Arts et Lettres

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  Il n'y a pas à dire mais de plus en plus de gens écrivent, parlant des autres et d'eux-mêmes, de tout et de rien, évoquant des sujets profonds ou plus superficiels, faute au "part time" et au chômage causé par de nombreux facteurs qui parfois nous échappent. Romans, essais, traités, recueils et biographies fleurissent aux quatre coins du globe (peut-être ailleurs aussi) dans le secret des chaumières et, au bout du compte, l'auteur en herbe se dit: "Mais pourquoi ne pas tenter de me faire publier au final? J'ai pondu là un futur best-seller, j'ai du style, me semble-t-il. Pourquoi mon oeuvre resterait-elle à l'état de manuscrit?" L'idée mise en pratique, le manuscrit, dit sauvage car non sollicité par un éditeur, part alors sur les chemins, à l'aventure, pour aboutir dans une importante maison d'édition traditionnelle qui a pignon sur rue, et finalement être déballé. Entre-temps, l'auteur commence à frémir, à patienter, puis à s'énerver, à s'impatienter quand soudain, 4 à 6 mois plus tard, stupeur: une lettre de refus lui parvient, et c'est l'incompréhension. Le choc. "Pourquoi, mais pourquoi?"

  Penchons-nous sur quelques chiffres datant de 2005 mais toujours d'actualité: les grandes maisons d'édition, qui en France sont presque toutes parisiennes, publient un manuscrit sur 500 reçus et si par bonheur vous êtes publié, votre premier livre risque toujours, 3 fois sur 5, d'être mort-né: dont la vente ne sera pas poussée et dont les ventes plafonneront au bout d'un an entre 15 et 20% du tirage. Moche! Les éditeurs de taille moyenne, souvent constitués sous forme de sociétés anonymes ou SARL, recevant entre 500 et 1000 manuscrits par an, sont des maisons où votre chance d'être un heureux élu tourne autour de de 5 pour 1000. L'horreur pour le candidat non préparé! Quant aux plus petits éditeurs dont l'éternel casse-tête reste la diffusion des livres, chez eux votre fortune varie entre 2 et 5% par rapport aux manuscrits reçus.

  Comment cela se fait-il? Comment se pratique la sélection? Celle-ci est-elle rigoureuse, soumise à des critères précis, ou la sélection se fait-elle au petit bonheur? Le candidat à l'édition recevant une lettre-type de refus, souvent sèche, songera vite "Ils m'ont jeté sans m'avoir lu" ou encore "Ce n'est pas juste, je suis bon." Et il jettera la pierre au comité de lecture, l'invectivant intérieurement de tous les mots - qui peuvent être nombreux. A tort ou à raison?

  Le comité de lecture d'une maison d'édition a pour fonction de détecter parmi les manuscrits reçus ceux qui sont intéressants et seront peut-être édités, le lecteur d'un tel comité étant un lecteur "légitimant": tout manuscrit accepté entraîne de facto une reconnaissance de l'écriture, de la pensée, du dire de l'auteur. La fonction écrire de l'auteur est même légitimée deux fois, par le comité de lecture puis par l'éditeur qui prend un risque financier,voilà pour le rôle réel et symbolique de l'éditeur. Les critères de sélection? Dans l'édition traditionnelle entrent en compte la qualité littéraire, le style, l'intelligence et l'originalité des idées, et la conformité à la politique générale de la maison, ces critères permettant de donner la "note littéraire", la "note commerciale" demeurant le fait du Prince. Chez les vrais éditeurs, le taux de refus des auteurs débutants varie entre 99 et 99,9%. Pourquoi?

  Visons le fonctionnement, souvent en trois étapes: le déballage, au cours duquel les manuscrits non conformes aux genres publiés et les manuscrits "manuscrits" aboutissent sur la pile des retours; l'écrémage, où l'oeuvre est lue en diagonale, quelques pages par-ci par-là, par un lecteur qui en cinq minutes se fera une opinion; enfin la lecture approfondie des 5% de manuscrits survivants. Oui, 5%, et si les délais sont longs, c'est que les éditeurs sont surchargés et qu'il est bon de faire patienter les candidats amateurs. Source: AUDACE, l'annuaire à l'usage des auteurs cherchant un éditeur, de Roger Gaillard, L'Oie plate, 2005.

