Arts et Lettres

Le réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone

La comédie Musicale Cabaret à Bruxelles jusqu'au 1er octobre 2014 Théâtre le Public

Première dénonciation de notre société. En novembre 2011, Michel Kacenelenbogen, déjà  fasciné par le climat d'effondrement social et politique des années 30,  s’attaquait à la mise en scène de L’ANGE BLEU au théâtre du Parc. Un spectacle fantasmagorique très divertissant et fort haut en couleurs, contrairement à l’atmosphère très noire du film éponyme décrivant la misère humaine des victimes de la grande  crise de 1929.  Les cabarets berlinois des  années 30 - symboles de rébellion contre la souffrance humaine et l’ascension du pouvoir nazi -  étaient des lieux de plaisir hérités de la république de Weimar, mais aussi  le refuge d’une parole de plus en plus confisquée. La création de ces cabarets remonte aux années 1880, avec Yvette Guilbert qui y insuffla le répertoire Montmartrois d’Aristide Bruant et ses musiques envoûtantes traduites en langue allemande et imprégnées de satire sociale ou politique. Ces cabarets furent rasés par l’Ordre nouveau dès la nomination de Goebels comme Gauleiter de Berlin ; les deux derniers disparaissant en 1935, rasés par des bulldozers. En même temps, l’avant-garde artistique se faisait taxer d’ Entartete Kunst  - art dégénéré - et les artistes sont poursuivis et envoyés dans les camps de concentration.  

 

Quand les paillettes se transforment en larmes... Cette fois, avec CABARET, Michel Kacenelenbogen persiste et signe… un spectacle dont l’ironie  coupe le souffle, emplit d’émotion et met l’alarme au camp.  La question qui semble hanter Michel Kacenelenbogen dans ce nouveau spectacle, est bien celle  d’une société qui ne se remet pas de la crise économique et celle d’un  ordre nouveau qui pourrait  se profiler  à l’horizon. « Wilkommen, Bienvenue! » C’est le fiel qu’il faut savourer.

Les moyens dont il dispose grâce à la synergie avec le Théâtre National  ont été  décuplés et l’on verrait bien l’entreprise  devenir une grande  production  à la  manière  des grandes comédies musicales. Soulignons-le,  les artistes sont  issus de nos deux communautés et rendent en même temps un hommage passionné aux 20 ans du théâtre Le Public. Sous-titrés en trois langues. 

Précipitez-vous  à Bruxelles avant le 1er octobre, car après le spectacle part en tournée!  Un spectacle cathartique, image d’une société rendue malade par l’argent (« Money, Money Money »), le pouvoir, l’intolérance,  le repli sur soi et la mort annoncée des artistes de tout poil s’ils ne sacrifient pas à la rentabilité et à la culture du profit. Ou à la culture d’Etat. 

Le spectateur ne peut qu’être touché par ce message asséné avec force et compte tenu de la situation géopolitique actuelle mondialement fragile, la piqûre de rappel fait l’effet d’un électrochoc. On reste hantés par ce  Herr Schultz (Guy Pion, at his best) si poli, si affable et si tolérant, pétri de bienveillance et dont les rêves très humains se font subitement rafler par la  puissance nazie symbolisée par cet officier blond aryen (Bruno Mulenaerts) et écraser par les chants patriotiques glaçants qui se répandent sur le plateau. Et du coup, c’est toute la vie des artistes du Kit Kat Club, celle de la logeuse sévère et compassée  Fraulein Schneider (très bien défendue par Delphine Gardin), celle  de sa pulpeuse locataire si généreuse avec les marins (une inimitable Daphné d’Heur dans le rôle de  Fraulein Kost)  et celle  du jeune couple qui vient de se former,  qui volent en éclats dans un jeu de dominos infernal.   En effet, un étranger, Cliff, le  jeune écrivain américain (Baptiste Blampain), s’est épris de la craquante  petite anglaise (« Don’t tell Mama »), chanteuse et danseuse de Cabaret, Sally (Taïla/Lisa Onraedt/Minelli).  Celle-ci a mené une vie de bâtons de chaises jusque-là. Elle est retombée  enceinte, il lui promet le mariage, tout va soudain tourner au conte de fées… « Maybe this time… » sauf que tout se termine dans l’horreur d’un rideau de larmes. L’impitoyable  danse macabre est orchestrée depuis l’entrée en scène  avec  férocité par un Emcee plus vrai que nature (Steve Beirnaert). La chorégraphie impeccable est signée Thierry Smits (« To the ones I love »), c’est tout dire !  

