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littéraire (4)

Claude LUEZIOR - Une dernière brassée de lettres - éditions Tituli

 

            Il s’agit là d’une œuvre très originale. Quelle idée d’écrire des lettres aujourd’hui dans un monde qui ne fonctionne plus qu’à coups de S.M.S. ? Mais des lettres à qui ? A Maison de retraite, à Ordinateur, à Deuil, à Absence, à l’Homme... en tout une bonne trentaine. Ce sont des lettres ouvertes, des sortes d’interpellations, pour dénoncer ceci ou cela : Ainsi dans Lettre à Maison de retraite : « Jeanne, tu te l’es appropriée, elle qui tombait cent fois à domicile... Tu l’as mise en chaise alors qu’elle pouvait encore marcher. D’allure secourable, le verdict fut prison à perpétuité. Il fallait surtout relever le score de dépendance, question subsides et comptes de fin d’année.» Dans Lettre à Politicien, il analyse comme au scalpel, ce qui attend au tournant l’homme politique ; après la gloire viennent les déboires : « Ceux qui t’acclamaient se sont mués en hyènes et la presse des rues en bourreau... Sur les temples de ta puissance, on a martelé tes cartouches, écorché ton nom et ceux-là même qui se sont nourris de ton népotisme ne sont plus que masses assoiffées de ta sève.»

            Mais le poète sait aussi glorifier, exalter la grandeur de ce que l’homme a fait de bien au cours de son histoire. Il le fait avec Lettre à Architecte. Comment se fait-il que l’homme bâtisseur ne le soit pas seulement par besoin d’utilité ? « Par quel sortilège t’es-tu affranchi, dès les premières peintures rupestres d’une simple utilité existentielle ? » On ne peut pas détacher les constructions de la prière : « ... le nombre d’or, les flèches et les arcs-boutants ont peuplé ta tête jusqu’à l’envoûtement. Tu t’es pris au jeu de cette musique minérale, tu es devenu le pasteur des pilastres en leur moutonnement d’ogives. » Dans Lettre à Patience, c’est de tous arts qu’il s’agit ; le génie n’est rien sans le travail : « D’ici, j’entends Flaubert chercher le mot juste dans son gueuloir, Hugo tailler ses vers, Brahms rabâcher ses sonates, Beethoven user son piano : tant d’artistes dans une perfection qui leur échappe.»

            On pourrait analyser chacune de ces Lettres. Chaque brin de la brassée nous apporte un moment de plaisir à le lire.  Mais il me faut pour terminer, vous faire part de l’intense émotion contenue dans Lettre à ma Cousine. Ils ont huit ans de différence. Ils s’évadent dans le grenier, une vraie caverne d’Ali Baba. C’est elle qui a initié le poète à la beauté, à la culture, cette chose essentielle, à laquelle concourt une bonne possession de la langue. La culture tous azimuts. Elle lui a fait découvrir Barbara, Ferré, Moustaki, Ferrat mais aussi Aragon, Sartre, Camus, Alain Resnais... La vie les a coupés de leurs rêves. « Les arcatures de l’existence nous ont séparés. Nous étions insoumis. Toi et moi sommes restés rebelles. Tu n’es pas devenue danseuse. J’ai dansé avec les mots...» Et plus loin, cette injustice qu’est parfois la vie : «  La maladie a broyé ton corps. Et ton âme si aérienne a été cariée par les traitements, qui pourtant, te furent indispensables... »

            Ce livre, dans son entier, est un vrai moment de bonheur.

