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Le 30ème spectacle d'été de l'Abbaye de Villers-la-Ville, AMADEUS, de Peter Shaffer mis en scène par Alexis Goslain

Le 30ème spectacle d'été de l'Abbaye de Villers-la-Ville, AMADEUS, de Peter Shaffer, est mis en scène par ...Alexis Goslain.  

Cloches divines et chuchotements,  génie versus talent : suspense tragique.  Antonio Salieri souffre d’un mal terrible, une souffrance hélas très humaine : un mal profond, nourri au sentiment d’injustice,  au désenchantement, au dépit, à la frustration, à la vanité et à l’envie, à l’incompréhension et finalement à la colère amplifiée de scène en scène jusqu’à l’apothéose finale. Un mal du siècle?

Cette jalousie maladive nourrit sa colère contre Dieu et la voix de son interprète, le jeune et joyeux Mozart. L’adepte malgré lui de la Médiocratie passera-t-il à l’acte? Devant la foule des « ombres du futur » il  rejoue, pas à pas, mot à mot, affect par affect, sa propre mise à mort. Il est rongé par la culpabilité. Il tente de se faire comprendre et explique pourquoi il devint l’assassin de Wolfgang Amadeus Mozart.

 Un rôle en force, en nuances, en reliefs psychologiques intenses et noirs qui s’opposent merveilleusement au brillant personnage de Mozart, enfant gâté, génie  spirituel exhibé à travers l’Europe par son père, au rire ravageur mais vulgaire, à la limite de l’obscénité, coureur de jupons, incapable de gérer sa famille, caustique vis-à-vis de ses prédécesseurs,  cinglant en paroles, mais aussi libre et lumineux que l’autre est sombre et diabolique. L’adolescent gonflé de gloire enfantine est en effet  incapable de se prendre en charge, notamment  à cause d’un père abusif, omniprésent, régentant toute la vie de son fils jusque dans les moindres détails et vivant une célébrité factice au travers de la gloire de son fils, au moins jusqu’au mariage non autorisé avec la douce Constance Weber. Comme on le sait, son opéra Don Juan et d’autres comme Mitridate Re di Ponto témoignent de ce malaise intense et de l’absolue nécessité de la clémence. Ironie du sort, au cours de la pièce, on assiste à un développement poignant où Salieri  passe presque aux yeux de Wolfgang comme un père de substitution, sans savoir que ce dernier complote à sa perte.

Le ballet psychologique des deux personnages principaux est un combat de héros qui ne plait   pas  seulement aux jeunes générations ! Ainsi, Didier Colfs dans le rôle de Salieri et Denis Carpentier dans celui de Mozart sont totalement gagnants dans leur interprétation masculine. Affublés de merveilleux costumes, signés Thierry Bosquet, ils virevoltent devant les décors irréels  et pourtant si  évocateurs de François Jaime Preisser, qui  emportent l’imaginaire en défilant sur la muraille de la grande scène de Villers-la-Ville. Les « Venticelli », sortes d’oiseaux de malheur,  ces espions à la solde de Salieri, forment une sorte de chœur antique  très dynamique. Le tout est cadré par un  flux d’extraits de la divine musique de Mozart, symbole de lumière parmi les ombres que nous sommes. Le décor sonore est de Laurent Beumier.     

Antonio Salieri, nanti d’un  défaut d’Hubris démesuré,  aimait tant  la musique qu’il voulait l’inscrire dans une vie consacrée à Dieu. Mais  il commit  l’erreur fatale de mettre  Dieu au défi.  Dieu ne l’entendit pas de cette oreille, on n’achète pas le Seigneur!   De plus,  il déteste les pharisiens. Donc, malgré son mode de vie chaste et exemplaire en surface,  Salieri  déploie une âme immonde. Constance Weber, la jeune épousée de Wolfgang qui s’est  résignée à venir lui demander de l’aide, en témoigne. Julie Lenain dans ce rôle est un bijou de vivacité et de féminité, elle est au mieux de sa forme.  Mais de manière  hypocrite, perfide  et insidieuse, Salieri va faire en sorte que Mozart et sa jeune famille  sombrent dans le désespoir et la déchéance. Il  rejoue devant nos yeux, nous les  « ombres du futur »,  le  crime  pervers et parfait. L’italien s’approprie la mort de Mozart à défaut d’avoir pu égaler sa musique, afin qu’à tout jamais, son nom, associé à celui de Mozart, se fraie un chemin d’éternité.

