Arts et Lettres

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L’indienne Catalina

La cordillère des Andes présente un panorama majestueux avec cette chaîne de montagnes qui vient mourir sur les rives de la majestueuse mer des Caraïbes. Au sommet de la cordillère des Andes, il y avait un petit village perché où vivait une jolie petite Indienne rebelle nommée Catalina. Ses parents qui étaient les chefs de la tribu se faisaient du mauvais sang pour elle, car elle était tellement différente de leurs autres filles.

Catalina, elle, se sentait très fière de ses racines autochtones. Elle vivait heureuse sur les terres de sa tribu qu’elle se plaisait à chevaucher librement. Elle allait à la pêche et contrariait ainsi la volonté des chefs du village et des caciques. Elle chassait toujours accompagnée de deux hommes de la tribu.  Elle aimait aussi voyager sur un radeau fait de troncs d’arbre unis par des lianes qui descendaient des arbres. Elle parcourait ainsi le grand fleuve au courant fort et agité formé par les eaux des rivières qui s’infiltraient dans les détroits profonds et sombres des hautes montagnes de la cordillère.

Catalina visitait ainsi les tribus voisines qui demeuraient le long du grand fleuve et elle échangeait des articles de cuir, de glaise, d’or et de laine que sa tribu avait manufacturée contre des objets de bois et de pierre. Elle obtenait aussi des fruits, des graines et du sel qui n’étaient produits que par les habitants du bord de la mer. Catalina profitait beaucoup de ces échanges et elle partageait les connaissances et les techniques du travail de l’or et des teintures des reliefs de la poterie. Chacun de ces voyages lui apportait l’expérience de nouvelles cultures et des innovations dans les méthodes de travail. Elle savait tirer profit de la sagesse des hommes et des femmes des tribus qu’elle visitait.  Elle s’appliquait à transmettre à sa tribu toutes ces découvertes afin de contribuer au progrès de son peuple. Malheureusement, cette conduite unique lui value d’être considérée comme une Indienne rebelle, insoumise et têtue. C’est qu’elle refusait de suivre les traditions sévères et rétrogrades de son peuple.

En réalité, dans son environnement et dans les circonstances, le comportement de Catalina était comparable au comportement d’une fille du XXIe siècle. Elle avait même refusé d’épouser le riche cacique du nom de Lune Nouvelle.  Ce dernier était un des plus beaux et des plus vaillants hommes de sa tribu.  Il était l’héritier en ligne directe pour devenir le chef de sa tribu, selon les lois ancestrales.

Catalina et Lune Nouvelle avaient grandis ensemble et ils étaient devenus inséparables.  La tribu a vu grandir les deux enfants, devenir de grands adolescents mais elle a aussi remarqué l'immensité de l'amour qu'ils éprouvaient l’un pour l’autre.  Tous espéraient qu'enfin un  jour les jeunes les  surprendraient en leur annonçant la grande nouvelle, que le jour de leur mariage arrivait enfin bien qu’ils savaient qu’avec Catalina les choses ne sont pas très faciles.  

Catalina et Lune Nouvelle avaient l’habitude de sortir  chevaucher ensemble tous les après-midi.  L’un de ces après-midi, Lune Nouvelle lui dit : « J’aimerais que tu abandonnes toutes ces folies qui perturbent ton esprit. Tu ne pourras jamais tenir tête à toute ta tribu en voulant changer ainsi les coutumes de nos ancêtres, eux qui nous ont transmis cette culture de génération en génération! »

Catalina lui répondit : « Je veux qu’on respecte les femmes et qu’on apprenne à nous apprécier à notre juste valeur. Qu’on nous donne la chance et la liberté de prendre des décisions. Aussi, qu’on nous laisse prendre part aux réunions que les chefs organisent pour prendre des décisions d’intérêt pour tous. De plus, j’aimerais qu’on nous permette de voyager, de faire du commerce avec les autres tribus, ce qui pourrait enrichir notre savoir.  Il en serait bénéfique pour le bien-être de notre peuple et de nos foyers. Oui, tout comme les hommes, je veux aller à la chasse et connaître d’autres façons de se nourrir. »

