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Essayiste, polémiste, philosophe, poète religieux, Péguy a été de son vivant relativement peu connu du grand public, sinon comme éditeur et imprimeur exemplaire des Cahiers de la Quinzaine . Révélé après la Première Guerre mondiale, il atteignit bientôt une notoriété trop souvent exploitée à des fins partisanes, plus particulièrement durant la Seconde Guerre mondiale par le régime de Vichy. L'engagement de Péguy, qui semble osciller du socialisme au traditionalisme et au nationalisme, est difficile à interpréter. Il a donné lieu aux commentaires les plus contradictoires. En revanche, son oeuvre littéraire le situe parmi les plus grands poètes français et fait de lui, à tous égards, un écrivain exceptionnel.

 

L'homme et l'oeuvre

Né à Orléans, Charles Péguy, orphelin de père, est élevé par sa mère et sa grand-mère, rempailleuses de chaises au faubourg Bourgogne. Éducation pieuse, sévère et studieuse. Écolier modèle, Péguy obtient une bourse au lycée. Il y est initié aux lettres classiques, qui auront sur lui une influence constante. En classe de philosophie, il perd la foi et milite dans les groupements socialistes ouvriers de la ville. Élève au lycée Lakanal puis au collège Sainte-Barbe, il est reçu à l'École normale supérieure en 1894. Il y écrit sa Jeanne d'Arc , drame historique dans le style symboliste, en trois « journées », publié en 1897. Il dirige en même temps le groupe d'études socialistes fondé par Lucien Herr, bibliothécaire de l'École, fréquente assidûment Jaurès, collabore à la Revue socialiste , puis, en 1899, à la Revue blanche.  En 1898, il propose son idéal social dans Marcel, premier dialogue de la Cité harmonieuse , doctrine inspirée de Fourier et qui témoigne d'un généreux mais utopique idéalisme. Il crée en 1898 avec son ami Georges Bellais une librairie socialiste. Mais son esprit d'indépendance le brouille avec les administrateurs. Exclu de l'entreprise, il fonde en janvier 1900 les Cahiers de la Quinzaine.  Son but est de commenter librement les activités du socialisme en fournissant à ses abonnés des dossiers complets et des documents originaux. Peu à peu, le périodique deviendra plus littéraire ; aux comptes rendus de congrès, aux témoignages d'amis comme Félicien Challaye sur la colonisation en Afrique, aux articles d'actualité se joindront des essais, des romans, des poèmes. Romain Rolland, le poète André Spire, les frères Tharaud, Bergson, André Suarès, Julien Benda seront imprimés dans les livraisons des Cahiers , qui vont se poursuivre régulièrement jusqu'à la mort de Péguy. Les abonnés, peu nombreux (deux mille environ), soutiendront difficilement une entreprise qui, pourtant, marquera l'histoire littéraire du début du XXe siècle. La boutique des Cahiers  deviendra un foyer dont le rayonnement, sans être spectaculaire, fut profond.

L'affaire Dreyfus commence en 1894 ; c'est en 1898 que Péguy entre dans la mêlée « au nom de la justice et de la vérité ». Il ne pardonnera pas au dreyfusisme politique (anticlérical et radical) des années 1900 d'avoir déçu sa mystique ; il ne pardonnera pas au socialisme de s'être désintéressé de Dreyfus et de s'être compromis dans la politique parlementaire. C'est pour rester fidèle à son idéal d'adolescent qu'il attaquera la politique de Combes, qu'il critiquera les persécutions religieuses de 1902 et rompra avec Jaurès.

A partir de 1900 (Cahiers  « De la grippe »), on le sent préoccupé par les questions religieuses. Son angoisse se développe dès lors sur plusieurs plans : sur le plan national, la menace que l'Allemagne (visite de Guillaume II à Tanger en 1905) fait peser sur la paix lui révèle la précarité des valeurs de culture et de liberté qu'incarne à ses yeux la France ; sur le plan intellectuel, il s'aperçoit de plus en plus de la complexité du réel et de la vanité des savants, des critiques littéraires, des historiens qui prétendent faire entrer le concret dans leurs concepts et présenter un « double intelligible » de l'événement ; sur le plan social, il mesure l'ampleur du « mal universel » et l'impossibilité de guérir temporellement la misère, cet « enfer terrestre ». Ces désillusions et une tentation croissante de pessimisme lui inspirent en 1906-1907 des essais passionnés, âpres, lucides, parfois presque désespérés.

