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"Une femme en bleu : Voyage en mère inconnue" roman de Michèle Jullian éd. Fortuna

« Nous naissons, pour ainsi dire, provisoirement quelque part et c'est peu à peu que nous composons - en nous - le lieu de notre origine pour y naître - après coup - et chaque jour plus définitivement. » Rainer Maria Rilke « Lettre à Franz Xaver Kappus - 23 avril 1923 » 

Avec sa féminine clairvoyance, sa générosité parentale, son amour et sa connaissance de la Thaïlande au passé comme au présent, Michèle Jullian nous invite dans un voyage initiatique loin de tout cliché, autour de l’identité. Une femme bleue raconte le parcours d’une jeune fille parisienne adoptée qui rêve de retrouver sa mère biologique en Thaïlande. Cette quête de la vérité passionnera non seulement les jeunes adoptés à la recherche de leurs racines ou leur famille, pour ce qui est de l’aspect témoignage, mais aussi tous ceux qui s’intéressent à l’altérité. La fraîcheur du style de notre époque est dans la bouche de l’héroïne.

Dans ce témoignage empreint de respect, offrant des réponses très humanistes à nos questionnements, Michèle Jullian nous emmène dans un voyage affectif, spatial et temporel, à la recherche finalement de ce qui compose l’amour vrai. Le bonheur n’est-il pas un voyage, plutôt qu’une destination? Depuis son roman « Le théâtre d’ombres » qui avait pour cadre la Thaïlande, lui aussi, Michèle Jullian excelle dans l’art de mêler la vie vécue de la fiction, et c’est ici probablement la sagesse vécue qui l’emportera.

Le jour de l’anniversaire des 18 ans d’Amata, tout bascule pour la famille qui l’a adoptée depuis sa plus tendre enfance à Paris. On lui a tout donné :lycée Charlemagne, aisance matérielle, vêtements griffés, ciel familial apparemment sans nuages. Mais avec la complicité de son ami Shanti, d’origine indienne, elle s’évade de sa vie plus-que parfaite et tranquille auprès de sa famille adoptive et vole seule vers le pays de ses racines. La seule chose qui n'a pas d'ombre c'est la lumière et c’est vers la lumière que s’élance la jeune étudiante en pose sabbatique. 

Perdue entre le comment et le pourquoi, la vérité, elle la trouvera au bout de son périple plein de bleus. Ce qui compte c'est le message de Michèle Jullian qui analyse très finement le besoin de vérité qui anime particulièrement une ado adoptée. Et on trouve dans ce roman une multitude de questions cruciales que tous les enfants se posent : est-ce que mes parents m’aiment ? Et est-ce que je m’aime? Puis, quelqu’un peut-il m’aimer? Quel est le sens de ma jeune vie? Des questions fichées dans l’humus de la souffrance primordiale, la question lancinante du pourquoi de l’abandon à la naissance. Amata va se faire renaître une deuxième fois. Faut-il se ressembler pour avoir un lien de filiation ou pour s'aimer? Une chance, Amata et sa grand-mère parisienne sont sur la même longueur d’ondes, même si elles n’ont pas « un air de famille ». Une chance, Amata a rencontré Shanti, lui aussi adopté et qui a grandi en France et avec qui elle correspond, secrètement, précieux intermédiaire avec la famille parisienne qui respecte le vœu de leur fille de ne pas succomber à la tentation de l’appeler. Amitié d’enfance ? Amour naissant ? 

Vous découvrirez que le texte vit au rythme de la vie en Thaïlande, surtout au cœur de la province Isan. Michèle Jullian brosse au passage un tableau lucide des conditions de vie contemporaines et ancestrales de cette culture si différente de la nôtre. Préparez-vous avec Amata au Culture Shock ! Bien sûr toute personne qui a séjourné quelque temps dans ce pays se retrouvera dans les rires, les odeurs, les saveurs, et les sonorités orientales évoquées avec tant de sensibilité e de justesse. Il y savourera les paysages, la vie de village qui y est décrite, le mode de vie écartelé entre modernité intense et tradition locales. Michèle Jullian a en effet un flair d’anthropologue et son amour du pays est empreint de grande lucidité à l’évocation du contexte historique ou politique qui ne manque pas de marquer le roman d’autres teintes que le bleu. Ses pages sont émaillées de phrases en langue locale qui ne manqueront pas de faire plaisir à ceux qui ont vécu dans cette partie du monde, à la fois tant exaltée pour son image paradisiaque et tant décriée pour son tourisme parfois si peu recommandable. 

Mais, tout au fil tendu du récit, le texte ne cesse de palpiter bruyamment, au rythme du désir de savoir et de retrouver celle qui vous a fait naître avant de savoir vers où on va, les yeux grand ouverts. 