Lune Nouvelle argumenta en disant : « Je suis assez fortuné et mes biens nous permettraient de vivre confortablement. Tu n’aurais pas à travailler comme tu le fais en ce moment. »

Catalina lui rétorqua : « Nous, les femmes de la tribu, sommes en mesure d’être des membres à part entière dans notre communauté. Nous pouvons participer à la direction des affaires. Ne vois-tu pas que la discrimination ôte aux filles et aux femmes le pouvoir de prendre des décisions, de vivre libres et d’avoir une éducation de meilleure qualité? Si on nous donnait la possibilité d’éduquer les filles et les femmes de notre tribu, nous aurions alors une vie plus productive et nous pourrions mieux aider nos familles et contribuer aux progrès de notre peuple. »

Après l’avoir écouté attentivement, Lune Nouvelle lui dit enfin : « Je t’en prie, Catalina, ne mélange pas ta tête avec toutes ces idées. Notre tribu a toujours été dirigée uniquement par des hommes. »

Catalina en convint, mais elle rétorqua : « Tu as raison. Mais les guerres internes ont fait que les autres tribus ont assassiné beaucoup d’enfants. Des guerres tribales ont fait en sorte que des filles ont été enlevées. On a commis des abus terribles envers les femmes et les a exploités. C’est sans compter toutes celles qui ont été emprisonnées. Nos lois doivent être changées de façon drastique pour que ceci ne se reproduise plus jamais. Oui, nous devons le faire afin de faire respecter les droits fondamentaux de chaque être humain. Toutes les tribus devront se plier à cela »

Lune Nouvelle lui répondit doucement : « Ma petite fleur, au-delà de tout ce que tu avances, oublierais-tu que, grâce à la protection de nos dieux et à l’effort des hommes de la tribu, nous avons donné la priorité à la préservation et à la garde du milieu environnant? Notre peuple peut ainsi jouir d’un environnement sain, équilibré et favorable au développement humain. Les activités sont productives et satisfaisantes et suffisent à nos besoins et à celui des générations à venir. »

Catalina lui expliqua ceci : « Je reconnais les mérites de nos hommes dans cette œuvre, mais n’oublie pas que pour avoir une vie meilleure et un développement social qui nous permette de vivre dignement, il faudrait aussi garantir la protection des droits fondamentaux des enfants et des femmes. On n’arrivera à cela qu’à travers le respect et droit à la vie.  Enfin, en prônant l’éducation pour tous, on favorise l’harmonie entre les tribus. Notre moi intérieur ne peut que s’enrichir. »

Lune Nouvelle l’interrompit à nouveau : « Jamais personne auparavant n’avait protesté.  C’est toi maintenant qui le fais?»

Catalina lui répondit : “Un chef ou un cacique ont-ils un seul jour pris la peine de demander l’opinion des femmes de la tribu? Leur ont-ils seulement demandé combien elles se sentent discriminées? Non, j’en suis certaine!»

Totalement désarçonné par la réponse qu’il venait de recevoir, Lune Nouvelle s’écria : « Pardonne-moi, Catalina, mais jamais je ne ferais quoi que ce soit qui ennuierait nos chefs.  Il m’est impossible d’appuyer ce que tu avances en ce moment! Pardon, mais je ne peux pas être d’accord!»

Déçue, Catalina lui déclara de retour au village : « Je ne t’épouserai pas, Lune Nouvelle! Tu manques de courage face à la vie et je refuse d’abandonner mes idéaux qui, je l’admets, représentent un défi! C’est tout un honneur que de les défendre. J’entends m’en servir pour de grandes causes et rendre ma vie et celle des autres femmes plus valables et précieuses.»

Elle ajouta : « À tes côtés, je ne pourrais que vivre dans l’abandon de mes rêves. Sans cela, je ne pourrais pas connaître le bonheur. Je ne comprends pas comment tu peux affirmer que tu m’aimes tout en me demandant de renoncer à mes rêves. Sans idéal, la vie ne porterait aucun fruit, elle serait stérile et ce serait comme d’être une morte-vivante!»

