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La bulle

Mains dans les mains
En balade sous les flocons légers et scintillants
Tombe la neige sur nos visages
Sur les arbres aux troncs ténébreux
Sur les toits de maisons contre un ciel blafard
Sur la fumée des cheminées en voyage vers l'ailleurs 
Soudain se teint le paysage d'un blanc éclatant
Toi et moi émerveillés par la scène magique
Vent vif glacial nous enrobant
Alors que ton baiser tendre me chauffe le palpitant
Dans notre bulle d'amour loin de la folie du coronavirus
Nous respirons enfin comme avant
Merci à la vie de cet instant de liberté et de joie

Nada

14/02/2021 

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Souvenirs, faisant surface
Brouillent mes yeux mouillés
Images crues inoubliées !
Vrais miroirs à la grimace
Déportés de l’histoire
Vivre, votre seul espoir
Toi papa étudiant,
L'autre maçon, paysan
Tous humains outragés
Hommes presque libérés
D'une lampe, d'un pic, équipé
Après les camps de mort
Un autre mauvais sort
Nouvelle aberration
Contre une libération
Creuser le charbon.
Avaleurs de fin poison,
Sniffeurs de gaz siliciés,
Jamais ne flanchiez.
Ouvragiez sans laurier
Pères, la mort à vos talons
Quittiez l' trou bien trop tôt
Pour un creux juste clos
Vous pensiez rester
Etre aimé, nous aimer
Peut-être, nous aider
Vivre ou vous reposer
Goutter à votre dû
Conter vos rêves perdus
Du temps de vos, 18 ans.
En la maison de, vos parents.
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Convulsé d’halètements
Me tenant la main,
Affectueusement
Tu oublies ton destin.
Vie sans vergogne
Débutée en Pologne
Transportée en Belgique
La Belle et, . . . Magique.
Toi mon vieux,
Tes yeux dans mes yeux,
Me redis l’amertume
Ce parcours sans fortune
Mauvaises passes liées,
Chapelets de grains brûlés,
Guerre, Camps, Mines, Rages,
Peines, douleurs, en bagage.
En cherchant l’air
Pour mieux parler
Oxygéner tes chaires
Tes poumons lacérés
L’air du dehors,
Qui sauve le corps.
L'oeil oblique regardant
Ce sale truc angoissant
Ses signaux égrainés
Crispent ton ventre décharné
Tu serres mes doigts
Je sens ton effroi
Te battre tu l’as fait
Avec force et envie.
Vaincre, gagner la vie,
Ne jamais être défait.
Hélas un mal s'arroge
Un droit, il te ronge
Avale tes minutes de vie.
Avec une folle frénésie.
Tenté de résister
Vaincu, tu as plié
Je t’ai vu fatigué,
Usé, tu as pleuré.
Pour une première fois
Tu pleurais devant moi.
Larmes-prières pour Marie
Aux miennes réunies.
Juin 86...sombre mois
Murmurant quelques rimées
Elle est venue à toi.
La Camarade acharnée
Implacable, cruelle,
Laide mais réelle,
Elle mit sa main glacée,
Sur ta bouche émaciée
Lutter, la tenir ouverte,
Laisser l'air entrer.
Sans pitié pour toi,
Ignorante de mon désarroi
Elle t'arrachait la vie.
Sans empressement
Laissant juste l’exuvie.
Ton plus jeune fils, Robert Tadeusz.
Tu avais juste soixante deux ans.
Je voudrais tant Papa
Que tu reviennes vers moi,
Pour, encore une fois,
Sans penser à demain
Te tenir la main,
Elle qui m'a tout appris,
Une poigne qui m’a nourri,
La caresser, comme tu aimais
La serrer aussi, à jamais
Tes yeux, vers moi se tourneraient
Tendrement, je te regarderais
Affectueusement dans les yeux,
Je chuchoterais au mieux
Les mots vrais de mon coeur
Ceux qui naissent du bonheur
Les plus beaux, pour ce nom, "Papa"!
Mais, des mots me restent.
Les voici, juste pour toi :
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A propos de la notion de "cadeau culturel"

Dans une époque sinistrée apparaît l'idée qu'il devient urgent d'offrir des "cadeaux culturels". Ce qui me semble absolument pertinent.

Mais, auussitôt, je pense à quelques personnes...

Et, en premier lieu à qulqu'un de particulier... "... "Alié...thrin"!

Et dans le cas de cette "pasonaria" du théâtre belge, je pense qu'il est plus exact de parler "d'offrande" culturelle, tant que là, se présente une profonde implication existentielle.

Voilà, comme l'on dit maintenant.

Et, c'est bien pour cette raison que je persiste à garder en première page du réseau le bel article de la Libre Belgique à son sujet.

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12273371693?profile=originalStatuette en « rubis-zoïsite »

(7x7 cm)

 

      Il a d’abord fallu trouver la pierre. Une roche unique, l’anyolite, trouvée au pied du Kilimandjaro dans la mine Mundarara, près de Longibo en Tanzanie, pays des éléphants. Cette roche est constituée de zoïsite chromifère, d’un beau vert pomme (silicate), de rubis, un corindon auquel le chrome donne sa couleur rouge, et de tschermakite noire (un silicate riche en calcium du groupe des amphiboles).

Puis la pierre a voyagé jusqu’en Inde, pays à culture millénaire, pays légendaire…

 

12273371899?profile=originalLe maître et l’élève.

Lapidaire cinghalais et son apprenti (ca 1910)

 

      Là un lapidaire a repéré un rubis suffisamment gros pour y sculpter un personnage, en appréhender la forme, la position, l’environnement qui lui conviendrait selon l’emplacement du corindon dans le bloc de zoïsite verte. Œil expert, science de la matière.

 

12273372866?profile=originalStatuette en « rubis-zoïsite », détail.

 

Il a choisi Ganesh, le fils de Shiva et de Parvati. Ganesh, le dieu de la sagesse et de la connaissance du panthéon hindouiste. Symbole de l’union entre le macrocosme et le microcosme, il est traditionnellement figuré avec un gros corps de couleur rouge, une tête d’éléphant portant une seule défense et quatre bras. Il tient un aiguillon à éléphant dans sa main avant droite pour maîtriser le monde, une mangue, une offrande, dans la gauche qui récompensera celui qui cherche la vérité. Ses deux autres mains tiennent respectivement un nœud coulant pour capturer l’erreur et un trident (trishula, l’arme de Shiva), l’arme qui détruira la convoitise. Il est représenté assis en tailleur sur son trône de lotus, une couronne sur la tête, une jambe repliée, et entouré de cobras royaux (nagas).

 

12273373099?profile=original Ganesh est souvent accompagné de Mûshika, le rat qui lui sert de véhicule.

 

Ganesh comprend le monde. Le lapidaire comprend Ganesh. Le lapidaire connait et maîtrise la pierre.

Toute une éducation.

 

12273373890?profile=originalGanesh, sagesse et éducation

 

Il sait tout de ses attributs. Il l’invoque avant d’entreprendre afin de lever tous défis qui s’imposent à lui. Et les difficultés ne manquent pas…

Le rubis est très dur (9 sur l’échelle de Mohs, 10, pour le diamant, étant le dernier échelon), et cette grosse masse d’un rose soutenu fera un dieu fort convenable, qu’il taillera dans cette riche matière. Un bout de la trompe de corindon, pur et incolore, achromifère, donnera même une illusion parfaite. La zoïsite (dureté 6-6,5), vert feuille de lotus, sera idéale pour le trône. Le noir de l’amphibole (dureté 5-6) pouvant évoquer la lutte entre le bien, l’intelligence, et le mal, l’ignorance.

Humble travail du lapidaire pour un dieu très populaire. Ganesh mérite bien sa réputation d’enlever les obstacles.

 

12273374475?profile=originalUn dieu populaire…

 

12273375057?profile=original… notamment lors des mariages.

Une prière est d’abord consacrée à Ganesh,

dieu de la chance et de la sagesse, gage d’un ménage heureux.

 

      L’hindouisme fait bon ménage avec l’ayurvéda, « science de la vie ». Si l’on peut accorder quelque crédit à la médecine ayurvédique, dont un avatar moderne est la lithothérapie auquel je n’en accorde aucun (au contraire de la phytothérapie)… mais après tout je vous ai bien donné à voir un éléphant rose…

 

12273375257?profile=original

 

      Quoi qu’il en soit donc, selon les textes védiques (le Garuda Purana et le Graha Gocara), le rubis (manikya) conférerait courage et fortifierait le cœur, améliorerait la circulation sanguine, tout en vous débarrassant de la tristesse et de l’emprise de la sensualité. Egalement prescrit pour traiter la paralysie, la schizophrénie… Souverain… ce « joyau rouge » (shona-ratna).

