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L’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles), amorce sa rentrée avec une exposition qui se tient du 05-09 au 23-09-12, intitulée MYTHOCHROMIE.

Lorsque l’on demande à Monsieur MANOLO YANES de définir de la Mythologie, l’artiste Espagnol nous donne, à coup sûr, la définition la plus objective, à savoir « un système symbolique qui me permet de m’exprimer ».

En effet, l’expression humaine intime ne peut être que « mythologique » car elle replace l’Homme, par le discours dont il est à l’origine, devant ses fins dernières.

L’univers qui illumine l’œuvre de MANOLO YANES est celui de la mythologie classique. Mais, plus que de « mythologie » à proprement parler, il s’agit surtout d’un discours sur l’interprétation mythologique par un plasticien entré dans le 21ème siècle. L’artiste est né à Santa Cruz de Tenerife, en 1957.

La première chose qui saute au regard du visiteur, est cette constante qui structure l’ensemble de l’œuvre exposée par l’artiste, en la présence de zones conçues par des traits en pointillés dans un jeu de droites, courbes et diagonales.

Peintre extrêmement cultivé, MANOLO YANES nous livre, en quelque sorte, l’ « envers du décor », en ce sens qu’il nous dévoile ce qui dans la peinture de la Renaissance était caché au regard du visiteur de l’époque. Le rôle de ces structures géométriques en pointillés était celui de mettre en évidence dans l’espace tous les personnages de la composition, en leur assurant un parfait équilibre, à la fois pictural et moral. A la Renaissance, ces zones en pointillés étaient cachées sous des couches d’enduis, car il fallait laisser le visiteur regardant sous le coup de la magie visuelle. MANOLO YANES, lui, ôte le masque du visage de l’œuvre en révélant les dessous de ses formes.

 

PAYSAGE AVEC VENUS EN FLEUR (30 x 40 cm)

nous propose sous un juste balancement esquissé par la courbe et rehaussée par des droites, tout en pointillés, la beauté de LA VENUS AU MIROIR de Velasquez (1649-51 – 122,5 x 177 cm – National Gallery, Londres), duquel l’artiste s’inspire. Renforcée par des zones à dominantes vert et brun travaillées au couteau, exprimant la Nature dans ce qu’elle a de plus organique, la déesse de l’amour se trouve plongée dans un univers de sensualité, la déifiant dans l’image olympienne d’un corps amoureux.

 

LE TRIPTYQUE D’ALICE (48 x 91 cm)

offre également une vision modalisée du discours mythologique. Nous sommes ici en présence de deux mythologies, celle du logicien Lewis Carroll qui veut retrouver une forme d’innocence au sein d’une société travaillée par la révolution industrielle naissante et celle de l’humanisme grec à l’origine de la pensée dialectique. Sur la gauche, l’artiste nous propose l’image d’un « putto » (un enfant), juché sur le socle d’une colonne. Il demeure « classique », en ce sens qu’il évoque la figure de l’ « ange » dans la peinture de la Renaissance. Il souligne son classicisme par l’agencement du pied droit qui se détache du sol dans l’attitude de la marche, ce qui nous renvoie, par-delà la Renaissance, à la Grèce antique et au nu masculin. Le côté gauche du triptyque est dominé par la Licorne, équidé mythique par excellence. Tandis que le centre de la composition nous montre Alice et le Lapin bondissant d’un chapeau, mêlant ainsi hellénisme et conte féerique.

Une série de quatre tableaux de dimensions plus petites (40 x 29’7 cm) mettent en exergue l’immense talent de MANOLO YANES en tant que dessinateur dans des œuvres travaillées en grisaille, desquelles se détachent des personnages transférés de différents mythes vers l’exigence de la réalité contemporaine.

Prenons, à titre d’exemple, SEBASTIANUS.

Il sort en droite ligne de l’humanisme de Mantegna. Néanmoins, bien que transpercé de flèches, l’agonie est (en apparence) absente. Le héro semble plongé dans un sommeil apaisé. Cela est dû à la position qu’il adopte, lié à sa colonne imaginaire. Dans l’œuvre originale, le héro, martyrisé, se tord contre la colonne, transfigurant ainsi la souffrance vers le sublime. Mais que l’on ne s’y trompe pas ! Au-delà de l’attitude onirique exprimée par la position tout en souplesse des bras, dont un léger tracé esquissé dans une zone chromatique laiteuse, à peine perceptible, en souligne le mouvement, cette œuvre est, en fait, une commande du Festival de San Sebastian, en Espagne, dont le thème central était le SIDA.

