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Publications de Deashelle (982)

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Mes Nuits sans Robert (Théâtre de la Samaritaine)


La nouvelle pièce de Véronique Gallo avec Véronique Gallo:

MES NUITS SANS ROBERT

OU

« CONFERENCE INTITULEE "LES ACCESSOIRES DU 7E ART QUI TRANSCENDENT NOTRE VISION DE L’AMOUR" »

***

Les paroles de Jean-Jacques nous chatouillent le cœur à regarder Louise évoluer sur la scène avec ses souvenirs en boîtes noires serties de métal froid :

Elle met du vieux pain sur son balcon
Pour attirer les moineaux les pigeons
Elle vit sa vie par procuration
Devant son immense collection…

Un à un elle prendra chaque écrin avec tendresse et commentera les objets fétiches de toute une vie ciselée par la romance du cinéma. Américain, de préférence. En vrai, elle n’a jamais eu la chance de faire La rencontre de celui qui partagera sa vie! Elle connait pourtant tous les ingrédients de l’amour par cœur, elle a analysé tous les comportements et les échafaude en théories burlesques et drôles…. Cela met un peu de distance et lui donne un sens de l’humour irrésistible! Elle peut tout jouer à merveilles, mettre en scène avec brio toutes les légendes de passion fictives…. Fictives ? Elle n’en n’est pas trop sûre !

Et de faire son cinéma tous les soirs sur l’écran noir de ses nuits blanches. Désespérément seule, malgré ses visites à l’herboristerie, attirée par les rêves, les senteurs, elle serait vite la proie facile de toutes les fumisteries. Heureusement qu’il y a les gouttes du Docteur Bach ! Sa vie sentimentale s’est figée une fois pour toutes sur ce beau Robert Redford, elle se le repasse inlassablement, et ne vit plus désormais que sur arrêts sur images impalpables, évanescentes. Il lui manque ce numéro introuvable pour sa collection de magazines…

Et la voilà qui nous livre son personnage le plus vrai : cette horloge biologique qui doucement se fane, affolée, ne sachant plus dans quel sens tourner, tant les minutes comptent…Six fois marraine, Tata Loulou, sent sa sève refluer, l’angoisse va la tuer au milieu de ses objets mythiques à qui elle a donné tant d’âme…

Véronique Gallo établit un rapport avec le public aussi rapide que les vendeurs d’éplucheurs magiques sur les grands marchés, on est fasciné et conquis. On assiste à de la prestidigitation verbale, elle peuple tous les espaces possibles, jusqu’à la régie, de personnages qui lui parlent dans son désert. Et chaque scène va jusqu’au mime des émois les plus profonds: « Coupez ! » hurle-t-elle à la fin…

« Non ! » Car l’éclat de la peau, les pupilles allumées, la chaleur du corps, tout participe: le talent fou !

Sans Robert...Ou sans Georges?

http://www.lasamaritaine.be/saison2009-2010/index.html#bv000004

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administrateur théâtres

Squash (théâtre de l'Arrière-Scène)

du 26 octobre au 6 novembre 2010 à 20h30
(relâche les dim. lun. et mar.)

S Q U A S H

A deux fois quinze ans, deux jeunes yuppies s’ébattent dans une chambre à taper les murs, équipement, shorts et chemises de sport dernier cri. Les chaussures crissent sur le parquet, la violence de la société entre les dents. On est au cœur d’un match dès l’entrée en salle. Le « Squash » est leur exutoire, leur temps de pose et leur temps des secrets, leur connivence masculine hebdomadaire. La vertu du sport calme les nerfs à vif et empêche la guerre : 1-0. Peut-être, mais la violence rampe et la guerre de couple ne demande qu’à éclater. A la base l’insatisfaction, le désir d’autre chose, la confusion, le manque d’écoute, l’ailleurs…

Ryan demande à son partenaire de frasques anciennes de l’aider en lui servant d’alibi pour une soirée mutine. Greg est atterré. Leurs deux femmes sont de grandes amies. Une onde de choc dans un couple menace inévitablement l’autre. Le poison du double bind le fait vaciller. 1-1. Puis les tentations sexuelles si bien mises en scène par Ryan, véritable démon sexuel achèvent de vaincre ses résistances de plus en plus faibles. 1-2. Avantage à Ryan. Descente rythmée aux enfers du mensonge au cours des habillages et déshabillages de plus en plus frénétiques au vestiaire dont nous gratifient les deux comédiens, entrecoupés de musique rock de plus en plus obsédante. Les paroles rebondissent plus que les balles et cela se termine par le sport en chambre ou sur une table de café. Le sport bien pensant a perdu, à peine s’ils pensent encore à jouer ne rêvant plus qu’à jouir. Prêts même à se disputer! L’instinct a vaincu la raison. 1-3. Spectateurs et acteurs sont emportés dans les engrenages effrénés et crus du désir mâle, dans l’échafaudage absurde des mensonges de plus en plus pesants. Dernière scène. Tout est perdu ! Greg finalise, score : 4-3 et à quel prix ?

Le ton et le langage sont tellement justes que l’on dirait du cinéma sur scène: tout bouge, tout le temps, pas le temps de respirer, l’infernal s’enchaîne, les actes se posent et éclatent comme des bombes d’émotion. Le physique est roi. Les plans se chevauchent et se contredisent. Quel brio dans la mise en scène et dans l’interprétation des comédiens qui pas un instant ne nous lâchent….tout corps, tout jeu, tout verbe. Un spectacle captivant, miroir cruel et lucide d’une époque qui encense la réussite à tout prix, la jeunesse du corps, veut tout et son contraire, tout en même temps. Miroir d’une société fondée sur l’avoir, le mensonge, la corruption - où le pouvoir, l’argent et le sexe aveuglants et obsédants, vous enferment dans leurs filets. Me first, society! We will, we will … squash you!

Squash, d’Andrew Payne

http://squash.over-blog.com http://www.arriere-scene.be/saison_details.php?ID=205

Mise en scène : Clément Manuel

Avec : Charlie Dupont et Clément Manuel Direction d’acteurs : Tania Garbarski Lumières : Pierre Ronti

Musique : Greg Remy de Ghinzu Assistanat : Benjamin Ramon Costumes : Lacoste et Bellerose

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administrateur théâtres

Les Reines (Théâtre de la Flûte Enchantée)

Du 29 octobre au 21 novembre 2010


(Reprise)

de Normand Chaurette


Mise en scène: Jacqueline Préseau
Avec : Muriel Audrey, Céline Robaert, Brigitte Louveaux, Jacqueline Preseau, Sibylle du Plessy, Emilie Duvivier

Édouard IV, l’aîné des York, agonise dans sa chambre. Le roi en voie de putréfaction, n’est plus à même plus à même de maintenir l’ordre. Qui règne alors au château ? Le chaos. Se fermant le nez aux remugles persistants de la décomposition, les femmes rêvent toutes de la vacance du pouvoir. Toutes espèrent poser la couronne d’Angleterre sur leur front ambitieux. L’inspiration des noms des Reines revient à Shakespeare, mais cela pourrait se passer en Chine, à Venise, sous les Médicis, ou dans n’importe quel autre lieu où règnent le vide et l’avidité dévorante du pouvoir.

Ces femmes, toutes majestueuses, belles comme des porcelaines de Saxe, décolletés de rêve, couvertes de bijoux sont aussi incapables de communication que les pourceaux sous le pouvoir de Circé. Elles sont emmurées non seulement dans la tour de Londres mais dans leurs fantasmes et leur folie dominatrice. Un régal pour certains… Elles s’agitent, foulent le parquet, parlent, ne s’écoutent, ni même ne s’entendent, se font taire ou carrément rendre muette…. On assiste à un ballet verbal absurde et le spectateur attend. Il n’y aura pas d’histoire, que de l’intrigue, du fiel et des sarcasmes perfides. De très belles tirades pleines d’éloquence, déclamées par des voix tour à tour délicieuses ou sorcières, des rythmes d’alexandrins, douceur suave pour l’oreille, sont inlassablement jetés dans le vide. Ils meublent l’attente et restent sans écho.

Le désespoir, la solitude et l’approche de l’odieuse vieillesse d’une Marguerite d’Anjou, devenue un ballot d’amertumes et de rancoeur refusé sur tous les continents, nous remplissent d’effroi glacial. ...Où trouverait-elle quelque tendresse? Deux nouveau-nés incapables de cris, sont ballottés au gré des ambitions et des menaces mortelles. Et toujours pas d’histoire.

S’il fallait mettre le spectateur mal à l’aise, c’et parfaitement réussi. Déjà avec le dépeçage de la vérité historique il doit rentrer dans un tourbillon d’absurdité et est éjecté sans ménagements hors du temps. Côté espace, le fauteuil du spectateur, comme la ville de Londres qui se dissout peu à peu ce 20 janvier 1483 dans une tempête surréaliste, semble s’évanouir à son tour. Il essaie de rester assis entre deux chaises : celle de l’envie de partir, tant on est inconfortable, ...et celle de rester, car la curiosité et le talent extrême des comédiennes nous retiennent! Et aussi cette jeunesse ensorceleuse de Anne Warwick, douze ans, ou plutôt 22, visage de Botticelli et sourire de jeune louve.