Légendes, magie, pragmatisme, les médecines traditionnelles procèdent souvent par analogie (la toile d’araignée, composante de certaines préparations, était ainsi réputée piéger la fièvre). Le rubis, dont la couleur la plus prisée est dite « sang de pigeon », variété que l’on trouve au Myanmar (Birmanie) à Mogok, est donc tout indiqué pour les maladies du sang.

 

12273375458?profile=originalCristal naturel de rubis (Mysore, Inde)

 

Dans le sous-continent indien on le trouve du côté de Mysore (Inde du Sud) et de Ratnapura (Sri Lanka). Là où le bât blesse encore c’est que le « rubis » (de ruber, rouge, rubeus, rougeâtre) est un nom autrefois donné à plusieurs pierres rouges avec qui il est confondu (le spinelle, de plus souvent trouvée dans les mêmes gisements comme à Mogok, anciennement dit rubis balais, voire le grenat, la rubellite…). C’est dire si son utilisation médicale relève de la science exacte.

 

12273375501?profile=originalSpinelle gemme dans sa gangue de marbre (Mogok, Myanmar)

 

On donne le nom de « gemme » à une pierre pure, noble, précieuse.

      Pour en revenir à notre « rubis », il ne peut pas être qualifié de "gemme", de pierre précieuse, au sens moderne en gemmologie ou en minéralogie. S’il en a la moelle il n’en a pas les qualités substantielles, la pureté et la transparence, quoique le cristal soit parfait et translucide.

Par contre, au sens ancien on donnait le nom de gemme à toutes pierres fines, montées en bijou ou ouvragées, coupes, aiguières, vases, nefs… ainsi parle-t-on des gemmes de Louis XIV ou de celles entrant dans les trésors des maharadjas.

 

12273375686?profile=originalChrist à la colonne

(anonyme, XVIIe siècle)

Héliotrope (jaspe sanguin ou « pierre de martyrs »), cristal de roche (colonne) et or émaillé (piédestal).

Cette extraordinaire statuette fit partie de la collection de gemmes de Louis XIV, grand amateur de pierres dures.

Même registre de couleurs, fond vert moucheté de rouge,

pour une pierre bien différente.

Les taches de sang ne sont pas appliquées, surajoutées, elles sont inhérentes à la pierre, constituantes du matériau. Le lapidaire a su faire ressortir et répartir les taches rouges naturelles et disséminées de la  pierre à dominante vert sombre pour figurer les stigmates de la flagellation. Il faut seulement être un sacré interprète de la pierre pour en traduire sa réalité.

« Pierre de sang »*, ou « jaspe d’Orient » comme on disait au temps du Roi Soleil, d'excellente qualité que l’on trouvait en Inde près de Rajkot sur la péninsule de Kathiawar.

Le Christ mesure 13 cm de haut.

(photo Louvre captée sur le net)

 

Quoiqu’iconoclaste, le rapprochement entre ces deux statuettes n’est pas fortuit. Le « rubis-zoïsite », de par sa couleur, se rapproche de la « pierre de sang » (pitoniya, ou « joyau de sang », raktamani), verte ponctuée de rouge, à laquelle en Inde on attache beaucoup d’importance. Son rouge est celui de la peau de Vala, un démon, que la divinité (Deva) du feu, Agni, transmua en « pierre de sang » et dispersa dans l’eau du fleuve Narmada, une des sept rivières sacrées. Une pierre donc censée apporter richesses et purifier le sang.

Par ailleurs, Indra, roi des dieux (devas), souverain du ciel, dieu du tonnerre et de la foudre, dans la tradition védique de l’Inde ancienne, est souvent représenté avec la peau rouge et montant son éléphant blanc, Airavata.

 

      Si le rubis, opaque (appelé parfois « racine de rubis »), comme la zoïsite verte (seule sa variété tanzanite, bleue, quoique souvent chauffée pour en rehausser le ton, peut être titrée « fine », « précieuse » ou « gemme ») de notre statuette ne peuvent être qualifiés de gemmes au sens strict, l’art consommé du lapidaire lui donne la noblesse d’une gemme digne d’entrer dans des collections princières.  Et suffisamment noble pour représenter un dieu.

Et le modeste et anonyme artisan capable de tailler un tel objet précieux peut bien être élevé au rang d’artiste.

 

12273376474?profile=originalUne autre statuette de Ganesh en « rubis-zoïsite »

(photo captée sur le net)

Forcément différent… selon la taille et la position du rubis

que le lapidaire découvrira… ou pas dans sa gangue verte.

S’il a ses codes, immuables, sa production ne peut pas être de série.

Créateur ou non ?

 

      En minéralogie, la couleur n’est pas non plus en soi un critère spécifique d’identification. Ainsi le corindon sera appelé en gemmologie « rubis » s’il est rouge, « saphir » bleu ou d’une autre couleur, à condition que le nom soit suivi de l’adjectif de couleur (saphir jaune, vert…), ou même rose-orangé pour le très rare « padparadscha », couleur fleur de lotus. Par ailleurs, l’émeri qui servait à polir les pierres, est constitué de corindon. Admettons qu’il est difficile parfois  de s’y retrouver dans cette toile.

La couleur, on l’a vu, est due à la présence de traces généralement métalliques, le chrome par exemple pour le rubis. La zoïsite quant à elle sera verte en présence de chrome, rose en présence de manganèse (elle est alors appelé thulite, qui n’en est donc qu’une variété), bleue en présence de vanadium (et alors appelée tanzanite)…

 

12273377055?profile=originalRoses pourpres de pierre

comme un cœur en hiver.

Un autre exemple de ce qu’on peut obtenir avec cette pierre faite essentiellement

de corindon rouge (rubis) et de zoïsite verte…

 

Sculpteur ou lapidaire ?

      Le sculpteur travaille généralement le calcaire, le marbre en particulier, pierres tendres. Le lapidaire façonne les pierres dures. La dimension de l’œuvre peut permettre de les distinguer, monumentale pour l’un, miniature pour l’autre.

Différences qui souffrent de si nombreuses exceptions que l’on ne peut en tirer une règle.

Alors il faut bien admettre des critères distinctifs beaucoup plus subjectifs. Il manque peut-être à notre statuette la patine du temps, qui peut faire la valeur de l’objet. Surtout, défaut rédhibitoire, il lui manque une signature, qui fait le renom de l’artiste… et de son propriétaire. Et lorsque l’antique se conjugue à l’estampille on parlera plus volontiers d’objets d’art, d’exception. Prestige d’une particule.

Pas de vrai distinguo soit, mais d’aucuns sont plus distingués.

J’espère avec ce nouvel article vous avoir fait découvrir de toutes les couleurs, soyez indulgents toutefois, je n’ai pas quatre bras.

 

Michel Lansardière

(texte et photos coll. M.L.)

* Traduction littérale de l’Anglais « bloodstone ». Le plasma est un jaspe vert parfois tacheté de jaune, tandis que la sanguine, que peintres et dessinateurs connaissent bien, est un oxyde de fer, l’hématite ou oligiste.

 

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Trouver un éditeur....

Bonjour chers vous tous ! souhaitez moi bonne chance ;) j'ai enfin décidé d'envoyer mes deux manuscrits, "Requiem pour un monstre" et "Louise et les méandres de la vie" ( tous deux sauvegardés à la Sabam bien sûr ), à plusieurs maisons d'édition. Si vous avez des infos ou des conseils à me donner...je suis sûre qu'ils me seront précieux. Belle journée et portez vous bien.

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essai tenèze

fichier pdf présentant ''succinctement'' la réalisation d'une toile avec les techniques anciennes. 

Fabrication et utilisation des produits nécessaires, et les différentes étapes de sa réalisation. 

Il s'agit d'une grande toile qui est désormais chez un collectionneur.

Cet extrait fait parti du livre que j'écris (bien doucement...) qui a pour but de:

- Transmettre la connaissance des techniques anciennes, par une lecture simple et compréhensive par tous, professionnels et amateurs. Et, permettre ainsi la réalisation de travaux pérennes...

