Il s'agit d'un traité historique, écrit dans un but didactique, par le poète et humaniste italien François Pétrarque (1304-1374), commencé en 1344 et resté inachevé. Les livres de Valère Maxime, "Factorum et dictorum memorabilium", inspirèrent le poète qui fut sans doute séduit par la structure de l'ouvrage; celui-ci lui permettait de faire montre de sa vaste érudition historique, chose unique en son temps, et de tirer un enseignement moral pour ses lecteurs. C'est dans ce dessein qu'il trace un plan assez artificiel. L'ouvrage s'ouvre par l'éloge de l' oisiveté, comprise comme le repos de l' âme occupée par des études élevées; il traite ensuite des différentes vertus, à commencer par la prudence dont il distingue plusieurs aspects: souvenir du passé, attention accordée au présent, prévoyance du futur. Les exemples qui viennent illustrer la démonstration abondent. Ainsi, parlant de l' oisiveté, le poète rappelle les hommes qui la cultivèrent dans les temps anciens comme dans les temps modernes: les deux Scipion, Cicéron, Epaminondas, Achille, Socrate, Robert d'Anjou. Suivant la même méthode, il l'applique à l'analyse des qualité que requiert la prudence. Il en résulte que l'ouvrage a un ton typiquement médiéval que n'a pas l'autre oeuvre historique de Pétrarque, le "De Viris illustribus" (voir "Des hommes illustres"); mais dans l'un comme dans l'autre de ces ouvrages, se révèle l'amour de Pétrarque pour l' Antiquité qu'il a découverte; de plus, il conte de fines anecdotes, fort intéressantes, spécialement pour nous, car elles ont trait à des personnages plus proches de l'auteur dans le temps. Dès le début du traité, le souci de faire oeuvre d' humanisme apparaît en toute clarté; le poète est fier d'être le restaurateur de l' Antiquité jugée sévèrement par les générations qui l'avaient oubliée ou déformée. "Posté sur les confins de deux peuples et regardant ce qui suit et ce qui précède, ce jugement que je n'ai pas hérité de mes pères, je veux le transmettre à mes descendants", paroles mémorables qui marquent le début d'un nouvel âge: la Renaissance.
Publications en exclusivité (3142)
Sur un sentier qui file
je marche vers nulle part
la tête ailleurs
j’écoute le vent
j’écoute les ombres
je regarde les oiseaux
arpenter le ciel
rien de plus
tant de fois j’ai fait cela
juste dénoué le temps
Martine Rouhart
Certains matins
les mots viennent
sans effort
d’une démarche dansante
avant même d’y avoir songé
ces matins me consolent
de tous les autres jours
où ils fuient
insaisissables
quand mon âme fait trop de bruit
Martine Rouhart
J'ouvre les yeux à la lumière.
Me sens joyeuse d'être en vie.
Ne débordant pas d'énergie,
Je m'abandonne au laisser-faire.
En éveil, ne pense à rien.
D'or est saupoudrée l'herbe verte.
Des fourmis y passent alertes,
Sans doute y repèrent des biens.
Leur vivacité m'impressionne.
Je les observe de très près,
Or ne les vois pas s'emparer
Des aliments qui y foisonnent.
Intelligence ou bien instinct?
Tous les êtres vivants agissent
Pour obtenir un bénéfice,
Non pas un profit incertain.
Les lois, régissant la nature,
Demeureront inaltérables.
Aux espèces sont profitables,
Font que l'équilibre perdure.
14 juillet 2018
Un instant à occuper s'offre.
Certes ce jour est avancé.
Aucun défi ne m'est lancé,
Lors, je vais fouiller dans le coffre.
La mémoire est une réserve
Des plaisirs que donne la vie
Et aussi des tendres envies.
Dans la durée, elle préserve.
J'aimerais être créative,
Faire surgir de la beauté,
Dans des espaces enchantés,
Cependant demeure passive.
Face à la grisante brillance.
Je murmure l'hymne à la joie.
De ma mère, j'entends la voix
Qui avait bercé mon enfance
13 juillet 2018
Tu me diras combien les chênes,
combien les chants anciens,
ont compté pour toi.
Nous qui sommes les enfants des campagnes,
les lueurs de la ville.
Dans ce paysage, la très lente mélodie,
de sa gorge déployée,
fait chanter le piano.
La nuit dans le poing, le jour dans la main.
Tes yeux en mouvement secouent les branches des arbres
au-dessus de la statue.
Sa silhouette dessine tes rêves au-dessus de la fontaine.
Tant de chemins à parcourir encore.
Julien Boulier
poème déposé Sacem code oeuvre 3439778711
Quelques notes d’un lointain syrinx me reviennent… Pan, sans doute, est à la traversière… empruntons donc cette voie de traverse, sur l’air des vendanges de l’amour.
Cupidon nous accompagnera à la parade, déjà il me tend une plume… en garde ! elle peut être perfide.
Paon et Cupidon
Détail des « Scènes de vendanges »
« L’Amour, ce fripon, ce brandon de discorde, a d’étranges formules. »,
Moschos de Syracuse (IVe s. av. J.-C.)
Maison de Dionysos (Nea Paphos, Chypre)
Dernière tournée et ultimes tours pour Aphrodite, Eros, héros et héroïnes avant de leur tirer notre révérence.
Susceptible, vindicative, exclusive, et intrigante, Aphrodite ne fut pas pour rien dans la mort tragique d’Hippolyte. A ses beaux yeux, il avait commis ce péché originel d’incliner pour la lunaire Artémis (Diane), vierge de surcroit, et tenant à le rester, pour qui il se vouait.
