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Il n’y a pas d’autre solution face à une décision importante que de s’interroger, et vite, sur son devenir. Après un tour de l’île, ce qui fut vite fait, s’être rendu compte de sa petitesse, Guillaume et Judith eurent le sentiment de tomber de leur nuage. Guillaume qui avait l’expérience du travail en cuisine caressait l’idée d’avoir son affaire. Il s’improviserait grand chef à la toque blanche et comme on ne demande pas le parcours du chef la toque répondrait à toutes les questions ! Encore fallait-il trouver soit un restaurant à céder ou un local pour démarrer. La seule agence immobilière de Gustavia affichait quelques ventes de propriétés à donner le tournis mais pas d’affaires commerciales, cessions de bail, pas- de -porte avec droits d’entrée, que nenni point aucun ! Au fond il valait mieux car au regard des prix affichés pour les ventes de villas la moindre des opportunités en matière de commerces serait à tomber à la renverse. Toutes les mises sont à minimum d’ un million. Tout démarre à un million ou à un milliard, on s’y perd un peu. Ce n’est pas compliqué, c’est relatif, c’est sélectif. Pas de chef donc à moins d’un million ! La toque était à un million. Voilà la réponse à la question que l’on ne posait pas au chef. S’il était là c’est qu’il avait les moyens d’y être tout simplement et que lui Guillaume ne le pouvait pas. Malgré son imagination, son savoir-faire - encore à démontrer ! - sa détermination, son courage ce qui lui manquait avant tout c’était un million . Bon, ils quittèrent la vitrine qui avait authentifié leurs craintes naissantes d’un pas résigné. Subitement ils réalisaient la comparaison entre ce qu’ils possédaient et ce qu’il fallait avoir pour être à la tête d’une affaire ici. Sans oublier que lorsqu’une affaire est à vendre ce n’est pas parce que l’on possède le capital qu’on l’obtient obligatoirement. Le vendeur, quand il est en position de force comme c’est le cas dans cette île pour riches uniquement , a l’embarras du choix pour décider à qui il cèdera. Règle habituelle. Et Guillaume se mit à penser qu’il ne figurait pas non plus sur cette liste. Il était non seulement pauvre à son égard par le capital mais aussi pauvre parce que inconnu, sans relations, sans appuis. Un immigré en quelque sorte qui rêvait de s’immiscer trop facilement dans un système barricadé. Oh certes barricadé avec le sourire. On ne jetait pas de pierres aux touristes mais aux touristes seulement ! C’est donc l’effroi que l’on ressent quand on veut sa part de soleil dans la vie de voir que tout se résume à l’héritage. Quand on débarque on arrive dans l’héritage et sa valeur est la barrière infranchissable. Au fond c’est logique pensa-t-il, il n’y aurait pas de place pour tout le monde si tout était trop accessible. Zut j’arrive trop tard. Si j’étais venu plus tôt avec les suédois il y a un siècle je serais à la tête d’un de ces beaux restaurants à la carte prestigieuse qui n’est pas pour moi aujourd’hui. Tout se mettait bien en place dans sa tête sans oublier la perte de crédit qui s’opère chez celui censé diriger le navire, amener l’équipage à bon port quand le vent brise les voiles aussi brutalement. Judith était livide. Cette destination n’était pas la bonne. Les deux innocents avaient confondu agence de voyages avec agences immobilières, vacances avec survie, plages avec salaires. Faudra-t-il travailler pour quelqu’un d’autre pour rester ici et préserver la vente de la maison de Marienka. A quoi aura servi cette vente s’il ne fallait que la préserver, ne pas y toucher ? De toute évidence le niveau de vie viendra la grignoter comme la souris le fromage. Alors il ne restera plus rien et l’on nous balancera à l’eau comme l’on a balancé les gens du haut du Diamant en Martinique parce qu’ils étaient pauvres et sans relations ! Alors Judith et Guillaume se virent ramer avec la peur au ventre pour quitter ce rocher inhospitalier ! Et du haut des yachts au son de musiques créoles, dans le brouillard du désarroi, des héritiers nantis souriaient en croyant à une blague de riches !

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Commentaire de Gohy Adyne le 29 mars 2016 à 20:54

Un rêve américain pas toujours réalisable!

Merci Gilbert pour ce partage.

Bonne soirée.

Amitiés.

Adyne

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