En septembre 1908, il confie à son ami Joseph Lotte la nouvelle de sa conversion religieuse et rédige à la fois la méditation de Clio I  et Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc , qui paraît en janvier 1910. L'oeuvre de Péguy se partagera dès lors entre la poésie religieuse, la polémique contre le « monde moderne » et des essais de caractère philosophique. Sa position nouvelle lui aliène une partie de ses anciens abonnés socialistes, mais lui attire la sympathie prudente des milieux catholiques. Barrès tente même de lui faire décerner le grand prix de littérature de l'Académie. Cependant, avec la liberté et la violence qui le caractérisent, Péguy s'attaque dès 1911 à la puissante Revue hebdomadaire , s'aliénant ainsi les milieux bien-pensants. Malgré les avances de jeunes disciples de Maurras, tel René Johannet, qui fréquentent les Cahiers , Péguy se tient à distance de l'Action française vers laquelle s'orientent ses amis de naguère ou de toujours, tels Georges Sorel et Joseph Lotte. Il se sent de plus en plus solitaire et s'enferme farouchement dans cet isolement. Son dernier geste fut pour défendre Bergson (dans la Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne ) contre les attaques des néo-thomistes comme Jacques Maritain, qui tendaient à provoquer sa mise à l'Index.

Mobilisé le 4 août 1914, Péguy participe du 28 août au 5 septembre à la retraite qui précéda la bataille de la Marne. Il est tué d'une balle au front, à Villeroy, dans la Brie. Il laissait quatre enfants, dont le dernier est posthume. C'est un article de Barrès dans L'Écho de Paris  et un mémorial de Daniel Halévy dans Les Débats  qui brusquement attirèrent l'attention du grand public sur le poète. En 1926 un livre des frères Tharaud, en 1931 un ouvrage collectif dirigé par Emmanuel Mounier entretiennent sa notoriété. Sous l'occupation, ce fut un engouement et parfois une exploitation à des fins partisanes. Péguy désormais apparaît, avec la distance, comme un poète religieux et un penseur dont l'action continue à s'exercer en profondeur dans la spiritualité chrétienne du siècle.

 

Le polémiste

Une bonne moitié de l'oeuvre a été inspirée par l'actualité. Le combat « pour la vérité et la justice » a entraîné Péguy dans des affrontements successifs : contre les antidreyfusards, contre le monolithisme du Parti ouvrier français de Jules Guesde, contre les compromissions de Jaurès, contre la politique combiste, contre le « parti intellectuel », c'est-à-dire les professeurs de Sorbonne, héritiers de Taine et du scientisme, qui régentaient alors l'enseignement supérieur, contre les bien-pensants de la Revue hebdomadaire ... Ce caractère polémique donne à l'oeuvre un mordant, une vigueur, une verve incomparables. Péguy manie volontiers l'humour, le sarcasme, et certains essais tels que Un nouveau théologien, M. Fernand Laudet  (1911) sont de vrais réquisitoires. Sa violence l'entraîne souvent trop loin et certaines injures adressées à Jaurès, à Ernest Lavisse, à Gustave Hervé passent la mesure. D'autre part, l'intérêt que présente une oeuvre d'actualité s'efface vite. Elle n'est plus accessible qu'aux historiens et exige des commentaires. On ne lit plus guère les premières contributions de Péguy aux Cahiers de la Quinzaine.  Et, pourtant, dans le bruit de querelles désormais éteintes se détachent d'admirables pages : la méditation sur la misère dans De Jean Coste , sur Révolution et Tradition  dans le Catéchisme de Mangasarian , sur Paris dans Notre Patrie , sur la dignité du suppliant dans Les Suppliants parallèles , sur l'impuissance de l'histoire dans un essai écrit à l'occasion du Chad Gadya  d'Israël Zangwill.

