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"L'ODYSSÉE" d'après Homère – Texte et mise en scène de Thierry Debroux jusqu'au samedi 25 octobre 2014 théâtre du Parc

Ulysse attaché au mât du navire, d'après l'Odyssée d'Homère. Vase à figures rouges de Vulci, Ve s. av. J.-C. British Museum, Londres (Ph. Coll. Archives Larbor)

Mais qu’est - ce qui déchaîne cet automne à Bruxelles des tempêtes de rires ou d'applaudissements ? Le dieu Eole ? Un vent de joie, d’humanité et d’esprit en tous cas.  Une production visuellement magnifique, mais ce n'est pas que cela!  Cela se passe au théâtre Royal du ParcThierry Debroux s’est décidé de présenter la chère Odyssée sans son Iliade,  un mythe qui a bercé nos parents, nos grands-parents et on l’espère fortement, les générations à venir. Il célèbre notre appartenance aux racines méditerranéennes, la liaison directe de notre langue au monde antique grec, avec sa pléthore de savants, philosophes et dramaturges qui ont tissé notre culture occidentale. On ne sait si l’objectif premier de Thierry Debroux fut de rafraîchir ces profondes racines, et de raviver l’intérêt des jeunes  pour la culture classique mais ce spectacle sera un fameux  atout pour qui  se mêle d’éducation humaniste.

Ulysse (Laurent Bonnet) est un  personnage d’une attraction  fascinante. Etre complexe, c’est un homme vaillant, rusé, curieux de tout, capable de supporter mille épreuves, patient, endurant, doté d’une intelligence exceptionnelle. Pour peu on en tomberait soi-même amoureux, comme le fait  la merveilleuse Nausicaa, Pascaline Crêvecoeur,  à qui  Thierry Debroux a offert le rôle magnifique.  Mais Ulysse, c’est  surtout un homme qui refuse l’immortalité  promise par  la magicienne Circé (Babetida Sadjo) qui vit sur une île où le temps n’existe pas,  pour rentrer chez lui, trouver les siens  et assumer  pleinement sa condition humaine.  Cela lui permet de sortir grandi des épreuves, d’accepter courageusement sa finitude et d’assurer son libre-arbitre.

Thierry Debroux, responsable du texte et de la mise en scène,  brosse dès le début des tableaux hilarants et moqueurs de la condition divine. Le personnage d’Hermès, bouffon fulgurant aux magnifiques pieds ailés est un « sur mesures » créé de toutes pièces avec comme modèle le  comédien Othomane Moumen engagé dans les premiers, avec le splendide Eole (Yannick Vanhemelryk), sans doute. Ecrire le texte, ayant en tête les comédiens qui recevront les rôles est sans doute d’une  grande saveur pour l’auteur et  cela mène  à une réussite éblouissante, côté spectateurs. Le même « sur mesures » vaut pour l’inoubliable personnage  d’Athéna à la voix si  autoritaire (Karen De Paduwa) et vaut sans doute  pour bien d’autres membres de ce casting extraordinaire.

 Le jeu presque cinématographique d’Antinoos (Lotfi Yahya) et ses compagnons  met en lumière  la  brutalité et la décadence morale d’une  société privée de valeurs et de sagesse. Sandrine Laroche dans  le rôle de Pénélope est tout  en finesse, sensibilité,  bonté et tendre émotion.  Télémaque (Gabriel Almaer) est un jeune homme attachant, un personnage  très  bien campé  ...tout  comme l’imposante mère d’Ulysse, Anticlée qui  tremble de colère : « Sacrifier les bœufs, les moutons, les chèvres grasses, festoyer, boire follement le vin qui flamboie…épuiser cette maison… C’est donc ce que vous appelez le courage ? J’ai perdu un fils qui autrefois veillait sur vous, bienveillant comme un père. Est-ce votre façon de servir sa mémoire ? » (Jo Deseure)

