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Dérisoire et illusoire

Dérisoire et illusoire nous parlent,
Chaque jour à tout instant nous interpellent,
Sommes nous utiles à la tâche choisie,
Au fond ne rêvons nous pas dans cette vie ?

Ayant parfois pensé nos efforts surhumains,
Quand à la fin nous y portons le regard,
Fatigués, courbatus, malades, en retard,
Nous demandons si tout celà valait notre pain ?

Nous croyions que tout irait pour le mieux,
Et voir au quotidien l'état des dégats,
Alors que nous étions si méticuleux,
Contresens d'un avenir tombé bien bas !

Alors ne pleurons pas tout va s'arranger,
La machine va son chemin vers le progrès,
Aucun besoin de savoir lire ou compter,
Simplement dormir, rêver au monde passé !


GCM
Pensée du jour. 15/10/2026

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Eau-Bleue

Sous les bleus

Osent encore des soupçons

Au ciel lèvent les yeux

Au néant d'options

 

De ces couleurs

Nos relais électriques

Perçoivent des odeurs

D'une dynamique

 

Etrange là-haut

De nos cultures

Si différentes d'anneaux

Enchaînés par nature

 

...

ED

Ecriture prompte

12

10

2026

 

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administrateur théâtres

C’est pas facile d’être heureux quand on va mal

Spectacles

« Club des 5, revisité ! »

Au Théâtre des Galeries, cinq paumés magnifiques cherchent la clé du bonheur. Une comédie qui pique, qui griffe, en blessant parfois.

La foule sentimentale attend. Le cœur battant. En cause, le titre : C’est pas facile d’être heureux quand on va mal. Le Molière de la meilleure comédie est amplement mérité pour cette petite bombe piquante-amère, voire carrément acide. Piquante comme les hérissons : on les aime pourtant, pour leur frimousse gourmande, pour la biodiversité et pour leur utilité dans nos jardins.

L’histoire parisienne imaginée par Rudy Milstein se voit transposée à Bruxelles. La preuve ? Le guichet de Bozar, le métro, une librairie, des apparts sans meubles, un cabaret plutôt glauque, un cabinet de psy version Sigmund… Le décor est planté, ou plutôt démultiplié ! Car cette mosaïque de lieux où s’égarent les cinq personnages désenchantés donne le tournis. À peine a-t-on pris ses marques que l’on change d’adresse, de duo, de préoccupation, de catastrophe intime. Du rythme, de la mécanique… infernale ! Les scènes s’enchaînent à toute allure, dans un ballet de rencontres, de ruptures et de répliques qui ne laissent guère le temps de reprendre son souffle.

Le spectateur s’installe à peine que les personnages s’activent déjà, invitant le public à participer à un karaoké. Maxime mène le jeu. Sommes-nous dans un rêve ou dans le sas d’entrée d’une descente aux enfers ? La salle a gardé ses lumières et chante. Une mère photographie sa fille de quinze ans, micro en main, sur scène. On se croirait presque dans l’un de ces spectacles immersifs où paillettes lumineuses et musique viennent combler un public en mal de poésie.

Cette mise en bouche est une friandise. Un véritable produit d’appel avant les jets de vitriol qui vont suivre. Car sous les miroitements, la sauce contemporaine va vous brûler le gosier !

Nous voici chez Nora et Jonathan, son mari psy. Le couple est au bord de la rupture, malgré les rendez-vous hebdomadaires du mercredi, divan-lit conjugal au programme. Et soudain, Nora hurle une dizaine de fois : « J’te kiffe ! » Mais non, nous avons bien entendu : « J’te quitte ! » Toute la nuance est là. Dans cette crise qui n’a plus rien de feutré, elle choisit le départ, séance tenante. Des années de vie commune passent à la trappe, sans préavis ni service après-vente.

Juste avant, une citation de la pièce itinérante de l’été belge, Un monde idéal, a fait irruption : « Si tu pouvais changer le monde, le ferais-tu ? » On parle d’Hitler. On a omis Pasteur et son vaccin ! Habile façon de planter le décor philosophique… et de choisir ses figures historiques.

Derrière les invectives épicées, les dérapages et les petites lâchetés, une question se profile : que faisons-nous de nos vies ? Et de notre désir de bonheur ? Le texte du peuple élu ne répond pas.

Pas de portes qui claquent ici. Nos cinq personnages ressemblent à de grands brûlés de l’existence, chacun traînant sa marmite cabossée, son manque, son rêve évanoui. Les scènes sautent d’un lieu à l’autre, dans un rythme de sauve-qui-peut. Tout le monde court après quelque chose : l’amour, la reconnaissance, la réussite, un peu de paix, une raison de se lever le matin. Le mal dont on tait le nom, sauf sur scène, rend mal à l’aise.

Puis, arrêt sur porte. Le clou du spectacle ! Une porte, une clé oubliée, et l’audace de renouer avec le paradis perdu. Les mots magiques libéreront-ils de la souricière infernale ? Faut-il chercher la sortie chez Alice au pays des merveilles ? Vous en jugerez. Tout est peut-être une question de clé. Celle de l’autre, ou celle que nous avons égarée en chemin ?

Et comme ils s’agitent, ces cinq formidables paumés ! Ils en bavent, frénétiquement, et la salle est secouée de rire. La révolte tient parfois dans un verre d’eau. Les grands discours se dégonflent, les certitudes prennent l’eau, les egos s’entrechoquent. On rit, mais on serre aussi les dents. On se dit qu’à force de tourner en rond, ils finiront bien par respirer. Et l’on suit, le cœur serré, ces comédiens iconoclastes qui font de nos misères épinglées un feu d’artifice théâtral.

Rudy Milstein possède un permis de rire presque universel. L’autodérision est son carburant, l’humour noir son terrain de jeu, la férocité son instrument de précision. Rien ou presque n’échappe à sa chirurgie : la médiocrité et la routine de la vie à deux, la tentation séparatiste, l’annonce de la maladie grave, les galipettes sentimentales des amours gays, le parfait pervers narcissique en action, les rêves professionnels qui se dégonflent, le psy incompétent… le syndrome des mères. Pire, les collabos de 1940 et la Shoah. Le spectateur rit, souvent avec ce petit temps de retard qui trahit la gêne avant le rire.

Peut-on rire de tout ? La pièce s’y risque, sans demander la permission. Le rire n’efface ni la gravité ni la cruauté du monde. Mais qui déshabille qui ? L’humour met-il les travers à nu, ou déshabille-t-il aussi nos peurs, nos indignations, nos certitudes ?

Heureusement, la musique résiste ! Elle fend le champ de bataille et nous restitue les couleurs de la vie. Elle rassemble ce que les mots séparent, ouvre une fenêtre là où les personnages s’enferment. Dans cette course effrénée au bonheur, elle rassure. Quelque velours dans le vacarme. Merci, Laurent Beumier.