Le maléfice atteint son comble avec les mots de Cécile d’York qui, jalouse de l’amour passionné qui unissait ses enfants Anne et Georges petits, a toujours refusé la naissance et l’existence de cette belle grande fille muette à la bouche en cœur qui erre sur la scène parmi les Reines. Petits, elle leur a cousu un silence à vie, ajoutant à sa fille l’odieuse punition de lui faire couper les mains. Anne ? Un prénom d’une fille qui n’existe pas… Et si, rompant le sortilège infernal, elle se met subitement à parler, personne ne l’entendra. Spectacle dérangeant, n’y emmenez pas vos enfants, ils ne comprendront rien et vous ne pourrez rien leur expliquer, il ne s’y passe que malaise, mal-être et maléfice. Même si le décor, les costumes sont séduisants et le jeu des comédiennes, jeunes virtuoses, étincelant.

Les talents et le théâtre sont bien au rendez-vous, mais qu’ont donc fait les femmes, à Normand Chaurette ?

http://www.lafluteenchantee.be/

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administrateur théâtres

Jalousie en trois mails (Théâtre Argan 42)




JALOUSIE EN TROIS MAILS

COMÉDIE D'ESTHER VILAR

06 Octobre 2010 >> 30 Octobre 2010

Une avocate d’âge mûr intelligente et sensible, une femme fatale architecte -la vamp irrésistible et blonde en robe noire, chignon sensuel et bouche peinte se refermant sur une éternelle cigarette dans un penthouse de rêve, et l’étudiante bouddhiste en jeans, végétarienne. Trois générations. Elles habitent le même immeuble. Epouse ou maîtresses, elles partageront inéluctablement les palpitations et les affres de la jalousie pour le même homme. Ce Lazlo, est omniprésent dans leur monde intérieur mais absent de la scène, sauf qu’il circule, habilement entre les étages, insaisissable. Les empoignades se font à coup de mails, de véritables argumentaires pleins de fiel, de poison et de verve : tour à tour des salves de perfidie, de désespoir, d’amour passionné tombent avec fracas dans les maibox. Les textes sont beaux, du Sacha Guitry version féminine. La rivalité entre ces femmes révèle en chacune la mesure de leur passion pour le même homme et la douleur insupportable de l’abandon. Pas de clichés, un crescendo de souffrance et de violence, boomerangs verbaux, bombes de détresse et de sarcasmes vengeurs. Les monologues se croisent et se répondent sans jamais réellement communiquer entre eux, chacune se croyant pathétiquement à l’abri dans sa bulle, jusqu’au dernier moment, à l’abri dans la croyance folle d’être aimée. Mais les déconvenues sont d’autant plus cruelles, jusqu’à friser le suicide. L’une lit avec effroi le texte qu’elle vient de recevoir, l’autre livre ses pensées aux fenêtres ou s’adresse virtuellement à sa rivale, l’une lit son texte en l’écrivant rageusement, chaque fois l’émotion est au paroxysme mais pas de confrontation réelle, ni de bagarre, le sentiment n’en est que plus aigu.

La voix de " l'autre" est prisonnière de l'écrit, comme un moustique coincé dans un microscope. C’est donc le verbe qui se charge de la vérité de l’émotion. Et de l’évocation des ravages du temps… mais les femmes, statistiquement, ne sont-elles pas gagnantes ? D’un bout à l’autre, la jalousie est disséquée avec brio jusqu’à la scène finale où paradoxalement il sort une véritable surprise rhétorique voluptueuse. Exaltation. Vive l’intelligence …

Le spectacle est aussi dans la salle : des spectateurs masculins, totalement inconscients des dangers des relations extraconjugales ont les yeux qui brillent, le sourire flottant, et se trémoussent d’une fesse sur l’autre. J’en ai vu saisir leurs accoudoirs et se lever à demi, transportés par le bonheur imaginaire de se sentir Lazlo – quelle erreur! – et des femmes soupirer d’aise quand à son tour la maîtresse, femme fatale « tombe »…

Rosalia Cuevas, Carole Weyers et Cloé Xhauflaire sont toutes trois, solaires!

Petit Théâtre Mercelis:Du 06/10/10 au 09/10/10 Et du 14/10/10 au 30/10/10 à 20h30
BOZAR: Le 12/10/2010 à 20h30
Infos et Réservations: www.argan42.be et 070/75.42.42

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administrateur théâtres

LE MEC DE LA TOMBE D'À CÔTÉ (théâtre Le Public)

LE MEC DE LA TOMBE D'À CÔTÉ de Katarina Mazetti


Mise en scène: Michelangelo Marchese / Avec Florence Crick et Guy Theunissen

DU 26/10/10 AU 31/12/10 au théâtre Le Public

Daphné Merlin, Bac+5, se rend régulièrement sur la tombe de son jeune Hugo de mari, un alter ego qui a eu le mauvais goût de mourir sur son vélo, la tête dans un casque où il écoutait des chants d’oiseaux. Bibliothécaire, et citadine en diable, elle vit dans un appartement impeccable, tout blanc, plantes vertes, très tendance, pas une tache. Au cimetière, elle rencontre le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence rustique l'agace souverainement, autant que la stèle orgueilleuse et son abondante vie végétale, digne d’un pépiniériste. La tombe où elle se recueille est nue et sobre, pas même un rosier, car le mec d’avant, amoureux du vide, en avait décidé ainsi, réglant tout dans sa vie, jusqu’à ses obsèques. Depuis le décès de sa mère, Jean-Marie vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il est fort affecté du vide laissé par la mort de sa mère, mais il a de l'humour et de l'autodérision et le rêve inavoué d’un « je t’aime, tu m’aimes, on sème… ». Chaque fois qu'il rencontre « la dame beige », bonnet ridicule fiché sur sa masse vaporeuses de cheveux, il s'énerve contre la 'Crevette' qui occupe le banc au cimetière avec lui, avec son carnet et son incroyable « stylo à plume !» « Est-ce qu’elle compterait les maris qu’elle a enterrés ? » Tout les sépare et pourtant, les monologues intérieurs sont éloquents, chacun éprouve un désir confus. « Un arc-en-ciel a surgit entre nous » dit-il au premier sourire involontaire de la belle. Une histoire d’amour démarre.

Ils vont se raconter tour à tour, se rencontrer, s’aimer, se séparer, se rattraper, se disputer copieusement, vivre une relation charnelle à la Lady Chatterley…. Mais le choc des cultures ! Le tournant ce sera cette phrase des moutons qui tue. Innocemment Jean-Marie lâche : « Il va falloir qu’on les rentre… » Totalement étrangère aux choses de la ferme, la crevette se cabre. Saisie d’une peur panique elle voit en un instant le piège épouvantable d’une vie de paysanne se refermer sur elle, et, devenue chevrette sauvage, elle prend la fuite. Et ce "ON", terrifiant pronom menteur, qui s'emble l'avoir inclue! Pourtant tous deux nourrissent des illusions romantiques…

Le duo Florence Crick et Guy Theunissen joue avec brio, malice et justesse, ces deux personnages un peu manichéens. C'est en fait cela leur problème: aucun lieu de rencontre, si ce n’est le lit de leurs amours et le cimetière de leurs illusions. La volubilité, et les mouvements de poursuite et d’esquives brillent comme des éclairs. Les yeux et les sourires parlent plus que déclarations. Les moments de tendresse sont profonds comme une meule de foin, et sublimes alors qu’ils sont assis sur une tombe. La lucidité de la paysannerie est là : « On va aussi bien ensemble que la merde et les pantalons verts, comme disait mon grand-père. Et je ne veux pas que ça s'arrête. A chaque jour suffit sa peine, je n'aurai qu'à apprendre à faire avec. » La campagne et ses odeurs tenaces, l’immense ferme un peu délaissée, la bibliothèque, le théâtre et la ville sont magnifiquement rendus par la parole et le geste. Dommage que le seul lieu de rencontre ne soit qu’un cimetière, s’ils pouvaient y enterrer leur ego une fois pour toutes, tout irait mieux. « Mieux vaut franchir les minutes une à une, les avaler comme des pilules amères, essayer de ne pas penser à toutes celles qui restent "» Qui fera le pas, et enterrera en même temps la hache de la guerre du couple ?

Daphné insiste cruellement : « Bien sûr que c'est possible de vivre comme ça, être les meilleurs amis du monde, chacun sur son étoile, puis s'amuser ensemble lorsqu'on sent le souffle de la solitude sur la nuque? Bien sûr que c'est possible? » Une attitude triste à pleurer, hélas typique de notre époque postmoderne, où l’engagement est devenu si difficile, où jamais on ne veut lâcher prise et se donner vraiment à l’autre, où «chacun vit sur une autre planète ! » Dans la peur panique du lien.

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=257&source=agenda&year=2010&month=10&day=26

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administrateur théâtres

Lettre d'une inconnue

De Stefan Zweig, avec Nathalie Stas.

