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"La Grande Vacance" de et par Philippe Vauchel (théâtre des Martyrs)

  Applaudissements nourris dans une salle fort intime du Théâtre des Martyrs hier soir pour «  la grande Vacance », texte et interprétation de Philippe Vauchel.  Il était parmi nous dans l’escalier avant que les portes ne s’ouvrent : un monsieur tout-le-monde en pardessus gris sable, un prototype humain qui semble être le même que tout un chacun, mais non, qui arbore un sourire de gamin si différent … et fait non de la tête dans chacune de ses phrases. Un artiste vrai et  touchant, qui touche à la mort, tabou de notre siècle.  Elle est parmi nous et on la nie à qui mieux mieux, la grande faucheuse que Brassens chantait inlassablement afin que nul ne l’oublie. Il nous manque aussi, celui-là, hé non, son trou ne s’est jamais refermé dans les cœurs  sincères.  La mort et  lui, Elle est lui, Elle tue, il tue… Nous tuons… Nous la taisons. Philippe Vauchel  lui donne une voix divine, et c’est la sienne. Il s’empare avec poésie et humilité de cette phrase immortelle d’Oscar Wilde ou d’Asimov : « The only thing certain in life is death ».  Philippe Vauchel réhabilite le manque de l’autre, la peine infinie, la chanson d’amour extrême d’Elvis Presley, celle qui dit tout : Aime-moi, mon aimé (e), aime-moi, ma douceur, ne me laisse jamais aller, tu as rempli et complété  ma vie, et je t’aime tant.

  Love me tender,
Love me sweet,
Never let me go.
You have made my life complete,
And I love you so.

 Il  pourfend les jeux absurdes d’immortels. Il réhabilite les traces, les vestiges,  le cycle de l’humus erectus. Les larmes aux yeux, il exhume les recommandises. Un homme à part. A part entière. Il enterre la course à la conshommation qui remplit les paniers mais pas les vies. Cette consommation qui inhume, qui inhumanise  plus sûrement encore, et finirait même par casser le cycle. Ce spectacle touche par son intelligence, il nous relie, il nous solidarise inévitablement par petites touches qui font mouche.  La mort fait partie de la vie.  Tel un arpenteur de la démesure humaine Philippe Vauchel étalonne la vie à la mesure de la mort. Ceux qui en reviennent n’auront qu’une hâte, c’est de faire table rase de tout ce qui parasite, occulte et ment,  et de caresser enfin et inlassablement  les sens – Ciel.

Encore la voix d’Oscar dans ce subconscient si alerte de Philippe Vauchel “To live is the rarest thing in the world . Most people exist, that is all.”

Bobby Farell et Agathe von Trapp  sont morts ce matin. Et en-desssous, dans la fosse commune du temps, il y en a des milliards qui nourrissent l’humus et la Vie. Mais si le message passe…. C’est quand même gagné !

  

«Je vous remercie de venir si nombreux» - La Mort.

 

Du 15 décembre 2010 au 8 janvier 2011 au théâtre des Martyrs

le 31 décembre:

 

          "" Pour l'occasion un coupe de champagne sera offerte à tous nos spectateurs avant la représentation ""

 

   A l'issue du spectacle, un menu de fête est proposé par notre cafétaria pour 25€ ( boissons non comprises)

 

Apéritif et Mise en bouche /  

Bisque de Homard et ses croûtons aillés/

Assiette Nordique/

( son pavé de saumon, son duo de tomates cerises et ses crevettes grises, son blinis aux perles de la mer, sa pomme de terre slovaque)

Café et ses mignardises/

 

Réservation obligatoire :  02/ 223 32 08 - loc@theatredesmartyrs.be


http://www.theatredesmartyrs.be/contact.html 


 

 

 

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Commentaire de Deashelle le 22 février 2011 à 13:29

"Les choses nées de la terre reviennent à la terre, et celles qui naissent d'un germe éthéré reviennent à la voûte céleste"  Euripide.

A cela Marc- Aurèle ajoute : "A moins qu'il n'y ait destruction des entrelacements d'atomes et dispersion des éléments impassibles".

Commentaire de Deashelle le 6 janvier 2011 à 9:38

Philip Jackson

 

"Pan!" dit-elle sans entr'ouvrir les lèvres scellées! Et il s'effondra, foudroyé! Brassens avait raison.

