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Musica Deuxième (Marguerite Duras) (au Théâtre des Martyrs)

 

 Musica Deuxième (Marguerite Duras)


   

Du 11 mars au 9 avril 2011, au THEATRE DE LA PLACE DES MARTYRS.

D'après Marguerite Duras. Mise en scène de Philippe Sireuil. Une femme. Un homme. Ils se sont aimés, ont formé un couple, se sont mariés pour faire "comme tout le monde". Le temps, ses affres et ses tentations ont suivi leurs pas, jusqu’à les perdre...

Deux comédiens suisses romands: L’une semble être une variante de Juliette Binoche ou de Fanny Ardant, l’autre de  Michel Piccoli. Cela pose déjà les personnages et leurs affects.  Après la liquidation de leur mariage cassé, voici leur ultime rencontre dans l'entre-deux d’une scène bi-frontale,  sorte de couloir qui sépare deux assemblées d’yeux interrogateurs installés dans la pénombre formant une double toile de fond observatrice.

 

Eux deux  sont enfermés dans une moustiquaire, entre une fenêtre aveugle à droite et une double porte d’hôtel de province vers le Rien, à gauche. Ou l'inverse pour les autres qui regardent aussi. Pas d'issue: ils sont pris au piège. 

 

La lumière d’entre-deux est faiblarde: le twilight anglais. Leur amour dévorant aura été  la relation la plus forte et la plus intense dans leur vie car ils sont maintenant exsangues, tous deux vidés de leur énergie vitale. De plus  ils se sont tous deux rapprochés très dangereusement de la mort.  Plus jamais ils ne renverront la lumière. Un constat pénible.  Le public  assiste impuissant à « cette rhétorique du désastre amoureux, au ballet des figures imposées de la désespérance ; à vivre, comme par effraction, cette joute ultime où il viendra sans être vu, comme un voyeur de hasard, ou un client de peepshow, pour mieux entendre ce qui se dit, mais aussi ce qui est tu ». Paroles de  Philippe Sireuil, le metteur en scène.

 

 

 

Mots simples, texte poignant:

 

ELLE. - Et de toi, qu'est-ce que tu faisais de toi ?

LUI. - Je ne l'ai jamais su.

Silence. L’histoire des amants d'Évreux devient un fait-divers, une fiction.

ELLE, dit au public. - On avait renvoyé la femme de ménage. On avait honte de

nous, on avait peur qu’elle raconte dans la ville. Tout était sale, il n'y avait

rien à manger. On ne se parlait plus qu'en hurlant.

LUI, dit au public. - Un soir les voisins ont appelé la police. Ils voulaient nous

emmener au commissariat pour vous protéger de moi.

Ralentissement. Un temps.

ELLE, dit au public. - Après on n'a plus appelé les voisins. On ne les a plus

appelés.

LUI. - Après on n'a plus appelé personne. (Un temps.)

Après on est mort. (Un temps.)

On nous a trouvés morts. (Un temps.)

Ensemble. (Un temps.)

Par terre.

ELLE. - Oui.

Silence. Et puis soudain il crie bas. La figure dans les mains.

Sous les mains les yeux sont fermés, le visage reste détruit.

LUI. - Je veux une histoire avec toi.

Je veux ça.

Vivre avec toi.

Une histoire avec toi. Partir avec toi.

Enfermé avec toi dans une maison. Je veux ça.

C'est ça. Je veux ça.

Elle s'éloigne de lui, elle ne peut pas rester près de lui alors qu'il est dans cet

état. Et elle parle, pour parler, sans voix, de ces meubles du garde-meuble,

cette fausse donnée de l'histoire.

ELLE. - Pour … ces choses … du garde-meuble … à vrai dire je n'en ai plus

l'emploi … (Un temps.) Prenez les, vous … pour un jour vos enfants ?

 

Les corps et les visages sont plantés là,  comme des personnages de scène funéraire égyptienne, de profil,  avec la mort ou l’éternité rôdant partout. Une urne pour recueillir les cendres inutiles.  Le dos-à-dos règne en maître, le regard  de la femme se perd dans le vide,  le « vous» poli enterre des  pointes de «tu»  et d’intimité. Las, on est impuissant à sauver les paramécies dans le bocal : car elles sont figées dans l’impuissance face au changement, l’absence d’idéal, la fragilité personnelle, l'incommunicabilité et la solitude, sauf cette ultime fois. Mais tout est  inéluctablement consommé, dans l'intimité de leur théâtre. Seule la musique reste. Et l’obscurité.

 

Distribution : Avec Anne Martinet, Philippe Morand

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Commentaire de Deashelle le 8 avril 2011 à 18:28

Voyez le commentaire de Roger Simons sur Cinémaniacs:

 

http://theatre.cinemaniacs.be/theatre2.php?id=2414

 

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