                                                                                                 Louis Delorme

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administrateur théâtres

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Divertissement littéraire et hippique de haut niveau

Pour décrire la qualité des  adaptations de  Thierry Debroux, on pourrait très bien  utiliser une citation qui  s’applique à la musique de J.M. Jarre : “La beauté - comme celle de la passion - est celle  de la finesse du jeu, de la mobilité, de  l’intensité.”   Il n’y a que lui pour savoir ainsi concentrer en une série de tableaux trépidants,  romans fleuves,  légendes épiques ou  histoires phares de notre patrimoine culturel. Il a l’art de créer des  séquences  visuellement saisissantes, quasi cinématographiques, malgré la contrainte des planches. Elles sont  splendidement ciselées, dorées sur tranche même avec  leurs dialogues incisifs, percutants et drôles.  Avec son irrésistible sens de l’humour, Thierry Debroux jongle avec la surprise théâtrale, la psychologie des personnages,  l’évocation habile d’époques  variées tout en pimentant l’aventure de clins d’œil et anachronismes savoureux.

Ses adaptations rassemblent un public avide de merveilleux, de langue harmonieuse et bondissante dont le ton sonne toujours étonnamment juste. Et souvent, c’est la littérature qui a enchanté notre adolescence qui semble soudainement retrouvée ! A une autre époque,  ce surdoué de la réécriture aurait sûrement écrit des livrets d’opéra!

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La musique et des chorégraphies à l’esthétique parfaite (ici celles de Pascal Guillaume) sont d’ailleurs souvent les ingrédients indissociables de ces pittoresques mises à la page.  Après « Le tour du monde en 80 jours » et « L’Odyssée »,   la dernière adaptation de Thierry Debroux - particulièrement  haletante -  met en scène  « Les  trois Mousquetaires » d’Alexandre Dumas et offre au spectateur un  rendu théâtral particulièrement brillant. Chacun des 28 tableaux fourmille  de créativité et de souvenirs littéraires.  Cette démarche de Thierry Debroux ne  redonnerait-elle pas tout d’un coup aux plus jeunes le goût  de la lecture, véritable vaccin contre la morosité, la solitude et  …l’échec scolaire? On peut rêver, non?

12273117257?profile=originalIl faut souligner  l’excellence  et l’habileté de la mise en scène  signée elle aussi par Thierry Debroux et la scénographie très imaginative de Catherine Cosme  qui conjugue son art avec les vidéos très évocatrices d’Eve Martin projetées sur des  caissons à double étage mobiles et pivotants. Le tournoiement des changements de lieu se fait  à la vitesse du cheval au sein de ce carrousel historique! La rare inventivité des costumes (et des chevaux mécaniques) de Ronald Beurms, plonge quant à elle à la fois dans l’historicité et dans l’onirisme.  Pour la chorégraphie des combats, une mention spéciale va bien sûr au maître d’armes Jacques Capelle.  Pour tous - comme pour un -  l’imagination est donc le maître  mot.  Ce festin de trouvailles scéniques ininterrompues n’en finit pas de séduire et entraîne l’imaginaire dans des sentiers secrets,  tout en  affichant une  facture finalement très dépouillée et bien équilibrée.

12273117458?profile=original  Quant à  la distribution, elle est  à la hauteur elle aussi. Les 29 Comédiens en scène sont tous mousquetaires dans l’âme.   Chaque nom que l’on lit sur le programme, chaque visage que l’on découvre met des étoiles dans les yeux et crée de la vie ardente sous les feux de la rampe. La cohésion et la complicité des comédiens  donnent la preuve de l’existence d’une humanité joyeuse. Une récréation fort bienvenue, il faut le dire,  face aux délires affichés de notre monde! Devant soi évoluent dans une chevauchée fantastique, des artistes, hommes et femmes bien vivants, engagés et investis, donnant toute leur énergie et leur cœur pour créer de la beauté artistique, tous siècles confondus.

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Seul l’art sauvera le monde de ses démons ravageurs. Les rapières sont là pour nous rappeler la nécessité d’une morale courageuse, du service aux autres,  du combat pour  des causes collectives, et du respect de la femme. Les valeurs des mousquetaires s’appellent amitié, intégrité,  bravoure, indépendance d’esprit, séduction et virilité. Eric De Staercke dans le rôle de Portos, Julien Besure (d’Artagnan), Laurent Bonnet (Athos) et Laurent Denayer en Aramis font merveille dans leur interprétation. Simon Vialle (Rochefort) et Nicolas Swysen (un admirable Monsieur Bonnacieux) ne sont pas moins bien campés que l’illustre valet Planchet joué par le délicieux Maroine Amini. Pour compléter le tableau d’excellence, il y a aussi Marc Laurent (un Louis XIII très crédible) et Nicolas Janssens, Monsieur de Tréville.