Hippolyte était le fils de Thésée. Lorsque le vainqueur du Minotaure quitta la Crète, il conduisit Ariane et sa sœur, Phèdre, vers d’autres destinées. Chemin faisant, il se lie à une Amazone, Antiope, qui lui donna ce beau fils. Après le décès d’Antiope, il épousa Phèdre.
Phèdre et Hippolyte
Hippolyte s’apprête ici à partir à la chasse – chaussé, sachant chasser, avec son chien - lorsqu’il reçoit un diptyque de Phèdre, sa belle-mère, lui avouant son amour. Dans l’attente, Phèdre sur son trône se consume. Cupidon, ce petit scélérat, avait su embraser son cœur. Avec ce brûlot qu’elle lui inspira
« C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. »
Maison de Dionysos (Nea Paphos, Chypre)
Vous suivez ? Reprenons le fil, cherchons l’intruse et son agent de liaison.
C’est là qu’Aphrodite intervint comme le ferait un corbeau malfaisant, avec la complicité d’Eros, son envoyé spécial qui dicta sans états d’âme un fallacieux message à Phèdre. Calamiteux calame…
Alors que Thésée était absent, Phèdre le crut mort et déclara sa flamme à son gendre Hippolyte, qui, glacé d’effroi, la repoussa.
Sur ces entrefaites, Thésée réapparait. Craignant sa colère, l’épousée accusa alors Hippolyte de l’avoir violée. Fils maudit, Hippolyte partit et fut tué sur son char par une vague monstrueuse transmuée en un taureau furieux guidé par Poséidon en personne !
Après ce scandale dans la famille, Phèdre se suicida
« Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable
Je péris la dernière et la plus misérable. »,
Jean Racine (1639-1699)
Et Thésée, qui apprit la vérité par l’entremise d’Artémis, abandonna son royaume.
Amour fatal, tragédie mémorable.
Et Aphrodite est parfois dite Sôsandra, « celle qui sauve les hommes » ! Faut-il se voiler la face, se draper dans sa vertu !
Eros monté sur un taureau
Survivances païennes en période paléochrétienne*1.
Ces œuvres datent, pour la plupart, du IVe siècle.
Mosaïque de la maison d’Aion (Nea Paphos, Chypre)
Europe, princesse de Tyr, gambadait dans les prés avec son petit panier fleuri et ses amies. Zeus, au balcon d’un nuage, observait cette charmante scène champêtre d’où se détachait notre héroïne, tant elle était fraîche, fleur parmi les fleurs, prête à être cueillie. Un peu sauvage aussi. De son côté, la déesse de l’amour veillait pareillement, et aimant mêler les cœurs autant que le grain et l’ivraie dans l’ivresse des sens, elle demanda à Eros de décocher une de ses fameuses flèches, qui derechef atteint le dieu suprême. Incontinent, le père des dieux et des hommes, et roi des transformistes, se mua en taureau, échappant ainsi à la vigilance d’Héra, sa légitime épouse. Sans ambages, il héla la fille du roi Agénor, « Io ma sœur, en croupe ! » (c’était un rapteur avant l’heure), se rua sur la belle et l’emporta. Au galop sur les flots, ils gagnèrent Chypre, pour jouir de la félicité d’un amour partagé. Elle lui donna trois fils, puis épousa le roi de Crète. Et c’est comme ça que, descendus de l’Olympe et « des fils glorieux dont les sceptres exerceraient leur pouvoir sur tous les hommes », nous sommes tous Européens !
L’enlèvement d’Europe
Ils atteignirent Matala et vécurent heureux en Crète, où on dit qu’à Gortyne le platane qui abrita leurs amours reste toujours vert… En toute saison*2 !
On ne mesurera jamais assez les bienfaits du régime crétois !
(IIIe s. ap. J.-C. ; mosaïque trouvée dans la ville de Rhodes en 1966)
Clio pour sa part, un jour, désavoua Aphrodite et son amour trop tapageur pour Adonis. Clio pensait avoir la haute main sur l’histoire, la suite lui prouva que non. Ses piaillements l’incommodant, la déesse fit qu’une irrésistible inclination poussa la Muse de l’Histoire dans les bras du roi Piéros. Piéros, roi d’Emathie (Macédoine) et ses neuf filles, les Piérides*3, à qui il avait donné le nom des neuf Muses, raison pour laquelle, outre qu’elles rivalisaient avec elles au chant, elles furent métamorphosées en pies et corneilles, oiseaux rebelles que nul ne peut apprivoiser. Et pan sur son bec ! Faut pas la chercher. Et ne bayez pas ! La musique n’adoucit pas ses mœurs.
‘Tu croas ça toi’ croassèrent les Piérides, avec, comme dit Ovide, leur « caquet, une voix rauque et un insatiable désir de parler. ».
Avançons-nous maintenant vers cette représentation populaire (pandemos) de la déesse où on voit Vénus chevaucher un bouc. Elle est du type Epitragia.
Les cheveux dans le vent, il lui monte des désirs divins dans le creux de ses reins, sur son terrible caprin.
Vénus Pandemos
« Le vulgaire, dans la nature, se mêle souvent au sublime »,
Mme de Staël.
(ca 250 ans av. J.-C. ; marbre de Pentélique ; musée du Louvre, Paris)
Une croyance répandue dans la Grèce antique voulait, ainsi que le rapporte Pline, que « les chèvres respirent par les oreilles… et que la fièvre ne les quitte jamais : ce serait pour cette raison que leur souffle est plus brûlant et qu’elles sont plus ardentes à l’amour… »*4.
La chèvre de la mosaïque des « Quatre saisons »
Remarquez la flute de Pan (syrinx).
Faut-il y voir une bique lubrique ?