Puis, saisie d’une grande tristesse, Catalina s’éloigna avec son cheval. Elle demeura silencieuse et ses pensées les plus tristes envahirent son esprit.

Catalina se dit : « Si seulement tu savais combien je t’aime, mon bien-aimé Lune Nouvelle! J’aimerais tant passer mes journées à tes côtés, main dans la main, dans cette prairie verte et abondante. Je voudrais plonger dans les eaux de cristal de la grande rivière avec toi, et puis, fatiguée de la nage, je voudrais tomber dans tes bras forts pour que tu m’embrasses. Je ne veux jamais me séparer de toi, mon bien-aimé Lune Nouvelle. Mais ton rejet me blesse tellement. Si seulement tu pouvais me comprendre! Si seulement je pouvais compter sur ton appui en tant qu’homme afin que nous, les femmes, puissions bénéficier des mêmes chances dans la tribu. »

Les chefs de la tribu eurent tôt fait d’apprendre les exigences que Catalina avait formulées à Lune Nouvelle. Pour toute réponse, ils commandèrent qu’on ne lui adresse plus la parole. Seules les femmes de la tribu continuèrent d’exprimer leur solidarité en lui offrant un sourire complice au passage. Si elle persistait trop longtemps encore, elle risquait de se faire bannir de la tribu. 

Un jour qu’elle dormait, vaincue par la fatigue des labeurs de la journée, Catalina rêva à un homme blanc, très fort, qui arrivait blessé dans son village. Bien qu’on ait pansé et soigné ses blessures, elle voyait comment cet homme agissait avec ingratitude. Il volait toutes les richesses de son peuple et faisait des esclaves les membres de sa tribu. Elle se réveilla en grand

sursaut. Angoissée, elle raconta son rêve aux gens de son village, mais personne ne la prenait au sérieux.

Ayant entendu parler de ce rêve, Lune Nouvelle alla voir Catalina et demanda des précisions : « Est-ce vrai que tu as rêvé qu’une telle tragédie allait arriver?»

Oui, lui dit-elle : « Je crois que nos dieux nous annoncent dans nos rêves qu’une telle tragédie viendra s’abattre sur nous. Promets-moi que tu veilleras à ce qu’il n’arrive rien à notre tribu, et que, si tu avais à te battre, tu n’hésiterais pas à risquer ta vie pour protéger les nôtres. »

« Je te l’affirme », lui dit Lune Nouvelle. « Je te promets de veiller sur notre peuple comme le plus brave des guerriers. Je suis prêt à vous défendre et mettre ma vie en péril s’il le faut!»

Dans les coutumes de la tribu, seuls les hommes avaient le droit d’être des guerriers. Ils étaient les seuls autorisés à utiliser des arcs et des flèches. C’était encore eux qui pouvaient exercer le troc et les échanges et faire du commerce avec les autres tribus. C’était encore eux qui fabriquaient de leurs mains des objets et des figurines inspirées des Dieux. Ces œuvres d’art étaient taillées de façon rustique dans la pierre et modelées dans l’or.

Le Conseil des grands de la tribu était formé des hommes les plus renommés dans la hiérarchie. C’est sur eux que reposaient la confiance et l’admiration de la communauté indigène. Ils pouvaient émettre leur opinion et décider de l’avenir de la tribu. Les femmes indigènes ne pouvaient que respecter et appliquer ces décisions, quand bien même elles ne seraient pas d’accord. Les femmes, elles, se limitaient à cuisiner et à filer.  Elles étaient là avant tout pour se marier et avoir beaucoup d’enfants pour ainsi assurer la pérennité de la tribu.

Bien des lunes plus tard, rien d’étrange ne s’était passé.  Les appréhensions de Catalina ne semblaient pas fondées.

Les sœurs de Catalina avaient épousé d’autres caciques. Toutefois, Catalina, elle, refusait toujours de se marier.

Le jour arriva où, sans plus attendre, les chefs bannirent Catalina de leur village, cette dernière refusant toujours de se plier à l’ordre social dicté par les chefs.