- Laisser aussi une trace en tant que peintre, en présentant chacune des série que j'ai réalisé, avec le texte l'accompagnant.

- Mon parcours. 

Pour le compléter:

2002 à 2006 : Cursus complet de 4 années aux Beaux-arts de Bordeaux en tant qu'Auditeur libre. Cette formation terminée ne répondant pas à son attente, il s’inscrit alors à l’ EDAG (Ecole Des Arts Graphiques de Bordeaux) ; Puis, réalise de nombreuses copies de maître, et participe de 2004 à 2007 à des Ateliers, dont celui de Claude Yvel. Cette rencontre reste déterminante dans l'élaboration de sa peinture. Il applique désormais les techniques anciennes à ses œuvres contemporaines. Son travail traite entre autre, de la mémoire sur le thème de « La Mémoire-Objet», « Le Clou » et du « Moi-Peau » en référence aux travaux du psychanalyste Didier Anzieu.

Espérant avoir répondu à votre attente,

Bien amicalement,

Serge,

PS: Merci de me dire si vous avez bien reçu ce mail.

  

Serge Tenèze

Tél: (0033) 06 18 45 53 50   

Email: serge.teneze@gmail.com

Site: http://sergeteneze.fr/ ;    

Page Facebook: https://www.facebook.com/sergeteneze.atelier/

Article: https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/de-la-non-couleur-a-la-lumiere-la-memoire-selon-serge-teneze?xg_

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L'art abstrait

Longtemps l'art abstrait, épouvantail ou bannière, suscita les passions. Les tenants de la tradition voyaient dans son apologie un parfait exemple de la confusion des valeurs esthétiques, liée à leur décrépitude, conséquence d'une liberté sans frein. Ses propagandistes, à l'inverse, estimaient acquis et irréversible l'abandon de la représentation en peinture comme en sculpture. La postmodernité a relégué le conflit entre ces positions tranchées au rang des querelles d'une époque révolue. Les artistes eux-mêmes n'en font plus la pierre de touche d'un clivage déterminant : l'abstraction est désormais une possibilité offerte, disponible parmi d'autres. Elle demeure cependant l'une des grandes aventures artistiques du XXe siècle, pleinement solidaire des ambitions avant-gardistes.

Polymorphe et polysémique, l'abstraction ne se laisse ni enfermer dans une définit ion positive, ni attribuer une fonction univoque. Lorsqu'ils cherchent à en cerner les contours, les critiques, tel Léon Degand, l'opposent à la figuration pour dire non ce qu'elle est, mais ce qu'elle n'est pas : " La peinture abstraite est celle qui ne représente pas les apparences visibles du monde extérieur, et qui n'est déterminée, ni dans ses fins, ni dans ses moyens, ni dans son esprit, par cette représentation. Ce qui caractérise donc, au départ, la peinture abstraite, c'est l'absence de la caractéristique fondamentale de la peinture figurative, l'absence de rapport de transposition, à un degré quelconque, entre les apparences visibles du monde extérieur et l'expression picturale " (Langage et signification de la peinture en figuration et en abstraction , 1956). Avant d'être adoptée par le langage courant, la dénomination art abstrait  fut elle-même critiquée. On lui opposa notamment les locutions " art non figuratif ", " art non objectif ", ou encore " art concret " - puisqu'une oeuvre est toujours " concrète ". Chaude ou froide, informelle ou géométrique, intuitive ou calculée, l'abstraction échappeà toute assignation stylistique et ne relève d'aucun champ sémantique déterminé : elle s'est montrée capable d'accueillir des intentions contradictoires, de manifester des positions philosophiques, existentielles ou artistiques antithétiques.

Bigarrée, elle provoque de moins en moins la réticence de principe des amateurs. Intégrée au monde de l'art, elle a perdu l'aura que lui conférait l'audace d'une radicalité supposée. Elle continue néanmoins à susciter la résistance d'un large public qui la trouve, au mieux, difficile d'accès. Les oeuvres abstraites s'adressent-elles plus directement que les autres à la sensibilité, ou relèvent-elles d'une approche essentiellement intellectuelle ; Tout art, même le plus réaliste, est-il toujours d'abord abstrait, comme on l'a souvent prétendu ; S'il ne semble guère possible de trancher définitivement, on peut en revanche s'efforcer de dresser un bilan rétrospectif serein : objet de l'histoire, l'art abstrait n'est plus un véritable sujet de polémique.

 

 

1. Genèse de l' abstraction

 

L'art abstrait, en tant que tel, apparaît au début des années 1910. Deux modèles explicatifs rendent compte de sa " naissance ", conséquence raisonnable d'une évolution logique ou saut inattendu dans l'inconnu. Le premier, le plus répandu, s'appuie sur une conception darwinienne de l'histoire de l'art et de la création. Au XIXe siècle, la modernité, si elle ne songe pas encore à se débarrasser de la représentation, oppose néanmoins les qualités proprement plastiques de l'image à celles de ses composantes iconiques. Delacroix évoque une " musique du tableau "qui résulte de "  tel arrangement de couleurs, de lumières, d'ombres, etc. " Si vous vous trouvez placé à une distance trop grande de la peinture pour savoir ce qu'elle représente, dit-il, " vous êtes pris par cet accord magique ". Baudelaire prolonge la pensée du peintre : " Une figure bien dessinée vous pénètre d'un plaisir tout à fait étranger au sujet. Voluptueuse ou terrible, cette figure ne doit son charme qu'à l'arabesque qu'elle découpe dans l'espace. Les membres d'un martyr qu'on écorche, le corps d'une nymphe pâmée, s'ils sont savamment dessinés, comportent un genre de plaisir dans les éléments duquel le sujet n'entre pour rien ; si pour vous il en est autrement, je serai forcé de croire que vous êtes un bourreau ou un libertin. "

Dans les années 1880, alors que maints amateurs sincères ne voyaient  littéralement pas les " motifs " transcrits sur leurs toiles par les peintres impressionnistes, le critique Théodore Duret défend jusqu'aux ultimes limites alors concevables l'absolue indépendance de l'image et de la peinture. Son article consacré à Whistler et publié en 1881 dans la Gazette des beaux-arts  retrace avec une logique implacable l'évolution de l'artiste américain. Dans un premier temps, les titres de ses oeuvres en désignent le sujet. Plus tard, il ajoute un sous-titre, destiné à attirer l'attention sur " la combinaison du coloris ". Il inverse cet ordre de préséance lorsqu'il donne " l'arrangement particulier des couleurs pour titre principal à certaines de ses oeuvres, en mettant le sujet en sous-titre ". Enfin, il en viendra à " supprimer absolument toute espèce de titre, autre que celui tiré de l'arrangement des couleurs ". À la différence de nombreux hommes de lettres, qui " ne voient dans le tableau que le sujet ", les vrais connaisseurs apprécient " la qualité intrinsèque de la peinture en soi ". Cette formulation de Duret évoque irrésistiblement celle que Guillaume Apollinaire utilisera dans Les Peintres cubistes  (1913) : " Les jeunes artistes-peintres des écoles extrêmes ont pour but secret de faire de la peinture pure. " Pour eux, " le sujet, qui décidait à peu près seul des préférences des autres, n'est plus qu'un accessoire ".

L'étape suivante conduit évidemment à se défaire de cet accessoire, aboutissement logique d'une procédure de décantation. La peinture abstraite, privée de liens avec tout référent identifiable dans la réalité extérieure, ne fut pas, c'est le moins qu'on puisse dire, acceptée d'emblée. La pomme de discorde entre ses contempteurs et ses thuriféraires relève d'un différend ontologique : l'art en général - et la peinture en particulier - est-il par essence, comme toute la pensée occidentale depuis Aristote l'avait jusqu'alors expliqué, lié à la mimésis, ou bien repose-t-il sur les qualités propres du médium, capable d'incarner une pensée sensible ;

Le refus ou la reconnaissance d'une légitimité de l'art abstrait ne dépend nullement du jugement de goût. Ces deux attitudes irréconciliables restent tributaires de la réponse donnée à une question proprement philosophique : qu'est-ce que l'art ; Paul Klee, pour sa part, avait tranché  : " L'art ne reproduit pas le visible ; il rend visible. Et le domaine graphique, de par sa nature même, pousse à bon droit à l'abstraction " (1920). Depuis lors, un large courant de pensée a tenté de montrer que l'art véritable est, et a toujours été, abstrait. Le sujet de la représentation, ainsi ravalé au rang de supplément inessentiel, n'aurait jamais eu une importance esthétique capitale. Une telle perception, anachronique au sens strict du terme, s'appuie sur l'idéologie anhistorique d'une universalité de l'art, confortée par le musée, lieu par excellence, ainsi que l'a expliqué André Malraux, d'une " confrontation de métamorphoses ". Rétroactive, cette vision ignore délibérément l'importance durapport entre l'image et son traitement formel dans toute peinture ou sculpture fondée sur l'imitation.