 L’imaginaire bat son plein avec la conception du navire, avec  le personnage du cyclope (Ronald Beurms qui joue aussi Poséidon), un  gigantesque monstre à l’œil unique,  aux airs de robot qui se nourrit de chair humaine. Avec les sirènes, avec les pourceaux de  la belle Circé  en son palais tropical, avec le saisissant le séjour des morts, dans  la formidable tempête, dans les scènes de beuveries  et de complots des prétendants au palais d’Ithaque et dans  la bataille finale. Les astuces visuelles  et lumineuses sont cause  d’émerveillement en continu. La  scénographie, les masques,  les costumes, les  bijoux et maquillages font partie intégrante de la beauté visuelle qui captive le spectateur, et vont à l’essentiel. Les tableaux se tiennent les uns aux autres dans une grande harmonie, comme des fondus enchaînés  tandis que  le spectateur flotte au bord de ses propres rêves.  Mais le verbe veille: c’est un savant dosage de phrases tragiques, de poésie et d’humour débridés , d’affects à vif que l’on boit comme un philtre d’amour. « O mon aimé… tu sais combien de fois par jour je les répète ces mots… Mon aimé, mon aimé… Ton palais est pillé mais ta femme est intacte. O vous, dieux qui l’aviez soutenu lorsqu’il assiégeait Troie, je ne vous reproche pas son absence. Faites seulement, lorsqu’il abordera à nouveau ces rivages, faites qu’il me trouve belle encore…  et désirable. » Cela vibre de déclarations passionnées, cela pétille de parodies, cela miroite de joutes verbales et d’anachronismes: la vivacité, la vie… quoi !  Qui oserait jeter maintenant les Anciens aux orties après un tel spectacle? Thierry Debroux fait flèche de tout bois et transforme même Homère en rappeur méditerranéen, là il en fait peut-être un peu trop.    

Et revenons à Ulysse qui, loin d’apparaître comme un héros surnaturel, est homme sensible  et touchant avec ses faiblesses et ses pertes de mémoire. Il est émouvant, incapable de résister aux femmes  mais  surtout, comme tant d’autres, incapable de résister au péché d’orgueil. C’est le péché le plus grave chez les Anciens Grecs, celui qui génère invariablement  de  terribles catastrophes.  De leur côté, ses chers compagnons ne peuvent résister à la folle cupidité, une tentation peut-être encore plus délétère. Mais c’est en songeant douloureusement à sa patrie, à son épouse et à son fils qu’Ulysse se reconstruit. Une  patrie qu’il a ardemment souhaité retrouver mais qui  le plonge à son retour dans  une  nostalgie redoublée. Il ne peut supprimer la violence que par la violence. Il est terriblement humain.

Deashelle Nomdeplume's photo. Crédit photos: Isabelle De Beir

http://www.theatreduparc.be/index.php?mact=Agenda,cntnt01,DetailEve...

   

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Commentaire de Deashelle le 16 octobre 2014 à 23:36

http://www.projethomere.com/ Pour se replonger dans la culture grecque!

Commentaire de Deashelle le 6 octobre 2014 à 18:17

Le Grand Charivari 2014-10-04 Thierry DEBROUX  

Musique, scènes, arts visuels, idées, politiques culturelles : l’émission, animée par Pascale Seys et son équipe de chroniqueurs enthousiastes, accueille chaque semaine un nouvel invité et vous propose un panorama complet de ’actualité culturelle belge. Production : Anne Mattheeuws (ama@rtbf.be) / Réalisation : Katia Madaule (kmad@rtbf.be) / Présentation : Pascale Seys (pse@rtbf.be)

 P A S S I O N N A N T !

http://www.rtbf.be/radio/player/musiq3?id=1960260

L'envoi de Paul Hermant à Thierry Debroux

Cher Thierry Debroux. Ah, ça, comme on dit chez moi à Charleroi, vous n’êtes pas resté à l’après d’une pelletée avec votre Odyssée. En bon français, cela veut dire que vous n’avez pas hésité à lui charger la barque, à votre Ulysse, si j’ose dire… Heroïc fantasy, bande dessinée, tragédie antique, comédie musicale, parodie, jeu vidéo, humour potache et grande scène du trois, il y a toutes sortes de genres qui défilent et qui se mêlent dans votre Odyssée et l’on comprend bien vite que si Ulysse avait été soumis à pareille mer agitée, plus tumultueuse encore que ne l’était la Méditerranée à l’époque d’Homère, il aurait certainement mis dix années de plus pour rentrer chez lui et retrouver Ithaque.

