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"Le Malade Imaginaire" à Villers-La-Ville, la production de l'été 2015 de Del Diffusion (Patrick de Longrée)

 « Le monde a perdu son âme » semble  nous dire Molière, la mort dans l’âme, alors qu’il s’écroulait sur scène le 17 février 1673  dans le rôle du Malade Imaginaire.

 Pastorales, ballets et musique de Lully ou de Charpentier de l’ultime comédie de Molière  fêtant les victoires de Louis XIV sont balayés et escamotés dans l’édition 2015 de la comédie-ballet signée Patrice Mincke. La première scène, loin de tout clavecin,  s’ouvre sur les espèces sonnantes et  trébuchantes du personnage d’Argan faisant ses comptes. Il a sa tête bien à lui et le personnage n’est pas sans rappeler Harpagon dans l’Avare.  La cérémonie finale chargée d’ultime  dérision rappelle celle l’intronisation du Bourgeois Gentilhomme en mamamouchi jouée au printemps 2013 par  le même époustouflant Michel Kacenelenbogen. Celui-ci joue très adroitement  autant sur la réalité de l’être malade et en souffrance que sur le registre de la folie.  Cet envoi final de la bêtise triomphante éclaire une ultime fois sur l’absurdité totale du petit monde d’Argan - Harpagon - Monsieur Jourdain.

 Les médecins  admirablement  campés (Didier Colfs et Maroine Amini, David Leclercq et Lise Leclercq) qui  s’expriment dans un galimatias prétentieux et creux entre le français et le latin, font de  leur verbiage omnipotent un fatras d’insanités trompeuses. Un cocktail  certes à mourir de rire, mais fort amer car  la  folie d’Argan aura finalement gagné sur le bon sens élémentaire. Voilà  Argan nommé bachelarius, sans le moindre examen à passer, médecin de papier et pourquoi pas apothicaire par-dessus le marché? Ainsi en va- t-il des diplômes ?  Ainsi va le monde, un  authentique carnaval grotesque, semble nous dire Michel Kacenelenbogen. La mascarade finale marque l’échec du rire salvateur de Molière contre les vices de son temps  et signe le constat désabusé du  triomphe de la maladie de l’âme. Celle de notre monde? En aucun cas imaginaire, cette maladie-là! Une comédie satirique très à propos, sans doute.

La mise en scène astucieuse et la scénographie de Patrick de Longrée  rappellent   les mécanismes du rire du théâtre de boulevard symbolisés par la série de portes qui claquent, serties dans les ruines de l’abbaye! Et  place à la parodie des duos enamourés des comédies musicales actuelles. Amateurs de dérision, réjouissez-vous: les époques se croisent et se ressemblent tandis que le pot de chambre  nauséabond d’Argan est presque devenu un personnage à part entière  et suggère une image supplémentaire de notre monde en décomposition. La vacuité et la pédanterie absurde sont les piliers du pouvoir symbolisé par les médecins… ou l’ingénieuse chaise percée signée Ronald Beurms. Dans la distribution étincelante, vous aurez des Diafoirus (Didier Colfs et Maroine Amini), un Monsieur Purgon et son apothicaire (David Leclercq et Lise Leclercq) absolument délirants!

Le personnage de Toinette (Anne Sylvain), rauque et grinçant  à merci contribue bien  à cette atmosphère. Elle jouait récemment dans « Les filles aux mains jaunes » de Michel Bellier et dans « On achève bien les chevaux » mis en scène par Michel Kacenelenbogen.  Elle n’a rien perdu de sa morgue et de son franc parlé et  rend Argan fou de colère. Toinette, femme intelligente  a su percer à jour la perfidie et  les duperies de Béline – une merveilleuse Bénédicte Chabot,  belle à en mourir dans sa robe bleue Ava Gardner, talons aiguilles et bijoux Farah Diba – et elle monte une très belle scène  démasquant l’imposture de Béline, faisant jouer la simulation de la mort  par Argan. Un point culminant dans la pièce. Mais si cette Toinette soutient Angélique contre son mariage forcé, elle manque peut-être de tendresse et de ce charme de soubrette qui accroche tant les cœurs.

" Ah mon frère! "Le duo remarquable d’Argan et de son frère  Béralde est palpitant, comme deux mondes qui s’affrontent : la Folie contre le Bon Sens et la Raison incarnés par un  Alexandre Von Sivers au mieux de sa forme, toujours aussi impeccable, en habits rutilants, dans une superbe élocution de la langue de Molière.

