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Au théâtre Poème : VOICI ÉLECTRE ! D’ESCHYLE À SARTRE

Force tragique et esprit étincelant. Le sang est-il rouge ou blanc ? Le décor et constitué de quelques plans de tulle métallique mouchetés de taches rouges ou blanches…. Blanches pour la plupart. De loin, on dirait des pans de soie sauvage. Avec les effets de lumières on obtient l’illusion saisissante de remparts de ville antique, à travers lesquels apparaissent des personnages fantomatiques, des masques flottants. Dès le début le public est juge. Il va devoir apprécier quelles sont les circonstances les raisons qui ont poussé Electre à commettre le matricide.

« C’est la conséquence d’un désespoir sublime », Electre prend toute la faute sur elle, elle est l’esprit qui a armé le bras de son frère Oreste pour commettre l’irréparable. « C’est une légitime rébellion contre le destin injuste. » Très jeune, dès le départ d’Agamemnon pour la guerre de Troie, elle a surpris les ébats amoureux de sa mère Clytemnestre avec Egysthe, l’usurpateur. Triste à mourir, elle rêve des bras de son père. Electre évoque son perfide assassinat au retour de la guerre de Troie, comme il a « glissé» sur les marches de la piscine et fut tué par Egysthe, de son propre glaive. Clytemnestre avoue que chaque nuit, depuis sept ans elle revit ce meurtre dans ses cauchemars. Elle a tué son époux plus de 3000 fois… Plaisir ou remords ? Elle jouit impunément du pouvoir, elle se vautre dans le déshonneur, elle a volé le patrimoine et l’héritage de ses enfants… Elle avoue « Rien ne trouble plus la conscience que de recevoir une récompense pour le crime commis!»

Egysthe se pavane avec le sceptre d’Agamemnon ! Il profane sa tombe et lui a refusé les rites funéraires. Electre est désespérée devant « ce festival d’abominations » au mépris des lois divines. Elle sanglote devant l’injustice profonde et se livre à la violence de ses sentiments. Elle n’est pas libre de les raisonner. Elle porte le lourd héritage des crimes des Atrides : viols, incestes, infanticides, cannibalisme… Le comble: Clytemnestre, non contente d’humilier Electre de ses sarcasmes, lui avoue qu’à sa naissance même, elle lui fut indifférente dès la première minute! Evoquer le sacrifice de sa fille Iphigénie ne suffit pas à attiser sa rage contre le Roi des rois, elle ose justifier le crime d’Agamemnon, par sa jalousie pour la belle troyenne ramenée avec les autres trésors de guerre… C’est sans appel.

Electre a pourtant le courage de lui dire : « Tu as tué mon père dès ta première partie de plaisir avec Egysthe ! » Elle se plaint : « Moi et mon frère, qu’avons-nous fait ?» Tuer va devenir une nécessité, un devoir. Lorsqu’elle retrouve Oreste elle lui confie : « le temps qui passait me maintenait dans une perpétuelle agonie…» Et le chœur de se tourner vers les juges : « Songez-y, vous les juges, êtes les premiers responsables, vous avez armé son bras ! Une femme a osé ce que vous n’avez pas tenté. Rendre la justice! » Justice faite, Electre n’a nulle part où se tourner, aucun mari ne l’accueillera dans son lit et la voici assaillie par les Érinyes, leurs chuchotements gluants, leurs pattes griffues et leurs millions d’yeux qui la regardent, recroquevillée sur son frêle tabouret… comme au début de la pièce!

Le cercle s’est refermé sur elle, les questions sont ouvertes pour nous! Le spectacle et le jeu des trois comédiens est bouleversant d’humanité et d’authenticité. Cette Electre aux multiples facettes, un portrait fait de fragments de textes d’Eschyle à Marguerite de Yourcenar ou Sartre est d’une finesse de perception étonnante… La mobilité extraordinaire de la comédienne illustre sa soif de vie dans la cage où elle a été enfermée. Tous ces textes semblent se mêler, se confondre, se compléter et se répondre comme un chant unique, composé pour notre besoin profond de justice et de vérité! Un éblouissement!

...Et Egysthe? Ecoutons Homère...

« Hélas! Les hommes accusent sans cesse les dieux ; ils disent que c'est de nous que viennent les maux, et pourtant c'est par leurs propres attentats que, malgré le destin, ils souffrent tant de douleurs. Ainsi maintenant Égisthe s'est uni, malgré le destin, à l'épouse d'Atride, et même il a tué ce héros qui revenait d'Ilion, quoique Égisthe sût l'affreuse mort dont il périrait ; puisque nous-mêmes, pour la lui prédire, avons envoyé Mercure lui donner avis de ne point immoler Agamemnon, et de ne point s'unir à la femme de ce héros ; car Oreste devait en tirer vengeance, lorsque ayant atteint la jeunesse il désirerait rentrer dans son héritage. Ainsi parla Mercure ; mais ces sages conseils ne persuadèrent point l'âme d'Égisthe : il expie aujourd'hui tous ses crimes accumulés.» [chant 1 Odyssée]

http://www.theatrepoeme.be/ 30 rue d'Ecosse 1060 Bruxelles

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