Il y a même un chœur qui ouvre le spectacle et ce chœur est un rappeur, genre d’aède en capuche qui scande le récit à venir, qui nous livre la légende et nous rappelle le mythe et qui, aussi et en même temps parce que précisément c’est un rappeur qui rappe comme on rappe de l’autre côté du canal, eh bien qui nous renvoie à sa manière à ce qui, de fait, nous vient aujourd’hui de la Méditerranée.

Car l’on se dit qu’effectivement, ce qui fait la modernité de l’histoire d’Ulysse, c’est qu’en vérité, elle n’a jamais été inactuelle et si elle résonne encore à nos oreilles contemporaines, c’est sans doute que Sisyphe n’a pas encore fini son travail et qu’il roule toujours des pierres, fût-ce au fond des mers.

Car oui, l’on pense aux gens qui aujourd’hui encore tentent cette circumnavigation en Méditerranée et dont on dénombre les cadavres échoués ou noyés sur les côtes italiennes, espagnoles ou grecques et pour qui l’année 2014, qui n’est donc pas finie, s’annonce comme la plus meurtrière depuis 2000, déjà plus de 3000 morts répertoriés et il nous reste encore presque trois mois à tirer, j’allais dire à tuer.

Et pardon, cher Thierry Debroux, mais pour l’occasion, " personne " n’a encore réussi à crever l’œil du cyclope de la guerre, de la pauvreté, du fanatisme. Est-ce l’orbite qui est trop lointaine ou les pieux qui sont trop courts ? Allez savoir. Mais ceux qui nous viennent des côtes du sud ou de l’est, de Lybie ou de Syrie n’ont pas trouvé le moyen d’imiter la ruse et la malice d’Ulysse. C’est curieux parce que d’autres ont très bien retenu la leçon de la légende. Car après tout, un passeur, n’est-ce pas Circé qui se joue encore une fois des hommes et transforme en cauchemar leurs chimères ?

Et ce n’est pas —ainsi que nous l’avons vu récemment — une outre des vents que l’on transperce de nos jours pour éloigner les impétrants, mais un bateau que l’on saborde pour noyer des encombrants.

Et avec cela, n’est-ce pas, les prétendants de Pénélope qui pillent richesses et ressources pour rendre la terre brûlée et faire la table rase, bien sûr que cela ne nous rappelle personne…

C’est alors que l’on se dit qu’Homère, tout de même, était un fichu optimiste, à croire encore que l’on pouvait croire encore… L’histoire en effet se finit bien, pour autant ainsi qu’on le disait qu’elle soit vraiment finie. La famille, malgré l’errance, malgré la rapine, malgré la maladresse, se trouve enfin réunie par la grâce d’un fil que l’on tisse et détisse, mais qui malgré tout n’est jamais un fil distendu.

Alors voilà, cher Thierry Debroux, ce que nous allons nous souhaiter, à nous qui ne savons pas quoi faire de ce que nous avons dans les mains ni quoi faire avec nos mains, c’est de maintenir le fil. Je vous souhaite le bon jour.

Commentaire de Deashelle le 25 septembre 2014 à 16:43

Commentaire de Deashelle le 25 septembre 2014 à 15:17

Du 18/09/2014 au 25/10/2014 au Théâtre Royal du Parc

D’après Homère

Texte et mise en scène de : Thierry Debroux

Avec: Ulysse : Laurent BONNET, Pénélope :  Sandrine LAROCHE, Télémaque : Gabriel ALMAER, Anticlée : Jo DESEURE, Antinoos : Lotfi YAHYA, Hermès : Othmane MOUMEN, Athéna : Karen DE PADUWA, Nausicaa : Pascaline CRÊVECOEUR, Circé : Babetida SADJO, Eole, Amphinomos : Yannick VAN HEMELRYCK, Le Cyclope, Poséidon, un prétendant :Ronald BEURMS, Euryloque, un prétendant : Camille PISTONE, Agamemnon, un prétendant ; Sébastien CORBIÈRE, Un compagnon d’Ulysse, un prétendant : Mickaël DUBOIS, Eurymaque Arthur : MARBAIX, Un compagnon d’Ulysse, un prétendant :Inan AYKAC

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