Avant de partir, Catalina prit son sac avec quelques provisions, soit une peau de bison, son arc et ses flèches. Elle monta sur son cheval blanc et elle s’écria : « Tant que vous vivrez dans cette complaisance, vous empêcherez le progrès de la tribu! Mon désir d’être respectée et de progresser n’est pas un acte de rébellion. Je vous aime tellement. Vous êtes ma grande famille.  Alors, je vous pardonne de ce que vous me faites aujourd’hui. Je vous conseille seulement de garder vos idéaux, de vous battre pour ces derniers, car c’est ainsi qu’ils se réaliseront! »

Lune Nouvelle arriva à cet instant à cheval.  S’approchant brusquement, il barra le passage à Catalina pour lui faire ses adieux. Il lui lança un long regard d’amour et il l’enlaça. Il lui offrit ensuite une pochette remplie de pépites d’or qu’elle refusa au début.  Devant son insistance, elle finit par accepter. Enfin, Lune Nouvelle lui souhaita de commencer une nouvelle vie ailleurs.

Très émue, Catalina lui dit : « Je te remercie de ce noble geste. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit précisément toi, celui que j’ai le plus offensé et rejeté, qui partage ses richesses avec moi. »

Lune Nouvelle lui répondit d’une voix profondément triste : « Jamais je ne me marierai. Je t’attendrai. Mon amour t’appartient et te suivra comme la lune suit la nuit, tel que le ciel cherche à rejoindre la mer. »

Sur ces mots, Catalina fouetta son cheval pour s’éloigner au grand galop de son village. Elle voulait cacher ses larmes, surtout devant son bien-aimé, Lune Nouvelle. Aussitôt que Catalina fut partie, la joie sembla avoir quitté la tribu. Tous ressentaient le grand vide que son départ avait laissé. Elle avait inspiré le respect et le courage et, petit à petit, ils finirent tous par réfléchir aux dernières paroles prononcées par Catalina. Tous commencèrent à penser que ses idées n’étaient pas trop mauvaises et qu’elle avait raison dans presque tout ce qu’elle avait dit.

Sur l’insistance de Lune Nouvelle et des femmes, les caciques convoquèrent un conseil extraordinaire.  Ces derniers se sentaient coupables de ne pas avoir soutenu cette femme à prendre part aux décisions de la tribu, telle

qu’elle l’avait souhaité. La majorité des femmes réunies avait à choisir la femme qui serait leur représentante au Conseil, et ce, afin de faire valoir leurs droits comme femmes indigènes de cette tribu. Après maintes considérations, elles décidèrent à l’unanimité que Catalina serait leur voix et leur pensée. Les chefs et les caciques acceptèrent la décision des femmes et ordonnèrent à une délégation d’aller chercher au petit jour Catalina, la rebelle, la rêveuse. Ils étaient tous très loin de s’imaginer que précisément cette nuit-là, le présage funeste de Catalina prendrait forme et se réaliserait.

En effet, tard cette nuit-là, un homme blanc, blessé, et à l’air mauvais, entra dans le site de la tribu pour s’y cacher. Il fuyait une autre tribu où il avait tué des indigènes. Il avait volé leurs biens et leurs richesses. Saisi par les gens de la tribu de Catalina, il prétendit avoir été attaqué par un loup. On le soigna en croyant naïvement à ses propos.

Le lendemain matin, cet homme blanc tua les hommes qui devaient partir à la recherche de Catalina. Il saisit et ligota les chefs et les caciques. Il obligea les hommes et les femmes de la tribu à amasser tout l’or qu’ils possédaient. Il avait la ferme intention de tuer tous les villageois une fois qu’on lui aurait remis l’or. 

Lune Nouvelle, qui voyait bien les sinistres intentions de l’homme blanc, parvint à se détacher des cordes qui le retenaient.  Avec beaucoup d’habileté et d’astuce, il courut chercher son arc et ses flèches avant que l’homme blanc n’eût fini de mettre l’or dans ses poches de cuir. Mais, voici qu’au moment où il se préparait à envoyer sa première flèche, une balle de fusil l’atteint, et il tomba, grièvement blessé. La fuite de Lune Nouvelle n’avait pas échappé à l’attention de l’homme blanc et ce dernier savait très bien se servir d’une arme à feu. Cela lui donna un avantage décisif sur les membres de la tribu, qui, eux, ne possédaient pas ce type d’arme.

