Arts et Lettres

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Pirate, lorsque nous l’avons recueilli faisait du stop au bord de la route.

- Attention, dit ma fille Catherine, il va se faire écraser.

Le temps de m’arrêter et d’ouvrir la portière pour le chasser de la route, il était monté dans la voiture et s’était installé sur les genoux de Maggy, mon épouse, qui occupait le siège du passager.

- Quel culot, dit-elle.

Il était déjà trop tard, nous avions un chat de plus.

C’est Catherine qui le baptisa.

- A la manière dont il est monté à bord de la voiture, dit-elle, il s’est conduit en véritable pirate.

Dès ce jour là, sous son aspect de tendre crapule, Pirate s’efforçât de mériter son nom avec l’arrogance d’un émir du pétrole. Que vous le croyiez ou non, il imitait le comportement du prince Malko, dit S.A.S, ou celui d’Hubert Bonnisseur de la Bath, agent de la C.I.A. Je ne sais plus lequel des deux, dans les manuels d’un certain Bruce, un spécialiste si j’en crois le nombre d’ouvrages dont il est l’auteur, est décrit comme étant un prince pirate. C’est une description assez courte, c’est vrai, mais tout aussi évocatrice, il me semble, que celle de Flaubert lorsqu’il dessine le portrait du jeune Bovary pénétrant pour la première fois dans une classe de sixième.

Peut-être Pirate, lui aussi, avait-il lu les nombreux volumes qui relatent les aventures de ces deux personnages de papier. Dans une vie antérieure, cela va de soi.

Les bouddhistes professent que tout être vivant dispose de sept vies et d’autant de réincarnations possibles. Autant que les chats, dit-on. Les bouddhistes savent de quoi ils parlent, ce sont des sages par définition. Sinon pourquoi portent-ils une robe qui dissimule leurs attributs masculins. Et leurs pensées par conséquent lorsqu’ ils sont en présence de femmes.

Sept vies ! A peine si on a le temps d’en remplir intelligemment une seule.

Jean Dufour, un ami qui se donne des allures d’intellectuel prétend qu’on ne peut être sûr de rien en cette matière. 

- On  manque d’imagination.

Curieux phénomène que celui de l’imagination. On affirme que les artistes ont de l’imagination. En réalité, ils n’ont pas d’imagination mais une acuité de vision que la plupart des êtres humains ont perdue. Rimbaud, le poète, vous savez : celui qui à tiré des coups de pistolets sur son amant et en a acquis une renommée universelle, affirmait qu’ils étaient des « voyants ».

- Il n’imite pas, il invente. 

Serge mon fil est ingénieur et s’exprime comme un philosophe.

- il invente comme ces artistes qui vivent toujours à moitié dans le rêve et à moitié dans la réalité. Ils me font penser aux singes que nous étions. Dotés d’une queue dont nous nous servions pour sauter d’une branche à l’autre des arbres.

Plus tard, bien plus tard, en devenant hommes et aptes à nous tenir sur nos jambes, nous avons perdu nos queues. Ne riez pas. Les artistes ont oublié qu’ils l’ont perdue, ils s’efforcent toujours de s’accrocher aux branches les plus hautes et ils se cassent la figure.

Est-ce que Pirate était un artiste ? En tout cas, son comportement ne me paraissait que trop naturel. Il tentait de faire croire aux chattes du voisinage qu’il était un chat extraordinaire. Il y a des hommes, à ce qu’on m’a dit, qui font exactement la même chose, sans autre motif et avec beaucoup de succès. Avec les femmes, pas avec les chattes, bien entendu.

Et Pirate, ce diable, y réussissait fort bien lui aussi, je m’en suis aperçu, un soir du mois d’août, en prenant le frais, assis sur un banc, dans le parc qui se trouve en face de notre maison.

Une amie que la vie a rendue experte affirme que tous les mâles se ressemblent en matière sexuelle. Chats ou non. Seules des inhibitions de nature culturelle, irrationnelles par nature, rendent certains moins aptes à affronter les représentantes du sexe opposé. Quels que soit le nom qu’on leur donne. Bonne éducation, pudeur, galanterie, ce ne sont que les cache-sexes de notre timidité.

- Les femmes sont sensibles au succès. Peu importe les moyens utilisés pour les conquérir.

Je ne sais pas si Pirate était dénué d’inhibitions. Le fait est que le jour où il se mêla pour la première fois à une assemblée amoureuse, il ne respecta aucune des règles dites civiles.

Il se dirigea vers la femelle sans se préoccuper des autres chats. Il tourna autour d’elle tandis qu’elle grognait puis, comme s’il ne lui portait plus aucun intérêt, il s’éloignât en se dandinant. Savez-vous ce qui arriva ? La chatte le suivit, quelques pas en arrière.   

Je l’ai très souvent constaté par moi-même. Dès que dans un cercle quelqu’un se porte vers le centre, il en devient le leader avec l’assentiment tacite du cercle soumis et soulagé. Honneur au vainqueur !

Le lendemain, je surveillais les chats du voisinage.  Ils étaient assemblés à l’endroit habituel mais aucune femelle ne se trouvait parmi eux. Je pensais : malheur aux vaincus ! Une seule femelle vous fait défaut, et toutes les autres femelles vous délaissent.

Ils avaient l’air de s’ennuyer à mourir. Ainsi va la vie.

 

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Commentaire de Quivron Rolande le 4 février 2014 à 18:08

Un délice que nous avons savouré mon mari et moi.

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QUAND LE MYTHE S’INCARNE DANS L’ART : L’ŒUVRE D’ODILE BLANCHET

D’UN SURREALISME L’AUTRE : LES FLORILEGES DE MARC BREES

DE LA TRANSPARENCE DE L’AME : L’ŒUVRE DE MARIE-CLAIRE HOUMEAU

VERS UN AUTRE SACRE : L’ŒUVRE DE RODRIGUE VANHOUTTE

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LE SIGNE ENTRE LA CULTURE ET LE MOI : L’ŒUVRE DE LYSIANE MATISSE

DE LA MATIERE ENTRE LES GOUTTES DE L’ESPACE : L’ŒUVRE DE FRED DEPIENNE

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LA LIGNE ENTRE COULEURS ET COSMOS : L’ŒUVRE DE VICTOR BARROS 

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LE ROMAN DE LA ROSE : L’ECRITURE PICTURALE DE JIDEKA


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