Arts et Lettres

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Enfermée, elle vit dans un monde qu’elle a engendré de toutes pièces pour remplacer celui  qu’elle a connu dans le passé. Elle se lève, se lave, mange comme une automate et fait de ses gestes une litanie qu’elle exécute doucement et avec beaucoup de précisions. Son univers se concentre sur un lit, une petite table, une étagère, quelques livres usés. Elle peut sans se lever attraper les quelques objets personnels et  les toucher.

L’ampoule au plafond est jaunie et parfois donne des signes de faiblesse. Sa plus grande hantise est cette lumière qui pourrait disparaître aussi et la plonger dans le noir.  Cette obscurité qui tombe chaque soir la terrorise et lui fait ressentir la douleur dans laquelle elle vit.

Enfermée, coupée du monde des vivants, elle ne comprend pas toujours son choix,  son tourment et pourquoi elle veut subir cela. Cette tombe vivante la garde cloitrée depuis si longtemps qu’elle en a perdu le temps. 

Des bruits de pas sont le seul contact qu’elle accepte avec la vie. Le bruit sec de la porte la fait sursauter et la laisse en sueur. Cette ouverture salvatrice qui lui donne à manger chaque jour, et lui sauve la vie est le seul lien qu’elle maintient aujourd’hui.

Enfermée mais pas prisonnière, elle reste dans cette pièce à contempler les murs et le sol. Elle en connait chaque détail précis, le nombre exact d’aspérité, de coups sur le plancher. La couleur passée et les différentes autres couches du temps l’emmène parfois dans ses rêves achevés et révolus de liberté. Elle a jeté depuis longtemps tout ce qui l’a attaché à son passé. Seul le bruit de la canalisation de l’étage a fini par être plaisant et la rapproche inconsciemment d’autres personnes, enfermées peut-être eux-aussi.

Enfermée pour  survivre, pour combattre le mal qui la ronge et pour ne pas se laisser dériver, perdre dans les méandres de son esprit.  Garder pour elle sa confiance, son intégrité, refuser cette aide que les hommes pourraient lui apporter.  Elle se sent forte pour lutter seule et résister.

Sa famille ne l’a pas abandonnée et reste inquiète du sort qu’elle a choisi. Résistant à chaque tentative, elle est ferme sur son futur et freine avec ses petits moyens les essais pour la tirer de cet enfermement.

Enfermée pour soulager ce corps, cet esprit du poids de la vie qui lui pèse tant comme des chimères accrochées à elle et si lourdes à tirer. Dans cette solitude choisie, aucun sentiment ne vient plus la harceler, la déstabiliser, la rendre malheureuse. Ses tentatives de rapprochement, envers les êtres ayant toujours échoué, lui ont donné cette résistance, cette force pour affronter le confinement de son corps et de son esprit dans cette société maintenant loin d’elle.

 

 

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Commentaire de Josette Gobert le 5 novembre 2014 à 11:56

Beaucoup de gens vivent dans l'imposture. Une vie légère qu'ils se font jusqu'au jour où celle-ci les rattrape et les blesse. De toutes les fuites, l'enfermement en fait partie et reste parfois inexpliqué. Se couper du monde est pour les proches très douloureux et comme pour certaines maladies, difficile à comprendre.

Merci de votre commentaire Gil et excellente journée

Amitiés

Josette

Commentaire de Gil Def le 5 novembre 2014 à 11:06

Bonjour Josette

L’enfermement, sujet fort intéressant … Qu’on le veuille ou pas, il y a tôt ou tard du conflit chez chacun entre être et ne pas être, du conflit entre ses désirs, ses aspirations, ou ses rêves de vie fertile, heureuse, et ce que la vie impose d’accidents, de désenchantements, de frustrations, de pertes irréversibles, de ruptures, de séparations multiples d’avec une vie heureuse, de remises en cause des belles idées ou des projets qu’on pouvait avoir. L’enfermement est à mon sens l’une des résultantes possibles de ce conflit là mais je ne crois pas que ce soit forcément en rapport direct avec une vie recouverte par le drame et le malheur. Je constate en effet que bien des gens dans l’enfermement aujourd’hui ne sont pas les plus mal lotis de ce monde et je pense qu’il faudrait se demander pourquoi cet enfermement là atteint de plus en plus de gens, puis des adolescents, des enfants dans nos sociétés alors que la vie n’y est certes pas la vie des territoires de misères sans nom du monde passé et présent … Je reviendrais sans doute pour expliquer ce qui est pour moi cause de bien des dépressions, de bien des enfermements, de bien des déglingues sociales que j’attribue à la société qui donne tant de place à l’imposture en de nombreux domaines notamment culturel…   

 

Bonne journée. Amitiés. Gil

Commentaire de Josette Gobert le 4 novembre 2014 à 9:34

 Contente aussi de pouvoir lire avec toujours beaucoup de plaisir Notre Chère Rolande.

Bonne journée également à vous deux.

Josette

Commentaire de Josette Gobert le 4 novembre 2014 à 9:33

Merci madame Bernais pour votre commentaire. Refuser le monde est parfois cruel pour celui ou celle qui le vit. Une souffrance peu commune qui parait parfois irréaliste et pourtant bien inhumaine.

Bonne journée

Josette

Commentaire de Gilbert Czuly-Msczanowski le 3 novembre 2014 à 18:39

Bonsoir incontournable Raymonde. Ravi de même. Vous ai lu depuis un certain temps. On ne s'ennuie jamais avec vous comme avec tous ceux qui ont côtoyé l'impensable. Et ce n'est pas fini !
Passez une bonne soirée,
gilbert

Commentaire de Huguette Bernais le 3 novembre 2014 à 14:55

Bonjour madame,

Juste après avoir répondu à votre courriel, j'ai retrouvé la façon d'accéder à vos textes...

Sur ce dernier, je pourrais mettre des noms de gens que j'ai connus, qui fuyaient la maladie, la détresse morale, le vieillissement... je n'ai rien pu faire... "profiter de sa liberté" peut en effet être un tour de force.

Merci pour toutes ces prises de conscience qui m'amènent souvent au bord des larmes, mais qui me connectent à la vie.

Bonne journée!

Commentaire de Quivron Rolande le 3 novembre 2014 à 13:35

Rebonjour Josette,

Qui n'a jamais rêvé un jour de se couper entièrement de ce monde pourri ?

De se retirer dans un ermitage comme les Mystiques de jadis ?

Cet enfant que vous croisez porte-t-il ce désir en son cœur .... et vous le percevez peut-être sans comprendre.

J'aime beaucoup l'éclairage de Gilbert à ce propos.

Ravie de vous retrouver .... après un appel ermitagique .... pas tragique.

Très bonne journée et bisous.

Commentaire de Josette Gobert le 30 octobre 2014 à 20:46

La liberté est ce qu'il y a de plus important dans la vie. Refuser de vivre libre peut se produire pour différentes raisons. Et je vais me faire un plaisir d'en explorer quelques unes. Merci pour votre commentaire Gilbert.

Excellente soirée

Josette

Commentaire de Gilbert Czuly-Msczanowski le 30 octobre 2014 à 16:50

Après 20 ans d'enfermement certains prisonniers ne veulent plus de la liberté. Pour y faire quoi  et y voir qui ? La prison est parfois une amie qui leur paraît plus fiable que les faux semblants.Dans votre histoire, toujours aussi bien contée, ce n'est tout de même pas une prisonnière obligée. Elle devrait profiter de la liberté qui est un bien précieux, aller en ville, au parc, à la mer, à la montagne...Il y aurait bien une âme en quête de compagnie devant la même vitrine ou sur la même piste de ski !

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