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Le nom de la Rose (Umberto Eco) première mondiale (à Villers-la Ville)

 

 "Pensez-vous, Maître qu'il ne faut pas rire? "(Adso)

 

Le titre « Le nom de la rose »  fait rêver certes mais n’est pas une des clés du roman d’Umberto Eco.  Le premier titre, « l’Abbaye du Crime » eût été bien plus approprié mais ne fut pas accepté par son éditeur, étant trop explicite ou trop polar.   Eco choisit alors  « le nom de la rose » parce que cela sonnait bien, cela fait moyen âge, mystère, inaccessibilité, …labyrinthe ?

 

Dans cette création mondiale sur scène, dont le texte a été soigneusement revisité par Umberto Eco lui-même,  on retrouve un concentré de l’aspect divertissant du roman détective : introduction, intrigue, conclusion. Les  détails de la mise en scène magistrale et des costumes nous plongent dans l’époque avec des allures de grand spectacle, tout en frémissant sous la  parole silencieuse des pierres et  le charme mystique des ruines de l’abbaye de Villers-la Ville. Car elle est bien plus qu’un décor !

 

 La deuxième partie du spectacle, située au cœur de l’Abbatiale  vous coupe le souffle : nous plongeons dans la dictature de l’église et  l’obscurantisme comme si on y était. Le fanatisme religieux et le cynisme de l’inquisiteur Bernado Gui,  rival de Guillaume  et personnage historique, est un morceau d’anthologie. Le spectateur  est totalement révolté par sa manière tronquée d’aborder le procès des malheureux  Salvatore et Rémigio,  tous deux inculpés sans preuves, où l’inquisiteur ne s’encombre d’aucune vertu de l’église, ni charité, ni  pitié, ni même de sens de la justice. Scène inoubliable et forte.

 

 Et surnage l’éblouissement des citations  d' Umberto Eco. Ses références littéraires grésillent dans tous ses personnages. Des références à Lucien, St Thomas d'Aquin...

Le personnage de Guillaume de Baskerville est inspiré à la fois de Guillaume d’Ockham, moine franciscain, célèbre rationaliste et disciple de Roger Bacon, et du célèbre détective Sherlock Holmes du roman d'Arthur Conan Doyle « The Hound of the Baskervilles ». Selon sa théorie, les hypothèses les plus simples sont les plus vraisemblables, principe de base des sciences et de l’art du détective.   « Il ne faut pas multiplier les explications et les causes sans qu'on en ait une stricte nécessité ».

 Le novice Adso est un raccourci phonétique du Docteur Watson qui pose sans relâche des questions très astucieuses à son maître.  

 Jorge de Burgos, le  vénérable personnage aveugle, gardien du livre interdit, est directement inspiré de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges.

 La bibliothèque, construite comme un labyrinthe complexe magnifiquement décalqué sur les ruines dans la troisième partie du spectacle, est un personnage en soi. Représente-t-il l’importance de ce trésor qu’est notre culture, l’importance du mystère, comme à Stonehenge ou à Chartres? Représente-t-il la complexité de l’univers, celle de notre spiritualité ?  

Le risque que cette bibliothèque mythique prenne feu, confrontée à la folie humaine, est grand. A chacun de choisir son chemin dans ce labyrinthe, outil de méditation, ou de rester en dehors. … Guillaume Baskerville, aidé  son jeune et fidèle assistant, aura jusqu’à la fin la passion dévorante  de découvrir la vérité cachée dans la salle secrète et interdite de la bibliothèque, nommée «  Finis Africae ». Le savoir ne demande-t-il jamais autre chose qu'à être découvert ?

 

Mais surtout on assiste aussi à une excommunication du rire, un enjeu idéologique de première importance au Moyen Age. Jorge de Burgos, la véritable âme de cette abbaye le condamne, ... sans coup férir. A voir! 