Le drame intégral: « Tu ne m’as jamais reconnue! » Un message qui à force, va tuer cette belle inconnue car il lui manque le souffle conjoint de l’autre pour respirer, elle ne respire qu’à demi. Et pourtant le feu des regards se rencontrait, mais pas l’intelligence. Au cours de leurs quelques rencontres, l’amant passionné mais distrait, futile et ébloui à chaque femme sublime, ne la reconnaît jamais et il ne garde aucun souvenir. Il ne saura jamais qu’elle l’aime passionnément depuis l’âge de 13 ans, avec le mystère de l’adoration totale. Tragédie de l’amour : cécité et aveuglement conjugués. Privée de figure paternelle, à l’âge de l’absolu, elle a concentré sur cet écrivain rencontré au seuil de l’adolescence, toutes les cristallisations de son désir de femme et d’enfant. Un amour caché d’enfant, est plus fort encore que celui d’une femme.

Nathalie Stas en corsage et pantalons de dentelles pudiquement recouverts d’un peignoir de soie blanche, sa longue crinière sombre frôlant les chandeliers qui font encore croire à la vie, le visage défait, mais la vénération de son amant fichée dans les yeux, achève de lui écrire une lettre, plutôt une longue confession d’amour. Les reproches y sont presqu’absents tant son amour est vaste. Elle lui avoue leur enfant caché, mais il vient de mourir, à trois ans. Elle lui a caché son existence, s’épargnant une nouvelle non-reconnaissance, et se ménageant un seul espoir de vie, la trace vivante de leur amour… « Cet enfant, il était tout pour moi : il venait de toi ; c’était encore toi, non plus l’être heureux et insouciant que tu étais et que je pouvais retenir, mais toi pour toujours, pensais-je, m’appartenant, emprisonné dans mon corps, lié à ma vie… » Si l’enfant meurt, elle ne peut survivre.

Né du désespoir, ce texte est d’une finesse exquise, la description de cet amour fantasmé et malheureux y est analysé jusqu’au moindre frisson. Les joies et les extases alternent avec la douleur profonde, nous sommes au cœur d’un mystère intime, d’une symphonie déchirante et romantique. Lorsque l’écrivain lira enfin la longue missive, elle sera déjà de l’autre côté du miroir : « Son regard tomba alors sur le vase bleu qui se trouvait devant lui sur sa table de travail. Il était vide, vide pour la première fois au jour de son anniversaire. Il eut un tressaillement de frayeur. Ce fut pour lui comme si, soudain, une porte invisible s’était ouverte et qu’un courant d’air glacé, sorti de l’autre monde, avait pénétré dans la quiétude de sa chambre. Il sentit que quelqu’un venait de mourir ; il sentit qu’il y avait eu là un immortel amour : au plus profond de son âme, quelque chose s’épanouit, et il pensa à l’amante invisible aussi immatériellement et aussi passionnément qu’à une musique lointaine ».

Nathalie Stas incarne un théâtre de pure émotion, la mobilité de son visage est telle qu’elle annonce presque le texte qui lui passe par le corps. Sa voix épouse le trouble et la volupté, tremble l’indicible, révèle la profondeur du sentiment, galope dans l’azur du bonheur éphémère. Sa féminité absolue et sa beauté brune sous-tendent le texte à merveilles. Elle empêche presque le public de respirer… à moins qu’on ne se sente soudainement mal, tant le duo du texte et comédienne est intense et poignant.

XL Théâtre - Théâtre du Grand Midi Tél. : 02-513.21.78

http://www.xltheatredugrandmidi.be rue Goffart 7 1050 Ixelles

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administrateur théâtres

Roméo et Juliette (théâtre Royal des Galeries)


Le chef-d’œuvre de Shakespeare que l’on va écouter ce soir avec le plaisir d’une musique familière risque gros … car on porte dans son imaginaire toutes les autres rencontres théâtrales ou cinématographiques qui ont imprégné notre subconscient de tirades mémorables et de moment émouvants.

Aussi, cette mise en scène de Georges Lini très dépouillée, qui simule le retour aux sources antiques de la tragédie grecque, tout en évoquant des traces de costumes élisabéthains est une approche heureuse. Ce qui ne l’empêche pas de jouer avec la lumière du jour. Au propre et au figuré. Le fond de la scène est occupé par un ciel immense et changeant au rythme des passions humaines et de la violence des émotions. Ciel violet intense de deuil absolu, dans le prologue lorsque le chef de chœur vêtu de brocarts mauves annonce d’une voix sinistre l’issue fatale du drame qui va être décrit. Comme dans la tragédie antique, le Destin reste responsable des événements mais c’est surtout la haine obstinée entre deux maisons (households), deux clans, deux frères ennemis qui en est la cause : c’est la tragédie du monde qui se joue ici. Le pouvoir est une rage qui ne corrompt pas seulement, il tue. L’histoire commence par une presque bataille, « … S’ils nous mettent en colère, nous allongeons nos couteaux », puis la bataille devient omniprésente et tragique, et les clameurs de buveurs et menu peuple pour les changements habiles de décor de ponctuer les scènes où la parole s’envole.

Le décor et immuable, quatre immenses colonnes de style antique, et quelques marches pour souligner la fragilité des humains et définir deux espaces de jeu. Celui des amants maudits, éternels et lyriques, et celui du monde aveuglé par ses haines qui va et vient, des bals à la tombe. Autant de ciels que d’humeurs, pressentiments, songes, serments d’amour, clair de lune rousse géante, arc en ciel, nuages étincelants, verdeurs de jalousie et de haine, perfides orangés de villes incendiées… tout les registres de cieux y passent. Et le ciel, malgré toutes ses facéties, reste une immuable présence muette présidant à nos tristes destinées. Le plus beau et le plus tragique à la fois est sans doute celui qui accompagne le meurtre de Mercutio et celui de Thibalt, on se croirait dans une série de tableaux du Caravaggio. La lumière y est poussée jusqu’à un paroxysme d’incandescence.

Les jeux de voiles dans la deuxième partie du spectacle sont aussi très évocateurs du nimbe d’innocence et de rêve d’amour qui protège ce couple d’ineffables adolescents. Ces rideaux sont sauvagement arrachés quand il devient évident que la fin sera inévitablement mortelle. Le personnage de Roméo est joué avec une justesse remarquable, il a le physique passionné, il recèle en lui, la mélancolie, les chagrins, la fougue, les désespoirs, et l’adoration de sa bien-aimée. Juliette est un peu précieuse et moins naturelle, malgré ses colères de fille gâtée qui frisent parfois l’hystérie. Le couple parental est un peu trop stéréotypé à notre goût, mais c’et vrai que Shakespeare n’est pas tendre avec eux et que les paroles jetées sont rudes. La nourrice est une perle de tendresse, fine et aimante, humaine inconditionnellement acquise à la cause de sa protégée. Le frère Laurence est son pendant masculin, un pilier de sagesse populaire et un artisan ingénu de bonheur sur terre ! La tirade où il exhorte Roméo à ne pas se laisser aller comme une femme, mais à croire à la grâce insigne qui lui a été donnée, est d’un sang froid et d’un pragmatisme surprenants. Rien n’est pire que la mort. La scène finale du tombeau est d’un graphisme extraordinaire. Elle devrait être repeinte par un grand maître tant elle et aboutie, dans ses lignes, sa chorégraphie, ses ombres, sa dynamique et son désespoir qui touche tout le monde sans exception.

Capulet : - Je veux que Roméo soit auprès de sa femme dans la même splendeur : pauvres victimes de nos inimitiés.

Le Prince : - Cette matinée apporte avec elle une paix sinistre, le soleil se voile la face de douleur. Partons pour causer encore de ces tristes choses. Il y aura des graciés et des punis. Car jamais aventure ne fut plus douloureuse que celle de Juliette et de son Roméo.

Avec : Catherine Claeys - Yves Claessens - Toni d’Antonio - Cécile Delberghe - Damien De Dobbeleer - Emmanuel Dekoninck - Emmanuel Dell’Erba - Marc De Roy - Steve Driesen - Bruno Georis - Michel Hinderyckx - Thierry Janssen - Xavier Mailleux - Bernadette Mouzon - Nicolas Ossowski - Martine Willequet

Mise en scène : Georges Lini. / http://www.trg.be/Public/

Bureau de location ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h – 32, galerie du Roi, 02 / 512 04 07.

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administrateur théâtres

The World of Lucas Cranach

An Artist in the Age of Dürer, Titian and Metsys

&

Wim Delvoye

Knockin’ on Heaven’s Door

Voici une exposition très séduisante au Palais des Beaux Arts. Un duo étrange, car voici deux personnalités de cinq siècles de différence, et « entre-deux » ou « contre-pied » de caractère.

D’une part Lucas Cranach (1472-1553), qui se situe entre Moyen-âge et Renaissance et Wim Delvoye dans « Knocking on Heaven’s door », entre les certitudes d’un Moyen-âge utopique et les doutes de notre siècle. Ils ont en commun le fait de parler de nombreuses langues, de pratiquer la langue des affaires, le latin …ou l’anglais, et d’être subtilement rebelles à l’air du temps mais fort épris de rendement artistique. Artistes? Humaniste à sa façon, Lucas Cranach fut pendant une cinquantaine d'années le peintre de la cour de Saxe, mais aussi un brillant homme d'affaires à la tête d'un grand atelier dans la ville de Wittenberg, ayant même acquis le monopole du statut d’apothicaire, ce qui lui donnait un accès privilégié aux huiles, pigments et diverses essences. Très entreprenant, il ouvrit sa propre imprimerie et fut élu 3 fois bourgmestre. Ah, « les artistes » au pouvoir!

