journal de bord, dimanche 6 février 2011
Assister à un concert (rock ou branché), dans le brouhaha, quand on est éclairé par des spots ou des fumigènes (même modestes), c'est de la haute voltige. Surtout quand il faut rester debout, au milieu (ou à l'intérieur) d'une foule, d'un public, d'ombres anonyme(s), surexcité(es). Surtout quand on s'est farci, au préalable, un quart d'heure pour trouver l'endroit où le concert a lieu, dix minutes pour attendre son tour avant de payer son ticket à la billett'rie. C'est le test de résistance, carrément.
Et quand on mesure 1 mètre 86, en plus ...
Et qu'on a un mal de chien à se trouver une place, un espace (même réduit), dans une espèce de grand hall, hyper peuplé, pour assister au concert.
Un premier morceau du groupe en vedette. Un second. Un troisième. Un quatrième.
Et au début du cinquième ...
"Monsieur, excusez-moi, mais à cause de vous, je ne vois rien"
Me balance, déjà, comme par hasard, une gamine de douze ans, juste derrière moi. Sur un ton arrogant.
Et pendant ce temps, d'autres gens, aussi grands que moi, me bouchent aussi la vue, limitent aussi mon accès (visuel) à la scène, bouchent aussi la vue des autres.
Et personne ne leur dit rien, à eux.
"Monsieur, excusez-moi, mais à cause de vous, je ne vois rien"
Ai-je entendu ... dans ma tête. Rien d'autre ne s'est passé. Juste des peurs, des angoisses, des phobies, que je connais par coeur et qui remontent à la surface.
Derrière moi, y a effectiv'ment une petite fille de douze ans qui ... me fixe, deux s'condes, en plein dans les yeux.
Petit à petit, je m'y fais, je me reprends, je me détends, je regarde les gens danser, s'embrasser, chanter, reprendre en choeur les refrains du groupe.
La guitare du chanteur (surtout quand il adapte la musique de "PORQUE TE VAS") me va droit au coeur.
Parfois, je capte un sourire dans l'assemblée. Je me surprends même à danser. Et mes muscles se relâchent. Je me surprends même à fredonner un des refrains.
Brusquement ...
Un petit doigt, venu de derrière, s'applique et pianote sur mon épaule.
Je me retourne.
"Monsieur, excusez-moi, mais vous gesticulez tell'ment que vous m'empêchez de suivre le spectacle"
Me dit un "charmant" père de famille, cheveux gris, cheveux proprets, lunettes bien montées, chemise bleue ouverte, sur un ton aimable et ... ferme.
Et pendant ce temps, des amoureux continuent de s'embrasser sous les néons.
Et pendant ce temps, des tas de gens dansent, chantent, lèvent les mains, sans que personne ne leur dise rien.
"Monsieur, excusez-moi, mais vous gesticulez tell'ment que vous m'empêchez de suivre le spectacle !"
Ai-je encore entendu, visualisé ... dans ma tête. Nulle part ailleurs.
Derrière moi, y a effectiv'ment, à côté de la p'tite fille de douze ans et d'une dame à côté d'elle (qui me sourit régulièr'ment), un monsieur, de taille moyenne, avec des lunettes, des cheveux gris et une chemise bleue ouverte.
Je ré-émerge.
Je sors mon appareil photo.
J'y capture, à l'occasion, la cravate d'un des musiciens du groupe, la petite guitare d'un autre musicien (originaire de Madagascar, je pense).
Un nouveau coup d'sang émerge.
"Monsieur, s'il-vous-plaît !"
Je me retourne et j'aperçois un agent de sécurité.
"Monsieur, on ne peut ni photographier ni filmer pendant les concerts !"
"Monsieur, excusez-moi, mais j'ai demandé à un de vos collègues ... oui, à un autre garde ... qui m'a dit ... qu'il n'y avait pas de problème". Je réponds en bafouillant.
"Monsieur, on ne peut ni photographier ni filmer pendant les concerts. Veuillez me donner votre appareil ! Il est confisqué"
J'obtempère. Je me retrouve sans appareil. Je me retrouve presque ... à poil.
Et pendant ce temps, d'autres gens, dans le public, sur scène, photographient, filment. Et personne ne leur dit rien.
"Monsieur, on ne peut ni photographier ni filmer pendant les concerts !"
Ai-je entendu ... dans ma tête.
J'ai, effectiv'ment, demandé à un gardien d'sécurité, avant le spectacle, si on pouvait photographier (ou filmer) les concerts. Et il m'a répondu, très gentiment, que ça ne causait pas de problème.
Et pendant ce temps ...
Le groupe qui passe en vedette (Suarez) a eu la bonne idée de reprendre et d'adapter, musical'ment, la "NON DEMANDE EN MARIAGE" de Brassens.
Brusquement, un nouvel éclair (encore un !).
"Dégage !", crie une voix (d'adulte).
Je retombe. Je re-sombre. Je reçois un nouveau coup de revolver.
"Dégage !"
On me l'a si souvent proclamée, celle-là !
"Dégage !"
Je me retourne. Je repère l'auteur de ce verbe ... assassin. Il s'agit, une fois d'plus, du monsieur, avec des lunettes, qui porte une chemise bleue ouverte et des cheveux gris.
Il se marre comme un petté.
Son "Dégage !" (c'est à peine flagrant) n'était que de la provocation ... gentille, amicale, humoristique à l'égard du groupe qui passe.
Et pendant ce temps ...
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