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 Les mousquetaires ne sont pas des superhéros, ils ont chacun leurs failles mais sont solidaires : le charme discret de l’humanité. Les femmes de l’histoire et surtout  Milady, une fascinante  Anouchka Vingtier ont toutes des choses à dire…   et toutes, le disent  avec  énormément de charme : Pauline Maréchal pour Constance Bonnacieux et  Sarah Dupré pour la Reine Anne d’Autriche.  Le cardinal Richelieu - Benoit Verhaert - et sa garde rapprochée incarnent la manipulation moderne. Et voilà le très attachant d’Artagnan (Julien Besure) dont les  démêlés avec les femmes n’ont pas fini d’attendrir, nanti  en fin de compte d’un « brevet » à double tranchant… Libre, me direz-vous? A voir … et à vous de juger! Si la chorégraphie est d'Antoine Guillaume, la musique et la chanson finale sont signées… Pascal Charpentier, comme il se doit.

12273118470?profile=originalcrédit photos: Zvonock

http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/62/30.html

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Le Cercle de la Rotonde a le plaisir de vous inviter à sa rencontre littéraire du printemps et sa veillée d'auteurs

le vendredi 26 avril 2013 à 18h à la Bibliothèque de Tournai - Salle de lecture-

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Lecture-spectacle « Le diagonaute amouraché » (18h)

Entretien avec Patrice Breno, Timotéo Sergoï, Christine Van Acker (18h45)

Présentation de la collection nomdidomme (stylisme) et Cocktail dînatoire (20h)

Veillée des Auteurs (20h45)

Animation : Marie-Clotilde Roose

Dans la foulée du Printemps des poètes, cette soirée débute par une lecture-spectacle, Le diagonaute amouraché (Le Fram, 2011),  un recueil lu à deux voix par Marie-Laure Vrancken (comédienne belge, auteure de radio-fictions) et le poète, Timotéi Sergoï ( qui a aussi effectué le tour du monde avec ses masques et ses marionnettes). Une lecture incarnée de feuillets de guerre, d’amour et  de révolte, dans une langue novatrice, sincère et bouleversante.

Ensuite un entretien avec :


- Timotéï Sergoï, auteur de cinq livres  en prose poétique (à Liège) parmi lesquels Le tour du monde est large comme tes hanches
, a reçu le coup de cœur de l’Académie Charles Cros.

- Patrice Breno est bibliothécaire et ludothécaire à Virton, co-fondateur de Traversées, une revue trimestrielle de littérature qui, à son 65ème numéro, a reçu Prix de la presse poétique Paris 2012.

Christine Van Acker est l’auteure de nombreuses créations radiophoniques, d’une dizaine de récits publiés et de quelques pièces de théâtre. Ses livres récemment publiés illustrent avec humour son audace et son originalité, une écriture aux nombreuses facettes.

Puis, à 20h, juste avant le cocktail, vous aurez le privilège de découvrir la collection de vêtements nondidomme de Virginie Beaufays. Cette styliste vous présentera  des pièces réalisées à partir de matières naturelles, dans une démarche locale, éthique et durable, valorisant le travail d’artisan. Elle a reçu le Trophée  « Elles créent en Wallonie Picarde » 2012.

La soirée continuera avec la Veillée des auteurs, dès 20h45, où ceux qui le souhaitent pourront y lire un texte de leur cru (maximum 2 pages A4).