Le couple Angélique – Cléante, ni riche, ni médecin (Camille Voglaire - Damien De Dobbeleer) est très touchant, et symbolise la jeunesse éternelle en butte aux décisions parentales, des origines à nos jours, en passant par Roméo et Juliette. Un peu de bonheur partagé a surnagé dans cet éloge de la folie, ouf!  

photos : Arnaud Decoster

Réservations

Visionner le reportage du Malade imaginaire par TV Com

http://www.deldiffusion.be/fr/prochaines-productions/70-le-malade-i...

...Seulement jusqu'au 8 août 2015

 

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Commentaire de Deashelle le 21 novembre 2016 à 17:19

Commentaire de Deashelle le 21 novembre 2016 à 17:17
Commentaire de Deashelle le 31 mai 2016 à 13:02
Commentaire de Deashelle le 31 mai 2016 à 13:02

Patrice Mincke met en scène un "Malade imaginaire" drôle et enjoué au Public.

Le poumon ! Le poumon, vous dis-je !" L’ultime comédie de Molière a été maintes fois lue, étudiée, représentée, on en connaît les ressorts et le texte et pourtant, le plaisir de la voir sur scène est intact. Avec "Le Malade imaginaire", Molière cherchait à démythifier la mort grâce au rire libérateur. Souffrant depuis longtemps, il s’est éteint le soir de la quatrième représentation de ce spectacle après avoir tenu jusqu’au tomber de rideau dans d’horribles douleurs, le 17 février 1673. Dans "Le Malade", il règle aussi ses comptes avec l’hypocrisie sous toutes ses formes; médecine ou dévotion relevaient à ses yeux de la superstition. Après "Tartuffe" et de multiples démêlés avec la censure, cette pièce lui permit de tourner en ridicule les imposteurs, la bêtise et l’amour intéressé avec humour.

Argan se convainc d’être malade pour se faire aimer. Entouré de médecins ravis d’avoir trouvé un tel pigeon, il décide que sa fille épousera aussi l’un d’entre eux pour le soigner jusqu’à la fin de sa vie. La jeune Angélique préférerait épouser le beau Cléante et il faudra toute l’énergie et l’intelligence de Toinette, la maline servante, pour faire triompher la vérité et l’amour.

Un jeu décapant

Patrice Mincke a pris le parti de renouer avec l’aspect bouffon du spectacle - dont les trois actes étaient entrecoupés d’intermèdes musicaux. Loin de toute retenue, les comédiens livrent un jeu physique décapant. Anne Sylvain, expressive et énergique dans le rôle de Toinette, tient tête à un Michel Kacenelenbogen en Argan paumé et en manque d’amour plutôt que tyran qui redouble de bruits répugnants et autres mimiques pour illustrer le dysfonctionnement de ses entrailles… Didier Colfs et Maroine Amimi en Diafoirus père et fils sont délicieusement ridicules tandis que Camille Voglaire et Damien De Dobbeleer chantent leur amour impossible version comédie musicale. La mise en scène, truffée de clins d’œil et de drôles de trouvailles, depuis un club de golf opportun jusqu’à la scène d’intronisation, joue à fond le registre de la farce et de la bouffonnerie. Et "cela est fort plaisant".

Bruxelles, Théâtre Le Public, jusqu’au 25 juin. Durée : env. 2 heures, entracte compris. Infos & rés.0800.944.44.; www.theatrelepublic.be

Commentaire de Deashelle le 10 mai 2016 à 21:01

Retour au Public!

En ce moment! Avec les mêmes... sans les ruines!  http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=421&time...

et une belle formule:

Je pense donc je ris

LE MALADE IMAGINAIRE

de Molière.
Avec Michel Kacenelenbogen (Argan), Anne Sylvain (Toinette), Maroine Amimi, Bénédicte Chabot, Didier Colfs, Damien De Dobbeleer, David Leclercq, Lise Leclercq, Jean-François Rossion, Camille Voglaire, Alexandre von Sivers.

DU 10/05/16 AU 25/06/16

Commentaire de Deashelle le 22 juillet 2015 à 21:46

La pièce se jouera jusqu'au 8 août dans les ruines de Villers-la-Ville.La pièce se jouera jusqu'au 8 août dans les ruines de Villers-la-Ville. - © RTBF

Commentaire de Deashelle le 22 juillet 2015 à 21:28

Commentaire de Deashelle le 20 juillet 2015 à 23:42

Commentaire de Deashelle le 20 juillet 2015 à 23:40

Commentaire de Deashelle le 20 juillet 2015 à 23:39

Enfin un réseau social modéré!!!

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