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J'ai toujours aimé associer l'amour et l'art de la table. Dans les histoires comme dans la vie. Dans un cas comme dans l'autre, un peu d'ambition et de risque ouvrent les portes de bien des plaisirs.

Le soir où nos jeux ont commencé, nous n'avons mangé que l'entrée.

Nous nous connaissions depuis peu, et jusqu'à présent jamais il ne m'avait parlé vraiment « cuisine ». C'était aussi le premier homme que je rencontrais qui, parmi ceux qui savent cuisiner, aimait réellement cela.

C'est donc par la cuisine que j'ai commencé à découvrir sa maison.

Il avait grillé deux tranches de pain, puis les avait imbibées de Gewürztraminer avant de les disposer au centre de deux assiettes. Sans savoir pourquoi j'avais laissé traîner mon doigt sur le pain, et j'avais regardé la fine pellicule humide sur mon doigt, avant de le mettre en bouche. Pourquoi ce geste alors que j'avais le même breuvage dans le verre que tenait ma main droite?

Difficile à dire... mais à bien y réfléchir je crois que c'est à cet instant que l'idée de marier les plaisirs s'est développée en moi.

Un parfum un peu acide m'envahissait: il venait de couper en petits dés une nectarine à peine mûre et une poire Conférence, puis avait jeté le tout dans une poêle où le beurre avait déjà fondu. Cette préparation était le reflet du Gewürztraminer qui teintait délicieusement nos verres: fruit brut, acidulé, velouté.

A ces doux parfums vinrent s'ajouter ceux du cidre qu'il versa généreusement sur les fruits en pleine cuisson, qui aussitôt disparurent dans un brouillard fruité.

Il ne me disait rien de ce qu'il comptait faire de tout ceci, et je laissais ce mystère exciter mon imagination. La décontraction dont il faisait preuve ajoutait à ma curiosité. Combien de fois avait-il cuisiné ce plat que je ne voyais encore qu'en chantier? Avec qui l'avait-il partagé? Qu'avait-il fait ensuite?

Moi je savais qu'au plaisir de la découverte - et la faim aussi - s'ajoutaient bien des sensations auxquelles je ne pourrais bientôt plus résister.

Il m'invita à m'asseoir à la table dressée avec soin, et où il avait disposé deux bougies. J'obéis. J'étais légèrement frustrée de ne pas assister à la fin de la préparation, mais ne pas savoir exactement à quoi ressemblerait ce qu'il entendait me servir attisait ma curiosité, et les images qui me venaient me troublaient avec une douceur infinie.

Ses mains sur moi. Et mes yeux bandés.

Tu anticipes ma fille, tu anticipes.

C'est donc les yeux fermés, sans qu'il n'ait à me le demander, que j'accueillis nos assiettes à table.

Sur les deux pains grillés il avait disposé des tranches de foie gras, puis les avait nappées des fruits poêlés au beurre et au cidre. Le tout formait un chaud-froid qui me fit vibrer le ventre.

Qu'est-ce qui me met dans cet état? Toi? Moi? Ton appétissante composition?

La réponse me vint dès la première bouchée.

Tout à la fois.

Le foie gras s'était doucement amolli sous le nappage brûlant des fruits. Son goût délicat s'en trouvait renforcé, et se mêlait harmonieusement aux parfums de Gewürztraminer dont le pain demeurait imbibé. C'était à croire que les parfums s'étaient nourris de l'initiale fermeté du pain et du foie gras, et cette idée entreprit d'agiter les papillons qui dormaient, là, tout en bas.

Mes joues se sont certainement mises à rougir quand je me suis rendu compte que je n'écoutais pas un mot de ce qu'il me disait. C'était un peu comme si j'avais fait un tour sous la table comme une petite fille un soir de fête. Je tentai de m'agripper à sa conversation, en vain. Je sombrais lentement dans un océan de plaisirs parfumés, et sa voix s'éloignait peu à peu de moi.

Je portais à ma bouche une source de plaisir insoupçonné, qui me semblait inépuisable. Sentir couler au fond de ma gorge ce subtil nectar me transformait peu à peu en une chaude vague de désir.

Tais-toi.

C'est ce que je lui dis.

