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Zelda et Scott, une pièce de Renaud Meyer (Paris théâtre 14/15 au Centre Culturel d'Auderghem)

Presque 100 ans après, il faut croire que l’ivresse  du couple maudit de Zelda et Scott Fitzgerald fait toujours appel à notre imaginaire. Dans « Gatsby le magnifique », mieux que n’importe quel écrivain de son temps, Fitzgerald chronique  une époque propice au relâchement des mœurs, à l’essor du jazz, au rêve Américain selon lequel n'importe quel immigrant muni de courage et de détermination peut  réussir à partir de rien.  Un vent de liberté a soufflé : le 19e amendement a donné aux femmes le droit de vote. Mais la fête est éphémère. Les années folles marquées par une immense croissance économique s’effondrent devant la catastrophe du mardi noir de 1929. Dans sa pièce, Renaud MEYER fait revivre ce duo tragique de Zelda et Scott en quête d’absolu,  désenchanté et déchiré par la haine.

Histoire de l’échec d’un mariage qui avait tout pour être fabuleux. Zelda qu’il a arrachée au puritanisme de sa famille du Sud  est devenue  l’égérie de Scott Fitzgerald et l’héroïne de ses romans. Elle quitte tout pour le suivre dans ses aventures, séduite par ses promesses de gloire. Elle aurait voulu faire du cinéma, être actrice…Elle rêve de devenir mère… Elle est éprise de liberté, elle écrit en secret des carnets à propos de sa vie intime. Elle est folle… de lui.  

 Le couple mythique devient  le symbole de l’Amérique libre et dissolue des années 20. « Les jeunes amants se jettent à corps perdus dans un univers d’illusions, où tout n’est que jeu. Les magazines relatent leurs odyssées nocturnes, et l’on ne parle bientôt plus que de leurs frasques. » Ernest Hemingway devient un confident passionné de Scott …ou plus. Ils vont à Paris, ils sont jeunes, riches et beaux. Mais Scott, délabré par la dépression,  l’abus d’alcool et la perte d’inspiration littéraire  s’effondre.  Le couple trinque. Zelda souffre de nostalgie pour sa famille, reproche à son prédateur de mari l’emprunt de ses carnets intimes pour étoffer ses livres. Dépressive, elle est nymphomane et  donne des signes de schizophrénie. Hemingway, prédateur encore plus cynique, fait tout pour qu’elle soit internée. C’est le drame. Elle écrira encore, tout en rêvant encore d’être ballerine, enfermée dans sa clinique psychiatrique, où elle meurt dans un incendie.

ZELDA ET SCOTT Chloé LAMBERT, Julien BOISSELIER et Jean-Paul BORDES incarnent le trio infernal avec un talent à la mesure du tragique  des personnages. La vie  passionnée de célébrités artistiques d’une époque foisonnante, un  triangle d’amour-amitié,  le jazz sur scène pour faire vrai, tout séduit et choque à la fois. Vertige du jeu avec la mort ou avec l’alcool, débauche.  Chloé Lambert est la maîtresse de cérémonie. D’espiègle, créative et lumineuse luciole, qui fait naître le souffle littéraire autour d’elle,  elle sera au troisième acte vivement  piégée comme un papillon dans un coffret, minuscule ballerine désenchantée aux côtés d’un mari qui lui aura tout pris… son talent d’écriture, y compris. La fin est bouleversante : celle de la belle du Sud, toujours aussi éprise de liberté. Naïve et attendrissante, elle  marche à  la rencontre de cet être qu’elle rêve encore autre qu’il n’est,  pour  renouer avec les premiers instants du coup de foudre dans l’incendie qui la consume. Ce spectacle est puissant, profond et beau. La mise en scène est belle comme celle d’un concerto. Un concerto pour un ange, diront certains… Dramatique aussi, comme peut l’être la vraie vie et le rêve fracassé.  Julien Boisselier excelle dans sa représentation de l’homme de lettres, devenu, grâce à sa muse, monstre littéraire et  aussi dans celle du dandy d’une faiblesse  pathétique,  un être qui  résiste à tout sauf à la tentation. Avec Jean-Paul Bordes, Hemingway, l’homme de guerre, le vrai prédateur est campé avec un  cynisme consommé. Avec le Manhattan Jazz Band en live, le sextuor illustre avec brio le désespoir des années 20 dans les décors poétiques imaginés par Jean-Marc Sthelé. A la manière du pianocoktail de l’« Ecume des jours » de Boris Vian, Jean-Marc Sthelé a inventé un  litcocktail, un lit préparé comme « Un piano arrangé de quelques alcools et entonnoirs. …Ses musiques dérivent, grincent et se déglinguent comme l’ivresse d’une fin de nuit ». Sauf que là, c’est l’éloquent trio de jazz qui fait tout! http://www.theatrelabruyere.com/spectacles/zelda.php

 

 Paris théâtre 14/15 au Centre Culturel d'Auderghem

Un «Presque Pagnol»… Une histoire de famille sous le soleil de Provence.

Des sourires,des rires et de l’émotion. Le tout servi par un scénario étonnant et un texte porté avec l’accent.
Honoré vit seul dans son mas provençal avec Hyppolite, un garçon simple et serviable qu’il considère comme son fils.

Il reçoit la visite de Jeanne, sa soeur. Patrick Sébastien interprète le rôle principal.

Le spectateur retrouve l’acteur que nous aimerions voir plus souvent.

Il est accompagné de Corinne Delpech qui a un jeu d’une grande délicatesse, avec beaucoup de sensibilité.

