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CORRIDA SCANDINAVE : " Mademoiselle Julie " de Strindberg au théâtre des Martyrs jusqu'au 19.11.17

Théâtre de la cruauté : tous les écrits de Strindberg témoignent de sa vie et portent la trace de ses crises, de ses combats, de ses révoltes contre une société au conformisme rigide qu’il exècre et qu’il dénonce. Né en 1849, dans un milieu petit bourgeois, il perd sa mère atteinte de tuberculose à treize ans et souffre du remariage d’un père autoritaire avec la gouvernante des enfants, Emma Charlotta Peterson dont il a un fils, Emil.  Il devient auteur de théâtre après avoir  échoué dans la carrière de comédien. Sa jalousie féroce envers sa première épouse, la baronne Siri Von Essen sera à l’origine de ses premiers délires paranoïaques.  Marié et divorcé trois fois, il doit travailler beaucoup pour assurer la subsistance des enfants qu’il a de chacun de ses mariages. Névrosé, champion de misogynie, ses relations avec les femmes sont terriblement conflictuelles. Toute sa vie il luttera contre ses fantômes pour extraire de son être, une œuvre noire qui nous dit sa détresse intérieure.

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Mademoiselle Julie (Fröken Julie) (1888) : comme il est dit dès le début du texte :
« Mademoiselle Julie est folle, complètement folle ».Nous voilà avertis !

Midsummernight’s Nightmare :  De Zola à Munch, tout se passe dans la cuisine du château. On y découvre une trinité infernale qui incube pendant la nuit des feux de la Saint Jean. Christine (une formidable Caroline Cons), la cuisinière - figure iconique de la représentation de la femme traditionnelle - assiste, pleine de réprobation divine et silencieuse, à la fulgurante passion entre Julie, sa maîtresse et Jean, son fiancé. Une confrontation violente du masculin et du féminin, de la noblesse et des manants. Ambiguïté : ne fait-elle-même un rêve? On la voit dormir et marcher comme une somnambule…

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 La présence des bottes noires du terrible comte dans la cuisine 19e suggère son absence et sa personnalité  pesante. L’absence d’une mère se fait encore plus flagrante au cours de l’action traversée par la puissance onirique.  Punk déboussolée, la fantasque et fascinante Julie débarque et  se jette à la tête  du valet, qui se voit  incapable de résister au feu de l’amour-haine de la jeune tentatrice et obéit à ses caprices. La belle excuse, il a essayé maintes fois de la dissuader! Mais il finit par avouer  qu’il convoite depuis de nombreuses années la  jeune comtesse. Est-ce de l’amour ou  un moyen de monter dans l'échelle sociale ? Le jeu de L’excellent Roland Vouilloz est particulièrement ambigu et crédible. L’acte sexuel dans une soupente éclate en mille explosions sonores dévastatrices.  Symbolisme : on assiste au meurtre prémonitoire de l’oiseau de la jeune  aristocrate tandis que  Jean ne cesse de se laver les mains… Rêve de pureté - le plus beau passage - lorsque Jean lave le visage de Julie avec immense douceur,  seul répit de la pièce. Est-il vraiment dévoré d’ambition? Peut-il vraiment emmener Julie, au lac de Côme et recommencer une nouvelle vie grâce à la cassette de la fille du Comte qu’il installera derrière le comptoir?  

Mais les sortilèges de cette nuit fatale  où tout est permis se dissipent et Jean reste enfermé dans son rôle de valet, il retourne à Christine figée dans l’attente, tandis que  Julie, effarée par son acte déshonorant, seule, trahie et désespérée  se  supprime avec le rasoir que l’amant lui a  laissé dans les mains. D’héroïne de vaudeville, enfermée dans un huis-clos tragique, Julie devient une absurde victime sacrificielle qui se lave dans son propre sang. Trois étapes douloureuses, de plus en plus noires, et en correspondance avec des œuvres musicales très pertinentes choisies par le metteur en scène. Est-ce notre monde entre grandeur et décadence  que Strindberg exécute ainsi? Entre violence verbale et violence physique, cette pièce  donne réellement froid dans le dos.

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Que reste-t-il au spectateur après ce regard dévastateur sur la nature humaine signé Gian Manuel Rau?

