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Atropos

 

Acte II

Scène I
La marquise et briancourt

Briancourt

- Qu’ai-je à penser ,madame, Lachaussée sort d’ici

et vous l’avez reçu en cette tenue-ci?

La marquise»

- Ne faites pas l’enfant, Briancourt, je vous prie!

Mais seriez-vous jaloux? C’est cela je parie!

Briancourt

- Vous avez bu, madame, avec ce serviteur!

La marquise

Abandonnez pour moi le ton de précepteur!

Cette journée vraiment me parait peu banale,

Chacun veut à son tour me faire la morale,

Ma suivante, ma soeur Thérèse et même vous.

Il ne manque, voyez, vraiment que mon époux.

Briancourt

- Je me sens maladroit Vous aviez de la peine

C’est pour y échapper, n’est-ce pas, Madeleine,

Que vous avez encore absorbé ces liqueurs

Qui vous troublent l’esprit et vous font mal au coeur.

La marquise

Ce jour, désespérée de mourir j’eus l’envie.

Sainte-croix peut, s’il veut, disposer de ma vie

Et ce qui est plus grave perdre aussi ma maison.

Briancourt

- Madame , la boisson fausse votre raison.

La marquise

-Plaignez-moi Briancourt, je suis très malheureuse.

Ma dévote cadette veut me rendre peureuse

Et me fait craindre aussi pour mon salut au ciel.

Ses paroles tantôt étaient pleines de fiel.

                           J ’ai tellement pêché! Je m’accuse, mon père.

                                                                                     

Briancourt

- Retrouvez vos esprits, détendez-vous ma chère !

J’ignore ce qu’a pu vous dire votre soeur

Moi, je suis votre amant, non votre confesseur.

La marquise

- Peu importe! Aujourd’hui je veux tout vous apprendre

Peut-être pourrez-vous m’aider à me comprendre.

Ne m’interrompez point que je n’aie achevé.

J’espère qu’un poids lourd me sera enlevé.

Ecrivez, Briancourt, mon père, je m’accuse.

Je ne trouve en ce jour que de faibles excuses

Au mal qu’à mes proches j’ai voulu infliger.

D’un incessant remords je me trouve affligée.

Écrivez Briancourt! d’humeur vive et fière,

Pour n’être point vendue, je fus incendiaire.

J’ai brûlé de mes mains note propre maison

Et j’ai toujours pensé que j’avais eu raison.

J’ai pêché par envie et manque de tendresse

Pour ceux qui m’entouraient de soins en ma jeunesse.

J’aimais la vie, l’amour et les jeux défendus.

Mon amant qui fut pris dans un piège tendu.

Sortit de la Bastille en ayant une poudre

Aux effets aussi forts que le feu de la foudre.

Mon père y succomba, mes deux frères aussi.

Je n’en eus pour longtemps vraiment aucun souci.

J’en avais recueilli une énorme richesse

Que j’ai dilapidée dans le jeu et l’ivresse.

- Briancourt

- Qu’inventez-vous, madame?

- Ne m’interrompez pas!

L’orgueil qui m’habitait est certes toujours là.

Je voudrais pour mon fils un rang des plus illustres.

J’ai voulu supprimer sa soeur manquant de lustre

Mais l’instinct maternel reprenant le dessus,

Je l’ai sauvée à temps, elle ne l’a pas su.

 
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