sud, c'est le mont Panisel, les collines très douces chargées de céréales et les chemins qui, sous les arbres, vont tendrement vers la France. Au Nord, enfin, ces villages de champs et de bois où, depuis des siècles, fidèles, naissaient les pères et les mères de mon père et de ma mère.
*****
Faux Passeports (Corvelise)
Etrange destinée qui a fait de Saurat un chef de parti. C’est pour les émeutes qu’il est taillé, les corps à corps, les coups de feu.
Il ne pouvait consentir à voir les autres se battre à sa place. Cette situation le faisait souffrir à un point extrême. Sans cesse, il se levait.
Mais Feuerlich le contraignait doucement et sans cesse lui rappelait qu’il ne pouvait, non, compromettre sa vie pour son plaisir.
A sept heures, il vint un émissaire du parti.
L’entreprise était manquée. Que le guet-apens fût admirablement préparé, cela éclatait aux yeux. Partout où ils avaient provoqué l’adversaire, les hommes du Rote Front, inférieurs en nombre, avaient dû reculer. Maintenant les schupos occupaient la rue, plaçaient des piquets aux carrefours.
Alors Saurat, qui trop longtemps s’était contenu, renonça à se maîtriser. Je connaissais ces colères furieuses où il devenait exactement un autre homme, capable d’abattre, s’il s’opposait à lui, son meilleur ami.
– Cela suffit, criait-il. J’en ai assez. On est en train de gaspiller le sang des nôtres dans cette comédie. Donnez-moi mon manteau, ma valise : je pars.
Ce fut une véritable lutte. Feuerlich et l’émissaire du parti seraient aux poignets Saurat qu’une sorte de rage enivrait.
On entendit distinctement, sous les fenêtres, deux coups de feu.
Tous trois, soudain, furent immobiles.
Blême, les yeux révulsés, Saurat cria :
– Corvelise…
Corvelise n’était plus derrière le rideau.
De la rue montait un coup de sifflet strident, une sourde rumeur. Au milieu de l’asphalte, des gens entouraient un corps étendu.
– L’imbécile dit Saurat. Ah ! l’imbécile !
Et il se mit à pleurer.
(Charles Plisnier, Faux passeports, Babel, 1991, pp.226-227.)
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Si Plisnier est très classique dans ses romans, il est plus audacieux dans ses poésies.
Don du jour (fragment)
Tu manges un beafsteck américain devant un journal volumineux qui sent l’encre, les courses, les révolutions, les voyages et les beaux assassinats. Ton âme est un planisphère. Le jazz-band souffle par-dessus comme une tempête jaune. Théâtre : microscope. La seconde nuit descend avec le rideau de fer. C’est l’heure où les femmes qui passent au long des façades et des lauriers en pot et des vestibules du vertige luisent par en-dedans comme des poupées électriques, comme les poulpes des eaux profondes. Les tapis en fleurs sont étendus sur le monde. Les talons jouent au domino. L’idée tourne en équilibre sur une aiguille électrisée. Les abîmes emplissent les hommes pleins d’alcools et de lumières. On commence à s’éveiller, à s’endormir. Bois du café. Lave tes dents pleines de soir. Écris deux télégrammes. Fais un poème avec les arabesques de l’automne, la main coupée du nègre hawaïen, toutes les portes ouvertes qui continuent sans cesse à battre, sans cesse à battre comme des yeux.
Fertilité du désert, 1933
Arthur a maintemant deux ans et 3 mois
Il est de beaux hivers aux doux matins brumeux
Où l'on se sent peinard, sourire au coin des yeux...
On n'y a pas senti les années en cavale
On y est jeune encore car l'amour s'y régale...
Et s'ils sont vraiment rares et d'autant plus précieux
C'est qu'ils sont sans nul doute un fier cadeau des Dieux!
Pour ceux qui ont souffert d'une jeunesse absente
Il fallait patienter... justice est bien vivante!
J.G.
Louhal Nourreddine raconte Yennayer à la Casbah
Yennayer, ou le nouvel an amazigh se célèbre depuis des lustres dans toutes les régions d’Algérie. Yennayer est également en lien direct avec le calendrier agraire. De ce fait, il est un symbole de prospérité et d‘abondance. A la Casbah d’Alger, Yennayer est aussi une tradition ancestrale que les Casbadji célèbrent avec faste et dévouement. Louhal Nourredine est tout d’abord un enfant de la Casbah, mais également une plume dédiée à la cite de Sidi Abderrahmane Ethâalibi. Journaliste et écrivain il a consacré plusieurs ouvrages à la Casbah mais aussi au patrimoine culturel algérien qu’il dépoussière et remet au goût du jour. Des ouvrages qui se veulent aussi une sonnette d’alarme contre l’oubli et l’abandon d’un héritage inestimable. Dans cet entretien, Louhal Nourreddine nous dévoile la célébration de Yennayer dans les douirate de la Casbah.
Horizon :Que représente Yennayer pour Louhal Noureddine et comment le fêtez-vous ?