Il ne me parut même pas surpris de cette subite autorité. Il baissa les yeux, et mangea en silence. Mais à chaque bouchée qu'il savourait il me regardait à nouveau. C'était un regard bienveillant. Il m'associait, moi, dans la lueur des bougies, à ce qu'il goûtait. Et cela me plaisait furieusement.

L'idée que bien des soirées semblables à celle-ci se soient passées, avec d'autres femmes, devenait secondaire. Et progressivement la conviction d'être unique ici et maintenant montait en moi.

Il me respectait.

Et je terminais ma dégustation, en silence, face à lui, et lui face à moi.

Amen.

Lorsque nous en eûmes fini avec sa délicieuse préparation, c'est avec la conviction qu'il était inutile de cuisiner encore, du moins pour ce soir-là.

Je lui dis: « Maintenant, je veux que tu le refasses. Avec moi ».

Et c'est ce qu'il fit.

Plusieurs fois cette nuit-là je me dis que j'avais eu de la chance de le rencontrer. Au-delà des dispositions positives qui s'étaient développées en moi tout au long de l'avant-soirée, je garderai un souvenir émerveillé de l'exercice que je lui avais imposé. Je fus tour à tour chacun des ingrédients qui s'étaient transformés en merveille.

Il me déshabilla avec une infinie délicatesse, tout comme il avait fait glisser la peau de la nectarine sur sa chair si tendre en apparence, mais en réalité si ferme au toucher.

Les baisers dont il me couvrait étaient comme autant de morceaux de poire chaude, taillés au couteau, doux et acides à la fois.

Je griffai son dos et il me griffa en retour, et ma peau se souviendra éternellement de ces rugueux tours de passe-passe, tout comme ceux du pain imbibé sur ma langue.

Quant à nos corps, qui au fil de notre dégustation augmentaient en goût et en chaleur, ils furent longs à épuiser la recette de cette nuit.

A plusieurs reprises – combien en fait? Je n'en ai aucun souvenir précis - j'eus l'impression qu'il me portait à ébullition, qu'il me transformait en un nuage parfumé tout autour de lui, et lui perdu au milieu de moi, étouffé mais si vivant, encore et toujours.

Je sombrai alors qu'il faisait déjà jour, et m'éveillai à peine plus tard. Il me regardait, couché sur le côté. Son regard me donnait chaud.

« J'ai faim », dis-je.

Il sourit, se glissa sur le dos, me laissant découvrir derrière lui le plateau du petit-déjeuner, débordant de petits pains au chocolat, croissants, confitures, thé, café, jus d'orange, ...

Je lui lançai un regard gourmand et dévorai le tout en un instant, homme et viennoiseries.

Nous avons inventé tant de recettes. Des mets pour se faire du bien, des dégustations ludiques et coquines, d'énormes plats pour nos amis, de petites douceurs pour se consoler lorsque la vie nous malmenait, et toujours de quoi attiser tous nos appétits... jusqu'à ce que mon ventre en porte le fruit.

Nos enfants sont grands maintenant.

Mais il me fait toujours aussi bien la cuisine, cet homme-là...





Bruxelles, le 10 septembre 2008.

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Commentaire de Eric Descamps le 21 mars 2012 à 18:19

Dans ce cas... à taaaable !

Commentaire de Alexandre MALOIN le 21 mars 2012 à 18:10

Vous donnez furieusement faim !

Commentaire de Eric Descamps le 4 novembre 2011 à 23:10

Merci Usha, c'est une de mes recettes (et histoires courtes) préférées!

Commentaire de Princesse indienne le 4 novembre 2011 à 23:05

Wahouuuu, je me suis mise à la place de cette femme et j'avoue wahouu! ;-) Plaisir délectant et savoureux tout en sensualité et délicatesse ! J'adore.. Moi qui aime cuisiné... ( sourire)

 

Très bel écrit !

Amitié . Usha ;)

Commentaire de Eric Descamps le 10 octobre 2011 à 13:30

Merci Joelle!

La reçette elle-même existe, je la pratique depuis des années avec des variantes (pommes/poires/pêches pour les fruits, vin/cidre/calvados pour le liquide (mais le Gewürztraminer reste un must à verser dans les verres)...

Miam!

Amitiés gourmandes,

Eric

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