 

Le poète

Péguy avait, en 1897, parsemé son drame historique, Jeanne d'Arc , d'alexandrins parfois groupés en quatrains. Il ne revient à la poésie qu'en 1910, dans Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc , sous la forme du verset, à la manière de Claudel. La phrase est morcelée par un artifice typographique, ce qui a pour effet de ralentir la lecture et de mettre en valeur certains mots. C'est sous cette forme que sont rédigés les Trois Mystères  : Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc  (1910),Le Porche du mystère de la deuxième vertu  (1911), Le Mystère des saints Innocents  (1912). On trouve cependant des versets lyriques dans des oeuvres antérieures comme Notre Patrie  (1905) : instinctivement, le poète émerge ainsi et met sa phrase en état de chant. Vers 1911, sous le coup d'une détresse sentimentale qui bouleversera ce coeur pur et austère, Péguy revient au vers régulier : il écrit les Quatrains , longue plainte de la solitude, humble prière d'une conscience inquiète. Puis il se risque à composer des Sonnets  et commence les Tapisseries  : La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc , La Tapisserie de Notre-Dame  et enfin, en 1913, les deux mille huit cents quatrains d'Eve.

La poésie de Péguy est de forme classique, parfaitement régulière. C'est une poésie oratoire qui développe d'immenses litanies et paraît stationnaire, voire ennuyeuse. En réalité, il s'agit de répéter inlassablement une certaine structure verbale en l'environnant d'images et de métaphores sans cesse renouvelées. La continuité et la variété s'y conjuguent, permettant une présentation insistante du thème, une méditation lente et progressive. Péguy n'abandonne un thème que pour le reprendre plus loin dans un nouvel environnement, ce qui donne à son oeuvre l'allure d'une « tapisserie » où les mêmes fils reparaissent et s'entrelacent à intervalles irréguliers. La gratuité et la fantaisie des mots et des images, qui annoncent l'écriture automatique des surréalistes, contrastent avec la régularité de la structure syntaxique : le contenant dans cet art est plus important que le contenu. Certains vers sont d'une très belle frappe. On connaît particulièrement la Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres , émouvante évocation du pèlerinage qu'il fit en juin 1912 en action de grâces pour la guérison de son fils. On connaît aussi le début d'Eve , admirable méditation sur le Paradis perdu, sur le Jugement dernier, sur l'amour qui sacralise son objet : « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle... »

 

Le mystique

Péguy était philosophe de vocation. Il préparera une thèse d'épistémologie et de méthodologie concernant les sciences historiques (en 1906). Disciple de Bergson, il se défiera, comme beaucoup de penseurs de sa génération, d'une dialectique trop conceptuelle et des idéologies construites en système clos. C'est un réaliste, pour qui une idée est d'abord une expérience sensible, une certaine sorte de pathétique, mais n'est plus rien lorsqu'elle devient un simple mot. D'où son respect pour l'apôtre et son mépris pour l'intellectuel ; d'où le sérieux, aussi, de sa réflexion dans laquelle il s'engage tout entier et qui ressemble à une inspiration poétique - ou prophétique. Péguy a subi très fortement l'influence de Renan et de Taine. Il s'opposera à eux tout en rendant hommage à l'inquiétude métaphysique de Renan. Il doit à Pascal l'orientation tragique de sa méditation religieuse, hantée par les scènes de la Passion du Christ. Le versant ensoleillé de sa pensée est éclairé par la sagesse (la « justesse ») grecque d'Homère et de Sophocle, par l'exigence cornélienne de la grandeur et par l'éclat militaire prestigieux des vers de Victor Hugo.

Le thème fondamental de sa méditation concerne le mystère du temps dont il ressent plus que quiconque l'effet d'érosion, l'impitoyable usure. A ce temps destructeur s'opposent les sources mystérieuses d'un perpétuel renouvellement : Péguy les reconnaît aussi bien dans le retour du printemps, dans l'intégrité de l'enfant que dans l'apparition des grands génies, les ressourcements (ou révolutions) d'une race, d'une nation, d'un peuple. A un niveau plus élevé, au niveau moral et spirituel, ces eaux vives s'appellent « grâce » ; elles lavent le péché, attaquent les habitudes mortes et remettent sans cesse de l'innocence dans le monde. Ainsi, tour à tour, tout se détériore et tout se renouvelle : une énergie divine est aux prises à travers l'homme avec les forces de vieillissement et de mort. Vision tragique où le désespoir voisine avec l'espérance, ou plutôt avec la confiance candide de l'enfant. Ainsi, dans le célèbre hymne à la nuit qui clôt Le Porche du mystère de la deuxième vertu  (vertu théologale d'espérance), la tentation du découragement est compensée par la proximité paternelle du Créateur : « Celui-là seul qui met son front sur mes genoux... »