Commentaire de Deashelle le 31 décembre 2010 à 17:52

«J’ai choisi de parler du sujet qui m’habite depuis toujours: la mort, qui est en fait la seule chose qui nous est commune à tous sur Terre, peu importe les cultures, les pays et les continents, commence Philippe Vauchel. La mort n’est ni une peur, ni une obsession et il n’y a pas là quelque souci morbide; je m’intéresse à elle uniquement pour rendre la vie présente plus légère et les chagrins des départs moins amers. Si j’avais un seul combat à mener jusqu’à la fin de mes jours, ce serait de remettre la mort au centre de nos vies, car elle en fait véritablement partie. Le déni de la mort est très grave, alors pourquoi ne pas cesser de perpétuer ce gros mensonge universel et simplement l’envisager comme un mystère qu’il faut apprendre à supporter? Il n’est pas question de discuter de la mort le matin, le midi et le soir, mais bien d’oser en parler lorsqu’il faut en parler. Mon monologue La Grande Vacance me permet sinon de trouver des réponses, à tout de moins de poser des questions et d’émettre des hypothèses. On part de l’infiniment singulier pour aller vers l’universel et revenir enfin vers l’infiniment singulier plus légers. Mourrons vivants, voilà!»     Philippe Vauchel

Commentaire de Deashelle le 31 décembre 2010 à 17:44

On vient de passer la 200e représentation....

La Grande Vacance



c'était en 2004
Il faut remettre la mort au centre de nos vies.

La petite salle de l'Atelier du Théâtre de la place des Martyrs est remplie. Plus une seule place libre à trouver. Et cependant, un petit homme entre, le regard un peu illuminé. Il tient une petite valise qu’il dépose tout à côté d’un petit podium et s’assied sur ce petit praticable. . Il regarde les spectateurs un long moment et tout à coup s’écrie :

Je suis gémeau.
J’adore les boulettes frites sauce tomate.
J’ai été scout…ouistiti.
Je suis employé à durée déterminée.
Célibataire mais pas dans la vie.
Je suis procrastinateur , je remets toujours à demain ce que je peux faire aujourd’hui.
J’ai fait des choses. .qui sont encore infiniment moins nombreuses que les choses
Que je n’ai pas faites.
Je suis dégarni, ça me tue !

C’est le début du spectacle de et par Philippe Vauchel , un comédien que nous voyons souvent sur nos scènes belges(dernièrement encore , au Théâtre Le Public , dans le spectacle Feydeau). Il est petit, un peu rondouillard, a une bonne bouille et est terriblement sympathique.

-Quel posthume allez-vous me tailler ?
-Qu’importe…
-Je veux un départ en fanfare pour que résonnent les battements de la grosse caisse…en sapin !


-Pourquoi ce spectacle à une voix ? Pourquoi ce thème? Pourquoi un acteur , un théâtre et la mort ?

Philippe Vauchel : Sans doute parce que le théâtre est par excellence le lieu où le mort parle… N’est-ce pas rassurant un tel lieu au sein d’une société qui vit de plus en plus dans un parfait déni de la mort ? J’avais juste envie de poser au théâtre des questions, non à l’ordre du jour mais au désordre du jour ! Juste un souhait : pas de mort du dehors, pas de mort objet de discours mais une approche de la mort du dedans…celle qui nous fera peut-être« mourir vivant »

Philippe Vauchel pensait à ce de spectacle depuis très longtemps. Il appartient au monde rural. Il a observé dans sa campagne natale les gens qui l’entouraient et les a fixés à jamais dans son esprit. Il y a une grande sincérité dans ses propos ; il dit de grandes vérités, il aborde des thèmes graves mais il le fait avec humour, sa bonhomie et son sourire craquant..

Qu’on soit de la race des optimistes , des couches-tôt, des catholiques ,des catholiques pratiquants , des catholiques pratiquant un sport… Nous allons tous mourir
Alors où me ranger évidemment ?
Où me ranger…merveilleuse intersection que je suis ?
OK, j’appartiens à la race des 41-42, 42 avec une semelle parfois…
D’accord , il y en a d’autres.. Mais qui dans la race des 41-42, 42 avec une semelle parfois a son brevet de 50 mètres brasse ?
Peut-être y en a-t-il ? supposons. ! ok, admettons !