Les admirateurs de l'art abstrait manifestaient là leur volonté d'ignorer la rupture pour mieux ancrer l'innovation dans un continuum mythique et intemporel. Les résistances devant les premières oeuvres abstraites trahissaient la pesanteur des habitudes acquises, mais elles rendaient compte aussi, à leur manière, d'un fait fondamental : une fracture majeure bouleversait le monde de l'art. Kandinsky a raconté comment lui apparut la possibilité d'une conception nouvelle : " J'arrivais chez moi avec ma boîte de peinture après une étude, encore perdu dans mon rêve et absorbé par le travail que je venais de terminer, lorsque je vis soudain un tableau d'une beauté indescriptible, imprégné d'une grande ardeur intérieure. Je restai d'abord interdit, puis je me dirigeai rapidement vers ce tableau mystérieux sur lequel je ne voyais que des formes et des couleurs et dont le sujet était incompréhensible. Je trouvai aussitôt le mot de l'énigme : c'était un de mes tableaux qui était appuyé au mur sur le côté. J'essayai le lendemain de retrouver à la lumière du jour l'impression éprouvée la veille devant ce tableau. Mais je n'y arrivai qu'à moitié : même sur le côté je reconnaissais constamment les objets et il manquait la fine lumière du crépuscule. Maintenant j'étais fixé, l'objet nuisait à mes tableaux. "

Ce récit décrit une révélation. Il manifeste aussi la stupeur de l'artiste et sa plongée dans un autre univers, dont il cherche à retrouver la splendeur. La conscience d'une coupure épistémologique prévaut ici sur le désir d'affirmer une continuité que Kandinsky revendique par ailleurs. Cette seconde manière d'envisager l'abstraction s'inscrit dans le cadre de la pensée avant-gardiste, où la rupture avec le passé joue un rôle éminent, et elle s'accorde avec l'opinion commune : l'émergence de l'abstraction ne manifeste nullement qu'un pas supplémentaire sur la route du progrès a été effectué, mais qu'unpas de côté ouvre à l'art un chemin vers des terres inconnues, ou le précipite dans l'ornière.

Devant le Carré noir  présenté par Malévitch à la fin de 1915 dans l'exposition 0,10  (Petrograd), le critique d'art Alexandre Benois écrit : " Ce n'est plus le futurisme que nous avons à présent devant nous, mais la nouvelle icône du carré. Tout ce que nous avions de saint et de sacré, tout ce que nous aimions et qui était notre raison de vivre a disparu. " Le peintre, quant à lui, oppose à l'ancien art d'imitation, " des morceaux de la nature pendus aux crochets de vos murs ", la surface picturale " plus vivante que tout visage où sont fourrés une paire d'yeux et un sourire ". Fondateur d'un mouvement qui fera date, il affirme : " Je me suis transfiguré dans le zéro des formes et je suis allé au-delà du zéro vers la création, c'est-à-dire vers le suprématisme, vers le nouveau réalisme pictural, vers la création non figurative. Le suprématisme est le début d'une nouvelle culture : le sauvage est vaincu comme le singe. [...] Le carré noir est un enfant royal plein de vie. C'est le premier pas de la création pure en art. " La rupture n'est pas seulement affichée mais revendiquée.

La comparaison avec la musique s'impose au premier rang des arguments déployés pour expliquer l'innovation et convaincre les détracteurs de l'art abstrait. Dans son plaidoyer pour la peinture cubiste, qui sera considérée comme la dernière et indispensable étape avant l'abstraction proprement dite, Apollinaire prédit : " On s'achemine ainsi vers un art entièrement nouveau, qui sera à la peinture, telle qu'on l'avait envisagée jusqu'ici, ce que la musique est à la littérature. " Bien entendu, chacun sait que la musique est rarement un art d'imitation, et le poète n'a aucune difficulté à en convaincre son lecteur : " L'amateur de musique éprouve, en entendant un concert, une joie d'un ordre différent de la joie qu'il éprouve en écoutant les bruits naturels comme le murmure d'un ruisseau, le fracas d'un torrent, le sifflement du vent dans une forêt,ou les harmonies du langage humain fondées sur la raison et non sur l'esthétique. " La doctrine de l'imitation avait conforté l'autorité du parallèle entre la poésie - peinture parlante - et la peinture - poésie muette. Avec la peinture abstraite, les organisations non référentielles d'éléments plastiques, lignes, valeurs, couleurs, textures, etc., trouvent dans la musique à la fois un modèle et une alliée : à l'antique ut pictura poesis  se substitue le moderne ut pictura musica . Ce changement de paradigme contribue à accréditer l'idée que l'art abstrait constitue bel et bien une rupture majeure avec la tradition.

 

 

2. Les formes et le sens

 

Lorsque Kant oppose la " beauté adhérente ", déterminée par la perfection de ce que doit être l'objet dans lequel elle se manifeste, à la " beauté libre ", sans concept, il prend pour exemple de cette dernière non seulement les fleurs, le colibri, l'oiseau de paradis, les crustacés marins, les rinceaux ou les papiers peints, mais encore la " musique sans texte ". L'art abstrait tout entier ne risque-t-il pas de sombrer lui aussi dans la vanité d'une satisfaction esthétique privée de tout plaisir intellectuel ; À tort ou à raison, peu importe ici, la pensée occidentale distingue la forme et le contenu et elle valorise le sens. Aussi les premiers peintres abstraits, et notamment Kandinsky, Mondrian, Malévitch, ont-ils tous insisté sur l'importance du sens  de leurs oeuvres.

Conscient d'un danger potentiel d'appauvrissement de son art, Kandinsky publie en 1912 un ouvrage au titre à cet égard significatif : Du spirituel dans l'art, et dans la peinture en particulier  veut éveiller la capacité à " vivre le Spirituel dans les choses matérielles et abstraites ". Afin d'éloigner le spectre d'une dégradation de la peinture en simple objet ornemental, l'artiste projette de fixer dans la forme un contenu spirituel et émotionnel. La couleur joue ici un rôle décisif. Kandinsky l'étudie en détail, et il consacre un chapitre à son action : " En règle générale, la couleur est donc un moyen d'exercer une influence directe sur l'âme. La couleur est la touche. L'oeil est le marteau. L'âme est le piano aux cordes nombreuses. L'artiste est la main qui, par l'usage convenable de telle ou telle touche, met l'âme humaine en vibration. Il est donc clair que l'harmonie des couleurs doit reposer uniquement sur le principe de l'entrée en contact efficace avec l'âme humaine. Cette base sera définie comme le principe de la nécessité intérieure. "

L'intérêt de Mondrian pour la spiritualité et l'ésotérisme le conduit à adhérer, en 1909, à la Société de théosophie d'Amsterdam. Le néo-plasticisme, dédié en 1920 " aux hommes futurs ", tire les conclusions du combat entre l'objectif et le subjectif, l'universel et l'individuel : à l'harmonie de la nature, Mondrian oppose l'harmonie d'un art qui ne doit rien à l'exercice de la mimésis. Fondé sur un équilibre dynamique, le tableau néo-plasticiste recourt exclusivement à l'opposition de la verticale - principe masculin - et de l'horizontale - principe féminin. Outre les lignes noires sur fond blanc, parfois le gris, Mondrian n'emploie que les couleurs fondamentales, le jaune, le rouge et le bleu, car elles diffèrent de celles de la nature, qui utilise le spectre tout entier, avec toutes ses nuances. Mondrian entretient des relations avec les artistes des groupes Cercle et Carré et Abstraction-Création, mais, bien qu'il bénéficie d'expositions importantes, il demeure isolé en France, où il travaille. Ce trait biographique n'est pas lié aux contingences du temps. Dans une lettre écrite au début des années 1910, l'artiste précisait : " Je pense que l'être humain ordinaire recherche la beauté dans la vie matérielle mais selon moi l'artiste ne devrait pas le faire. Il ne devrait rien attendre du monde matériel : il doit être seul et lutter seul. Sa création doit se situer à un niveau immatériel : celui de l'intellect. S'il se contente d'obéir à cette force créatrice et, à cette fin, de rester aussi libre que possible, il en fait assez. Et c'est ainsi qu'il apportera sa contribution à l'humanité. "

