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Concours Reine Elisabeth (Finale) Sangyoung Kim (Corée, 29 ans) & David Fung (Australie/Chine 30 ans) au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le vendredi 31/05

Sangyoung Kim (Corée, 29 ans)  &   David Fung (Australie/Chine 30 ans)

 


Sangyoung Kim (Corée, 29 ans)  Pianiste depuis l’âge de 4 ans Sangyoung Kim commence sa formation à l’Université Nationale des Arts de Corée et la poursuit au New England Conservatory de Boston. Lauréate de très nombreux concours nationaux et internationaux, elle a entre autres remporté les 1ers Prix aux concours USASU Bösendorfer, en Arizona (2008) et Heida Hermanns, à Westport (2006).

Concerto n. 23 en la majeur KV 488 (Wolfgang Amadeus Mozart). Sang Young Kim vêtue d’une robe grise à capeline retombant sur les épaules s’imprègne du bonheur de l’introduction orchestrale et entre dans la danse. Les sonorités sont bien détachées, la main gauche bourdonne. Abeille musicale ou artisane d’échelles de soie musicale vertigineuses ? Tout glisse comme le temps dans un sablier de lumière pétillante. Sa cadence très musicienne se termine et elle redonne la main à l’orchestre avec panache ! Le changement de climat dans l’Adagio en fa dièse mineur est dramatique, les violons osent à peine se saisir de leur archet pour souligner le thème, une atmosphère de Stabat Mater déchirant se répand dans la salle muette d’émotion. Changement de programme saisissant, l’Allegro final renoue avec le mode  en la majeur, l’heure est à la jubilation. La pianiste bat la mesure avec ses épaules, les avant-bras font des pas de deux  gracieux par-dessus le clavier. Ah si Chagall la voyait, il l’emmènerait par-dessus les toits comme elle nous emmène dans l’émotion. Des flots de notes rondes roulent comme des billes de bonheur et elle salue.

Un  charisme bienveillant enveloppe son récital du vendredi soir. Elle aborde le Skriabiyn avec charme puis fonce avec courage dans l’univers halluciné du compositeur. Loin du genre épique, elle émerge comme une trépidante danseuse de l’intime, séduisant par son côté artiste et sa sensibilité à fleur de doigts. Elle sait aussi piquer des notes au marteau et plaquer des accords d’acier.  Elle module tout et son contraire pour terminer par une éruption volcanique. Dream est joué de façon presque taquine, à la façon d’un jeu de cache-cache avec humour dans les basses, pétulance dans les notes hautes, résonance dans les notes uniques, des pépites musicales qu’elle a su trouver! 

Ses Variations Eroïca en mi bémol majeur op. 35 (Ludwig van Beethoven) déconcertent le public averti qui attendait la férocité, la puissance, la brutalité du tragique. Il semble qu’elle ait pris le contre-pied et le  parti de jouer la parodie sous forme de mille et un mimes évocateurs. Elle muse même…  Elle travaille tous les styles, de façon surréaliste avec grande expressivité. Militaire, moqueuse, grand siècle, menaçante, enjôleuse, sifflotant… savez-vous danser la Polka ? C’est personnel, bouffon, on dirait une chansonnière de Beethoven. Soudain elle se transforme en cigale musicienne, reine des dissonances voulues et la mélancolie palpitante Beethovienne est bien là, un vase empli de larmes. Une douleur poignante que Baudelaire même ne pourrait faire taire. Le dernier mouvement danse sur la joie chantée à tue-tête par une fine mélodie agreste. Résilience triomphante du bouchon de liège qui surnage  dans un majestueux feu d’artifice.

http://www.cmireb.be/cgi?usr=6gs2jw2rxa&lg=en&pag=1996&...

 David Fung (Australie/Chine 30 ans) 

A 19 ans David Fung reçoit le prix de l' ABC Symphony Australia Young Performers Awards, après quatre tournées éblouissantes en Australie dont le point culminant est son interprétation de la Rhapsodie sur un thème de Paganini avec l'orchestre symphonique de Sidney. Il vise l'Amérique et  entame ses études au Conservatoire de Colburn (Los Angeles) dans la classe de John Perry. De 2009 à 2012, il se perfectionne à la Yale School of Music, auprès de Peter Frankl. Il travaille aussi avec Claude Frank. Il a reçu plusieurs bourses et prix, dont le 4e Prix au Concours International Rubinstein (Tel Aviv, 2008), et un prix spécial au Concours de l’International Concert Artists Guild (New York, 2011).Il vit à New York. 