La mise en scène de Sandra Raco épouse cette agitation permanente. La scénographie, pensée comme un mouvement continu, permet aux lieux de se succéder sans casser l’élan. Les lumières de Sébastien Mercial accompagnent les changements d’atmosphère de cette partition trépidante où les existences éparpillées dansent leur ballet de névroses. Les personnages ne sont jamais tout à fait des caricatures, même quand ils frôlent le ridicule.

Spectaculaire, donc, ce spectacle qui dérange, qui pique, qui bouscule ! Une comédie qui nous renvoie à nos propres contradictions, à nos petites lâchetés, à nos attentes démesurées. Foin de la métaphysique des corps et des esprits ! Et si nous commencions par faire une pause, reprendre notre souffle, poser sur nous-mêmes et sur les autres un regard moins sévère ? Prouve que tu existes…

La distribution joue haut et sans filet : Jean-François Breuer, Séverine De Witte, Laure Godisiabois, Quentin Minon et Stéphane Pirard. Cinq interprètes éblouissants, au diapason de ce texte baroque qui exige vitesse, précision, abandon et une sacrée dose de culot. Résolument, ils font feu de tout bois !

Parfois, il suffit de rire ensemble en cherchant la sortie.

Heu-reux. En deux syllabes.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

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https://www.trg.be/c-est-pas-facile-d-etre-heureux-quand-on-va-mal

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administrateur théâtres

Octave Mirbeau à la Comédie Claude Volter

Spectacles

Stéphanie Moriau, en inoubliable femme de chambre

Le Journal d’une femme de chambre

Certains « pestacles » sont là pour nous divertir, d’autres pour nous édifier ou nous instruire. D’autres encore, pour nous raconter des aventures ou nous ravir l’oreille avec cette langue fleurie qui nous est si chère. Quand, sans prévenir, nous saisit un coup de tonnerre qui va nous laisser avec une question aveuglante que l’on aurait préféré ne jamais se poser.

Mais dans le filigrane de cette œuvre d’Octave Mirbeau, telle que transmise par Danielle Fire, apparaît, à plusieurs reprises, une question dérangeante : pourquoi le criminel peut-il fasciner ? On n’imaginait même pas que criminel il y aurait !

Cette question va poursuivre le spectateur depuis que Stéphanie Moriau, seule en scène à la Comédie Claude Volter, a fait entrer Célestine dans nos consciences.

Car ce Journal d’une femme de chambre, finement transposé pour la scène par Danielle Fire, est le récit très réaliste d’une domestique confrontée aux turpitudes de ses maîtres. Mais c’est aussi une plongée vertigineuse dans les zones les plus fétides de l’humain : la domination, l’asservissement, l’humiliation et cette attirance trouble qui peut parfois se nouer autour même de celui qui fait peur.

Octave Mirbeau publie son roman en 1900. La Belle Époque. Un siècle et quelque plus tard, il nous revient avec une violence qui n’a rien perdu de sa férocité.

De Paris à la Normandie profonde, Célestine entre dans les maisons bourgeoises comme on entre dans les coulisses d’un théâtre : elle voit tout ce que les maîtres cachent entre eux et au monde. Derrière les bonnes manières, les dentelles et les façades respectables grouillent les appétits, les frustrations, les perversions, les petits arrangements avec la morale et les grandes lâchetés. L’avarice crasse et le pouvoir sordide de l’argent. La faune bourgeoise se repaît de ses vices. Les petits, les moins que rien, dont on efface même les noms, trinquent. On retrouve la veine de Zola. On attend l’écho accusateur de la-une-mythique de L’Aurore !

Pendant ce temps, Célestine sert. Et elle observe. Et elle encaisse. Plume en main, pour occuper son esprit, et fine mouche luttant contre l’asservissement, elle confie ses pensées intimes à son journal. La mise en scène est d’une légèreté virevoltante. La salle est comblée.

Mais, au fur et à mesure, émerge une drôle de vérité, comme une drôle de guerre. Quelque chose de très dérangeant apparaît. Ce rapport étrange entre le maître et l’esclave ne se réduit pas à une simple opposition entre dominant et victime. La domination finit par contaminer jusqu’au regard de celle qui la subit. Le pouvoir devient fascination. Le dégoût côtoie le désir. La peur n’exclut plus l’attirance.

Et c’est là que Mirbeau nous prend à la gorge.

On croyait que les choses seraient lisses et simples. Les possédants d’un côté, les serviteurs de l’autre. Mais Célestine identifie un monstre et se trouve… prise dans son orbite. Victime, certes. Mais victime fascinée par celui qui exerce sur elle son pouvoir. Et c’est précisément cette ambiguïté qui nous bouleverse.

Impossible alors de ne pas penser à certaines fascinations criminelles qui ont profondément marqué notre époque. À ces figures dont le visage, la voix, parfois même un détail physique, finissent par s’imprimer dans la mémoire collective. Et, parallèlement, à cette étrange fascination médiatique qui transforme parfois le criminel en personnage, presque en vedette.

Qu’est-ce qui peut bien aimanter le regard vers le criminel, y compris celui de ceux qui savent ce qu’il est ?

D’où vient à nous cette question insidieuse qui  nous préoccupe à plusieurs reprises lors de la représentation ? Est-ce le jeu impeccable de Stéphanie Moriau qui a lâché les monstres ? Comment est-elle parvenue à faire exister cette zone obscure ? Mais quelle comédienne !

On la connaît en soubrette intelligente et tellement démonstrative. Ici, miracle : elle est entrée dans une vérité humaine effrayante. Comme si un serpent habitait un panier de fleurs innocentes.

Elle ne force pas et laisse les mots déployer leur vérité dans son carnet intime. Ils naissent de l’urgence d’une confession. Les silences s’installent, les personnages surgissent, donnent le change, font rire et disparaissent. Les effets s’accumulent mais n’oblitèrent jamais la profonde intériorité de la jeune servante.

Elle est Célestine, bien sûr. Mais elle est tout autant maîtresse d’un jeu éblouissant qui met en scène tous ceux qu’elle rencontre, égratigne et observe et dont elle rapporte finement les gestes et les paroles. Une seule comédienne pour une galerie humaine entière. À nous d’apprécier cette formidable Comédie humaine en action.

C’est brillant côté face, et tellement troublant côté pile.

La création théâtrale de Danielle Fire, impeccable, consacre la langue et sa verdeur, sa cruauté, son insolence. Octave Mirbeau n’est pas confiné dans une bibliothèque. Il en est sorti, toutes griffes dehors. Il provoque le rire, surfe sur l’ironie acide et déstabilise à coup sûr. Sous la satire sociale se glisse la noire notion que la respectabilité fait souvent le lit de la barbarie.

