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Le jeu du prince des sots et de mère sotte avec Dame "Doublette", épouse insatisfaite qui préfère les services amoureux de Faire à ceux de Dire, car «dire sans faire, il n'est rien pire»...

"Le jeu du prince des sots et de mère sotte" est un Jeu théâtral comprenant cri, sottie, moralité et farce et en vers de Pierre Gringore (vers 1475-1538), créé le mardi gras 24 février 1512, et publié la même année.

 

La devise figurant au frontispice de l'ouvrage: «Tout par Raison; Raison par tout; Par tout Raison» invite le public à écouter sérieusement les Sots qui s'entretiennent joyeusement des affaires politiques de l'époque.

 

Le cri appelle tous les Sots à se rassembler. On apprend que le Prince des Sots doit tenir sa cour: débute alors une revue des états, à laquelle prennent part nobles, puis prélats, avant qu'apparaisse le peuple, sous les traits de Sotte Commune. Survient Mère Sotte, dont les vêtements symbolisent la papauté; elle expose ses ambitions. Ses acolytes, Sotte Fiance [confiance] et Sotte Occasion, ainsi qu'un astrologue, tâchent de gagner seigneurs et prélats à ses projets. Ceux-là résistent; ceux-ci sont séduits. Ils combattent entre eux jusqu'au moment où l'on découvre Mère Sotte sous le costume de l'Église.

 

La moralité met en présence Peuple français et Peuple italique, tous deux sommés par Punition divine de se convertir au plus vite et d'abandonner leurs démérites. Tant de réflexion appelait détente: telle est la charge assignée à Doublette, épouse insatisfaite qui préfère les services amoureux de Faire à ceux de Dire, car «dire sans faire, il n'est rien pire».

 

Comme dans la Chasse du Cerf des Cerfs (1510), Pierre Gringore fait l'apologie de la politique de Louis XII, monarque qui s'emploie à contrer les effets de l'ambition du pape Jules II. Mais le jeu renforce la satire de l'Église: légèreté du prélat qui «mieux se connaît à chasser / Qu'à dire matines», vente des pardons, arrivisme du clergé évoqué sous les traits de Sotte Occasion, ambitions temporelles d'une Église qui fait concurrence au pouvoir du Prince, telles sont les allusions qui font dire que «l'Église a de mauvais piliers». Le peuple, à qui l'on reconnaît un certain bon sens, notamment quand il attaque l'Église, n'est pas épargné dans la satire de Gringore: ses préoccupations matérielles qui lui font soupirer que «faute d'argent, c'est douleur non pareille», son indifférence quant aux questions d'intérêt national lui valent quelque réprobation dont la moralité se fait elle aussi l'écho. Politique, ce théâtre l'est à plus d'un titre: la satire est explicitement au service de l'éloge royal. Louis XII, «lequel se fait craindre, douter, connaître», ennemi de bigoterie, est seul gardien de l'ordre et de la paix. Cette justification valait peut-être d'être précisée en une conjoncture économique difficile que le jeu évoque à plusieurs reprises.

 

La tension entre les réalités de la vie du temps, rendues avec une certaine licence, et le double masque, que constituent le personnage du sot et l'univers carnavalesque, laissent entrevoir le statut ambigu du théâtre de Gringore, en cet automne du Moyen Age. Le propos sérieux se déploie dans la fête du jeu verbal en un bouquet de calembours, et ce, dans l'immédiate proximité des débordements grivois de la farce justifiés par le pouvoir seigneurial chargé de juger le cas de Doublette à qui son mari demande raison de ses fredaines. «Ce n'est que jeu»: telle est l'expression qui clôt la farce et peut bien renvoyer à l'ensemble de l'ouvrage. Une signature de Sot, qui, quand tout est dit et qu'il va quitter la scène, prétend n'avoir exprimé aucune vérité qui vaille.

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Commentaire de Deashelle le 1 juillet 2014 à 19:28

 Le même?