L’exposition rassemble une cinquantaine de tableaux de Cranach, un grand nombre de ses dessins les plus remarquables et une quarantaine de gravures, dont il ne subsiste plus, pour certaines, que l’exemplaire exposé. Une cinquantaine d’œuvres d’autres artistes viennent compléter et éclairer cette présentation.

Son autoportrait, daté de 1530, nous montre un homo melancholicus, de 58 ans, riche et célèbre. Melancholicus parce qu’il est conscient des malaises du siècle, en trempant ses pinceaux dans de noirs pigments, il rappelle sans cesse les limites de l’homme, du progrès, de la connaissance. L’homo melancholicus doute de tout, présente des réalités divergentes par rapport aux idées établies. C’est l’état constant et privilégié des artistes, des politiques et des scientifiques… ce qu’il veut être tout à la fois !

Le plus bel exemple de ses interrogations est un de ses nombreux nus : « Justicia ». Elle a du Moyen-âge, la vertu cardinale, le visage de madone, les cheveux dans la résille, le voile, marque de pudeur. Mais le nu est intégral, le geste de la main indique clairement le sexe dénudé, et le voile arachnéen qui l’enveloppe la dévoile de façon presque provocante. La Justice serait-elle vraiment la Justice ? La balance penche dangereusement, il y a bien un angle Droit avec l’épée pointée vers le ciel…. Mais ses yeux ne sont nullement bandés, et elle fixe intensément le spectateur qui a décelé le point focal avec une ironie mordante.

Il en va ainsi de d’innombrables figures féminines dénudées à dessein… Il ne s’agit pas de la Nudité de la Renaissance qui voudrait exprimer la beauté divine, comme dans l’antiquité… La nouvelle mode antique sert plutôt de justificatif pour une présentation « entre-deux » de l’érotisme, de l’image du désir, de la volupté. Mais à demi-mots, à demi-pinceaux, car l’ère est catholique, ou protestante, c’est selon, et de toutes façons, puritaine. Et Cranach n’hésitera pas à contenter les commanditaires de tout poil. Il crée une forme idéalisée de son modèle de nu, du potelé et de l’élongé, à la fois pour peupler son imaginaire nouveau et vendre à foison. Le fond noir fait « éblouir » la femme qui s’offre. Il est intemporel. Et de toute façon, ce n’est pas son souci, la construction méticuleuse du corps humain ou celle de l’univers, il laisse cela à Dürer, son ami. L’exposition, une mine d’or pour l’historien d’art, permet de comparer divers artistes de la même époque Titien, Raphaël ou Lorenzo Lotto traitant les mêmes thèmes. Le souci de Cranach, c’est l’expression et la couleur et le souci de ne pas perdre du temps. Il trouve des méthodes de reproduction en masse grâce aux gravures sur bois. Au nom de l’efficacité, il va jusqu’à faire choisir à ses commanditaires les éléments de l’œuvre sur modèles disponibles dans son atelier, une entreprise de 15 collaborateurs. Cela peut aller jusqu’au choix des feuilles d’arbre !

Regardez cette « Vénus et Cupidon » : le corps est grandeur nature, effilé, stylisé. Très neuf ! Les mains graciles pointent vers une fente évocatrice d’un vieil arbre… Le peintre dit beaucoup plus que ne le montre la peinture, c’est une constante chez Cranach, ces sous-entendus….. De l’autre main elle désigne Eros, fils de Vénus et Mars, il est porteur de miel…. mais les abeilles le piquent. La morale est sauve. Et la loi de l’amour, sous-entendue.

De la « Lucrèce » au visage tourmenté sur le point de se planter un stylet dans le cœur à la

« Judith » qui égorge Holopherne...

... avec un doux sadisme, les bijoux, les robes séductrices, les fourrures, les sourires en disent long sur les ruses féminines.

On voit dans un autre tableau un vieil homme laid à s’enfuir, affublé d’une très jeune femme ravissante : « Les amants mal assortis ». Encore des mains très explicites : l’une rampe vers la poitrine rebondie, l’autre cherche la bourse cachée dans l’habit !

Dans « La nymphe de la source sacrée », une référence encore à l’Antiquité, le message d’union avec la nature est encore dévoyé. La belle ne dort pas, ne se repose pas paisiblement, elle guette sa proie. Complicité avec le spectateur ? Le cartouche spécifie « Je me repose, ne troublez pas mon repos ». Même les mots ne disent pas ce qu’ils veulent dire! Des codes symboliques du Moyen-âge rappellent inlassablement la volupté, la luxure: les robes rouges, les fraises, les framboises, le couple omniprésent des perdrix, le chien, symbole de notre assujettissement aux choses du monde, les présences diaboliques…

Dans « La mélancolie » voici une dame qui ne fait rien moins que tailler une verge ! Dans ce tableau la femme est endiablée, mi-ange, mi-démon ; elle a un pied bot, porte une couronne d’épines de travers. Toutes les perspectives ont volé en éclats. Les couleurs font la sarabande. On est dans le surréalisme, l’univers est chaotique.

A la croisée, un Eros perché sur une balançoire démesurée, oscille dangereusement vers le ciel. La folie exprimée dans cette œuvre stigmatise les peurs du Moyen-âge, l’univers de sorcières, le bouc de la luxure et les chèvres de sabbat.

Dans « le supplice de Saine Catherine », l’extase est peut-être religieuse, peut-être amoureuse, peut-être pure folie artistique…

Lucas Cranach en dit long sur les rapports de l’art et de la société, et le rapport du pouvoir de l’argent, du sexe et de la puissance. Aussi sur la culture et la contre-culture, parfois très vénales. A méditer.

http://www.bozar.be/activity.php?id=9136

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administrateur théâtres

ON VIT PEU ... MAIS ON MEURT LONGTEMPS

Théâtre de la Toison d'Or Bruxelles

Mise en scène : Samuel Tilman et Alexis Goslain Avec : Fabrizio Rongione
Scénographie : Renata Gorkar
Lumières : Thomas Kazako

Seul en scène de Fabrizio Rongione

Ecrit par Samuel Tilman et Fabrizio Rongione

SYNOPSIS

Tout va mal, la planète se réchauffe, les forêts disparaissent, les rivières sont polluées, l’air devient irrespirable, on ne sait plus ce qu’on mange!...Et pendant ce temps-là, je sais toujours pas où je vais partir en vacances...

Avec humour, le nouveau seul en scène de Fabrizio Rongione décrit les nouveaux défis de l’homme moderne. Sur le ton de la comédie, il épingle avec jubilation les paradoxes quotidiens de la globalisation: pourquoi les nouveaux prophètes verts prennent-ils continuellement l’avion? est-il possible de vivre sans voiture? que penserait un paysan du Moyen-Age s’il nous voyait courir sur un tapis roulant?

De nombreux personnages hauts en couleur rejoindront Fabrizio sur scène pour nous donner leur point de vue sur la question.

Aucun cynisme dans la satire de notre société présentée par Fab, Fabrizzio, Fabrice, Fabuleusement drôle et charmant. Il ausculte nos travers, de l’individu à l’organisation du monde en général, avec candeur et lucidité, et sa verve naturelle rend la consultation très comique. Les tensions éclatent en rires compacts, les aléas de la vie courante dégénèrent en rires étincelants, tant c’est du vécu, bien observé et bien mis en scène. Les scènes se succèdent avec souplesse et naturel, dans le malicieux cheminement de sa pensée qui bondit d’association en association. Ses volte-face et pirouettes italiennes sont délicieusement parfumées d’esprit latin !

Son rapport avec son grand-père Nono, donne une envergure particulièrement émouvante à ce balayage du siècle fait de contrastes délirants, où la mobilité, la vitesse, les changements ont raflé les certitudes et la sérénité. Il ose dire que pour sauver la planète il faudrait … tous mourir.

Ce spectacle est farci de paradoxes, et l’amusement, presque la liesse, engendré par son art de rire et ses multiples langages zébrés d’ironie fine, nous fait toucher au plus profond des problèmes qui nous préoccupent. Les situations à rire ou à pleurer défilent sans concessions, nous enjoignant de choisir la dolce vita plutôt que la vélocita d’une danse macabre. Pour ne pas nous appesantir sur cette soirée si grave et si légère – à se demander comment il peut pleuvoir à la sortie - disons que le comédien et l’homme montent ensemble un dialogue subtil, devant un public heureux d’être là, les yeux fixés sur un zèbre débordant de talent ! Fixés ? … ce n’est pas une injure, demandez à son grand-père!