Célestine est bien placée pour regarder le monde des maîtres. Mais là où elle est, elle siège en maîtresse du regard.

Or, qui appartient réellement à qui ?

Le maître possède le corps, le salaire, la maison, le pouvoir. Et pourtant la servante possède quelque chose de plus dangereux encore : le regard. Acéré. D’une lucidité impitoyable.

Mais nous, spectateurs, devenons à notre tour des voyeurs. Nous entrons dans les chambres, nous écoutons derrière les portes, nous voulons savoir. Le théâtre devient alors une étrange machine à regarder l’humain lorsqu’il croit ne pas être regardé.

Voilà où se situe le vertige de ce Journal d’une femme de chambre. Tous ces coups de miroirs !

La vraie question n’est sans doute pas : quels sont les monstres ? Mais aussi : qu’est-ce qui nous attire vers eux ? Quelles alouettes nous faisons !

Le jeu primesautier de Stéphanie Moriau, parfois d’une sobriété glaçante, fait plus de ravages que tous les effets théâtraux des comédies de boulevard. Et nous laisse une empreinte marquante de cette œuvre d’Octave Mirbeau.

Magistral, ce spectacle, où Célestine nous fait rencontrer une femme à la fois forte et faible, avec derrière elle un monstre inouï que nous aurions préféré ne jamais côtoyer.

Et ce titre fameux de journal, soudain, envahit l’espace.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

Mise en scène : Danielle Fire
Avec : Stéphanie Moriau
Création lumière : Bruno Smit

Du 30 septembre au 18 octobre 2026

Spectacles du mardi au samedi à 20h15 – les dimanches à 16h00 

Le Journal d’une femme de chambre D’Octave Mirbeau

 

 

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administrateur théâtres

Sheherazade forever ...

Concerts

Nikolay Rimsky-Korsakov Shéhérazade, suite symphonique, op. 35



Par le BNO à Bozar : Et si la musique balayait le vacarme ?

Le 24 septembre dernier, le Belgian National Orchestra investissait la Salle Henry Le Bœuf de Bozar pour un format « Symphonic Date ». Si la tentative de médiation moderne a pu impatienter certains spectateurs, la performance musicale, elle, a atteint les sommets de l’absolu.

En programmant sa formule « Symphonic Date », le Belgian National Orchestra affiche certes une louable ambition : désacraliser le grand répertoire en une heure chrono, pour attirer un nouveau public. Voire le fidéliser. Le choix de l’horaire, 19 h, a d’ailleurs un petit effet tentateur.

Malheureusement, ce soir-là, le préambule se transforme en épreuve agaçante. Microphonée dans une acoustique taillée pour les instruments plutôt que pour les micros, la longue introduction se déploie, au point de faire surgir une question presque incongrue : y aura-t-il seulement un concert ? Qu’attendent les concertistes ?

Tout cela, uniquement en anglais, ce qui n’est en principe pas le choix traditionnel de Bozar. Cherchant le bon mot, la connivence à tout prix et multipliant les images chocs, ce talk-show improvisé s’avère aussi tapageur que fatigant. Trop long, peu audible, il paralyse l’attention, osons le dire ! Dans la salle, une seule injonction silencieuse semble monter des travées : Let the music play !»

Heureusement, le protocole intempestif s’efface enfin pour laisser place à l’immense orchestre que l’on brûle d’écouter.



À la baguette, le jeune chef coréen Hankyeol Yoon déploie une agilité peu commune. Sa gestique impressionnante insuffle une énergie démultipliée qui contamine tous les pupitres. Une trainée de poudre magique. Une « infection » salvatrice, au sens le plus noble de la langue de Shakespeare. Elle balaie d’un coup de vent frais les scories de l’introduction forcée et installe un véritable festival de couleurs.

De souvenirs, aussi. J’étais sur l’île enchantée de Guernsey, en 1966. J’avais seize ans. Prononcez mon âge à la française et vous comprendrez mon émotion.

Dès les premières mesures de Shéhérazade, le ton est donné. La violoniste solo et Concertmeister Misako Akama s’empare de la partition avec des interventions d’une beauté plastique renversante. Véritable bras droit du chef sur scène, elle traduit l’électricité du maestro en impulsions physiques pour l’ensemble des cordes. Sous son archet, le violon solo devient la voix même de Shéhérazade : une voix de nacre et de soie, hypnotique, qui dialogue immédiatement avec le basson déchirant de mélancolie de Gordon Fantini.

Puis ce sont les trémolos poétiques de la flûte qui s’élèvent, délicatement portés par un tapis de pulsations mystérieuses tissé par les cordes. La précision des instrumentistes est absolue : cuivres rutilants, vents lumineux, percussions fantastiques… Chaque pupitre devient une touche de peinture sur une immense toile d’Orient.

Quand la harpe de la vertigineuse Annie Lavoisier épouse le violon, l’auditeur est submergé par un déluge de bonheur et de tendresse, prolongé par un dialogue d’une intense délicatesse entre Misako Akama et Gordon Fantini.

Le deuxième mouvement s’ouvre comme un écrin de secrets : rêverie et envolées célestes. Les violons y déploient une élégance rare, une douceur qui s’apparente à une confidence venue du plus profond de l’âme. Soudain, la gamme de la flûte fuse : une envolée d’oiseaux libres s’échappant de la cage dorée du sultan. Le hautbois répond par son thème dansant, un motif rythmique qui sautille avec malice.

Mais c’est le thème de la princesse qui vous emmène à tire-d’aile vers l’infini. Plus léger encore, profondément aérien, il semble flotter, perdu dans l’absolu. Rimsky-Korsakov dessine ici un monde dépouillé de toute haine, de toute prédation et de toute malédiction ; un horizon de lumière et de pureté.

L’envol des gammes fuse à nouveau dans l’espace de Bozar, avant que la plainte du basson ne vienne mourir, apaisée, au cœur de l’harmonie générale.

Le troisième mouvement bascule dans un relief cinématographique, passionnel et parfois mutin. Véritable volcan de puissance et d’énergie, Hankyeol Yoon se démène sur son podium, agissant en démiurge des déferlantes orchestrales. L’ensemble se gonfle, composant une apothéose de feu qui finit par se figer dans un sublime ralenti.

À cet instant, l’émotion est si dense que les larmes coulent dans un océan de bonheur partagé.

Le calme revient sous le geste apaisé du chef. C’est l’avènement de la paix.

La violoniste et la harpe reviennent alors au début du début, dans un climat encore plus féerique, dépouillé et suspendu. Magnifique offrande finale : par deux fois, le basson, la harpe et la violoniste unissent leurs voix pour signer un accord parfait, ultime respiration d’une soirée mémorable.