Tandis que l’homme blanc s’employait fiévreusement à reprendre son chemin avec son butin, il se prépara à tuer les membres de la tribu, maintenant qu’il les avait dépouillés de leurs richesses. C’est alors qu’une flèche empoisonnée se cloua dans le cœur de l’homme blanc! La rebelle Catalina était revenue au village, alertée dans un autre rêve de ce qu’il se passait dans son village. 

Catalina eut vite fait de détacher et libérer les prisonniers et, avec l’aide de quelques indigènes, elle fit transporter Lune Nouvelle dans la hutte du vieux

shaman. Celui-ci observa la blessure avec attention, puis il dit : « Je ne sais pas s’il pourra survivre à cette blessure. Il a déjà perdu beaucoup de sang et la lésion est trop près du cœur. » Catalina l’interrompit brusquement et lui souffla ces mots : « Tu dois pouvoir faire quelque chose. Tu ne peux pas le laisser mourir sans rien faire! Je t’en prie, sauve-le! »

Le vieux guérisseur couvrit alors la blessure avec un mélange d’herbes, chantant des cantiques et invoquant les bons esprits de leurs ancêtres. Il les conjurait à unir leurs pouvoirs à celui des dieux de la pluie, de la lune et du soleil. Selon leurs traditions ancestrales et leurs croyances, ces Dieux régissaient le destin de la nature et des êtres humains. S’ils favorisaient le guérisseur, ils lui donneraient le pouvoir et la science de bien sélectionner les plantes médicinales et les remèdes qui ramèneraient Lune Nouvelle à la vie. Une fois que tous les fruits sauvages et les plantes demandées furent apportés, le shaman demanda à plusieurs femmes de préparer des jus et des potions afin de les faire boire à Lune Nouvelle.

Voici déjà trois jours et deux nuits que le shaman était au pied de Lune Nouvelle à lui faire boire les potions médicinales. Mais il n’y avait aucun progrès notable.

Son état de santé était précaire et on craignait pour sa vie. Tous les efforts déployés étaient inutiles et on informa tout le monde qu’il faudrait un miracle pour sauver la vie du jeune cacique. Le shaman ordonna donc que la danse du soleil, rituelle indigène, se fasse en toute rigueur la nuit prochaine. Cette danse se fait dans des circonstances et des conditions très spéciales et consiste à remettre des offrandes aux dieux pour demander leur faveur. Il n’y a que des vierges qui peuvent l’effectuer sur la demande du plus ancien de la tribu.  Plus précisément, cette danse doit être initiée par la jeune femme qui est amoureuse et décidée à s’offrir en mariage à l’élu de son cœur.

Ce soir-là, avec de belles plumes d’oiseau de la forêt et de peintures tirées de plantes, d’insectes et de coquillages rares, le grand chef traça des signes de rituel sur les corps à demi nus des jeunes gens de la tribu, ces derniers étant vêtus d’un simple pagne de feuilles d’arbres en signe d’humilité. Certains apportèrent des instruments de musique en bois et en cuir qu’ils jouèrent tandis qu’ils s’agenouillaient en formant un cercle sur la rive de la grande rivière. Les femmes avancèrent vers le centre du cercle, leurs corps à demi nus peints et recouverts de rubans multicolores et d’un court vêtement ceint aux hanches. Leurs cous et leurs chevilles étaient ornés de colliers de plumes

et de paillettes brillantes et, dans leurs mains, elles tenaient des poteries incrustées d’or et de pierres précieuses.

La cérémonie commença donc au son harmonieux et doux des instruments de musique. Les femmes s’agenouillèrent et inclinèrent la tête, laissant tomber leurs cheveux épais et déliés sur leurs visages, pour donner le temps à celle qui aurait décidé de se marier de se manifester en toute liberté.