Louhal Nourreddine : Yennayer frappe à nos portes comme chaque année à pareille période et à nous d’être-là à l’accueil du nouvel an berbère. Donc, que chacun de nous fait le vœu qu’il soit porteur de paix mais aussi d’une source d’où ruissèle l’abondance de vivres et de douceurs, sources de santé. Seulement, et pour qu’il y ait cette prodigalité à laquelle chacun de nous appelle et espère de tout ses vœux, on se doit de tendre la main à l’autre qui pourrait être le proche ou le voisin dans le légendaire élan de solidarité qu’est le nôtre. Et puisqu’on y est dans l’agraire, l’idéal est d’ensemencer dans les sillons de la terre d’Algérie, un grain de son temps, et à faire don d’une pincée de ce qu’on a dans le garde-manger mais surtout de son écoute à l’égard d’autrui… A ce propos, Yennayer est l’idéale escale où se moissonne l’entente qui gomme les fâcheries. A cet égard, le mieux est d’y adhérer à la citation de l’écrivain québécois Eugène Cloutier (1921-1975) « Pour connaître la valeur de la générosité, il faut avoir souffert de la froide indifférence des autres... » D’où qu’il est requis d’évacuer la rancœur hors de nos chaumières et d’avoir un tant soit peu le cœur sur la main pour celles et ceux que l’on tient en estime. C’est dire qu’à l’instar de l’an chrétien, de l’Hégire et chinois, Yennayer est aussi l’instant d’éloges mais aussi pour se donner l’accolade selon la formule consacrée «Assegas Amagaz[1]». Pour ce qu’est de la façon de le fêter, Sachez que Yennayer est l’idéal réunion familiale autour de l’« Imensi » (dîner) de partage, où tous nos heurts et contentieux s’oublient dans la succulence de plats traditionnels à base de pâte et de viande, tel que le couscous au blé dur, berkoukès roulé à la main, la reine de la maïda (table) qu’est la Tchekhtchoukha et l’inévitable met Tikourbabine.
Vous qui êtes un amoureux de la Casbah, comment se fêtait Yennayer au sein de cette cité séculaire ?
«Ras El Âam[2] » ou Yennayer à la Casbah exigeait du temps, eu égard à la « m’qetfa » (vermicelle) pétrie maison par les fées de logis qui se préparent ainsi à offrir l’hospitalité à l’« Âadjouza » dit ainsi dans le jargon algérois. De ce point de vue légendaire, le culte de l’ «Âadjouza » se veut l’hommage à la vieille qui a osée une bravade contre le froid pour que le soleil fasse étinceler les murs chaulés de la Casbah, disaient nos anciennes. Quoi qu’il en fut, les « z’niqat » (venelles) de la Basse-Casbah s’éclairent aux couleurs de la confiserie mielleuse qui s’amalgame aux fruits secs du « Treize » qui signifie que le nouvel an amazigh se décale de treize jours par rapport à l’an chrétien. Alors, et dans l’optique de faire la fête, les « khiama » (cuisines) des « douerate » (bâtisses traditionnelles) de bled Sidi-Abderrahmane Ethâalibi s’embaument de la chorba « m’qetfa », El Ham Lahlou et m’touwam. Seulement, on n’entendra plus le chant du coq du s’tah (terrasse), car c’est le maître de la basse-cour qui est passé au tadjine. Dans cet ordre d’idées, la fête s’égrène ainsi à la dégustation de « l’khefaf » (beignets) et « baghrir » (crêpes) ainsi que le treize ce mélange de bonbons et de fruits secs qui fait la joie des enfants.
Yennayer est reconnu comme fête nationale depuis 2018. Que représente pour vous cette reconnaissance ?
De nos jours, Yennayer est en conformité avec la loi du 26 juillet 1963 fixant la liste des fêtes légales chômées et payées. Un couronnement que l’on doit à celles et ceux qui ne sont plus de ce monde pour apprécier la joie autour de l’«Imensi n umenzu n yennayer » (le dîner du 1er jour de janvier). Pour atteindre ce résultat, il a fallu de la lutte et de la revendication ponctuée d’énormes sacrifices mais aussi d’utiles écrits pédagogiques sur la question. Mais laissons la chronologie des faits aux historiens qui se chargent d’écrire l’intarissable feuilleton qui narre l’épopée héroïque de celles et ceux qui ont fait Yennayer. Bonne année Amazigh 2971 aseggas ameggaz.
Entretien recueillis par Hakim Metref.
Journal Horizon du 11 janvier 2021.
[1] Bonne et heureuse année en tamazight
[2] Début de l’année.
Ô toi mon fils Dont le délire même Fut folie de l’extrême,
Où l’inattendu
Était imprévisible.
Fatale te fut « la blanche »
Ta course d’enfant est finie
Et
Ta course d’homme a déjà fuit.
Que te reste-il en souvenir ?
Tu fus tu fuis va mon fils va,
Longue sera l’absence,
L’éternité.
Ô ce sourire qui s’incline
D’une douceur enfantine
Dont la vie au dernier souffle
Retient le souffle !
Engloutir son allégresse
camoufler ses tourments
éloigner la croyance
c’est finir par douter
et j’ai brisé l’espérance
ma vie
de regrets en remords
j’ai détruit mon sort
frappé par l’orage
a sombré la raison
et d’un seul coup…de rage
j’ai balayé l’horizon
Maintenant qu'elle a été enlevée à mon affection, j'éprouve le besoin de lui envoyer une de ces petites poupées qu'elle aimait tellement...