Vous nous promettez que ce mystère sera beau? dit Gisquette.

Sans doute, répondit-il; puis il ajouta avec une certaine emphase:

Mesdamoiselles, c’est moi qui en suis l’auteur.

Vraiment ? dirent les jeunes filles, tout ébahies.

Vraiment ! répondit le poète en se rengorgeant légèrement ; c’est-à dire

nous sommes deux : Jehan Marchand, qui a scié les planches, et

dressé la charpente du théâtre et toute la boiserie, et moi qui ai fait la

pièce. Je m’appelle Pierre Gringoire. »

L’auteur du Cid n’eût pas dit avec plus de fierté : Pierre Corneille.

Nos lecteurs ont pu observer qu’il avait déjà dû s’écouler un certain

temps depuis le moment où Jupiter était rentré sous la tapisserie jusqu’à

l’instant où l’auteur de la moralité nouvelle sétait révélé ainsi

brusquement à l’admiration naïve de Gisquette et de Liénarde. Chose remarquable:

toute cette foule, quelques minutes auparavant si tumultueuse,

attendait maintenant avec mansuétude, sur la foi du comédien ;

ce qui prouve cette vérité éternelle et tous les jours encore éprouvée dans

nos théâtres, que le meilleur moyen de faire attendre patiemment le public,

c’est de lui affirmer qu’on va commencer tout de suite.

Commentaire de Arlette A le 27 juin 2014 à 11:45

Ce jeu est troublant de vérité... a qui sait comprendre

Merci de ce rappel Belle journée à vous  Arlette

Commentaire de Mireille LOUIS le 25 juin 2014 à 18:59

Que dire de plus...Tout est toujours pareil. Pas beaucoup de changement du Moyen-âge à nos jours...Les piliers de l'Eglise  sont des pieds de terre glaise...La Société a peu changé....Les sots, les sottes il y en aura toujours! " Bien faire et laisser dire!"  est un bon dicton. Parfois tout est dit et rien n'est fait...Tout reste à faire!

Commentaire de Barbara Y. Flamand le 13 juin 2014 à 1:39

On pense souvent que le jeu théâtral au M-A est  une farce..  C'est vrai mais pas anodine;  Ici, la satire, toute comique qu'elle soit,  n'en est pas moins une attaque de l'Eglise .  Et habilement,  l'auteur  y mêle  quelques grivoiseries.

Commentaire de Quivron Rolande le 12 juin 2014 à 14:18

Que sommes-nous que pauvres hères, hèresses en errance quelque soit le siècle qui nous a vu naistre.

Et ainsi toujours recommence la valz des sots, des sottes, des dols, des drôlesses,  car trists humains sommes-nous.

Masques fols nous portons devant, derrière et au-dedans.

Et folle ronde de reprendre jusques à la fin des temps.

Le mieux est finalement d'en rire ... pour ne pas en pleurer.

Car, effectivement, nous n'apprendrons jamais rien ....

Bonne journée et merci pour ce retour au passé. Rolande.

Commentaire de Georges Philippart le 12 juin 2014 à 9:20

Il est ahurissant de constater combien ce jeu moyenâgeux colle à notre farce contemporaine.  Nous n'avons, décidément, encore rien appris !


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Commentaire de Robert Paul le 23 mai 2014 à 18:22

Il va sans dire que lorsque nous ne pouvons plus faire, nous ne le disons pas

Commentaire de Lansardière Michel le 23 mai 2014 à 18:10

Et Faire alla sans Dire.

Bavards et Sobres Sots eurent alors la j'Oye de vous annoncer la naissance des Enfants de la Mère Folle. Enfants Sans Souci partirent alors muser en musant en doulce musette.

Que Dire ?

Si vieil suis, vous estes usée.

Pour ainsi chacun vault son pris.

Je le suis quand je le compris.

Dont me refusastes l'entrée.
Dame !

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