Bê… fabæ caprini fini ! réplique-t-elle bellement.
Maison de Dionysos (IVe s., Nea Paphos, Chypre)
Priape, né sous la bonne étoile du berger qui l’éleva, veillait particulièrement les troupeaux de chèvres, première espèce ruminante à être domestiquée par l’homme.
Fils naturel d’Aphrodite et de Dionysos, mais si petit, si laid, si libidineux, que sa mère l’abandonna. Il devint donc le protecteur du cheptel et des jardins… Jardins où notre disgracieux homoncule réapparut plus tard sous forme du charmant nain ornemental*5 que nous connaissons tous. Gage de fertilité, son sexe énorme telle une masse d’armes avait aussi l’avantage d’éloigner les voleurs comme de servir d’épouvantail à moineaux !
La jeunesse de Jupiter (ca 1700, détail)
Ignaz Elhafen (1658-1715)
(ivoire, Victoria & Albert Museum, Londres)
Pan au tambourin, une nymphe et Amalthée, la chèvre nourricière de Zeus. Pour Homère, Zeus, le plus glorieux des dieux, était le père d’Aphrodite, qu’il eût de de son union avec Dioné. Il devait y avoir un certain atavisme.
Están como cabras…
María del Carmen Díez Muňoz (Villadovid, 1989)
(linogravure, 2015 ; musée insulaire de La Palma)
Tant il est vrai qu’elle m’a rendu chèvre !
Cabri c’est fini.
Malgré tout, je ne voudrais pas terminer sur une figure un peu trop fruste. Il suffit pour cela de changer de disque pour prendre celui, bien plus aimable à nos yeux, mais hélas perdu, que décrivait Anacréon, le chantre de Téos, il y a deux mille cinq cents ans. J’en appelle donc à l’aède…
« Qui donc osa graver la mer ? Quel art habile déroula sur ce disque les flots arrondis de l’onde azurée ? Quel est celui dont l’esprit inspiré des dieux a représenté sur le dos de l’humide élément la blanche et douce Cypris, reine des Immortels ? Il nous l’a montrée nue : les flots servent seuls de voile aux appas qu’il faut cacher : elle erre sur l’eau comme l’algue blanchissante que balance une onde paisible.
Le corps soutenu par la mer, elle sépare devant elle les vagues frémissantes et fend pour la première fois les flots répandus autour de son sein de roses, au-dessous de son cou délicat. Au milieu des sillons d’azur, comme un lys enlacé aux violettes, Cypris brille sur le calme de la mer. L’argent représente des dauphins en chœur et portant l’Amour et le Désir qui se jouent des finesses des hommes. La troupe des poissons, en cercle sur les flots, caresse la reine de Paphos partout où elle nage en souriant. »*6
Assez chanté ses louanges, de dithyrambe… Cependant, sans l’abandonner, nous laisserons notre déesse se délasser, pour nous consacrer à ses Amours, turbulents enfants, et à leurs traits… de caractère.
Le repos de Vénus et de Vulcain
Les Amours affutent leurs flèches.
L’Albane (Francesco Albani, dit ; 1578-1660)
(musée du Louvre, Paris)
Vous pouvez, en attendant, retrouver notre héroïne dans les précédents épisodes de cette série :
1. A Paphos, l’effrontée Aphrodite fût :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-paphos-l-effront-e-aphrodite-f-t-aphrodite-1-5
2. A la poursuite d’Aphrodite la dorée :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-la-poursuite-d-aphrodite-la-dor-e-aphrodite-2-5
3. Toujours fondu d’Aphrodite ? :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/toujours-fondu-d-aphrodite-aphrodite-3-6
4. Dans le miroir de Vénus :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/dans-le-miroir-de-v-nus-aphrodite-4-7-1
5. Rhodos, Salmacis et hermaphrodite :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/recherche-aphrodite-perdument-aphrodite-5-7
6. Vénus ou l’écume de nos nuits :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/v-nus-ou-l-cume-de-nos-nuits-aphrodite-6-7
Michel Lansardière (texte et photos)
*1 L’île de Chypre a été évangélisée par Paul, Barnabé et Marc en 45. La religion chrétienne sera proclamée religion officielle de l’Empire romain en 392. En 395, à la mort de Théodose, l’empire est scindé en Empire romain d’Orient et Empire romain d’Occident. Il y eut aussi des foyers de résistance polythéiste, notamment pendant le règne de l’empereur Julien (331-363), l’Apostat pour les Chrétiens.
*2 Sempervirens, il l’est ! Vérifications faites, une espèce endémique à feuilles persistantes vit sur l’île (platanus orientalis cretica). Il n’en resterait qu’une trentaine de spécimens. Ils font naturellement partie des spermatophytes (angiospermes). Par la semence de Zeus !
*3 Les Piérides sont souvent assimilées aux Muses (idem pour les Carmènes) et données comme synonymes d’après leur lieu de naissance, la Piérie, en Macédoine. Leurs vocalises se répétaient en écho sur les monts Olympe, Piérus, Pinde, Parnasse et Hélicon pon pon pon pon.
*4 Antiquité ?... Avant la Seconde Guerre mondiale, un charlatan américain, John Romulus Brinkley (1885-1942), greffa des testicules de bouc, émissaire de puissance et de gloire, à des patients (plus de 15000 victimes tout de même !) voulant retrouver leur virilité. Ce personnage sulfureux, aux ambitions politiques, propagea les nauséabondes thèses nazies… Il est vrai que l’odeur hircine n’est pas celle de la sainteté, le Diable s’habille en angora.
Un film d’animation documentaire, Nuts ! (jeu de mots entre « cinglé » et « testicules »), se basant sur cette histoire a été réalisé en 2016 par Penny Lane.