Malévitch stigmatise la " voie figurative " et prône une " philosophie de la création picturale qui parvient au sans-objet ou à l'absolu ". En 1919, il présente à Moscou une série d'oeuvres blanches, dont le fameux Carré blanc sur fond blanc  (1918). Dans le catalogue de l'exposition, il s'enthousiasme :" J'ai troué l'abat-jour des limitations colorées, je suis sorti dans le blanc, voguez à ma suite, camarades aviateurs, dans l'abîme, j'ai établi les sémaphores du suprématisme. J'ai vaincu la doublure du ciel coloré après l'avoir arrachée, j'ai mis les couleurs dans le sac ainsi formé et j'y ai fait un noeud. Voguez ; L'abîme blanc, l'infini sont devant vous. " Ces accents mystiques prennent leur dimension religieuse dans un essai publié en 1922, Dieu n'est pas détrôné. L'art. L'Église. La fabrique , dans lequel on peut lire : " L'homme a divisé sa vie en trois voies : spirituelle (religieuse), scientifique (la fabrique) et l'art. Que désignent ces voies ; Elles désignent la perfection, c'est par elles que se meut l'homme, qu'il meut son moi comme principe parfait allant vers la représentativité finale, c'est-à-dire vers l'absolu ; trois voies par lesquelles se meut l'homme vers Dieu. " De là à considérer le Carré noir  (1915) comme une icône apophatique - " révélation négative de ce qui est , manifestation de ce qui n'apparaît pas " (J.-C. Marcadé) -, il n'y a qu'un pas, franchi par plusieurs commentateurs. L'arrière-plan du suprématisme serait alors la théologie négative dont les mystères se révèlent " dans la Ténèbre plus que lumineuse du silence ", une Ténèbre qui brille de la plus éclatante lumière " tout en demeurant elle-même parfaitement intangible et parfaitement invisible ", et dont Denys l'Aréopagite précise qu'elle " emplit de splendeurs plus belles que la beauté les intelligences qui savent fermer les yeux ".

L'invisibilité qui hante l'art abstrait dès lors qu'il manifeste des ambitions spirituelles ou religieuses provoque des réticences ou des rejets. Ainsi, l'artiste américain Frank Stella disait apprécier les peintures de Kandinsky, Mondrian et Malévitch, mais éprouver des difficultés à accepter leurs arguments en faveur de l'abstraction, " étayages théoriques marqués de théosophie et d'antimatérialisme ". Stella est représentatif d'une revendication de littéralité  qui souhaite éradiquer toute manifestation de type symboliste. Au cours d'un entretien avec Bruce Glaser, il explique : " J'ai toujours été en désaccord avec les gens qui veulent conserver les valeurs traditionnelles de la peinture : ces valeurs humanistes qu'ils découvrent toujours sur la toile. Si vous les poussez dans leurs retranchements, ils finissent tous par déclarer qu'il y a quelque chose, en dehors de la peinture, là, sur la toile. Ma peinture est fondée sur le fait que seulement ce qui peut être vu là est  là. C'est réellement un objet. "

L'optical art, le minimal art, comme bien d'autres mouvements issus de l'abstraction, ont tenté de s'en tenir strictement au visible. Force est de constater, cependant, un réel penchant des artistes abstraits pour l'expression, terme aux acceptions multiples. L'une d'elles renvoie à l'expression de soi. Traditionnel depuis le XIXe siècle, l'enregistrement des états d'âme de l'artiste a souvent servi d'alibi aux divers expressionnismes. D'autres formes d'expressivité dépassent largement la personne privée de l'artiste pour atteindre, dans la droite ligne du surréalisme, les profondeurs de la psyché humaine, ou encore pour transcrire dans la matière les émotions et les angoisses d'une époque. Après la Seconde Guerre mondiale, en Europe, et tout spécialement en France, les abstractions gestuelles, tachistes, informelles ou lyriques inversent, ainsi que l'explique Georges Mathieu, le processus traditionnel : le signe précède alors sa signification.

Aux États-Unis, l'expressionnisme abstrait apporte également sa contribution au problème du sens de l'oeuvre d'art. Mark Rothko et Adolf Gottlieb affirment dans une lettre ouverte adressée en 1943 au New York Times  : " Une idée largement répandue chez les peintres consiste à croire que ce que l'on peint n'a pas d'importance du moment que c'est bien peint. Cela est l'essence de l'académisme. Il n'existe pas de bonne peinture sur rien. " La génération des myth-makers  (faiseurs de mythes), c'est-à-dire celle des fondateurs de la peinture " à l'américaine " dont font partie non seulement Gottlieb et Rothko, mais encore des artistes aussi différents que Jackson Pollock ou Barnett Newman, recourt à l'abstraction mais revendique la présence, dans ses oeuvres, d'un contenu . En 1948, Newman convainc Baziotes, Hare, Motherwell et Rothko, qui ouvrent à New York une école, de la nommer Subjects of the Artist (Les sujets de l'artiste). Quant à Jackson Pollock, dont la technique du dripping , projection de la peinture sur une toile posée à plat, a suscité un déferlement de commentaires, il affirme : " Peu importe la manière dont la peinture est appliquée du moment que quelque chose a été dit. "

 

 

3. Abstraction et formalisme

 

Il va de soi que ce que dit  la peinture ou la sculpture ne peut pas être communiqué par le langage verbal. S'il en était autrement, il serait inutile de peindre ou de sculpter. Abstrait ou non, l'art, quand il aspire à devenir cosa mentale , ne cherche pas à transcrire ou à illustrer une pensée préexistante ; il est pensée en acte, incarnée dans un médium spécifique. C'est pourquoi il ne saurait être question de démontrer sa signification. Toujours immanente à sa forme, celle-ci affecte l'émotion et ne peut être pleinement saisie que dans l'intuition d'un rapport aux qualités sensibles de l'oeuvre. Ce type d'argumentation a un défaut patent. Privilégiant l'indicible, il ouvre la porte à l'irrationnel et, pire encore, aux effusions d'une sensiblerie vague qui se satisfait d'une pensée molle. Le formalisme réagit contre l'abandon aux charmes délétères de l'ineffable. Il fait sienne la célèbre proposition de Wittgenstein - " Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire " - et il s'en tient à l'analyse du visible stricto sensu.

L'art abstrait, précisément parce qu'il paraît sans référent extrinsèque, offre un excellent terrain d'investigation au formalisme. Le critique américain Clement Greenberg demeure, dans ce domaine, la référenceessentielle. Contemporain des expressionnistes abstraits, il a contribué à clarifier les interrogations suscitées par la notion de tableau. Son argumentation est construite comme un grand récit unifiant au sein duquel le modernisme  ne concerne pas seulement la peinture et la sculpture, mais tous les arts, emportés par une tendance à l'autocritique qui les conduit à faire retour sur eux-mêmes. Selon un schéma explicitement kantien, chaque discipline utilise ses méthodes spécifiques pour s'auto-analyser, et parvient ainsi à s'" enchâsser plus profondément dans son domaine de compétence propre " afin de définir ses caractéristiques spécifiques, de dégager ce qu'elle a d'unique et d'irréductible.