  Mais...tout cela est-il toujours bien respecté? Ce fonctionnement est-il toujours d'application, offrant une chance égale à chaque candidat? Débordé, parfois saturé, le comité n'a-t-il pas parfois tendance à écarter d'office les nouveaux venus? Personnellement, en tant qu'auteur, j'ai presque mis six ans à me faire accepter par un éditeur professionnel à compte d'éditeur, quatre manuscrits ayant tourné en vain parcourant les routes de France et de Belgique, tandis qu'en tant que lecteur, j'ai parfois découvert de petites perles de style et de profondeur chez des éditeurs moins importants par comparaison à des oeuvres éditées bien plus populaires d'une écriture moindre, que j'ai lues. Ici pas de noms d'auteurs ni de maisons d'édition afin d'éviter le coup de griffe de Merlin le chat-peauté. Et si l'on tient compte des critères économiques de plus en plus sévères, la sélection ne devient-elle pas finalement une sorte de grande lessive injuste pour un auteur qui n'écrit pas en dilettante, espérant faire carrière? Le débat est ouvert, et vous avez peut-être deviné le fond de ma pensée. Non?

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Commentaire de Delaunois Thierry-Marie le 17 mars 2013 à 22:42

Information pour ceux et celles qui se rendront au Salon du Livre de Paris qui se tiendra du 22 au 25 mars, particulièrement destinée aux auteurs qui ont l'intention de tenter l'aventure de l'édition: des conseils vous attendront, ainsi que quelques ouvrages sur l'édition, au stand de "L'Oie Plate", allée G, N°86. J'y passerai également. 

Commentaire de Delaunois Thierry-Marie le 17 mars 2013 à 22:28

  Réflexion complémentaire: l'édition se distingue de bien d'autres secteurs d'activité du fait que son importance est plus culturelle qu'industrielle; l'éditeur ne peut assurer ce rôle culturel que s'il parvient à faire face aux nombreux problèmes économiques se présentant à lui. Il ne peut survivre que s'il vend; il n'en reste pas moins que le livre n'est pas un produit comme les autres. L'éditeur n'a pas seulement une vocation mercantile: il a pour tâche essentielle de rechercher des manuscrits et de choisir parmi ces derniers ceux qui lui paraissent valables. Aussi bien ceux dont la réussite commerciale sera présumée heureuse que ceux qui, par leurs qualités, honoreront le catalogue, même si leur vente reste limitée.

  "La puissance d'une maison d'édition n'est pas seulement faite de son organisation, ses capitaux, son fonds de livres, ses scores de vente; l'image de marque a comme éléments non moins essentiels la valeur littéraire, humaine et morale des ouvrages publiés par elle, la continuité de ses tendances, des idées défendues, la qualité des jeunes espérances qu'avec discernement elle aide à réaliser." Parole de Georges Lecomte.

  Le travail des comités de lecture est dans ce cas d'autant plus délicat, ardu: peur d'effectuer un mauvais choix, de passer à côté d'un bon filon aux qualités indéniables tant sur la forme que sur le fond. La grande édition? Une règle majeure à retenir si l'on cherche à se faire éditer chez eux: elle recherche en fait plus des auteurs que des oeuvres, des hommes et femmes capables de produire régulièrement des livres et d'imposer auprès du public et des médias une image d'écrivain autant, sinon mieux, que leur production littéraire. A méditer au coin du feu, les flammes se révélant souvent de singulières inspiratrices.

  Dans mon dernier roman, celui qui vient de paraître (L'île joyeuse), on évolue notamment dans une maison d'édition fictive de taille moyenne, sa directrice littéraire Olivia ayant proposé à son boss d'établir une liste de règles et conseils destinés aux auteurs dont un premier manuscrit a été refusé. Pourquoi pas? Il ne faut pas abandonner l'auteur sur la route; le lecteur pourra quant à lui se rendre compte que le chemin est ardu. Mon principal conseil? Selon moi il se résume en cinq mots: Motivation, Enthousiasme, Rigueur, Disponibilité, Empathie. Prenez la première lettre de chacun de ses mots afin de mieux les retenir...vous obtiendrez un superbe mot de cinq lettres facile à retenir. Les secrets de la réussite? Liés notamment aux rencontres et au charisme, et le facteur chance n'est pas en reste, facteur dont nous reparlerons prochainement. Merci aux courageux qui m'ont lu jusqu'au bout (de la nuit peut-être).