Le spectateur se trouve comblé de toutes parts. Tout d’abord bien sûr par la beauté estivale de  l’écrin des  ruines abbatiales mais surtout  par le texte de Peter Shaffer si bien mis en scène et interprété par  une  équipe de comédiens  enthousiastes que l’on a envie d’applaudir encore et encore: Maroine Amini, Camille Pistone, Michel Poncelet, Marc Deroy, Jean-François Rossion, Lucas Tavernier en très germanique Empereur d’Autriche, et un majordome … Anthony Molina-Diaz, ravi de participer  à ce  30ème spectacle d'été de l'Abbaye de Villers-la-Ville, une production de Del Diffusion.  Vu le succès, le spectacle se prolongera jusqu’à la mi-août! 

http://www.villers.be/fr/spectacle-amadeus

http://www.deldiffusion.be/

http://www.rtbf.be/culture/scene/theatre/detail_wolfgang-amadeus-mo...

http://www.rtbf.be/musiq3/article/detail_amadeus-a-l-abbaye-de-vill...

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Commentaire de Deashelle le 5 septembre 2017 à 19:15

Mise en scène Alexis Goslain
Avec Maroine Amimi, Denis Carpentier, Didier Colfs, Marc De Roy, Pauline Discry, Julie Lenain, Aurelio Mergola, Anthony Molina-Diaz, Camille Pistone, Michel Poncelet, Jean-François Rossion, Lucas Tavernier

  • 20 au 24 mars 2018
  • Aula Magna
  • Durée : 2h10 entracte compris

http://www.atjv.be/Amadeus 

Commentaire de Deashelle le 13 décembre 2016 à 15:03

Maquettes de Thierry Bosquet
I Venticcelli

Commentaire de Deashelle le 26 octobre 2016 à 22:28

Amadeus
de Peter Shaffer
Du grand spectacle qui joue sur les contrastes entre des détails particulièrement soignés sur l'époque et un ton très contemporain et très vif dans les dialogues. L’idée maitresse de Peter Shaffer en écrivant Amadeus était de rappeler qu’avant de devenir des légendes, les génies sont des êtres humains.
Dans la Vienne de Joseph II en 1781, le compositeur Salieri jouit de la faveur de l’Empereur. C’est alors qu’un jeune prodige du nom de Wolfgang Amadeus Mozart parcourt l’Europe et fait irruption à la cour. Précédé d’une flatteuse réputation mais sans grande éducation, Mozart est en voie de devenir le plus grand compositeur du siècle. Face à un tel génie, Salieri se sent rongé par la jalousie. Qu'une musique aussi belle puisse émaner d'un être aussi vulgaire lui apparaît comme l'un des tours les plus cruels de Dieu. Comprenant la menace que représente le jeune Mozart, il tente de l’évincer tout en essayant de comprendre pourquoi il est si doué…
Le spectacle retrace la confrontation des deux hommes depuis l’arrivée de Mozart à Vienne jusqu’à l’écriture du ‘Requiem’, sa dernière œuvre magistrale.
Peter Shaffer a développé une intrigue palpitante entre génie et décadence. Au-delà de la réalité historique, c’est la magie de la création et les mystères de la beauté qui sont en jeu. Une œuvre magistrale au succès éclatant.

www.trg.be

Avec Denis Carpentier, Didier Colfs, Julie Lenain, Michel Poncelet, Marc De Roy, Lucas Tavernier, Jef Rossion, Maroine Amimi, Camille Pistone, Aurélio Mergola, Anthony Molina-Diaz et Pauline Discry.
Mise en scène : Alexis Goslain
Adaptation et scénographie : Patrick de Longrée
Costumes : Thierry Bosquet

Du 26 octobre au 20 novembre 2016 AU THEATRE DES GALERIES

Commentaire de Deashelle le 21 octobre 2016 à 19:32

Maintenant au théâtre des Galeries 


Le teaser d'AMADEUS est arrivé ! Reprise du succès de l'été dernier, au Théâtre Royal des Galeries, du 26 Octobre au 20 Novembre. Mais ça doit faire la 743 ème fois que je vous le dit, maintenant. Alors, venez !

Commentaire de Deashelle le 21 octobre 2016 à 19:30

AMADEUS

DE PETER SHAFFER, ADAPTATION DE PATRICK DE LONGRÉE

EN QUELQUES LIGNES

Une œuvre magistrale au succès éclatant. L’idée maitresse de Peter Shaffer en écrivant Amadeus était de rappeler qu’avant de devenir des légendes, les génies sont des êtres humains.

Dans la Vienne de Joseph II en 1781, le compositeur Salieri jouit de la faveur de l’Empereur. C’est alors qu’un jeune prodige du nom de Wolfgang Amadeus Mozart parcourt l’Europe et fait irruption à la cour. Précédé d’une flatteuse réputation mais sans grande éducation, Mozart est en voie de devenir le plus grand compositeur du siècle. Face à un tel génie, Salieri se sent rongé par la jalousie. Qu'une musique aussi belle puisse émaner d'un être aussi vulgaire lui apparaît comme l'un des tours les plus cruels de Dieu. Comprenant la menace que représente le jeune Mozart, il tente de l’évincer tout en essayant de comprendre pourquoi il est si doué…

http://www.trg.be/saison-2016-2017/amadeus/en-quelques-lignes__6916

Commentaire de Deashelle le 21 octobre 2016 à 19:28

Commentaire de Deashelle le 10 octobre 2016 à 11:51

 We liked Anthony Molina-Diaz's post

"Suite à l'énorme succès d'AMADEUS à Villers l'été dernier, nous reprenons la pièce au Théâtre Royal des Galeries du 26 Octobre au 20 Novembre ! Vous n'avez aucune excuse :) Je profite de ces quelques lignes pour vous rappeler que L'ÎLE AU TRÉSOR se joue toujours au Théâtre Royal du Parc jusqu'au 23 Octobre !"