Mais « le bonheur ne serait pas le bonheur sans une chèvre qui joue du violon » selon une réplique d’un personnage contemplant « La mariée » de Marc Chagall dans Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell.
*5 Kobolde et Nicker, sont des esprits de la terre des légendes saxonnes. Ces « Petits vieillards, à barbe blanche, armés d’un marteau, ceints de cuir protecteur des mineurs, la tête couverte d’un bonnet conique. La figure souriante, ils batifolent dans les grottes, trottinent le long des filons, à la recherche des pierres fines, des métaux précieux. » (Karl Grün, 1843-1890) sont aussi à l’origine de nos nains de jardin, comme des mots « cobalt » et « nickel ».
*6 Traduction d’Ernest Falconnet (1815-1891). Bien sûr, pour Anacréon et ses contemporains le dauphin était un poisson. Linné n’était pas né.
Le naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778) a classé le monde animal en proposant une nomenclature binominale latine dans son Systema naturae. Dans la famille vénus, il a donc mis de l’ordre. Dans la langue vernaculaire la palourde avait tout pour praire. Il les trouva mauvais genre, communes. Une faune (on lui doit le mot pour désigner le peuplement animal, idem pour la flore) bêtement vulgaire. Esprit systématique, il nomma la première Venerupis decussata Linnaeus, 1758 et la praire Venus verrocusa L., 1758, et cætera. Vous admettrez, que cela redonne une certaine classe à une famille ainsi recomposée. Bien rangée, Vénus est bien à tiroirs taxinomiques autant que mythologiques, voire métaphysiques. Dois-je consulter, Dr Freud ?
Vénus aux cheveux d’or
Auguste Arnaud (1825-1883)
(palais de Compiègne, Oise)
J’aurai tenté avec cette série de faire toute la lumière, ou presque, sur la déesse…
Initialement cette sculpture était partiellement dorée. Napoléon III en ayant fait l’acquisition au Salon de 1863 demanda à ce que l’on lui ôta cette parure.
Voir à propos de ses cheveux le billet 2/7 : « A la poursuite d’Aphrodite la dorée » (lien ci-dessus)
J'ai un puissant besoin, parfois,
De saisir de l'instant qui passe
Une délicieuse grâce
Ou bien le trouble d'un émoi.
M'arrivent des vers sans emphase.
Ils riment agréablement.
M'émeut toujours joyeusement,
La musicalité des phrases.
Des milliers de pages écrites,
De petits morceaux de papier
En deux soigneusement pliés,
Couverts de mots à la va vite.
Je garde toujours en ce temps
L'habitude prioritaire
D'écrire pour me satisfaire
Mais cela n'est plus évident.
Avec confiance j'espère
Que pareil me sera rendu
Mon talent qui semble perdu.
Me fascine le grand mystère.
22 juillet 1018
Que reste-t-il
du temps éparpillé
des mots épars
et des poèmes inachevés
de nos nuits blanches?
Si peu de chose
une plume ou deux
abandonnées le soir
par un oiseau
Martine Rouhart
Aussi je dirais que ton âme parcourt les sentiers sauvages.
Colères et tempêtes d’hiver, lourd soleil d’été.
Tu franchis les heures parvenues.
Vois cette clarté qui habille tes rêves.
C’est ta vie qui enveloppe de fougères
l’agitation et le tumulte des grandes villes
jusqu’à ce qu’en marchant,
tu découvres, transpercé de lumière,
les rivages à jamais en suspens.
Puisses-tu devenir immuable en t’éveillant chaque jour,
semblable à la brume qui se déchire,
laissant apparaître les paysages scintillants
à travers tes yeux et ton regard. »
Julien Boulier, à Lorient
poème déposé Sacem code oeuvre 3439653711
La forte chaleur a cessé,
Le vent agite le feuillage.
La prudence me gardant sage,
De sortir, ne suis pas pressée.
Ce jour se nomme Vendredi.
Il s'écoule dans le silence.
Son éblouissante brillance
Certes me rend ragaillardie.
Me vient le goût d'une chanson,
Créatrice de fantaisie,
D'une suave poésie,
De géodes remplies de sons.
Venez chez moi, Mimi Pinson,
Répandez-y votre énergie!
Voudrais dater ce vendredi.
Que s'y combinent de doux sons!
6 juillet 2018
À Michèle Choucroun
Vivant sereinement seulette,
Je capte des instants de grâce.
De m'émerveiller ne me lasse,
Ai souvent le coeur à la fête.
J'évoque les êtres que j'aime,
Dont le sort me tient éloignée,
Du chagrin étant épargnée.
Se perdent les envies qu'il sème.
Toi, qui as de forts courts loisirs,
Assumant une lourde tache,
Te soucies certes que je sache
Que tu couves nos souvenirs.
Recevoir un don en tendresse,
Provoque une profonde joie,
Souvent, un savoureux émoi.
L'apporte un souffle qui caresse.
5 juillet 2018
L'ART CELA FAIT DU BIEN.
Confronté sans transition souvent, de la beauté à l'horreur, du bien-être à la souffrance...
Secoué, perturbé, incrédule...l'homme doit pourtant faire face!
Lorsque le cœur déborde, lorsque la raison butte, l'instinct prend le relais...
Alors, pour surnager, pour exister, pour se détendre, pour partager, certains cherchent à traduire leur vécu. Ils prennent pinceaux, plumes, archets. Ils malaxent, ils sculptent, ils photographient, ils imaginent. Ils sortent de leur condition!
Ils se sentent tout à coup pour quelques instants magiques, créateurs d'une autre vie plus proche de leur ressenti. Ainsi en une minute, ils se sentent apaisés.