  • Théâtre de la Toison d'Or
  • Tél. : 02-510.05.10
  • Fax : 02-511.22.50
  • http://www.ttotheatre.be
  • Galerie de la Toison d'Or 396
    1050 Ixelles
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administrateur théâtres

E L L E S (théâtre 140)

Le vendredi 15 et samedi 16 octobre 2010 à 20h30

le nouveau One-Man-Show de JEAN-JACQUES VANIER

Elles

Texte de François Rollin et Jean-Jacques Vanier

Mise en scène de François Rollin

« C'est l'histoire d'un homme qui voudrait comprendre les femmes. C'est donc, un peu, l'histoire, de tous les hommes. Mais en une heure et demi et en plus drôle. Tout commence avec une sombre histoire de chaussures. Quand le héros de la pièce décide d'aller acheter une nouvelle paire, alors que, explique-t-il, il n'avait aucune raison de le faire n'étant pas un grand connaisseur de chaussures, il était loin de se douter que cet acte, on ne peut plus simple, allait bouleverser sa vie. Parce que la vendeuse laisse négligemment un bouton de sa chemise ouvert, offrant à tous une vision de rêve sur son décolleté, avec le précédent client et qu'elle le referme quand c'est à son tour, Jean-Jacques Vanier, ou tout du moins son personnage, se pose des questions. Il va même jusqu'à remettre en question tout son pouvoir de séduction. Oui, il en faut peu pour déstabiliser un homme... »

Eloge de l’altérité, chef-d’œuvre de finesse psychologique, voici que Jean-Jacques Vanier ouvre les vannes du tendre, de la fausse naïveté, de l’ironie affectueuse pour plonger dans la connaissance de l’autre qui n’est autre que celle de la femme. . .

Il se construit une cathédrale d’hypothèses, de questions « lancinantes » sans réponses, mot à mot, en toute logique, suivant ses plans, exposant ses objectifs avec précision : démarche ultra masculine. La nef principale est faite d’une séance absurde d’achat de chaussures dont il n’a cure. Par contre le corsage de la vendeuse semble révéler des mystères qu’il veut soudain approfondir. Qui est la femme ? Quel est son rapport à lui, l’homme? Et le voilà parti à l’assaut de ses chimères, dans un patient travail de construction de l’éternel féminin. Un clocher à escalader ? Il a décidé de la déchiffrer enfin et de la percer à jour. L’astuce : l’expérience scientifique. Il faut donc se glisser dans la peau de cet être énigmatique, prendre sa place dans un jeu de rôles, jouer ce jeu de l’autre à fond comme au théâtre et attendre le miracle. La vérité profonde ne peut que se distiller entre les lignes. Le décor est un savant montage de drapés rouge-théâtre, illuminés par les lustres de joyeux lampions. « Life is a stage ! Isn’t it ? ». A la conquête de la reine de la nuit, il est sûr de sa méthode, même sous forme de soliloque drôlatique, puisqu’il est seul … en scène. Le gain : à travers la connaissance plus intime de la femme, il appréhendera le monde et l’âme humaine. Peut-être aussi il reconnaîtra sa part de féminité et acceptera des traits très « masculins » chez la femme ! Mais le désir, le moteur premier, qu’en adviendra-t-il ?

Et la séduction là dedans ? Est-il si indispensable de connaître d’avance celle qui vous promet monts et merveilles, n’est –il pas très réjouissant de se laisser aller à sa découverte sans se poser mille questions ? Quand la chose est connue, ne devient-elle pas insipide et dénuée d’intérêt ? Ne signe-t-on pas là, l’arrêt de mort du désir ? Une catastrophe : serons-nous un jour confrontés à l’horreur du « même » ? Jean-Jacques, en pur artiste, prendra le parti d’effacer d’un coup de pinceau l’image de la prétendue « connaissance » , pour que l’Autre existe et reste « autre » !

http://www.theatre140.be/

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administrateur théâtres

Féminaire (théâtre de la Clarencière)

Feminaire, un sanctuaire


« Mon père était couvreur. Je louchais du subconscient : un œil dans la mine, l'autre sur lui. Le gouffre et les hauteurs simultanément épiés, créateurs d'un unique émoi. De mon père, j'admirais le glissement sur les tuiles, en évadé, en rocambole, , mais aussi parfois, la pâle, la lente reptation. C'était un couturier des toits. Il ne pratiquait certes que l'alpinisme des humbles, néanmoins, il connaissait le royaume du vent (...) Acrobate pur de public, funambule méconnu, mon père fût-il mon premier héros ? » Marcel Moreau sécrète une écriture pulsionnelle et charnelle, établissant l’existence de deux corps, le corps charnel d’abord et le corps verbal ensuite. Il lui faudra l’accès à l’écriture, toute jeunesse passée, pour enfin révéler son corps verbal fait de jaillissements et de peintures sensuelles et érotiques, toutes décrivant au plus précis, la femme et le désir de la femme. « Le corps a donné corps à ma rage d'interpréter l'Homme, et le monde. » Sa dernière pièce injouée et injouable a deux personnages : le rythme et le verbe. C’est dire si son univers est illuminé et insolite."La mort de mon père met fin à mon inconscience. Tout ce qui l'a précédé a été l'enfance des sens. Tout ce qui la suivra sera l'enfance du verbe"

Jean-Claude Drouot établit le parallèle entre le monde minier du Borinage de l’enfance du poète belge, amnésié comme par un coup de grisou par la mort de son père lorsqu’il avait 15 ans et ce monde des profondeurs de la sensualité où l’on débarque comme dans un monde tumultueux, impétueux, fantasmagorique et jamais dit. Où l’on pénètre dans des veines souterraines jamais explorées… celles de l’érotisme incandescent et paroxystique, seule valeur sûre dans les flottements et dérives modernes. Quant aux dérives anciennes… dans ce texte dont on n’ose dire le nom, Moreau est plein de colère contre ceux qui touchent à l’intégrité féminine. Féminaire, un sanctuaire !

Jean-Claude Drouot a évoqué de grands noms dans ce spectacle : Alechinsky, Topor, Anaïs Nin. L’actrice Suzy Falk, l’Eve du Théâtre, était présente… et Marcel Moreau, " l’objet d'une véritable passion chez ses innombrables (lecteurs) lectrices anonymes ou célèbres" sera là en personne vendredi soir… à la Clarencière!

Marcel Moreau est né le 16 avril 1933 à Boussu en Belgique. Marcel Moreau a construit une oeuvre majeure dont quatre grands titres, Quintes, L'Ivre livre, Le Sacre de la femme et Discours contre les entraves, ont récemment été réédités. Son cinquante-troisième livre, Une philosophie à coups de rein, apprivoise l'énigme de sa propre mort et nomme les leurres de notre modernité.

http://www.dailymotion.com/video/xd6hw9_la-seve-de-marcel-moreau_creation

https://www.youtube.com/watch?v=Nwowpxs0eDY

D O N C ,

Les mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15 octobre 2010 à 20h30,
Le dimanche 17 à 16h00 (sous réserve)
http://www.laclarenciere.be/

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administrateur théâtres

Au Magic Land Théâtre

LES MUTINÉS DU FISH AND SHIP

Vu le succès : reprise de cette saga délirante par la compagnie du « MAGIC LAND THÉÂTRE » écrite et mise en scène par Patrick Chabou.

Lorsque le gouverneur et sa trop charmante épouse embarquent sur le « Fish and Ship », chargés par le roi de remettre de l’ordre dans les lointaines colonies, ils sont loin de se douter du sort terrible qui les attend…

On devait s’y attendre… croisière de rire, déjà le titre était délirant… 

Des archétypes, de la grivoiserie plein les oreilles, des chants de marins de part et d’autre du rideau magique, le bonheur partagé des acteurs-et-spectateurs… voilà les ingrédients de l’amusement. A-t-on vraiment envie de s’y laisser prendre ? Et puis, non, c’est quand même irrésistible, on se jette à l’eau !

Le dimanche après midi, il y avait beaucoup d’enfants dans la salle, de trois à 12 ans, ils ont sans doute adoré les magnifiques costumes d’époque, l’embarquement sur le bateau à voiles mythique, la tempête mémorable, les combats de la mutinerie, l’abordage d’un bateau collègue, pirate lui aussi, et l’épisode de l’arche de Noé totalement burlesque pour arriver à Port au Prince et couler des jours heureux et candides. L’action débridée les a sans doute ravis et fascinés… Sirotant leur grenadine à l’entre acte dans un vrai bateau de pirates… au milieu des cordages, gaillard avant et arrière, filets, ponts et cabines en tout genre, ils pouvaient rêver de puissance et de liberté. Magique pour eux sûrement. Et fort mystérieux, conscients que les adultes possèdent certainement des clés encore interdites. L’assaut des mots, des calembours, allusions oiseuses, contrepèteries et autres figures de styles les ont sans doute laissés pantois.

Côté adulte, c’est une beuverie collective d’humour et de comique chansonnier. La tête vous tourne, une vraie java verbale, mais les comédiens sont si bons et si artistes que l’on ne peut s’empêcher d’aimer quand même tout ce baroque, ces mélanges généreux, ces pots-pourris, ces anachronismes en tout genre, ces gauloiseries bien enveloppées pour ne pas heurter les jeunes sensibilités, ces galéjades à tiroirs, ce tout pour… la surprise théâtrale sans fond ni loi !

