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du 12 au 30 septembre 2018 ... Le grand Meaulnes à la Comédie Claude Volter

« Mais un homme qui a fait une fois un bond dans le paradis, comment pourrait-il s'accommoder ensuite de la vie de tout le monde ? »

 Cheveux longs et idée courtes… Voici un Grand Meaulnes brossé court comme les jeunes écoliers ruraux de l’époque, incarné par Laurent Renard,  que dirige avec brio l’auguste Danielle Fire dont on salue la remarquable adaptation et la mise en scène méticuleuse. C'est qu' Augustin dit le grand Meaulnes  en  donne  long  à penser, à rêver et à  revenir sur les premiers  émois de nos adolescences, le pays perdu...  

Bleues bien sûr,  les portes de l’imaginaire par-dessus les planches élastiques et ma foi un peu  bruyantes du théâtre de la Comédie Claude Volter car cela roule, cela virevolte, cela bouge, cela danse la bourrée paysanne, cela n’arrête pas de séduire le spectateur ébaubi de voir transformée pour la scène,  la substantifique moelle du roman onirique d’Alain Fournier publié en 1913, cet écrivain mort à 28 ans au champ d’honneur le 22 septembre 1914 près de Verdun. 

 Le spectacle s’est donné huit fois sous les étoiles de notre été  incandescent cet été, au château! Une première mondiale en plein air, au château-ferme des Goffes à Pailhe, un petit village du Condroz entre Modave et Havelange.

Le temps et la vie des trois amis, François Seurel, Augustin Meaulnes  et Franz le châtelain défilent dans un rythme soutenu : vive la France et les chansons d’antan, la rudesse du terroir,  l’adolescence, l’aventure, la quête de l’absolu et l’imaginaire. Respect pour l’école de village ou règne la délicatesse, honnie soit la ville et ses vices. Si seulement si… Valentine, par triste manque d’amour pour elle-même, n'avait pas refusé la main généreuse qui se tendait vers elle! Que de souffrances évitées...     

 Les trois personnages ne sont-ils d’ailleurs  pas les facettes du jeune écrivain qui écrit un roman autobiographique pudique et intense qui relate l'échec du rêve?   L’Yvonne de Gallais n’est-elle pas le  double mystérieux d’Yvonne de Quièvrecourt, jeune fille brièvement entrevue par l'écrivain le jour de la Pentecôte 1905, autour de laquelle l’amour s’est cristallisé.  Et Valentine, la fiancée de Franz qui s’enfuit à quelques heures des noces, c’est Jeanne Bruneau, avec qui l’écrivain eut une relation houleuse et  brûlante.  L’exquise Margaux Laborde se partage avec charme, élégance et raffinement les deux rôles. La voilà, image romantique en robe de dentelle blanche sous l'ombrelle, reflétée dans l'eau du bassin :

« Avec quel émoi Meaulnes se rappelait dans la suite cette minute où, sur le bord de l'étang, il avait eu très près du sien le visage désormais perdu de la jeune fille ! Il avait regardé ce profil si pur, de tous ses yeux, jusqu'à ce qu'ils fussent près de s'emplir de larmes. Et il se rappelait avoir vu, comme un secret délicat qu'elle lui eût confié, un peu de poudre restée sur sa joue...
A terre, tout s'arrangea comme dans un rêve. Tandis que les enfants courraient avec des cris de joie, que les groupes se formaient et s'éparpillaient à travers bois, Meaulnes s'avança dans une allée, où, dix pas devant lui, marchait la jeune fille. Il se trouva près d'elle sans avoir eu le temps de réfléchir :
« Vous êtes belle », dit-il simplement.
 » Ce sont les mots du coup de foudre. Ceux de l’amour sublimé, de l’illumination, de l'harmonie. L’image de la beauté, de la pureté, de la perfection.