Au moment des saluts, le maestro coréen remercie chaleureusement ses solistes principaux, réservant une mention et des félicitations particulièrement appuyées et vibrantes au pupitre des violoncelles, mené par le soliste Dmitry Silvian, saluant la profondeur et le lyrisme exceptionnels de leurs attaques tout au long de la soirée.

Chaque pupitre est à son tour ovationné par un public aux anges.

La musique a gagné.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 



https://www.nationalorchestra.be/en/orchestra/our-musicians-and-conductors/musicians-bno


https://www.bozar.be/fr/programme/belgian-national-orchestra-yoon

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administrateur théâtres

Festival Mozart 12-19 septembre 2026

Concerts

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent

Festival Mozart 12-19 septembre 2026

À Argenteuil, en guise de clôture du Festival Mozart, les organisateurs nous ont servi un pot-pourri de musiques enivrantes.

Mozart, first and for all !

Le Trio K. 564, tout dernier trio avec piano de Mozart, ouvre la soirée dans une lumière intime, élégante et d’une fraîcheur presque juvénile. Nicolas Dupont au violon, Justus Grimm au violoncelle et Bertrand Giraud au piano font entendre des dialogues subtils, partagent les sourires, les respirations. Mozart y semble à la fois proche et insaisissable : la musique coule, légère et sérieuse, jamais anodine.

Puis Haydn prend le relais avec le Trio Hob. XV:17. Changement de parfums, changement de textures : la flûte de Vincent Lucas et le basson de Mavroudes Troullos se mêlent au clavier du pétillant Muhiddin Dürrüoğlu dans une palette sonore particulièrement chaleureuse. Les timbres se répondent, se colorent, se taquinent presque. La musique de chambre porte décidément bien son nom : on y entre comme dans une pièce où plusieurs amis auraient déjà commencé à converser.

Et voici Donizetti, puis Ibert. Encore d’autres parfums à humer et à apprécier !

Alissa Margulis au violon et Delphine Benhamou à la harpe se distinguent dans le Larghetto et Allegro de Donizetti, avant de nous offrir l’Entracte d’Ibert. Un sérieux clin d’œil ! Le violon chante, la harpe scintille, et voilà que le programme change encore de lumière. Deux œuvres, deux univers, deux belles découvertes.

Car c’est cela, le charme de ce festival capiteux : faire circuler les émotions d’une œuvre à l’autre, sans jamais enfermer la musique dans une seule époque ni une seule couleur. Coucou ! Y es-tu ? On voyage. On savoure.

Merci donc au Festival Mozart et à son âme créatrice, Daniel Rubenstein — triple artiste, violoniste, altiste et pianiste — qui célèbre cette année les trente ans d’existence de cette aventure débutée en 1996.

Pour cette édition anniversaire majeure, Daniel Rubenstein a réuni pas moins de 26 musiciens en résidence autour de neuf concerts d’envergure, partagés entre Waterloo et Bruxelles. Une programmation où la création contemporaine joue à cache-cache avec les immenses chefs-d’œuvre du répertoire classique. Le passé, sorti de sa vitrine, dialogue avec le présent.

Preuve en est avec La Toccata éolienne de Jean-Pierre Deleuze, pièce contemporaine pour alto et piano, interprétée par Roland Glassl à l’alto et soutenue avec brio par le chaleureux Muhiddin Dürrüoğlu au piano.

De découvertes en découvertes, on éprouve ce petit bonheur particulier : celui de se laisser surprendre par une musique dont on ne savait pas encore qu’on allait l’aimer.

Et puis… And then, comes The Grand Finale.

Un piano, un quatuor à cordes, et Robert Schumann. Le Quintette avec piano en mi bémol majeur, op. 44 : une œuvre flamboyante, généreuse, débordante d’élan, où les cinq instruments semblent se poursuivre, se répondre, s’exalter jusqu’à l’ivresse.

Avec un tel final, le titre de l’affiche ne pouvait être plus juste : A-po-thé-ose ! annonçaient-ils !

Une soirée comme un feu d’artifice musical. Tous dans le même pot ! De Mozart à Schumann, en passant par Haydn, Donizetti, Ibert et Jean-Pierre Deleuze, les parfums changent, les époques se croisent, les timbres se répondent. Et le bonheur vibre dans l’assemblée.

La musique : souveraine.

Merci, le Festival Mozart. Nous reviendrons pour la prochaine récolte de merveilles !

Au suivant…

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

…Et tous les autres! https://www.festivalmozart.org/

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administrateur théâtres

Concerts

17 septembre à Rixensart, les balades musicales

Rixensart : le miracle d’un trio de Missa Brevis

Par l’Etesiane Orchestra, sous la direction de Gabriel Hollander, le miracle d’un trio de Missa Brevis en ouverture de saison des Balades Musicales de Rixensart.

Pour l’ouverture de sa 14e saison, les Balades Musicales de Rixensart ont osé un pari audacieux, presque mystique : réunir trois Missa Brevis en un seul soir. Ne dit-on pas d’ailleurs que répéter les prières par trois fois appelle la Grâce ?

Ce concert s’est révélé être une véritable action de paix et de lumière, portée par l’Etesiane Orchestra sous la direction habitée de son chef, Gabriel Hollander, et transcendée par ses interprètes, musiciens et solistes vocaux. À eux seuls, les quatre chanteurs ont réussi la prouesse de déployer la puissance et l’amplitude de tout un chœur de… quarante personnes ? International Choir Brussels, m’entendez-vous ?

La soirée s’est ouverte sous les auspices de la clarté avec la Missa brevis Sancti Joannis de Deo de Joseph Haydn. Dès les premières mesures, l’ensemble des cordes, emmené par des musiciens d’exception tels que Romane Cabaret, Solène Beaudet, Maritsa Ney, Patrick Valls, Cédric Hustinx et Denis Guerdon, a su diffuser une allégresse des plus communicatives.

Est-ce dû à la vélocité du rythme, à la brillance des solistes et des instruments ? L’œuvre elle-même semble déborder de peps et de bonne humeur. On pense à la délicatesse et à la légèreté de voiles de dentelle, blanche bien sûr, entre communion et mariage… évoquant le souvenir de jours heureux.

Mais surtout, le public a été instantanément saisi par une impression d’illumination grâce à la soprano Clara Inglese. Son visage épanoui et lumineux, ses adorables postures de méditation et son timbre d’une pureté surnaturelle ont bouleversé les spectateurs. Dans ses yeux brillaient les sourires de l’âme. Transfigurée par le miracle de sa voix.