 

Le grand orchestre sous la direction de Pascal Charpentier mérite autant de félicitations que la trentaine de danseurs-chanteurs-comédiens qui forment  un  remarquable casting totalement à l’aise dans le chant, la danse et la tragicomédie…. La richesse des timbres, la générosité des rythmes parcourent toutes les émotions humaines : le désir, la joie, la passion, la sensualité, la tendresse, la mélancolie… le cynisme,  la haine, la jalousie et la cupidité  aussi. Pendant tout le spectacle l’orchestre est juché sur une estrade en forme de ring pour un pugilat entre l’esthétique parfaite des sonorités et le fond d’une histoire totalement insupportable. Et c’est le spectateur qui reçoit les coups. Une superbe scénographie de Vincent Lemaire.  

 

La comédie  qui se joue à ses pieds a tout de la fascination  du mouvement perpétuel d’un  immense manège  rutilant qui vous précipite vers un chaos final. « A merry-go-round » infernal. Tout tourne et étourdit au passage, mais sonne juste et souligne la lucidité du propos. Cette nouvelle version du spectacle mythique sera sans doute à verser dans les fiches de Wikipedia, on n’en doute pas!   

 

 http://www.theatrelepublic.be/

Vues : 549

Commenter

Vous devez être membre de Arts et Lettres pour ajouter des commentaires !

Rejoindre Arts et Lettres

Commentaire de Deashelle le 26 novembre 2017 à 22:30

Cabaret est en tournée en France (en ce moment à la Maison de la Danse à Lyon, puis par le Quartz à Brest, etc.).

"La mise en scène de Michel Kacenelenbogen (...) rend hommage à l’esprit du livret de Joe Masteroff. Sans pour autant gommer le côté festif et lumineux des scènes au Kit Kat Club, c’est bien la profondeur de l’œuvre qui l’a intéressé. (...) 
La direction musicale de Pascal Charpentier (...) met en valeur des voix magnifiques (...). Taïla Onraedt excelle dans le rôle de Sally, tout comme Delphine Gardin dans celui de Frau Schneider. Antoine Guillaume incarne Emcee, maitre de cérémonie joyeux, démoniaque et facétieux, au sein d’une troupe de danseurs dirigés par Thierry Smits." www.sceneweb.fr 

Commentaire de Deashelle le 2 décembre 2014 à 14:41

 Reprise de la fabuleuse comédie musicale  réalisée par le Théâtre Le Public : CABARET.

C’est au Théâtre National jusqu’au 07/12/14.

Commentaire de Deashelle le 26 septembre 2014 à 10:43

Entretien avec Emcee: http://www.theatrelepublic.be/event_details.php?cat_id=1&event_...

PROLONGATION EXCEPTIONNELLE DU 27/11 AU 7/12/2014 !

Création - Le Public au Théâtre National

Spectacle à 20h15, sauf le mercredi à 19h30 et le dimanche à 15h00 / Durée: 2h30

Commentaire de Deashelle le 23 septembre 2014 à 16:19

Commentaire de Deashelle le 23 septembre 2014 à 16:19

Commentaire de Deashelle le 23 septembre 2014 à 16:19

Commentaire de Deashelle le 23 septembre 2014 à 16:18

Photo: "Les danseurs-comédiens-chanteurs qui sont irréprochables dans le chant, le jeu et la danse, mènent un spectacle haut en couleur sur un rythme imparable" dans L'Echo le 13.09, par Didier Béclard!

Enfin un réseau social modéré!!!

L'inscription sur le réseau arts et lettres est gratuite

  Arts et Lettres, l'autre réseau social,   créé par Robert Paul.  

Appel à mécénat pour aider l'éditeur de théâtre belge

Les oiseaux de nuit

   "Faisons vivre le théâtre"

Les Amis mots de compagnie ASBL

IBAN : BE26 0689 3785 4429

BIC : GKCCBEBB

Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Child Focus

Brussels Museums

      Musée belge de la franc-  maçonnerie mitoyen de l'Espace Art Gallery

Les rencontr littéraires de Bruxelles

Les rencontres littéraires de Bruxelles  que jai initiées sont annulées sine die. J'ai désigné Thierry-Marie Delaunois pour les mener. Il en assurera également les chroniques lors de leur reprise.
                Robert Paul

      Thierry-Marie Delaunois

Billets culturels de qualité
     BLOGUE DE              DEASHELLE

Quelques valeurs illustrant les splendeurs multiples de la liberté de lire

Sensus fidei fidelis . Pour J. enlevée à notre affection fin 2020

Bruxelles ma belle. Et que par Manneken--Pis, Bruxelles demeure!

Menneken-Pis. Tenue de soldat volontaire de Louis-Philippe. Le cuivre de la statuette provient de douilles de balles de la révolution belge de 1830.

(Collection Robert Paul).

© 2021   Créé par Robert Paul.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation