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"Mille francs de récompense" de Victor Hugo au théâtre des Martyrs

Une « tragédie de Quat’sous ».

Si l’on pensait connaître tous les chefs-d’œuvre sortis de la plume hugolienne, on se trompait. Mille francs de récompense… une pièce signée Victor Hugo, qui a attendu près d’un siècle avant d’avoir été révélée au public et témoigne d’une extraordinaire inventivité.

  Mille francs de récompense est un chef-d’œuvre du genre. Le drame social, rajeuni par la fantaisie, revivra ainsi les beaux soirs du Boulevard du Crime.
  Une époustouflante histoire où l’innocente persécutée triomphe au dénouement.

Glapieu, le vagabond redresseur de torts, cette eau-forte de bagnard traîne-savate au cœur tendre, c’est Jean Valjean qui sauve l’orpheline au lieu de voler les chandeliers de Mgr Myriel. Une bombe astucieuse dans l’histoire dramatique. Un bel engin a retardement qui pète 150 ans après sa fabrication, une machine à faire rire et à s’attendrir. C’est fin, gros, généreux, naïf, habile, truculent, tout ensemble. Un mélodrame comique nourri aux mamelles de Shakespeare.

au Théâtre des Martyrs, jusqu'au 27 octobre 2012

«Etant les ignorants, ils sont les incléments » Rencontre avec Gavroche adulte:

Héroïsme et verve fantaisiste tiennent le premier rôle de cette pièce de Victor Hugo qui a attendu plus d’un siècle pour être publiée. Un mélodrame pétillant d’humour qui met en scène Glapieu, un vagabond inventif qui veut changer de carrière pour vivre dans l’honnêteté et choisir le trottoir au soleil. Le Théâtre en Liberté fête cette année ses 20 ans et nous fait le cadeau d’une distribution de comédiens brillants qui mouillent leur chemise. Le jeu n’est-il pas la plus belle chose au théâtre?

Bas les masques imposés par la société: on est à Paris pendant le Carnaval à la fin de l’hiver 1862. Vivent les masques éphémères de la fantaisie qui vont dévoiler la vraie nature des gens. Le bagnard repenti que joue Jean-Henri Compère avec un brio exceptionnel - s’est mis en tête de sauver la veuve (Dolores Delahaut), l’orpheline (Isabelle De Beir) et le grand-père grabataire et ruiné (Christophe Destexhe). Tous les ingrédients d’un mélodrame réussi. Glapieu va surtout régler son compte à un odieux  homme d’affaire, Rousseline campé par un Jaoued Deggouj aux mieux de son talent comique. Au service d’un riche banquier (Bernard Marbaix), il va procéder à la saisie des maigres biens de la triste famille. Un personnage invisible et omniprésent rôde, c'est l’Argent. Un dieu tyrannique et excessif, juge et partie dans cette société âpre où les banquiers sont rois. Le capitalisme financier est devenu un système sans scrupules, une norme économique qui n’épargne aucun petit. Rousseline, l’immonde prédateur va tendre un piège: il renoncera à la saisie en échange de la main de Cyprienne.

Théâtre engagé, la pièce est donc une sorte de manifeste tour à tour drôle et glaçant. Le tendre amoureux (Gauthier de Fauconval) est prêt à prendre par amour les risques les plus fous et Gladieu, tantôt redresseur de torts, tantôt bouc émissaire, va tenter de faire triompher la justice, n’hésitant pas à prendre les spectateurs à témoin, du haut de sa lucarne. Quant à lui, le démoniaque Rousseline épris de la belle orpheline est prêt à toutes les infamies pour arriver à ses fins.

Daniel Scahaise a su fédérer autour de lui une équipe pétulante et cohérente qui partage des idéaux communs. Les comédiens du Théâtre en Liberté  montent en scène sans artifices, ils sont vrais, vivants et authentiques. On sent circuler entre eux une solidarité communicative, une connivence qui capte le cœur du spectateur. Le choix de monter cette «tragédie de Quat’sous» où chantent des musiciens comme bateleurs d’un autre siècle, n’est sans doute pas un hasard. Il ressort de ce spectacle de l’émotion, de la contestation et de la générosité dont notre siècle, à bien des égards fort semblable à celui d’Hugo, a peut-être besoin.