Le spectacle est construit comme une symphonie pastorale,   avec une  campagne  croquées avec humour  et truculence par de joyeux saltimbanques dont deux terribles bacouettes au langage coloré et malicieux : Isabelle Roelandt pour Moinette (Madame Seurel et la tante), Catherine Cornet pour Adèle (et Madame Meaulnes) avec  Maximilien Delmelle et Serge Zanforlin dans les rôles  masculins. Personne ne se perd, la magie des costumes, des lumières et des postures opère. François Seurel  (Jonas Claessens) est à croquer, tour à tour comédien et narrateur. Il est  terriblement attachant, délicat, passionnant, généreux. La nostalgie qui l'habite émeut au plus profond des fibres…   Pour souligner la quête de l’absolu, Bruno Smit  aux lumières et au son  a choisi des extraits musicaux  exaltants:  La sicilienne ; Les berceaux, Elégie de Gabriel Fauré, Le prélude de César Franck, La fille aux cheveux de lin - ce n’est pas un hasard - de Debussy. Le tout est  brodé au petit point de phrases coup de foudre... . Danielle Fire aux commandes. Sacred Fire? Du feu et du jeu.

du 12 au 30 septembre

du mardi au samedi à 20h15, dimanche à 16h

Durée du spectacle : 2h entracte compris

Avec Catherine CONET, Margaux LABORDE, Isabelle ROELANDT, Jonas CLAESSENS, Franck DACQUIN, Laurent RENARD, Abel TESCH, Serge ZANFORLIN & Maximilien DELMELLE
Adaptation et mise en scène : Danielle FIRE
Régie : Bruno SMIT

http://www.comedievolter.be/le-grand-meaulnes/

  

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Commentaire de Deashelle le 12 octobre 2018 à 17:55

MARDI 25 SEPTEMBRE

 RCF CULTURE À BRUXELLES

Le Grand Meaulnes

Sur la scène de la Comédie Claude Volter, neuf com...

Commentaire de Deashelle le 25 septembre 2018 à 18:33

Le Grand Meaulnes.  La plupart d’entre nous a déjà entendu parler de ce roman emblématique de la littérature française du début du vingtième siècle, roman au style et à l’ambiance à mi-chemin entre George Sand et Marcel Proust… Non ? Eh bien, c’est l’occasion d’y remédier sans plus attendre ! Cette histoire champêtre écrite par Alain Fournier et publiée pour la première fois en 1913, vous est présentée sous forme théâtrale à la Comédie Claude Volter jusqu’au 30 septembre prochain. Qu’on se le dise : ce plongeon de cent ans en arrière dans une atmosphère campagnarde où gisent l’amour et l’amitié ne nous laisse pas indifférents ! Et, sachez-le : cette adaptation, drôle et émouvante, du Grand Meaulnes au théâtre est une première mondiale et historique!

Le théâtre, c’est l’occasion de pointer le doigt sur des scènes de vie, des phénomènes de société mais c’est aussi, parfois, l’occasion de regarder derrière nous, et de raconter des histoires qui se sont passées jadis, au pied du monde, au fin fond de la campagne, par exemple. Et parmi ces histoires, on compte Le Grand Meaulnes. Nous nous trouvons dans un décor d’arbres, de prés et de ruisseaux, planqués dans le Berry, dans l’ombre entre Bourges et Vierzon. En l’an 1897.


De gauche à droite : Augustin Meaulnes, Frantz de Galais le mari déchu, et François Seurel © D.R.

Sur la scène de la Comédie Claude Volter, un décor simple est installé.: des bancs d’écoles, point de départ de la pièce. Un conteur, assis au coin de l’estrade tient un livre entre les mains. Il pose l’ambiance en citant quelques phrases-clés du roman. La mise en scène surprend de prime abord, par les performances de gymnastique et de danse (un acteur marche sur les mains, fait la roue, rendant la pièce « multiperformante »). Et puis, ça joue, on décolle avec cette équipe de saltimbanques-comédiens, on arrive dans la salle de classe, et on est témoin de l’arrivée d’Augustin Meaulnes dans le village (interprété par Laurent Renard), cet élève de 17 ans, impénétrable de caractère, indécrottable rebelle, au tempérament de leader, et charismatique pour ses copains. Notamment celui qui deviendra son meilleur ami, François Seurel, le fils du prof, interprété ici par Jonas Claessens.