Goûter  sa parfaite mise en scène expressionniste d’un théâtre fait d’explosions, de convulsions, de  pulsions en liberté où l’on peut  admirer le jeu inspiré  de la très talentueuse actrice néerlandaise Berdine Nusselder, glaciale, ardente, audacieuse, révoltée et dérangeante. Gardant un accent nordique intense, elle soutient néanmoins vaillamment  toute les autres interprétations du personnage de Julie, au théâtre comme au cinéma.

Profiter des larges  pauses, comme dans le théâtre de Pinter, pour se distancier du cauchemar, observer les costumes (Gwendolyn Jenkins) et le maquillage fantastique de Julie (Emmanuelle Olivet Pellegrin).

Peser le vertige de la chute de l’héroïne comme celui du désir d’ascension de Jean, et l’enlisement final de la « normalité » qui enterre tous les rêves.  

http://theatre-martyrs.be/saison/mademoiselle-julie/C1106AB6-F64C-5...

MADEMOISELLE JULIE
August STRINDBERG / Gian Manuel RAU

Photos : Mario del Curto

JEU Caroline Cons, Berdine NusselderRoland Vouilloz
MISE EN SCÈNE Gian Manuel Rau
ASSISTANAT À LA MISE EN SCÈNE Anne Schwaller, Elodie Vraiment 
SCÉNOGRAPHIE Anne Hölck
COSTUMES Gwendolyn Jenkins 
MAQUILLAGE Emmanuelle Olivet Pellegrin
HABILLAGE, COIFFURE, MAQUILLAGE Cécile Vercaemer-Ingles, Pauline Miguet
ACCESSOIRES Georgie Gaudier
SON Bernard Amaudruz, Graham Broomfield, Gian Manuel Rau, Manu Rutka 
LUMIÈRES Gian Manuel Rau, Eusébio Paduret
RÉGIE GÉNÉRALE ET SON Manu Rutka
RÉGIE LUMIERE Eusébio Paduret
RÉGIE PLATEAU Cam Ha Ly-Chardonnens
ADMINISTRATION DE TOURNÉE Nina Vogt
RÉGIE Nicola Pavoni & Justine Hautenauve

PRODUCTION Théâtre de Carouge - Atelier de Genève

Vues : 390

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Commentaire de Deashelle le 15 novembre 2017 à 14:09

L'avis de Christian Jade: ‘Mademoiselle Julie’ c’est, au départ, un drame naturaliste d’un auteur réputé misogyne, qui montre ‘l’inconduite ‘de Julie, la fille d’un comte séduisant son domestique,  sous les yeux de la servante Kristine, amante du domestique. Une pièce tellement scandaleuse en cette fin de XIXè siècle qu’il fallut attendre près de 20 ans pour la voir représentée en Suède et dans toute l’Europe puritaine.

 Tout se passe d’abord dans une ambiance de carnaval, la nuit de la St Jean, le solstice d’été, la nuit la plus longue .Tout est permis et rien n’est permis et c’est le piège où s’enferme Julie. Revenue de la fête publique elle s’enferme dans le huis-clos d’une cuisine pour séduire Jean qui de valet devient maître du jeu. Rêve de fuite, psychanalyse subtile de Julie et de ce qui dans son éducation et sa famille a favorisé cette " chute " et son  suicide final.

La pièce de Strindberg, un classique des classiques, a été ‘traitée’ il y a quelques années par la Britannique Kathy Mitchell à Avignon comme un combat féministe, plaçant au centre Kristine, la servante. Et par Philippe Boesmans à Aix-en-Provence qui en fait un opéra de chambre, cruel et tendre à la fois.

La mise en scène du Suisse  Gian Manuel Rau privilégie le drame intérieur de Julie, explorant les sources multiples de sa folie, de son mal-être existentiel, de sa mise à mort progressive. Mais le cynisme de Jean, ambitieux grossier puis lâche, soumis à son patron, le Comte est fouillé minutieusement. Tout comme ce rôle secondaire de Kristine, qui dort dans sa cuisine mais ne rêve-t-elle pas ce qui se passe comme une sorcière tuant dans l’œuf le rêve de sa rivale ?