Et ceux qui posent leur regard et leur intelligence sur leurs œuvres, en ouvrant aussi leur cœur, éprouvent comme malgré eux, par onde de choc, ou devrai-je dire onde d'empathie, d'amour? Eprouvent donc, à leur tour, une part de cette joie de se sentir enfin, en osmose avec les autres, ou même seulement, en réflexion, en universalité.
L'art, c'est le fil qui nous fait danser avec la beauté, avec l'envie, avec la vie...
Il emplit nos yeux, nos oreilles, il nous fait ressentir la richesse qui sommeille au fond de nous. Il nous fait du bien.
J.G.
Un autre jour de canicule.
Elle produit mêmes effets,
Mon déboussolement complet,
Un comportement ridicule.
Pour établir un courant d'air,
À nouveau, j'ouvre les fenêtres.
C'est la chaleur qui y pénètre.
Le résultat me semble clair.
Alors que je cherche un endroit,
Où l'inconfort est moins pénible,
Persiste l'incompréhensible
Oubli de mon autre chez moi.
Descendant pour y prendre un livre,
Me sens pénétrée de fraîcheur.
Tant que durera la chaleur
Vais confortablement y vivre.
4 juillet 2018
Un docume,t France culture
Probablement influencé par le côté « gamin » qui domine quelquefois ma personnalité, j’adore fréquenter les é
crits qui touchent au « moyen âge » aux « croisés » ainsi qu’aux « templiers ». Il faut bien avouer que mon avis sur la question est certainement inspiré par la ville de Bouillon qui avoisine notre terroir, ville que l’on visite quelquefois en n’oubliant pas son château fort dans lequel sommeille la célèbre « Chambre des tortures ».
Malgré l’absence de « coupe du monde » ils avaient, à l’époque, quelques dons pour la distraction. S’il faut le rappeler, Bouillon est le nom que portait le souverain du « royaume de Jérusalem » qui refusa, au terme de la première croisade, le titre de roi pour celui de : «avoué du Saint-Sépulcre ».
Je ne puis m’empêcher de sourire devant ce « péché d’orgueil » faisant probablement partie d’une forme de propagande afin de justifier les crimes commis au nom de la souveraineté divine. La mort était souvent au rendez-vous et sous le soleil d'Orient, les infections trouvaient terrain favorable.
« La dame de La Sauve » est un roman, que dis-je, une sorte de machine à remonter le temps. « Sandrine Biyi » n’est pas femme à camoufler des vérités. Elle ne s’encombre ni de dogme ni de faux semblant, l’Histoire étant ce qu’elle est, tant pis pour la légende.
A quoi bon falsifier la réalité ? Les croisades n’ont pas toujours été glorieuses. C’était une boucherie, opportunité à tous les excès, combien s’en sont privés ? « Sandrine Biyi » possède le talent de tenir le lecteur en haleine. Elle utilise pour ce faire le choc des civilisations, la bêtise des rivalités et sait placer sa plume sur les zones sensibles, tant pis si ça gratouille à notre envie de confort intellectuel.
Brunissende naît à Jérusalem en 1108. Elle est la fille d’un Seigneur aquitain parti en Orient lors de la première croisade et d’une jeune femme médecin, Arabe de la dynastie des Abassides.
Une chanson paillarde façonnera le destin d’un Seigneur obligé de guerroyer pour obtenir indulgence d’une église décidément avare de complaisance; il fallait y songer.
L’écrivaine jongle admirablement avec les destinées des acteurs qu’elle place sous nos yeux… L’ouvrage nous livre une merveilleuse histoire d’amour, mais pas que. Il nous fait ressentir les déchirements d’une jeune femme éduquée avec tolérance qui revient « au pays » en compagnie de son père.
Une « Sarrasine » qui monte à cheval comme un homme et qui plus est d’une rare intelligence, voici de quoi faire trembler l’église en son entier.
À propos d’intelligence, l’Auteure nous ‘rappelle l’air de rien’ que nos civilisations sont redevables à ces voisins qui font
hésiter l’Europe. Pour ne citer que quelques exemples ; l’hygiène, la médecine, l’astrologie, les mathématiques et j’en passe.
Le père de Brunissende possède énormément de terres sur lesquelles une abbaye se construit. Oui, mais, le Seigneur qui revient reprend ses droits et chasse quelques ambitions camouflées sous de pieuses intensions.
Jolie plume, pour une histoire que l’on aimerait entendre racontée sous le halo des chandelles ou pourquoi pas, assis au coin d’un feu de bois. Je n’ai pas eu cette opportunité, mais le destin m’a offert un ciel radieux, brulant comme le serait un bon vieux four à pain.
De Brunissende j’en suis tombé amoureux ainsi que de son caractère entier. Amour platonique qui n’a rien à confesser, se confesse-t-on d’un rêve ? J’ai envié l’intelligence de son père qui a su construire cette complicité malgré les chagrins partagés. J’ai sublimé le choc de civilisations des éducations. En d’autres mots, j’ai été séduit et je n’ai qu’une envie c’est de me jeter sur le second Tome. Mon Dieu, j’allais oublier de vous confier que cette histoire ne compte pas moins de cinq volumes. Pas de quoi vous effrayer, c’est passionnant.
La qualité de l’ouvrage ne provient pas seulement du don d’écriture que nous offre « Sadrine Biyi » il émane de sa passion pour l’Histoire médiévale que nous avions soulignée après la lecture de « Cathares » et pas que ; elle provient en grande partie de son regard honnête dépourvu de complaisance à l’égard de ce qui arrange notre vision des choses. Belle leçon d’histoire qui prête à la réflexion.
Parbleu ! Que l’on scelle mon destrier, les souffles d’Orient m’appellent.