Commentaire de Delaunois Thierry-Marie le 3 mars 2013 à 22:41

A Monsieur Paul: l'extrait d' Evangile est très bien choisi, je vous ai compris.

A Claudine: les maisons d'édition qui se rongent les doigts sont légion, selon mes sources.

A Joëlle: j'ai appris avec le temps à prendre du recul vis-à-vis d'un manuscrit: le laisser reposer avant de le reprendre, de le corriger ou d'y apporter la touche finale. Blasé, je ne crois pas l'être, et je sais qu'il y a bien meilleur que moi. Dans le premier paragraphe, je me suis mis dans la peau "de mes débuts": quand l'on croit que l'on vient de pondre le plus beau des romans, et quand on l'envoie à un éditeur, souvent on essaie "très haut" avant de descendre d'un étage si pas deux. Mais j'ai à présent bien changé et je tenterai de ne jamais "me prendre la tête" d'une façon ou d'une autre. A très bientôt pour quelques autres considérations - "modérées", mon Merlin - sur le même sujet. Merci de votre attention et au plaisir de vous lire.

Commentaire de Delaunois Thierry-Marie le 3 mars 2013 à 21:41

Merci pour tous ces (premiers) commentaires. Ecrire un billet sur les comités de lecture, je le reconnais, se révélait délicat, voire risqué, mais je l'ai fait, tentant de calmer mon feu intérieur. Je l'ai fait avec franchise, me doutant qu'on parviendrait à lire entre les lignes, et félicitations à ceux et celles qui y sont parvenus. Le feeling, rien de tel, et merci, Monsieur Paul, d'avoir accepté ce billet. Un mot de Hergé me vient soudain à l'esprit, plutôt une citation: "les plus grandes aventures sont intérieures." J'ajouterais: "parfois cela tourne à la saga...".

Commentaire de claudine quertinmont le 3 mars 2013 à 15:40

Les maisons d'éditions, dont le comité de lecture ont rejeté JK.ROWLING, n'en finissent pas de se ronger les doigts.


Fondateur réseau
Commentaire de Robert Paul le 3 mars 2013 à 0:14

Tout (où quasi presque tout) se passe à Paris dans un arrondissement et demi : le sixième enrichi d’un morceau du cinquième et d’un fragment du septième.
Comprenez bien : aux alentours du Jardin du Luxembourg se trouvent concentrés, tenez-vous bien :
Les Editions Albin Michel
Les Presses de la Cité
Les Editions Robert Laffont
Les éditions Ramsay
Les Editions La Table ronde
Les Editions Gallimard
Les Editions Fayard
Les Editions Grasset
Les Editions de Minuit
Les Editions du Seuil
Les Editions Stock
Les Editions Mercure de France
Les Editions Flammarion
Hachette
P.U.F.
Et en plus, parsemés, dans les environs, l’on peut fréquenter la Sorbonne, le Collège de France, le Lycée Louis-le-Grand et…
Le Panthéon.
Et l’on déjeune ensemble à la Coupole, ou à la Marlotte, tandis que les grands politologues se régalent chez Tante Madée. Tandis encore que l’on y boit son whisky à la Closerie des Lilas et l’on partage un magnum de champagne au Récamier.
Vous pouvez aussi y donner vos rendez-vous à la Brasserie Lipp.
Là, si vous évoluez dans ces parages vous êtes au centre des voies royales.


Fondateur réseau
Commentaire de Robert Paul le 2 mars 2013 à 23:37

"Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui purifiez l'extérieur de la coupe et de l'écuelle, quand l'intérieur en est rempli par rapine et intempérance!"

Evangile selon saint Matthieu, , XXIII 25.

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