Le chef d’orchestre Gabriel Hollander, lui aussi sous le charme, est apparu comme suspendu à cette divine interprétation. C’est d’ailleurs cette même énergie souriante qui a guidé ses mains et ses gestes pour nourrir l’architecture musicale de l’orchestre. L’Hosanna in excelsis a résonné avec une telle force que l’illusion d’une quarantaine de choristes était bien présente.

Enfin, l’Agnus Dei, vêtu de bleu azur, s’est déployé comme un acte d’espoir sublime. « Ask and it will be given. » De quoi y croire vraiment : on n’invoque pas en vain une paix tant désirée.

Et en avant pour la deuxième Missa brevis, signée Wolfgang Amadeus Mozart : la KV 65 en ré mineur. Le contraste dramatique s’installe immédiatement avec un Gloria crépitant d’énergie. Chez Mozart, la tension est plus grandiose et théâtrale : la douleur du trépas de Dieu fait homme traverse la partition, mais sera éteinte et balayée par le rythme effréné du final glorieux du Credo.

Au cœur de cette œuvre, le Sanctus s’égrène avec une force particulière. Le texte latin séculaire joue pleinement de sa présence et de sa solide puissance rassembleuse, unissant artistes et spectateurs dans une même dévotion. Le Benedictus est un cadeau du ciel : dans une pureté de timbre parfaite, l’accord des deux chanteuses, la soprano Clara Inglese et la mezzo-soprano Julie Bailly, a littéralement inondé la salle de bonheur.

Puis vint Fabian Fiorini, un grand inconnu pour la plupart des auditeurs. La découverte de sa messe nous est présentée ici en deuxième création mondiale. Le changement de paradigme est total : nous voici plongés dans un déploiement épique et une urgence à couper le souffle.

Fiorini utilise une structure moderne faite de fondus enchaînés, comme… au cinéma. Urgence épique et cinéma de l’âme vont culminer.

Dès le Christe Eleison, les accents se font intensément dramatiques. Pour le Credo, les archets ouvrent la marche de manière saisissante, tandis que le baryton Samuel Namotte, chantant les mains jointes en namaste, livre son texte avec une conviction saisissante. Des mélanges de récitatifs parlés ou psalmodiés surgissent. Les interventions du ténor Timothé Cuvillier sont magistrales, soutenues par les pizzicati puissants des violoncelles.

Les textures orchestrales sont d’une chaleur incandescente : les cordes vibrent comme un champ de blé sous la canicule, transpercées par un violon solo qui s’élève comme un cri dans l’azur. Une alouette ? Ode to a Skylark?

Voilà le Sanctus qui frissonne de triolets. Le chœur de solistes est maintenant habité par un profond respect, dont témoignent les arpèges de la contrebasse et des deux violoncelles.

L’apothéose survient avec le Benedictus. Fiorini y installe un rythme lancinant sur trois notes, semblable à une sirène d’alarme, qui contraste violemment avec la puissante ferveur du chœur. Les In nomine Domini du Benedictus se multiplient dans une tension extrême, jusqu’à la fin qui marque l’urgence absolue :

Qui venit.

Stop.

C’est venir à Dieu qui EST l’urgence.

Un point d’orgue impressionnant. Le silence est total. Après l’Agnus Dei, des tonnerres d’applaudissements pour les artistes et le compositeur fuseront de toutes parts.

Cette ouverture de saison magistrale résonnera longtemps dans les voûtes accueillantes de l’église Saint-Sixte de Genval.

⭐️⭐️⭐️⭐️

On peut d’ailleurs prolonger le plaisir. L’aventure des messes brèves sous le prestigieux Label Cypres (référence CYP1688) est une initiative audacieuse qui fait dialoguer des œuvres rarement associées.

Dans le même album, Missa Brevis, (l’Etesiane Orchestra, Gabriel Hollander), on retrouve la Missa brevis en ré mineur de Mozart, la Orgelmesse de Haydn et la Missa brevis de Fabian Fiorini, œuvre commandée spécialement pour ce projet, dont le but affirmé est de sortir des sentiers battus et de faire entendre un répertoire exigeant et profondément vivant.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

lien: https://www.balademusicale-rixensart.be/

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administrateur théâtres

Spectacles

Perline Lombart dans « Marthe Donas »

...Elle libère une artiste par le théâtre

Perline Lombart dans « Marthe Donas » ressuscite une pionnière avec éclat. Le texte de Fabrice Gardin, une friandise artistique …que l’on sera ravi de se procurer à la fin du spectacle.

Sur la scène du Théâtre de la Valette, Perline Lombart donne à Marthe Donas une énergie résolument contemporaine. Dans cette création, sous la direction de Fabrice Gardin, elle fait revivre cette artiste rebelle et visionnaire du début du 20e siècle, dont le nom a quelque peu disparu des mémoires. Sauf à Ittre, où un musée lui est entièrement consacré.

Première femme peintre belge à s’être consacrée à l’art abstrait, Marthe Donas trouve ici une interprète à la hauteur de son audace.

Et pour Perline Lombart, jeune comédienne de vingt ans, c’est un véritable baptême artistique : c’est sa toute première prestation devant un public. Une entrée en scène particulièrement remarquée.

Arnaud Van Parys et Perline Lombart ©vivien ghiron

Elle impressionne par sa vivacité, sa précision et la fluidité élégante de sa parole, multiplie les points de vue de la narration.  En quelques secondes, elle épouse les états d’âme de Marthe et traverse avec passion les innombrables tribulations de son parcours.

Elle incarne avec force les doutes d’une femme bridée par son époque, mais aussi son besoin viscéral intense de créer. Dès qu’il est question de peinture, son corps s’anime, son regard s’éclaire : la vocation devient palpable. Connivence d’artistes ?

Du haut de ses vingt ans, elle met toute la vivacité du XXIe siècle au service d’une rebelle du passé. Son jeu abolit la distance historique. Les voyages, les errances, les toits de Paris qui la bouleversent et les rencontres artistiques prennent vie dans une interprétation physique, libre et électrique. Fascinante.

Même les épisodes les plus douloureux :  la révolte contre le milieu bourgeois d’Anvers, les 20 ans d’abstinence imposés dans le fief familial d’Ittre, le recours au pseudonyme androgyne Tour Donas, trouvent une résonance immédiate. Ce n’est plus seulement l’histoire d’une peintre d’avant-garde : c’est aussi le combat d’une femme pour devenir elle-même. Une femme en recherche perpétuelle. S’élever au-dessus de la matière, quitter le monde matériel, inventer un autre monde, qui ne part pas de la réalité mais qui recherche le degré le plus élevé de la simplicité et de la pureté…

Francine, la fille de Marthe apporte à son tour une touche d’humour et de tendresse bienvenue. Perline Lombart change alors de registre avec malice, offrant au public une image vraiment intime de l’artiste. Ah, ce lien mère-fille greffé sur la recherche mystique !