Depuis le début, ce  vieillard repoussant et  intransigeant cherche à tout prix à interdire l'accès au livre inédit d'Aristote dans lequel le philosophe grec aurait prononcé l'éloge irrévérencieux du rire. Celui de la vie ?  Jorge de Burgos ne veut pas que les hommes se croient autorisés à rire: il faut, pense-t-il, les tenir ployés sous la terreur. Le rire est source de doute. Le rire, selon lui, anéantirait la crainte de Dieu et amènerait la ruine de L’Eglise.
Le Christ riait-il ? Rien dans ses paraboles ne prête au rire. Dieu voit et punit. Rien de drôle. Le Christ possédait-il, en propre, sa tunique? Une paire de lunettes est-elle ou non un outil du Diable?

Sarah a ri !

Guillaume émettra l'hypothèse que " Le diable, c'est la vérité qui n'est jamais effleurée par le doute".

 

 

Ceci ne manquera pas de nous rappeler un autre polar, moderne celui-ci, très  documenté et divertissant : « le rire du Cyclope » sur le même thème de l’infaillible subversivité  du rire. Et de méditer.  En tous cas cette représentation théâtrale est  une manière d’aborder de façon humoristique et efficace  les conflits intellectuels, religieux et politiques du début du 14e siècle et du nôtre. 

 C’était une première, la mise en place des personnages dans la première partie est un peu rocailleuse surtout avec le personnage loufoque et peu crédible de Salvatore, mais le reste du spectacle devient de plus en plus passionnant. La seule figurante féminine est craquante et les moines idéalement croqués.

 

http://www.deldiffusion.be/prochaines_productions/prochaines_produc...

 

 

  • Quand ? Du 13 juillet au 13 août 2011

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Commentaire de marcelle dumont le 19 juillet 2011 à 15:37

J'ai lu deux fois "Le nom de la rose"mais l'ouvrage étant inépuisable, il mérite encore bien des lectures. Le billet de Deashelle m'ouvre de nouvelles perspectives, notamment celle de la référence au personnage de Sherlock Holmès. L'adaptation théârale apparaît vraiment réussie et pourtant c'était une gageure, vu le côté touffu de l'oeuvre.

La condamnation, sans appel, du rire et de tout sentiment humain, est bien le propre de tout esprit fanatique. Ne nous faisons pas d'illusion, l'esprit intolérant de l'Inquisition est toujours vivant.

Commentaire de Deashelle le 19 juillet 2011 à 14:22
Le bûcher restre dans l'imaginaire, mais la bibliothèque se consume en vrai avec des bruitages des plus crépitants! Spectaculaire!
Commentaire de Jean-Marie Cambier le 19 juillet 2011 à 14:17

Merci pour ces très complètes et intéressantes explications sur un roman que j'ai beaucoup apprécié dans sa verion écrite et sa version filmée.

la pièce est-elle à la hauteur? Comment réussir la scène du bucher alors qu'il pleut assez souvent en Belgique!-) 

Jean-Marie

Commentaire de Deashelle le 17 juillet 2011 à 17:50

Les comédiens : PASCAL RACAN (Guillaume de Baskerville), JÉRÉMIE PETRUS (Adso de Melk) DANIEL NICODÈME (Messer l’Abbé), LAURENT BONNET (Bernardo Gui), YVES CLAESSENS (Jorge de Burgos), PETER NINANE (Venantius de Salvemec), DIDIER COLFS (Malachie de Hildesheim), THIERRY JANSSEN (Bérenger d'Arundel), OLIVIER FRANCART (Bence d'Upsala), DENIS CARPENTIER (Séverin de Sant'Emmerano), GÉRALD WAUTHIA (Rémigio de Varragine), MARC DE ROY (Salvatore), JEAN-LOUIS LECLERCQ (Ubertin de Casale), CÉDRIC CERBARA (Michel de Césène), BENOÎT PAUWELS (Jérôme de Caffa), JEAN-FRANÇOIS ROSSION (Bertrand du Pogetto), YANN LERICHE (Jean d'Anneaux), KEVIN ECOBECQ (Jean de Baune), VALENTINE JONGEN (La fille du village)

D'après le texte d’Umberto Eco

La mise en scène est de Stephen Shank

L'adaptation théâtrale est de Patrick de Longrée

 

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