Mangeurs de ricotta (détail)
Vincenzo Campi
Musée des Beaux-Arts, Lyon
Quand la canaille fait ripaille.
« Un repas est insipide s’il n’est assaisonné d’un brin de folie. »,
Erasme (1466/67-1536)
« Le rire est satanique, il est donc profondément humain. », note Charles Baudelaire. Gare ! « Le Sage ne rit qu’en tremblant. »
Le bouffon Gonella
Attr. à Jean Fouquet (ca 1420-1480)
(les noms de Jan van Eyck, Giovanni Bellini, Breughel l’Ancien ont tour à tour été évoqués…)
Pietro Gonella était bouffon à la cour de Niccolò III d’Este à Ferrare.
Portrait sensible de celui qui, pauvre fou, voulut distraire, voire guérir, son maître, atteint de fièvre quarte (hyperthermie), en le poussant dans le Pô. Mal lui en prit, le condottiere la jugea saumâtre. Afin de lui rafraîchir les idées, il fut jugé. Notre blagueur mourut de peur lors du simulacre de son exécution, un bien mauvais tour pendable.
Aussi, « Je t’offre cette Fantaisie
Où j’ai savouré sans terreur
L’abominable poésie
De ta prodigieuse horreur. »
Maurice Rollinat (1846-1903), Le rire.
(Kunsthistorisches Museum, Vienne ; photo captée sur le Net)
« Mieux vaut un fol plein d’esprit qu’un bel esprit plein de folie. »,
William Shakespeare (1564-1616)
Chantres du bon goût, les beaux esprits, les érudits, souvent, font la fine bouche devant ces scènes d’un mauvais genre, commisération aux commissures. Peinture ridicule ! Bouffonneries ! Gueuseries ! Bamboches ! C’est ainsi que La Tour resta dans sa nuit ou que les frères Le Nain, avec leurs représentations paysannes, furent escamotés pendant deux siècles. La peinture d’Histoire, les scènes mythologiques ou religieuses constituant la fine fleur de l’art, comme les portraits des grands de ce monde destinés à épater la galerie. Pas ces trognes de personnages, peut-être truculents, mais surtout oh combien répugnants ! Des gueux, des vilains, des sans-dents (descendants contemporains, croqués ici avec malice par Charles De Wit) qui nous en apprennent pourtant plus sur la vie et les mœurs de l’époque que n’importe quelle toile à leurs yeux admirable. Et puis c’est beaucoup plus troublant qu’un carré blanc sur fond blanc qui, moi, me laisse coi. C’est pourquoi j’ai voulu mettre en perspective ces pièces oubliées de l’histoire de l’art avec des morceaux choisis de la littérature de l’époque. Un voyage en Italie différent auquel je vous convie, avec des peintres, Vincenzo Campi au premier chef, loin d’être mineurs, qui nous montrent une autre Renaissance, certes moins idéale.
Pourtant, si « le comique est, du point de vue artistique, une imitation ; le grotesque, est une création. », Baudelaire.
Le joueur de vielle
Georges de La Tour (1593-1652)
Un ancien conservateur du musée des Beaux-Arts de Nantes y a ’lu’ la signature de Juan Rizi (ou Ricci). D’autres experts ont vu l’ombre de Ribera, Murillo, Zurbarán… L’Italien Bernardo Strozzi a aussi été reconnu. Alors…
Dernière représentation donc de mon petit theatrum pictorium*1 des refusés, ses peintres des émotions, du rire en particulier. Et puis, vulgaire (i.e. populaire), libérateur, le rire conjure des peurs. Qui rit en mars, malgré les averses, prépare le printemps.
Car on a beau dire, s’ébaudir dès Pâques fleuries (Rameaux) à la Pâque des roses (Pentecôte), sans attendre la Trinité, réjouit son goliard. D’ailleurs « Je sais qu’il vous faut en ce jour ]de Pâques[ sermon court et table longue. » déclarait déjà fort bonnement Robert de Sorbon (1201-1274). Charivari s’en suit.
Ainsi échauffés, laissons fuser une dernière salve de pointes bien affutées par nos invités.
« Francs buveurs que Bacchus attire
Dans ces retraites qu’il chérit,
Avec nous venez boire et rire,
Plus on est de fous, plus on rit.*2 »
Armand Gouffé (1775-1845)
Les jouisseurs
Charles De Wit
« Vous dînez aujourd’hui ; mais est-il bien certain
Que la fortune encor vous sourira demain ?
On le ne voit que trop, la déesse est volage :
Mangez donc pour deux jours, c’est un parti fort sage. »
Grimod de la Reynière
Utile précaution, car il faut bien admettre avec Alexandre Balthazar Laurent Grimod de la Reynière (1758-1837), que j’ai plaisir à citer, tant, rien qu’à son nom prononcer, on en a plein la bouche, qu’
« Il y a trop de vin sur la terre pour dire la messe ;
il n’y en a pas assez pour faire tourner les moulins ;
donc il faut le boire. »
Oyez, oyez, mes larrons, le bien nommé André de la Vigne (ca 1470-1526), Roy de la Bazoche, extraire…
« De mes raisins le maculé verjus,
Cy j’estrandré de la vigne un vert jus. »
et ne vous offusquez pas, mes drôles, si…
« Perverse, adverse, qui trop diverse, verse
Liesse et ce que tu renverses vexe. »
« Le front triste ici trouvera de quoi dérider sa sévérité et rire une bonne fois », lit-on dans l’avertissement au lecteur des Nouvelles Récréations et Joyeux Devis (1558) de Bonaventure Des Périers, un disciple de l’Arétin, qui faisait sienne cette devise :
« Donnons, donnons quelque lieu à la folie. »
Car, comme le souligne le satiriste Jacques Du Lorens (1580-1655) :
« Le monde, à dire vray, n’est qu’une momerie. »
Un autre Aretino (natif d’Arezzo), plus mémorable et admirable encore, Francesco Redi*3, se passionna pour les vers, il laissa notamment un Bacco in Toscana, long poème dithyrambique sur les plaisirs bachiques.