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Commentaire de Deashelle le 28 septembre 2012 à 12:20

Pleurant d’un oeil, riant de l’autre

Exilé à Guernesey, de 1855 à 1870, Victor Hugo se défoule en écrivant "Théâtre en liberté". Un recueil de comédies et de drames inattendus, impertinents, dont fait partie "Mille francs de récompense". Injouable à cause de la censure, cette pièce qui stigmatise l’argent roi, les préjugés bourgeois et la rapacité des financiers, dénonce l’injustice sociale. Avec une verve, un humour malicieux qui privilégient l’esprit subversif et le ton pamphlétaire, au détriment de l’émotion.

Condamné pour un petit larcin, commis à quinze ans et... treize mois, Glapieu a décidé de devenir honnête : "Je viens planter dans le sol parisien l’oignon de la vertu, mais laissez-lui le temps de pousser, que diable !" Malheureusement, la société, méfiante et rancunière, n’offre pas de deuxième chance. Pourchassé par la police, le "bandit" se réfugie sous les toits. Au-dessus de l’appartement miteux, où grelottent  Cyprienne, sa mère Etiennette que l’on croit veuve et son grand-père le major Gédouard. Sous un pseudonyme, celui-ci donnait des leçons de musique. Gravement malade, il ne peut plus nourrir les siens. Au nom de son patron, le baron de Puencarral, Rousseline, un homme d’affaires véreux, orchestre le ballet des huissiers. Spéculant sur la détresse des deux femmes, il leur propose machiavéliquement de renoncer à la saisie des meubles, si Etiennette lui accorde la main de sa fille.

Nous baignons en plein mélo. Les coups de théâtre et les rencontres providentielles se multiplient, garantissant les happy ends. Une fille-mère retrouve dignité, amour et fortune. Un père coupable embrasse sa fille inconnue. Un amoureux malchanceux tombe dans les bras de sa bien-aimée. Et un brigand au grand coeur démasque une ignoble crapule. Dirigés rigoureusement par Daniel Scahaise, les comédiens assument à fond ces rôles stéréotypés. En évitant la caricature. Dans la peau du manipulateur sournois, Jaoued Deggouj brille par sa lucidité et son cynisme. Le baron de Puencarral est un banquier obsédé par l’injustice. Bernard Marbaix l’incarne avec beaucoup de classe.

Glapieu ne se contente pas d’intervenir comme un ange bienfaiteur. Il observe et commente l’action. Ses remarques souvent grinçantes prennent le public à témoin et le tiennent à distance du mélodrame. Situation idéale pour savourer les envolées libertaires de ce malfrat, qui a la générosité de Jean Valjean et la gouaille de Gavroche. Porte-parole de Hugo, il fustige cette société " qui s’est donné la peine de faire de toi un voleur et n’entend pas en avoir le démenti " et, sans illusion, affirme que " la vérité finit toujours par être inconnue." Jean-Henri Compère joue cet anarchiste, qui rend la justice, avec jubilation. Son audace, son autorité, sa joie de vivre rayonnent et suscitent la complicité du spectateur. Des exploitations astucieuses empêchent les nombreux monologues, qui émaillent la pièce, de freiner l’action. Par contre, les scènes de carnaval et de beuverie la font piétiner. Entre les actes, des musiciens des rues viennent chanter la misère. Dommage que les paroles (poèmes de Victor Hugo) soient parfois couvertes par la trompette.

Comme "Les Misérables", publié quatre ans plus tôt, "Mille francs de récompense" s’attaque à la mécanique sociale, qui pousse les puissants à broyer les humbles. Mais dans ce mélodrame éclaté, Victor Hugo s’amuse. Caché derrière un héros insaisissable, narquois et sensible, il nous propose une utopie réjouissante. Cette drôlerie favorise le rapprochement entre le capitalisme impitoyable de la Restauration et les crises financières, dans lesquelles s’embourbe notre société. Quand on entend le baron de Puencarral s’interroger sur le sens de l’accumulation de richesses, ne souhaite-t-on pas que des milliardaires contemporains partagent sa perplexité ?

Commentaire de Deashelle le 25 septembre 2012 à 23:47

Hugo en Liberté     

       l'article de  Philip Tirard, La Libre

                Mis en ligne le 20/09/2012          

                Daniel Scahaise et sa troupe nous emmènent au cœur d’un mélodrame subversif hugolien. “Mille francs de récompense”, aux Martyrs.

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