À la grande surprise de toute la tribu, Catalina avança, le corps couvert de poussière d’or, le front ceint d’une fine couronne en or gravée de représentations du soleil, décrivant l’union et l’amour. De son cou pendaient de minces colliers, et ses mains et chevilles étaient ornées d’or et de plumes. De sa taille descendait un fin paréo duquel tombaient en pluie des fils d’or, de minces cordons multicolores finement tissés et entrelacés de pierres précieuses et de paillettes reluisantes.

Elle entra au milieu du cercle et déclara d’une voix claire et ferme : « J’aime de tout mon cœur et de toute mon âme le cacique Lune Nouvelle et je désire être sa femme. » Puis elle commença la danse, et toutes les jeunes filles la suivirent au rythme de la musique et, doucement, elles se glissèrent et prirent place dans le cercle des jeunes hommes, laissant Catalina seule au milieu. Elle dansa sous les rayons de la lune qui rehaussait les formes de sa beauté naturelle. Elle entra dans la grande rivière et y versa toutes les offrandes aux dieux en échange de la vie de Lune Nouvelle.

Elle ressortit de l’eau brillante et elle continua la danse jusqu’à très tard dans la nuit. Quand la lune se perdit à l’horizon, laissant place au soleil qui surgit à l’est, donnant naissance ainsi à un nouveau jour, la cérémonie prit fin. Ce fut à ce moment précis, entre la nuit et le jour, qu’un changement survint dans la santé de Lune Nouvelle. Il commença à récupérer ses forces, et son teint pâle et livide comme la mort, reprit de sa couleur vitale. Catalina, épuisée par la longue danse rituelle, s’était effondrée à ses côtés et plongea dans un sommeil profond. Le vieux shaman s’aperçut que Lune Nouvelle avait ouvert les yeux et regardait, émerveillé, sa bien-aimée Catalina, assoupie près de lui. Doucement, il passait sa main sur la longue chevelure noire de la jeune femme qui s’éveilla pour l’embrasser, transportée de joie et de bonheur!

Tandis que des larmes coulaient le long de ses joues bronzées, Lune Nouvelle lui demanda : « Mais, voyons, Catalina, pourquoi pleures-tu? »

Émue, elle lui répondit : « Oh! J’ai tellement eu peur de te perdre! Je t’aime tellement! Sans toi, tu le sais bien, je ne saurais vivre! »

« Mais, quand tu m’as dit cette fois-là que tu ne m’épouserais pas, j’ai pensé que tu ne m’aimais pas », lui répondit Lune Nouvelle.

« Je t’aime, oui je t’aime vraiment! Tu es la lune qui éclaire ma vie, cacique Lune Nouvelle! » s’écria Catalina.

« Alors, veux-tu m’épouser, Catalina? », lui demanda Lune Nouvelle, avec un grand sourire éclatant.

La réponse de Catalina fut sans équivoque : « Oui, oui, mon cacique Lune Nouvelle! Je t’ai toujours aimé et j’accepte de t’épouser! »

Le vieux shaman les interrompit aussitôt, disant qu’ils avaient tous eu assez d’émotions pour la journée et qu’ils devaient attendre que le cacique soit complètement remis de sa blessure. Catalina promit alors de veiller sur son bien-aimé et d’en prendre soin. Après sept jours, l’événement tant attendu arriva où ils devaient unir enfin leur destinée. Catalina, l’Indienne rebelle, épousa le beau cacique Lune Nouvelle. Les festivités qui suivirent la cérémonie du mariage durèrent trois jours. Et peu de temps après, Catalina et Lune Nouvelle devinrent tous deux caciques et chefs de leur tribu. Ensemble, ils effacèrent toute discrimination de leur village, et ils bâtirent une communauté où ils firent régner la paix, le progrès et la justice pour tous. Ils vécurent longtemps dans leur village et ils furent très heureux.

Fin

 

 

L'histoire de la India Catalina est une propriété matérielle et intellectuelle de l'écrivain Gladys Carrillo Garcia,  droit d'auteur dûment enregistré.