Du 7 octobre au 24 octobre 2010

Distribution : Daniel Cap, Pascaline Crèvecoeur, Christelle Delbrouck, Sophie D’Hondt, Philippe Drecq, Thomas Linckx, Juan Marquez Garcia, David Notebaert, Stéphane Stubbé

Création d’éclairage : François Noé Décors : Isis Hauben et Yves Goedseels Régie : Yves Goedseels et François Noé Costumes : Frédéric Neuville Création sonore : Hughes Maréchal

http://www.magicland-theatre.com/index.php5?pageId=1

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administrateur théâtres

Au théâtre de Poche

Devinez le titre de la pièce...

L’histoire

John, la petite trentaine, vit avec son petit ami depuis ses 20 ans. Après une rupture, il se retrouve dans une situation très inattendue : il se sent pour la première fois attiré par une femme qu’il a rencontrée sur le chemin du travail… Il sent que cette nouvelle relation pourrait se transformer en quelque chose de solide et de durable. Mais bien qu’il ait de vrais sentiments pour cette femme, John est à plusieurs égards toujours étroitement lié à son ami. Il doit maintenant faire un choix et ce choix est terriblement douloureux car il l’oblige à se définir. Cette situation le tétanise et le réduit au silence. Il doit pourtant décider de la direction que prendra sa vie. La situation est poussée à son apogée dans une scène finale, drôle et dérangeante, où John invite cette femme à manger chez son ami en présence du père de celui-ci, l’ambiance est atrocement inconfortable alors que tous attendent le verdict de John avec sur la table un rôti de bœuf qui n’en finit pas de refroidir.

NOUS Y ÉTIONS,

HIER SOIR

Voici une très, très, belle pièce d’un auteur anglais volubile et moderne qui jette un regard sans préjugés sur la sexualité masculine, et sans exhibitionnisme non plus. Tout reste dans la mesure et une certaine retenue. Bravo, le sujet aurait pu vite déraper. Au contraire, alors que le début de la pièce est un peu inquiétant, on s’attache soudain aux quatre comédiens qui mènent leurs approches avec beaucoup de pittoresque et d’honnêteté. C’est presque aussi captivant qu’un vaudeville, mais c’est bien plus.

Beaucoup de nuances, alors que les personnages semblent être un peu des archétypes. Seuls éléments du décor, les terrasses en escaliers sur lesquelles ils évoluent sont autant de points de vues différents, de rapports de forces à géométries variables… et permettent une mise à nu très respectueuse et subtile de chacun. Quatre interprétations vigoureuses, en bleu, rouge, blanc, et mélanges de vert camouflage pour John l’indécis. Il a tant de mal à se dire, il est torturé par ses incertitudes tandis que sa faiblesse tyrannise les deux amours de sa vie. Tout le monde souffre. Pour lui, le choix – c’est mourir un peu –, une douloureuse épreuve, comme pour Hamlet ou Le Cid… ou le John du Meilleur des Mondes.

Mais quelle idée de s’attarder indéfiniment sur la recherche de son identité véritable quand on peut trouver comment nous sommes, et comment on se relie aux autres ? La jeune femme divorcée pleine de tendresse pour John rêve ses rêves de vie et l’invite au voyage. Difficile de ne pas citer Baudelaire :

- Qui aimes-tu, homme énigmatique,
dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?


- Je n'ai ni père, ni mère, ni frère, ni sœur.

- Tes amis ?

- Vous vous servez là d'une parole dont le sens
m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.

John dit lui-même qu’il n’est qu’un trophée contre la solitude, le vide et l’ennui de son ami, son frère… mais il lui manque le courage et la volonté de choisir la relation où il pourra exister et être respecté. Démuni, tout entier dans la faiblesse humaine, il est victime des étiquetages pour supermarchés.

Sera-t-il maudit ? Qui ne dit mot … consent : l’adage sera-t-il vérifié ? Ou bien sa résistance silencieuse marquera-t-elle la souffrance indéfinie et muette de celui qui est dans l'absence?

Avez-vous deviné le titre de la pièce ?

Indice : http://www.poche.be/saison1011/cock/index.html

25 Septembre 2010 >> 23 Octobre 2010 Traduction Xavier Mailleux - Mise en scène Adrian Brine assisté de Xavier Mailleux - Avec Christian Crahay, Cédric Eeckhout, Grégory Praet, Erika Sainte
Du mardi au samedi à 20h30 Réservations : 02/649.17.27 - reservation@poche.be -
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administrateur théâtres

SARAH Le Cri de La Langouste

Avec Jacqueline BIR et Alexandre VON SIVERS
Titre original: Memoir (1978) de John MURELL adaptation de Eric-Emmanuel SCHMITT
Mise en scène : Daniel Hanssens, création de Argan 42

Eté 1922… Sarah Bernhardt, vieillie, tente de dicter ses mémoires à son secrétaire Pitou. Pour l’aider à se souvenir de cette vie d’aventure, d’audace et de fantaisie, il accepte de jouer les personnages qu’elle veut retrouver. Ainsi, sa mère, sa sœur, son amant, son mari, son fils, son imprésario américain, un machiniste, Oscar Wilde et George Bernard Shaw répondent tour à tour à une Sarah Bernhardt défiant sa propre mort entre vie et théâtre.

Personne ne me croira, mais je regarde Jacqueline Bir et Alexandre Von Sivers jouer Sarah Bernhardt dictant la 2e partie de ses mémoires à son’ P majuscule de Patient secrétaire nommé Pitou, et avant de devenir elle-même une p minuscule poussière, …. et je vois soudain une femme croulant sous l’expérience de deux ou trois siècles contigus, refaire tout le chemin exploratoire de l’imagination, comme le fait avec tant de passion et de grâce, un enfant de trois ou quatre ans quand il invente le bonheur magique du théâtre.

J’explique : en scène il y a l’enfant qui veut faire éclore son histoire avec une détermination flambante… Ni boire ni manger ne l’intéressent, encore moins dormir ! Comme Sarah ! Il faut inventer des excuses pour arrêter le jeu… Le jeu bouge sans cesse : glissements de personnages, de temps et de lieux, l’imparfait ludique relie le tout, l’enfant exulte. Une toute nouvelle réalité pour lui, celle qu’il crée de toutes pièces, voit le jour. Son esprit ne connait pas de limites. Liberté sauvage, quelle excitation dans ses yeux ! Il se fâche quand le compagnon de jeu ne se plie pas à ses caprices créateurs, force à continuer quand on voudrait s’évader, mais il est craquant de candeur et de plaisir sur les chemins de ses histoires et frissonne sous le plaisir du jeu pour le jeu. Et le compagnon de jeu lui aussi de s’embarquer inévitablement pour Thespies ! Voici ce que nous avons connu sur scène ce soir. Arrêter le temps et la réalité ambiante pour se livrer aux plaisirs fascinants de la création vivante … même s’il y a un texte adapté par de E.E Schmitt derrière, qu’importe , on dirait qu'ils improvisent! La grande Jacqueline s’amuse de son secrétaire avec ravissement. Celui -ci endosse avec bonheur le rôle poétique du petit prince : « Je suis responsable de vous ! »déclare-t-il. On dirait qu’il parle à la rose !

Quant à Sarah, les souvenirs ne sont qu’un moyen de retrouver le frisson, c’est le jeu qui la galvanise. Même si c’est au prix d’une âcre réflexion sur l’âge et ses destructions : « Rien ne vaut la peine d’être vécu, le soleil a raison de se consumer le plus vite possible » Le tragique grec nous saisit à la gorge: « Devoir se fondre dans la boue et l’obscurité définitive. Nous rentrons tous dans le même marais im-monde » …Est-ce à dire « Sans monde ? »

Le pathétique abonde : elle cite les paroles de Phèdre : « Tout m’afflige et conspire à me nuire, Soleil, je viens te voir pour la dernière fois… » Des salves répétées d’ironie amère accusent l’absence de sens de la vie et la finitude même de « la boule » au rang du quel elle n’hésite pas à se hisser. Vous aurez compris, Il s’agit encore du soleil : « A quoi sert le soleil ? A me faire oublier que l’univers est obscur ! » Et soudain, une lueur d’espoir: « Le soleil ne se couche pas, il se lève ailleurs ! »

Jacqueline partage sans doute frénétiquement avec Sarah l’immense mélancolie de la vie et celle du bout de la course… Les deux étoiles se réunissent, à défaut d’atteindre l’éternité rêvée. Et puis, qui sait ? Sarah a lancé à la volée et sans la moindre honte les documents soigneusement étiquetés par son fidèle secrétaire. Quelle importance ? Voyez la jouissance dans son jeu de scène, dans les comptes qu’elle règle avec sa mère, sa sœur, « J’ai rêvé de l’impossible puisque tu ne rêvais de rien pour moi ! » son mythe fondateur, accusateur et tragique. Elle se complait dans le plaisir de donner « J’ai nourri l’ogre (le public) » et se réjouit « Il te sera beaucoup pardonné car tu as beaucoup aimé…». Elle s’empare de la réplique, de la joie du drame, des mimiques savantes et autres gestuelles théâtrales. Sarah Bernhardt pleure sa vie qui s’éteint, mais Jacqueline, s’amuse au firmament. Quoi de plus beau et de plus étincelant? On ne vous dira pas son âge à la fin, lorsque tombe le rideau !