Le jeu des comédiens et la mise en scène donnent à la pièce ce charme fou qui transporte le public

 

Un presque Pagnol de Patrick SÉBASTIEN

Mise en scène : Patrick SÉBASTIEN et Olivier LEJEUNE

Avec Patrick SÉBASTIEN et trois comédiens

Du mardi 20 au samedi 24 janvier 2015 à 20h30 et le dimanche 25 janvier 2015 à 15h

http://www.cc-auderghem.be/index.php/nos-spectacles/2014-05-14-07-5...

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Commentaire de Deashelle le 16 décembre 2014 à 19:48

Commentaire de Deashelle le 16 décembre 2014 à 19:47

Commentaire de Deashelle le 16 décembre 2014 à 19:39

http://www.gillesleroy.net/alabamasong.html

Une Camille Claudel, bis! Zelda se confie: "Je sais tourner les phrases. J'ai eu un mari écrivain, rappelez-vous. Mais j'ai appris seule, sans son aide - oh ! Surtout pas grâce à lui ! Je savais avant lui. Écrire, je savais avant que lui-même n'ait posé le premier stylo sur le premier feuillet du premier carnet. Écrire, je savais et j'ai alimenté tous ses chefs-d’œuvre, non pas comme une muse, non pas comme matière, mais comme nègre involontaire d'un écrivain qui semblait estimer que le contrat de mariage incluait le plagiat de la femme par l'époux. (...) Que voulez-vous que je ressente? Piégée, abusée, dépossédée corps et âme, c'est ainsi que je me vis. Cela ne s'appelle pas être."
Mon roman n’est pas une biographie de Zelda Fitzgerald, l’épouse qui aurait dû marcher dans l’ombre de son écrivain de mari, prévient Gilles Leroy. La fiction habille tous les interstices de cette belle rétrospective d’un couple mythique, beau à souhait, décadent à mort. La question qu’on se pose c’est comment le sentiment amoureux lumineux du départ peut à ce point tourner à la jalousie démentielle, aux frustrations, trahisons et déceptions cuisantes qui menèrent (époque oblige !) à la subjugation totale de l’une par l’autre. Et pourtant Zelda avait de la répartie, de la ressource, du courage ! Sacrée miss Alabama, la Salamandre mythique, noir et or pouvait affronter le feu ! L’irrésistible belle du Sud, adulée de tous, mais en manque de père, ne pouvait pas devenir une icône de la ménagère soumise et parfaite que voulait l’époque. Elle réclamait sa part de « moi ». Mais à peine mariée, contre l’avis familial et pour échapper à son puritanisme, ce sera le début de la chute vertigineuse de ses rêves (orgueilleux ?) qui se terminera dans le brasier d’un hôpital psychiatrique en flammes, à 48 ans à peine.
Son besoin « d’être » était un choix positif de vie. Et ce droit lui était constamment dénié. Elle dira à un des gardiens de son âme : « Parfois l'excitation était si grande, elle bondissait dans mes veines, et je sentais les joues me cuire par un afflux de sang et de vie et de peur souterraine. Je valais quelque chose. Le cœur tambourinait à se rompre. La joie serait-elle douloureuse ? Quand je suis heureuse – si seulement il m'arrivait de l'être encore – ça fourmille dans mes jambes, j’avale trop d'air, j’étouffe, mes yeux se voilent, il faut se rendre et rideau ! Je tombe. J’aurais voulu vous le dire, docteur, mais je garde un peu de moi pour moi. »

Sa sensibilité à fleur de peau la fragilise, son passé de jeune première frondeuse et rebelle qui osa briser tous les tabous du Sud profond, la condamne. Son mari la harcèle et la séquestre. La voix qui lui est rendue avec finesse par Gilles LEROY est une réelle réhabilitation. Son mari, Scott Fitzgerald, qui conçut avec tant de brio le personnage de Gatsby le Magnifique, se plante lamentablement dans une avalanche d’égoïsme minable et dans le gouffre de sa vanité masculine incommensurable. Il ne peut que sombrer dans un état d’ébriété permanent pour masquer son désespoir. Zelda, dont les journaux intimes et les articles pour magazines ont été pillés sans vergogne par droit de cuissage, écrit en secret un roman magnifique en trois semaines, pendant son « traitement » en institution pour « schizophrénie ». Ecriture construite et lucide qui contredit des accusations de démence et immortalise les heurs de la vie maritale. Si elle se retrouvait abrutie et enfermée régulièrement, privée de ses instruments d’écrivain c’était par pure jalousie de son génie artistique…
Historiquement, on se dit que l’aliénation a mis bien du temps à être mieux traitée et que les traitements barbares - des électrochocs, aux bains glacés forcés, aux substances chimiques et aux interrogatoires musclés - étaient une arme de choix pour les maris en mal d’abus de pouvoir et ici, d’inspiration. Une Camille Claudel américaine.

On comprend que Gilles Leroy dise que ce n’est pas une biographie de Zelda Fitzgerald, tant le ton est juste, vivant et émouvant. Cela, c’est de la pure fiction : un personnage féminin en diable, qui sort d’outre-tombe et vient nous parler, à la première personne! Et qui clame qu’elle l’aime encore, son « Goofo », au-delà de la haine! La salamandre or et noir, est immortelle, disait sa mère.

Commentaire de Deashelle le 16 décembre 2014 à 19:33

Centre Culturel d'Auderghem's photo.

Commentaire de Deashelle le 16 décembre 2014 à 19:33

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