Et il va répéter souvent ces deux verbes : supposons…admettons ! admettons, supposons…

Daniel Scahaise ( directeur du Théâtre des Martyrs) : Philippe est un boulimique de théâtre, écorché , intranquille et touche-à-tout. C’et une personnalité généreuse et sincère déployant un univers attentif, pétillant , ouvert…

Peut-être allez , admettons encore qu’il y en ai.
Mais combien font l’amour de plus en plus rarement?
Oui, c’est peut-être pas un bon exemple.
Admettons.
Combien sont très attachés à un poisson rouge d’au moins 12 ans , le seul dans l’aquarium ! Ha ! qui ?

Frédéric Dussenne : Philippe, c’est une histoire de tendresse. Je ne devrais pas être là. J’ai beaucoup trop de travail cette année. Mais comment lui résister quand ses yeux s’allument et que sa voix s’enroue ?

Qui a exactement les mêmes masques africains que moi ? Les mêmes somnifères ?
Oui, on peut dire « mais enfin, tout ça c’est des possessions matérielles… » Vous voulez qu’on devienne plus intérieur , ok.
Qui ressent exactement la même chose que moi quand j’entends les cors de chasse ?
Je suis sûr qu’il n’y a personne qui ressent exactement ce que je ressens quand j’entends les cors de chasse, quand je lis Olga Tokarczuck , auteur polonais que j’adore.

Benoît Van Dorslaer ( son ami et metteur en scène) :« Il faut mettre la mort au centre de nos vies ! » titre la conférence que veut défendre notre orateur… Thème dur pour un poète écorché…Mais les vraies questions surgissent. L’humanité a la vie dure et la conférence dérape…Finalement c’est peut-être la vie qu’il faut mettre au centre de la mort ? Eternel débat…Jubilatoire…

Je suis un prototype ! C’est-à-dire le premier exemplaire d’un modèle qui n’a qu’un exemplaire : moi.
Je suis originel et original peut-être, originel forcément.
Mon boucher me reconnaît ! Connaît mes goûts particuliers, du boudin de Liège , saucisson d’Ardenne… Me connaît ! Des tas de gens me connaissent !

Et Philippe Vauchel arpente la petite scène de la petite salle de l'Atelier du Théâtre de la place des Martyrs de long en large, s’adressant au public , s’en rapprochant, bondissant sur le petit praticable pour lancer un mot au vol , amplifié par le micro…

La mort n’est pas rationnelle…

Xavier Rijs : Quel décor pour ce spectacle conférence ? Aucun…Absolument rien. Il ne faut même pas de comédien. Mais il y en a un…et il veut dire des choses avant « la grande vacance « . Alors , peut-être lui donner un bureau et une chaise , et le laisser conférencer sur le sujet. Tout simplement. Si ce n’est que la chaise s’insurge ,que le micro répond , que le bureau devient grande pierre , que la lampe l’interroge, que les coulisses menacent le plateau … ?

Bon appétit !
Quoi ? Et mangez ceci est mon corps ? ceci est mon sang? Ca, ça va ?
Anthropophages ! très spirituels…Mais..anthropophages !
Non, les croque-morts sont un peu les chefs-coq qui accommodent nos restes !
Quand on pense qu’avant les croque-morts croquaient l’orteil du mort pour vérifier si…
Ca doit être gai de croquer un croque-mort pour le plaisir de l’arrière-goût !

Un peu plus d’une heure de cette « conférence exceptionnelle » donnée par Philippe Vauchel, pleine d’esprit, de bons mots, de pensées profondes, de réflexions surprenantes , de vérités, de propos macabres et bien vivants, de communication , d’amitié. On a l’impression d’être avec un ami qui vous livre ses secrets, ses mots secrets, ses désirs secrets…On est bien et on resterait bien davantage encore en sa compagnie.

Et voilà, la fin approche…
Et donc j’affronte le rideau final…
Il faut que j’y aille…
Pour mon départ en grande vacance
Ni fleur , ni couronne,
Ni orchestre , ni choucroute
Quoique…
Je vous remercie d’être venus si nombreux…

Philippe Vauchel reprend sa petite valise et sort précipitamment de la salle.
Une jeune fille entre et présente un plateau de pistolets…

Nous quittons la petite salle de l'Atelier du Théâtre de la place des Martyrs, heureux de ce moment passé avec « la mort » , pour autant que nous ne soyons pas « mort « de rire !

(Extraits du texte de Philippe Vauchel)

Roger Simons



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