Il suit tout de suite  Sangyung Kim dans son récital et attaque la pièce imposée, Dream (Frederic Rzewski) avec sourire, à défaut de sagesse. Totalement cabotin, il  ose livrer des pitreries musicales bondissantes. Il s’amuse visiblement en pratiquant des électro-chocs subversifs, fait sauter ses mains à la hauteur des épaules, passe par tous les états : liquide, rocailleux, brumeux, cinglant ! Le rêve s’est effiloché sur quatre notes feutrées, en suspension… On range la partition et la  Sonate en ré mineur K 32 (Domenico Scarlatti) démarre avec grande fraîcheur, couleur et expressivité. Les sonorités sont limpides. La nuque très mobile suit les mains comme un danseur de ballet classique. Il joue deux voix en écho, comme une Tarentelle et verse avec plaisir évident  dans la vivacité du bonheur tzigane avec des triples croches virtuoses. Il se saisit ensuite du  Prélude en si mineur op. 32/10 (Sergey Rachmaninov) pour  jouer les contrastes d’atmosphères : accords profonds,  amples crescendos qui parcourent le clavier d’un être inconsolable, sentiment d’abandon palpable, voire de trahison, aspiré par la dernière mesure. C’est à Beethoven que le pianiste médiatique se livre ensuite, corps et âme. La  Sonate n. 31 en la bémol majeur op. 110 (Ludwig van Beethoven) lui donne l’occasion de briller dans des sonorités bien timbrées qui dévalent comme des cascades d’eau pure. Le drame et le désespoir se font vibrants de vérité. Mais, construisant patiemment son propos il se pique de faire naître un  monde nouveau, harmonieux ? On se laisse  emmener dans la volupté des hautes sphères. Un pianiste radieux célèbre la liberté et la joie de l’émerveillement, pour terminer sur un sourire éblouissant qui est pour lui une façon de vivre.

Et son Mozart ? Des sonorités princières, des pianissimos envoûtants qui gardent bien le timbre, des accords qui claquent avec l’orchestre marquent son très élégant Concerto n. 21 en ut majeur KV 467 (Wolfgang Amadeus Mozart). Une virtuosité explosive, un solo qu’il savoure en rondeurs, un très beau toucher. Les notes défilent avec précision sur la crête orchestrale. Le capitaine du voilier tient à l’œil les cordes et les cuivres  qui jouent le jeu de très bonne grâce. Il est époustouflant de vivacité, une bonne façon d’occulter la pression qu’impose une telle épreuve. Il pourrait se passer de chef d’orchestre, Ascendance chinoise ou italienne ? Australienne! 

 

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Commentaire de Deashelle le 2 juin 2013 à 16:18

http://www.rtbf.be/video/detail_finale-concours-reine-elisabeth-201...

Brahms, concerto n° 2 en si bémol majeur  David Fung

 

Commentaire de Deashelle le 1 juin 2013 à 11:46


Une belle soirée à la veille des résultats

Le 1 juin 2013 par François Mardirossian

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Les prestations d’hier soir étaient très réussies ; à la veille de la dernière soirée des finales, tout est encore possible. Les deux candidats nous ont donné une belle leçon de musique. Deux grands concertos très bien maîtrisés.

La première candidate de la soirée était Sangyoung Kim qui a débuté avec la Sonate en la Majeur (op.120 D 664) de Schubert. Les lignes mélodiques sont très soignées et construites ; Kim est concentrée et semble à l’aise dans cette musique. Dès le premier mouvement, on peut remarquer que cette pianiste a naturellement du son, une chance pour elle car cela lui évite un son dur dans les octaves du premier mouvement. Elle fait sonner le piano avec aisance, et le confirmera plus tard dans le concerto de Prokofiev. Dans le deuxième mouvement, elle installe une belle ambiance, très intime et douce ; on regrette alors qu’il ne soit pas plus long. Dans le dernier mouvement, Sangyoung Kim commence bien mais trébuche dans plusieurs passages délicats et la Sonate finit plus mal qu’elle n’avait commencé. Mais cette pianiste a des ressources ; dans l’imposé In the Wake of Ea de Michel Petrossian, elle prend le parti d’un toucher plus percussif qu’impressionniste et cela donne une toute autre vision de l’oeuvre. Les attaques sont cinglantes, presque arrachées et les traits virtuoses sont jetés sur le clavier avec une grande précision. L’ensemble sonne comme un coup de fouet. Après les douceurs de Schubert, Kim nous prépare pour Prokofiev. Sous ses doigts, l’oeuvre de Petrossian rappelle étrangement l’univers musical de Bartok, notamment Musique pour cordes percussion et célesta. Kim a su imposer sa version. A mi-chemin de sa prestation, on peut déjà cerner son point fort : sa force et sa vigueur. Son Concerto n° 2 en sol mineur de Prokofiev est sidérant de maîtrise. Quelle énergie dans ce premier mouvement! Toutes les attaques sont précises et toutes les notes bien claires. Le concerto semble écrit pour elle. Une cadence très réussie, bien construite et tous les thèmes bien amenés. Elle prend son temps et chante constamment. Le deuxième mouvement est parfait du début à la fin, d’une clarté incroyable et d’une précision chirurgicale. Elle tient le tempo sans problème. Sangyoung Kim a fait un très beau choix en prenant ce concerto, il lui convient à merveille et elle a tout compris à cette musique. Quelle aisance dans le dernier mouvement, quels gestes précis et souples. Il est rare d’entendre ce concerto si bien contrôlé.