Le processus d'" autopurification " n'est pas nouveau. À partir du XIXe siècle, la peinture moderne se dissocie de la littérature, rompt ses liens avec les textes canoniques et puise ses sujets tout d'abord dans le seul domaine du visible, puis en elle-même. N'ayant plus besoin de rendre lisible quelque récit que ce soit, elle peut cesser de représenter l'espace tridimensionnel. Elle se sépare donc du théâtre comme de la sculpture pour concentrer son attention sur les caractéristiques de son médium, " la surface plane, la forme du support, les propriétés du pigment ". Après que cette purification a été menée à son terme, Greenberg se risque à définir la spécificité de la peinture : " Il a été établi à présent, semblerait-il, que l'irréductibilité de l'art pictural ne consiste qu'en deux normes ou conventions qui lui sont propres : la planéité et la délimitation de la planéité. "

Littéralement impensable avant l'apparition de la peinture abstraite, l'impératif de planéité renvoie à des idéaux moraux et à des considérations ontologiques. Dans leur lettre au New York Times  déjà citée, Gottlieb et Rothko stigmatisent l'illusionnisme parce qu'il relève de la duperie : " Nous voulons réaffirmer le plan du tableau. Nous sommes pour les formes plates parce qu'elles détruisent l'illusion et révèlent la vérité. " L'artiste polonais Wladyslaw Strzeminski s'en tenait lui à une analyse strictement artistique. Après avoir travaillé auprès de Malévitch, il revendique pour la peinture la plus grande autonomie. Il récuse " l'introduction dans l'expression plastique d'éléments tels que : objet, littérature, psychologie ". L'Unisme répond à sa quête d'une " peinture absolue ", exclusivement destinée au regard. À la fin des années 1920, il prône " la création d'un tableau homogène, où toutes les parties forment un tout sur la base du quadrilatère des limites de la toile et de la surface plane ". Dans ce " tableau-organisme pictural " expurgé de tout dramatisme baroque, la planéité est une qualité essentielle : la peinture doit " créer une surface uniformément plane ". Si, comme le remarque Donald Judd en 1965, " deux couleurs appliquées sur une surface se trouvent presque toujours situées à des profondeurs différentes ", l'unique solution réside dans la monochromie radicale, aboutissement et terme de la " réduction moderniste ".

Le dernier tableau  - cette problématique n'a aucun équivalent en sculpture - est l'un des mythes récurrents de l'avant-gardisme pictural. En 1921, Alexander Rodtchenko expose à Moscou trois petites peintures, Couleur rouge pure , Couleur bleue pure , Couleur jaune pure . Chacune des trois toiles est entièrement couverte d'une unique couleur. Peu après, Nicolas Taraboukine publie Du chevalet à la machine  (1923), ouvrage dans lequel il discute les thèses constructivistes, critique les Contre-Reliefs  de Tatline au nom du " productivisme ", et analyse les trois oeuvres de Rodtchenko. Selon le théoricien russe, " chaque fois qu'un peintre a voulu se débarrasser réellement de la représentativité, il ne l'a pu qu'au prix de la destruction de la peinture et de son propresuicide en tant que peintre ". Dépourvu de tout contenu, chacun de ces monochromes est " un mur aveugle, stupide et sans voix ". Pour Taraboukine, il ne fait pas de doute que cette dernière étape ne pourra être suivie d'aucune autre. Il s'agit là du dernier pas, du " pas final après lequel la peinture devra se taire ". En fait, la monochromie a connu de nombreux rebondissements. Les conditions drastiques imposées aux artistes par ses contraintes ne les ont nullement empêchés d'inventer des moyens de diversifier ses effets sans contrevenir aux lois du genre. Il reste cependant vrai que le monochrome atteint une limite.

 

 

4. Abstraction, monochromie et fin de l'art

 

La réduction moderniste conduit la peinture à la stricte monochromie, et on s'est demandé s'il s'agissait encore là d'art abstrait. Dans son journal, Yves Klein répond par la négative : il s'avoue " heureux de ne pas être un peintre abstrait ". Le premier tableau qu'il soumit à l'approbation du monde de l'art ne fut pas acceptée au Salon des réalités nouvelles de 1955. Les membres du comité d'organisation de ce salon exclusivement dévolu à l'art abstrait répugnaient en effet à considérer l'oeuvre comme un tableau, ou du moins comme un tableau achevé, complet. Si Klein avait consenti à ajouter au " fond " orange une forme - un point, une ligne ou encore une tache d'une autre couleur, peu importait -, le comité aurait accepté cette Expression de l'univers de la couleur mine orange , qui restait cependant datée en noiret signée par les initiales Y. K . disposées en monogramme. Par la suite, Yves Klein supprimera date et signature de la surface tout unie du tableau.

Le refus opposé au jeune artiste n'était nullement immotivé. En 1955, la peinture abstraite jouissait d'une tradition et d'une légitimité. Inscrite dans le droit fil du long procès d'autonomisation de l'art, elle ne contrevenait pas à la définition de toute peinture donnée naguère par Maurice Denis, et qui fut longtemps une référence majeure pour les défenseurs de l'abstraction : " Se rappeler qu'un tableau - avant d'être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote - est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. " L'importance du sujet avait pu être remise en cause, mais la nécessaire diversité des couleurs, leur indispensable pluralité, restait constamment affirmée.

Lors de l'exposition dite du Vide (galerie Iris Clert, Paris, 1958), Klein prétend manifester directement, sans recourir à l'artifice du tableau, la " sensibilité picturale immatérielle ". L'immatérialisation du bleu le conduit au-delà de la peinture et même, dit-il, " au-delà de la problématique de l'art ". La fin de l'art connaît d'autres versions, au cours du siècle, toutes liées à l'abstraction. En 1918, les oeuvres blanches de Malévitch projettent le suprématisme aux confins du visible. Peu après, le peintre suit la logique historiciste mise en place par Hegel : il envisage de substituer la plume acérée au pinceau ébouriffé, car " la peinture a depuis longtemps fait son temps et le peintre lui-même est un préjugé du passé ". Cet abandon fut provisoire. Mais Malévitch n'a jamais cesséd'écrire. Mondrian se situe dans une perspective différente mais qui aboutit, elle aussi, à la fin de l'art. Ascète, il ne se détourne pas de la vie. Il appelle au contraire de ses voeux l'avènement d'un monde nouveau, toujours différé, et auquel il travaille néanmoins sans relâche : " L'art est seulement un succédané, et il existera aussi longtemps que sera insuffisante la beauté de la vie. Il disparaîtra au fur et à mesure que la vie gagnera en équilibre. Aujourd'hui, l'art est encore de la plus grande importance parce que, libéré des conceptions individuelles, il montre plastiquement d'une façon directe les lois de l'équilibre. "

Les Ultimate Paintings  de Reinhardt, toutes identiques, carrés au format constant divisés en neuf carrés égaux, si sombres qu'ils ne sont guère perceptibles, présentent la dernière formulation majeure de la peinture conduite à sa fin par l'abstraction. Reinhardt coupe résolument l'oeuvre de ce qui n'est pas elle. Ni signe, ni symbole, encore moins expression de l'artiste, l'" art-en-tant-qu'art " (Art-as-Art ) se veut autarcique. Surnommé " le moine noir " par ses contemporains, Reinhardt professe la religion de l'art. Comme les scolastiques, il crédite l'activité artistique, cette vertu de l'intellect pratique, d'une " rectitude infaillible ". Sa foi est inébranlable, et pourtant il prétend peindre les " ultimes " peintures dans un monde qui affirme de plus en plus fréquemment : " La peinture est morte. " Réponse à ce paradoxe, les Black Paintings  projettent la peinture dans une quasi invisibilité. Dernier rempart avant la disparition dans l'objet, la pure marchandise, le panneau décoratif, ou les diverses occurrences de la vacuité monochromatique, ces " ultimes " peintures procèdent d'une double nécessité logique : le développement de l'oeuvre singulière du peintre et la résistance au piège du mur aveugle.

 

 

5. Peindre la peinture

 

Le succès du formalisme, qui considère la pratique artistique comme une activité réflexive, et la menace d'une vacuité monochromatique ont conduit artistes et critiques à envisager prioritairement les oeuvres comme un discours sur l'art dont elles relèvent. Ce mode d'appréhension reste évidemment plus justifié quand les peintures ou les sculptures ne représentent rien et ne racontent aucune autre histoire que celle de leur propre création. À l'interrogation de leurs aînés sur le sujet - " Quoi peindre ; " - des artistes qui commencent à se manifester dans les années 1960 ont substitué une autre question : " Comment peindre ; "

La réponse qu'ils proposent, en peinture, s'inscrit dans le cadre d'une esthétique sensualiste. Comme Brice Marden ou Robert Ryman, la plupart de ces artistes ne considèrent plus le monochrome comme un terminus ad quem , mais comme une plate-forme de départ. Les peintures blanches de Ryman, par exemple, aiguisent nos regards. Elles invitent aux plaisirs d'une délectation dans laquelle la réflexivité n'a plus que des vertus apéritives. La sévérité de bon aloi de ses oeuvres paraît être le tribut payé à leur insertion historique pour pouvoir répondre au voeu de Matisse, qui rêvait d'" un art d'équilibre, de pureté, de tranquillité, sans sujet inquiétant ou préoccupant ". Autoréférentielles et analytiques, les peintures de Ryman relèvent néanmoins de l'hédonisme : la peinture picturante  ouvre ici l'esprit au bonheur de voir.