Commentaire de Deashelle le 25 juillet 2016 à 1:05

Chaque année, en arrivant sur le site de l’abbaye de Villers-la-Ville pour le traditionnel spectacle d’été en plein air, on s’amuse au même petit jeu : repérer les nouveaux, débusquer ces spectateurs dont c’est la première fois au cœur des ruines du monastère cistercien. Facile : il suffit de repérer ces dames en escarpins et ces messieurs en manches courtes, lesquels vont vite déchanter à la tombée de la nuit quand l’épaisse et fraîche humidité s’élève des entrailles du lieu. Mieux vaut alors être équipé en pulls de laine et bottines rembourrées pour suivre sereinement la représentation. On sera donc vigilants, cet été encore, à s’armer de plusieurs couches thermiques pour découvrir cet Amadeus de Peter Schaffer, popularisé au cinéma par le film de Milos Forman.

Dans la Vienne de Joseph II en 1781, le compositeur Salieri jouit de la faveur de l’Empereur. C’est alors qu’un jeune prodige du nom de Wolfgang Amadeus Mozart fait irruption à la cour, précédé d’une flatteuse réputation mais sans grande éducation. Mozart est en voie de devenir le plus grand compositeur du siècle.

Face à un tel génie, Salieri se sent rongé par la jalousie. Qu’une musique aussi belle puisse émaner d’un être aussi vulgaire apparaît à Salieri comme l’un des tours les plus cruels de Dieu, et le fait plonger dans une folie vengeresse. Il tente donc d’évincer Mozart tout en l’approchant pour comprendre pourquoi il est si doué.

Innovations techniques

Une fois n’est pas coutume, tant les autorisations officielles sont difficiles à obtenir, c’est en partie dans le cloître, devant sa façade XVIIIe siècle, que le spectacle se jouera, en accord avec l’époque de notre histoire. Mais c’est surtout par d’imposantes innovations techniques que l’équipe, emmenée par la mise en scène d’Alexis Goslain, portera la flamboyance du personnage.

« Je craignais, avant de décider de monter Amadeus, qu’il ne manque le côté baroque, se souvient Patrick de Longrée, producteur des spectacles d’été à Villers-la-Ville. Et puis j’ai pensé à Thierry Bosquet qui nage dans le baroque depuis toujours. Mais les toiles peintes sont ingérables en plein air, avec le vent et la pluie, alors on a pensé à la technique du mapping 3D avec François Jaime Preisser. Il a photographié la façade du cloître et établi une planche en grand format qui donnait l’emplacement des fenêtres, des portes. Là- dessus, Thierry Bosquet a redessiné des façades que nous projetterons sur les vraies fenêtres. Mais ce n’est pas tout ! Nous allons projeter aussi un cadre de scène et un rideau d’opéra. Le rideau est peint par Thierry mais, grâce à l’image de synthèse, il va s’ouvrir et se fermer. On verra des décors d’opéra, comme L’enlèvement au sérail, monter et descendre des cintres. »

Par cette technique numérique, Amadeus convoquera un ciel qui s’assombrit pour devenir orageux, le Prater de Vienne, le perron d’un parc, etc. On passera du palais royal de l’empereur Joseph II au domicile de Mozart ou celui de Salieri. « Je conçois le décor, Thierry dessine et François réalise l’image. Chez Salieri par exemple, on se promènera dans sa bibliothèque et quand on y reviendra à un autre moment de la journée, les bougies seront allumées, simplement par la magie de la vidéo. Ce sera très ludique. On commence à 21 h 30, quand il y a encore un peu de lumière du jour, donc les projections ne marchent pas. Mais avec la tombée de la nuit, les gens vont avoir leur perception qui se modifie. On a surtout travaillé sur la nuance, le contraste du ciel, ou les plis du rideau d’opéra. Au théâtre, il faut maintenir la part d’imagination du spectateur. Et si l’esthétique est trop travaillée, l’imaginaire n’est pas sollicité, ce qui peut laisser un manque. Il faut aussi laisser les murs et la pierre faire leur office. »

CATHERINE MAKEREEL

« Amadeus » à partir du 13 juillet à l’Abbaye de Villers-la-Ville. http://www.deldiffusion.be

http://www.lesoir.be/1265439/article/culture/scenes/2016-07-13/vill...

Commentaire de Deashelle le 25 juillet 2016 à 1:00

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