SEBASTIANUS est, en réalité, un séropositif qui souffre dans le silence et le mutisme. Le papillon posé sur son torse est de couleur rouge, symbole du sang. Mais cette couleur est aussi, dans l’esprit de l’artiste, celle de la volupté. Douleur  et volupté se mélangent.

Se mélangent aussi les couleurs des papillons posés sur le torse de trois autres personnages

dans une transcription allégorique des quatre saisons : rouge (l’été), vert  (printemps), jaune (automne), bleu (hiver). Notons que ces quatre allégories se retrouvent dans la même attitude d’abandon.

Les œuvres de MANOLO YANES, réalisées principalement à acrylique sur papier, s’inscrivent dans le cadre du titre de l’exposition : MYTHOCHROMIE. Ce titre renvoie à plusieurs idées, notamment, celle des couleurs du mythe. Idée excellente au demeurant que celle du mythe multicolore (multiculturel) qui embrasse chaque nouvel apport. Et ce, particulièrement en ce qui concerne la mythologie grecque pour laquelle les termes « mythe » et « chromie » sonnent presque comme un pléonasme. Même si les deux termes ne s’opposent nullement dans l’absolu, force est de constater que ce qui continue encore aujourd’hui de nous séparer du classicisme gréco-romain et qui, du coup, brouille les pistes, c’est toujours le 18ème siècle et son romantisme naissant, lequel nous a trop habitués à accepter un art grec expurgé de toute polychromie, en nous restaurant des statues et des temples dans un blanc immaculé, reléguant l’idée du « beau » à un corps épuré, presque diaphane.

MANOLO YANES, qui a fréquenté les Beaux Arts de Tenerife, réinstalle, par sa culture, sa fantaisie et ses rythmes chromatiques, la pensée hellénique sur les feux de l’actualité, en lui lançant de nouveaux défis philosophiques, artistiques et sociétaux. 

 

François L. Speranza.

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Commentaire de Robert Paul le 13 mai 2017 à 1:38

allongeaille et paperolle de Robert Paul:

Manolo Yanes: Hortus conclusus - 2009 2012


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Commentaire de Robert Paul le 20 avril 2017 à 11:20

Allongeaille de Robert Paul:

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Commentaire de Robert Paul le 19 avril 2017 à 22:29

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Commentaire de Robert Paul le 25 octobre 2012 à 12:48

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Commentaire de Robert Paul le 21 octobre 2012 à 3:22

De droite à gauche: François Speranza, Manolo Yanes et Robert Paul


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Commentaire de Robert Paul le 28 septembre 2012 à 16:44

et voici la vidéo d'après l'album, pour toi cher François.

Commentaire de Krasimira Hristova Koleva le 11 septembre 2012 à 22:05

"MYTHOCHROMIE. Ce titre renvoie à plusieurs idées, notamment, celle des couleurs du mythe"C'est trés beau et impressionante ! Merci Mr Paul !

Commentaire de Barbara Y. Flamand le 11 septembre 2012 à 21:49

François fait, comme toujours, une analyse subtile de l'oeuvre de Manolo Yanes. Moi, je voudrais dire l'effet qu'elle produit sur le spectateur et je me rends compte que mon commentaire sera réducteur tant cette oeuvre est prenante par son sens mythique, la ligne du dessin, l'expression des visages, son esthétique originale qui place le personnage dans un décor aérien, onirique.

Commentaire de Michelle Decoster le 11 septembre 2012 à 18:11

Puissance et lignes fuyantes, conformité aux traditions artistiques et personnalisme, voilà une découverte pour moi au travers des oeuvres de Manolo Yanes.

Merci Monsieur Robert, Paul,

Michelle

Commentaire de Nicole Duvivier le 11 septembre 2012 à 17:57

Superbe talent ! J'apprécie beaucoup les crayonnés humains, qui m'évoquent les recherches graphiques de Léonard de Vinci .

Merci de ce partage , Monsieur Paul , qui m'a permis de découvrir Manolo Yanes !

Cordialement, Nicole V.Duvivier

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