Pièce solaire

http://www.argan42.be/fr/home.html

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administrateur théâtres

Les Fugueuses au théâtre de la Flûte Enchantée

Les Fugueuses

Se fuir soi-même et les autres et quand même se retrouver sur une route avec une alter ego, et malgré la vieillesse odieuse ou l’abandon mesquin, retrouver le plaisir des premières fois ? Voici le programme que les deux excellentes actrices Chantal Pirotte et Jacqueline Préseau, nous propose dans « les Fugueuses » de Pierre Palmade. Claude et Margot vont se concocter une échappée belle, belle comme leur nuit dans leur hôtel à trente étoiles.

Dans l’obscurité la bande sonore nous répète avec la chaleur de Stéphane Grapelli « the show must go on ». Le décor change souplement, comme des vignettes d’hiéroglyphes, épurés et parlants, mais la quête sera toujours aussi pathétique, malgré les éclats de colère à en rire ou de rire à en pleurer, ou les scènes de fourberies évidentes qui nous ramènent à la farce. « Ils ont des chapeaux ronds… En Afrique les dromadaires /Ont la peau qu'est si tendue, Que pour fermer les paupières/ Ils doivent …. »


Passée maître dans la comédie humaine Jacqueline Préseau, pétrit l’hypocrisie, l’égoïsme forcené, sa belle armure contre les souffrances de la vie, et la mauvaise foi… avec autant de naturel que les hommes pétrissent la jambe d’une femme, quel que soit son âge … Personne ne la croit vraiment, ni elle non plus… « Même l’instinct maternel, c’est de la foutaise» lâche-telle. Mais elle joue, désespérément, faisant croire. Elle y va de la comédie, même pour sa partenaire de route… jouant sur un fil et se jouant d’elle chaque fois qu’elle le peut ! Elle est donc une comédienne attachante qui se bat pour faire vivre un théâtre sans prétention mais où règne l’amour de la scène et le plaisir de dire. « Votre mère ne perd pas le Nord, elle le choisit » « Je voulais être ailleurs et je suis ailleurs !» Ain't Misbehavin'!

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administrateur théâtres


d'après Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide

Au théâtre des Martyrs, splendide deuxième partie

Œuvre de transmission, la suite de l’épopée est tout aussi grandiose. Si pas plus percutante car il s’agit de découvrir, grâce aux textes millénaires, notre ajustement dans ce monde si éphémère, parvenir à la vie bonne, trouver notre juste place, se fondre dans l’harmonie de l’ordre cosmique. Combattre le chaos et les forces du mal. Retrouver la paix. Le texte est magnifique, intemporel et cadencé. L’empreinte des grandes tragédies laissera sa trace de sagesse pour ceux qui n’y ont jamais été exposés, quel défi et quel bonheur à la fois ! Rien ne dure, sauf l’écriture.

Le jeu d’Electre, fleur de sel sauvage, opiniâtre et noble, est digne du Grand Sophocle. Elle paraît si jeune, tout amour pour son père et son frère, et si forte. De la passion à l’état pur, cheveux courts en broussaille, nervosité, rage et débordements. « Je ne fais que montrer la vraie nature de celle qui m’a conçue ! » « Ta colère a fait de moi ce tas de haine ! » Clytemnestre, comme d’habitude ne l’écoute pas et s’adressant à Apollon le supplie : « Accorde-moi ce que je n’ose dire et que, dieu, tu auras compris ! » Elle appelle la mort de son propre fils pour protéger sa vie et celle de son amant, Egisthe. Au mépris du bien de ses enfants, si facilement reniés.

« L’outrage répond toujours à l’outrage » Clytemnestre aurait pu s’exiler après avoir vengé le sacrifice de sa fille Iphigénie, et aller expier sa culpabilité pour arrêter la malédiction. Non, elle veut avec son amant, jouir de la gloire et du prestige, du pouvoir, spoliant ses enfants à jamais. Electre, devenue animale et gonflée de rage, rejetant tous les honneurs de princesse, est saisissante : c’est la vie même qui se débat dans un cadre de mort. On voudrait la prendre dans le creux de sa main et la sauver. Comme essaie de le faire désespérément, sa sœur Chrisothémis, délicieuse, humaine, d’une extrême compassion pour sa sœur, une fleur de vie. « Electre, réfléchis, la justice peut être mortelle ! »

« Ceux qui font le mal, souffrent ! » Le chœur ne souligne-t-il pas : « Le plus grand des dons des dieux est un esprit modéré ». Il clame sa confiance dans l’homme, fondement de l’humanisme : « il n’est rien que les humains ne puissent surmonter ! » Hélas l’humanité est prise aux filets du Destin, Cassandre la première, dans sa robe de dentelle, elle sait qu’elle va mourir, que les hommes ne croiront pas ses prophéties. Elle est, selon le concept grec, déjà morte. Clytemnestre, suffocant de jalousie, lui souffle : « Orgueilleuse, tu es maintenant sans patrie! ». La malédiction est sur tous les Atrides. Oreste est pris de folie après le meurtre de sa mère. « Le mal engendre toujours le mal » Il faut donc interrompre le cycle infernal : « La loi, non la vengeance ! » Mais aucun homme n’est jamais libre, nous sommes toujours esclaves de quelque chose….

Cette création théâtrale est magistrale, costumes, coiffures, mise en scène prodigieuse. La foule de comédiens est un vrai peuple transmetteur. Agamemnon, Oreste, Pylade, sont des virtuoses de notre humanité. Le chœur est pétri d’humour, de sagesse et de bonne distance ... et les rôles de DOLORÈS DELAHAUT et d’ HÉLÈNE THEUNISSEN sont interprétés avec l’énergie … du dés’Espoir !

http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/grande-salle/piece1.html

Première partie :

La Guerre - Les Femmes Deuxième partie :

Les Crimes - Les Dieux Du 28/09 au 31/10/2010

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administrateur théâtres

L’HÉRITAGE DES BEULEMANS

Le décor est pauvre et moche, chaises tubulaires anachroniques, murs moutarde ou blondasse, affiches Beulemans, photo d’ancêtre et scène breughélienne, rien du goût du jour. En cinquante ans par contre, l’Europe a fait du chemin, hymne à la joie vers le toujours plus propre, plus efficace, plus rentable, la machine a gommé les particularismes, les microbes à fromage et à bières vivantes, les pieds de vignes arrachés contre subsides, on est dans l’ère de la pasteurisation, rationalisation et uniformisation. Le meilleur des mondes.

… Fausse note, la future héritière de l’empire Beulemans-Meulemeester , Colette Sodoyez raccroche avec efforts, accent, intonation bruxelloise et belgicismes à deux balles quand elle est en famille, tandis qu’elle essaie de recommencer cahin-caha une vie sentimentale goût du jour, avec un Français très verbeux, à la langue doublement compliquée puisqu’il y ajouté …le jargon européen. C’est l’excellent Michel Hinderyckx qui tient le rôle, du plus pur comique. Retour à la case départ : y aura-t-il un second mariage de Mademoiselle Beulemans ?

Mais rien à voir avec l’histoire d’il y a cent ans, la langue, comme la bière ont été aseptisés. C’est que la verve de Raymond Pradel a heureusement trouvé une nouvelle cible : jeu d’escrime ou de fronde délirant contre tous les défauts de l’Europe et sa bureaucratie dévorante. Les Français roucouleraient de plaisir! La salle se gondole de rire, larmes aux coins des yeux.

Et c’est le bonheur total à écouter la caricature de l’esprit bruxellois sur scène. Michèle Robson, reine du jeu et de la vraisemblance sans le moindre semblant, ne démord pas de son appartenance, de son particularisme ou de sa mauvaise foi. A cela ajoutez le port royal de la chef d’entreprise, son assurance à toute épreuve et pieds sur terre comme on ne peut pas! Elle est grandiose ! Chatoiement de postures, la gestuelle est bien de chez nous et vraiment plaisante : le comptable Lauwers (avec un W) est irrésistible. Le grand-père mâle et malicieux, léger et drôle reprend les rennes, juste quand il faut. Les prénoms –Fernand ! – exclamations et interjections savoureuses, le vocabulaire senti, le mépris dans certains mots comme snul, soukeleir, labekkak, vagabond et autres vocables pittoresques… nous font rebondir au temps de nos grand-mères, ces années cinquante huit au moche décor, où Bruxelles brusselait partout, même à l’école primaire, et pas qu’aux Marolles…. Jubilatoire. Qu’il est « gai » ce spectacle du temps des lectures du Gai laboureur… « J’èèèèèème, …ce spectacle ! »

Jusqu'au jeudi 30 septembre 2010

Centre culturel des Riches-Claires Rue des Riches-Claires, 24 1000 Bruxelles

http://www.lesrichesclaires.be/reservation2.cfm?event_id=86

Avec MICHEL HINDERYCKX, MICHÈLE ROBSON, NOËL BAYE, COLETTE SODOYEZ. ET JACQUES VAN DEN BIGGELAAR

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administrateur théâtres

Pièce Montée (théâtre Argan 42)

croquer la figurine de "La Pièce Montée" De Pierre Palmade

On est allé revoir LAURE GODISIABOIS pour son style. Joli divertissement ! Immense pouvoir comique de « cette vraie actrice » seule en scène, sont les mots susurrés à gauche et à droite que l’on peut entendre à la sortie du spectacle. Le jeu est incessant, à peine moins turbulent que celui d’une jeune chatte enfermée dans une cuisine. Les intonations et la voix sont au bord de l’étrange, sorcière morte de solitude, ou Bobo du XVI è ? Tour à tour pétillante ou frissonnante et inquiète elle se joue du temps qui passe. Duel serré. Heureusement qu’il y a le tiers : dès le début s’installe une absolue connivence avec public puisqu’il est là, lui, alors qu’amis et famille se font désespérément attendre, cela nous mène au bord de l’attendrissement. Pathétique, sa chanson d’accueil, une ode à l’amitié, si dérisoire ! On sortirait bien de son fauteuil pour aller la consoler !