Selon Naomi Spector (Macula , no 3-4), cependant, un " changement radical " est intervenu dans le dessein de l'artiste, à partir de 1965 : " Désormais son travail concerne la nature de la peinture : celle-ci est tout ensemble la forme et le contenu des tableaux. Ils ne tirent plus leur sens que de la peinture,de son support, de l'histoire de son procès d'application. Il s'agit de peindre la peinture (to paint the paint ). " Dans cette perspective, chaque tableau résulte d'une invention fabricatrice jubilatoire, que le spectateur doit comprendre pour en jouir : " "Voir" consiste à identifier le "faire". " Au début des années 1970, la critique d'art se transforme souvent en ethnographie des pratiques d'atelier, et les artistes, experts en la matière, encouragent volontiers cette approche descriptive qui suspend le jugement de goût.

Claude Lévi-Strauss avait condamné par avance ce mode de compréhension. Dans une note de La Science du concret , il épingle ainsi l'abstraction : " La peinture non figurative adopte des "manières" en guise de "sujets" ; elle prétend donner une représentation concrète des conditions formelles de toute peinture. Il en résulte paradoxalement que la peinture non figurative ne crée pas, comme elle le croit, des oeuvres aussi réelles - sinon plus - que les objets du monde physique, mais des imitations réalistes de modèles non existants. C'est une école de peinture académique, où chaque artiste s'évertue à représenter la manière dont il exécuterait ses tableaux si d'aventure il en peignait. " Lévi-Strauss vilipendait encore l'abstraction pour une autre raison : elle favoriserait la perte des valeurs liées au métier , réputé plus difficile et exigeant quand il reste stimulé par les difficultés propres à l'imitation. À l'inverse,on peut soutenir que l'abstraction a libéré l'invention formelle et qu'elle a corrélativement favorisé l'essor d'une inventivité technique sans précédent.

 

 

6. L'art abstrait et la modernité

 

L'avant-gardisme triomphant considérait chaque rupture comme un pas en avant irrévocable, aussitôt transformé en conquête définitive. Dans le droit-fil de cet état d'esprit, les militants de l'abstraction croient la création figurative périmée à jamais : après Kandinsky ou Mondrian, nul ne saurait être de son temps s'il recourt à la représentation. Tout retour  à la figuration d'un artiste abstrait devient alors une trahison. Cette manière de penser semble aujourd'hui révolue. Depuis le retour à la figuration de Jean Hélion, dans les années 1930, de nombreux artistes ont imposé l'idée d'une totale liberté face au clivage entre art abstrait et art figuratif. Willem de Kooning refuse de se laisser enfermer dans quelque carcan que ce soit : " Le style est une supercherie. J'ai toujours pensé que les Grecs se cachaient derrière leurs colonnes. " Il n'admet aucune restriction, et il peint sur fond de désespoir conjuré et de dérision assumée : " D'une certaine façon, tremper son pinceau dans la peinture pour peindre le nez de quelqu'un, c'est assez ridicule, d'un point de vue théorique aussi bien que philosophique. C'est vraiment absurde aujourd'hui de vouloir reproduire une image, comme l'image de l'homme, avec de la peinture, puisqu'on a le choix de le faire ou ne pas le faire. Mais, tout à coup, il m'est apparu que c'était encore plus absurde de ne pas le faire. Alors je crains de devoir obéir à mes désirs. "

Le changement d'attitude devant la conjugaison de l'abstraction et de la modernité se trouva grandement facilité quand l'art abstrait cessa d'être une conquête héroïque. Au fil du temps se constituait une rhétorique. L'art abstrait s'enseignait et se dégradait en académisme. Dans les années 1950, alors qu'il triomphait, les signes d'académisation étaient assez manifestes pour provoquer de nombreux débats sur ce thème, tant en Europe qu'aux États-Unis. Aujourd'hui, il n'est pas rare de voir des artistes créer une oeuvre protéiforme, qui ignore les barrières entre abstraction et figuration. Gerhard Richter, le plus fameux d'entre eux, estime que l'on " peut tout peindre ", et il ne s'en prive pas. L'abstraction n'a pas davantage périmé la figuration que le ready-made et ses conséquences n'ont rendu caduques la peinture et la sculpture. Néanmoins, l'émergence, en Occident, d'un art sans assise représentative fut un choc considérable. Les passions qu'il a déchaînées ont considérablement stimulé la réflexion esthétique. Au-delà des opinions et des préjugés, dûment informé des intentions des artistes et des analyses des commentateurs, chacun doit se livrer devant les peintures et les sculptures abstraites comme devant les autres, à ce que toute ouvre d'art appelle : l'exercice du jugement de goût.

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Dimanche

Dimanche

le temps va battre
de son aile
d’oiseau endormi

s’écoulera
mot
à mot

chantera la durée
sous le halo
de l’abat-jour

*
Martine Rouhart

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La peur s'éteint ou s'éteindra

La peur en ce siècle est devenue omniprésente. Elle s’est incrustée au fil des années avec la montée en puissance des progrès de la science. Ces progrès qui auraient dû nous rendre heureux puisqu’ils nous facilitaient la vie ont produit des effets contraires. La peur de perdre s’est installée : peur de perdre son emploi, son logement, son environnement social très préservé, son confort etc … Tout va tellement vite qu’il est parfois difficile de suivre diront certains. Sans oublier que lorsque l’on devient adulte on perd la protection confortable de ses parents qui, eux, ont eu peur pour nous ! Le cycle infernal de la peur va bientôt s’arrêter et ceci grâce ou à cause d’une pandémie. Bien sûr il y a la peur d’être touché par le virus : de multiples précautions sont prises pour éviter de l’être mais l’habitude de se protéger viendra éteindre cette peur à terme. Ce qui s’éteindra progressivement également ce seront toutes les autres peurs citées plus haut. La peur du chômage ne nous saisit que lorsque nous avons un emploi. La peur de la pauvreté quand nous ne manquons de rien; même la peur de la maladie quand nous sommes en bonne santé. Toute privation, toute douleur n’est ressentie que lorsqu’elle n’arrive pas et que l’on craint qu’elle arrive. Dorénavant nous pourrons bientôt reprendre toutes nos libertés progressivement perdues sans peur aucune puisque tout ce que nous avons redouté est arrivé. Nous reprendrons d’anciennes habitudes remisées au placard telles que observer silencieusement la nature au plus près, réapprendre la solitude et la méditation profonde, se consacrer d’avantage aux arts, à une activité sportive, se rapprocher des autres, peser la fragilité du bonheur et de l’amour, bref un désir retrouvé de flâner et se contenter du minimum comme lorsque nous n’avions que presque rien. A moins que ce soit déjà le cas la peur s’éteindra d’elle-même. Elle nous aura appris que rien n’est figé et qu’elle n’est comme tout le reste qu’une illusion de l’esprit. Les enfants de 14 ou de 40 couraient sous les bombes comme dans un jeu. Voilà que près d’un siècle plus tard nous courons aussi sous les feux de l’ennemi. Derrière nous désormais un ancien monde appartenant au passé s’éteint comme la peur qui l’a bâti et devant un nouveau monde à reconstruire. Il n’y a donc rien à craindre du renouvellement des cycles de l’humanité : écologiques, économiques, sociologiques mais de s’adapter à leur nouveaux paradigmes. Et si tout les changements n’étaient que bénéfice ?


Pensée du jour
28/01/2021

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L'UNIVERS FEERIQUE DE DOMINIQUE LEMOINE

                                                      L’UNIVERS FÉERIQUE DE DOMINIQUE LEMOINE 

Du 02-10 au 20-10-20, l’ESPACE ART GALLERY (83, Rue de Laeken, 1000 Bruxelles) a eu le plaisir de vous présenter l’œuvre de la sculptrice française, Madame DOMINIQUE LEMOINE, intitulée : CONVERSATIONS SINGULIÈRES.

DOMINIQUE LEMOINE est une artiste qui surprend en ce sens qu’elle prend le bois comme point d’amorce pour une sculpture mettant en relief d’autres matériaux (tels que le fer) sans qu’aucun d’entre eux ne l’emporte sur l’autre. Le fer (notamment le fer rouillé) épouse le bois jusqu’à en faire corps. Néanmoins, s’il n’y a aucune volonté de « perspective morale » dans les matériaux utilisés, force est de constater que la pièce en bois demeure l’élément portant de la sculpture. Le bois conserve sa prérogative  de « tronc ». Les autres matériaux, sans être relégués au rang d’ « accessoires », s’ajoutent en tant qu’éléments constitutifs à l’œuvre.