Face à elles, Arnaud Van Parys cabriole avec bonheur d’un rôle à l’autre. Romain, la terrible figure paternelle, l’artiste Alexander Archipenko, né à Kiev, particulièrement pittoresque, et Harry le philosophe…le neveu de son ancienne prof de dessin, Mme Coveliers-van Meir, qu’elle épouse et dont elle a une fille à 45 ans ! Les deux comédiens donnent au texte de Fabrice Gardin une urgence, un rythme pétillant et… couleurs et formes, comme dans un vitrail.  

Saluons au passage, leur magnifique synergie. Perline Lombart, Arnaud Van Parys et Fabrice Gardin, une trinité qui ne dit pas son nom…

Tous trois réussissent un moment de théâtre percutant et mémorable, qui ouvre sur un profond sentiment de reconnaissance pour nos racines culturelles, indispensables à notre survie. Car ici, l’énergie et l’émotion ont opéré de merveilleux chassés-croisés dans le cœur de chacun.

Un cadeau.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

http://www.marthedonas.be/

https://museemarthedonas.be/fr/le-musee/le-musee-marthe-donas

 

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administrateur théâtres

Concerts

Les 90 ans du BNO à Bozar : une ouverture de saison en forme de festin musical

Lors de ce grand rendez-vous de rentrée à la Salle Henry Le Bœuf, le 11 septembre dernier, c’est une programmation fort éclectique qui nous attendait, question de nous offrir des émotions nouvelles, des textures et des saveurs contrastées.

Un menu étonnant, servi par le Belgian National Orchestra (BNO) pour souffler ses 90 bougies. Dirigé de main de maître par Matthew Halls, le concert nous fait rapidement passer de la mélancolie à un irrésistible esprit de fête.

La mise en bouche ? Une curiosité volcanique…

Le concert s’ouvre sur Aeriality, de la compositrice islandaise Anna Thorvaldsdóttir. Une matière sonore en fusion, presque tellurique, qui explore la physicalité du son. Ici, l’orchestre ne semble même plus constitué d’instruments distincts : il devient une immense parole sonore multiple, faite de nappes, de grondements, de frémissements et de fulgurances. La musique enfle, se contracte, accumule les tensions… jusqu’à l’explosion.

Les big bangs pluriels font finalement penser, sans bien sûr que la compositrice en ait eu conscience, à une sonorisation de la Genèse… Jour après jour. Expérience acoustique vraiment impressionnante, à la frontière de la musique symphonique et la bande sonore. Idéale pour nettoyer le palais auditif avant le grand lyrisme romantique d’Anna Vinnitskaya et de son piano à la fois poétique et solaire.

Et la lumière… fut. Fine lettrée du clavier et virtuose absolue, la pianiste transcende le célébrissime Concerto pour piano de Robert Schumann. Elle est aussi… Celle qu’on attendait.

Sous ses doigts, pas un gramme de démonstration technique ou de force : juste le souffle poétique et son cortège de sentiments. Chez Schumann, le piano ne livre pas bataille à l’orchestre : il converse avec lui. Les bois lui répondent, le prolongent, l’enveloppent. La rayonnante Anna Vinnitskaya, en robe fleurie, insuffle une clarté et un charme vivant à cette œuvre intime. Le dialogue qu’elle tisse avec les bois de l’orchestre est un délice de complicité, transformant chaque phrase musicale en une confidence amoureuse. Et le public de Bozar, de se sentir transporté.

Et après l’entracte, voici le grand plat de résistance, avec Mahler.

La monumentale Symphonie n° 1 de Gustav Mahler, dite « Titan », est une œuvre prodigieuse, débordante de force vitale. Mahler y déploie un orchestre XXL pour nous raconter le monde dans ce qu’il a de plus contradictoire : la nature, l’enfance, la danse, la marche, l’ironie, le drame et la fête.

Le joyau absolu de cette interprétation réside sans conteste dans le troisième mouvement.

Avec de l’humour à couper au couteau !

Mahler a transformé Frère Jacques en marche lente! La comptine, passée du majeur au mineur, surgit d’abord à la contrebasse, comme si notre enfance revenait de très loin… mais avec quelques fantômes dans ses bagages. Quelle que soit notre langue, nous reconnaissons cette mélodie que nous chantions en canons, habillée en ré mineur !

Comme une marche insistante, insolite et un peu bancale, ce thème revient hanter l’orchestre à plusieurs reprises. À peine s’est-on habitué à cette étrange procession que la musique bascule, sans crier gare, dans des élans résolument populaires. Les bois et les cuivres s’encanaillent, les rythmes s’affolent, les cymbales claquent : le cortège funèbre se métamorphose en fanfare klezmer, vibrante de gouaille et de nostalgie festive.

Et Mahler superpose encore à cette étrange marche une mélodie tirée de ses Lieder eines fahrenden Gesellen. L’enfant, le mort, le voyageur : tout le petit théâtre mahlérien se met à danser ensemble.

Ce va-et-vient permanent entre gravité ironique et fête populaire est un pur régal pour l’esprit et les oreilles. On se surprend à… vraiment sourire devant cette malicieuse composition ! Mu par les cors et les trompettes, l’orchestre s’emballe  dans  un élan vital, rutilant de couleurs spectaculaires. La langueur et les thèmes flûtés bucoliques du début réapparaissent : tout un cycle de vie.  

Le final, un sommet d’énergie d’une puissance héroïque, achève de soulever la salle.

Certes, le BNO ne pouvait rêver plus beau sésame pour ouvrir cette saison anniversaire : un concert généreux, espiègle et définitivement inoubliable.

Et le dessert ? Des tonnes d’applaudissements.

 

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

 

lien utile:

https://www.bozar.be/fr/calendrier/belgian-national-orchestra-halls-vinnitskaya

 

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administrateur théâtres

Shakespeare au parc jusqu'au 10 octobre

Spectacles

Le songe d’une nuit d’été au Parc

Un Songe énergique et résolument moderne au Théâtre Royal du Parc

Après avoir fait fleurir les vieilles pierres de Villers-la-Ville cet été, Le Songe d’une nuit d’été poursuit son chemin… et pose ses sortilèges au Théâtre Royal du Parc. Même Shakespeare, décidément, aime changer de décor !

Pour ouvrir sa saison, le Parc s’offre une relecture pop, physique et joyeusement débridée de l’œuvre de Shakespeare. Sous la direction de Thierry Debroux, le Songe devient une immense fête des couleurs du désir, de quiproquos invraisemblables, de jalousies et de possession, mais par-dessus tout une plongée dans le merveilleux. Un Songe qui ne tient décidément pas en place !