Bien cordialement,

Pascale Eyben 


Pour tout renseignement complémentaire, voici l'adresse de notre site web, renouvelé gracieusement par Aydin Malkoç, animé par Pascale Eyben et Marie-Clotilde Roose:

http://www.lecercledelarotonde.be

rotonde@scarlet.be

ENTREE : GRATUITE

Nous vous rappelons l’adresse de la rencontre, organisée en partenariat avec la BIBLIOTHEQUE DE TOURNAI : Maison de la Culture,Boulevard des Frères Rimbaut, 7500 Tournai-  Tél/fax : 069.25.30.90

Avec l’aide du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles

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Un peu trop de bit(e)

Un peu trop de bit(e)

Dans le Discours amoureux, Roland Barthes se demandait pourquoi  il était si peu question d’amour dans les romans actuels lus par l’intelligentsia alors qu’un romancier comme Stendhal  par exemple considérait cette passion comme la « grande affaire » de sa vie, plus grande peut-être que l’idée fixe d’écrire un chef-d’œuvre.  In fine, l’auteur du Degré zéro de l’écriture concluait que « l’obsession politique » avait remplacé celle de la poursuite insensée du bonheur par l’amour qui donnerait un sens au non-sens selon la morale des époques incertaines. L’histoire d’amour avait été reléguée au rang de motif ou de thème,  ou pour le dire en terme plus cynique, de fonds de commerce exploité par  ces romans grand public au titre doucereux que la critique dédaigne mais que le public plébiscite. Mais aujourd’hui, puisque la politique n’est plus le discours dominant qu’il était, comment expliquer que le roman dans son ensemble ait renoncé à redevenir  la science des affects alors que le concert ne risque plus d’être troublé par les coups de pistolets de la triste politique ou par les cris de la rage impuissante des indignés ?  Il arrive encore qu’une romancière  comme Marie Darrieussecq  par exemple parle un peu des  premiers émois sensuels ou expériences sexuelles de ses personnages féminins, qu’elle rapporte  d’ailleurs si crûment qu’ils prennent un caractère sordide un peu kitsch qu’ils n’ont pas toujours, dans des scènes souvent placées abruptement au tout début du récit, in media res, pour accrocher le lecteur  dès l’incipit  (procédé employé aussi par  Dimitri Bortnikov dans Repas de morts qui commence par un scène de masturbation) et exciter son dégoût ou son penchant, c’est selon, pour  le trashy (pour le tragique on repassera). Le  vernis de la pseudo-novation stylistique peine pourtant à rajeunir  de si vieilles rengaines malgré leur piquant intrinsèque, malgré la verdeur du lexique (pas une page voire pour certaines pas un paragraphe sans le mot « bite », cette répétition produit un effet de saturation comme on dit dans la publicité), malgré l’absence de discours psychologisant.  Pour Marie Darrieussecq en effet, il n’y a sans doute  rien de si nouveau  à dire sur l’homme et  sa psyché depuis le passage de Freud ou Lacan pour qu’un romancier aille s’arroger un peu imprudemment comme au temps de Balzac une compétence de psychologue surtout quand on est déjà soi-même psychanalyste… et qu’on tient au partage des savoirs : car finalement n’est-il pas un peu incongru pour un auteur de disserter sur les motivations embrouillées de ses personnages ? Quelle valeur le lecteur  peut-il donner à ces développements, à ces analyses, à ces dissections du « cœur humain » à l’ancienne ? Toutes ces questions n’ont pas arrêté Stéphane Chasteller, auteur d’un premier roman singulier intitulé Terre promise.
Dans une langue impeccable et dans une syntaxe irréprochable, sur un ton plaisant,  avec un brin d’ironie, et aussi avec un certain talent (mot galvaudé mais il n’y en a pas d’autres pour qualifier un complexe de qualité d’expression et d’originalité),  il déroule la très vieille histoire de la recherche de l’autre  à travers l’itinéraire d’un personnage qui court après les ombres de son rêve et cela jusqu’aux dernières conséquences.

Clèves, Marie Darrieussecq, POL, 352 p., 19 € 

Terre promise, Stéphane Chasteller, Edition Embrasure, 158 p., 16 €

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