FAMILLE

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Cette oeuvre présente un groupe de trois personnages (père, mère et enfant) formant, de par leur disposition, un cercle. Des trois personnages, seul l’enfant possède un « visage » avec des attributs extrêmement sommaires, tels que les yeux. Le reste du faciès se limite à légère enflure vers le bas, faisant parfaitement ressortir la partie supérieure et les orbites oculaires. Bien qu’il s’agisse de personnages humains, le visiteur pourrait croire qu’ils sont inspirés de l’esthétique des arts dits « primitifs ». De plus, l’addition d’éléments en fer, accentue sur l’œuvre le côté « art brut ». Il y a, en outre, du « totémisme » dans cet ensemble sculptural. Cela se remarque dans la conception plastique du père (l’ancêtre/patriarche), reconnaissable à sa taille dominante sur le groupe, participant de cet ensemble de trois pièces, dont chaque individu est soudé par un système de vis, reliant les différentes parties, permettant aux personnages d’arborer leur posture : en l’occurrence, celle de se pencher vers l’enfant, en ce qui concerne le père. Les bras sont de longues tiges pendantes en fer rouillé. La tête est une fine lame de fer noir. Ces mêmes fils de fer font office d’articulations, à la fois pour la mère comme pour l’enfant. Il est à préciser que toutes les pièces exposées reposent sur un socle en métal faisant intégralement partie de la démarche sculpturale. Ce qui frappe, en ce qui concerne ces personnages, c’est l’expression d'une atmosphère protectrice de laquelle l’on subodore des gestes d’aménité. Autre indice d’harmonie sociale, la proximité des personnages prend la forme d’un cercle fermé. La famille est un thème que l’artiste a toujours pris à cœur.

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A' l’instar de DANSEURS, cette pièce présente une volonté d’anthropomorphisme. En effet, autant les visages que les corps se rapprochent de la réalité (même caricaturale). Le visage de l’homme, enlaçant la femme, conçu de profil, adopte une morphologie proche de la caricature. Il trouve se point d’ancrage à la fois par son nez crochu et par sa bouche, en forme de fente rentrante, définissant la forme du visage. La femme, aux attributs faciaux plutôt sommaires, se singularise par son ventre proéminent, signe d’une « attente », celle de la vie.

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Comme toutes les œuvres de cette exposition, une pièce en bois fait office de piédestal. Un panier à friture fait office de visage. Une différence notable avec les autres couples réside dans le fait que les pieds (de forme humaine) sont physiquement présents, en ce qui concerne ceux du danseur et de la danseuse, ils se réduisent à une sorte de fer à cheval dilaté. Leur corps est conçu en fer.   

Le comble de l’enlacement se situe dans cette sculpture de petites dimensions intitulée :

FUSION 

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Le couple est carrément « ficelé » dans des lamelles de fer rouillées, enserrant les corps à l’intérieur d’une fusion mystique : leur conception relève de l’esthétique contemporaine, notamment, dans ces corps presque torsadés, aux crânes exceptionnellement réduits. Des seins, légèrement proéminents, sortent du buste de la femme. Chez l’homme, le buste est svelte et une musculature puissante s’affirme dans la conception de sa cuisse gauche. Le corps de la femme est, lui, plus « enveloppé », plus propice à l’enfantement. Le chromatisme est dominé par le brun-clair. 

L’ELEGANTE 12273368473?profile=original

est un hymne à la féminité. Cette pièce est un véritable tour de force. Le corps est, pour ainsi dire, composé de trois parties : la tête, plus petite par rapport à l’ensemble. La partie supérieure, composée par le tronc, se réduit à une « taille de guêpe » séparant le bassin des jambes.

Si nous qualifions cette œuvre de « tour de force », c’est parce qu’elle s’avère être « multidimensionnelle », en ce sens que le visage, même tourné vers la droite (la gauche par rapport au visiteur) pointe du côté opposé. Que le buste penche résolument vers la droite (la gauche par rapport au visiteur) et que le bassin « propulse » en quelque sorte le rythme de la composition vers l’avant. La partie postérieure se présente sur sa droite (gauche par rapport au visiteur), par un renflement qui contribue à déstabiliser le rythme une seconde fois. Deux excroissances en métal font office de bras. Quant à la coiffure, elle est réalisée par des bouts de métal en forme de ressort. Cette pièce allie, en un souffle, rythme, dance, élégance du geste et chorégraphie dans sa conquête de l’espace.   

Un autre aspect de l’artiste réside dans la réalisation de pièces appartenant à l’art animalier. Il s’agit d’un bestiaire aux allures à la fois caricaturales et fabuleuses, autant que peut l’être une fable d’Esope ou un fabliau du Moyen Age mettant en scène le corbeau ou le goupil.

L’INNOCENT

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présente trois palmipèdes dont le bec pointe vers trois directions différentes. Leur corps se résume à une longue pièce en bois, surmontée d’une tête se terminant par le bec et aux lamelles de fer rouillées leur servant d’ailes. Les pattes palmées sont réalisées à même la pièce leur servant de socle. Les yeux des oiseaux sont conçus à la fois avec des ressorts, des clous ainsi qu’avec des plaques en forme de globes oculaires, déposées sur des orbites à peine creusées pour les accueillir. L'artiste précise que le titre de cette oeuvre traduit une forme de procès adressé au personnage faisant face aux deux autres. Sa position dans l'espace est une métaphore de son innocence. 

PARTIE DE PÊCHE

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Cette oeuvre présente l’image d’un canard faisant du ski nautique, pouvant participer du récit joyeux de la fable moralisatrice d’un La Fontaine. Divers éléments définissent le volatile : le ski, le bec, les passoires à thé servant de lunettes, sans oublier les lamelles en fer rouillé en guise d’ailes. La pièce du haut, comprenant le buste et la tête est raccordée à celle du bas comprenant le reste du corps jusqu’aux pattes, elles-mêmes soudées aux skis. Les pupilles et les blancs des yeux, derrière les lunettes, sont deux pièces enserrées à l’intérieur des trous faisant office d’orbites oculaires.

Le socle prend la forme d’un poisson d’où le titre de l’œuvre. Concernant l’art animalier, celui-ci est porté par une forte charge d’humour, consubstantielle à la fable moralisatrice.

Le visiteur peut légitimement se demander s’il y a adéquation entre ses œuvres et leurs titres. En réalité, il n’y en a pas. Les titres ne lui viennent qu’après la création.

Cela se retrouve dans sa technique par rapport au résultat. L’artiste précise qu’Il n’y a aucune idée préconçue. Les formes de départ des bois travaillés sont à la base de ses idées. L’origine même des bois est disparate, à titre d’exemple, le matériau ayant servi pour LA FAMILLE (cité plus haut) provient d’un ancien poteau de moules. D’anciens morceaux de carcasse de bateaux sont également à la base dans la réalisation des pièces. Son travail est avant tout celui d’une céramiste associant des terres différentes qui ont du grain avec adjonction de métal. Malgré cela, elle préfère de très loin la sculpture à la céramique proprement dire car celle-ci s’avère trop compliquée lors de la cuisson. Elle avoue avoir toujours eu l’envie de travailler sur de grandes pièces.

DOMINIQUE LEMOINE, de formation scientifique (elle est médecin-radiologue), travaille la terre depuis l’âge de cinq ans. Elle aborde bien plus tard la peinture sur soie. Ce n’est qu’au moment de sa retraite (vers 2010), qu’elle  reprend et amplifie son activité artistique. Elle pense continuer dans ce même créneau sans pour autant se destiner spécifiquement vers l’art animalier. Auteure d’un univers fantastique, elle nous transporte par des voies joyeuses vers des espaces pavés de récits intemporels, faisant des fables d’antan,  des conversations singulières.    

François L. Speranza.

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Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

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L'artiste DOMINIQUE LEMOINE et François Speranza : interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

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aurélie bx1+

Aurélie Vauthrin-Ledent est comédienne, metteuse en scène, autrice et directrice de la maison d’édition “Les oiseaux de nuit”. Découvrez-la dans cet interview réalisé ce mardi par Soraya Amrani dans l’émission radio “Les Lecteurs et Lectrices de Bruxelles” sur BX1+.

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