Pour donner la pleine mesure de l’ambigüité des personnages  la méthode de Gian Manuel Rau est simple : il demande à chaque acteur de plonger en lui-même pour intérioriser le rôle dans ses moindres fêlures. C’est vieux comme l’Actor’s studio cette méthode mais diablement efficace pour porter chaque rôle à ébullition. En même temps s’il oblige les protagonistes à s’exposer, le metteur en scène prend soin de les empêcher de dérailler dans l’exhibitionnisme intime. Berdine Nusselder, Julie, livrée à elle-même, m’a parfois agacé. Ici dirigée par un grand chef (comme Philippe Sireuil l’avait épanouie dans les ‘Mains sales’ de Sartre), elle est très juste dans sa folie autopunitive, son désarroi existentiel et donc aussi dans son élocution très maîtrisée, rythmée, audible. Il faut dire qu’elle retrouve comme partenaire  idéal l’acteur suisse Roland Vuilloz, remarquable Hoederer dans les ‘Mains sales’ et tout aussi subtil et évident dans ce rôle de valet dominant. Dans le registre du cynisme froid, Roland Vuilloz a une palette grande comme un  arc-en-ciel ! Quant à Caroline Cons, Kristine,  ses interventions initiales et finales sont frappées d’une énergie décisive, comme si le vrai chef d’orchestre c’était elle !

L’emballage visuel et musical est finement travaillé pour accompagner ce grand confessionnal tragique : un quatuor de Shostakovitch insinue les stridences et les élans brisés de Julie. La scénographie d’Anne Hölck est d’un réalisme… géométrique, espace idéal pour gérer les contradictions, habité par les lumières poétiques subtiles de Gian Manuel Rau. Entre Philippe Sireuil et lui quelques points communs : deux grands maîtres de la lumière, deux grands directeurs d’acteurs, avec l’intuition de la corrida des sentiments.

‘Mademoiselle Julie’ de Strindberg, mise en scène de Gian Manuel Rau, au Théâtre des Martyrs, jusqu’au 19 novembre.

 

Commentaire de Deashelle le 15 novembre 2017 à 10:28

Commentaire de Deashelle le 13 novembre 2017 à 15:06

"Une Mademoiselle Julie punk envoûte au Théâtre de Carouge.

La jeune actrice Berdine Nusselder imprime son étrangeté à l’héroïne fouettarde d’August Strindberg, escortée en enfer par Caroline Cons et Roland Vouilloz, brûlants l’un et l’autre. Le metteur en scène suisse Gian Manuel Rau révèle la part somnambulique d’une pièce impitoyable."
- Alexandre Demidoff, LE TEMPS -

Commentaire de Deashelle le 13 novembre 2017 à 15:02

Le spectacle MADEMOISELLE JULIE, mis en scène par Gian Manuel Rau,  pour la première fois joué en Belgique.

Voici ce qu'en disait la presse suisse lors de sa création...

« Ce spectacle a du caractère, des partis pris. Il ne trahit pas l’auteur, non. Il fait remonter son tourment et l’enveloppe d’une compassion inattendue, comme une consolation. (...)
Le coup de force de Gian Manuel Rau, c’est de prolonger le sortilège de cette nuit de la Saint- Jean. D’en extraire le principe de sa lecture, une étrangeté qui est celle d’un état intermédiaire, d’une nuit blanche qui aurait pris corps dans chaque protagoniste. »
- Le temps, Alexandre Demidoff -

« De la Mademoiselle Julie du Suédois August Strindberg, le Suisse Gian Manuel Rau tire un trio à cordes enflammé. (...) Le metteur en scène met l’accent sur la part universelle de cette histoire de frictions. Ponctuées de tableaux oniriques ou explosifs, celles-ci créent l’étincelle dans le jeu animal des trois comédiens qui portent le huis clos. »
- La Tribune de Genève, Katia Berger -

Une pièce sur le pouvoir et la soumission, sur le bourreau et sa victime, qui commence par ces deux notes : « Mademoiselle Julie est folle, complètement folle. » Une partition sans armure, à la dissonance parfaite, une danse de mort. »
- Sur la terre -

Crédit photo : Mario del Curto

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Commentaire de Deashelle le 13 novembre 2017 à 14:52

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Commentaire de Deashelle le 13 novembre 2017 à 14:38

Enfin un réseau social modéré!!!

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