Michèle Jullian

ISBN : 2875910507 
Éditeur : FORTUNA (2015)

Vues : 357

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Commentaire de Deashelle le 2 juin 2016 à 15:45

Commentaire de Deashelle le 28 avril 2016 à 12:35
Commentaire de Deashelle le 28 avril 2016 à 12:31

Elle est aussi Photographe...

Commentaire de Deashelle le 28 avril 2016 à 10:57

Racines Thaïlandaises a l'honneur d'avoir pour marraine Madame Michèle JULLIAN, originaire de Calais et qui partage sa vie entre la France et la Thaïlande, pays d'où est originaire sa fille.
Epouse du regrétté Marcel Jullian dont elle partagea la vie pendant 20 ans ; elle participe aux émissions « Ecran Total » et « Un jour » sur France-Inter ; coécrit la série « Beaumanoir » pour France2 ; écrit « Un jour » avec Marcel Jullian.
Elle enseigne en Thaïlande : le français à Udorn Thani et l'anglais à des refugiés Karen.
Elle est également l'auteur des romans "Théatre d'Ombres" et "Là où s'arrêtent les frontières" aux Editions de La Fremillerie, roman qui se déroule dans la Thaïlande d'aujourd'hui.
RACINES THAILANDAISES est membre du M.A.S.F qui lutte pour une adoption sans discrimination et pour la pluralité des modes d'adoption.
Plus d'infos sur: www.masf.info

Commentaire de Deashelle le 28 avril 2016 à 0:32

Le blog de Michèle Jullian: http://michjuly.typepad.com/blog/

Nous, eux...

 

"Thaïlandais – Français" quels sont nos points communs ? Plus facile de trouver nos points de divergence que nos points de convergence.

Nous râlons, ils sourient 

Nous contestons, ils « waïent » 

Nous sommes souvent grossiers – ils sont polis 

Nous défilons pour nos droits, ils disent quels droits ? 

Nous accusons, ils font profil bas 

Nous considérons les vieux comme de vieux cons inutiles, ils les respectent.

Nous haïssons l’autorité, ils la vénèrent.

Nous n’aimons pas les riches, ils s’agenouillent devant eux 

Nous sommes démocrates tendance socialisante, culpabilisante, gauche boboïsante bienpensante, ils se croient démocrates tendance ultra royaliste, conquérante 

Nous ne croyons en rien ils croient aux esprits, aux fantômes et aux ancêtres 

 Nous gérons notre budget - ils dépensent tout avec les amis

Nous pensons, ils méditent 

Nous dénigrons, ils admirent 

Nous avons l’œil critique, ils trouvent tous les farangs handsome 

Nous nous lamentons sur le passé, pour eux il n’y a que l’instant présent qui compte.

Nous sommes lourds, ils sont légers. 

 Nous sommes pour la liberté d'expression, ils acceptent tout pour être tranquilles.

On parle, ils se taisent 

On n’aime pas l’armée, ils adorent l’armée qui appartient au roi (ou plus précisément l’inverse)

On remet tout en question, ils respectent les traditions millénaires.

Nous parlons "direct" (phout maa, ou phout maak - "parler comme les chiens" ou "parler beaucoup"), ils parlent par circonvolutions.

Nous n’avons pas l’air heureux, ils n’ont pas l’air malheureux

Voilà ce que j’écrivais il y a quelques mois…. Une éternité.

Aujourd’hui, la pire dictature s’est installée en Thaïlande, comparable à celle d’un Pibun des années soixante-dix, lorsque tout le monde adorait le roi, riches ou pauvres, - l’écart entre possédants et possédés n’était pas aussi abyssal qu’aujourd’hui – et riches et pauvres suivaient les mêmes croyances ancestrales…  70 ans de règne ponctué de massacres (en général étudiants dans les années 70 et 90, pauvres dans les années 2000 (2010), de disparitions, de tortures, d’emprisonnements, d’intimidations.

Reprenez la lecture depuis le début, les Thaïs ne changent pas, ils courbent juste un peu plus le dos, le taux de criminalité et de misère a grimpé dans les campagnes, l’usage de la drogue aussi, elle permet d’endurer exploitation, esclavagisme, mépris. On se tait dans les rizières, bientôt il n’y aura plus assez de riz pour nourrir tout le monde, ça veut dire aussi un peu plus de filles Isan qui prendront le bus pour Patong, Patpong, Pattaya.

Il y a trop de bruit dans les bars, les boîtes, les karaokés, les salons de massage pour entendre la longue plainte qui monte des campagnes….je l'entends chaque jour en direct

 

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