Dans une mise en scène vertigineuse admirablement maîtrisée.

Où est le début? Tout commence en douceur, en chansons, comme si on pénétrait dans les coulisses de l’histoire, invités à un heureux mariage, idéal? Coupes antiques et flacons modernes attendent. Dès l’entrée, les costumes de Béa Pendesini donnent le ton : un déluge de fleurs, de feuillages et de verdure, d’une richesse poétique à couper le souffle. La scène se transforme en véritable jardin enchanté, tandis que les anachronismes s’en donnent à cœur joie. Époques, styles et références se télescopent, portés par des morceaux de rock électrisants et l’énergie d’un DJ. Shakespeare en baskets ?  On adore.  

Et quelle vitalité d’amazones chez les femmes ! Hermia et Helena sont loin des ingénues romantiques attendant que les hommes décident de leur destin. Elles ont du peps, du caractère, de la voix, des jambes… et surtout des poings ! Les batailles sentimentales font rage et la troupe déploie une violence parodique jubilatoire où les corps semblent exorciser la jalousie à coups de courses, de cris et de chassés-croisés fracassants.Merci Mathilde Daffe, en Hermia, Perrine Delers en Hippolyta et Titania, Lili Sorgeloos en Héléna et Fleur des Pois.

Hélena, elle, est impayable. Dans ses emportements, elle rate avec une magnifique constance les fameux accords toltèques : elle prend tout personnellement, fait des suppositions à foison et accuse son entourage à tort et à travers. De quoi déclencher des cascades de rires dans la salle. Jusque-là, le spectacle fonctionne à plein régime. Les passions s’emballent, les amoureux se poursuivent, le joyeux lutin, Puck (Denis Carpentier) sème sa maladroite et délicieuse pagaille — Nobody is perfect — et la magie opère. C’est Shakespeare dans ce qu’il a de plus universel : l’amour rend fou, surtout à première vue, le désir brouille tout, le destin peut se tromper et le spectateur se laisse joyeusement embarquer.

C’est précisément à ce moment-là que les artisans entrent en scène pour jouer leur tragi-comédie devant les nobles. Une histoire qui préfigure Roméo et Juliette, dont les racines remontent à l’Antiquité. Alors, quel contraste ironique !

À Villers-la-Ville, on avait déjà éprouvé cette longue parenthèse burlesque. Mais l’effet de loupe du Théâtre du Parc a intensifié notre perception. En plein air, au cœur des ruines majestueuses de l’Abbaye, la démesure visuelle du spectacle était telle qu’elle parvenait à absorber les excès des artisans. La scénographie immense, la nuit, les vieilles pierres : tout concourait à maintenir la féerie, malgré les grimaces et les farces outrées des mechanicals.

Au Parc, rien de tel. Dans une salle fermée, le jeu des acteurs se rapproche, se concentre, s’amplifie. Avec les rodomontades outrées, les éclats de voix derrière des masques grimaçants volontairement absurdes et les effets comiques aux allures médiévales, tout prend, dans la salle fermée, une ampleur… assourdissante. L’illusion poétique n’a plus l’espace physique où s’échapper. Ce qui m’avait semblé parodique et tolérable à Villers m’a paru ici beaucoup plus lourd — jusqu’à frôler parfois un certain ennui.

Et c’est d’autant plus dommage que la première partie nous avait littéralement emportés. Pourquoi casser ainsi l’élan précisément au moment où les intrigues amoureuses se dénouent ? Le choix d’un rire populaire et franchement burlesque est bien sûr parfaitement assumé ; mais il crée un contrepoint si massif qu’il risque de faire sortir certains spectateurs de la forêt enchantée au lieu de les y retenir.

A moins que… « Terrible, la vie d’artiste… ». Sous le couvert d’un comique désabusé, se cache peut-être une critique incisive de la mise à mort …du statut d’artiste dans nos pays ?

L’adolescent de quinze ans qui m’accompagnait a, lui, tiqué. Et son avis m’intéresse particulièrement, lui qui m’accompagne souvent dans ce magnifique théâtre depuis sa plus tendre enfance. Il avait suivi avec plaisir la course folle des amoureux et la magie de Puck. Et ses regards entendus m’ont dit plus que tout discours.

Pourtant… J’étais sûre de l’éblouir avec une sortie Shakespeare !  Et je l’avais briefé sur les différents publics que Shakespeare veut séduire : des ducs … aux manants se tenant debout dans le mythique théâtre du Globe !

Alors, Thierry Debroux, que j’aime tant, me pardonnera cette réserve. Une critique n’est-elle pas aussi une conversation avec ceux dont on aime le travail ?

Car le spectacle reste indéniablement d’une générosité folle, porté par des interprètes au dynamisme contagieux et à une remarquable virtuosité physique. La scénographie soignée de Patrick de Longrée, les lumières inventives de Xavier Lauwers et les chorégraphies d’Emmanuelle Lamberts sont du pur bonheur.  L’invention visuelle foisonne, l’Âne est hilarant, bravo François Rose !  Et tout ce qui entoure les « mechanicals » possède une énergie et une humanité des plus communicatives. Et des rôles masculins flamboyants : Denis Carpentier, Emmanuel Dell’Erba, Nathan Fourquet-Dubart, Jonas Jans, Thierry Janssen, Antoine Minne, Jean-François Rossion!

 Juste une question d’écrin : à Villers, les pierres et la nuit savaient absorber les excès mais au Parc, les murs les renvoient.

Car, dans un Songe, la magie n’a-t-elle pas besoin d’un peu d’espace pour respirer ? But… All is well that ends well! William said.

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

Avec
Denis Carpentier, Mathilde Daffe, Charlotte De Halleux, Perrine Delers, Emmanuel Dell’Erba, Nathan Fourquet-Dubart, Océa Gonel, Jonas Jans, Thierry Janssen, Mathilde Laulier, Antoine Minne, Jean-François Rossion, Lili Sorgeloos.

Mise en scène Thierry Debroux
Assistanat Jonas Jans
Scénographie  Patrick De Longrée
Costumes  Béa Pendesini
Lumières  Xavier Lauwers
Chorégraphies Emmanuelle Lamberts
Décor sonore  Loïc Magotteaux
Éléments décoratifs Alice-Antigone Germain
Maquillages  Wendy Willems
Coiffures  Michel Dhont

En coproduction avec DEL Diffusion Villers, la Coop asbl et Shelter Prod. Avec le soutien de ING et du Tax Shelter du gouvernement fédéral belge.

Jusqu’au 10 octobre 2026

 

 

 
 
 
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administrateur théâtres

Daniel Balavoine, hommage

Concerts

Le Chanteur à Bruxelles, il faut vivre ou survivre…

Choose life. Fermez les yeux : c’est Daniel Balavoine qu’on entend. Ouvrez-les : c’est un jeune Français, amoureux de la musique du chanteur héroïque… depuis ses neuf ans.