Le second thème auquel Péguy revient très souvent est celui de l'Incarnation, c'est-à-dire de la nécessité pour le spirituel, s'il veut conserver sa valeur, de s'incarner, de prendre son « inscription temporelle ». La supériorité du Dieu chrétien sur les dieux antiques, c'est d'avoir revêtu la condition humaine avec toutes ses servitudes, jusqu'à l'humiliation, à la torture, à la déréliction finale et à la mort. Péguy se défie des saintetés qui prétendent s'évader de la commune condition terrestre : le père de famille lui semble plus aventuré et donc plus méritant que le moine dans sa clôture, plus près des exemples et exigences évangéliques. A ce point de vue, il a contribué à promouvoir une spiritualité d'« incarnation » fondée sur le devoir d'état.

La situation religieuse de Péguy est demeurée ambiguë. Sa femme, résolument incroyante, s'opposait à la régularisation du mariage et au baptême des enfants. Péguy lui-même, foncièrement anticlérical, n'a pas insisté outre mesure. Il est donc resté sur le seuil de l'Église ; mais son oeuvre a exercé sur le christianisme moderne une influence considérable, qu'on pourrait résumer dans les termes suivants : rénovation du sens de l'incarnation et respect du temporel dans ce qu'il a de mystérieux et de sacré ; séparation de la morale et de la religion, l'une regardant la conduite, l'autre l'existence ; exaltation des vertus d'espérance et de confiance ; nostalgie d'une « chrétienté » où la religion ne serait pas une idéologie pour intellectuels, un credo verbal, un ensemble de rites, mais un engagement de l'être entier, une tradition collective de la race, un héritage. Péguy doit beaucoup, à ce point de vue, à sa fréquentation assidue des Juifs qui ont leur religion dans le sang. Enfin Péguy a donné aux croyants un langage, un style de prière où la répétition lente et le rythme litanique entretiennent la contemplation et mettent l'âme en état d'oraison. Ce style est si loin du style dévot et feutré en usage à l'époque que nombre de lecteurs s'en sont scandalisés et ont même crié au sacrilège. Les audaces de Péguy, faisant parler Dieu sur un ton familier et populaire, apparaissent désormais comme un effort admirable pour surmonter l'angoisse existentielle par la proche présence d'un père attentif et bon, anxieusement penché sur les créatures qui l'inquiètent le plus : les hommes.

 

Le rayonnement de Péguy à l'étranger ne cesse de croître. En 1950, le critique allemand Reinhard Lauth, dans un ouvrage sur Dostoïevski, met celui-ci en parallèle avec Péguy. Le théologien Hans Urs von Balthazar lui rend grâce de « s'être affirmé comme chrétien dans le domaine où s'est jouée la vocation de Nietzsche ». Son oeuvre a fait l'objet de nombreuses thèses et demeure, plus que jamais, d'actualité. Elle continue à interpeller le lecteur qui s'en approche : « C'est un homme, écrivait Bernanos à propos de Péguy, qui, mort, reste à portée de voix, [...] qui répond chaque fois qu'on l'appelle » ; et Romain Rolland, ce grand lecteur, avouait tout simplement : « Je ne puis rien lire après Péguy. »

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Commentaire de Quivron Rolande le 19 août 2011 à 19:25

Un rappel du temps de ma jeunesse. Ah Charles Péguy et ses chants d'amour à la Bauce. J'y passe souvent, y loge parfois et, à chaque fois, je pense à ses poèmes magnifiques.

Mais ici, c'est bien plus complet que ce que j'en ai appris jadis: j'ignorais par exemple qu'il était resté au seuil de l'Eglise ! ...J'aime beaucoup cette idée de spiritualité d'Incarnation. Mais, à l'époque, il n'était pas question d'avoir trop d'idées personnelles : si tel était le cas .... nous étions taxés de "Mauvais esprit". Ce qui était le cas pour notre classe par exemple : mauvais esprit. Basta.

Quel bonheur de pouvoir voyager en compagnie d'Arts et Lettres.

Commentaire de Liliane Boulvin le 18 août 2011 à 10:33

Merci Monsieur Paul,

Me voilà déjà interpellée et désireuse de découvrir Péguy .

Bonne journée à vous .


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Commentaire de Robert Paul le 16 août 2011 à 14:45

Enfin un réseau social modéré!!!

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