Le Grand Meaulnes, c’est un personnage haut en couleur, qui ne tient pas en place. À peine est-il en classe qu’il souhaite s’en aller à travers champs. C’est un aventurier. Et dans ce petit village du centre de la France, il vivra, par un pur hasard, alors qu’il avait prévu de se rendre chez une connaissance mais se perdit en chemin et découvrit un paradis perdu (à se demander si Proust ne s’en inspira pas pour son oeuvre), avec une jeune femme sur le point d’être mariée : Yvonne de Galais… Le temps d’une fête gâchée, ils se découvriront. Et quand il reviendra, trois jours après, Meaulnes ne sera plus le même… Il ne pensera plus qu’à retrouver celle qu’il a aimée, un soir durant. Y parviendra-t-il?

Ce qu’on peut apprécier dans cette représentation, c’est la diversité des genres. « L’atmosphère musicale et la création des éclairages ont une grande importance dans le spectacle« , explique Danielle Fire, metteure en scène, « car la perception sensorielle de la nature par Alain-Fournier, entre brume et lumière, est une véritable transfiguration du réel« .

L’auteur, le livre, les adaptations

Revenons aux fondamentaux: le livre et l’auteur. Quand il a commence à écrire ce roman, Alain-Fournier (le jeune Alain-Fournier !), n’a que 23 ans. Nous sommes en 1910. Trois ans plus tard, de juillet à octobre 1913 exactement, le livre est publié sous forme de feuilleton dans les pages de la Nouvelle Revue Française (NRF), avant d’être assemblé en un seul livre en octobre de cette même année également, et publié par les éditions Émile-Paul Frères.

Mais hélas ! Alain-Fournier meurt au début de la guerre, le 22 septembre 1914, à Saint-Remy-la-Calonne, suite à une offensive allemande, non loin de Verdun. Il n’aura pour ainsi dire pas connu le succès de son livre, ou seulement les balbutiements, lui qui était déjà en train de peaufiner son second Colombe Blanchet« , qui ne sera jamais terminé.  Le lieutenant Alain Fournier aux manœuvres de Caylus, en 1913 © D.R.

Outre le livre en lui-même, il faut savoir que Le Grand Meaulnes a été adapté de nombreuses fois. Au cinéma, il est porté pour la première fois en 1967 par le réalisateur Jean-Gabriel Albicocco. Le film oriente son point de vue sur l’aspect romantique de la trame et le vécu d’Augustin Meaulnes et de sa recherche du « domaine sans nom« . Le deuxième film consacré à ce roman est sorti en 2006, avec Nicolas Duvauchelle dans le rôle de Meaulnes.

« Au théâtre, c’est plus complexe. Le roman n’avait jamais été réellement adapté jusqu’à nous« , explique l’équipe à l’origine de cette mise en scène. Ce qui fait que cette pièce, jouée jusqu’au 30 septembre 2018 à la Comédie Volter, est une première !

De bout en bout, le public se laisse surprendre, entre rire et émotions plus tristes, par une mise en scène multigenre, entre musique, art du spectacle et comédie traditionnelle, comme on en voit trop peu ! Une découverte à ne pas manquer pour tout amateur de parfum d’historiette drôle et émouvante dans un décor simple où l’on sent l’âme de la campagne !

Du 12 au 30 septembre 2018, du mardi au samedi à 20h15, dimanche à 16h à la Comédie Claude Volter (Av des Frères Legrain 98 – 1150 Bruxelles).

Durée du spectacle : 2 heures, entracte compris.

Avec Catherine CONET, Margaux LABORDE, Isabelle ROELANDT, Jonas CLAESSENS, Franck DACQUIN, Laurent RENARD, Abel TESCH, Serge ZANFORLIN & Maximilien DELMELLE
Adaptation et mise en scène : Danielle FIRE

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