Mangeurs de ricotta
Vincenzo Campi
Musée des Beaux-Arts, Lyon
« S’assoit à table, et, par ce qu’il était naturellement flegmatique, commençait son repas par quelques douzaines de jambons, de langues de bœuf fumées, de boutargues, d’andouilles, et tels autres en guise d’amuse-gueules.
Puis buvait un horrifique trait de vin blanc. »
François Rabelais (1494 ?-1553)
En fait cette Buffonaria, cette pantalonnade, serait une satire de la lubricité et des excès de chère, à la manière des vanités, memento mori. En témoignerait la mouche folâtrant et corrompant le fromage (au reste les entames forment un masque mortuaire, un ancêtre du Cri ou de Scream). Mais le peintre pouvait-il anticiper les travaux de Redi*3 ?! Il a cependant pu vouloir indiquer que le temps, comme la mouche, est fugace.
Passe, passe le temps, il n’y en a plus pour très longtemps…
Encore, ici chez Campi, comme pour Passerotti, une lecture possible. Un sens caché qui donne sa profondeur au tableau, pour peu qu’on soit sensible au second degré.
N’oublions pas non plus qu’en période de carnaval*4 on enlève la viande (carnelevare)
au profit du fromage, des fèves, du poisson… qui n’ôtent en rien le désir charnel.
Et ce n’est pas pécher, il faut bien rêver, carême-prenant, croître et multiplier les pains.
Art populaire : crèche napolitaine (XVIIIe s., détail)
Pour plus de précisions voir les notes *3 (avec La douzième nuit de Jan Steen) et *4.
Certains se demanderont ce qu’une crèche, même napolitaine, peut bien faire là, sauf à mélanger Noël et Carnaval… C’est qu’un personnage tel que Pedrolino, farceur autant que bâfreur, pouvait bien sournoisement s’immiscer dans le carré réservé aux rois mages de la Nativité…Une autre crèche napolitaine du XVIIIe (Palazzo Parisio, Naxxar, Malte).
Les percepteurs d’impôts (détail)
Marinus van Reymerswaele (ca 1490-1546)
(National Galery, Londres)
Personnages grotesques, dans un genre proche de celui de Quentin Metsys.
Chez ces gens-là, on ne rit pas, on picore et on plume.
Par contre on peut rire jaune d’un fesse-mathieu, de
« Son teint jaune, enfumé, de couleur malade
Ferait donner au diable et céruse et pommade. »,
Mathurin Régnier (in le Souper ridicule)
Les gourmandes de la table ronde
Charles De Wit
« La soupe aux choux possède la réputation d’un mets cérébral
favorable à l’élaboration de la pensée.
Elle convient aux rachitiques, aux filles-mères et aux lapins. »,
Joseph Delteil (1894-1978)
La femme et le pantin
Angel Zárraga y Argüelles (1886-1946)
(huile sur toile, 1909 ; coll. Andrés Blaisten, Mexico)
« L’art, ennemi de la franchise,
Ne veut point être reconnu ;
Mais l’Amour, qui ne va que nu,
Ne souffre point qu’on se déguise. »
Théophile de Viau (1590-1626)
Faire bamboche, soit, mais la chair peut être triste, hélas ! Evadons-nous, gagnons l’azur, luttons contre la morosité, et laissons choir ce billet sur une dernière saillie assassine.
Pietro Del Tura, dit l’Arétin (1492-1556), poète toscan ami du Titien, mena une vie de débauche. Toujours crâne, démasquant les faux-semblants, il érigea la provocation en art, le « Fléau des princes » donnant à la pasquinade ses Lettres de noblesse. Drôle d’épistolier que ce « rédempteur de la vertu », tel qu’il se qualifiait. Lors d’une soirée de bombance il mourut de rire, s’étranglant d’une bonne blague, il tomba à la renverse et se fendit le crâne.
Ci-gît l’Arétin, poète toscan,
Qui a dit du mal de tout le monde sauf de Jésus-Christ,
S’excusant en disant : « Je ne le connais pas ! »
Une belle fin, non ?
Je vous laisse donc sur cette chute.
Michel Lansardière (texte et photos),
avec la connivence de Charles De Wit.
A larron, larron et demi, merci à lui.
*1 Il est curieux de constater que c’est un peintre de genre, David Teniers le jeune (1610-1690), qui contribua à instituer ce distinguo entre les genres picturaux en publiant son Theatrum pictorium en 1660. Il s’agit du premier catalogue d’une collection, celle de l’archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg, où sont particulièrement représentés les grands peintres vénitiens (Titien, Bellini, Giorgione, Tintoret, Véronèse…). A contrario, un autre peintre de genre au réalisme méticuleux, Gerrit Dou (1613-1675), fut le chef de file des peintres fins (fijnschilders) qui firent les grandes heures du Siècle d’or hollandais et que Léopold-Guillaume soutint.
*2 Cette dernière locution étant empruntée à Dancourt (Florent Carton, dit ; 1661-1725), auteur et comédien.