Pièce montée. Comment passer le temps ? Meubler le silence implacable de la rue sans voitures, parler au voisin et son chien par la fenêtre, raconter et vivre un cauchemar, dévoiler avec ironie incisive les inimitiés profondes des pièces rapportées, tout un montage ! S’affairer sans cesse pour les détails domestiques. Elle marche sur le fil poétique: voici un savoureux coup de téléphone où elle n’est pas toute blanche, et où elle épèle son nom un peu comme dans le fameux sketch du Télégramme. « Je m’appelle Françoise Lumière : C’est comme PUMA, mais avec un -L- et à la place du A à la fin : i-è-r-e……» Hier ou Demain ? Consulter les horoscopes, chanter et danser des souvenirs heureux tant qu’on y est, puisqu'on attend!

Broder avec verve et humour quelqu'accent anglais. S’adressant à son seul partenaire, le public : « You’re welcome !» dit-elle avec un clin d’œil irrésistible elle fait de son angoisse une somptueuse dentelle inutile et belle.

La table de style dit tout son cœur débordant d’amour et de brocarts rêvés, l’installation dinatoire pour pages de maisons de charme dit sa solitude profonde. Doux-amer parfait. Loufoque sérieux. Espièglerie et tristesse. D’un bout à l’autre : du vrai talent, à croquer!

Spectacle de clôture du festival d'été de Bruxellons

http://www.argan42.be/fr/piecemontee.html

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administrateur théâtres

…« Je suis née en Algérie de père vietnamien et de mère belge. Quand mes parents se sont séparés, nous sommes venus vivre à Mons avec ma grand-mère maternelle qui développait un racisme totalitaire. Nous représentions le “péril jaune”. Pour elle, éduquer un enfant consistait à l'empêcher de rire, de jouer, d'avoir des secrets. L'adulte avait le pouvoir absolu », raconte la comédienne toute menue.

Devant l’immense mur de briques du théâtre surgit une véritable enchanteresse, légère comme une plume en robe ethnique noire, épaules et pieds nus, cheveux tirés comme une ballerine. Une phrase soudaine détonne dans son cœur fou de vivre. Une phrase innocente de la femme-oiseau, une voisine maghrébine, chaleureuse mère de famille nombreuse chez qui elle se réfugie de temps en temps. Une permission de vivre et d’ouvrir les yeux : « Il faut de tout pour grandir » dit-elle à la petite fille comme la bonne fée… « Pourquoi as-tu besoin de la musique de l’oiseau en cage au bord de la fenêtre?» demande-t-elle, elle qui d’habitude muselée, n’ose que de rares pourquoi. « Pour retrouver mes ailes » répond la voisine sibylline. Son professeur de piano lui disait : « Ecoute le chant, raconte l’histoire, même dans une gamme… ». Mais elle a dû apprendre à rire en silence. Et à fuir sur la pointe des pieds.

Vy en vietnamien veut dire « tout petit », c’est le nom de sa poupée de bois, son doudou, qui raconte ses déboires avec humour et douceur et s’échappe par le verbe gracieux et tendre par-dessus les murs de silence hostile. C’est cette poupée qui a pleuré silencieusement quand la grand-mère a coupé sauvagement les magnifiques cheveux de sa sœur. « J’ai cru que j’allais vomir ! » nous confie-telle, pour l’atteinte symbolique à l’intégrité de sa sœur, en attendant son tour. Touches par touches l’enfance et l’adolescence se disent sur les pages blanches du cahier d’écolière cent mille fois visitées par l’ancêtre curieuse et méchante, comme dans les contes de fée. La poésie, la grâce vont faire d’elle une artiste de gestes et de mots. C’est le conte de fée. Au fond d’elle il y a cette détermination de vie de la mauvaise herbe, « de cochon jaune », oserait persifler la marâtre … et une jeune fille amoureuse de la danse, de la musique et des mots en train d’éclore et de briser sa coquille.

Parfois, dans son lit elle s’écrie en silence « Dis-moi papa je ne sais plus me servir de mes ailes, je ne sais plus où est le ciel». Yen l’hirondelle est au bord du désespoir. Mais quand elle a vu Ismaël, un ange aux yeux si brillants, amoureux des oiseaux, elle a senti « ce battement d’ailes de ce frémissement du ciel ». Au comble du malheur elle dit avec une douceur de papier de soie « la vie est un rêve, je vais me réveiller ou mourir ! » … Et jamais elle n’accusera, pas d’amertume, car elle a découvert la Vie en elle, devenue comédienne … et facteur. Et quoi de plus beau : la Vie ! Les Lettres ! Avec amour, sur la croix noire de sa grand-mère elle grave avec le crayon doré de ses plus beaux poèmes un message de paix:

« Elance ton âme vers le ciel … Vis ! »

« Vy » de et par Michèle Nguyen, Atelier Théâtre de la Vie, 45 rue Traversière, 1210 Bruxelles

http://www.theatredelavie.be/

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administrateur théâtres

Toute l'ambassade grecque était présente et la salle du Théâtre des Martyrs, comble !

« LES GRECS », épopée en deux parties d’après Homère, Eschyle, Sophocle et Euripide

Fabuleux exploit : le tragique ancien nous revient. Le Théâtre en Liberté se lance à l’assaut des grands mythes méditerranéens qui ont mis en place notre pensée il y a 2500 ans. L’entreprise est osée mais très réussie et dans la tradition grecque du questionnement on ne cesse de se demander : que font les dieux, qui sont-ils ? Nos actions ne sont-elles les reflets de leurs décisions, Le destin est- il tout puissant détermine-t-il nos heurs et malheurs ? Sont-ils dignes de notre respect ? Nos choix sont-ils libres ? Les choix masculins ne penchent-ils pas inévitablement vers le pouvoir et le pouvoir absolu qui tue tout sur son passage ? Quelle est cette soi-disant Nécessité qui fait froid dans le dos, justifie et entraine la folie des hommes et le carnage ? A bout de souffle dans une scène émouvante, Clytemnestre conjure Agamemnon de « ChaN-GeR » ! De ne pas faire les choix « de l’intérêt de l’état » mais de choisir la vie…. Toutes ces questions valent la peine de se poser au bord de la route et de réexaminer nos motifs profonds et notre loi morale, pour nos libérer des démons de la cupidité de l’orgueil et du pouvoir…. « Nous sommes tous esclaves… »

La pièce est faite d’une mosaïque d’éléments qui réactualisent ces questions de cette culture grecque éternelle, avec justesse, finesse et force. Le temps, tout puissant, a consacré les douleurs humaines et en a fait matière de réflexion et d’apprentissage. Qui pourrait sciemment continuer à Choisir Aphrodite plutôt qu‘Athéna ? La pièce s’ouvre sur le chaos aquatique promis par l’imposant Poséidon puis se mue en bord de plage où les prisonnières de la guerre de Troie attendent avec angoisse l’ esclavage….Le rapprochement avec les camps de sinistrés ou de réfugiés modernes …est saisissant et la misère humaine à fleur de lèvres, les costumes et les écuelles sont les mêmes. Hécube, la femme de Priam et ses filles, et la prêtresse Cassandre montrent leur courage dans la défaite et l’émotion est forte. Le Grec victorieux a commis le péché d’Hubris en saccageant les temples troyens, et la Victime en appellera à la justice divine…. Puis il y a cette brisure incongrue du temps et de l’espace, nous sommes à Argos, dix ans plus tôt. Le duo désespéré de Clytemnestre et Agamemnon au moment du choix fatidique du sacrifice d’Iphigénie. Meurtre fondateur d’une Grèce unie et puissante qui abattra l’illustre civilisation troyenne trop prospère. Une scène presque insupportable à nos yeux modernes, c’est que les choses ont peut-être changé et… la preuve que les choses peuvent changer. Cependant que le chœur, les petites gens d’Argos, vêtus d’habits noirs du dimanche argumentent… et que Clytemnestre, forcée au meurtre va accomplir son funeste dessein….La mise en scène, le jeu des acteurs et la vérité éclatent à chaque réplique qui vient du fond des temps et s’articule en toute actualité dans notre réalité. Bravo. Nous attendons la deuxième partie du spectacle avec impatience.

http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/grande-salle/piece1.html

Première partie :

La Guerre - Les Femmes Du 15 au 25/09/2010

Deuxième partie :

Les Crimes - Les Dieux Du 28/09 au 09/10/2010

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