Trente ans plus tard, on le rencontre sur scène, flanqué de ses cinq musiciens. Le début d’un mythe ? Il est fier d’œuvrer avec des jeunes d’aujourd’hui, engagés dans des interprétations stellaires. Commémorer les 40 ans de la disparition de son idole, il se l’était juré.

Sa voix est saisissante. Par la force de nos destinées, le répertoire est évidemment bien trop court. Mais le voici à nouveau, sous forme cristallisée, pour devenir une nouvelle légende.

Cette voix mystérieuse fait renaître toute l’émotion que l’on portait au jeune disparu. Les spectateurs retrouvent leur énergie d’il y a quarante ans tout juste, et les plus jeunes se joignent avec délices à l’aventure. Oui, Daniel Balavoine renaît dans le souvenir… et sur scène.

L’auguste Jean d’O avait raison : « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. » Et les vibrations musicales font le reste. Celles de huit albums aux textes visionnaires.

Le Chanteur a débarqué sur le plateau du Centre culturel d’Uccle le 10 septembre 2026, quarante ans après la mort tragique du musicien-poète.

Celui qui incarne avec tant de force le répertoire de Daniel Balavoine sur scène s’appelle Charles.

Tu parles? Charles?

Et tu chantes avec des accents de vérité, avec des harmonies qui donnent le frisson. Tu transmets. Tu partages d’ailleurs la scène avec un autre musicien portant le même prénom, puisque le bassiste du groupe s’appelle également Charles.

Toute l’équipe : Léo et Maxime, jumeaux de 21 ans aux guitares, Liou à la batterie, Bastien au synthé… travaille en formidable symbiose pour porter cet émouvant projet vocal et musical avec une belle exigence et une tendre connivence artistique.

Un hommage élégant, respectueux de la mémoire de l’artiste.

Mais… pas que, glisserons-nous, en empruntant le jargon simplifié de notre époque.

Les chansons alternent avec une sorte d’interview avec l’au-delà. Une autre voix, une autre présence qui se raconte et évoque ses multiples engagements. Ses intentions qui sont aussi les nôtres. Le jeune Daniel, 33 ans, saisi par la Faucheuse à la fleur de l’âge alors qu’il survolait les pistes du désert, est parmi nous.

Quoi de plus émouvant ? Un biopic « close to life », en quelque sorte, que certains écouteront avec recueillement, tandis que d’autres auront simplement envie de chanter.

Et ils chanteront, et danseront, places assises ou non. De l’harmonie qui fait du bruit.

D’autres rendez-vous avec ce groupe enthousiaste suivront pour égrener un chapelet de chansons qui font battre le cœur.

Celle qui couronne le concert ? Le Chanteur, bien sûr.

Je ne suis pas un héros

Tous les cris, les SOS…

Mon fils, ma bataille

L’Aziza

AIMER EST PLUS FORT QUE D’ÊTRE AIMÉ

Mais par-dessus tout ? S a u v e r  l’ a m o u r

Ceci n’était qu’un début. Il y aura dans un proche avenir : l’Aula Magna, La Sucrerie, Paris… Et avant Bruxelles, il y a eu Calais ! Un triomphe !

Dominique-Hélène Lemaire, Deashelle pour le réseau Arts et lettres

 

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Leboeuf et Latarte

Ils se sont connus ” tout petits ” à l’école,
Au fond de la classe se moquaient des bons mots,
Une fillette et un gars bien frivoles,
Rêvant de pelle à tarte et de couteaux !

Leboeuf emmenait Latarte voir les vaches,
Elles accouraient boueuses en les voyant,
Leur parlait de beefsteak, de rôtis en tranches,
Faisant d’elles des invités de premier plan !

Latarte emmenait Leboeuf voir des gâteaux,
La farine, la levure, le chocolat,
Plaisaient, pour elle, autant au prof de géo,
Que la Seine ou les chutes du Niagara !

Au fond de la classe, honorables maîtres,
Il y a souvent un Leboeuf, une Latarte,
Qui préparent déjà des menus de fête,
Ceux là, pas de cantine mais à la carte !

GCM
Pensée du jour. 28/9/2026

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Florence et son panier d'osier

 

 

A Nice, pas si loin de Florence

Florence vend des fleurs

De cabaret en cabaret dès que la nuit tombe

De table en table

Florence propose ses bouquets

Aux personnes en appétit

Avec une serviette blanche autour du cou

Elle sourit d’en voir certains manger avec les pieds

 

Florence flâne

Ses fleurs dans un panier d’osier   

Beaucoup de soucis lui traversent l’esprit

Mais cueillir un sourire sur un visage

La réconforte

Car ce sourire est pour elle plus précieux qu’une pièce de monnaie  

 

Florence déambule dans La lumière blafarde de la vieille ville

Son sourire ouvre les portes d’ivoire

De son cœur où séjournent

La paix.

Son corsage blanc est la voile d’un bateau à la dérive,

Quand souffle le sirocco

Dans les ruelles blanches

Où le parfum des épices

Enivrent la ville

Florence fleur d’innocence

Plus pauvre que la misère

Demeure dans un château de sable

Aux fondations tourmentées

Florence de Nice pas si loin de Florence

Est plus vaillante plus exigeante

Que la fleur à la recherche de la lumière

 

A mon départ je lui offrirai le jardin de mes pensées

Les richesses de mes croyances

Les certitudes de mes connaissances

Et toute ma fortune enfouit là où flânent mes rêves   

 

« Sincèrement, dites, qu’est-ce que vous voudriez que j’en fasse de tout ça ? » (Pourrait me dire Florence) « allez donc donner tout ça à un enfant sur votre chemin.) » *

 

Lionel M.

 

* Vous verrez le ciel ouvert, Gilbert Cesbron

 

 

 

 

 

 

 

 

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Robert Paul

Je viens de lire :" J'ai un profond respect des dates d'anniversaires.

Ces portes que le Temps dispose autour de nous,

Pour ouvrir un instant nos coeurs à ses mystères,

Et permettre au passé de voyager vers nous".

Robert Paul, 10 février 2012).

Un anniversaire peut être un moment ...créé

Un moment à soi,

un moment où je me dis,

presque sans m'en rendre compte, soudainement

Borges.

Pourquoi Borges ?

Pas de date qui tombe "pile".

Borges..

"Dans la pièce où je l'attendais, il est apparu brusquement, sans crier gare, comme si son corps s'était soudain matérialisé.(...) Sous la barrière des cils,les yeux fixent sans voir"

(Gilles Lapouge " En étrange pays")..

Sans voir , est-il écrit...

Sans voir...

 

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