Pour finir la soirée, le souriant David Fung. Il commence avec la Sonate n°4 en mi bémol Majeur de Mozart (KV 282). Le jeu de Fung est très simple, sobre et il n’en fait pas trop.  Le pianiste montre naturellement son plaisir, ce qui est rare en finale d’un concours international. David Fung nous offre un Mozart aérien et chantant. Son deuxième mouvement (Menuet) est parfaitement dans le style, simple et d’une grande élégance. Il est très au fond du clavier, ses mains sont ancrées dans l’instrument sans que le son soit jamais dur ou forcé. Fung ne joue pas « en surface » comme trop de pianistes quand ils abordent Mozart; il utilise simplement le poids de son bras, sans en rajouter. Dans In the Wake of Ea, David Fung montre une nouvelle fois sa belle personnalité ; il s’est approprié l’oeuvre et en donne une version très originale. Son jeu très perlé convient bien à cette pièce qui puise son inspiration dans la musique française. Mis à part un petit faux départ, on y sent le pianiste australien à l’aise ; il n’est pas rivé à la partition et s’inspire des musiciens de l’orchestre pour rechercher de belles sonorités dans le piano. Un bel imposé. C’est avec le Concerto en si bémol Majeur op.23 de Brahms que Fung a choisi de finir son concours. Concerto exigeant, dense et particulièrement long à tenir. Le premier mouvement montre qu’il peut rivaliser avec l’orchestre au niveau sonore. Le son est rond, plein, sans jamais tomber dans l’excès. Il dispose d’une grande palette de couleurs et se joue de toutes les difficultés techniques. Dans le deuxième mouvement, il a choisi la simplicité dans l’expression, à l’abri du pathos incohérent. Il suit l’orchestre, est à l’écoute de ce qu’offrent les musiciens, sans conflit avec la masse orchestrale. Son troisième mouvement est simplement divin, aidé par un violoncelliste inspiré et mesuré. Il nous plonge dans un monde de délicatesse et de finesse. Le dernier mouvement est enjoué, espiègle et très énergique. Fung n’a pas cessé une minute d’être « dans » le concerto : pas un seul moment de flottement. Ni son sourire ni sa concentration ne lui ont échappé un seul instant.

Deux candidats très discrets qui ont fait montre de leurs qualités dans deux grands concertos très exigeants.

François Mardirossian

Commentaire de Deashelle le 1 juin 2013 à 1:08

Xavier Flament Kim Sangyoung, la bonne élève

Kim Sangyoung (Corée, 29 ans) est une pianiste sérieuse qui reste un peu trop à la surface des œuvres. Les deux « allegros » de la sonate D664 de Schubert laissent une impression mitigée : corrects mais un peu froids sans cette gentillesse inspirée que les Viennois dénomment « gemütlichkeit » qui fait tout le prix de Schubert. La pianiste coréenne s’abandonne davantage dans l’« andante » central, à la fois grave et rêveur. Volontaire, presque virulent, son piano induit un discours imposant mais étrangement déconnecté de ce qui se passe autour de lui. Ce piano cinglant évolue dans son monde solitaire, loin des sollicitations de l’orchestre.

Vigueur et netteté des attaques, solidité de l’engagement interprétatif, la finaliste possède quelques-unes des qualités qu’exige le 2e concerto de Prokofiev. On admire l’ambiance funambulesque du début, on salue les grands éclats de la cadence centrale mais on reste sur sa fin car cette lecture athlétique manque étonnamment d’humour, de légèreté et de lyrisme. Un scherzo en coup de poing, un intermezzo appuyé, un « tempetuoso » orageux : ce Prokofiev violent manque décidément de complexité.

David Fung, une personnalité sympathique dans un programme inadapté

Le choix de la sonate K 282 ne rend pas vraiment service à David Fung (Australie/Chine, 29 ans) : un Mozart gentiment galant mais qui ne va pas très loin. C’est propre, poli, un peu sage mais franchement superficiel. La personnalité du candidat se profile davantage dans l’imposé où il propose un angle de lecture très différent, loin de certaines démonstrations fracassantes. Sa vision privilégie plutôt l’instant avec une recherche de climats inédits et un réel souci de séduction. Mais pour la partie de piano elle-même et non en osmose avec l’orchestre.

Le 2e concerto de Brahms laisse plus sceptique. Ses sonorités mates et courtes ne contiennent pas l’ampleur et la profondeur que l’on attend brahmsien. Le dialogue avec l’orchestre en sort appauvri et ce ne sont pas les maniérismes interprétatifs, comme certains rallentandi superflus, qui rendront au discours son efficacité. Le 2e mouvement devient poussif et appuyé. L’« andante est servi par un joli toucher qui ne réussit par contre pas à relancer l’intérêt dans une interprétation qui manque d’influx. Le finale manque de grâce primesautière. Un Brahms bien prosaïque.

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Commentaire de Deashelle le 29 mai 2013 à 15:46

Sangyoung Kim (Corée, 29 ans)

 

Vendredi 31 mai, 20h. Schubert, Sonate en la majeur D. 664. Prokofiev, Concerto n° 2 en sol mineur

 

David Fung (Australie/Chine 30 ans)

Vendredi 31 mai, 21h45. Mozart, sonate n° 4 en mi bémol majeur. Brahms, concerto n° 2 en si bémol majeur

 

 

 

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