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La croisade des enfants. Vers ce temps-là, beaucoup d'enfants, sans chef et sans guide, s'enfuient ardemment de nos villes et cités vers les pays d'outre-mer...

Légende musicale écite par le compositeur Gabriel Pierné (1863-1937), en 1902, sur le poème du même nom de Marcel Schwob. Charles Malherbe en a résumé l'argument dans les termes suivants "Vers ce temps-là, beaucoup d'enfants, sans chef et sans guide, s'enfuient ardemment de nos villes et cités vers les pays d'outre-mer. Et quand on leur demandait où ils

allaient, ils répondaient: "A Jérusalem, pour quérir la Terre-Sainte!" Ils portaient escarcelles, bourdons et la croix sur l' "esclavine" (manteau de pèlerin). Ils arrivèrent jusqu'à Gênes et montèrent sur sept grandes nefs pour traverser la mer. Et une tempête s'éleva, et deux nefs périrent. Et lorsqu'on interrogea ceux qui revinrent pour connaître la cause de ce départ, ils répondirent: Nous ne savons point!" Le poème de Marcel Schwob est fait de huit récits où les événements sont rapportés d'une manière différente selon que parle un des témoins: moine, mendiant, lépreux, pape, petits pèlerins ou musulmans. Gabriel Pierné en a tiré quatre tableaux:
1) "Le départ". -Dans une ville des Flandres, en 1212, des voix célestes réveillent les enfants et les envoient en Terre Sainte. Ils se rassemblent sur une place publique dans l'obscurité, au grand effroi des parents qui essaient en vain de les retenir. L'armée puérile s'organise et s'équipe dans l' enthousiasme. Même un aveugle, le petit Alain, veut partir: la petite Allys, le guidera. Le compositeur expose dans une fuguette les principaux motifs de cette première partie. Suit un choeur céleste qui
appelle les enfants à la croisade; puis la phrase d'enthousiasme des petits pèlerins réveillés, chantée d'abord par l'aveugle, Alain, reprise par le choeur. Enfin, le thème de Jérusalem, coupé par le motif des parents alarmés, traité en fugue.
2) "La grand route". -Le grand soleil du printemps exalte la confiance mystique des jeunes pèlerins; mais la fatigue alourdit leurs pas. "Allys, je sens ta main qui tremble dans la mienne. N'es-tu pas lasse, mon aimée? Parle-moi, toi, dont le visage doit être beau comme le lys du Seigneur!" Tous chantent, pour tromper leur fatigue, une chanson (qui date en réalité du XVe): "Trois enfants étions -Qui par chemin s'en allons...". Elle fournit un nouveau thème.
3) "La mer". -Gênes, la Méditerranée, apparaissent enfin devant les enfants émerveillés. Ils se rassemblent sur une plage, jouent avec le sable, avec les coquillages, avec les étoiles de mer dont un marin leur dit qu'elles sont tombées du ciel le jour où mourut Jésus. Devant un spectacle qui ravit les jeunes pèlerins, Alain essaie de comprendre la raison de leur joie: "C'est, répond Allys, la grande mer qui chante, et toutes ses vagues blanches roucoulent comme des colombes... Noël!
Jérusalem est au bout de la mer jolie!... Alleluia!". Les sept nefs abordent, et mettent à la voile. Avec le retour du premier thème exposé au début de l'ouvrage, et qui prend ici un caractère passionné, apparaissent deux autres motifs qui, à l'orchestre soulignent les paroles du récitant. Le motif initial, revient pour s'épanouir dans les cris: Noël, et Alleluia.
4) "Le Sauveur dans la tempête". -Dans l'obscurité de la nuit, la tempête s'est levée. Bientôt les manoeuvres des matelots sont impuissantes à maintenir les nefs dans leur route. Les enfants sont terrifiés. Dans le fracas de l'orage, les matelots, renonçant à la lutte, implorent la miséricorde divine pour les petits pèlerins. Le miracle se produit, et c'est Alain qui, de ses yeux éteints, voit ce que les clairvoyants ne peuvent apercevoir: la forme blanche de Jésus lui apparaît au milieu des nuées noires. Elle s'avance vers les nefs; elle va sauver les âmes innocentes, et c'est Alain l'aveugle qui les guidera vers l'éternelle
lumière. Il entonne un cantique qui réconforte ses compagnons: "Alleluia!" Résurrection! o joie des joies, joie éternelle!" Cet épisode est essentiellement descriptif, jusqu'au moment de l'apparition: orage, terreur, avec, à l'orchestre, le "De Profundis". Puis une phrase chantante domine le fracas de la tempête, et fait place à l'Alleluia triomphant.
Présentée au concours de la ville de Paris, "La croisade des enfants" fut couronnée sur le rapport de Samuel Rousseau. Son succès fut vif, et elle fut exécutée, en dépit des difficultés qu'elle présente (un choeur d'une centaine d' enfants qui s'ajoute au choeur mixte, neuf solistes et l'orchestre), plus de deux cents fois tant en France qu'en Europe, en Amérique, en Australie et jusqu'en Afrique du Sud. Cette grande fresque sonore, venant après "L'an mil" (1897), affirmait le don exceptionnel de Gabriel Pierné, capable de traiter les plus vastes sujets, d'ordonner les justes proportions de ces oratorios où il manie, avec une rare aisance, toutes les ressources de la polyphonie vocale et instrumentale. L'accueil chaleureux fait à "La croisade des enfants" le décida à écrire "Les enfants à Bethléem" (1907), puis "Saint François d'Assise" (1912, sur des textes de Gabriel Nigond, et qui ne furent pas moins réussis.

 

La Croisade des enfants, légende musicale, 2e partie (1902)
Interprètes : Paul Paray ; Orchestre National de l'ORTF ; Claude Giroux
Date : 05/06/1972

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Commentaire de claudine quertinmont le 25 décembre 2012 à 15:06

Merveilleux thème.  L'orchestration est des plus réussie et les voix sont sublimes.  Merci d'avoir partagé avec nous monsieur Paul et joyeux après-midi de Noël.. Claudine.

Commentaire de Lansardière Michel le 25 décembre 2012 à 14:40

Belle page musicale, étrange acte de foi, écho d'une procession, croix et bannières dont il ne reste que des oripeaux...

Adieu les enfants.

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