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Commentaire de Yvonne Oter le 8 mars 2012 à 20:13

Quelle merveille d'avoir découvert ce texte fabuleux un 8 mars, "Journée de la Femme" !

Et que j'aime les histoires qui finissent bien ! C'est le propre de tous les contes, je pense.

Merci à toi, Gladys, et continue à me faire rêver.

Amicalement, Yvonne.

Commentaire de Gladys Carrillo Garcia le 13 janvier 2012 à 19:07

Buenos días mi querido amigo, gracias por todos tus comentarios, todos son importantes para mi.

Referente al hombre blanco, Tu tienes razón, yo se que no podemos estigmatizar a todos los hombres de raza blanca.  A causa de los errores y horrores que cometió  una  minoría,  tampoco podemos cerrar los ojos a las evidencias.

 

 Através de los años   y los hechos que han marcado  nuestra historia, numerosas  tribus que existieron en America latina, en norte America etcétera, han  desaparecido y también su gran riqueza cultural. (Debemos ayudar a conservar las pocas que quedan) El hombre por su desmedida ambición de querer  dominar y poseer,  todo ha cometido graves errores con su proceder  ha mutilado las páginas de la historia.   La población indígena, su civilización y su grandiosa riqueza cultural ha casi desaparecido.  Igualmente ha arrasado   muchas selvas vírgenes et  recursos naturales a cambio del progreso y la moderna construcción.  

 

 Yo se  que aunque quisiéramos cambiar las cosas es triste sentirnos  tan impotentes de querer hacer algo pero  todo parece es inútil, yo quiero  aferrarme a mis sueños e ideales y a través de mis escritos  rescatar tantos valores perdidos y concientizar  la gente.

 

Hay hombres blancos adorables, maravillosos y yo podría decir que son seres, realmente fuera de lo común.

Hay hombres blancos con el corazón muy negro y  hombres negros con el  corazón muy blanco.

La realidad  

Commentaire de Raymond MARTIN le 13 janvier 2012 à 17:29

Beau , philosophique , moralisateur  et bien venu à UTOPIA !!

 Encore une fois,et à juste titre, l'homme blanc et  en position  de  prédateur ! Sa position en cette planète n'est pas en route vers l'apaisement ! Hélas

  Muchas gracias.

 Carinos

 Raymond

Commentaire de Gladys Carrillo Garcia le 12 janvier 2012 à 23:12

Pour moi est un honneur de présenter mon travail à des écrivains et des artistes importants comme vous  mille mercis par  lire mes histoires et vôtres commentaires.

Commentaire de Rébecca Terniak le 12 janvier 2012 à 23:03

Merci de nous offrir ce beau conte captivant et plein de force morale, Gladys. La rebelle me parle bien !

Commentaire de Gladys Carrillo Garcia le 12 janvier 2012 à 17:54

Je suis artiste peintre, compositrice de chansons et aussi auteure de littérature pour les enfants-jeunes. J’ai déjà écrit plusieurs livres que   ne sont pas publiées mais pour protéger mes droits d’auteur tous  sont déjà enregistrées dans  droits d'auteur. Je te invite à lier les autres contes le grand sage et la fleur de la paix. Que son réunis dans la sélection de les six contes que font parte du livre  contes pour rêver.

Commentaire de Pascale Eyben le 12 janvier 2012 à 16:11

Quelle superbe histoire, un vrai conte philosophique,  ce récit aventureux et bourré de péripéties, de Catalina et Lune Nouvelle. Je l'ai lu d'une traite, captée par ton récit magique! 

Tu as un rare talent de conteuse, tu devrais l'éditer..;continuer l'histoire ou en préparer d'autres, peut-être d'ailleurs en as-tu encore dans ton sac à trésors?

Merci Gladys de m'avoir fait vivre des moments riches d'émotions à la lecture de ton merveilleux récit!

Moi qui aime particulièrement les civilisations amérindiennes, leurs coutumes, légendes, cités... de par ma formation et par goût spécifique, je suis comblée...

Amitiés,

Pascale

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