*3 Si Francesco Redi (1626-1697) est l’auteur d’odes et sonnets, ainsi que de ce long poème lyrique en dialecte toscan, ce fut aussi et surtout un immense savant qui battit en brèche la théorie unanimement acceptée de la génération spontanée après avoir observé des mouches sur de la viande. Sans succès, puisqu’il fallut attendre deux siècles et Pasteur pour que ses observations soient reconnues (et encore, qui le connait ?). Il fut aussi le précurseur de la parasitologie, l’étude des vers et autres parasites. Notons enfin que le ver coquin est une chenille (la cochylis), un parasite de la vigne qui était supposé rendre frénétique ! Plût à Bacchus que j’en sois épargné, verre en main, déclamant des vers coquins !
« Moy-mesme en ce discours qui fais le suffisant,
Je me cognoy frappé, sans le pouvoir comprendre,
Et de mon ver-coquin je ne me puis deffendre. »,
Mathurin Régnier (1573-1613)
« C’est pourquoi je vous conjure tous… de nettoyer la poudre de nos imperfections avec les époussettes de votre humanité, de donner un clystère d’excuses aux intestins de votre mécontentement. », Bruscambille (1575-1634). « Baste ! La comédie est une vie sans soucis et quelquefois sans six sous », id.
La douzième nuit
Jan Steen (1626-1679)
Tous les sens, sens dessus dessous au son du grill(on) du foyer.
Nous sommes donc le 6 janvier, la fête de l’Epiphanie, adoration des Rois mages.
En Hollande protestante on se choisissait un ‘roi’, que l’on célébrait comme il se doit.
Et les convives de s’écrier : « Le roi boit ! »
*4 Le carnaval (entre le 6 janvier et le 9 mars), souvenir des lupercales et autres fêtes dionysiaques, est attesté depuis le Xe siècle, ainsi ceux de Rome (sur le Corso) ou de Venise, où le masque apparait au XIIIe siècle. Carnaval souvent banni en pays protestants, toléré en pays catholiques. Masque réprouvé par l’Eglise, car son port outrage la sainte face de l’Homme créée par Dieu à son image. Du reste, s’« Il faut faire carême-prenant avec sa femme et Pâques avec son curé », dit le proverbe, donneriez-vous votre fille à un carême-prenant ?
La forlane
Une danse dans laquelle nous entraînent Pulcinella et ses amis.
Etonnez-vous après cela qu’il y ait polichinelle dans le tiroir !
Giandominico Tiepolo (1727-1804)
Une dernière anecdote. En France, le carnaval était la seule période où, pour se déguiser, le port du pantalon était autorisé aux femmes. La loi du 26 brumaire an IX (07/11/1800), ou plus exactement cette « ordonnance concernant le travestissement des femmes », certes tombée en désuétude, a été abrogée le… 31 janvier 2013 !
(figurines sculptées par Louis Alfred Habert, 1824-1893)
Une « diablerie », très en vogue au XIXe siècle, mais dont l’origine remonte au Moyen-Âge pour distraire et édifier l’assistance, où Mlle Satan en costume d’homme, champagne à la main et jambe en l’air, prône l’émancipation du vice et la grève des crinolines. Pantalone et ce diable d’Arlequin (son nom viendrait d’Hellequin, génie malfaisant entraînant sa bande de démons dans un charivari d’enfer) en seraient tout retournés. De là à participer à la prochaine journée de la jupe…
Dans les coulisses (Félicien Rops, 1833-1898)
Campi c’est fini… Les plus insatiables (avec une soixantaine d’illustrations au total) retrouveront ici tous mes articles consacrés au rire dans l’art :
1 : Frangipane et autres menus plaisirs (Niccolò Frangipane) :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/frangipane-et-autres-...
2 : Campi, à l’italienne (Vicenzo Campi, 1ère partie) :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-1-r...
3 : Campi, à l’italienne (Campi, 2e partie) :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-2e-...
4 : Passerotti et autres mets délicats (Bartolomeo Passerotti, 1ère partie) :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/passerotti-et-autres-...
5 : Passerotti et autres mets délicats (Passerotti, 2e partie) :
« Rire est le propre de l’homme »,
Aristote (384-322 av. J.-C., propos que reprit Rabelais)
Je sais que les larmes sont douces.
Telles de légères caresses.
Durant des instants de tristesse,
Dans le silence, la repoussent.
Sous l'effet d'un ravissement,
Je m'abandonnais à l'ivresse.
Quand j'éprouvais de la tendresse,
Je pleurais délicieusement.
Me sens devenue insensible
Face aux imprévus de la vie.
Cependant je couve une envie
Dont la fraîcheur est indicible.
J'ai souvent le goût de pleurer,
De retrouver mon innocence.
Or soumise à la providence,
Je me lasserai d'espérer.
30 juin 2018
Léger comme ton souffle au printemps
Comme le soleil sur l'Océan
Et ce rêve de matins qui chantent
Au creux de deux bras qui enchantent...
Lourd, comme parfois le ciel d'été
Par la canicule... chamboulé!
Et cette terre chargée de boue
Cette grosse larme sur une joue...
Léger, comme des mots anodins
Qui fleurissent au petit matin
Comme ce sourire sur un visage
Dont on emportera l'image...
Lourd comme la conscience du temps
Qui file inexorablement
Et ce besoin de découvrir
Un monde qui arrête de souffrir!
Léger ou lourd qu'est donc l'amour
Quand il flirte avec les toujours?
A-t-il le sens du dérisoire
Quand il se berce dans l'espoir?...
J.G.
Vogue vers l'estuaire,
à ciel ouvert,
mémoire des eaux et des minéraux,
la pluie en silence
a laissé son empreinte discrète,
mystères et échos sur les chemins,
ombres et nuages,
la lumière illumine ce lac
qui écoute les milliers de gouttes
se déployer
en cercles généreux
Julien Boulier
poème déposé Sacem code oeuvre 3439353311